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A l'époque où le complot fut formé, Fieschi était sous le coup de poursuites judiciaires; il fallait assurer sa liberté jusqu'à l'attentat, et sa fuite aussitôt après. Il y allait de l'intérêt de tous les complices.
Un livret d'ouvrier et un passeport , tous deux sous un faux nom , remplissaient ce double objet.
Le 5 janvier i835, lorsque déjh le crime se tramait, Bescher, reheur, ex chef de la section Marat de laSo-
ciété des Droits de l'Homme , inculpé d'avril , prend un livret et un passeport pour Auxerre. Les deux témoins qui l'accompagnent sont Vayron , ex-chef de la section des Gueux , et Morey.
Morey remit le livret h Fieschi , qui , peu de temps après, s'en servit pour se faire admettre comme ouvrier - chez le sieur Lesage. Bescher reconnaît avoir vu quelquefois Fieschi chez Morey ; mais il prétend être étran-ger h la remise du livret : il prétend l'avoir perdu , il pense qu'il serait possible que ce fût chez Morey.
A l'égard du passeport, Nina dépose que dans la conversation qu'elle eut avec Morey , h la barrière Montreuil, le 29 juillet, il lui dit: « Il faudra que je remette h' ce pauvre Bescher son passeport qu'il avait prêté à Fieschi pour se sauver. »
Nina ne connaissait pas Bescher,- elle n'a donc pu in-j venter un fait qui l'inculpe aussi gravement. D'un autre côté, Fieschi , tout en disant qu'il n'a pas eu le passeport en sa possession , avoue néanmoins que Morey s'était occupé de lui en procurer un.
Or, ce passeport ne pouvait être sous le nom de Fieschi poursuivi par la justice , ni sous celui de Girard , le locataire de la maison du boulevart du Temple; il devait donc être nécessairement sous le nom d'un tiers, et toutes les circonstances établissent que ce tiers est Bescher.
Il eut été imprudent que Fieschi fût porteur du passeport, au moment même de l'attentat; car il pouvait être arrêté dans la maison ; et dès-lors Bescher , qui avait prêté son nom, se trouvait compromis. Morey l'aurait été également , puisque son nom se trouvait sur le passeport.
Morey attendait Fieschi dans la rue des Fossés-du-
Temple ; c'était alors qu'il devait lui remettre le passeport et favoriser sa fuite.
Bescher ne peut ou ne veut représenter cette pièce , dont on produit la souche à la date du 5 janvier i835. A l'en croire, elle aurait été brûlée par sa femme longtemps avant l'attentat.
La déclaration de Nina prouve la fausseté de cet accusé. D'ailleurs , Bescher reconnait que Morcy est venu chez lui après le 29 juillet , et il est probable qu'il lui a remis alors le passeport.
On a demandé à Bescher pourquoi il avait pris un passeport pour Auxerre; il a répondu qu'il se proposait d'aller travailler à Auxerre chez le sieur Bottier, relieur, h qui, toutefois, comme il a été obligé de l'avouer, il n'avait pas donné avis de son projet.
Le sieur Bottier a déclaré qu'il n'avait jamais entendu parler de Bescher depuis i83i , et que jamais cet ouvrier n'avait dû travailler chez lui.
Il a d'ailleurs été démontré qu'h aucune époque, de^ puis quatre ans , le sieur Bottier n'avait employé d'ouvrier , n'ayant de travail que pour lui et deux apprentis.
Ajoutons que Bescher, qui est marié , n'avait nul motif pour aller se fixer h Auxerre: le mensonge est évident et devient une charge de plus ; car Bescher ne pouvant expliquer pour quel motif il a pris le passeport et le livret , il en résulte la preuve qu'il ne les a pris que pour les faire remettre h Fieschi, et assurer ainsi sa fuite et l'impunité de son crime.