‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 9 sur 71 · TE DEUM DU 6 AOUT · texte numérisé non relu

TE DEUM DU 6 AOUT

Après les regrets domiës aux victimes, venaient Jes actions de grâces pour la conservation d'3 la famille royale. Le lendemain des funérailles , un brillant Te Deiim, où assistait toute la cour, fut chanté à Notre-Dame, ainsi que l'avait offert M. l'archevêque de Paris.

A une heure et demie, le cortège partit des Tuileries. En tête marchaient un escadron de cuirassiers et le premier escadron de la garde nationale à cheval. Ils précédaient deux voitures, dans lesquelles se trouvaient le Roi et toute sa famille , les ministres des affaires étrangères, de l'intérieur, et le duc de Conégliano. Immédiatement après , venaient le deuxième escadron de la garde nationale à cheval et un escadron de cuirassiers. Les autres ministres et les aides-dc-camp du Roi suivaient dans d'autres voitures, avec un grand nombre d'officiers généraux.

Le cortège sortit par la place du Carrousel , remonta les quais jusqu'au Pont-Neuf, le Pont-Neuf jusqu'au quai de l'Horloge, le quai de l'Horloge, le quai aux Fleurs, le quai Napoléon, et arriva à la cathédrale par la rue du Cloître-Notre-Dame.

C'est la 9*= légion qui formait la haie dans la Cité , sur la place du parvis Notre-Dame et jusque dans l'église 5 le reste du chemin parcouru par le cortège était gardé par la troupe de ligne. On remarqua, non sans quelque surprise , et même avec un sentiment pénible, ce déploiement inusité de forces militaires et de précautions de police jeté sur U passage du

Roi. C'est au point que la circulation se trouva toutà-lait interrompue, et que la population, tenue à distance par les troupes et la garde municipale , semblait devoir rester étrangère à cette solennité.

Un peu avant deux heures, le cortège arriva à Notre-Dame. IVarcheveque , qui attendait Sa Majesté à la porte de Téglise , lui adressa les paroles suivantes :

« Sire , la religion écarte en ce moment le voile de ses douleurs. Elle découvre son noble front; elle lève vers le ciel ses yeux encore humides de larmes -, elle unit sa voix à la vôtre pour rendre au Tout- Puissant de solennelles actions de grâces.

)) En voyant aujourd'hui le chef et les corps de l'état, doublement avertis par le malheur et par le bienfait, venir apporter au pied des saints autels un juste tribut de remercîmeus et d'hommages, elle espère ! Elle espère pour la France 5 car, si l'ingratitude envers Dieu a le funeste privilège d'arrêter le cours de ses dons , la reconnaissance de la foi a le pouvoir, au contraire, de les multiplier et de les faire couler avec abondance sur les princes et sur les peuples. »

Le Roi répondit :

« Mon premier soin, après l'attentat qui nous a plongés dans la douleur, a été de m'unir à vous pour rendre les derniers devoirs, les devoirs de la religion aux malheureuses victimes qui sont tombées autour de moi dans cet épouvantable désastre. Aujourd'hui, je viens en remplir un qui n'est pas moins cher à mon cœur, en oflVant à Dieu des actions de grâces, dans l'église métropolitaine de Paris, pour la protection

t'clatanle dont il a couvert les jours de mes fils et les miens. «

Ensuite Leurs Majestés furent conduites processionellement par le prélat aux places préparées pour les recevoir, et le Te Deii?ji commence.

C'était la première fois, depuis i83o, que l'église Notre-Dame se parait d'une pompe royale. L'éclat d'une grande cérémonie lui rappelait enfin les souvenirs du passé.

En avant du chœur se trouvait un autel splendidement décoré -, vis-à-vis , à l'entrée de la croix de la nef, des fauteuils de velours cramoisi rehaussé d'or, et des prie-Dieu, avaient été disposés pour le Roi et la famille royale j à leur droite, une tribune était destinée pour le corps diplomatique et la pairie 5 à leur gauche s'étendaient la tribune des députés et celle des personnes qui composaient le cortège.

Derrière le Roi et la famille royale, et dans toute la longueur de la nef, des banquettes avaient été réservées pour les corps constitués, qui se trouvaient placés dans l'ordre de leur préséance. Le reste de la nef, les travées placées au-dessus et celles du chœur étaient occupés par les personnes admises avec des billets.

Trente lustres et six candélabres de vaste dimension formaient le luminaire depuis la porte de l'église jusqu'à l'autel. Les tapisseries des Menus-Plaisirs décoraient le grand portail , la croix de la nef et tous les piliers de l'église. Un peu au-dessous des travées, on avait placé, de distance en distance, des trophées de drapeaux , à partir de l'orgue jusqu'au fond du chœur. Au-dessus des trophées du chœur étaient des

go PROCES DE FIESCHI

écussons au chiffre des treize légions de la garde nationale.

Après le Te Deum, le Domine salvumfac Reu^em fut chanté; puis, l'archevêque donna sa bénédiction, et, accompagné de son clergé, reconduisit Leurs Majestés jusqu'à la porte de l'église.

Le oorlcge reprit, dans le même ordre , le chemin par lequel il élait arrivé , et se trouva, à trois heures un quart, de retour aux Tuileries.

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