INTERROGATOIRE DE PEPIN. — SES DÉNÉGATIONS
Pépin paraît attacher une grande importance à navoir pas connu Fieschi sous son véritable nom. Il a commencé par le répéter : mais il est convenu que Morey lui avait amené un individu qui se sauvait parce qu'il était poursuivi , à ce qu'ils ont dit l'un et l'autre ; si cet individu était Fieschi , il ne Ta jamais connu sous son véritable nom. Quant à Fieschi , il a ajouté qu'il ne pouvait l'empêcher de dire ce qu'il voulait ou ce qu'on lui faisait dire.
Cependant deux des confidens de sa première fuite ont déposé que , déjeunant à Lagny, le i5 août, chez le sieur Leblanc, cafetier, avec quelques uns de ses amis, Pépin leur avait dit qu'il connaissait Fieschi, qu'il l'avait vu plusieurs fois, et qu'il avait même indiqué son signalement. Selon le sieur Collet, interrogé sur le déjeuner de Lagny, Pepiu ayant su par les journaux que l'assassin, auteur de l'attentat, avait eu des relations avec Morey , aurait dit : C'est sans doute un nommé Bescher que j'ai vu chez Morey, et que Morey a amené chez moi.
Pépin n'a contesté ni reconnu l'exactitude de ce qu'ont rapporté ses amis sur le déjeuner du ï5 août; il ne peut pas l'affirmer , mais il croit bien qu'on a parlé de l'attentat pendant le repas ^ dîner ou déjeuner; il ne se souvient pas qu'on ait nommé Fieschi ; il ne se rappelle pas d'avoir donné son signalement; dans tous les cas, il n'aurait pu le donner que comme le signalement de Bescher, et il ne peut pas dire seulement s'il a prononcé le nom de Bescher.
M. le président ayant demandé à Pépin s'il se souvenait de l'époque précise à laquelle Fieschi ou Bes-
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cher lui avait été présenté par Morey, il a répondu : « Si c'est de Bescher que vous voulez parler , je ne » peux pas préciser l'époque; je dirai seulement que » c'était l'hiver. » Quand on lui a parlé de son entrevue avec Bescher et Morey, à l'occasion du dessin de* la machine et pour arrêter le devis des déoenses qu'elle entraînerait, il a dit qu'il ne connaissait pas Bescher , et que s'il avait dit précédemment que cet homme avait couché quelquefois chez lui, sans pouvoir préciser le nombre de fois , cela ne s'était pas répété souvent, parce qu'il lui avait fait l'effet d'un homme de police quand il l'avait entendu causer. 11 a pris à lémoin FÊtre suprême que tout ce qu'on disait de la connaissance qu'il aurait eue du projet de la machine et de son usage était de la plus insigne fausseté.
M. le président ayant demandé à Pépin si , selon ce qui résultait de l'instruction , ce n'était pas lui qui aurait donné à Fieschi l'argent nécessaire pour payer le premier terme du logement qu'il avait loué dans l'intention de se servir de la machine, Pepln a déclaré que s'il avait donné de. l'argent à Fieschi, en supposant que Fieschi et Bescher fussent une même personne, il ne lui avait jamais donné une somme aussi considérable. Il a nié être allé, avec Fieschi ou Bescher, sur le quai de la Râpée , acheter les pièces de bois nécessaires à la construction de la machine, mais il est convenu qu'ayant un atelier dans les environs, et achetant quelquefois du bois pour des réparations qu'il faisait à sa maison, il était possible qu'on l'eût vu vêtu d'une u blouse en toile grise , » devenue "blanche à force d'avoir été lavée, » et coiffé d'une casquette de crin gris, dans un chantier, et même que ce malheureux fût allé avec lui.
Il est convenu avoir vu Guinard à Sainte-Pélagie^ mais , comme tous les autres , sans avoir jamais eu de relations avec lui : il allait à Sainte-Pélagie pour y voir Henri Leconte, le même qu'à une autre époque il était allé voir à la Force. L'instruction établit qu'au moins à deux différentes reprises, Pépin avait porté aux détenus de Sainte-Pélagie des paniers contenant du vin, des liqueurs et des vivres, et que Fieschi l'avait aidé, au moins une fois, à les transporter. Pépin avait une permission pour voir Henri Leconte; il est constant qu'il en a usé trois fois pendant que ce détenu était à Sainte-Pélagie, et une fois durant qu'il se trouvait dans la prison du Luxembourg.
Pépin a nié avoir demandé à Cavaignac les vingtcinq fusils nécessaires pour la machine de Fieschi, en s'écriant que cette imputation était un affreux mensonge. Mais M. le président lui ayant demandé s'il n'avait pas écrit à Cavaignac une lettre qui pouvait avoir trait à cette affaire , il a répondu qu'il n'avait jamais écrit <f/rec^e/7ze/zi à Cavaignac; on lui a expliqué qu'il s'agissait d'une lettre par laquelle il aurait demandé à Cavaignac de faire savoir quand il pourrait remettre les 20 ou 26 fr. que V homme attendait pour partir, et qu'il était permis de supposer qu'entre eux le mol Jrajic pouvait signifier yw^îV , il est convenu qu'il n'était pas impossible qu'il eût demandé de l'argent à Cavaignac, parce que dans le temps il lui en avait prêté , et que Cavaignac lui devait encore environ 5oo fr. pour des secours-, mais il a ajouté qu'il ne se souvenait pas de lui avoir écrit dans de pareils termes.
Il a nié avoir fait remettre à Fieschi le prix des canons de fusil.
Il a soutenu n'avoir pas vu le prétendu Bescher
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depuis cinq mois ; il a nié toutes les circonstances rapportées par Fiesclii au sujet des entrevues qui auraient eu lieu entre Morey , Pépin et lui.
Pépin a afïirmé que , depuis la loi sur les associations, il avait renoncé à faire partie d'aucune société secrète. Avant la loi, il avait été membre, pendant peu de temps, de la société dite de Y Union de Juillet, ensuite vice-présidejit de la société pour V Instruction du peuple ^ enfin, pendant quinze jours , chef d'une section du la*' arrondissement, dans la société des Droits de Vhomme, Il a déclaré avoir connu particulièrement le sieur Raspail : ils s'étaient rencontrés chez M. de Lafayette : ils se sont occupés ensemble de questions industrielles, d'usines et d'expériences sur la décortication des grains.
Cherchant à expliquer ce qu'il avait dit de certaines propositions de crime qui lui auraient été faites et qu'il aurait repoussées avec indignation, il a dit que ses paroles s'appliquaient dans sa pensée à Bescher et compagnie 5 car ce Bescher était venu plusieurs fois boire la goutte dans sa boutique avec de mauvais gueux comme lui , gens en qui Pépin rï avait pas confiance, mais qu'il ne connaît pas : il était d'ailleurs si troublé , lors de son précédent interrogatoire, qu'il avait pu parler fort légèrement ^ qu'il s'était fait dans son esprit une confusion entre Bescher et Fieschij qu'il ne niait pas, au reste, que des propos légers ne lui eussent été tenus bénévoleineiit par Bescher , mais sans y attacher aucune suite.
Pépin a déclaré que s'il a connu Boireau , ce n'a pas été nominativement.