‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 56 sur 71 · CONFRONTATION DE PEPIN ET DE FIESCHI · texte numérisé non relu

CONFRONTATION DE PEPIN ET DE FIESCHI

Pépin et Fieschi ont été confrontés , Fieschi a tout

3o4 PROCÈS DE FIESCHI

de suite reconnu Pépin. Pépin a dit , en voyant Fieschi, qu'il lui semblait avoir vu cet homme , mais qu'il nepourraii pas C affirmer. Après l'avoir entendu parler, ill'a reconnu , au son de sa voix , pour la personne qu'il a désignée sous le nom de Bescher , et qui lui a été présentée par Morey sous ce nom. Fieschi, imperturbable dans ses accusations , a répété froidement , en présence de Pépin , tout ce qu'il avait articulé à sa charge : préméditation du crime , participation à l'attentat, propos atroce contre la personne du roi.

11 a répété , en présence de Pépin , que l'unique motif qui l'eût empêché de renoncer à son crime était l'engagement qui le liait à Pépin et à Morey 5 il s'est vanté d'avoir été esclave de sa parole, qui vaut plus que de l'argent, puisqu'elle n'a pas de prix.

Pépin, agité, troublé, irrité, a opposé toutes les formules de dénégations que le langage peut fournir aux affirmations de Fieschi. — « J'espère qu'il y aura un ^ Être suprême qui me donnera assez'de force et assez )) de vie pour repousser de pareilles infamies, etc. »

La confrontation s'est terminée par ces derniers mots de Fieschi : après avoir répété qu'il persistait dans toutes ses déclarations, il a dit : n J'ai long- )) temps hésité, j'avais un cauchemar quira'étouffait, » je voulais me purger-, je me suis enfin décidé à » tout dire , non pour faire des victimes . mais pour i) rendre hommage à la vérité. Je n'ai demandé ma » grâce, ni à vous ( M. le président ) ni à personne , » et personne ne me l'a promise. »

NOUVEAUX INtIrROGATOIIIES DE PEPIN.

A la suite de cette entrevue, le président ayant exposé à Pépin combien le système de défense qu'il

ET DE SES COMPLICES. 3o5

avaitadopté, devenait invraisemblable en présence des faits qui déposaient d'une cerlainc intimité entre lui et Fieschi, Pépin persista dans toutes les dénégations.

Il déclara que , parmi les personnes qui le connaissaient, soit commercialement ^ soit en politique, il n'en était pas une qui pût dire qu'il était capable de tremper dans des affaires pareilles , et que ce n'était pas lin père de famille comme lui qui irait bénévolement se jeter dans de telles ejitrepnses ; que la délation ne manquait jamais son ejet ; que les Journalistes , pas plus que les autres , ne manquaient pas d'accuser tout le monde; qu'ainsi on avait forcé sa belle-mère, une femme de 70 ans, à signer une lettre pleine de mensonges, et qu'on était allé chez une autre dame de sa connaissance , à qui on avait dit qu'il était i-n carliste.

Il lui semblait que si les propositions de crime auxquelles il avait précédemment fait allusion, « lui avaient été faites réellement, elles n'avaient pu » l'être que par Fieschi ; il ne disait pas pour cela que )) fieschi lui en eût parlé; s'il lui en avait parié, ce » n'avait été quà mots couverts-, à une époque déjà » éloignée , il avait pu lui dire qu'il ferait quelque » chose qui ferait parler de lui, et c'était alors que )) Pépin l'avait éliminé de sa maison. Fieschi aurait » assassiné un homme pour cent sous-, enfin si , dans » un temps reculé , cet homme lui avait dit des choses » bénévoles comme cela , il ne savait pas ^lors que » c'était Fieschi. »

Pépin a fini par accuser Fieschi d'avoir été en relation avec un a^ent supérieur de la police , et d'avoir un jour proposé à Pépin de vendre 2iUx journaujc , à son profit, tous les secrets de la police, par le moyen de cet agent.

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Pressé de nouveau par le président sur ces demiaveux , Pépin répète « qu'il ne le connaissait pas sous )) le nom de Fieschi ; qu'il ne le connaissait pas in- » timement-, qu'il ne croyait voir en lui que Bescher. )) Croyez-vous, s'est -il écrié, que si je l'avais » connu, il aurait mangé à la maison, le jour où » M. Levaillant y était? Encore personne ne l'avait •» invité; il est monté sur la fin du dîner, sans être » engagé -, il est effronté comme un page. »

Fieschi a déclaré que Pépin lui avait prêté la brochure qu'il a composée pour sa justification , à l'occasion des événemens de juin 1882, et plusieurs témoins ont déposé avoir vu en effet cet écrit entre les mains de Fieschi*, en échange , Fieschi avait prêté à Pépin un volume in-12 des œuvres de Cicéron latin-français. Ce volume a été retrouvé chez Pépin.

Plusieurs fois , Fieschi lui a montré le poignard qu'il portait ; il lui a même confié qu'il avait eu l'idée de le plonger dans le sein de M. Caunes , parce qu'il croyait que c'étaient ses dénonciations qui avaient molivé les poursuites dont il était l'objet; enfin Pépin a déclaré que Fieschi lui avait toujours inspiré une véritable frayeur.

Depuis, dans son dernier interrogatoire, Pépin est revenu sur cette confidence que Bescher ou Fieschi lui aurait faite des projets graves qu'il méditait. Il a assuré en avoir parlé dans le temps à une dame , mais il n'a point voulu indiquer le nom de cette dame, pour ne la point déranger; s'il avait pu connaître exactement ce que Fieschi avait en tête, il en aurait prévenu l'autorité , trop heureux de racheter par là les malheurs qui l'avaient fra()pé antérieurement.

Cependant Pépin a demandé à être confronté de

nouveau avec Fieschi ; il avait , disait-il , des questions importantes à lui adresser. Cette confrontation n'a rien produit d'intéressant. Pépin a prétendu que Fieschi avait imputé à M. Lavocat des actes contre la probité et la délicatesse ; Fieschi l'a démenti.

Les commissionnaires qui se tiennent à l'entrée de la rue du Faubourg-Saint-Antoine, à la porte de Pépin, ont vu Fieschi chez Pépin dans le commencement de l'été, environ pendant quatre semaines. Il y couchait quelquefois , dit l'un d'eux, car il sortait le matin avant l'ouverture de la boutique; un de ces commissionnaires cirait ses souliers , le matin 5 il a dit que Fieschi mangeait à la table de Pépin , et qu'il avait amené, dans un char-à-bancs, la machine à broyer les couleurs de Pépin ; il était présent quand on a placé cette mécanique 5 il organisait cela.

Fieschi a dicté une description circonstanciée de la maison de Pépin , depuis le rez-de-chaussée jusqu'à l'étage supérieur, en décrivant minutieusement les meubles qui y sont placés.

Pépin ayant demandé à être mis une troisième fois en présence de Fieschi , a commencé par dire que celui-ci , qu'il n'avait jamais connu sous ce nom, n'était pas venu chez lui aussi souvent qu'on veut bien le dire, et notamment qu'il n'y était pas venu dans les deux mois qui ont précédé l'attentat 5 il a affirmé qu'il ne lui avait donné que 5 ou 10 francs à la fois, tout au plus, à deux différentes reprise*, et encore sous promesse de les rendre , et jamais d'au-

tre argent.

Pépin a soutenu avoir dit à Fieschi de s'abstenir de venir chez lui s'il craignait la police , et lorsque Fieschi s'y présentait , de lui avoir souvent fait dire par ses jeunes gens qu'il n'était pas à la maison. Il

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lui a demandé combien de fois il lui avait dit que Guinard et lui, Pépin, devaient faire partie d'un gouvernement provisoire -, s'il n'avait pas confié à Pépin qu'il connaissait beaucoup un ingénieur en chef carliste, chez lequel il allait souvent, et qui avait promis de le faire réintégrer dans son emploi ; si lui Pépin ne l'avait pas toujours engagé à pardonner les injures qu'il pouvait avoir reçues , plutôt que de chercher à s'en venger 5 s'il a vu quelques généraux chez Pépin 5 si Fieschi ne connaissait pas lui-même des généraux ou des colonels d'état-major ; par quelle entremise il lui avait fait remettre l'argent destiné à l'achat des fusils 5 s'il était vrai que lui, Pépin, se fût vanté de faire partie de quarante sociétés politiques 5 quelle somme il avait promise à Fieschi pour le porter à commettre son attentat -, si Fieschi ne lui avait pas fait entendre qu'il avait rendu de grands services à M. Lavocat, relativement à la duchesse de Berry , et s'il ne lui avait pas raconté d'autres particularités concernant cette princesse 5 si Morey n'a pas plusieurs fois défendu à Fieschi de venir chez Pépin-, enfin quand, par qui et comment Pépin a pu connaître Boireau?

Fieschi a répondu qu'un mois avant l'attentat. Pépin prétendant qu'il était lui-même surveillé par la police, le priail, en effet , de venir moins souvent chez lui, de crainte qu'on ne l'arrêtât; c'était dans le même sens que Morey conseillait à Fieschi de ne pas aller trop souvent chez Pépin ; aussi Fieschi n'y allait-il que pour prendre quelques comestibles , ou lorsqu'il avait besoin de quelque chose pour sa machine, ou pour demander si on avait enfin une réponse de Cavaignac, touchant les fusils. Il pensait que Pépin n'était pas chez lui quand on disait dans son magasin

qu'il était sorti. Pépin lui a dit une seule fois que , lors des événemens d'avril i834, il avait dû être formé une municipalité provisoire, dont Guinard devait être le chef comme maire, et dont Pepiu devait faire partie.

Lorsque Pépin a donné de Tarifent à Fieschi , il ne l'a jamais fait devant témoins. Fieschi a toujours cru que l'argent qui lui était remis venait de Pépin seul; cependant, quand il a vu venir le prince de Rohan chez celui-ci, et quand il a entendu répéter par Pépin ce qu'aurait dit un général en parlant du Roi : « Il n'y aura donc personne qui fasse tomber ce gredin-Ià! » il a réfléchi que Pépin pouvait bien agir dans l'intérêt des carlistes. Il n'a point vu de généraux chez Pépin , mais après avoir réfléchi à tout cela, à ce général , au baron de Rohan, à la traînée de poudre, à Boireau, que Pépin avait mis dans la confidence , il s'est dit que Pépin était un homme lâche et sans cœur. Quant à lui, il n'a connu de généraux que le général Franceschetti , qui est mort, et le général Gustave de Damas , qui est en Suisse, et de colonel d'état-major que M. Chatry- Lafosse, colonel d'état-major de la place de Paris.

L'argent destiné à payer les canons de fusil lui a été remis par Morey, de la part de Pepiu, ainsi qu'une quarantaine de francs qui lui ont été donnés en d'autres temps, soit pour acheter la malle, soit pour d'autres menues dépenses.

Pépin ne disait pas qu'il fût membre de quarante sociétés politiques , mais qu'il en connaissait quarante, et qu'il avait été membre de la société des Droits de l'homme et visiteur de^ sections du ii^ arrondissement.

Pépin n'avait jamais fait de promesses à Fieschi :

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il lui avait laissé entrevoir vaguement qu'il serait récompensé , mais lui , Fieschi , ne lui avait rien demandé.

Fieschi a refusé de s'expliquer sur ce qui concernait M. Lavocat ; quant à Boireau , il a répondu qu'environ deux mois avant l'attentat , il l'avait mené chez Pépin boire la goutte-^ que Pépin était présent et qu'ils avaient causé tous les trois ensemble , sans parler trop politique.

Pépin a protesté contre les allégations de Fieschi. Il a demandé qu'un mémoire justificatif qu'il avait rédigé fût joint au procès-verbal de confrontation.

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