‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 63 sur 71 · PEPIN · texte numérisé non relu

PEPIN

Le Procureur-général rapporte comment l'accusation a été mise, parles déclarations de JNina, sur les traces de Pépin , à qui Fieschi l'avait recommandée.

Fieschi, ajouta Nina, avait dans les derniers temps plus d'argent que de coutume; c'était, disait-il, des amis qui lui en donnaient; elle lui demanda si c'étaient des francs-maçons: il l'engogea à ne pas s'inquiéter, assurant qu'il n'en manquerait jamais.

D'un autre côté, on sait que Pépin était lié avec Morcy. Fieschi , pour expliquer certaines dépenses qu'il avait faites, prononça aussileuomdePcpiu. Ses aveux, d'abord très-reservés , devinrent progressivement plus explicites; enfin, le 28 août, Pépin qui se cachait fut arrêté.

L'acte d'accusation , après avoir reproduit toutes les circonstances de l'évasion de cet accusé, et de sa seconde arrestation à la ferme de Belesme , continue ainsi :

L'instruction cependant avait produit contre Pépin des charges accablantes : déjh nous en avons signalé une partie en nous occupant de Fieschi et de Morcy ; nous allons les résumer et les compléter.

Fieschi , comme nous l'avons dit , avait communiqué h Morey le plan de la machine : h cette vue, Morcy conçut la pensée de s'en servir contre le Roi; il dit h Fieschi : « Si j'avais assez de fonds , je fournirais aux dépenses nécessaire?, » Peu de temps après, Morcy communiqua le plan à Pépin ; celui-ci en fut enthousiasmé , et dit : «Si l'homme est solide, ou pourrait faire les dépenses nécessaires : moi, je les ferais. » Morey fit connaître îi Fieschi les dispositions de Pépin et alla le voir avec lui : Pépin , pour mieux comprendre la machine , voulut en voir le modèle en bois ; il chargea Fieschi de l'exécution: celui-ci fit en effet ce modèle chez le sieur Barthe, menuisier. Le plan de la machine étant approuvé. Pépin voulut savoir ce qu'elle coûterait: après quelques instans de réflexion , Fieschi présenta un devis d'environ 5oo fr. Pépin promit de faire cette dépense.

Il fallait trouver un logement favorable à l'exécution. Pépin chargea Ficschi de cette recherche , et lui donna asile pendant huit ou dix nuits. Lorsque le logement du boulevart du Temple fut trouvé, Pépin le vint voir; il consentit h payer les meubles que lui demanda Fieschi ; il lui remit à cet effet une somme de i5o fr. environ.

Ces faits se passaient vers la fin de février et dans les premiers jours de mars; le 8, Fieschi vint occuper le logement.

Au commencement d'avril , Pépin se rendit avec lui au quai de la Râpée: ils achetèrent ensemble le bois pour la construction de la machine ; Pépin remit à Fieschi trois pièces de 5 fr. pour le payer; le marchand rendit à Fieschi 3o ou 52 sous. Sur cette démarche de Pépin, la déclaration de Fieschi est aussi affirmative qu'elle peut l'être; il l'appuie des détails les plus circonstanciés; il désigne le costume que portait Pépin , celui qu'il portait lui-même.

Le bois étant acheté, on s'occupa des canons de fusil ; Pépin déclara qu'il pourrait s'en procurer par une personne qu'il ne fit pas d'abord connaître; bientôt il nomma Cavaignac , président du comité central de la Société des Droits de l'Homme , détenu à Saints-Pélagie ; celui-ci était lié , disait-il , avec un individu qui avait des fusils à sa disposition.

La revue du i" mai ne devant pas avoir lieu, Pépin ne fit alors aucune demande h Cavaignac; il fut convenu qu'on attendrait les fêles de juillet.

C'est au milieu de ces pourparlers pour les fusils que Pépin dit h Fieschi qu'il allait, toutes les semaines, à Sainte-Pélagie , au moyen d'une permission obtenue sous un nom étranger, qu'il avait d'ailleurs besoin devoir

356 PROCÈS DE FIESGHI

Cavaignac , qui lui devait 5oo fr. Toutes les fois que Pépin revenait de prison, il s'entretenait du complot avec Fieschi. Celui-ci lui demanda un jour s'il avait mis Cavaignac dans la confidence. Non, répondit Pépin, mais voulez-vous que je le fasse ? Fieschi lui dit que cela n'était pas nécessaire; il présuma toutefois, par la réponse même de Pépin, que déjà la confidence était faite: « C'est ma pensée, dit-il dans un de ses interrogatoires, et je crois que c'est pour ce motif qu'a élé résolue l'évasion de Sainte-Pélagie, puisqu'elle a eu lieu peu de jours avant les fêles ; ma pensée , à moi , au sujet de Cavaignac, de Guinard et des autres évadés, est que, s'ils ne sont pas sortis de France au moment de leur évasion, c'est qu'informés par Pépin de ce qui devait se passer, ils devaient rester à Paris pour attendre l'événement. »

A l'appui de cette déclaration , et pour mieux établir les relations de Pépin avec les détenus d'avril, Fieschi entre dans quelques détails que nous croyons utile de rapporter: « Un soir, dit-il, en allant chez Pépin vers la même époque, je le rencontrai sur le boulevart; il était en blouse et accompagné d'un autre individu; l'ayant reconnu , je l'arrêtai; il me dit qu'il allait conduire le jeune homme avec lequel il était, jusqu'au Jardin-Turc , et qu'il me retrouverait en revenant. Effectivement, il me rejoignit peu de momens après, et me dit : Est-ce que vous ne connaissez pas ce jeune homme? Je répondis que non: C'est, me dit-il, le fds d'un député. 11 avait été mis en prison dans l'affaire d'avril ; son père , avec lequel il est brouillé , lui a cependant envoyé 600 fr. , dont il n'a pas voulu user , et qu'il a remis à Cavaignac pour acheter des fusils. Je sus encore de Pepiu que le jeune homme était musicien , et qu'il allait

au Jardin-Turc pour voir s'il ne pourrait pas y être eni' ployé. Je puis encore ajouter , comme preuve des visites que Popin faisait h Sainte-Pélagie , qu'un jour il m'engagea à l'aider à y porter un panier de vinj le panier l'ut rempli chez lui : il y avait une ou deux bouteilles d'eaudc-vie, outre le vin. Je ne voulais pas passer le pont d'Austerlitz, ne me souciant pas d'être rencontré de l'autre côté de la rivière , où j'étais très-connu. Cependant, sur ses insistances, j'osai aller jusqu'en face de la porte de la prison , 0(1 je le laissai. Peu d'instans après , il me rejoignit dans la rue de la Clef, en face de la porte d'entrée de la Dette. Il avait encore son panier, et il me dit que les détenus venaient d'être transférés au Luxembourg, et qu'il n'avait pu le laisser. Nous le déposâmes, en conséquence; chez Morey, où nous étions convenus d'aller, après qu'il aurait terminé sa visite à Sainte-Pélagie. Le panier resta chez Morey jusqu'au jour où il fut porté au Luxembourg. »

Fieschi affirme qu'h l'approche des fêtes de juillet. Pépin lui déclara qu'il avait demandé, à Cavaignac les vingt-cinq fusils , en le priant de ne pas l'interroger sur l'usage qu'il en voulait faire: Cavaignac avait promis les fusils , et Pépin lui écrivit un jour sous un nom supposé, pour savoir s'il pouvait définitivement compter sur la remise prochaine des 2 5 francs, parce que l'homme n'attendait que cela pour partir', Fieschi ajoute que le mot francs voulait dire fusils.

Cependant Cavaignac ne tint pas sa promesse ; et Fieschi se chargea d'acheter les canons defiusilj Pépin en paya le prix.

Viennent divers détails, déjà connus , sur les préparatifs de l'attentat: tels que l'expérience de la traînée de

poudre, etc. , à la suite desquels le Procureur-général reprend :

Pépin possède à Paris, rue du Faubourg -Saint-Antoine, n° 1 , un magasin d'épiceries; accusé en i832, lors des événemens des 5 et 6 juin, d'avoir tiré, de sa maison, sur les gardes nationaux, et d'en avoir tué plusieurs, il fut acquitté, le i6 juin, par le conseil de guerre devant lequel il avait été traduit. Malgré cette décision de la justice , il paraît que , dans le quartier habité par Pépin, son innocence a trouvé des incrédules; car, dans ses interrogatoires , il se plaint , à plusieurs reprises, d'avoir failli devenir, depuis cette époque, la victime de l'effervescence populaire; il explique même son évasion , dans la nuit du 28 au 29 août , par la crainte de se trouver en présence de quelques groupes qui auraient pu mettre sa vie en danger.

Quoi qu'il en soit. Pépin professait ouvertement des opinions très -exaltées; l'instruction constate ses relations étroites avec un grand nombre d'individus notoirement voués aux plus funestes doctrines; elle constate également les sacrifices pécuniaires faits par lui à la cause républicaine. Pépin a fait partie de la Société des Droits de l'Homme ; il était chef de la section Romme, du 1 2« arrondissement; Morey et Nolland en étaient membres ; Bescher appartenait au même arrondissement, comme chef de la section Marat; il est assez remarquable que ce soit encore au 12"= arrondissement qu'ait appartenu la section Louvel.

Pépin a avoué cette qualité de chef de section , sans doute parce qu'il a su que les archives du comité central de la Société des Droits de l'homme , saisies , lors du procès d'avril, en la possession du secrétaire Berrier-

Fontaine , ne laissaient aucun doute h cet égard. On remarque parmi les pièces saisies un procès-verbal rédigé et signé parlui, où il rend compte au comité, h la date du 20 décembre 1 853, d'une séance du collège du 1 2'^ arrondissement qu'il avait présidée; on lit dans ce procès-verbal: » Le citoyen Pépin demande au comité quelques exem- « plaires du règlement et des écrits, pour former des » sections à la gare d'Ivry. » Il avait en effet un établissement h la gare, et cette demande qu'il adresse au comité rappelle une déclaration de Fieschi qui, dans l'un de ses interrogatoires, signale à la gare d'Ivry un atelier de charpentiers , où se trouve une vingtaine de jeunes gens armés et décidés h tout. On voit également dans le procès-verbal de cette séance , présidée par Pépin , un dépouillement de scrutin pour la nomination d'un membre du comité central; le résultat en est favorable à ce même Recurt que la procédure nous montre dînant chez Pépin avec Morey et Fieschi. Ce procèsverbal constate encore les propositions faites par Vayron, chef de la section les Gueux, qui plus tard concourut avec Morey h procurer à Besiher le passeport nécessaire à la fuite de Fieschi.

Une autre pièce, datée du 5 janvier i834, offre encore cette coïncidence remarquable de la nomination simultanée de Pépin et de Vayron , en qualité de com missaires de la Société des Droits de IHomme , pour la loterie patriotique.

Si l'instruction établit le fanatisme républicain de Pépin, elle prouve également, en dépit de ses efforts, ses relations intimes avec Fieschi , et le but coupable de ces relations.

Dans son premier interrogatoire , il nie positivement

connaître Fieschi; et lorsqu'on lui parle d'un individu que lui aurait présenté Morey , il feint d'en avoir à peine gardé le souvenir : son nom ne lui est pas présent ; il ignore s'il pourrait le reconnaître. Cependant il est prouvé qu'il connaissait Fieschi sous son vrai nom , et aussi sous les faux noms d'Alexis, de Beschcr et de Girard.

Le sieur Collet, son ami, celui qui protégea son évasion, déclare lui-même que, peu de jours après l'attententat. Pépin vint lui demander un asile, qu'il assista à un déjeuner où se trouvaient les sieurs Cosson, Chandet, Leblanc et Barbier; que la conversation tomba naturellement sur l'événement du 28, et que Pépin n'hésita pas h dire qu'ayant appris par les journaux les relations de Morey avec l'assassin, il croyait connaître cet homme. C'est sans doute, dit-il, un nommé Bescher que j'ai vu chez lui et qu'il a amené chez moi. Pépin ajouta que l'assassin ne ressemblait en rien aux portraits publiés. Le sieur Collet, dans ce même interrogatoire, est forcé de reconnaître qu'il s'est trouvé chez Pépin avec Fieschi, qu'on lui présenta sous le nom de Bescher.

Pépin lui-même fut bientôt obligé d'avouer certains faits qui démontrent l'intimité de ses relations avec Fieschi, et confirment pleinement les déclarations de ce dernier.

Par exemple , d'après Fieschi , Morey servit d'intermédiaire entre lui et Pépin ; et Pépin reconnaît avoir logéFieschi pendant plusieurs nuits.

Nous avons vu que Pépin s'était engagé à faire toutes les avances nécessaires à la construction de la machine, sous la condition que Morey lui en restituerait la moitié. Nous ne chercherons pas à expliquer les légères varia-

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lions qui existent dans les interrogatoires de Fieschi sur la quotité des sommes reçues par lui ou sur leur destination; elles ont peu d'importance, et même, jusqu'à un certain point, elles prouvent la sincérité de Fieschi : car celui qui ment se tient strictement dans son mensonge. Le seul point important , c'est qu'il soit établi que Pépia a donné des sommes d'argent assez fortes à Fieschi, tandis que Pépin, qui sans doute sentait les conséquences d'un tel fait, l'a constamment nié.

Le carnet de Fieschi a été retrouvé , comme nous l'ayons dit , dans la fosse d'aisance de Morey ; sur ce carnet figurent un assez grand nombre de chiffres, et Fieschi a déclaré ne pouvoir les expliquer tous; mais il en est sur lesquels il a donné les renseignemens les plus précis; ainsi, relativement aux chiffres i5, 4o , 20, Fieschi a dit que le chiffre i5 marquait le prix du bois brut de la machine , payé par Pépin ; le chiffre 4o , le prix du loyer de sa chambre , y compris le sou pour livre du portier ; et le chiff're 20, la somme donnée par Morey pour la malle et les arrhes des canons de fusil.

Mais il est sur ce carnet une énonciation qui a d'autant plus fixé l'attention, qu'elle y est repétée trois fois : ce sont les chiffres 218 00. Fieschi a déclaré que ces chiffres exprimaient la somme de 218 francs 5o centi- * mes, qui lui avait été remise par Pépin pour diverse* dépenses et notamment pour l'achat de son mobilier ; et, comme preuve de la vérité de ses paroles, il avance que cette même somme avait été inscrite en sa présence, par Pépin lui-même, sur l'un de ses registres ; que non-seument la somme y avait été inscrite , mais la cause de la dépense; Fieschi donne une désignation détaillée du registre; U est couvert , dit-il , en papier bleu gommé ; il indi-

que même l'endroit de la page où l'inscription devait se tronver; c'est le haut d'une page, dit-il; enfin il ajoute que l'inscription était ainsi conçue : Remis à M. Bescher 218 5o.

Certes, si une telle déclaration, si nette et si précise, est vérifiée, ce sera une charge irrésistible contre Pépin. Sur cette révélation de Fieschi, Pépin est interrogé, il nie obstinément qu'il ait jamais fait sur ses registres aucune inscription semblable à celle indiquée par Fieschi; il va plus loin : il prétend ne lui avoir jamais remis pareille somme, ni sous le nom de Bescher , ni sous aucun autre nom. Interrogé spécialement sur le fait qu'il aurait remis à Fieschi une somme de i5o fr. environ, pour l'achat des meubles qui devaient être placés dans le logement du boule vart , il répond : « Je prends Dieu, et le Ciel à témoin que cela est faux. »

Mais bientôt les livres de Pépin sont saisis ; on les examine avec soin , et sur l'un d'eux , couvert en papier bleu gommé, on trouve au haut d'une page deux lignes raturées, mais encore lisibles , ainsi conçues :

Plus, pour bois, loyer.. . 68 5o) ,, „ ^

'^ ^ ensemble. 218 00

M. Bescher i5o 00.

Ainsi se trouve confirmée la déclaration si importante de Fieschi.

On demande des renseîgnemens à Pépin sur cette découverte dont il avait si énergiquement nié lapossibihté; cette question lui est faite en présence de Fieschi , qui est confronté avec lui, et qui soutient avec forcela vérité de toutes les déclarations qu'il a faites précédemment; Pépin répond: « Je ne reconnais pas ces sommes pour avoir

été données h Fieschi pour un usage comme cela;

dans ce moment-ci, je ne me rappelle pas pour quel ob-

jet ce compte a été fait , peut-être m'en souviendrai-je plus tard.... ; » puis, pressé de questions, il arrive, dans son embarras, à méconnaître pour ainsi dire son écriture; il dit; a En effet, cette écriture ressemble assez à la mienne , mais je ne pourrais pas affirmer qu'elle soit la mienne. »

Un tel système de défense confirme évidemment l'accusation; on ne peut douter que Fieschi n'ait reçu de Pépin les sommes mentionnées tout à la fois sur le registre et sur le carnet , et qu'elles n' aient été remises pour l'usage criminel que Fieschi a indiqué.

Les faits qui viennent d'être développés démontrent la culpabilité de Pépin ; il a pris une part active et directe au complot ; et, quant à l'attentat, c'est lui seul qui en a rendu la réalisation possible , eu se chargeant de toutes les dépenses ; en effet , il paie le loyer de l'appartement sur le boulevart et le mobilier de Fieschi ; il paie le bois de la machine , le salaire des ouvriers pour sa construction ; il paie les canons de fusil; l'expérience de la traînée de la poudre est faite en sa présence, il y prend part ; c'est par lui et par son influence que Boireau entre dans le complot ; c'est lui d'abord qui doit passer à cheval devant les fenêtres de Fieschi ; mais, comme il voit un danger dans cette démarche, il envoie Boireau h sa place, et lui prêle l'un de ses chevaux ; Pépin est donc à la fois l'un des auteurs du complot, l'un des complices de l'attentat.

Le système de défense de Pépin peut se résumer en quelques mots : aux faits articulés avec précision par Fieschi , ses réponses diffèrent selon le caractère de ces mêmes faits. Si Fieschi parle d'une circonstance connue de lui seul ou de l'un de ses complices. Pépin répond par une

dénégation sèche; si, au contraire, Fieschi avance un fait qui puisse s'établir par des preuves étrangères, Pépin , tout en repoussant ce qui pourrait l'inculper, avoue ce qu'il craint de voir établi par des témoins ou par des écrits. Ainsi , lorsque -Fieschi déclare qu'il s'est rendu avec Pépin chez Poncheux pour y acheter le bois nécessaire à la confection de la machine. Pépin nie seulement la destination du bois acheté , mais il convient qu'il a pu se rendre chez Poncheux avec Fieschi , et qu'il serait possible que le marchand et son garçon de chantier le reconnussent; ainsi, lorsque Fieschi parle de la demande des fusils faite à Cavaignac par Pépin, celui-ci avoue ses visites à Sainte-Pélagie et son entrevue avec Cavaignac; mais il nie le but de cette visite; ainsi, lorsque Fieschi affirme que Pépin écrivit h Cavaignac pour lui rappeler la promesse des vingt-cinq fusils , et se servit de ces mots convenus: vingt ou vingt- cincj francs, Pépin avoue qu'il a pu écrire à Cavaignac et lui parler même d'une somme de vingt ou vingt-cinq francs demandée pour un patriote, mais il nie avoir voulu parler de fusils; enfin, lorsque Fieschi parle de l'expérience de la traînée de poudre et du déjeuner h la barrière Montreuil, Pépin nie l'expérience fiiite et le but de la réunion , mais il avoue le déjeuner chez Bertrand avec Morey et Fieschi.

Cependant si, dans ses réponses. Pépin a quelquefois fait preuve d'une certaine habileté, dans ses confrontations avec Fieschi il est resté comme écrasé sous le poids des charges. Dès ses premiers interrogatoires , il demande une confrontation, il l'appelle de tous ses vœux, dit-il; et lorsque la marche de l'instruction rend cette mesure possible, et qu'il se trouve en présence de cet homme qu'il devait confondre, il n'a rien h lui répondre; il ne sait

que gémir et se lamenter : et tel est l'ascendant que Fieschi prend aussitôt sur lui, qu'on ne peut l'expliquer que par la puissance de la vérité.

Après cette première confrontation. Pépin demande à se préparer avant de paraître de nouveau devant son accusateur. Cet homme lui fait peur, dit-il. Il sollicite enfin lui-même cette entrevue qu'il a long-temps retardée; il demande l'autorisation d'interpeller Fieschi, et lorsque celui-ci persiste avec fermeté dans ses déclarations. Pépin n'a pas une seule objection à lui faire; c'est lui qui interroge, et il ne fait que s'attirer des réponses qui l'accablent ! C'est lui qui voulait être accusateur, et jusqu'à ses paroles elles-mêmes, tout vient l'accuser; en sorte que ses confrontations , longues et nombreuses, n'ont eu d'autre résultat que de démontrer l'étroite intimité de ces deux hommes et leur complicité profonde.

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