‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 66 sur 71 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Telles sont les charges que l'instruction a produites contre les cinq accusés. Si , après avoir considéré cha-

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cun d'eux clans son rôle individuel, on veut les mettre en présence et les voir agir simultanément, voici comme ils se présentent :

Pour l'exécution, il fallait ou nn fanatique exalté, ou quelque nature audacieuse dont toute l'énergie fût tournée au crime, et aspirât h quelque grand forfait ; Fieschi s'est trouvé là sous la main de ceux qui pouvaient l'employer. Morey le connaissait, il avait compris ce caractère résolu et profondément dissimulé ; il lui donna asile , et de leur rapprochement naît la pensée du crime. Le plan de la machine est préparé , on s'adresse h Pépin, car on a hesoin de sa bourse ; elle s'est ouverte plus d'une fois pour de mauvais desseins. Pépin n'hésite pas, on le trouve tout prêt, au premier mot, comme s'il attendait la confidence. « Si l'homme est solide , ditil , on peut faire des frais , je les ferai , moi , » et aussitôt l'homme est appelé chez Pépin , le plan de la machine est exécuté en bois ; les dépenses que le crime peut entraîner sont fixées et la répartition convenue.

Mais Fieschi est déjhenbutte aux poursuites de la justice; il faut l'y soustraire, le tenir caché sous Un faux nom, et comme en réserve pour le jour de l'attentat; il faut" aussi, l'acte accompli, assurer sa fuite; Bescher, initié au complot, prête son nom, et avec l'assistance de Morey et de Vayron il obtient un livret et un passe- .port; Morey donne le livret à Fieschi qui en use aussitôt; il garde le passeport en dépôt.

Après d'assez longues recherches durant lesquelles Fieschi reçoit asile chez Pépin, un appartement est trouvé; Pépin le visite, en approuve le choix, en paie le loyer et les meubles.

Il s'agit de construire la machine.

Le bois est acheté; Pépin et Fieschi sont ensemble; Pépin le paie; Fieschi l'emporte et le fait travailler.

Comment la machine sera-t-elle armée ? c'est ici qu'il faut déployer une grande adresse pour éviter toute révélation, toute imprudence. Fieschi pourvoit à tout; des canons de fusil produiront, dit-il , le même effet que des fusils : l'expérience de la tratoée de poudre, faite entre les trois complices, confirme ses prévisions. De simples canons sont d'une acquisition aisée , il les introduira facilement chez lui, sans éveiller de soupçons. Fieschi achète donc les canons; la veiUe, il est allé au Temple avec Morey , pour se procurer la malle dans laquelle il les portera.

Alors paraît Boireau; c'est lui qui prête à Fieschi l'instrument dont il a besoin pour percer les canons; c'est lui encore qu'on voit avec Fieschi chez le serrurier auquel ils vont tous deux commander la barre de fer qui doit maintenir les canons et recevoir la traînée de poudre.

Les canons sont chargés par Morey , et aussitôt mis en place; Boireau passe h cheval sur le boulevart pour donner le point de mire; Pépin n'ose y passer lui-même; la seul pensée de la machine le fait frissonner , non de remord, mais de peur.

Le moment de l'exécution arrive ; Fieschi entre dans son logement; Morey l'attend dans les environs pour lui remettre le passeport de Bescher; Pépin se tient à l'écart ou plutôt il est déjà caché ; Boireau est sur le boulevart, au milieu de ses amis tout prêts pour l'événement.

Que si maintenant tous les faits étant connus , on veut assigner au crime son vrai caractère sous le point de vue politique, il faut reconnaître qu'il est le fruit na-

lurel des doctrines de la Société des Droits de l'Homme. C'est là que devaient conduire ces frénétiques prédications des clubs, ces ordres du jour sanguinaires, ces pamphlets où le régicide était érigé en acte de morale et de haute politique, ces noms réveillant sans cesse des idées de poignard et d'échafaud.

Aussi, dans Taltentat, qui voyons-nous ? Des membres de cette association :

Pépin, chef de la section, Homme;

Morey , de la même section ;

Bescher, chef de la section Marat.

Les deux sections Bomme et Marat dépendaient du même arrondissement.

Boireau, de son propre aveu, était sur le point d'entrer dans la Société lorsqu'elle s'est dissoute , et son arrestation au café des Deux-Portes, dans une émeute républicaine, avec un grand nombre de sectionnaires, ne permet pas de douter que déjà il en fît partie.

Quanta Fieschi, il ne parait pas qu'il ait été sectionnaire, mais il affichait des opinions républicaines, et dans l'attentat il a été l'instrument autant qu'auteur principal.

Ce n'est pas tout; les individus qui , sans participer au crime, se trouve mêlés aux actes qui s'y rapportent, sont aussi de la Société des Droits de l'Homme.

Vavron , dont le nom figure avec celui de Morey sur le passeport de Bescher, était chef de la section des Gueux.

NoUand, qui reçoit la malle de Fieschi le 28 juillet , était membre de la section Romme dont Pépin était le chef.

Martiaault, qui, de l'aveu de Boireau, a passé avec

lui presque toute la journée du 28 , était un ancien chef de section.

En présence de ces faits , deux vérités resteront constantes ; le crime est né des doctrines de la Société des Droits de l'Homme; la Société des Droits de l'Homme, devait profiter du cï'ime.

On voit dès lors combien il était sage et nécessaire d'arrêter la propagation de ces principes qui ne tendaient a rien moins qu'à bouleverser, par le plus horrible des forfaits, non pas telle forme de gouvernement, mais l'ordre social tout entier.

En conséquence, les susnommés sont accusés : 1° Fieschi (Joseph) , Morey (Pierre) , Pépin (Pierre- Théo dore -Florentin), Boireau (Victor), Bescher (Tell), d'avoir concerté et arrêté entre eux la résolution de commettre un attentat contre la vie du Roi et contre celle des membres de la famille royale , ladite résolution suivie d'actes commis ou commencés pour en préparer l'exécution;

2° Fieschi (Joseph), de s'être rendu coupable : 1° d'attentat contre la vie du Roi et contre la vie des membres de la famille royale ; 2° d'homicide volontaire commis avec préméditation et gaet-apens sur la personne du maréchal duc de Trévise , du général Lâchasse de Vérigny, du colonel RafFé, du comte Villatte, des sieurs Rieussec, Léger , Ricard , Prudhomme , Benetter,Inglar, Ardoins, Labrouste, Leclerc ; des dames Briosne, Ledhernez , Langoret, des demoiselles Remy et RoseAHzon; 3" de tentative d'homicide, commise volontairement, avec préméditation et guet-apens, sur la personne du général comte de Colbert , du général baron Brayer , du général Pelet , du général Hcymès , du 2. 25

général Bliûj des sieurs Chamarande, Marion, Goret, Chauvin, Royer , Vidal, Delépine, Ledhernez, Amaury, Bonnet, Baraton , Roussel, Frachcbond; de la veuve Ardoins, de la dame Ledhernez, et la demoiselle François;

Laquelle tentative , manifestée par un commencement d'exécution, n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur ;

3* Morey (Pierre) , Pépin (Pierre-Théodore-Florentin) , Boireau CVictor). Bescher (Tell) , de s'être rendus complices des crimes ci-dessus spécifiés , soit en donnant des instructions pour les commettre , soit en provoquant à les commettre par des dons, promesses, machinations ou artifices coupables, soit en procurant des armes , des instrumens ou tous autres moyens ayant servi à les commetre , sachant qu'ils devaient y servir , soit en ayant, avec connaissance, aidé ou assisté l'auteur de l'action dans les faits qui l'ont préparée ou facilitée, et dans ceux qui l'ont consommée i

Crimes prévus par les articles 69, Co , 86, 38, 89, 295, 296, 297 et 298 du Gode pénal.

Fait à Paris , au parquet de la cour des pairs , palais du Luxembourg , le 1 1 janvier i386.

Le procureur-général du Roi ,

Martin ( du Nord ).

Lettres de MM. Foyer d'Argenson et Carrei à M. le comte Portails , en réponse à plusieurs passages du Rapport à la Cour des Pairs.

LETTRE DE M. d'ARGENSON.

» A la page 1 36 de votre Rapport-Fieschi , on lit le passaj^e suivant :

te // est constant, par ses propres aveux, que, si elle » ( Mme Petit ) a reçu des secours et de l'argent de diverses » personnes attachées à l'ancienne dynastie, et, entre autres, 3) de M. Peyrecave, elle en a également sollicite et reçu de » M. Voyer-d'Argenson j enfin, son ami Bourseaux est venu » spontanément demander à être entendu une seconde fois, » uniquement pour déclarer que Laurence Petit n'était pas » légitimiste. »

» Certainement chacun de nous doit le sacrifice de ses convenances privées à la nécessité suprême de ne laisser ignorer au juge rien d'essentiel. Il n'y aurait cependant pas de mal si le particulier qu'un rapport de la gravité du vôtre met en scène à son insu, pouvait, avec le secours du bonsens vulgaire, reconnaître qu'il y avait nécessité pour lui de faire ce sacrifice. C'est ce que je n'ai pas éprouvé en rencontrant mon nom dans le passage que je viens de citer. Je veux croire que c'est de ma faute.

■> Quoi qu'il en soit, permettez-moi de vous dire que, pour déduire des conséquences d'un fait, il faut commencer par constater sa réalité, et vous savez mille fois mieux que je ne saurais le démontrer, qu'un fait ne peut être réputé constant qu'à la suite d'un examen contradictoire.

» Si donc il vous avait plu de m'appeler devant vous pour avoir des éclaircissemens sur le degré d'exactitude du fait en question ; si vous m'aviez demandé : « Ayez-vous donné des

» secours et de l'argent à Mme Petit? » Mon respect pour la vérilé judiciaire m'eût rendu dès lors possibles les efforts de mémoire que mon étonnement, à la lecture du passage cité ci-dessus, vient de m'exciter à faire, et voici ce que je vous aurais répondu :

» Une dame, dont je n'aurais jamais su retrouver le nom si le mien ne figurait pas dans votre rapport, s'est présentée chez moi, il y a environ un au; elle ne demandait pas de secours pour elle-même , mais bien pour un officier sortant de Sainte-Pélagie, où il avait été détenu pour cause politique. Elle lui donnait place à une table d'hôte ou pension qu'elle me dit tenir. Elle avait en main des attestations pro près à inspirer de l'intérêt pour cet officier, qui se trouvait dans un grand dénuement. Il est, en effet, très-vraisemblable. Monsieur, qu'à la suite d'un pareil exposé, je n'ai pas congédié celte dame par un refus.

» Il se peut que j'aie tort de mettre sous les yeux du public une explication d'un si mince intérêt. Les personnes qui seraient disposées à me blâmer m'excuseront , je l'espère , en remarquant que, quelque obscure que soit la vie d'un citoyen, il doit lui être permis, lorsqu'il y est en quelque sorte provoqué par un acte de haute solennité , de démontrer qu'il a agi avec discernement. Si j'avais donné à Mme Petit des secours pour son propre compte , je publierais ici et je vous aurais dit en toute assurance quels motifs m'y auraient porté.

» Et si, comparaissant à cet effet devant vous, j'avais pu entrevoir la singulière conséquence que vous entendiez tirer de ces secours, je vous aurais épargné la grave erreur que vous avez commise en cherchant dans cette circonstance , inexacte d'ailleurs, des indices d'opinion politique. Je plains celui qui, à l'heure de sa mort, ne se souviendra d'avoir compati aux misères humaines que dans la personne de ses co-religionnaires politiques. Cet homme, s'il est d'un parti proscrit, n'a accompli que la moitié de ses devoirs,' si, ap-

et'de ses complices. 38 1

partenant au parti dominant, il ne s'est senti d'entrailles que pour les serviteurs du pouvoir, cet homme n'est qu'un vil et méprisable ambitieux.

» Pour abréger cette lettre, j'ai confondu dans une même acception les mots de secours et d' argent, que votre rapport semblerait distinguer 5 toutefois, si vous m'eussiez fait l'honneur de m'appeler, j'aurais pris la liberté de vous demander quelle différence vous en faites, attendu que mon intelligence ne la saisit pas. Je vous aurais encore prié de donner tant soit peu plus de clarté à la phrase du rapport qui suit immédiatement mon nom, parce qu'elle semblerait signifier que M. Bourseaux, que je n'ai pas l'intention de blesser ici, mais que je ne connais en aucune manière, pas même par votre rapport que je n'ai pas lu, est mon ami.

» J'ai l'honneur, etc.

Paris, 18 décembre 1 835. » d'argenson. »

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