PROMENADES ET REFLEXIONS DE FIESCHI DANS LA MATINÉE DU
On peut juger que la nuit qui suivit une telle soirée procura peu de repos à Fieschi -, le lendemain au matin , craignant l'effet des indiscrétions de Boireau, il alla de bonne heure se promener sur le bord du canal , toujours en réfléchissant au mal si étendu qiCil devait faire.
« Si j'avais tué le Roi, les princes et une grande » partie des généraux et des gens de leur suite , dit- » il, que serait-elle devenue, notre malheureuse )) patrie ! Je ne m'occupais pas de moi-même comme » je m'occupais de la petite Nina , et je n'ai pas » vaincu mon amour-propre d'avoir donné ma parole » à des gens de cette espèce. En quittant les bords » du canal pour revenir chez moi, je ne pris pas la » rue d'Angoulême, parce qu'il y avait trop de mon- » de \ il me semblait que toutes les personnes que je » voyais devaient lire sur ma figure que j'allais com-
» mettre un pareil attentat Je rencontrai Boireau
» sur le boulevart, parallèlement à la rue Chariot, » mais du côté opposé. Il était avec un jeune homme » très-brun, portant des moustaches bien fournies, » que je ne connais pas. Nous ne parlâmes de rien, » quoique je pense que Boireau avait confié à son
» compagnon qu'il devait y avoir une affaire sérieuse. » Il se tenait sans doute en réserve avec moi, pour » ne pas me faire voir qu'il avait confié le secret à un » autre. En me quittant, Boireau me dit^ sans que » l'autre l'eût entendu : Nous serons tous par là et )) nous attendrons l'affaire. — Je voltigeai par là » comme un homme é-^aré en voyant la garde natio- » nale et la troupe de ligne se placer. »