DÉTAILS SDR PEPIN. — SON REFUS DE S'EXPATRIER
Cependant Pépin avait quitté Paris; il était retourné dans l'asile que lui avait procuré, dans le courant du mois d'août , son ami et son associé commercial, le sieur Collet.
Le sieur Collet alla de sa part chez M. Armand Carrel (i) et chez M. Garnier-Pagès , membre de la Chambre des Députés, pour leur demander des conseils sur le parti auquel Pepln devait s'arrêter. Le sieur Collet était chargé de les assurer que Pépin était fort de sa conscience et ne craignait rien 5 il ne les trouva pas dans leur domicile : ils étaient l'un et l'autre absens de Paris. Pépin n'a ni contesté , ni reconnu la vérité de ce récit-, il connaissait M. Garnier-Pagès et M. Armand Carrel pour les avoir vus une ou deux fois ; il ne se rappelle pas que personne lui ait donné directement le conseil de ne point aller en Belgique , de crainte d'extradition.
Le sieur Collet a déclaré qu'étant allé au bureau du journal le National, pour savoir où il pourrait trou-
(0 Une lettre de M. Carrel, publiée daus U National du Il décembre, se trouvera plus loin.
agB PROCÈS DE FIESCHl
ver M. Armand Carrel, un des rédacteurs du journal lui demanda de quoi il s'agissait ; le sieur Collet lui fit part de sa mission : alors le sieur Estibal , qui se trouvait là , après avoir causé avec une autre personne, invitale sieur Collet à laisser son adresse, et lui promit de s'occuper de l'aflaire de Pépin. Eu effet , deux personnes vinrent peu de jours après chercher le sieur Colleta Lagny; il était absent. Le 17 ou le 1 8 août, le sieur Estibal revint seul ; il dit au sieur Collet qu'il s'était procuré un passe-port à l'étranger pour son beau-frère Bichat, condamné à plusieurs années de prison comme gérant du journal la Tribune^ et qu'au moyen de ce passe-port, qui était au nom d'une dame et de son neveu voyageant ensemble, Pépin pourrait partir pour la Belgique avec Bichat. Le sieur Collet répondit qu'il en parlerait à Pépin. Le dimanche suivant, les sieurs Estibal et Bichat vinrent à Lagny j le sieur Collet leur fit voir Pépin; celui-ci refusa de se déguiser en femme, et déclara que , s'il quittait la France , ce ne serait que pour aller en Angleterre.
Le sieur Estibal lui proposa, moyennant loo fr., un passe-port pour l'Allemagne 5 Pépin pria le sieur Collet de dire au sieur Estibal qu'il ne voulait point de passe-port.
Le sieur Estibal a été entendu 5 sa déposition n'a pas été en tout conforme à celle du sieur Collet ; selon lui, la personne que Collet serait allé chercher au bureau du iVa^/o7ia/, et avec laquelle il aurait conféré dans l'intérêt de Pépin, aurait été le sieur Bergeron. Le sieur Bergeron serait ensuite venu à Lagny avec le sieur Estibal.
La déclaration du sieur Bergeron a confirmé celle du sieur Estibal 5 il a dit que Pépin avait fait, le
ET DE SES COMPLTCCS. ag^
27 juillet, une collecte pour les dëtenus politiques, dans l'église del'abhë Châtel, et en avait apporté le produit au bureau du National.
Cependant les journaux répétaient, de temps à autre, la nouvelle du passage de Pépin dans certaines villes hors des frontières, et de son arrivée en pays étranger. La police ne prit point le change , et le 21 septembre , pendant la nuit, Pépin fut découvert à Magny, département de Seine-et-Marne , en chemise, caché dans une fausse armoire placée au fond d'une alcôve, au domidle du sieur Rousseau père, propriétaire.
Il fut arrêté; M. le préfet de police avait dirigé l'opération en personne. On trouva dans le paquet apporté par Pépin, lors de son arrestation, 940 fr., dont 840 fr. en or 5 un sac de nuit contenant diverses hardes et un volume broché des OEuvres de Saint ■ Just. Un autre paquet contenait, entre autres véteraens, deux blouses de toile grise et une casquette de crin gris ; enfin quelques papiers sur l'un desquels se trouvaient divers itinéraires, savoir : de Paris à Rouen , de Rouen à Dieppe , de Lagny à Boulogne, et une notice des visites domiciliaires infructueusement faites par la police pour la recherche des complices de Fieschi, extraite du JVational du 16 août i835, et contenant les noms des personnes au domicile desquelles ces visites auraient eu lieu, selon ce journal. Il n'était pas impossible que cet article eût pour but d'indiquer ces habitations, comme autant d'étapes , où ils pouvaient espérer de trouver asile et bon accueil, à ceux qui fuyaient les recherches de la police , ou qui s'étaient soustraits aux mandats de justice. La réponse de Pépin autorise cette conjecture. Il a dit, qu'en effet.
dans les villes où ces recherches devaient avoir eu lieu (i), il se serait adressé aux personnes dont le National avait donné les noms , s'il n'en avait pas connu d'autres. On a également trouvé dans son paquet divers extraits du journal le National^ annonçant l'arrivée ou le passage de Pépin en pays étranger; enfin une lettre de Pépin, datée du 20 septembre dernier, adressée au rédacteur du journal le Messager des Chambres ^ et dans laquelle il annonçait l'intention de se constituer prisonnier à Sainte-Pélagie le samedi suivant , 26, à sept heures du soir. (( J'espèrt que cette fois , » disait-il dans cette lettre, « on me laissera dans ce lieu de déten- » tion , et que l'on remetras en fonction le commis- » saire de police sous les ordres duquelle je me suis » évaddé. »
Pépin a demandé avec instance qu'on laissât en sa possession les OEuvres de Saint- Just.