‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 58 sur 71 · DETAILS BIOGRAPHIQUES SUR BOIREAU — SES INTERROGATOIRES · texte numérisé non relu

DETAILS BIOGRAPHIQUES SUR BOIREAU — SES INTERROGATOIRES

Victor Boireau , ouvrier ferblantier, est né à La Flèche, déparlement de la Sarthe , le 5 novembre 1810. Il a été ouvrier à Lyon, chez un ferblantier nommé Carie. Divers renseigneraens lavaient signalé comme ayant appartenu à la société des Droits de l'homme; on a assuré qu'il faisait partie de la section Louvel 5 il a dit qu'il avait voulu entrer dans cette Société , mais qu'il n'en avait jamais fait partie. Il fréquentait le café Périnet; ses opinions républicaines sont constantes.

Arrêté le 28 juillet, il fut interrogé le jour même et répondit d'une manière très-résolue et tout-à-fait négative. Il avait d'abord avoué qu'il avait vu Edouard Suireau la veille ; il a dit plus tard qu'il ne l'avait pas vu et que si Suireau était venu au magasin du sieur Vernert, il n'y était resté qu'un instant.

Dans son second interrogatoire , Boireau a reconnu qu'il s'était trompé quand il avait dit n'avoir pas vu Edouard Suireau le -.iS au matin : il savait qu'il le trouverait chez son père, et il a voulu lui souhaiter le bonjour en passant , mais il ne l'a point chargé d'acheter pour lui un quarteron de poudre et de le déposer chez le portier : il en donne en preuve qu'il est allé le soir chez le concierge réclamer son parapluie , et qu'il n'a point demandé de poudre.

Il a entendu dire, le 27 au matin, au café de France , boulevart des Italiens , que les carlistes préparaient lui coup pour le lendemain ; c'est une demiheure après qu'il s'est trouvé seul avec Edouard Suireau, dans le magasin, et celui-ci peut lui avoir entendu répéter ce qu'on disait depuis fort longtemps, que les carlistes devaient faire un coup. Du

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reste , il n'a rien su : « ce n'est pas à un ouvrier comme » lui que Ton confie une chose si importante. »

Il est convenu qu'il avait fait raser ses moustaches et ses favoris , le dimanche 26 , mais d'après le conseil d'Edouard Suireau lui-même, qui disait que cela lui siérait mieux. Il a d'ailleurs protesté que la déclaration de ce jeune homme tîtait fausse, et il a affirmé qu'il lui connaissait des sentimens de haine et de vengeance contre sa personne, a car, a-t-il ajouté, - )) plusieurs fois, dans l'atelier, nous avons eu des » raisons tous les deux , et il m'a dit que nous aurions » à faire tôt ou tard ensemble. »

On ne savait encore qui était Fieschi , ni quel rôle il allait jouer dans le drame judiciaire qui s'entamait, et comme on demandait à Boireau quelle était la personne qui, peu de jours auparavant, était venue demander à coucher chez lui à minuit passé, et que la principale locataire de la maison ne voulut pas laisser entrer, il a répondu que c'était Fieschi, dont il ne connaissait ni l'état ni la demeure-, il savait qu'il était mécanicien , mais il ne savait pas s'il travaillait. « Ajoutez que ça m'a toujours étonné beaucoup, a- » t-il continué , de ne pas savoir ce qu'il faisait. »

Dans son quatrième interrogatoire, Boireau a persisté à soutenir que Suireau était un menteur qui avait une vengeance contre lui \ mais il lui est échappé de dire que s'il avait indiqué \ Ambigu comm.e le lieu où il devait y avoir un coup, « c'est » que toutes les fois qu'il y a eu quelque émeute, )) c'est de ce côté-là 5 j'ai pu dire à Suireau de dé- )) tourner son père d'aller de ce côté-là, parce que » c'est de ce côté-là que les émeutes éclatent ordi- » nairement. C'est ce misérable qui est tlétenu, et )> que je ne connaissais que sous le nom de Fieschi ,

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» qui m'a dit que les carlistes voulaient faire un » coup et que les patriotes devaient se tenir prêts.

Boireau reconnaît qu'il est allé , le dimanche 26 juillet, vers une heure, dans Testaminet de la maison qu'habitait Fieschi , mais il ne l'a pas vu. II est convenu être sorti, le lundi 27 au matin, pendant un quart d'heure, pour aller chercher une jeune personne qui lui avait donné, ia veille au soir, un rendez-vous auquel elle avait manqué-, il est sorti muni d'un archet^ A^un foret et d'une conscience , pour faire croire qu'il allait travailler au dehors, et pour qu'on ne dît pas qu'il perdait le temps de son maître , il a dit en sortant qu'il allait rue de Richelieu, hôtel d'Espagne.

Boireau' est convenu que, le mardi matin 28 juillet, il n'était point allé à l'atelier, quoiqu'il eût été décidé qu'on y travaillerait ce jour-là jusqu'à deux heures; il voulait voir la revue, attendu, avait-il dit dans son premier interrogatoire, « que cela était » très-essentiel. » Il a suivi le boulevart jusqu'à la rue du Temple. 11 paraît qu'en ce lieu-là il aurait rencontré l'ouvrier lampiste Joulain , qui lui aurait demandé s'il ne voulait pas venir voir avec lui le passage du Roi ; Boireau lui aurait répondu : » Je » me f. .. bien du Roi! ou d'autres paroles offensan- » tes pour le Roi ! Alors Joulain aurait répliqué : « Vous avez donc de mauvaises intentions ? » et Boireau de s'écrier: « Vous! vous êtes juste-milieu » parce que vous ne connaissez pas vos droits ! »

Il a déclaré que l'individu qui l'accompagnait, lorsqu'il était allé, le mardi matin, chez Suireau, se nommait Martinault, et que c'était un homme de lettres qu'il avait connu à la Force, pendant qu'ils y étaient détenus tous deux; il a reconnu que, s'il

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avait fait couper ses moustaches et ses favoris, ce n'était pas seulement pour ne pas avoir l'air d'un singe, comme le prétendaient ses camarades, mais aussi parce qu'il « avait peur d'être arrêté dans le )) cas où il arriverait quelque chose , parce qu'on )) arrêtait alors beaucoup de monde. » Toutefois, avant de signer l'interrogatoire, craignant, sans doute, que cet aveu eût quelque gravité, il a ajouté que c'était « par inconséquence » qu'il avait dit avoir coupé ses moustaches dans la crainte d'être arrêté.

On n'a rien négligé pour découvrir le sieur Martinault-, mais toutes les recherches ont été inutiles.

Boireau a reconnu qu'il voyait habituellement Fieschi à l'atelier du sieur Vernert, et quelquefois rue St-Jacques, dans un hôtel garni où demeurait Salis : il savait très-bien que Laurence Petit était la maîtresse de Fieschi 5 mais il prétend n'avoir point dit qu'il était instruit d'un projet qui aurait existé d'assassiner le Roi sur la route de Neuilly , il a affirmé n'en avoir jamais su que ce qu'en avaient dit les journaux.

Il a persisté à nier qu'il eût chargé Suireau d'acheter de la poudre 5 qu'aurait-il fait de cette poudre, puisqu'il n'avait point d'armes et qu'on n'en a point saisi chez lui?

En effet, on n'a pas trouvé chez Boireau le pistolet que Fieschi prétend lui avoir donné 5 mais Suireau a affirmé que Boireau avait, à l'atelier où il travaillait, une paire de pistolets, ou un seul pistolet à piston, dont le canon était en cuivre : toutefois, ils n'ont pas été retrouvés, et le sieur Vernert a déclaré ne les avoir jamais vus.

Boireau avoue qu'il boit souvent plus qu'il ne fau««

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drait , et qu'il est une excellente pratique pour un certain marchand de vin de la rue Richelieu. 11 nie toute intimité avec Fieschi.

Le foret qu'il avait emporté le 27 juillet a été saisi dans l'état ou il se trouvait lorsque Boireau l'a rapporté 5 on ne s'en est pas servi depuis. Il était destiné à percer du cuivre ; Boireau a reconnu l'archet et la conscience , mais il a dit qu'il croyait que le foret qu'il avait emporté était plus gros que celui qui lui était représenté.

Depuis le commencement de l'instruction, le sieur Vernert a renvoyé Edouard Suireau : Boireau soutient que c'est à cause de ses mensonges.

Travault n'a pas reconnu Boireau : il pense que ce n'est pas lui qui est venu demander Fieschi le 27 juillet. Sophie Salmon ne l'avait pas reconnu, à la première confrontation 5 elle ne croyait pas alors quil fût le même jeune homme qui avait dit se nommer Victor : elle l'a depuis parfaitement reconnu le 8 octobre.

NOUVELLES DECLARATIONS DE MU. SUIREAU PERE ET FILS. DÉNÉGATIONS DE BOIREAU,

Le 1" septembre , Edouard Suireau a fait une nouvelle déclaration -, en voici la subtance : Il connaissait très-bien Fieschi , et l'intimité de sa liaison avec Boireau. Fieschi venait voir presque tous les jours Boireau à son atelier. Boireau, de son côté, avait été intimement lié avec Laurence Petit.

Le 27 juillet, dans l'après-midi, Suireau sut de Boireau qu'il n'était point allé percer des trous à l'hôtel d'Espagne avec son foret, mais bien à leur affaire ou à leur machine. Suireau auquel il venait de faire

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connaître que V affaire devait se passer sur le boulevart du Temple , ayant remarqué qu'il avait fait une bien longue course en peu de temps , il répondit qu'il avait pris un cabriolet, et il ajouta que s'il voulait aller déclarera M. Gisquet tout ce qu'il savait, il aurait tout ce qu'il voudrait. Le premier commis du sieur Vernert , Massé, étant entré dans l'atelier et trouvant les deux jeunes gens occupés à causer, leur dit : Travaillez donc. « Qn'^i-je àfaire de travailler? a reprit Boireau, quand Massé fut parti : j'aurai peutn être demain plus de 100,000 francs. » 11 quitta l'atelier à sept heures du soir et dit à Suireau qu'il allait monter à cheval , sur le boulevart , pour la répétition de la machine 5 qu'il devait prendre des chevaux dans une écurie dont le maître avait laissé la clef pour le cas où il ne s'y trouverait pas. D'après ce que disait Boireau l'homme qui devait prêter les chevaux était un épicier.

Cette déclaration a été confirmée par le sieur Suireau père.

Boireau a été confronté avec Edouard Suireau. Celui-ci a confirmé devant lui la vérité de toutes ses déclarations. Boireau a soutenu imperturbablement qu'elles étaient mensongères 5 il a également protesté que c'était faussement qu'on lui imputait des propos inconvenans contre la personne du Roi : « J'ai mes « idées , cela est vrai , a-t-il dit , mais personne ne « pourra jamais dire qu'on m'ait entendu mépriser le « Roi ou blasphémer contre lui , et M. Vernert qui « partage les idées du Gouvernement et qui estime « le Roi comme personne , ne m'aurait pas accordé « la confiance qu'il m'avait accordée si j'avais été un « exalté. »

ET DE SES COMPLICES, Zig

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