‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairs, précédé des faits préliminaires et de l'acte d'accusation (volume 2)Chapitre 2 sur 14 · Je ferai la même réponse · texte numérisé non relu

Je ferai la même réponse

D. Vous n'avez pas, à cette occasion, parlé de ce qui pouvait se passer à cette revue ?

R. Non , monsieur.

D. Vous n'avez pas parlé d'un projet de tirer sur le roi , projet qui devait être exécuté par un galérien et plusieurs autres individus ?

B.. Non , monsieur.

D. En aucune façon ?

R.. Non, monsieur.

D. Vous n'auriez pas demandé à Boireau s'il avait vuFieschi depuis peu ?

R. Non, monsieur.

D. Vous ne lui avez pas donné un rendez-vous pour le lendemain au canal Saint-Martin?

R. Non , monsieur.

D. Il ne serait pas venu le lendemain au canal ?

R. Non , monsieur.

D. De là vous ne l'auriez pas mené dans votre écurie . rue de Bercy ?

R. Non , monsieur.

D. Vous ne lui auriez pas proposé de monter un cheval que vous aviez dans cette écurie et de le remplacer dans une promenade que vous deviez faire sur le boulevard Saint- Martin ?

R. Non , monsieur.

D. Sur l'observation qu'il vous fit qu'il ne savait pas monter à cheval, ne lui auriez- vous pas dit : C'est égal, vous n'y irez pasj mais arrangez vous pour trouver Fieschi ce soir; vous le trouverez a tel endroit; et demandez lui s'il a vu passer vous «su moi ?

. R. Non, monsieur.

D^ Vous persistez à dire que vous n'avez rien dit de tout c^U à Boireau ?

R. Je persiste à dire que je n'ai rien dit de tout cela à Boireau.

Le rREsiDEîïT, à Fieschi. — Vous venez d'entendre la Icc-

Uire des noies prises sur l'interrogatoire- de Boireau, Periis»tcz-Yous à dire que vous ne lui avez donné aucune connaissance du projet de l'attentat?

FiESCHi. — Oui, monsieur, je persiste à dire que je n'ai donné aucune connaissance de l'attentat, en ce sens que Boireau n'a pas vu ma machine , et qu'il n'a pas su de quelle maniero l'attentat devait se commettre.

D. A-t-îl su par vous que Taltcntal devait se commettre? R. Il a su le lundi que le lendemain 2B, il devait y avoir une affaire.

D. Vous avez déclaré que vous ne le lui aviez pas dit ? R. Je ne crois pas cela.

* D. Vous avez dit jusqu'ici que Boireau n'avait été mi^dans a confidence de l'attentat que le 27 au soir par Pépin; 'qu'à ïa suite de celte confidence et de la promenade qu'il avait faite pour remplacer Pépin, il était venu vous trouver au café des Milles-Colonnes , et là qu'il vous avait dit qu'il avait passé à cheval sur le boulevard à la place de Pépin : que là-dessus vous vous êtes mis en colère en vous plaignant de l'indiscrétion de Pépin. Affirmez-vous que le 27 Boireau a clé mis au courant par Pépin ?

FiESCtti. — Enlendons-nouSj François... (Mouvement.) Pardonnez-moi, M. le président, l'expression ijui vient de rncr chapper. Je ne vous répondais pas. Je ne sais si Boireau m'a menti quand il m'a dit qu'il était venu à cheval à la place de Pcpin; j'ai toujours déclaré à moi, que je n'avais vu ni Pe^ pin ni Boireau. Il m'a dit qu'il était au courant de mon af«faite; moi, je n'y étais pas à mon affaire, je ne tenais pas que Boireau sache mon affaire; j'ai toujours dit que je regardais Boireau comme un enfant pour la raison , et je n'aurais pas ru confiance en lui.

Le pREsmEST. — Vous n'avez pas de votre propre mou^^e»unent mis Boireau dans votre confidence? Il n'y aurait été qtte par suite de la confidenee faite par Pépin le 27 au soir ; vous auriez appris cette confidence par Boireau lui-même, qui serait venu TOUS trouver au café des Mille-Colonnes.

FiEscmr. — Oui, M. le président. Boireau n'a rien su de moi que le soir qu'il est venu me trouver au café des Mille-Colonnes. Je suis étonné qu'il n'ait pas raconté , il ne lui en coûtait pas plus de dire cela, qu'il est entré, qu'il a pris un petit- verre.

En sortant il m'a demandé si je l'avais vu seul , disant : Tu e'tais convenu que Pépin viendrait à cheval , et c'est moi qui suis venu à sa place, parce qu'il est malade. Je fus alors embarrasse'. D'abord j'étais embarrassé de ma position. Ma vie m'était à charge, elle me pesait plus que le monde qui était là, cela ne me fit pas renoncer j mais je ne rentre pas dans ton* ces détails. Seulement je vous prie de m'excuser si je vous ai dit : Entendons-nous, François !

Le président. — Vous êtes d'accord avec Boireau sur le fait relatif au foret? ,

FiESciii. — Oui, monsieur le président.

M. Martijî (du Nord), à Pepiu. — Persistez-vous à déclarer que vous ne counaissez pas Boireau ?

pEPijsr. — Je persiste à déclarer que je n'ai pas connu Boireau; il se peut pourtant qu'il soit venu une seule fois chez moi. ou du moins que je l'aie vu une seule fois chez moi , et que je lui aie parlé une seule fois , c'est possible encore. Mais je déclare que je ne lui ai pas parlé; le connaissant. Il n'y aurait pas un seul homme, un seul homme, c'estbeaucoup dire, maisui^ seul homme judicieux qui puisse dire que j'ai eu des relations directes avec Boireau, que j'ai jamais su où il travaillait.

M. Martin (du Nord). — C'est là ce que vous avez déclaré maintes fois dans l'instruction. Voici ce qu'on lit dans votre in-^ terrogatoire du y octobre :

« D. Vous avez hier , lorsde votre confrontation avec Boireau, dit que vous ne le connaissiez pas , pourtant vous le connaissiez?

» B.. Non, 'monsieur; peut-être y est-il venu boire la goutte avecFieschij mais je ne l'a pas remarqué et reconnu.

w D. Cependant il est reconnu par un des hommes de votre maison pour avoir été chez vous ; vous avez eu des rapports avec lui.

» D. Boireau avait des sentimfi»s politiques cob formes aux v très; il allait être reçu membre de la société des Droits de l'homme quand la loi des associations a été rendue ?

» R. Jamais je n'ai parlé politique avec lui, je n'ai pointeu de Rapports avec lui, et je ne le reconnais pas aujourd'hui. »

Voilà ce que vous souteniez, et ce que vous soutenez encore aujourd'hui être la vérité.

Pbpi». — Oui, monsieur.

H. Martin (du Nord). — Cependant Ma gn fer a déclare, tout-à-l'heure, comme il l'a de'clarë déjà, que Boireau était allé chez vous deux ou trois fois , et que ce n'était pas pour acheter delà marchandise, parce qu'il l'aurait su.

Pépin. — C'est ti-ès possible , mais mes affaires ne me retiennent pas perpétuellement dans mon domicile. J'ai non seulement ma maison de commerce, mais j'ai deux autres établissemens, j'ai rsies écritures à voir; il se peut que dix fois Boireau soit venu chez moi. Mais venir chez un individu et avoir des liaisons intimes avec lui, c'est très différent.

M MARTijy (du Nord.) — Enfin , vous niez qu'il ait causé avec vous.

Pépin. — Oui , monsieur.

Lk pkesidemt. — Niez-vous avoir dit k Boireau que le 2$ vous deviez aller dans la rue Saint-Jacques à une réunion de quarante personnes?

Pbpin.' — -Oui, monsieur.

Le PRESIDENT. — Je vous rappelle que dans vos interrogatoires , en rendant compte de votre matinée du 28 , vous avez dit des choses qui indiquaient assez que vous vous étiez dirigé vers le fauboui'g Saint-Jacques.

Pépin. Je ne nie pas cela.

Le PRESIDENT. — Je vous fais remarquer la coïncidence de ce fait avec la déciaiation de Boireau, que la veille au soir vous lui aviez annoncé le projet de vous y tiouver avec une quarantaine de personnes.

Pépin. — Je n'ai aucune connaissance de cela.

M. ^Urtin (du Nord.) — Je voudrais que Pepin qui reconnaît être allé dans le faubourg Saint-Jacques, vous dise chez qui il allait.

Pepin. — Les débats le prouveront.

M. Martfn (du Nord.) — Ce n'est pas aux témoins 2i déposer d'un fait qui vous est personnel.

Pepin. — Je fus chez divers débiteurs.

M. Martin (du Nord.) — Nommez-les.

Pepin. — Les débats établiront ce fait.

M Maetw (du,Ni,'rd).Onnc vous demande pas là des chosesbien extraordinaires. Les témoins n'ont pas un intérêt aussi réel que le vôtre à se rappeler ces faits.

Pepin. -^ Écoutez, M. le procureur-général; le motd'écou-

tel' m'a échappé , je vous prie de ni'exeuser. Je suis peu habitué à parler en public. Vous concevez dans quelle hypothèse je me trouve , car depuis ma détention j'ai toujours eu à subir de nouvelles choses. Je ne sais pas si je dois dire les personnes que j'iii vues. Je vous assure que j'ai été chez des personnes qui me devaient , je le prouverai par les débats,

M. Martin (du Nord.) — Vous déclarez que des témoins devront les nommer, il est plus simple de les nommer?

Pépin. — Je jure par tout ce qu*un homme d'honneur doit avoir de plus sacré que j'ai été chez des débiteurs.

M. Martin (du Nord.) — • Vous ne voulez pas les nommer?

Pépin. — Ils seront connus j je promets à la cour de les faire connaître. (Après avoir consulté son avocat.) Je vais le dire, puisque mon conseil le désire. Je fus chez un nommé Lyon , à qui j'ai prêté de l'argent pour travailler de son état ; il est assigné. J'y restai a peine deux minutes. Je fus de là chez un sieur... je ne me rappelle pas son nom, un homme que j'aî établi aussi , et qui me doit environ cent écus. Il demeure dans la rue Neuve-Sainle-Geneviève. Il est parti avec cette créance, et je ne sais même pas s'il ne m'a pas désobligé dans une maison oîi je l'avais recommandé. C'est un ancien détenu politique 5 il a voulu s'établir en sortant de prison ; je lui ai prêté de l'argent 5 il m'a fait de grandes promesses de ne pas me faire perdre ; je l'ai de plus recommandé chez un négociant pour avoir des marchandises à crédit, et je ne sais s'il n'a pas laissé des dettes dans cette maison. Je crois qu'il est parti le 25 ou le 27. J'avais pris dans mon portefeuille un effet qu'il avait laissé protester , et j'allais en réclamer le montant.

M. Martîn (du Nord.) -- Vous alliez nommer une autre per» sonne?

Pépin. — J'en avais remis la note à mon épouse , mais je ne l'ai pas assigné. Je sais bien qu'on cherche à me perdi'e. Je dirai le nom à M. le président.

FiESCHi. — Boireau a oublié une petite circonstance. La première fois que nous avons été chez Pépin , moi et Boireau , nous avons pris un petit-verre sur le comptoir , et nous causions ensemble; certes, non pas pour aller à la messe , dans ce moment les conversations étaient toujours à la politique. En ce moment est Tenu un monsieur en redingote bleue j Pépin a dit: chut! c'est un mouchard. Je ne tiens pas que Boireau

affirme cette circonstance après moi; mais , s'il se la rappelle , je lui demande de dire oui ou non.

BoiREAU. — Oui.

FiEscm. — J'espère que M. le procureur général justifiera , si je suis échappé des galères, combien de temps j'ai élé galérien. On me rendra justice ; je Gais bien que je ne serai j-as le bon marchand , mais au moins j'auiai ma part.

i\I. Maiitin (du Nord), à Pépin. — Vous ne vous rappc Irz pas celte circonstance?

Pépin. — Non , Monsieur.

Le témoin Magnier est introduit de nouveau. Le rBESiuEKT. — Vous rappekz-vous que le 26 juillet Pépin soit sorti en voiture?

R. Je n'en suis pas siir^ mais je crois qu'il est sorti peur ailcr se promener avec sa femme et ses en fan s. D. A quelle heure est-il rentré?

Pv. A la nuit.

D. Était-il en voilure?

B.. 11 avait son cabriolet.

D. Mais vous avez dit qu'il était avec sa femme et ses cnTans; ce ne pouvait être dans un cabriolet?

R. Le cabriolet pouvait contenir trois ou quatre personnes. D. Vous êtes sûr que ce n'était pas en cliar-à-banc? R. Oui.

D. En rentrant , Pcpin n'a-t-il pas envoyé chercher une bouteille de vin?

R. Je ne me le rappelle pas; s'il a envoyé chercher une bouteille de vin , c'était sans doute pour son souper. D. Vous ne savez pas s'il y avait quelqu'un avec lui? R. Je n'ai vu personne avec lui.

D. Ce n'est pas un de ces soirs-là que vous avez vu Boirean? R. Je ne me le rappelle pas,

D. Quand Pépin est rentré , faisait-il nuit depuis longtemps?

R. Nom.

D. N'était-ce pas vers neuf 1 eures, neuf heures et demie. R. Je ne me le rappelle pas.

D. A quelle heure soupait-il ?

R. Avant de fermer la boutique, à dix heures, dix heures et demie.

lU. J^

D Était-il avec ses enfans?

R. Non , ils étaient rouche's , mais avec eux autres.

Girard, commissionnaire^ rue de la Juiverie , autre te'moin. — J'ai vu souvent Fieschi venir chez M. Pépin. Je ne sais pas s'il a couché chez lui, je n'en sais rien.

Le témoin reconnaît Fieschi.

GrwET, commissionnaire, faubourg Saint-Antoine , témoin. — Je connaissais M. Pépin et M, Fieschi- avant l'événement. J'ai vu très souvent M. Fieschi venir chez M. Pépin , et mêîne y raanger. Je brossais ses habits et je cirais ses bottes.

D. A quelle époque ?

R. A peu près trois moiS avant l'événement.

D. iSavcz-vGus s'il a couché chez Pépin?

R. Je l'ai vu plusieurs fois sortir le matin à l'ouverture de la boutique.

D. Depuis qu'il a cessé de coucher chez Pépin, l'avcz-vous vu revenir souvent?

R. Tous les jours jusqu'à l'événement.

Le témoin déclare reconnaître Fieschi et Pépin.

Pei'in. — Je prierai M. le président de demander au témoin s'il est monté souvent chez moi après mon aménagement.

Le TEMOIN. — Je ne me le rappelle pas.

Pepiiv. — Alors, comment se fait-il que ce témoin puisse affirmer qu'il a vu Bescher manger chez moi, lorsque nous mangions en haut? Mon épouse seule mangeait en bas.

Le témoin. — Quand il y avait grande société chez M. Pépin , on mangeait en haut j mais quand c'était la société ordinaire, on mangeait en bas dans une pièce attenant à la boutique. Lorsque j'ai fait ma déposition chez le juge d'instruction, je mj suis trouvé avec la femme d'un chaudronnier, locataire d€ M. Pépin, laquelle faisait la cuisine pour M. Pépin, et qui nia dit que quand il y avait du monde à diner on faisait manger Fieschi à part, parce qu'il était mal vêtu.

Pepin. — Je prie M. le président de demander au témoin Ginet comment il vient déclarer qu'il ait vu Fieschi venir chez moi jusqu'au 28 juillet , lorsque cela est si contraire à la vérité. Il est impossible qu'il l'ait vu.

Le PRESIDENT. — • Témoin , persistez- vous dans votre déclation ?

Le TÉMOIN. — Ouij monsieur le président.

Pépin. — Je déclare à la cour que, d'après l'aveu même de Fieschl, il est impossible que Ginet ait vu Fieschi manger chez moi, d'abord parce que, supposant que nous eussions mangé ensemble, c'eût été en haut, et ensuite parce que cela est contraire à la vérité.

Le président. — Fieschi, êtes-vous allé chez Pépin jus-^u au 28 juillet?

FiEscar. — Pas jusq Vau 28, jusqu'au 26. Concernant les dîners, je n'ai dlué que trois fois tout au plus dans un petit bsut. Mais il est facile de voir d'où le commissionnaire est placé, par une fenêtre qui fait face aux voitures, les personnes qui dînent dans ce pL^tit cabinet. Lorsque j'avais de l'ouvrage en haut, je n'allai^ pas diner chez les autres ; imis je descendais chez Pépin , et j'allais le soir chez iMjrey pjur voir si notre affaire allait. Quand on est occupé d'une pareille idée, il faut se voir souvent.

Pepin. — Je prierai la cour d observer qu'en supposant que Fieschi ait mangé chez moi dans le bureau, il est impossible que le commissionnaire l'ait vu, puisqu'il y a un ri leau sur la façade, rideau sur lequel Fieschi a attaché un papier.

Fieschi. — Le rideau sur lequel j'ai attaché un papier avec le nom d'Alexis sépare la boutique du petit bureau; miis pir la fenêtre qui est en face djs voitures, le commissionnaire pouvait voir de l'endroit où il avait placé... sa boite... à décrotter, puisqu'il faut dire le mot.

Le pré>ident, au témoin. — Vous pouvez voir dans le cabinet, de l'endroit où vous êtes placé.

Le TEMOIN. — On peut voir par trois façades : par la façade de la boutique, parcelle où je suis placé, et par l'intérieur de la boutique.

Pepiv. — Je prierai la cour d'observer que si j'ai fait demander à Ginet s'il était monté souvent dans ma maison, après monaméuagemcnlj demande à laquelle il a répondu que non, c'était afin de faire savoir qu'il était en contradiction avec luimême, car encore une fois en supposant que Fieschi ait mangé chez moi, il n't^st pas possible que Ginet l'ait vu manger.

Martin (du Nord), au témoin. — Vous êtes placé vis à vis de la fenêtre? ^ R. Oui , monsieur.

Pépin. — Au reste, si la cour me croyait hors de la Vérité, elle peut tléîeguer quelqu'un pour aller s'informer dans ma famille, si nous ne mangions pas en haut.

Martin (du ISord), à Pépin. — Vous prétendez donc que le témoin se trompe quand il dit que vos relations avec Fiesclii ont duré jusqu'au 28 juilltt?

Pépin. — C'est une erreur.

Martin (du Nord;. — Elles ont donc cessé plutôt?

Pépin. — Elles ont cessé quelque temps ayant le 28 juillet.

MARTIN (du Nord). — Combien de temps avaiit?

Peiin. — Environ deux mois, deux mois et demi.

Martin (du Nord). — Cependant vous avez continué de iburnir des marchandises à Fieschi, puisque l'on trouve dans vos registres des fournitures en date du 20 juin, et même du mois de juillet.

Pépin. — Tout cela s'explique. J'ai eu l'honneur de dire à M. le procureur-général que j'avais prié mon épouse d'ouvrir un crédit à Fieschi, et ensuite, en raison de mes occupations^ j'ai omis de défendre à mon épouse de ne plus lui fournir à crédit.

M. Martin (du Nord). — Aujourd'hui, au moins, vous aU lez plus loin que les autres fois. Nous avons fait un pas , car dans vos interrogatoires vous avez protesté que vos relations avec Fieschi avaient cessé cinq mois avant l'événement.

Pépin. — Je ne pensé pas être en contradiction avec moimême 3 du moins ce ne sont que des paroles que je ne me rappelle pas.

M. Martin (du Nord). — Vous avez positivement déclaré qu'il y avait cinq mois que vous n'aviez plus de relations avec Fieschi, et cela c'était le 28 septembre.

Pépin. — Remarquez bien la date. Cela ne fait par cinq mois. Or j'ai dit deux mois, deux mois et demi.

Le Président , au témoin. — N'avez-vous pas vu amener chez Pepin une machine à broyer les couleurs?

R. Je l'ai vu amener dans un char-à-bancs avec la jument de M. Pepin par M. Fieschi.

D. M. Pepin avait donc un char-à-bancs?

R. Oui, Monsieur.

D. Vous avez vu mettre cette machine en place par Fieschi?

R. Oui, Monsieur.

M, Marti?( (tlu Nord). — A quelle epotjuc ?

R. Je ne sais pas bien ; dans le courant ne l été , quelque temps avant que l'affaire n'arrive, dans le printemps.

Le PRESIDENT. — Fieschi, vous avez parlé d'un dessin que vous auriez fait pour Pépin d'une machine à broyer les couleurs , mais vous n'avez pas dit que vous l'aviez amenée dans un char à-bancs?

^ FiESCHr. — J'ai dit que j'avais fait un modèle. Je ne me rappelle pas si j'élais pre'sent loisque la machine est arrivée. Je ne veux pas faire de mensonge, je chargerais ma conscience. J'ai vu seulement celte machine au mo.ment où elle était montée.

D'abord, je ne suis pas venu avec le cheval et la voilure, ça, je l'affirme. Il est possible que je me sois trouvé là, mais ce n'est pas moi qui l'ai amenée.

PepIxV. — Il est bien douloureux de voir un témoin afïh'mer auisi positivement lorsqu'il est dans le mensonge, lorsque la

véracité de ses allégations est une erreur (Bruit.)

Pardon c'est encore un mot qui m'est échappé. Quand à l'idée de la construction de la machine que Fieschi dit m'avoir donnée, je crois avoir mis M. le président à même de ne pas trouver cela véritable. Ainsi Ginet n'a pas vu Fieschi amener de machine chez moi. Fieschi n'était pas là quand elle a été montée.

M. MvRTiN(du Nord). — Vous avez entenJu Fieschi dire qu'il avait assisté chez vous à un dîner avec plusieurs personnes, et notamment avec un individu qui venait du Mont-Saint- Michel.

Pepiw. — Je ne me rappelle pas.

FiEscHt. — Je m'en souviens bien. Cet homme me remit quelques sortes d'adresses, il en donna à M. Morey et à M, Pépin. Pépin causa long-temps avec lui. Je ne le connais pas, mais qu'on le mette sous mes regards , je le reconnaîtrai , quoique je ne l'aie vu qu'une fois.

Martin (du Nord). — Pépin, rappelez-vous bien et parlez franchement. Connaissez-vous rinJividu?

Pepin — Je connais lindividu, mais je prierai Fieschi de préciser la date, car j'ai un antagoniste assez terrible

Fieschi. — Ma foi , pour des choses aussi pou importantes.., je n'ai pas un carnet pour marquer ma vie minute par minute.

Je r.e puis pas préciser; c'est, ]e crois, clans le mois d'avril, et puisque M. Pépin connaît cet homme, qu'on me le fasse voir, et quoique je ne me sois trouvé qu'une fois avec lui , d'un regard je le reconnaîtrai.

Le rRLéiDEKT. — Pépin , dites le nom de cet individu. Pépin — Oui, et je le dirai ; car moi je n'ai rien de caché... Mais Fieschi a fait encore une erreur. J'ai eu un prévenu de juin à souper chez moi , mais je ne pense pas que Fieschi fût présent. Mon épouse n'a pas fait assigner cet homme, je n'en connais pas le motif; mais pendant qu'il était au Mont-Saint- Michel je lui faisais passer des secours,.. Il se nommait... je crois, Toupriant.

M. Martin (du Nord). — Aviez-vous quelques rapports avec lui?

Pépin. — Aucun , si ce n'est d'humanité» Il avait envoyé un jour ^a mère me demander des secours. Je lui en envoyai, et quand il revint du Mont-Saint-Michel , il vint me remercier. M. Maktin (du Nord). — N'avcz-vous pas vu un autre détenu politique?

Pépin. — Non , c'est un homme qui était en arrestation préventive. Je ne me rappelle plus son nom ; je le dirai demain. M. Martin (du Nord) Et son domicile?

Pépin. — Je me le rappelle. Il demeurait... il demeurait rue... (ici l'accusé cherche dans sa mén?.oire.) Ah! c'est Guillemin , rue du Four.

Fieschi. — Je donnerai ie signalement de ce monsieur. Le PRESIDENT. — Dites.

Fieschi. — Il est à peu près de ma taille , une figure maigre, un nez très effilé, des yeuxhîeus^ il est blond. Il n'est pas aussi gros que moi. Il a de vingt-quatre à vingt-cinq ans.

Pasquier, sergent de la garde municipale , appelé comme témoin en vertu du pouvoir discrétionnaire de M. le président, dépose que, commandant le 26 juillet le poste en face de la porte de M. Pépin , il vit arriver chez lui , entre neuf et dix heures du soir, un cabriolet dont il descendit un homme, une femme et dcuxenfans. Il ne connaissait pas cet homme.

Le PRESIDENT. — Etes-vous fur de l'heure? Ne serait-ce ni plus tôt ni plus tard? Ne pouvait -il pas être onze heures?

R. Je ne puis bien préciser depuis si long-temps. Je pense cependant que c'était entre neuf et dix heures.

Le PRESIDENT. — Huissier, faites rentrer le te'moin Mngnier.

Ce témoin reconnaît qu'il était chargé tle soigner le chtval de Pépin , mais il ne restait pas constanimenl à l'écurie ; il y allait le matin , à midi et le soir. Il ne se souvient pas que Pépin soit venu le 27 juillet avec une autre personne.

Boireau , interpellé par M. le président , déclare i\e pas rc-connaître le sons-officier qui vient de déposer.

Peyrève (Edouard), âgé deti'cnte-deux ans, médecin, témoin ^ dépose en ces termes :

Il y a deux ans, j'avais eu des relations avec un modecio corse, chez qui je vis venir Ficsehi trois ou (jualrc fois. Je cessai de voir ce médecin. Je perdis Fieschi complètement de vue. Dans les derniers jours du mois de mai , je le rencontrai rue d'Angoulême. Je l'avais perdu de vue depuis plus d'un ao. Il me souhaite le bonjour, me raconte sa malheureuse position, m'apprend qu'il avait perdu sa pension de condamné politique. Comment faites-vous pour vivre, lui dis-je? Je vais diner de droite à gauche; je suis sans argent. Je crois in^me qu'il me dit qu'il n'en avait pas pour acheter du tabac. Je lui offris ce que j'avais sur moi , en lui disant^: Vous me le rendrez quand vous pourrez. Fieschi me remercia beaucoup. A celte époque, j'avais l'intention défaire dresser un plan de Paris indiquant l'itinéraire des voitures dites omnibus. Je lui dis de venir me trouver, que je tâcherais de lui faire gagner quelques pièces de 100 sou&à ce travail.

Fieschi vint me voir ; il me dit qu'il y avait un obstacle a C3 qu'il pût accepter l'emploi que je lui offrais; c'est qu'obligé d'avoir des relations avec quelques bureaux de correspondance, etc. , il n'était pas assez bien vêtu. Je lui offris un petit mot pour mon tailleur et pour mon bottier. Je lui dis : On vous fera un pantalon et des souliers, et quan 1 viendra le moment du paiement, si ces fournisseurs vous tracassent trop, je paierai et vous me rembourserez quand vous pourrez. Fieschi va chez mon tailleur. Ce dernier lui fait eles offres de service; Fieschi refuse d'abord, et, sur l'instance du tailleur, il accepte, outre le pantalon dont nous étions convenu, un second pantalon et un gilet; puis il se fit raccommoder une redingote. Quant aux sommes reçues par Fiçschi, elles s'élèvent à 180 francs avec la valeur des vêtemens que Fieschi a fait faire. En défalquant de cette somme diverses dépenses de couleurs ou autres qu'il a clé

obli^^é de faire , il a touche' en argent 86 francs ; sur ces 8ô francs, il faut retrancher toutes les dépenses que son travai^ nécessitait, couleurs, etc.; un déjeuner qu'il a payé à un conducteur d'omnibus , divers pour-boire pour avoir des renseignemens nécessaires pour le projet , ce qui réduit cette somme à 75 francs.

M. Martin (du Nord ). — Quel nom prenait Fieschi ?

M, Peyrève. — Quand j'écrivis la lettre à mon taillcuret à mon bottier, Fieschi me dit : mettez seulement mon nom de baplême. Je crois que j'attribuai cette observation à un sentiment de vanité, ne voulant pas faire de dettes sous son nom. Ou bien , je lui demandai comment il écrivait son nom et c'est alors qu'il me dit de ne mettre que son nom de baplême. Je ne me rappelle pas bien le fait ; mais c'est l'une des deux versions. Il me donna le nom d'Alexis.

FiEJCiii. — Je remercie monsieur Peyrève de toutes les bontés qu'il a eues pour moi. La première fois qu'il me trouva, il me donna tout ce qu'il avait dans sa poche , il me donna 7 francs.

J'allai chez lui, la première fois , il n'y était pas ; la seconde fois je le rencontrai. 11 me dit de venir le voir tous les dimanches.

Quand il me proposa de m'envoyer chez le tailleur^ je le remerciai d'abord en refusant, puis j'acceptai. Il me dit : Faitesvous faire des bottes ; je dis que non ; quand on prenl de la chaussure aux dépens des autres , on doit se contenter de souliers. Je pris chez le tailleur un pantalon d'été; puis, sur ses instances , un pantalon d'hiver et un gilet pour 32 fr. Je suis fâché d'être cause qu'il a été retenu quelque temps en prison et des désagrémens qu'il a éprouvés par rapport à moi.

M. Martix (du Nord.) -- L? tailleur a-t-il dit au témoin oîi les effets avaient été por! es ?

Le TEMOIN. — Quelque temps après la livraison des effets, mon tailleur me demanda l'adresse d'Alexis; il me dit que la personne k qui les effets avaimt été remis ne la connaissait pas. de ne pus pas la lui donner , et je lui dis que si c'était pour lui demander de Targent, il s'adressait mal, qu'il savait qu'il n'avai t pas le sou.

Je ne savais pas chez qui les effets avaient été apportés ; il eît

4t possible que le tailleur mVit dit qu il les avait apportcj chez Pépin 5 mais je ne connaissais pas monsieur Pépin.

FiEscni. — C'est moi qui priai le tailleur de porter les eîTcts cliezPepiii.

FouRMER (Jean-Baptiste) , marchand tailleur , tcinoiii , dépose en ces termes : Ficschi se présenta chez moi sous le nom d'Alexis, avec la recommanlation de monsieur Peyrève, médecin. Fiesclii vint deux fois chez moi chercher un pantalon j comme il n'était pas fait, je lui offris de le lui apporter chez lui. Fieschi dit qu'il n'y éta't presque jamais j il donna l'adresse de monsieur Pépin, faubourg Saint-Antoine, n" i. Je fis apporter l'ouvrage à cette adresse par mon garçon • celui ci nie dit (qu'Alexis ne s'était pas trouvé à cette adresse.

Pépin. — Je prierai M le préaiaent de deman-lor au tJfnoia s'il n'est pas venu pour réclamer le montant alilcurs que clu /. moi ?

Le TEMOIN.— Non . je suis allé chez M. Pepîn demau^Icir ail savait où était Alexis, le 20 juillet ou à peu piès. On n:e dit qu'il y avait long temps qu'on n'avait vu Alexis.

Vallade, ouvrier tailleur chez M. Fouriiier, îémoiu. — J'ai été chargé par M. Foui nier de porter des fournitures à FicscLi chez M. Pépin , faubouig Suint- Antoii.e, ii'^ i. Je m'adressai à un j( une homme qui broyait des couleurs; il me dit qu'on ne connaissait pas M. Alexis. Ou demanda à malanic Pepiu , qui donna ordre qu'on reçût l'ouvrage.

M. Martin (du Noid). — Pépin, savez vous si Fic^elii pic" nait le noni d'Alexis ?

pEi'iN. — Jamais je ne lui ai connu ce nom-là. Il est possible que ce nom soit demeuré au rideau, comme F'ieschi l'avoue dans un interrogatoire que jo lui ai f«ùt subir.

M. Martin (du Nord). —Vous avez toujours pi étendu que vous ne saviez rien du tout relativemcut à ce nom d'Alexis?

Pepin. — Non, au contraire , c'est moi qui ai posé la question à r'iesehi. Je lui dis : Lorsque vous envoyâtes des cffi.ls à la maison, n'atlaehâles-vous pas après le riileau c'u comptoir le nom d'Alexis? La réponse fut allirmative.

M. Martin (du Nord). — Dans rinslruclion, vous avez juiv surcequ'Hy a i/c plus sûcré que vous n'aviez aucune connaissance des faits relatifs au nom d'Alexis que Fieschi avait donné

à son tailleur pour faire remettre ces \êtemeus à votre adresse.

Pépin. — C'est vrai.

M. Martin (du Nord), — Toutes les fois qu'il s'agit d'act€S d'obligeance, de services quelconques que vous auriez rendus à Fiesthî , vous niez.

Pépin. - — Je le répète, il faut ici faire la part de chaque

chose et voir l'homme dans sa position. Je dis donc que dans

les premiers interrogatoires, toujours exposé à diverses choses,

enesavais que répondre. Rentré chez moi, je réfléchissais sur

ce que j'avais dit.

M® Dupont. — J'ai une question à adresser à Fieschi. Vous avez vu dans les débats que Fieschi est resté plus de six semaines chez Morey avant de luf avoir parlé du complot. Pendant six semaines il a accepté l'hospitalité tout entière , nourriture, argent , linge même. Il ne craignait donc pas de recevoir de Morey ^ qui n'était pas son complice , la nourriture, de l'argent et des habillemens.Six semaines après, Morey devient son complice. La position de Fieschi, loin de s'être améliorée , s'est empirée, car quand il va chez M. Perèyve, il n'a ni redingote ni pantalon. Morey est devenu son complice , ils ont loué ensemble un logement pour comniettre le crime. Comment se fait-il que Fieschi aille demander à M. Perèyve une redingote, un pantalon , un gilet , et qu'il n'aille pas chez Morey, quand avant la complicité il acceptait tout de lui?

Fieschi. — J'aurais préféré mendier à toutes les portes que de rien demander à Morey ou à Pépin , quand je tramais avec eux une affaire si dangereuse. Je ne voulais pas qu'on pût dire quand j'irais à l'échafaud : Il a reçu de l'argent, tant pis pour lui ! taiulis que l'on dira ; C'est le désespoir qui l'a conduit la. Quand j'ai eu une paire de souliers, ce sont eux , Pépin et Morey, qui me les ont fait faire sans que je leur eusse rien demandé.

M*^ DuroKT. — Vous ne cachiez pas votre position : Morey connaissait votre position malheureuse. Vous auriez dû vous adresser à lui plutôt qu'à un inconnu. Nous plaiderons cela. Encore un coup, comment se fait-Il qu'avant la complicité. Fieschi se soit adressé à Morey, et qu'après il ne se soit plus adressé à lui?

Fjeschi.— La redingote que j'ai aujourd'hui , je l'avais alors.

Le tailîcur n'a fait qu'y remettre un collet. J'avais le pantalon de Casimir que je portais dans cette journée ; j'avais encore quelques effets. M. Ptyiève, sachant que je devais remplir un travail pour lui, voulait me mettre propre. Ycus êtes au courant de ce qui s'e^t passé.

M. le prince Charles de Rohan-Rochefort, témoin, est introduit (Mouvement).

Ce témoin déclare être âgé de soixante-dix ans passés, être propriétaiie en France, et, depuis quelques années, résider en Suisse.

D. Connaissiez-vous les accusés avant les faits du 28 juillet?

R. Je ne connaissais que Pépin avec qui j'avais eu des relations d'affaires.

D. N'êtes- vous ni parent, ni ami, ni attaché à son service? (Mouvement.)

B.. Non, monsieur.

D. Quelles ont été vos relations avec l'accusé Pépin, que vous dites connaître.

R. J'ai fait venir pour moi et pour quelques-unes de mes connaissances, pendant que j'étais en Suisse, des légume s décortiqués. Quand je suis venu à Pi ris, comme je m'intéresse à l'industrie , j'ai vou'u le voir, et visiter Su. mécanique. J'allai le voir une fois, il était sorti 5 je le trouvai à la seconde visite, M. Ptpin me dit qu'elle était à quelques lieues de Paris; j'y renonçai. Je lui demandai s'il n'était pas dans lintcntion de vendre une de ses mécaniques, un de ses moulins. Toute cette conversation a duré une vingtaine de minutes.

D. A quelle époque a eu lieu cette visite?

Pl* a la fin de mars ou an commencement d'avril.

D. N'avez-vous pas eu d'autre conversation avec Pépin?

R. Non, jen'élais venu chez lui que pour l'ol jet que je viens d'indiquer.

D. Ne vous aurait'il pas parié d'un M. Damas qui demeure en Suisi-e.

R. Je ne me souviens pas. Je ne connais pas ce ^l Damas. Ce M. Damas n'cRt pas de ceux que je connais.

D. 11 a'appelle Gustave Damas : il était général.

R. J'ai entendu dire qu il y avait une personne de ce nom enSuissej mais je ne le connaissais pas.

D. Pepiii ne vous a-l-il pas demande de vous charger d'une commission pour lui ?

R. Non, monsieur, puisque je ns le connais pas, du moins je ne me le rappelle pas.

D. Vous ne pouvez pas afOrmer qu'il vous l'ait propose' ou non?

R. Cela n'est pas probable.

D. Pépin ne vous avait-i'.pas adresse, il y a deux ans environ, un ancien grcnrdier du 6^ régiment de ligne ?

II. Je ne me rappelle pas si M. Pépin m'a écrit à ce sujet. Un homme s'est préienté chez moi me proposant de l'employer, il se disait ouvrier propre à beaucoup de choses.. IX'nyant pas d'emploi à lui offrir, je l'adressai à un de mes amis pour du travail, et je lui donnai une couple d'écus en lui disant; voilà pour boire à ma saute. Il a exe'cutémon vœu si religieusement, qu'il s'est présenté entièrement ivre chez la personnel qui je l'adressai, laquelle pour cela même n'en voulut pas.

D. Cet homme vous avait-il éle' adressé par Pépin.

R. C'est un homme de la plus basse classe.

D. Pépin vous avait -il écrit?

R. Je vous avoue que c'est possible, mais je ne m'en souviens JUS,

D. Pépin, d- ns votre conversation, vous avai«-il parlé de vos relations avec la famille royale?

Il me semble que la famille royale n'avait aucun rapport avec des haricots et des légumes.

D. Ne vous demanJa-t-il pus si vous pou^îiez avoir des rappgrts avec la famille royale ?

R. D'abord je n'aime pas les conversations politiques. Ainsi il n'est pas probable que, causant d'une chose utile à M. Pépin, agréable pour lui, flattant son amour-propre , puisque cest sa découverte, et d'une chose utile, puisque c'était son intérêt de me vendre une de ses mécaniques, celui-ci vînt me parler de la famille royale.

D. Son amour-propre élait également flatté de vous recevoir , et il pouvait l'être au«si de vous demander si vous aviez eu l'honneur du la voir devoir depuis peu?

R. Je ne crois pas que la conversation , même un instant , ait eu la famille royale pour objet. A coup sûr ce n*est pas moi

qui ai commencé cetle conversation. Je ne m'en souviens pas.

Martin (du NorJ), au te'moin. — N'avez vous pas été cîî correspondance avec Pépin ?

R. Quand je demandais des légumes ^il m'en envoyait , et quand j'avais reçu sa facture , je lui en faisais pasfer le paiement.

Martijt (du Nord). — En effet, il a été trouvé, dans les papiers de Pépin , des lettres de M. le prince de Rohan , relatives à la décortication des légumes.

R. Je ne sache pas avoir eu d'autres relations avec Pépin. Je dis plus, ne l'ayant vu qu'une fois, je crois que, placé au milieu de deux ou trois personnes de la même taille, j'aurais de la peine à le reconnaître.

(Le témoin provoqué par M. le président se retourne vers le banc des accHsés, et déclare reconnaître Pépin.)

Pépin. — En effet , toute la correspondance du prince se trouve dans mes papiers.

L'audience est levée à six heures moins un qu^rt.

HUITIÈME AUDIEBJCE. — 6 FEVRIEH.

Sommaire. — Suite \des dépositions \des témoins, — M, (ta Pontcharlra. — J/. Levaillant.

Les accusés sont amenés à midi un quart.

A midi et demi la cour entre en audience.

M. le greffier en chef procède à l'appel nominal de MM. les pair-î.

Le PRÉsiDEiCT. — Pépin, levez-vous. Pouvez-vous donner le nom du grenadier que vous auriez adressé eu Suisse à M. le prince de Rohan.

Pepin. — C'est un nommé Guyot. Il est d'ailleurs désigné dans ma brochure. C'est un homme entre les mains duquel je fus remis par l'officier à qui j'avais parlé par ma croisée. C'(st cet homme qui m'a empêché d'être fusillé dans noi ('omicile.

Cet homme, par je ne sais quels motifs était obligé de quitter la France. IT était sorti de la garde municipale. Il y a deux ou trois ans de cela. Enfin, il s'était compromis; il était obligé de se cacher, et à raison de l'important service qu'il m'avait rendu, et que je viens de signaler tout à l'heure, je ne crus pas devoir' lui refuser de l'argent pour s''en aller en Suisse.

M. LE PfiÉsmENT, àFieschi. — Vous avez entendu hier les déclarations de Boireauiclativement à l'emploi que Pépin devait faire de sa matinée le ^^S juillet. Vous l'avez entendu dire qu'il devait se rendre dans le fauboug Saint Jacques pour se réunir à quarante personnes. Dans les rapports intimes que vous avez eus avec Pépin à l'occasion de l'attentat, rapports qui devenaient plus intimes à mesure que le jour de l'attentat arrivait. Pépin ne vous a-t-il rien fait connaître relativement à ces quarante personnes avec lesjueiles il aurait dû se trouver.

FiEscHi. — Non, monsieur. Il me l'aurait dit que je l'aurais déjà. fait connaître à la cour,- mais il ne m'en a jamais parlé. Il était convenu entre moi, Pépin et Morey, qu'on aurait dit seulement aux personnes qui devaient prendre les armes qu'il fallait se tenir prêt. Pépin ne m'a jamais parlé de quarante personnes qui devaient se réunir.

Guillaume Fauveau, épicier , âgé de quarante-quatre ans demeurant rue Oblin ,

J'ai diné chez Pépin dans les derniers jours de janvier, ou les premier jours de février. Il y avait à ce diner M. Levaillant, député, M. Recurt, le chef de la maison, M. Pépin, M. Lorelut, avocat, M. Morey et moi. Six personnes en tout.

D. N'est-il pas survenu une septième personnes?

R. Non.

D. En supposant que cette personne n'ait pas été présente pendant tout le diner , ne serait-elle pas arrivée à la fin du diner ?

R. Non , monsieur, bien positivement non.

M. Martin (duNord). — A-t-on parlé politique 7

R. Un peu.

D. Ne fut-il pas question du roi?

R. Non, monsieur, on a parlé du jugement d'avril par la chambre des pairs .

D. Vous croyez que Pe'pîn n'a pas demandé ce qui arriverait si le roi mourrait?

R. Nullement à ma connaissance.

D. Fut-ce ce jour même que vous fûtes invité à diner ?

R. J'avais été invité deux jours avant.

D. Saviez-vous depuis le jour de cette invitation quelles étaient les personnes qui devaient assister à ce diner?

R- II ne devait y avoir à ce diner que M. Levaillant, M. Pépin et moi.

Le PREsmENT. — Reconnaissez-vous Fieschi?

R. Non, monsieur.

D. Pépin ne vous a-t-il pas demandé asile le 28 juillet au soir ou le lendemain?

R. Non, monî>ieur, c'est le 7 ou 8 août.

D, A-t-il trouvé chez vous un asile ?

R. iVon j quoique ami de Pépin, je n'ai pas cru devoir le lui accorder.

M. MiRTiN (du Nord), à Pépin. — Quel jour avez-vous de mandé cet asile à M. Fauveau?

Pepiiv. — Je ne me rappelle pas. . . C'est je crois le jour du convoi.

M. Martin (du Nord). — Le convoi a eu lieu le 5 août, et le mandat d'amener lancé contre vous n'est que du 6. M. Collet, votre associé de Lagny, a rendu compte des circonstances qui ont prouvé que vous avez quitté Paris le 5 août. Il est étonnant que vous ayez conçu des inquiétudes avant le mandat d'amener ?

Pépin. — Alors ce n'est pas le jour du convoi ; je n'ai quitté Paris que quand j'ai vu figurer le nom de Bescher comme auteur de l'attentat, dans le journal le Bon Sens. ,

M. Martin (du Nord). — Vous venez de dire que vous saviez que l'auteur de l'attentat se nommait Bescher. Vous avez constamment déclaré dans l'instruction que vous ne saviez pas que l'individu qui avait été amené par Morey se nommât Gérard, soit Fieschi. Vous avez toujours dit que vous ne l'aviez jamais connu que sous le nom de Bescher. Comment, en voyant sur le journal le nom de Fieschi, avez-vous deviné qu'il s'agissait de Bescher?

Pépin. — Je persiste là-dedans ; cependant il se peut bieu

(]ue Morey m'ait dit que c'était le véritable nom de Fieschi; mais je ne me le rappelle pas.

M. Martin (du Nord). — Vous avez été interrogé sept ou huit fois par M. le président , et vous lui avez toujours donné votre parole d'honnête homme que vous aviez seulement connu Fieschi sous le nom de Bescher. Je vous demande alors con> ment il se fait qu'étant à Lagny, et en voyant dans les jouiuaux , comme auteur de l'attentat , le nom de Gérard et de Fieschi , vous ayez dit , alors que vous ne le connaissiez que sous le nom de Bescher : « C'est probablement l'homme qui m'aura été présenté par Morey sous le nom de Bescher. »

Pépin. — Si M. le procureur du roi veut me mettre perpétuellement en contradiction avec moi-même Je ne puis

vraiment. .... Je ne me rappelle pas avoir parlé du nom de Fieschi dans ce déjeuner.

M. IVJARTiN (du Nord). — Vous avez dit que c'était prob blemtnt l'individu que Morey vous avait présenté; or, vous n'avez jamais connu cet individu sous le nom de Fieschi ou de Gérard.

Pépin. — Je répéterai que j'ai vu le nom de Fieschi c'està-dire le nom de Bescher sur les journaux.

M. Martin (du Nord). — Vous n'avez vu nulle-part Bescher désigné comme l'auteur de l'attentat.

Pépin. — Je puis certifier l'avoir vu , du moins je le crois.

M. Martin (du Nord). — Vous ne l'avez pas vu.

Pépin. — Si M. le procureur-général veut toujours me mettre en contradiction avec moi

M. Martin (du Nord). — Il est indispensable pourtant que je vous montre que ces circonstances , qui , dans le cas d'innocence, seraient indifférentes, ont été obstinément niées par vous, parce que vous vouliez éviter toute espèce de contact avec l'auteur de l'attentat. Si vous n'étiez pas son complice , vous n'auriez pas ainsi nié que vous connaissiez Fieschi. Une foule de personnes ont avoué qu'elles connaissaient Fieschi.

Pépin. — Je ne l'ai jaœais connu sous le nom de Fieschi

Peuî»ètre une fois on me l'a dit j peut-être deux fois J'ad«

mets encore cette hypothèse , mais j'ai pu oublier ce nom , qui n'est pas français.

Le paÉsiDENT. — Je vous rappelle qu'hier dans sa déclarat'on

Boireau a dit formellement que vous lui aviez dit le 26 au soir: Avez-vous vu Fieschi , que vous le connaissiez parfaitement sous ce nom , et que même vous l'avez envoyé , lui , Boireau , pour lui parler.

Pepi>-. — Mais je ne puis empêcher Boireau de dire ce qu'il veut dire. On ne trouvera jamais un liomme qui puisse dire que j'aie jamais conseillé le mal , que j'aie jamais payé pour la faire; jamais je n'ai fait le mal. Ensuite je ne puis pas empêcher Boireau de m'accuser.

M^ Marie. — Un débat se trouve engagé à l'occasion du dîner qui eut lieu chez Pépin. Fieschi a dit qu'il y était. Pour faire croire qu'il y avait assisté, il est entré dans les détails les plus minutieux Ainsi il a parlé d'une conversation qui , de la part de M. Levaillant, avait été assez piquante pour frapper les assistans. Je prie M, le président de demander au témoin sj M. Levaillant avait parlé de ses collègues, s'il aurait cité des noms. La cour se rappelle sans doute les détails dans lesquels Fieschi est entré.

Le PRESIDENT. — Vous rappclcz-vous que dans la conversation on ait été dans le cas de parler de plusieurs députés , de leur mérite, de leur position dans la chambre ? M. Fauveau. — Je n'ai pas entendu parler de cela. M^ Marie. — M. Levaillant n'a pas été assigné pour l'accusation 3 nous l'avons fait assigner ; s'est-il présenté?

Le PRESIDENT. — J'ai écrit à M. le préfet de la Seine-Inie férieure , 'pour faire avertir M. Levaillant. M. le préfet, en l'avertissant , a même pris la précaution de faire retenir une place à la malle-poste , afin qu'il puisse venir de suite; je ne sais si M. Levaillant e^t arrivé.

M. Fauveau. — J'ai vu M. Levaillant hier au soir. H a dit qu'il était aux ordres de la cour.

M® Marie. — Fieschi disait hier qu'il lui suffisait de voir une personne une seule fois pour la reconnaître. Eh bien! Fieschi, qui a dû , s'il dit vrai, se trouver au diner avec M. Fauveau, n*a pu le reconnaître , et dans sa confrontation avec M. Levaillant, il ne l'a pas reconnu.

FiESCm. — Si Morey et Pépin, mes complices , étaient de bonne foi, ils diraient que j étais à ce diner. Je puis encore très bien dire comment j'étais placé : Je n'étais pas au commencement du diner, je ne suis arrivé qu'après mon travail. Au res- III /i

5o te, j'étais toujours bien sur de trouver de quoi diner ; ce n'es* pas moi qui courrai jamais après un diner. Morey était à ma gauche, M. Levaillant e'tait à la gauche de Morey, venait ensuite M. le témoin, s'il y était , car je ne me le rappelais pas^ puis M. Recurt qui tournait le dos à la commode, du côté de la chambre oi!i je couchais. Quand j'arrivai on terminaîtjla conversation relative à la cour des pairs. Quand M. Levaillant a parlé du roi, on s'était levé, et c'est debout qu'on parla de la chambre des députés. Voilà ce que j'ai l'honneur de vous dire.

Me Marie. — Ce n'était donc pas pendant le diner que la conversation a eu lieu, c'était donc après le diner?

FiESCHi. — J'ai tou'ours dit que je n'avais pas commencé à diuer avec ces messieurs.

M. Fauveau. — J'étais à la porte, à ma droite était M. Recurt, puis M, Levaillant; en regard, de l'autre côté, étaient MM. L'cpin, LoreUit et Morey; quant à une septième personne, elle n'y était pas.

FiEscHi. — Je demande s'il n'est pas vrai que M. Recurt soit sorti avant la fin. Il a pris so-n manteau en disant : Il faut que je rentre à la maison de santé. Il est sorti sans faire de complimens à personne.

M. Fauveau. -—Il est vrai qu'avant la fin du diner on est venu de la maison de sanlé chercher M. Recurt , qui est parti avant moi.

M. Martin '(^^"^ Nord). — Hier, Pépin , vous avez rendu compte de l'emploi de votre matinée du 28 juillet; vous avez uLi recueillir vos souvenirs depuis la dernière audience; vous avez été chez Lyon-, vous avez ensuite été chez un autre particulier, rue Neuve-Guillemin: vous rappelez-vous les noms?

R. Non, monsieur, je ne me les rappelle pas.

D. Ne serait-ce pas Floriot?

R. Je ne me le rappelle pas.. , Cela est possible... Oui , c'est Floriot.

D. Vous êtes-donc allé chez Lyon et Floriot. Etait-ce pour rc4?e voir de l'argent?

R. Oui,

B. En avez-vous reçu?

R. NoU) monsieur.

D. N'avez-vous pas été<fens d^auties maisons ^

R. Les débet* le ferofnt Toir.

Le président. — Mais vous êtes aux tldbats.

R. On attache de l'importanceà ce qui n'en a pas. J'ai été chez ces messieurs, le fait est véridique. J'ai été chez d'autres personnes, on entendra des témoins.

L PRÉSIDENT. — Le moyen de donner de l'importance â ce qui n'en a pas est Ja me'lhode que vous prenez de vous refuser à répondre aux questions qui semblent les plus simples.

Pépin. — Je n'ai jamais refusé de répondre 5 mais puisque ces témoins seront enlenci us 5 cela n'a aucune importance. A quoi ça srrt-il de parler de cela maintenant?

Le PRESIDENT. — Cela sert à confronter vos dires avec ceux des témoins.

M. Martin (du Nord). — Vous ne voulez pas répcn Ire?

Pépin. — Mais je dirai... Je fus chez Badin , j'ai parié à *sa dame ?

D.Q u'est-ce que Budin ?

R. C'est un contre-maître.

M. Marie. — Il a été entendu dans rinstruction.

M. Martin (du Nord.) — C'est par cela même qu'il y a importance à faire connaître ces témoins. Vous avez donc pensé, si vous les aviez fait citer qu'il était important de faire entendre ces témoins. Avcz-vous été ailleurs !

R. Je ne me le rappelle pas , mais c'est possible.

Me LoRELUT. avocat à la cour royale de Paris. Je connais Pépin et un peu Morey. nous l'avons vu chez kii. J'ai diné chez Pépin. J'ai dit dans ma déposition que nous étions sept personnes. Je comprends madame Pépin , qui est venue une ou deux fois. Je me trouve réduit, en ne la comptant pas, au nombre de six. M. Levaillant était dans l'angle de la che^ minée. Immédiatement à c6tédeli\i, se trouvait M. le docteur Recurt; en troisième lieu, M. Fauveau , puis ?,î. Morey; enfin, M. Pep'n à l'angle de gauche de sa cheminée, h côté de moi.

Le presidl.nï. — ÎSes'cst-il présenté a^ucunç p/;rsonnc penle diner?

A la fui du diner s'est présentée xxnç, personne dpnt l'anpareuce m'a semblé assez peu aisée. Je le pris pour quelque habitant de la province de Pépin , et qui venait se glisser à la iàn du diner, assez inopportunément. Il m'avait paru mcm^ que Pépin en était contrarié : cepçi^dant celte circonstance

n'avait pas assez d'importance pour que j'y attachasse une grande attention. On offrit, je crois, à ce survenant, un verre de liqueur. M. Recurt avait déjà pris son café, il se leva avant la fin pour se rendre chez lui.

(Fieschi se lève, M. Lorelut ne le reconnaît pas j il pense que la personne qu'il a vue chez Pépin avait la figure plus brune.)

D. Vous rappelez-vous quelle fut la conversation?

R. La conversation fut générale; on parla peu politique; on parla jurisprudence. M. Levaillant est président d'un tribanal, et il venait au sujet d'affaires dont M. Pépin lavait chargé. Il ne fut pas question de politique : les personnes présentes au diner ne se connaissaient pas entre elles.

D. Vous rappeliez -vous si dans ce diner il fut question des députés qui jouaient alors un lôle plus important dans la chambre, si l'on a parlé de leur talent, de leur mérite ?

R. Non, monsieur, je ne le pense pas; on m'a fait cette question dans l'instruction. J'ai vu naître M. Mauguin , mon onfrère; je me suis toujours attaché à lui , tant à cause de son talent, qi^'à cause de son caractère j et si on avait dit quelque chose qui le concernât, je m'en serais parfaitement souvenu.

Le PRESIDENT. — ^ A-ton dit, par exemple, soit au commencement , soit à la fin du diner : Si le roi venait à mourir, que ferait on?

R. Non, monsieur; mes souvenirs sont très-positifs à cet égard. Je suis sûr que le propos prêté à M. Levaillant n'a pas été tenu par lui. Il n'a pas dit ; Laissons bouillir le mouton'î Ce propos était trop ignoble et trop odieux dans la situation où 1 était tenu, pour que je ne m'en fusse pas souvenu.

M. Martin (du Nord) à Pépin. — Remarquez , Pépin , que vous niez les circonstances les plus indifférentes , quand elles se ratlachent à Morey. Ainsi on vous a interrogé sur les personnes qui se trouvaient à ce diner, vous les nommez toutes, à l'cT^ception de Morey.

Le PRESIDENT. — A-t-on , au diner, parlé de chasse et de l'habileté de Morey à tirer le fusil ?

M. Lorelut.— Oui, monsieur; il a dit que dans^les fêtes des environs de Paiis, il allait lirci' au prix.

M. Caillot , caporal des sous-officiers sédentaires dépose : Je connais Fieschi pour avoir servi dans la même compagnie. Comme il allait souvent travailler en ville, on lui faisait une retenue sur son de'compte à la fin de la semaine. Le 24 juillet 1855, vers quatre heures du soir, j'allais avec Zinger, mon homme de corvée , chez un jardinier pour acheter des légumes. Je rencontrai Fieschi sur le boulevard de l'Hôpitaî. Il s'est approché de moi en me disant : Est-ce qu'on ne l'a pas escore tué? Je lui ai répondu : Est-ce qu'on t'a payé pour cela! Je suis entré ensuite chez le jardinier^ qui n'a pas voulu fious vendre des légumes: Fieschi nous a ensuite souhaité le bonjour.

Fieschi. — Mon ancien caporal vient de dire un mot qu'on pourrait mal interpréter. J'aimais beaucoup mon caporal , je ne suis jamais été son ennemi; je lui ai dit comme c'est l'habitude entre militaires : On ne t'a pas encore tué; cela veut dire : Il paraît que tu te portes bien , c'est un mot de soldat.

M« Parqdin. — J'engage le témoin à s'expliquer sur le sens qu'il a attaché à ce mot de Fieschi.

Caillot. — Comme il m'a demandé si on ne m'avait pas encore tué- , je lui ai répondu : Est-ce qu'on l'a payé pour çà 7 Voilà tout.

Le PRÉsmENT. — Était-ce comme plaisanterie que Fieschi vous disait cela ?

R. D'après la scélératesse qu il a faite je me suis mis dans l'idée qu'il avait quelque choie contre moi.

Fieschi. — Le lendemain nous avons bu bouteille ensemble, preuve que je ne lui en voulais pas.

M. Cassan, entrepreneur de couvertures. — J'ai assisté à Lagny, au mois d'août , chez Leblanc , à un déjeûner auquel «e trouvaient entre autres M. Pépin , M. Chaudey et M. Barbieri. On parla de Fieschi : M. Pc pin a ait qu'il connaissait Fieschi , et qu'il l'avait vu plusieurs fois.

D. Est-il entré dans quelques détails; vousa-t-il par exemple dit qu'il connaissait Fieschi sous le nom de Bescher?

B. Oui , je me rappelle ce nom ; c'est ainsi qu'il a désigné l'auteur de l'attentat. Devant le juge d'instruction , j'ai dit qu'il avait nommé Besou Bec... Le juge m^a dit : N'est-ce pas plutôt Bescher. J'ai dit ; Oui^ monsieur.

Pépin. — Celte conversation a été excessivement courte , on

n'a parlé de l'atlentat que passagèrement, je ne me souviens même pas si j'ai prononcé le nom de Fieschi ou de Bescher , je n'y attachais aucune importance. Je n'ai pas dit que je connaissais positivement l'auteur de l'attentat, j'ai pu dire seulement que cela pourrait être le même qu'on avait amené chez moi.

Le PiiESTDENT. — N'en a-t-on parlé que passagèrement?

K. C'est très vrai.

M^ Dupont. — Je demanderai à FÎEschi si le jour où il a reiicontré le sergent Caillot il n'est pas entré à la Salpétrière pour voir la fille Nina?

FiEscHi. — Non, je suis entré en face du corps-de-garde, là^ où , attendant quelqu'un à qui j'avais donné rendez-vous dansi un café, j'ai bu une bouteille de bière 5 cette boisson ne me convenait pas, c'était pour passer mon temps. Ensuite je me.; promenai j je ne suis pas entré à la Salpétrière. c * ■

M^ Dupont. — N'a-t-ii point pai lé à la Salpétrière à une' femme qui lui a dit que JVina était sortie ?

FiEscHi. ■ — Ça ne peut pas être ;, parce que , lorsque j'allais à la Salpétrière , personne ne me voyait j je faisais voir le tour à ceux qui étaient là , et je l'attendais quand elle sortait Vefs Sept ou huit heures de sa boutique. Une fois j'ai diné dans sa chambre avec une vieille femme dont je ne me suis point occupé 5 ce;n'était pas l'heure où Nina pouvaitsortir.

M. Chaudey, fabricant d'instrumens de mathématiques. — Je me suis trouvé à Lagny à un déjeûner avec MM. Pépin , Barbieri, Cassanet Leblanc. Nous avons parlé de fattentat : on demanda si son auteur ressemblait au portrait qu'on en avait faitj je ne me rappelle pas si on a prononcé le nom de Pieschi , Bescher ou autrement. Pépin a dit que le portrait ne ressemblait pas.

Lepeesident. -—Pépin, voilà un témoin qui dit qu'on vous a demandé si la gravure qui représefntait cet individu était ressemblante et que vous avez dit que non, ce qui supposait ^e vous connaissiez cet homme.

Pépin. — Si on a parlé de cela, je n'ai pas dit que le portrait ne ressemblait pas 3 j'ai dit plutôt que si l'assassin était un homme que je connaissais

Le pbëSii^tn. — Ce que vous dites là Tait supposer que vous avez déclaré précisément que vous connaissiez l'assassin.

M. Marie. — L'accusé formule mal la réponse ; je la formu-

lerai d'après ^es élëmens de l'inslruclion elle-même. lUi ,fW «lire : Si c'est la pci-sonnne que j'ai connue chez Morey ijui ix commis le crime , cette personne ne ressemble pas au poitrail qu'en ont fait les joumauT .

Le PRESiDE>"r. — (au te'moin). A-t-iî commence' par dire qu'il connaissait l'auteur de cet attentat?

M. Cbaudey. — Je ne me rappelle pas si c'est Pépin qui a commence'; mais c'est moi qui ai demande si la gravure que i'on vendait ressemblait à l'auteur de l'attentat.

M Martin (du Noixi). — Voici voire de'claration :

» Le jour de la cérémonie funèbre^ étant allé voir sur Je iwulevart, je suis entre chez Cassan, où se trouvait M. Collet. Il m'ont emmené dîner avec eux rue de Cléry, près la station des tricycles. Après dîner, M. Collet nous a dirigés du côté de Ja Bastille. M. Collet nous a dit qu'il allait conduire à Lago^ Pépin qui se cachait. >»

M. Chaudey. — Quant au mot ée cacher, je ne puis me le rappeler. Je sais seulement que nous sommes montés dans lecabriolet de Pépin : nous l'avons trouvé près la barrière de Jdozitreuil. Wous avons suivi jusqu'à la tourelle de Saînt- Mandé «ur la grande route qui va tlu bois de Yincenncs ù Lagny.

M. Barbieri, huissier àLagny. — J'ai déjeûné -le i5 août .à Lagny chez M. Leblanc, avec MM. Pépin et Chaudey. on a parlé de différentes choses, notamment de l'attentat du 2g juillet. Les journaLix arrivèrent. M. Pepio dif que d'après tes renseignemens que contenaient ces mêmes journaux «ur l'organisation physique de celui qu'on indiquait comme ayant commis l'attentat, et d'après sa vie antérieure, il craignait queoe ne fût le même individu qu'il aurait connu fcous !« Dwnde Bescher, à qui il avait donné quelquefois de modiques «ommes d'vargent à titre de secours.

D. A-t-il parlé du portrait de cet indivi<lu?

R. On a parlé de lithographie représentant î'icschi: il a dît qu'elle ne ressemblait pas, puisque les renseignemens fournis par les journaux coïncidaient avec laqx^râonnc connue <lc iui sous le nom de Bescher,

Lr PRESIDENT. — M. Jacqucmùi ^oooiQÛssairo du quartier Saint- Antoine, étant malade, ainsi qu^il résulte d'un certificat r^ulier, il va être donné lecture do sa déclaratiuu écrite.

M. le grefîîer lit la déposition de M. Jacqueinin (Antoine- Acliille), commissaire de police du quartier du faubourg Saint- Antoine :

« J'ai transmis à M. le préfet de police un rapport fort détailié sur les particularités relatives au sieur Pépin , que je croyais de nature à éclairer là justice. J'y ai fait connaître les antécédens de cet individu, les rapports qu'il avait eus avec moi, depuis que je suis commissaiie de police de son quartier. Je crois que ce rapport, dont je ne puis me rappeler toutes les circonstances, peut être utile à l'instruction qui vous occupe, et je ferai en sorte de vous en remettre un double.

» D. N'avez-vous pas vu le sieur Pépin le 16 ou le 27 juillet dernier? ne vous aurait- il pas fait une communication quelconque ?

» R. Oui , monsieur, le sieur Pépin se rendit à mon bureau, dans la matinée du 28 juillet, me parla de sa mise en accusation au mois de juin i852, et me dit que, par suite de ses antécédens , il craignait que, le lendemain, jour de la revue , on ne se portât à son égard à quelque acte de violence ; qu'on n'entrât dans sa boutique pour y commettre des dégâts 5 qu'il avait tout à craindre de l'exaspération de la garde nationale. Je lui répondis que ses craintes ne me paraissaient pas fondées; que, du seuil de sa porte, il pouvait icquérir la garde municipale, dont le corps-de- garde est à deux pas de chez lui et que, prévenu par un de ses garçons, dans le cas où il serait menacé, je me rendrais aussitôt chez lui.

» D. Quelle opinion aviez-vous de la démarche du sieur Pépin?

»R. Je ne pouvais m'expliquer le but de celte démarche que je trouvais absurde, à cette époque sur tout.

» D. Depuis que cet individu a é(é arrêté, quelle a été votre impression au sujet de cette communication?

»R. J'ai pu penser qu'il s'était par là préparé un moyen, soit de justification , soit d'atténuer les soupçons , en disant qu'il n'avait rien à craindre, puisqu'il avait été prévenir l'autorité.»

Martin (du Nord). — Pépin, vous vous êtes plaint plusieurs fois d'avoir été exposé à l'effervescence populaire.

Pépin. — J'en ai expliqué les motifs, qui sont la vérité. Si M. le commissaire Jacquemin était appelé à cette barre, il déclarerait que, après l'arrestation des peintres, je lui ai dit po-

^7 sitivement que le bruit avait couru clans mon quartier que je devais être arrêté. Je n'ai pas parlé d'eilervcsccnce populaire.

Martin (du Nord). — Vous avez dit positivement, dans un de vos interrogataires, que vous aviez deux fois failli être victime de reffervescence populaire.

Pefin. — C'est vrai ; en juin i832 , j'ai failli être victime de l'effervescence populaire^ je m'étais retiré chez un de mes voisins; mon épouse vint m'annoncer les bruits qu'on avait fait courir sur mon compte. Je me suis rendu spontanément à la mairie du 8* arrondissement. J'étais blessé, lorsqu'on me descendit de voiture; j'entendis crier : A mort! Il faut lejhsiiler I A l'égard des lettres écrites à mon épouse , à mes jeunes gens et autres, on pourrait en trouver la souche au besoin.

Le président. — Persistez- vous à dire que vous n'avez jamais reçu de confidences de complot, ni d'attentat de la part deFieschi?

Pépin. — Oui, monsieur, je persiste.

Le PRESIDENT. — Voici cependant ce que vous disiez dans votre dernier interrogatoire. M. le juge Zangiacomi vous interpellait en ces termes sur une note que vous lui aviez transmise :

» D. Dans la note que vous venez de déposer, vous dites avoir reçu des demandes de secours de quelques détenus d'avril, et avoir donné quelques comestibles et argent à leurs femmes. Quels sont ces détenus?

)) R Je n'ai jamais vu ni connu ces messieurs; ils m'écrivirent, parce qu'ils avaient vu mon nom dans les journaux, pour venir au secours de leurs dames. Je ne me rappelle pas leurs noms; je sais seulement que l'un d'eux se nomme Poirolte. Je sais qu'un aulre demeurait rue Aubry-le-Boucher ou aux environs. >>

Vous terminez la note ci-annexée par ces mots : « ainsi je l'ai dit, je n'ai poiwt connu ni voulu connaître son projet. Pendant mon secret, je déclare avoir fait cet aveu à diverses personnes, entre autres à une dame et long-temps avant l'événement. »

Ces mots prouvent évidemment que vous aviez connaissance du projet de Fieschi. Je vous interpelle de dire k la justice ce (jue vous en saviez, et qui vous en avait parlé.

R. Je réponds à cela que, déjà interpellé plusieurs fois à ce sujet, j'ai dit tout ce que je savais.

D. Que saviez- vous?

R. Je savais que cet homme avait des projets gra^'cs en tête.

D. Quels étaient ces graves projets ?

H. Il m'avait dit qu'il ferait parler de lui,

D. En quoi faisant ?

R. II ne m'a jamais dit le fin mot, et c'est alors que Je fis tout pour l'éloigner de chez moi.

U. On vous a déjà fait observer que vous ne sauriez avoir de menagemeos à garder vis-à-vis de Fieschi, dont vous connaissez les déclarations. Persistez-vous , aujourd'hui que J'instruction est sur le point d'être achevée, à ne pas vous expliquer plus catégoriquement sur les pix)jets graves qu'il vous a oit avoir en tête, et que vraisemblablement il vous a fait connaître moins myslérieusemant que vous ne le dites?

^' Si je les avais connus, j'aurais été assez heuieux de racheter par là, en prévenant l'autorité, les malheurs qui me frappèrent antérieurement.

D. Dans une affaire que vous recoïicaissez rous-^même d'une gaande gravité, on conçoit difficilement que vous î>e désigniez pas, dès à présent, les témoins dont vous parlez, a raison de la crainte de leur produire trop de frayeur en déposant devant les antorités.

Je vous invite, <îans votre intérêt, et dans cel«ii de la vérité, à laire connaître les noms des personnes, et notamment de la dame à qui vous dites, dans voire note, avoir fait l'aveu des projets de Fieschi.

Ainsi, vous aviez connaissance des projets graves dotitJFiescli TOUS a parlé, et que vous avez révélés, dites-vous à une dame.

Pépin. — J'ai déjà répondu à M. le procureur général que lorsque j'ai subi ces interrogatoires j'étais dans l'état le plus déplorable. Je n'ai cependant jamais refusé de répondre malgré l'anéantissement où je me trouvais. D'ailleurs les projets de Fieschi sont confirmés par d'autres témoins, il en parlait à tout le monde.

M. Martkv (du Nord). — N'eu auriez- vous point Êiit confidence à une autre personne, à Raspail, par exemple?

Pépin. — Non, je n'avais pas vu Raspail depuis plus de dixhuit mois peut-être.

MiETm ( du Nord). — Cependant U aurait été naturel que ous lui en fissiez confidence. Quelle est donc celte dame que vous ne vmilez pas nonmier?

Le PRESIDENT. — Il l'a nommée depuis, c'est la demoiselle Calemut.

Pépin. — Cette dame a été tellement troublée à l'audience, qu'elle n'a pu rien direj en entrant chez elle, elle est tombée malade, et elle est restéeau lit. J'ai appris dt tnon épouse que la veille, mademoiselle Calemut avait été à la noce, qu'elle était encore couchée lorsqu'on a été la chercher et a été interdite croyant être mise en arrestation.

M. Martin (du Nord). — Voici un autre passage de votre interrogatoire :

« D. N'étiez- vous pas tiès-lié avec le sieur Raspail, et ne compliez-vous pas vous sei'vir de son journal pour publier les proclamations et les actes qui devaient suivre l'attentat, dans le cas où il aurait réussi?

R. En effet, j'ai conn» Raspail pour ravoir vu deux ou trois fois chez M. de Lafayette, dans l'Union de Juillet. Comiie il s'occupait d'industrie, nous en causâmes. Je lui proposai d'aller visiter des moulins, et nous sommes allés une ou deux fois àLagny pour voir ensemble des usines, et pour faire une expérience sur ladécortication des blés; mais je n'ai pas eu d'au- |res relations directes avec lui. Quant à la dernière partie de votre question, il est bien certain que si j'avais été dans le cas de prendre part à un attentat, j'aurais prévenu beaucoup d'autres personnes. Si tel eut été mon caractère, j'aurais i>ien élé obligé de faire des confRlences à quelqu'un. »

Pepi», — J'attachais si peu d'importance à ces projets de Fieschi, que je n'y faisais pas attention.

M. Martin (du Nord). — Vous avez parlé de pmjets graves.

Pépin. — Il disait qu'il était un homme o faire un pur parler de lui. Quant à Raspail, je ne l'ai pas revu depuis l'époque que je vous ai dit; c'est un fait que Ton peut véi itier.

M. Beauport, ouvrier maçon, h Montreuil, appelé en vertu du pouvoir discrétionnaire, dépose sans prêter »ei'n»Ln>t :

Parmi ces accusés, je ne connais que M. Pépin individnellement.

D. Ne vous étes-vous pas trouvé chez Ajalbert dit Bertrand^

Co marchand de vins à la barrière Montreuil, avec trois individus ?

R. Je les ai vus entrer, mais je ne les ai pas vus à table. Je ne me rappelle pas le jour. Je reconnais bien M. Pépin, car j'ai dit au marchand de vin : Tiens! voilà un ancien capitaine de la garde nationale qui vient boire un verre de vin chez toi.

D. Le reconnaissez-vous?

R. C'est bien M. Pépin.

PEPm. — Je jure que je n'ai jamais vu cet homme-là, et qu'il n'a pu me voir chez Bertrand.

Le PREsmENT, au témoin. — Reconnaissez- vous Fieschi?

M. Ceaufoet. — Je ne reconnais pas monsieur.

Le président. — Reconnaissez-vous Morey qui est assis dans un fauteuil dans le coin?

M. BeaufopvT. — Je ne le reconnais pas.

D. Connaissiez- vous Pépin auparavant?

R. Je l'avais remarque' plusieurs fois quand il était encore capitaine. Il était dans la compagnie de chasseurs de M. Guittard, et moi dans les grenadiers du même bataillon.

M. Martin (du Nord). — Vous ne vous rappelez pas le jour, vous rappelez-vous le mois ?

M. Beaufort. — C'était dans le mois de juin.

D. A la fin de juin?

R. Je ne me le rappelle pas.

D. Avait-il une redingote ou une blouse?

R. Tout ce que je me rappelle, c'est qu'il était couvert d'une casquette.

M" Marie. Le témoin Ajalbert a bien dit que ce particulier était en blouse, mais il déclare qu'il avait un chapeau de paille.

La dame Absolu dépose. J'ai travaillé chez M. Pepinj je ne me rappelle pas avoir vu chez lui l'accusé Fieschi.

D. Où dinait-on habituellement?

R. On mangeait souvent dans le petit bureau.

D. Pouvait-on de la rue voir dans ce cabinet?

R. Non , il y avait des rideaux partout.

M. OuDARD, expert écrivain , déclare qu'il a été appelé dans l'instruction pour examiner de l'écriture et des chiffres placés en tête d'un registre de l'accusé Pépin.

Le PEEsmKNT. — Aujourd'hui que l'accusé reconnaît cette écriture , la vérification n'a plus d'objet.

Mme veuve Delaselve , principale locataire , rue Qiiin.canipoix , n° 77, fait la déclaration suivante :

L'accusé Boireau était mon locataire , je n'ai pas de mal à en dire. II venait souvent un méchant le voir. Un dimanche ce méchant est venu demander Boireau. On lui a dit que Boireau rentrerait sur les dix heures. Boireau est rentré en effet , mais il est ressorti tout de suite. Le méchant est revenu , on lui a dit que Boireau le priait d'attendre , ou d'aller le rejoindre dans un endroit dont ils étaient convenus. Le méchant s'est emporté; il a dit que ce n'était point à lui à attendre Boireau , que c'était au contraire à Boireau à l'attendre.

J'ai été prévenue par la portière que plusieurs fois des personnes étaient rentrées fort tard ; ça ne me contentait pas du tout. La portière dit que ce n'étaient pas des locataires qui renti aient tard, mais des persones qui venaient les voir. Un foir , vers onze heures et demie , arriva une personne qui frappa trois grands coups. Je me levai et criai par la fenêtre qu'elle n'entrerait point, parce que c'était une heure indue. Cette personne s'emporta et dit en se retirant : Boireau est un bon locatah'e, je le ferai partir de chez vous. Je reconnus dans cette personne le méchant.

Le lendemain je dis à Boireau que ce méchant m'avait menacée de me le faire perdre. Boireau répondit : Ne vous inquiétez pas , c'est un de mes intimes amis; il demeure fort loin d'ici. Je le verrai ce soir , et il se calmera.

Après l'attentat je fus appelée devant M. Gaschon, juge d'ins truction , pour reconnaître Fieschl. Je ne le reconnus pas d'abord. Le juge dit : Il y a des personnes qui se font appeler comme témoins pour le plaisir d'aller devant la chambra des pairs. Après l'avoir examiné plus attentivement je reconnus Fieschi.

Le PRESIDENT. — II résulte, Boireau, de la déclaration du témoin , que vous connaissiez le domicile de Fieschi.

Boireau. — Je n'ai pas dit à cette dame que c'était mon intime ami , je lui dis qu'elle avait bien fait de ne pas lui ouvrirj maïs qu'une autre fois il fallait être un peu honnête.

Le PRESIDENT. — Vous saviez donc que Fieschi demeurait loin de la rue Quincampoix.

Boireau. —'Je savais qu'il demeurait sur le boulevart du

Temple , mais j'ignorais le numéro.

Le PRÉSIDENT. — Mais vous êtes ailé le 27 au soir au n° 5o , demander Fieschi?

BoiREAU. — Non 9 cela est faux.

Le PBÉiiDENT. — Pourquoi êtes-vous allié au café des Mille- Colonnes , tenu par Périnet?

BoiREAv. — Pépin m'avait dit: Tàçliez de voir Fieschi , je suis allé le chercher de ce côté-là pour remplir ma mission.

Le PRESIDENT. — Vous l'avcz trouvé au café Périnet sur le boulevart , n° 5o ; donc vous connaissiez le logement de Fieschi.

BoiREAu. — J'avais déjà vu Fieschi une fois au café des Mille- Colonnes. Je l'ai rencontré sur le boulevart.

Le PRÉsmENT. — Vous le cherchiez ?

BoiREAU. — C'est parce que j'avais une misison à remplir. Il fallait bien lui dire que Pépin ou moi nous nous étions promenés à cheval.

Le président. — Puisque vous aviez une mission à remplir près de lui, vous deviez connaître son logement.

M. Martin (du JXord). — Pourquoi dénier cette circonstance : elle est à peu près établie.

BoiREAu. — Eh bien, oui, c'est vrai. (Sensation). M^^ Delaselve a dit que beaucoup de personnes venaient coucher chez moi : c'est faux.

]\]'me Delaselve. — Je n'ai poict parlé de vous , mais des autres locataires.

M^ Paillet. — M^^ Delaselve tenait à conserver Boircau; elle le considérait donc comme un jeune homme laborieux et rangé ?

Mme Delaselve. — Il me serait difficile de donner des renseignemens particuliers sur Boireau. Il est entré chez moi le 8 juillet, et n'y est resté que vingt jours. Pendant ce temps, il s'est fort bien conduit; personne ne s'est plaint de lui.

M® Paillet. ' — Comment le témoin a-t-il remarqué que Fieschi fût méchant?

M""® Delaselve. — Par comparaison à un jeune homme extrêmement honnête qui venait chez Boireau. Son emportement m'a frappée.

Boireau. — Ce jeune homme est un de mes amis, ferblantier : je l'ai fait assigner.

M"*® Delaselve. — Je n'ai reçu M. Boireau comme loça,-

taire (qu'après avoir obtenu sur soa compte les renseiguemens les plus favorables rue des Ciiiq-Diamans.

FiESCHi. — J'ai à diie un mot fort important. Madame a l'air âe dire que je suis mécbaot. Je ne suis pas me'chantj je sais bien que je ne suis pas ires aimable avec les dames; mais celte dame m'a dit de mauvaises raisons qui m'ont impatiente. Lorsque madame vint dans ma chambre, à la Conciergerie, elle dit en regardant nos lits: a lis sont bien couchés. » Il semblait qu'elle en fût fache'e,

MartiiV (du Nord). — Boireau, lorsque vous demeuriez rue des Cinq-Diamans, Fieschi est-il aile' coucher chez vous?

Boireau. — Non , je couchais avec un de mes amis, et lorsqu'on est déjà deux couchés ensemble, on n'aime pas à en recevoir un troisième.

Mart/n (du Nord). — Celte circonstance n'est peut-être pas très grave relativement à vous, mais il importe de la connaître; dites franchement la vérité.

BoTREAu. — Si; c'est vrai; je crois qu'il est venu une ou deux fois.

M. Briaut:ê , âgé de 29 ans, déclare avoir couché chea Boireau, rue des Cinq-Diamans. Boireau a amené un de ses amis trois ou quatre fois. Il croit que c'est Fieschi, sans en être sûr.

M. Lafosse, domestique de M. Paris, rue du Hasard, n. i5, dépxïse :

Le samedi 23 février, un ouvrier lampiste vint chez mou maître apporter des lampes et des lustres. Je lui dis raVous devez avoir beaucoup d'ouvrage maintenant, car on donne beaucoup de bals et de soirées. » Il dit ; k Bah! avec ce b.... de gouvernctnent , ça ne durera pas; il vaudrait bien mieux une bonne république. » Je reconnais l'accusé Boireau pour être cet ouvrier.

Boireau. — Le témoin se trompe. Il a déclaré dans sa déposition que l'ouvrier lui avait dit qu*il s'était trouvé malade pendant quinze jours du mois de janvier. Or, M. Vernert pourra certifier que je n'ai point été malade. Enfin le témola dit que l'ouvrier a reçu dix sous de lui. Jamais je n'ai reçu un semblable pour-boire.

M. Ververt, marchand de bronzes et lampiste, rue du Faubourg-Poissonnière, est introduit.

Le président. — - L'accusé Boireau ne travaillait-il pas dan votre magasin rue Neuve des Petits-Champs.

II. Oui,' monsieur, je n'ai eu aucun reproche à lui faire pendant tout le temps qu'il est resté chez moi ; j'ai été satisfait de son travail et de sa conduite. Quant à ses opinions politiques, je n'ai pas eu occasion de les connaître , parce que je ne parle jamais politique, et que d'ailleurs je ne souffre pas qu'on en parle chez moi.

D. Le lundi, 27 juillet, Boireau n'est-il pas venu remettre à votre magasin un foret, un archet et une conscience , dont le dépôt a été fait par le sieur Massé, son premier commis.

B. Oui, monsieur.

D. Depuis que le foret a été rapporté , quelqu'un s'en est-il servi?

R. Non, monsieur.

D. Avez-vous remarqué un individu qui venait le voir plus souvent que les autres?

R. J'ai vu une fois Fieschi.

D. Depuis combien de temps Boireau était-il chez vous?

R. Il était chez moi depuis dix-huit mois et gagnait 4 francs par jour,'et s'il travaillait au-delà de ses heures, ça lui était payé en sus. D'ailleurs je n'ai jamais rien vu de suspect , il recevait peu de visites, excepté celles de quelques ouvriersqu'il connaissait, que je connaissais moi-même. Le 27, plus particulièrement, je restai dans les ateliers, je n'ai vu personne. A mon égard il était extrêmement honnête ; je sais bien que les ouvriers le trouvaient un peu vif et emporté. Je ne sais s'il fré'' quentait des maisons oii l'on boit, mais je m'en suis jamais aperçu.

Boireau. — M. Vernertn a-t-il pas eu à se plaindre de Suireau qui décachetait ses lettres ? N'est-ce pas moi qui ai averti M. Massé qui en a instruit M. Vernert? C'est de là que vient la vengeance de Suireau contre moi.

M. Vernert. — C'est exact; c'est même ce qui nécessita le renvoi de Suireau de chez moi.

Boireau.— M. Yernert nVt-il pas eu à se plaindre des mensonges d'Edouard Suireau ?

M. Vernert. — Il cherchait assez de détours, surtout depuis quelques mois. Il demandait à mon commis à faire constam-

ment des courses pour faire en même temps les sienne?. II a profité un jour de l'absence de M. Masse' pour sortir.

BoiREAU. — Le samedi 25 juillet, ayant à payer un billet de sS fr. M. Vernert ne dit-il pas à M. Massé de me donner de l'argent si j'en demandais ?

AI. Verîtert. — M. le président, je vous ai adressé une lettre relative au renvoi de Suireau. J'ai vu dans le rapport que je ne l'aurais renvoyé qu'après les événemens de juillet : ce n'est pas exact , je l'avais renvoyé dès le 20 juillet.

M. Martin (du Nord). -— Suireau était cependant chez vous les 26, 27 et 28 juillet.

M Vernert. — C'est vi'ai, je lui avais donné jusqu'à la fin du mois pour se procurer une place.

M. le greffier donne lecture d'une lettre écrite dans ce sens par M. Yernert à M. le président de la cour des pairs.

M. Masse, premier commis chez M. Vernert, témoin, dépose comme suit :

Je ne connaissais pas les personnes que fréquentait Boireau. J'ai vu Fiesclii lui faire quelques visites. Je sais que le 2G juillet, Boireau emporta un foret pour faire un travail à Tliôtel d'Espagne; je n'ai pas remarqué tout de suite, après sa rentrée, que le foret était émoussé.

M. le président lui rappelle ses déclarations précédentes, le témoin déclare y persister , et reconnait le foret.

Boireau. — M. Massé doit se rappeler qu'un jour je lui dis qu'Édouaid Suireau décachetait les lettres de M. Vernert.

M. Massé. — Je me rappelle que vous m'avez dit qu'il les lisait yirnvis non qu'il les décachetait,

M. Martin (du Nord.) — Le saviez-vous personnellement ?

M. Massk. — Je l'ai vu quelquefois.

Boireau. — Suireau a déposé que les 26 et 27 juillet on était venu me demander plusieurs fois. M. Massé se rappelle-1-il 4voir vu ces personnes ?

M. Massé. — Je n'ai vu venir personne, mais je ne suis pat toujours au n" 3i où il travaillait.

M. de Poncharrat, lieutenant-colonel d'artillerie, témoin est introduit.

Le PRESIDENT. — Un foret a été soumis à votre examen. Vous avez fait deux rapports à cet égard. Pcrsistcz^vcusà penser que

ce foret a servi à percer la lumière de plusieurs canons , et a été cmoussé sur la culasse de l'un d'eux ? Le TEMOIN. — Oui, M. le président.

ï). N est-ce pas en teriiainant la perforation que le foret s'est émoussé ?

R. Il me paraît impossible qu'il ea soit autrement. M* Dupont. — Ne pourrait-on pas s'expliquer en même temps] sur les balles ?

Le PRESIDENT. — Cela n'a rien de commun avec le témoin. M® Dupont. — M. de Poncharrat a examiné la machine , a déchai^gé les canons: il pourrait mieux que qui que ce soit douuer des explications sur les balles.

Le PRESIDENT. — Le témoin a-t-il quelque chose à dire sur la manière dont les canons étaient chargés ?

R. La personne qui les avait chargés connaissait peu les armes à feu., ou elles les a chargés à dessein de faire éclater les canons. Il y a eu quatre ou cinq canons crevés. On avait laissé un espace vide entre la poudre et la charge j il était impossible que ces canons ne crevassent pas. D'ailleurs la charge était si forte , qu'elle a pu occasioner aussi quelque explosion. Je nai fait aucune remarque sur le métal dont étaient composés les projectiles.

W Dupont. — Comment le témoin a-t-il pu savoir que les projectiles touchaient ou non à la poudre ?

R. C'est que la poudre a brûlé, et que les projectiles étaient Il un pouce de la culasse; Us tenaient tellement qu'on ne pouvait les faire avancer ni reculer.

M*^ Dupont. — Dans l'explosion, ne, peut-il pas y avoir eu un déplacement des projectiles?N'ont-ilspaspu être repoussés en avant?

Le TEMOIN. — Non , car on aurait pu les faire desceudi-e ,

tandis qu'on ne pouvait les chasser ni en avant, ni en arrièïç.

M. Dupont. — Les canons qui ne sont pas partis n'étaient-

U pa$ aussi chargés pai' une main aussi peu habile que ceux

qui ont crevé ?

Le TEBJom, — ' Les projectiles s'y trouvaient près de la poudre.

Me DîiPQKT, — Jç demande si la quantité de la charge et la

6/ manière dont les fusik étaient chargés attestaient une main habile ou malhabile.

Le TEMOIN. — Les projectiles étaient trop nombreux et trop erres pour qu'il n'y eût pas de danger.

M« Dupont. — Quelle était l'inclinaison de la machine et où devait-elle porter par suite de cette inclinaison ?

Le TEMOIN. — ' A hauteur de ceintuie d'homme passant à cheval, à quatre mètres des arbres du côté du Jardin-Turc, plus loin que le milieu de la chaussécr

FiESCHi. — J'ai rhonneur de faire observer à M. le président et à la cour que Morey est connu comme un tireui- habile , et que si Morey n'eût pas été à même de savoir, moi qui ai servi, je connais les armes , mais pas assez pour savoir que si un canon est chargé de cette manière, il doit crever. Moi , j'étais de bonne foi, je le laissai frapper avec la tringle qui est là, je chai'geai deux ou trois canons.

Je reviens sur la question du lieutenant-colonel, sur la manière dont la machine était placée. Je prie que l'on me fasse passer un plan. (Fieschi examine ce plan.) D'après la manière dont j'avais pointé la machine , au heu de prcndie seulement à deux ou trois mèti-es de la cliaussée du côté du Jardin Turc , j'aui*ais touché toute la laigeur à partir au contraire de deux ou trois mètres de mon coté. Ça se conçoit à cause de la force de charge. Plus de personnes auraient été atteintes 5 la preuve, c'est que quatre canons de gauche n'ont pas pris à cause de l'abaissement de la machine qm a dérangé la traînée. Quand j'aperçus mon Henfaiteur , je restai ému , je mis la main à Técrou du GOté gauche , puis à celui à droite , et c'est ce balancement qui défit la lumière. Ces canons ne prirent pas. Je prierai en conscience le lieutenant-colonel de me combattre, si c*est ou non la vérité* C'est un point que je tiens à justifier, non pas pour moi-même, mais pour l'homme qui a été cause qu'au lieu de quarante personnes atteintes par moi il n*y en a pas eu cent cinquante; car la machine, comme je Tavais pointée, prenait presque tout le boulevart. Ten fis l'observation à Morey, qui en tomba d'accord avec moi.

Après avoir baissé ma machine > la bouche des canons était attachée avec une corde qu'on doit avoir trouvée dans la chamlirc. Cette corde attachait ces canons insensiblement à la

6S traverse. Lorsque je courus à la porte , je ne détachai que d'un côté, je mis le tablier sur les canons, j'avais envie de les ôter, après que j'avais vu M. Lavocat et M. Panis. Ils se faisaient face à face tous les deux. M Ladvocat était placé du côté de la Bastille, M. Panis du côté de Franconi. Il est inutile de répéter l'émolion que cela me fit. Pas moins que je donnai un coupd'œil à travers la persienne. Je vis mes anciennes connaissances, je ne dis pas mes amis, parce que moi je ne compte pas les amis par milliers. Je me dis : Voilà des hommes avec qui tu as vécu, avec qui tu as mangé, avec qui tu as bu , oseras-tu tirer sur eux? Et puis, je voyais le tableau de mon bienfaiteur devant moi. — - Je tremble en vous parlant de ça , messieurs. Je dois le dire, je courus aux deux portes et je dis ; Tu vas te rendre aux pieds de ton bienfaiteur et lui tout avouer. Je réfléchis et je me dis : Il y a onze mois que tu ne l'as vu. Sera-t-il toujours le même. Tu t'es sauvé de chez lui.

C'était mon trop d'amour-propre , toujours cet amour-propre, qui a fait que j'avais promis à Pépin et à Morey d'exécuter mon projetj je sortis les planches de la petite porte et non pas celles de la cuisine. Et je demande la vérité aux gardes nationaux 3 ils ont eu plus d'ouvrage à ouvrir la porte de la cuisine que la petite porte. A ce moment j'entendis le roulement , je fus à la fenêtre pour voir ce que c'était j j'espérais que S. M. ne viendrait pas, que les troupes , appuyant du côté de la Madelaine, ne viendraient pas jusqu'à nous. Mais je m'étais engagé, je lève le tablier, la machine portait plus du côté droit que du côté gauche. J'aperçois le cortège. Je vis alors devant moi le tableau de Pépin et Morey me reprochant ma lâcheté , je pris alors le tison, je mis le feu, je m'en tirai comme je pus. Je ne prierai pas M. le lieutenant-colonel de venir à mon secours j ce n'est pas pour me justifier, je sais que je suis coupable , mais pour rendre justice à l'homme dont la seule présence a été la cause de ce fait qui a sauvé la vie au moins au roi , pour les quatre canons de gauche qui n^ont pas parti.

Faites-moi passer le plan où sont les princes, que je n'ai pas ici. Je prie M. le lieutenant-colonel d'observer une erreur de celui qui a fait le plan. Quoique je ne sois pas un fort géogra- J)iie, je m'y connais un peu. Je vois que les quatre canons qui n'ont pas parti, dans lequelsil y avait quarante balles, étaient précisément dressés contre les personnes des princes et du roi»

6p Sans le bougement de la machine tout serait parti , et depuis quatre mètres de mon côté jusqu'à l'extre'milé de l'autre côté , tout aurait e'té pris. Ce n'est pas pour me justifier moi même ; je suis ici pour dire la vérité'. Tant pis pour mes complices s'ils ne veulent pas la dire. Boircau a fait un acte de générosité , il me rend justice, il rend justice à son pays, il éclaire une cour qui doit être fatiguée depuis si long-temps qu'elle siège pour juger, et quoi? H faut une victime, moi je dois être la première. Si j'étais coudamné à l'échafaud avec mes complices , je demanderais à passer le premier, car sans cela je les verrais pleurer, et je mendierais pour eux la grâce, mais pour moi, jamais!

Si je parle, c'est pour prouver l'émotion de mon caractère et de mou attachement; c'est pour rendre justice à celui qui a sauvé la vie du roi et des princes, la guerre civile dans notre pays, et peut-être sur l'angle du Rhin aujourd'liui les cosaques auraient fait des batteries. Voilà la seule attestation que je demande, non pas dans mon intérêt; et que chacun de vous fasse le bien, vous ne trouverez pas des ingrats ; tant pis pour ceux qui sont ingrats I Je n'ai jamais fait cette profession infâme .' L'ingratitude, je la regarde pis qu'un voleur. Un voîeur prend 6 fr., c'est pour diner. L'ingratitude! s'il ne peut pas le rendre, qu'il se rappelle au moins le bienfait.

Je prie M. le président d'interpeler M. Ladvocat sur d'autres traits de générosité, si je ne me suis pas exposé pour lui sauver la vie, et je l'exposerais encore si jamais j'étais libre. Mais non, je n'ai pas espoir, moi; quant à moi, je me suis nourri avec la mort, elle a été ma compagne; je l'adore comme ma maîtresse aujourd'hui.

Je n'ai plus rien à dire.

Le PRESIDENT. — Je prie M. de Poncharrat de dire à la cour s'il a vu l'inclinaison de la machine au moment de l'explosion.

Le témoin. — Lorsque j'ai vu la machine, elle était divisée, les canons avaient été enlevés; il y avait beaucoup d'ébranlement : je ne puis pas dire comment elle était au moment de l'explosion. Je n'ai pas remarqué qu'elle fût plus inclinée d'un côté que de l'autre.

M. Marti5 (du Nord). — L'on a dit plusieurs fois, en parlant de la déposition du colonel , qu'il en résultait que les

fusils avaient été charges par une raaln malhabile. Je prie de ne pas oublier qu'il a ajouté qu'il avaient pu l'être par une personne qui avait eu l'intention <îe faire crever quelques canons.

M*^ DupoTîT. — Le rapport est sous les yeux de la cour. Quand à l'observation de M. le procureur-général, il semblerait en résulter que tous les canons étaient chargés pour tuer la personne qui y mettrait le feu. Si Morey eût été coupable , il aurait eu deux buts , il aurait mal chargé les canons dans un but, et bien chargé les autres dans un autre but. Or, M. le colonel a déclaré que ceux même où la poudre touchait les projectiles étaient trop bourrés, et devaient amener des explosions.

M. Martin (du Nord). — Lrc plus grand nombre des fusils est bien paili. Ce n'est pas de ceux-là que M. de Poncharrat a pu dire qu'ils étaient mal chargés.

M. Dupont. • — Le témoin a trouvé tous les canons mal chargés, seulement par des raisons dilïérentes.

Le TEMOIN. — Sans doute une partie des fusils pouvait bien fonctionner^ mais l'excès de charge les exposait à crever.

M. Dtjpont. — Il a été trouvé des balles dans les lieux d/aisance de Fieschi. Ces balles sont intactes avec le scellé du juge d'instruction; je demande à M. le président d'en ordonner la vérification.

Le président. — Fieschi, est-ce vous qui avez jeté les balles dans les lieux d'aisance de votre maison ?

Fieschi. — Non , monsieur. Morey a emporté ce qui est resté; quant aux chevrotines, il n'en avait pas assez acheté pour qu'il en restât. Après en avoir mis quatie ou cinq dans les premiers canons, il n'en eut plus pour en mettre dans les autres. Nous y mîmes quelques vis qui se trouvaient sur ma cheminée et que j'avais achetées pour la machine. Lorsqu'on fait une confession religieuse, on ne risque rien; mais Élire sa confession politique, c'est peut-être dangereux. Chacun travaille pour son compte. Ati reste, moi j'ai chargé les derniers canons, tout au plus trois ou quatre. Voyez, dans la machine, quels sont les canons qui ont crevé, 1,45 ^j P^^ intervallesi. Alors ce n'est pas moi qui les ai chargés.

M. Dupont. — On ne sait pas le numéro des canons qui

7< ont crevé; ils n'ont pas élé replacés dans Tordre où ils étaient.

FiEscni. — - Ah ! on n'en sait rien ! ce ne sont pas les derniers , puisque j'avais détaché la corde. Je ne suis pas tout-àfait fou; je n'aurais pas détaché îa corde pour que les canons sautassent. Si , au pied de ma maison, il y a eu un homme blessé , c'est parce que les canons ont sorti de l'entaille laite sur la planche ; ils se sont croisés , il y a eu des ricochets j je ne puis rien savoir.

M. DrroKT. — Les témoins qui sont entras dans ia'chatnbre après l'explosion déclarent que douze à quinze fusils seulement étaient sur la machine , que huit à dix qui étaient par terre ont été replacés arbitrairement. Il est in^possibie que Fieschi puisse assigner un rang quelconque aux canons crevés.

La séance, suspendue pendant vingt minutes, estre^niseà quatre heures.

M. Lepage, armurier, l'un des témoins^ dépose en ces termes :

j'ai été appelé hier à comparer les 66 balles trouvées dans un sac d'après la désignation de la fille Lassave , avec celles qui ont servi a la charge des canons. J'ai constaté que les balles du sac sont identiques avec la plus lourde de celles trouvées dans les canons qui ont élé sciés. Elles sont du même poids que celles trouvées dans le corps de M. de Kieussec. Il est à croire que les bâties du sac proviennent du même inouïe.

Le pbesideî(t, -- Les balles qui sortent du mêine moule ontelles toujours le même poids?

B.. A. peu de chose près. Dans celles que j'ai comparées, il y a à peine quatre grains de différence.

Le PRESIDENT. • — Le plomb des deux sortes de balles est- il bien le même ?

M. Lepage. — Il aurait fallu^e livrer h cet égard à une ope- Kation chimique qui n'a pas eu ♦iew. L'apjlarence des balles est la même. Quant à la forme, il n'y a |)lus d'identité ,• fidfintjlé n'existe que pour le poids ; des balles d'tm beancOtrp plus gros calibre peuvent cependant ctfti'er dans itti citMï plui petit ikm ^'ëàorthcv. Elles cbhsèrvènt to^jottfs Jefer poids.

Le phesident. — Ce que vous venez de dire peut-il s'appliquer aux canons de la machine?

M. Lepage. — Ces balles, quoique d'un plus gros calibre que les canons de la machine, peuvent y entrer sans perdre do p'omb. Seulement, ces balles arriveront en lingots.

Le PRESIDENT. — Croyez-vous que les lingots qu'on a trouvés parmi les projectiles aient pris celte forme, parce que les les billes auraient e'té forcées ?

M. Lepage. — Ces projectiles sont entrés en balles et sont devenus des lingots.

M. JVIartin (du Nord). — Les balles étaient-elles de calibre ordinaire ?

M. Lepage. — Elles sont d'un calibre supérieur aux balles des cai touches ; ce ne sont ni des balles de chasse, ni des balles de guerre. Ce calibre est très-rare dans le commerce.

Le PRESIDENT. — Les balles dont on se sert pour les tirs sontelles plus fortes ou plus petites?

M, Lesage. — Assez souvent les fusils pour le tir au but sont d'un fort calibre j des balles un peu plus grosses que le calibre ont l'avantage de donner plus de force et d'embrasser plus d'espace au but.

Les soixante-six balles sont très bien faites, ce qui annoncerait que le moule des balles était fait avec beaucoup de soin et que les balles étaient destinées à un fusil de tir.

FiEscHi. — Il est facile de reconnaître que les canons n'ont pas été chargés avec des lingots à l'empreinte même de la tringle qui a servi à les enfoncer, qui doit se trouver sur les balles des canons qui n'ont pas parti.

M^ Dupont. — On a trouvé chez Morey son fusil, son mou le et six balles. M. Lepage a été appelé à donner sou avis sur le rapport de ce moule et de ces balles , avec les soixante-six balles trouvées sur l'indication de la fille Lassave. Il a fait un rapport à ce sujet.

M. Lepage. — J'ai pris un moule trouvé chez Morey, j'ai comparé les soixante-six balles avec les balles provenant des canons, je m'en réfère à mon rapport.

Me Dupont. — Les balles du canon n'ont pas de rapport avec les balles trouvées.

M. Lepage. — Il est bien évident que les soixante-six balles ne sortent pas de l'un des deux moules.

Me DuPOîiT. — On a au contraire saisi chez Morey des balles qui en sortent.

Le PRESIDENT. — Mais il a été question aussi d'un autre moule.

FiESCui. — J'ai eu l'honneur de dire à M. !c président et à la cour que le moule qui a failles balles n'appartenait pas à Morey. On ne l'a pas retrouvé j je n'en suis pas cause.

Le président. — C'est celui que vous avez dit devoir se troi^verchez Sclnvartz.

M^. Dupont. — Je demanderai qu'expertise soit faite des balles tiouvées dans les lieux d'aisances de la maison FivîJ-chi.

Le préside.nt. — Vous pouvez interroger M. Lepage.

Me. Dupont. — Je prierai M. le président de demander à M. Lepage si les deux fusils qu'il a été chargé d'examiner avec un autre expert étaient bien chargés , je veux dire chargés selon la règle.

M. Lepage. — Je vais chercher à me remémorer ce que nous avons fait dans cette circonstance. Il y a deux canons qui ne se sont pas allumés, nous les avons coupés immédiatement au-dessus de la charge, et sauf l'énormité de la charge , ils m'ont paru consciencieusement chargés. Dans les autres canons où l'explosion avait eu lieu , la charge était assez avancée dan» le canon 5 je dois admettre que c'est l'explosion qui les avait fait avancer.

Le PRESIDENT. — Si les balles ont avancé dans le canon par l'effet de l'explosion , elles pouvaient donc descendre avec facilité?

M Lepage. — Pardon, M. le président , elles adhéraient fortement au canon. Dans ce cas, quand la première balle s'arrête , toutes les autres viennent bouter dessus et il n'est pas possible qu'elles descendent.

M. Martin (du Nord.)— Quelle est votre opinion sur les canons qui ont éclaté?

M. Lepaee. — Us ont éclaté par la raison qu'ils contenaient une trop forte charge.

M. Martin (du Nord.) — Croyez- vous que cela provînt de 1 Ignorance de celui qui les avait chargés , ou était-ce par inlenion ?

M. Lepage. — Tout ce que je puis dire, c'est qu'il y avait wuc trop forte charge; après cela je ne puis savoir les intentions

de celui qui a chargé les canons. Mais la charge était assez forte pour arriver à la fracture de dix canons sur cent.

FiESGiu. — Je prierai M. le président de demander au témoin s'il a examiné la qualité de la poudre qui était dans les canons j s'il ne l'a pas examinée , qu'il regarde la poudre quia été saisie claez Morey et le restant de eelle qui a été prise sur moi, lorsque je fus arrêté , et qu'il di*€ si ce n'est pas la même. Or il y avait une poire à poudre , une mesure à cette poire à poudre , et cette mesure a été mise pleine dans les canons. Comme c'était de k poudre de |>remière qwalité , if n'en fallait pas autant, et je prie de faire examiner *icela n'a pas élé fait dans l'intentiojii de faire crever le« canons.

Le PRESIDENT. -- Les canon* étaient- ils tous chai^gés de même ?

FiEsciir. — Oui, les canons 'étaient chargés tous de même; mais il y a des canons qui résistent à une forte cliarge j ic« autres non.

Me. DuioNT. — Il n'y a pas de canons qui puissent résister à une charge fai'e exprès pour qu'ils crèvent.

(On présente les deux boîtes de poudre à M. Lepage qui les examine.)

Lr PRESIDENT. — M. Lcpagc pcut sc retirer pour fake cette opération à côlé d'ici.

M. Lepage. — M. le président , je ci'ois pouvoir attester que c'est la même poudre qui m'est présentée dans deux boîtes.

Le président. — Je vais signer l'ordonnance nécessaire pour faire les autres vérifications qui ont été demaQdées. Vous pourrez les faire tout de suite et présenter votre rapport aujourd'hui à la cour ou demain.

M. de Pontcharrat, veuillez présider à cette opération 3 vous serez assisté de M. Lepage.

MM. de Potttoharrat et Lepage prêteitt sénëeiit en quafKté d'experts et se retirent.

Le témoin Lebègue est introduit. Il déclaré se nommer Lôbègue (Achille -Napoléon) et être garçon limonadier sur le botilevart. Il rôconnaît Fiesohi, mais il ne reconnaît pas Boireau. Un soir, vers les onze heures, il a viU éam ssto café, uêi jeune liomme avec Fieschi ; ils causaient à voix basse, mais û n'a pu les entendre. Le jeune homme a pris an petit verre.

M>A(RiHN (dw Kord). * — Je deraandefrai à Boireau, car cette

déposition devient insignifiante^ s'il se souvient d'avoir été dan^

ce café.

BoiHEAU. — Je ne me rappelle pas cette circonstance.

Martin (du Nord). — Cependant, c'est à la même heure que vous avez rencontré Fieschi.

BoiREAU. — Oui, mais je suis resté sur leboulevart.

Martin (du Nord). — Vous en souvenez-vous, Fieschi?

Fieschi. ■ — Je me rappelle cette circonstance, je suis fâché que Boirtau ne se la rappelle pas. Le témoin buvait avec moi et un autre jeune homme, Boireau est arrivé et je lui ai dit : tiens! te voilà I oui m'a-t-il répondu.... tel que je vous l'ai déjà dil...

Martin (du Nord ). — Ces détails ne vous rappellent-ils pas ce fait? Dites la vérité.

Boireau. — Puisque j'ai avoué la vérité hier, je la dirais aujourd'hui si je m'en souvenais.

Le président. — Cela n^a aucurie importance en soi ; on veut seulement constater exactement les faits.

Boireau. — C'est possible, mais je ne m*en souviens pas.

Pierre, serrurier, dépose en ces termes :

Le dimanche 26 juillet, en rentrant chez moi, je vis deux personnes qui parlaient à mon épouse, un ancien et un jeune. J'ai demandé à mon épouse ce qu'ils voulaient; elle m'a répondu ime barre de fer battu. Est-ce en travers ou en long ? Ils dirent: c'est en long. Comme il n'y avait là personne pour la faire, je dis : Je vais la faire moi-même. Alors ils me piésentèrent un morceau de fer qu'ils avaient choisi. Le jeune homme dit: c'est bien comme ça. Mais ce morceau de tôle ne me paraissant pas convenable, j'envoyai chercher un autre morceau de tôle par mon jeune homme. Pendant ce temps-là le jeune homme dit à l'ancien: pui.sque le serrurier comprend bien l'ouvrage que vous lui commandez, laissons-le travailler; vous reviendrez chercher la barre. Donnez-lui des arrhes. Mon épouse était convenue de 5 framcs avec eux L'ancien tire une pièce de 4o sous de sa poche, et Boireau, le jeune homme disparut. L'ancien reste. Je lui dis : attendez-vous la tôle? Non , me répond-il, j'attends l'omnibus. Tenez, le voilà qui passe. J'ignore s'il est monté dedans.

Le PRESIDENT. — Le plus jeune n'a-t^l pas tiré une carte de sa poche ?

R. Oui, je me souviens bien de lui voii- yu dans sa main. D. L'un d'eux n'a-t-il pas dit que celte barre devait être mise à une fenêtre?

R. Je ne l'ai pas entendu.

D. Sont-ils revenus tous deux pour prendre livraison de la barie ?

R.. Je ne le croîs pas.

BoiREAu. — Comment se fait-il que moi qui étais auprès de Te'tau , et qui n ai parlé qu'à sa femme , et non à lui , il prononce cependant mon nom... (Murmures.) Il a dit dans sa déposition que c'était Fiescbi qui lui avait parlé , et maintenant il dit que c'est moi.

Le TEMOIN. — Ces deux messieurs étaient devant l'enclume; Je jeune homme était à côté de la forge, tt l'ancien à droite de ma femme. Quand je suis entré , le jeune homme est venu à côté de l'ancien , et ils ont parlé tous deux.

FiEscHi. — Nous avons d'abord parlé à la femme. Le bourgeois est venu ensuite. Mais Boireau a jasé , quoi qu'il dise, car je ne sais pas comment j'aurais pu le faire taire. Le propriétaire n'est arrivé qu'après.

La femme Pierre dépose dans le même sens que son mari. Elle ajoute que le lundi Fieschi est revenu seul commander une autre barre; elle montre du doigt celle qu'il a commandée le dimanche et cel'e qu'il a commandée le lundi. Elle reconnaît Fieschi.

Le PBEsmENT. — Ces deux individus ne semblaient-ils pas tous deux connaître à quel usage était destinée la barre?

R. Le plus vieux, Fieschi, semblait le connaître mieux?

D. C'est le jeune homme qui, en ployant une carte , vous a fait comprendre ce qu'on vous demandait ?

Pt. Oui , monsieur.

Boireau. — Je demande au témoin si Fieschi n'avait pas déjà tracé, sur une plaque de tôle, quand j'ai retiré la carte de mon portefeuille. Il y avait plus d'un quart d'heure qu'il parlait sans ie faire comprendre; je dis à cette femme, en lui montrant ma carte ; Il tous demande une barre de fer carrée. Fieschi me prit la carte des mains et la plia par les deux bouts.

M. Martin (du Nord). — C'est vous qui avez dit de donner des arrhes pour cette barre. Vous y attachiez donc de l'importance?

BoiREAU. — Aucune. Cu'lait l'usage chez mon patron 5 j'ai cru que c'était aussi l'habitude chez les serruriers.

Brasch (François-Fortune'), apprenti serrurier chez Pierre, déclare qu'il a vu , le dimanche 25 juillet , deux messieurs qui demandaient une barre; ils ont pris de la craie pour marquer sur de la tôle ce qu'il fallait. Il a entendu le plus jeune dire au plus vieux : Tu vois bien que, de celte manière-là, ça ne [oiii ra pas aller j il faut que ce soit coudé de longueur.

Le preside>'t. — Qui est venu prendre cette barre ?

R. Le plus vieux.

D. A-t-il payé largement?

R. Je ne sais pas j il m'a donné dix sous.

M. Martin (du Nord). — Je demanderai àBoireau s'il a dit: ïu vois bien que ça n'ira pas.

BoiREAu. — Non , la déposition est fausse. Le témoin a dit dans sa déposition écrite : « L*un d'eux qui était le plus âgé a dit ; tu vois bien que ça n'ira pas comme ça. « Et maintenant c'est moi qu'il désigne.

Ramé (Jean-Alexandre) , apprenti serrurier, reconnaît Fie chi etBoireau. C'est lui qui est allé chercher le morceau de tôle. Il a entendu dire à ces messieurs que la barre était destinée à une fenêtre.

Le presidrnt. — Qui l'a dit ?

R. Je crois que c'est Fieschi.

M® Patllet. — Une barre de ce genre pouvait-elle servir à une croisée ?

Le TEMOIN. — Je présumais que ça pourrait servir pour mettre à la pierre d'appui.

B0URCIER , ouvrier serrurier , dépOvSe avoir fabriqué pour Fieschi une barre de fer (autre que la précédente), et à laquelle il a percé des trous. Ce fait est reconnu par Fieschi.

On introduit M. Levaillant. Il déclare se nommer Louis*- Marie-Alexandre Levaillant , président du tribunal d'Ancenis (Loire-Inférieure), membre de la chambre des députés. Il déclare connaître Pépin pour lui avoir rendu quelques ser» vices.

Le PRESIDENT. — Vous rappelcz-vous , monsieur , avoir as^ sisté h un dîner , vers le mois de février i855 , chez le sieur Pcpin ?

R. Oui ?

D. Pouvez-YOïis vous rappeler quelles étaient les personnes qui se trouvaient à ce diner , ainsi que les différentes circonstances qui s'y rattichent?

R. Je connaissais dans ce diner, MiM. Pépin etFauyeau. Quant aux autres, je ne les connaissais pas du tout. Je connaissais M. Pépin pour lui avoir rendu quelques petits services dont il me témoignait vraiment une reconnaissance exagérée. M. Pépin m^avait pressé à différentes fois de venir diner avec lui. Il vint un jour sous le prétexte de me payer des ports de pièces qu'il m'avait envoyées pour que je les remisse à un avocat à Nantes. Il s'excusa auprès de moi de ne m'avoir point offert ce remboursement plus tôt. Je lui répondis que je n'avais pas souvenir de ces pièces. Ce fut alors qu'il renouvelai ses instances pour m'avoir à diner. Je me rendis à ses pressantes sollicitations au jour dit. J'allai chez lui avec M. Fauveau. Je trouvai M. Pépin à mon arrivée un peu embarrassé. Je m'expliquai son embarras lorsqu'il m'apprit que le diner avait été renvoyé à un autre jour , et qu'il avait chargé ce dernier de m'en prévenir 3 ce qu'il avait oublié. Je lui dis que c'était un bien petit malheur , et qu'il fallait oublier ce diner. Il me répondit : Vous serez mal traité ; mais je vous en supplie , acceptez mon diner tel qu'il est; il ne sera pas tel que je me proposais de vous l'offrir.

Je ressortis pour une course , et il s'e'coula une heure lorsque je rentrai. Le diner était prêt^ ce fut alors que je vis des étrangers qui m'étaient absolument inconnus. Nous nous mîmes à table. Dire qu'il ne fut pas question de politique, ce serait chose impossible; je sais qu'on en parla d'une manière plus ou moins vague, plus ou moins positive ; mais de manière à ne blesser personne , de quelque opinion qu'il pût être. Je pose en fait qu'il n'en est pas qui aurait pu être blessé des opinions qui furent émiâes à ce diner.

Le président. — N'avez-vous rien de plus à dire ?

M. Levaillant. — J'ai lu dans les journaux que Fieschi me prêtait une réponse à une demande qui m'aurait été faite. Je parle ici bitn sincèrement : je n'ai pas d'intérêt à nier, et eussé'ie un intérêt , la GQur croira que je ne penserais qu'à dire U. ■vérité; mais encore une fois , tout en reconnaissant que la H^ ponse est celle que j'aurais dû faire à cette demande : « Qu'arriverait-il si le roi mourait. » Je dois déclarer que je n'ai pa«

fak la réponse qu'on nac prête ^ je l'aurais faite sans doute si on m'eût adressé la demande , attaché comme je le suis au gouvernement constitutionnel. Quant à cette autii? phrase : « Laissons bouilHr le mouton » je ne l'ai pas pu prononcer , elle est trop contraire à mes habitudes et un peu trop Tulgaire. Je dis donc enfin que 1» question ne m'a pas été faite , et que la réponse qu'on me prête n'a pas été faite par moi.

D. Vous rappelez-TGws que durant la conversation vous en seriez venu à porter un jugement sur tels ou tels de messieurs vos collègues?

R. Je sais vraiment gré aux journaux de m'avoir rappelé ce fait dont je ne m'étais pas souvenu. Je me rappelle qu'il m'est arrivé d'apprécier le mérite de qucl(|ues-uns de mes honorables collègues d'une manière qui est à p«u près celle qui a été rapportée , sauf que je n'ai pas dit que MM. Mauguin et OJilon Barrot n'étaient pas des travailleurs. Je ne pouvais me prononcer là-dessus 5 je n'ai pas eu occasion àe vivre avec ces messieurs dansr une assea grande intimité pour dire s^'ils travaillent ou ue travaillent pas,- j'ai du , si j'ai parlé d'eux , rendre justice , comme je le ferai toujours, à leur mérite, à leur capacité.

D. N'y avait-il pas à la table un homme âgé qui fit venir U conversation sur la chasse , sur l'art de bien tirer, sur son talent en ce genre ?

K. Cet individu était placé à l'extrémité de b table, et je me rappelle que sur la fin du repas on parla chasse, e^ on me signala ce particulier comme étant doué d'une adresse extraordinaire au tir du fusil ; mais cette adresse n'avait nullement pour objet un attentat quelconque : c'était un propos en i'air, c'était la conversation la plus insignifiante du monde , dans laquelle l'homme le plus attaché à nos institutions, le plus honnête patriote, n'aurait rien pu trouver qui pût blesser sessentimens.

D. Vous rappelés- TOUS exactement le nombre des convives ?

R. Oui , j'ai reeueiUi mes souvenirs. Voici quel était l'oi-dre du diner : à ma gauche se trouvait un médecin ( Recuit ) au^ tant que j'ai pu en juger à sa manieie de s'exprimer , sa con^ versation élait i^marquable par le ton de modération qui y régnait. Ce monsieur fut appelé vers la fin du diiter; et il ne

8o reparut plus. Après lui se trouvait M. Fauveau, puis le vieux monsieur signale' comme adroit à la chasse, c'est-à-diie M. Morey; puis, du côte oppose , M. Pépin, et enfin un monsieur qu'on a dit être avocat et se nommer Loclut , Lorc'lus ou Oremus. ;0n rit.)

D. N'avez- vous pas vu arriver une autre personne vers la fin du diner?

R, Non, monsieur, j'oserais affirmer qu'aucune personne n'est venue se placer à table.

D. N'avez- vous pas souvenance que celle personne avait seulement pris un verre de liqueur?'

R. Non , monsieur; à moins que cette personne ne soit arrivée au moment où nous partions 5 dans ce cas , elle aurait pu e'cliapper à mes regards; mais je suis bien sûr qu'elle n'a pas pris place à la table.

D. Cependant il paraît que cette personne a très bien entendu la conversation qui a été' tenue sur le compte de plusieurs députés ; il l'a rapportée exactement et n'a pu la deviner 5 la même personne a parlé de ce qu^on avait dit sur la chasse et sur la réputation d'excellent tireur de l'un des convives.

M. Martin (du Nord). — Il a dit également que Recnrt était sorti le premier du diner.

Pépin. — Je demande la parole.

M. Levaillaict, — C'est qu'apparemment on aura rendu compte à cette personne de ce qui s'est passé , et cette personne en aura ensuite déposé. Ce qu'il y a de sûr , c'est qu'à l'exception d'un mot que je n'ai pu dire, on m'a fait tenir un langage tel , que je pourrais l'avouer, un langage qui n'est en rien contraire à mes opinions , à mes principes. Vous comprenez donc que je n'ai^ pour ma part, aucun intérêt à démentir la présence de cette personne.

Le PRESIDENT , à Fieschi. - — Quelle était la place occupée par M. Levaillant ?

Fieschi. — Il était placé à droite de la cheminée. J'ajouterai , M. le président , que je ne suis arrivé au diner qu'en dernier lieu ; il était même possible qu'on fût déjà debout quand on a tenu le langage que j'ai rapporté touchant Sa Majesté; je crois même que déjà M. Recurt était sorti. Même que lorsqu'il fut dehors , M. Levaillant dit en parlant de lui : « Ce monsieur çr.usc très bien. » Je me rappelle très bien que ce fut alors

8i qu'il fut question , comme je vous l'ai dit , de MM. Odilon BaiTot , Salverte , Mauguin et Berryer.

M. Levaillant. — C'est presque au commencement dn repas qu'il a e'té question de cela.

Le PRESIDENT. — Fieschi, vous n'étiez pas arrive' au commencement du dîner.

Fieschi. — La cour est bien convaincue que j'e'tais au dîner.

N'est-ce pas, M. le président et la cour, que vous en êtes convaincus? Eh bien ! si j'avais été à la barrière du Trône, je n'aurais pas entendu ce qui se disait à la table de M. Pépin, bien sûr je n'ai pas invenié le mot de monsieur ; enfin n'importe. Il a dit que M, Salverte ne quittait pas son bureau; que pour le travail , M. Mauguin ne s'en inquiétait guère , qu'il était assez habile. Il a dit encore que M. Odilon Barot était, quoique ne travaillant guère^, toujours prêta répondre à toutes les questions. M. Levaillant parla encore de la ne'cessité de payer les députés. Il dit qu'un député , à Paris , ne pouvait vivre sans dépenser au moins 1 5 ou 20 fr. Il ajouta: « Mauguin , je crois , a fait là-dessus une proposition pour que les députés fussent payés. ^) Vous compienez que moi , là, je ne disais pas grand' chose, je sentais la couleur, je ne me voyais pas trop calé^ je ne pouvais faire le beau, ma position n'était pas brillante. Je ne me mêlais pas à la conversation. Je suis bien lâché que M. Levaillant ne se rappelle pas tout cela.

M. Levaillant. — H est de fait que je dis à ce diner que les fonctions de député étaient bien onéreuses pour ceux qui les remplissaient, qu'ils étaient obligés d'abandonner leurs affaires pour venir à Paris pendant la plus grande partie de l'annç'e à leurs frais.

Le PRESIDENT. — Fut- il question à ce diner de la réforme électorale?

M. Levaillant. — Oui , je me rappelle que quelqu'un se mit à dire qu'il était partisan du vote universel. Je répondis même à ce propos que le vote universel ne serait qu'un chaos, qu'une chose épouvantable. Oui , c'est un point que je me rappelle très bien , mais je suis sûr que l'homme que vous me représcnlpe n'a pas pris place à la tablcj s'il avait assisté à ce diner, ses traits et son langage ne me seraient pas plus échappés que le reste. Je ne me rappelais pas d'abord Morey; mais quand on me l'a montré je l'ai reconnu.

iiu 6

Im prewdent. — Je vous rappelle TOh-e première déposition. Vous avez dit : « Ce que vous tne dites me remet sur la voie; sans pouvoir affirmer qu'une deuxième personne soit venue au diner, je le crois. »

Me MARfË. — Ce que lit M. le président se rapporte à M. Lorelut.

Le piresideht, vivement. — C'est vrai, ]e me trompais.

M. Levaillant. — Ce que je vous ai affirmé, monsieur, je Fai fait avec la siucérité d'un homme d'honneur qui dit la vérité, mais auquel pourtant la me'moire peut manquer.

Le PRESIDENT. — Auriez-VGus dit à ce dernier que vous n'an'aviez accepte' la députation que pour empêcher un caHwte d'être nommd?

M. LEVAiLtAîYT. — Je ne pas dit cela; j'ai dit que la députation ne laissait pas que de m'être fort onéreuse, à moi qui n'ûi aucune ambition, qui ne désire, ne demande et n'obtiendrai rien , à moi qui n'accepterais rien. J'ai dit que je ne m'étais décidé à accepter que parce que, comme j'avais dit à mes amis que je n'accepterais plus, on craignait que les voix né »e divisassent et qu'il en résultât une élection qui ne convrnt pas au pays. Je n'ai parlé ni de carliste, ni de rien. Voilà quelle a été l'expression de ma pensée; elle est bien connue dans mon département.

Le PRÉsmENT. ' — Pouriez-vous donner une description de l'appartement de Pépin ?

M. Levaïlxant. — J'y mettais le pied pour la première fois, et cette fois esftde trop.

PEPm. — Fieschi, lorsque cédant à ses prières, je lui donnais ' hospitalité , couchait dans la pièce à côté de la salle à manj^r.

Le président. — Mais vous reconnaissez bien que Fieschî est arrivé à la fin du diner?

pEPm. — J'ai remis mes idées, ét^je ne me rappelle pa« qu'il y sort venu.

Xê pPvEStdent. — Voilà ce que vous avez répondu ; « Fieschi n/a trompéj il a exploité mon bon cœur, il a sali ma maison, le scélérat^ et jamais je ne pourrai la nettoyer; pour mon malliour, il a mangé chez moi, à ma table, le jour ou M. Levai'lantest venu. Personne ne l'avait invité; mais il se glisse partout, il est ellronté comme un page. »

Pépin. — J'ai recueilli mes souvenirs, et j'ai été depuis con- \aincu qu'il n'y a pas Jiné.

Le PRÉSIDENT. — Fîeschi, qu'avez-vous à dlir?

FiESCHi. ^- Que vouJez-vQUS c|uç je dise? Peut-être que Pépin a eu la tête tiavaillëe comme la mienne; peut-être que c'est à lui qu'on aôtë vingt-quatre morceaux d'os. Mci pourtant, qui ai vu la chose, je ne bats pps U brelçquej je suis sûr ciue j'y étais, que l'on a parlé d'élections générales, et que M. Levaillant p'étaitp^s d'accord fiveç Pépin, c[ui voulait lui le suffrage universei.

M. I4BY AILLANT, — Je ne pourrais dire quelle est la personne qui a parlé du suffrage universel. Tout cç que je sais bien, c'ûst que j'ai répo^4^ qu© cela p^amènerait que désordre et angr-

M« Dupont. — Fieschi a soutenu qu'il avait assisté à tout ce dîner et non pas à la fin, il décjare dans son interrogatoire qu'on s'est mis à table à cinq heures. Voilà sa véracité.

M. Levaillant. — Je puis attester qu'on n'a commencé à diner que vers sept heures. On devait commencer à cinq heures, ipais M. Pépin ayant donné contre-ordre, il y eut un retard.

IjB PRÉsiD^xT^ désignant Morey. ■ — Regardez cet homme dans le coin, le reconnaissez-vous?

M. t,EV4TLL4NT| rr- Qfii, c'est Morey, je l'ai reconnu lors de notre eonfroptation; je p'ai pas reconiiu Fieschi, et cependant fi je l'avais vu à cediiier je l'aurai^ raconnu aussi. Je n'ai aucua jintérêt ù dé^'uiser la vérité, l'aurfi^pu Hve entraîné par une fatalité ^ .dif^er aypc li^i.

Le PR^JipEiîT. — Ce n'^stpas du tout un reproche que la cour you^ fajt.

]\l" Ma^i^. — Fiesphi n'a pas lui-même reconnu M. Levaillant à la première controntation.

L'^qdieppe est Içy^e à cinq bepres et demie.

JlfEUVIÈME AUDIEIIJCÈ.— 7 FÉvaXEA 1836.

Sommaire. — [Boireau. — Dyonnef. — Suireau père. — Sidr eau fils. — Nouvelle rèi'élation de Boireau.

A midi un quart les accusés sont introduits.

A midi et demi la cour entre en audience.

M. le greffier en chef procède à l'appel^nominal de MM. les pairs.

Le PREsmENT. — Faites avancer les témo'ns de Poncharrat et Lepage. (Les deux témoins s'avancent à la barre.)

Donnez lecture du procès-verbal dressé par eux.

M. Gaucliy, greffier en chef, donne lecture du procès-verbal.

« L'an i856, le 6 février, devant nous, Prosper Zangiacomî, juge d'instruction, délégué par ordonnance de M. le président de la cour des pairs;

)) Sont comparus M. Dup^ontdePonlcharrat, lieutenant-colonel d'artillerie , et M. Henri Lepage , arquebusier, lesquels après avoir prêté à l'audience de ce jour, devant la cour, le serment voulu par la loi, se sont livrés aux opérations suivantes :

)) ïo Examen de la poudre extraite des canons n^s i et 2,

M Cette poudre , rapprochée de celle saisie chez Morey, s'est trouvée de la même qualité que celle i<* delà poudrière en cuivre bronzé saisie chez Morey; 2<* que celle saisie sur l'accusa yiesçhi au m^oment de son arrestation , elle est du même grain, de la même qualité, elle n'offre peut-être pas à l'aspect la même couleur que celle extraite des canons , mais cette différence s'explique par la pression qu'elle a reçu dans le canon au comanencement de la charge ;

« 20 Examen de la quantité de poudre extraite des deux canons ci-dessus indiqués :

« Chacune des deux charges ont été retirées du paquet cacheté qui les contenait , et placées successivement dans le récipient de la poudrière servant de mesure à la charge. Placé à son degré le plus élevé, ce récipient s'est trouvé contenir exaciement chacune de ces deux charges 3

» 5** Examen et comparaison des balles extraites de la fosse

d'aisance de la maison occupe'e par Fieschi avec d'autres projeclilcs :

» Ces balles sont i^ beaucoup plus petites que celles saisies sur l'indication delà fille Lassave dans une haie près de la barrière Montreuil , 20 que celles extraites des canons, 3o que celles retirées du corps du colonel B.ieussec, 4.^ que celles saisies sur l'accusé Morey.

» Elles n'ont été coulées dans aucun des moules saisis chez Morey, elles l'ont été dans un moule en mauvais état qui évidemment n'est pas représenté,

» De laquelle opération nous avons dressé le présent procès verbal, qui a été s'gné par nous, le greiller et les experts.

)) Nous annexons au présent procès-verbal les traces faites sur un papier avec les diverses poudres saisies, pour établir les rapports existant entre la poudre extraite des nos 1 et 2, et celles saisies sur Morey et sur Fieschi ?

Le PRESIDENT. — MM. les experts ont- ils quelque chose à ajouter à leur procès-verbal ?

R. Non, M. le président.

D. Les accusés ont-ils des observations à faire sur le procèsverbal des experts?

M® Dupont. — Je demanderai aux experts si la poudrequ'ils ont examinée n'est pas celle qui se vend ordinairement dans le commerce? Cinq à six cents individus ne peuvent -ils pas en avoir de semblable?

M. Lepage. — C'est très possible : mais il y a trois SQi'tes de poudre : la poudre royale qui Se venu ûu kilogramme dans des boîtes de fer-blanc , il y a la poudre royale qui se vend enrour* leaux d'un demi-kilogramme , et la poudre ovuiuûlre ^^^^ ^Ç vend en division de quarteron et de demi-qu.T;leron,

Me Dupont. — Je demanderai si toutes les poires à poudre de chasse n'ont pas Ud couvercle contenant une mesure ab';clument identique? Les charges de poudre ne sont-elles pas graduées toutes de la même manière? Je demande encore si le même modèle de poires à poudre ne se vend pas en grande quantité.

M. Lepag£. — Les poudrières de chasse ordinaire ont toutes des charges graduées. Celle-ci a une charge extraordinaire,

Ô6 car elle est d'un gi'os et demi, et on ne met jamais une pareille cLarge dans un fusil de chasse. Celle-ci n'est pas graduée en grains selon rorditiaitê , de 45 grains à 70 ou ^5 pour les plus fortes; elle â seulement 5 degœ's, 1,2, 5 , et la charge n« 3 contient bien plus de ^5 grains, puisqu'elle est d'un gros et demi. Cette charge n'' 5 de la poire 5 poudre saisie est exacte* ment celle que nous avons trouvée dans les paquets scellés et Soumis h notre examen.

Lï PRESIDENT. *-- Ainsi ^n ne rencontre pas ôi^dinairement celte forte mesure?

M. Lepage. — On ne l'emploie que pour tirer loin.

Le PRESIDENT. — Est-ce de cette charge n*> 5 que l'on se sert pour tirer au prix ?

M. Lepage. — Les fusils dont on se sert pour tirer au prix ne reçoivent pas une charge aussi considérable.

M® Dupont (après avoir considéré la poire à poudre). — Je ne suis pas un grand chasseur , mais j'ai chez moi une poudrière qui me paraît être semblable à celle-ci: c'est une poudrière qui se couche (dite poudrièi-c à grenouille), et elle me paraît graduée de la même façon. Il y en a un grand nombre de ce genre-là. Je demande si les poudrières courbées comme celles-ci ne sont pas ainsi gradiiées i, 2,3?

M. Lepagb. — Ces poudrières , comme les poires à pompe, ou autres, sont graduées ordinairement de 4« à 70 grains. Celle-ci tient à son n» 5, un gros et demi ; c'est un maximum rare et qui est exactement le même que la charge des canons qui ont été sciés.

MoREY. — Pour tirer au prix 00 m se sert pas de poudrière gi-adaée : ce ne serait p*s assez sér. On a sa mesui'e, séparée de la poire, qu^on remplit «xaeteraent.

M. Lepage. — .C'e^t vrai; auti'ement ils ne seraient pas asseg sûrs de leur charge.

M. Martin (du Nord). — Ain^j les tire^f-ss^ servent de cartouches toL\tes faites , dans lesqqellps la çh^y^p e^ toujours préparée à l'avance.

t^ PRESIDENT. — Non, cc n'cst ps cela , les tireurs ne se servent pas de la mesure inhérente â la poire à poudre. Us ont une mesure détachée qu'ils remplissent avec soin et toujours de la même manière. C'est ainsi qu'étaient faites toutes les poires il y a cinquante ans.

Martin (du Notd). — l'Ion observation n'en subsiste pas inoio«. Elle porte sur ce qu'H y a de remarquable d»fi« celte ccnnckiiDce entre la charge extrïiordinaire de la poire h fondre de Morey, et la charge trouvée daus les canons qui «e sont pas pailis.

M« DupowT. — Je demanderai ^ MM. de Poncharrat et Levage, qui ofit cxaittin^ ta machine, s il est aise d'échanger avec une certaine rapidité le plan d'inclinaison de l'a machine.

M. DE PoNCHAMAT. -- Ce Serait très difficile; il fartJrait un peu de temps. li faut desserrer et resserrer lesécrous qui permettent d'élever ou d'abaisser la txrrre de bois qui sootient les cuiaâses. Cette opérartion crst kwigue, et ne pewt s'e^técuter avec *a facilité que donnerait par csempJe «ne vis de rappel et ôe pressi<>n qui ferait monter on descendre à volonté. Il faEwlrait deux ouvriers on un seul prenant beaucoup de précautions.

M. Lepage. — En ne dessen'arrt que fnn des écrous eu ferait seulement baisser la raadiine d'un seul côté.

FiEscHi (aprè^ avoir examiné la poire à poudre). — Ce n'est pas là la poire qiri a cfeaigé les canons-.

M^ Dupont. — Yoiis voyez donc bien qu'il est terrible de tirer de» inductions de l'identité de fa charge die la poire «t de la cbai'ge dies canous.

Lk PuésiDEirr. — On ne tire pas de conciusions: les téiHoin&s, les experts, constatent wn feiit, cl voih\ tout,

FiEscni. — La poire qui a servi à charger les canota^j était un peu pius grandfe, elle était e» enivre, cl elle étaât plus Lirge d«i bas, et la mesure u'étatit pas percée en dessous.

M® DupozîT adresse plusLeins questixwis sur l'incHnaison p4«s o» moins grande des canoas. Il ré>«ulitedes explicatitMas doimées suree point par des eif>eiii*que la majocilé d«« coups devaient arriver h b ceintnrre d^homunes il clke^ai.

Lk l'ursiDE^T. • — • Les canons étant tous chargés d'une ejoanlilé ccmsHléraWede pcoJEcliles^we/deNwit-il pa.s y avoir un ^and écartement, use c^vcegenee^ les iMk» ue devaieoilHiU pais allkr plus haut, les autres plus bas?

M. LEXjkG<E, — Oui, moasiwwar, d'aulaont plus que Ws^ciWions éfaient mal cbaa'gés'.

M. DE PoNciiAuuAT. — D'ail Itiwrslai <i«9lou»lion des iHTcmicrs coups ayaimit occasioaié uiiiébr»nlement général de la madwaïc a dû déranger les autres ca«o«tf d'une mainièrc iucalcu'able.

M®. Dupont. — Au moment de l'explosion, il y a eu des canons dérangés dont l'effet est inconnu. Mais prenions les canons dans l'état où ils sont maintenant. Pensez-vous que les canons devaient porter à hauteur d'homme ?

FiESCHi. — Je parle ici à la cour. Il y a peut-être ici des titeurs qui ontchassé dans les étangs. Je vais poser celte question j du moins pour moi c'est un principe. Supposons que là où est M. le président, soit un canard dans l'eau, (On rit.) Je suis fâché de n'avoir pas dit un autre gibier. (On rit encore.) Je fais mes excuses à la cour pour mes mots. Je tire donc à la place ouest M. le président. Si mon fusil est chargea plorab, je nejtire pas sur l'endroit même, je tire un peu en avant, pour que ma traînée de plomb arrive en ricochant au gibier j si c'est une balle, de même; car on sait que les balles font une courbe. Si j'avais donc dirigé mes canons de l'autre côté de la chaussée, les balles par la courbe seraient arrivées de l'autre côté du boulevart. C'est que j'avais avec Morey, dirigé autrement les canons ; et comme les écrous de la machine étaient graissés , je n'avais qu'à tourner et pouvais avec peu d'embarras baisser et hausser. .

M^. Dupont. — Je voudrais adresser à Fieschi quelques questions relativement à la conception de la machine de guerre dont il vous a parlé : je lui demanderai si dans le plan , la place des canons et la forme de la machine étaient les mêmes que dans celle-ci.

FiESCHi. — Je n'avais pas fiait un modèle de la machine de guerre , je l'avais conçue seulement, je voulais mettre trente fusils par étage. Mais j'en avais inventé une autre que je ne décrirai pas, j'en donnerai l'idée à la cour quand elle voudra en particulier. J'avais placé au milieu des canons une pièce. Un seul homme pouvait faire partir les qutre-vingt-dix fusils et la pièce.

M**. Dupont. —Je demanderai à l'accusé si ces quatre-vingtdix canons disposés en étage devaient être placés sur une pièce de bois comme celle-ci.

Fieschi. — Je ne pouvais placer tous ces fusils sur le mêiKC rang; ils ctaicpt sur trois rangs. Si la cour désire un modèle, je le ferai. (On rit.) J'attendrai ses ordres,

M«. Dupont.— Je demande comment Fseschi aurait pu tirer ces canons sur l'ennemi, et les recharger ensuite.

î'iESCHi. — C elait une rnachine qui ne devait pas être rechargée, c'est comme une mine où on met le feu dans un moment désespéré.

M« Dupont. — Je veux constater le fait de savoir si la première pensée de la machine a été une pensée de guerre ou une pensée d'assassinat. Je veux donc constater si la prétendue machine pouvait être une machine de guerre. Si c'était une machine de guerre, elle devait pouvoir être rechargée après avoir été déchargée.

(M. Dyonnet , ancien commissaire de police, est introduit. — Marques d'attention et de curiosité.)

Le PRESIDENT. —Le 27 juillet i835, la veille de l'attentat, n'avcz-vou3 pas, étant commissaire de police du quartier de la Chaussée-d'Antin , reçu des rcnseignemens sur une machine infernale qui devait être dirigée contre le roi pendant la revue qui aurait lieu le lendemain?

M. Dyonnet. — Oui, monsieur, le 27 juillet au soir, veille de l'attentat , je me trouvais à la répétition générale de Vile des Pirales f à l'Opéra. On vint me dire qu'une personne qui n'avait pas voulu monter au théâtre désirait me parler du côté de la rue Grange-Batelière. Je descendis, et sous la voûte je trouvai M. Suireau , lampiste , Loulevart Montmartre , n° 16. Il me dit qu'il avait à me faire des révélations de la plus haute importance. Je lui offris d'aller chez lui , il s'y refusa , et préféra venir chez moi. Nous entrâmes dans mon bureau. Je recommandai à mon secrétaire de ne pas sortir. Nous passâmes dans mon cabinet, et M- Suireau ferma lui-même la porte : il me dit qu'il désirait ne pas être nommé 5 il avait de la peine à s'expliquer, tant était vive son émotion. Elle était telle , qu'il m'était impossible d'écrire constamment sous sa dictée. Je fis un brouillon , je pris des notes à mesure qu'il parlait. Je lui donnai ensuite lecture de ces notes , qu'il reconnut véritables. Voici quel était en substance le contenu de ces notes :

Il me dit que le lendemain , jour de la revue, on devait attenter aux jours de S. M. sur le boulevart ) qu'on avait , à la hauteur de l'Ambigu, fait préparer et placer une machine infernale qui devait faiie feu au passage du roi ; que cette machine était faite par un évadé du bagne ou par un forçai libéré, homme très ingcniaai, auquel on avait promis beaucoup d'argent. M. Suireau ajouta qu'il présumait qu'il s'agissait de

souterrains dan* lesquels on aurait placé des tonneaux de poudre. Cette supposition ne nae paraissait pas croyable , l'action de placer des tonneaux de poudre dans un souterrain n'exigeant pas la coopération d'un habile mécanicien. Mais je ne devais rien négliger de ce qu'on me disait, et il était de mon devoir de rapporter jusqu'aux réflexions les plus iuMgnifiantes.

M« Suireau me dit qu'il tenait ces détails de sa si rvante et de son fils, qui était placé comme commis chez M. Vernert , lampiste j que son fds tenait ces renseigneraens d'un ouvrier qui travaillait seul dans un atelier de M. Vernert, au n° 3:^ de la rue Neuve-des-Petits-Champs ; que cet ouvrier était un républicain, arrêté dans les émeutes de iB54 , et qui avait déjà subi quelques mois de détention • qu'il avait reçu plusieurs visites dans la journée , et que l'une des personnes lui avait bien recommandé de se trouver au rendea-vous du soir et à celui du lendemain.

Il ajouta que cet ouvrier avait autorisé son fils à lui dire de ne pas aller à la revue 5 et qu'il avait dit enfin que s'il arrivait un malheur , il devait s'attendre à périr de la main des conjurés, parce qu'il était, lui , le seul qui iiii en dehors de la conjuration.

Gomme M. Suireau ne faisait connaître ni ce nom, ni la demeure de l'ouvrier , je demandai où était son fils; il me dit qu'il n'avait pas vu son fils de la journée; mais qu'il rentrerait à onze heures du soir , attendu qu'il ne découchait jamais; et que je pourrais obtenir quelques renscignemens au magasin de la rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 5i , succursale du n° 2^ , inhabitée , personne n'y couchant ordinairement. Il fut convenu qu'aussitôt après l'arrivée de son fils il m'en instruirait.

Je voulais écrire à M. le préfet de police; mais j'avais besoin pour compléter mon rapport d'attendre les nouveaux renseignemens donnés par M. Suireau père. J'attendis donc avec beaucoup d'impatience; mais vers onze heures un quart ne voyant personne , je commençai une lettre en forRre d'avis; on m'apporta alors un petit billet, oi!i M. Suireau père disait que son fils n'était pas rentré. J'ai rédigé si précipitamment mon rapport, que le commencement €st la première personne du singulier yV ; et la suite au pluriel mus.

J'attendis les ordres de M. le préfet , ne doutant point qu'il

ne m'appelait dans sot) cabinet pour lui donner d'autres renseignemens» J'attendis toute la nuit.

Le lendemain au point du jour étant malade , je lus obligé de me jeter sur mon lit pour quelques instans. J'y élais à peine que des agens arrivèrent. Nous nous dirigeâmes de suite sur le boulevard, je ïes laissai un peu à Técart. Je fis lever le père Suireau; il me dit que son fils n'ëtait pas rentré, qu'il avait peut-être couché au magasin. — ■ Envoyez -le chercher sur-lechamp. — La demoiselle de comptoir est partie pour aller îe chercher. Je me rendis au coin de la lUe Grange-Batelière : je vis revenir la demoiselle de comptoir. Quelques instans après Suireau père arriva avec celte note : yictor Bôircau^ né à La Flèche^ avec le sigiwlemcnt , mais point de demeure. Suireau médit qu'il fallait s'informer chez Mr-Vernert , lampiste. L'officier de paix fut envoyé chez M. Vernert , rue Neuvc-des Petits-Champs. M. Vernert répondit que Boireau demeurait du côté de la rue Saint-Denis, mais qu'il n'en «avait pas davantage. Je dis à l'ofTicier de paix qu'il fallait aller chez la mcie des ferblantiers ou chez d'autres maîtres lampistes.

Je rentrai chez moi pour me reposer quelques instans; vers huit heures ou huit heures et demie, j'envoyai chercher un cabriolet, et me rendis à la préieclure de police. Je trouvai M. le préfet se rasant dans sa chambre. Il me dit qu'il trouvait la révélation un peu singulière , surtout l'article relatif au souterrain, puisqu'il s'agissait d'un travail fait par un mécanicien habile. Je répondis que j'avais rédigé moi-même sous la dictée du révélateur, mais que celui-ci paraissait de très bonne foi , et qu'il paiaissait si ému en racontant les fa'its que j'étais convaincu moi-même. M. le préfet dit : Au surplus j'ai ordonné de surveiller du côté de TAmbigu et du boulevard du Temple. En effet, les mesures avaient été multipliées, il y avait quantité d'agens au café Périnet et dans les autres lieux publics. Mais pendant qu'on exerçait une surveillance aussi active au rci-dechaussée, le grenier de Fieschi échappa aux observations. Quand les événemcns doivent «'accomplir, toutes les précautions des hommes sont superflues. ( Mouvemcus divers.)

Je revins sur les boulevaidsi et m'anêUi au boulevard des italiens vers onze heures et demie. J'appi'is que 1^1. Suireau qui était du 1^' bataillon de la a^ légiou placée sur le boulevard Montmartre, avait dit à plusifjuis d«;^ garUcs ua,U<^juauK de sa

compagnie qu'il était étonné qu'on n'eût pas changé Tordre de la revue; qn'on n'aurait pas dii la prolonger plus loin que le quartier Saint-Martin ; qu'on n'avait pas fait assez de cas de ses révélations.

Quand l'événement fut arrivé , il ne garda plus guère de mesures; il tonna contre la police , et prétendit qu'il en avait déclaré beaucoup pins qu'il ne m'en avait dit.

J'étais d'autant plus affligé que M. Suireau tînt ce langage, qu'il avait à se reprocher de la négligence. Il avait su la veille de très-honne heure que Boireau était celui qui avait fait des révélations à son fils, et il n'avait pas fait assez lot ses démarches j je n'avais été instruit qu'à dix heures du soir.

On imputait à la police beaucoup de négligence; je me rendis à la commission (le surveillance de l'Opéra pour régler le service de la représentation gratis. Les personnes que j'y trouvai me rendirent compte des propos tenus sur le boulevart , et firent à leur tour des plaintes contre la police , qui , suivant elles, n'avait pas fait son devoir. Je dis ; Messieurs, M. Suireau m'a fait quelques révélations , mais elles étaient tellement vagues et si tardives qu'il n'y a pas moyen de prévenir l'attentat : j'étais avec vous hier au soir; vous savez que quelqu'un est venu me demander à dix heures; eh bien ! c'était M. Suireau père qui me faisait demander , et j'ai sur-le-champ averti l® préfet. Cela n'empêcha pas de déclamer contre la police, que l'on accuse toujours d'être mal renseignée. Je me retirai chez moi, et j'eus la douleur de voir les jours suivans les journaux attaquer M. le préfet, et il en résulta pour moi-même de bien grands désagrémens que je n'avais pas mérités.

Me. Paillet. — Le témoin déclare que Suireau père ne s'expliqua pas sur la nature des préparatifs, mais qu'il supposait que c'était une machine infernale. Voici ce qu'il a dit dans son rapport au préfet :

« L'homme qui a travaillé à la machine infernale dont il s'agit y a, dit-on, mis beaucoup de temps; c'est un évadé des bagnes ou forçat libéré; on le dit très ingénieux.

» L'ouvrier est un républicain qui a déjà été arrêté , et qui a subi quelques mois de prison ; il est petit et blond , bien vêtu , mais on n'a pu nous dire ni sou nom , ni sa demeure , ni même le numéro de M. Vernert.

» Le forçat a beaucoup d'argent. Nous n'ayons pu en savoir davantage. »

Cependant la note dictée par M. Suireau père contient ce passage :

« Cet ouvrier, qui est seul , ou second . dans l'alclierdu n°5i , est un républicain qui a déjà subi plusieurs mois de prison 5 il a de l'argent, il en reçoit de gens riches.

» Il a fait confidence à un commis de la maison que demain lors de la revue du roi sur les boulevarts , à la hauteur de l'Ambigu-Comique 5 il y aurait explosion d'une seconde machine infernale. On croit que depuis quelque temps (par quelque cave) on a pratiqué un souterrain dans lequel on a placé de lapoudre à laquelle serait mis le feu lors du passage du roi. ))

Ainsi il s'agissait bien évidemment d'un souterrain prati» que.

M. MARTm (du Nord.)— Suireau père a-t-il parlé positivement d'une machine infernale.

M. DvoNNET. — Je n'ai mis cela dans la note que comme conjecture , c'es ainsi qu'il m'en a parlé.

M® Paillet. — On voit cependant dans la note que j'ai lue deux choses distinctes : d'un côté une machine infernale ; de l'autre des barils de poudre placés dans un souterrain.

M, Dyoîcnet. — La dernière était conjecturale.

Mademoiselle Emilie Bertrand, fille de boutique chez M. Suireau père , dépose :

Le fils de M. Suireau est venu le 27 juUlet vers trois heures me prier de prévenir son père, et de lui dire de ne point aller à la revue le lendemain , parce qu'il devait y avoir quelque chose. Un ouvrier travaillant dans la maison où le fils Suireau est commis lui avait dit qu'il devait y avoir sur leboulevart une machine infernale j que c'était un forçat qui faisait la machine, qu'ils étaient sûrs de leur affaire , et qu'ils ne manqueraient pas d'argent.

Le président. — Vous n'avez pas quelque autre circonstance

à révéler?

R. L'ouvrier lui a dit après cela qu'ils devaient sortir de l'atelier à sept heures pour aller faire la répétition de leur affaire.

D. Suireau père n'était pas présent quand son fils est venu?

R, Non , monsieur.

D. C'est à vous qu'il a fait cette confidence? C'était sans dputç îiyee ordre de ia transmettre h son père ?

R. Oui, monsieur.

D. Vous a-t-U dijL cpmmeot cet ouvrier lui av^ij faU ujpe telle Qoi>fiden<çe?

R. Il ne m'a pas douné d'autres détails.

J). Quant aye?i-vpus dit cçla à Suirçau père?

R. A cinq heures du soir, quand il est reptré,

D, Savez- vous qe que ^J. §»ire3n pèrf ^ feitpav §Wte de cet avis?

R. Aussitôt après SPU di^^r U ç^t SQrti j il e§t resté debor^ jusqu'à dix heures , çt il n^ pas dit ce qu'il avgit fait.

D. Le fils Suireau est-il venu diner ce jour-là chez sqi) per^ •

R. Non , monsieur.

p. téie tils Suireau çoi^c^ifûtril qrdioairemeut çl^ez spn père?

R. Non , monsieur, il couchait alors c^pz M Vero^rt,

J), A quelle éppque Suire3;U père art-il revu son fils ?

R. Le lendemain majip j c'est WQ* q^^i suis allée le cjierçher,

p. Y *yait-il qf^plqu'un ?

R. Il y ^VAÎt l'homi^e de p^?ie 4e ]^. Yierp^ert , qi^i attendait la clef pour ouvrir le magasin j il est arrivé aussitôt que moi.

p. Avje/,TVOus vu Suireau caiiser avec un autre ouvrier ou employé?

R. Noi? . fla^Qo^çM^j parce qu'il est venu de suite chez son

D. Etes- vous parfaitement sûre q\ie Suire^iu vous ait dit que l'ouvf ier lui avait fait confidence qu'ils devaient ce solv-Va/àire une répétition ^e l^i^r f^fi\r^?

R. Oui, ujonsieur.

p. Suireau i^il^ est-^ r^t,é Ippg-teiwps ch^ SQO père?

R. J'étais allée le chercher à six heures du jn^atinj il e§t resté jusqu'à aeuf heures.

D. Avant qu'il soit sorti de là est-il venu quel,qu'un lui parle»'?

D. Oui , monsieur. Suireau , aprè3 a^voû' p9f'l,é \ cette personne, est venu dire à son père qu'il venait de parler à l'ouvrier. Celui-ci loii avait annoncé qv'Us étaiçp/t pli^s qi^jC ^ùr^s de

leur affaire , et qu'il fallait que M. Suireau pèi'e ne de'passâtpas le boulevard de l'Ambigu , par<îe que c'était sur le boulevard du Temple que l'affaire devait avoir lieu.

D. Vous a-t-il dit le nom <ie l'ouTrier?

R. Non, monsieur.

D. Reconcrai8»e2-^ous Boireau pour celui qui est veou vert huit heures du matio parler à Suii'eau fils chez son père ?

R. Oui , monsieur.

D. Où luia-t-il parlé?

R. Sur le pas de la porte eu magasin.

D. A-t-il déclaré qu'ils avaient fait la veille la répétition de leur affaire ?

R. Non , monsieur.

D. Avait- il drt la veille en quoi cette répétition pouvait consister?

R. Non , man«Jear. Suireau fils ne m'a pas donné d'autres détails que oeux-là.

M* Paillft. — Le témoin est-il toujours au service de M. Suireau père ?

Mlle BfiRTRiîfDi — €Hii, monsieur.

M" Paiixet, — Le témoin parle pour la première fois de cet3te circoustanee , d'une répe'tition que les conjurés avaient dû faii^ la veille.

Mlle Bertrand. — Je l'ai dédaré dans une première déposition ; cela aurait dw être écrit,

M* Paili.et. — La premièije dé|)Oftition est co mplètemeHJt muette sur ce point.

Boireau. — Comment le témoin aurait-il pu mç vçirsur le pas de la porte de l'endroit où il était ?

MUc BtRTBAW). — Je vous ai vu en face de la porte du magasin.

Boireau. — C'est bien difficile.

M. LE PRÉsiPBNT. — Vous-même ne niefs pas gue ^'oqs ^te$ allé voir Suireau.

BoiiiEAu. — C'est pour faii*c voir la fausseté et le mensonge du témoin .

M. SviRRAU père , marchand de bronzes , boulevard Montmartre, dépose : Je ne connais aucun des accusés.

Le presidwt. — Racontez les confidences qui vous ont été faites ; et quelles en ont été les suites.

M. SuiREAU. — J'ai appris à cinq heures du soir, en rentrant chez moi , que mon fils était venu dire à ma fille de boutique qu'il m'avertissait de ne point aller à la revue, parce qu'il devait y avoir du bruit. Un ouvrier de l'atelier, rue Neuve-des- Petits-Champs, succursale de la maison où mon fils est commis, avait reçu dans la journe'e un certain nombre de visites j cela avait donné à mon fils des soupçons , parce que dans une autre occasion cet ouvrier avait déjà été arrêté j il lui dit : Est-ce qu'il doit y avoir quelque chose? L'ouvrier se pinça les lèvres et répondit : Oui , il y aura quelque choie demain. Cela donna de la curiosité à mon fils. Il fit des questions à l'ouvrier. L'ouvrier répondit : Demain il y aura quelque chose à la revue ; une machine infernale habilement combinée sera placée sur le passage du roi. Nous sommes sûrs de notre affaire, la machine a été faite par un homme qui ne manquera pas son coup j c'est un forçat ou un galérien. (Je ne sais pas au juste de quelle expression on s'est servi.) Il offre les plus grandes garanties, les meilleures sûretés, il est très adroit dans ce genre d'affaires.

Plus tard il vint un individu qui, en s'en allant , dit à l'ouvrier : Ne manquez pas à sept heures ce soir. Mon fils demanda ce que cela voulait dire. L'ouvrier répondit ; Nous devons passer à cheval à l'endroit , au pas, au trop et au galop; mais il ne répondit pas positivement ce qu'on devait faire à cheval. L^ouvrier ajouta : C'est un épicier qui nous fournit le cheval , et dans le cas où il ne serait pas à son écurie , il a donné la clé pour qu'on puisse l'avoir ; je monterai à cheval ce soir à sept heui'cs.

Après avoir reçu ces renseignemens-là , j'ai commencé à cinq heures et demie à faire quelques réflexions, et pensé qu'il fallait faire des démarches chez un commissaire de police. Je m'étais flatté de pouvoir donner ces renseignemens confidentiellementt et me mettre à l'abri de toutes les choses pénibles qui me son, arrivées depuis.

^*^e ne fus pas heureux chez M. Marigues , mon ancien commissaire de police. Il n'y était pas. Son greffier me remettait sans cesse au lendemain , en disant encore que M. Marigues ne. pourrait me parler qu'après la revue. Je dis : Mais après la revue il ne sera plus temps. Le greffier me dit : Puisque vous

ne pouvez pas le voir maintenant , allez chez votre comniissaiie de police actuel. J'allai chez M. Dyonnet, qui était aussi absent. Je ne fus guère mieux accueilli. Je ne me plaindrai pas du greffier, mais d'un autre individu qui , api es mes demandes re'itérées, et presque force', m'accompagna jusqu'à l'Opcra , où je rencontrai M. Dyonnet.

M. Dyonnet (je dois lui rendre cette justice) m'écoula avec toute l'attention désirable. Il m'engagea à venir chez lui, et il prit des notes. Je dois vous avouer que c'e'tait surtout à l'occasion de mon fils que je ne voulais pas faire connaître ma de'marche. Je craignais que quelque indiscrétion ne le compromît, et j'étais dans l'appréhension des menaces fa i les par ]es conjurés. Cela m'engageait à beaucoup de circonspection.

Je dis cependant an commissaire de police ce que je savais , et je lui dis aussi qu'un homme bien vêtu était venu pendant la journée parler à cet ouvrier.

J'avais promis d'avertir le commissaire de police aussitôt que je verrais mon fils, mais il ne vint pas , ce qui m'étonna , puisque j'avais dit tout ce que je savais , excepté qu il y avait une corde et une traînée de poudre; cette circonstance m'avait échappé. Je me tins à la disposition de l'autorité jusqu'à quatre heures et demie. Je me jetai enfin sur mon lit jusqu'à cinq heures et demie. A six heures moins un quart , M. Dyonnet vint me demander si je n'avais pas vu mon fils. parce que M. le préfet de police attachait la plus grande importance à obtenir des reuseignemens.

Mon fils, que j'envoyai chercher, arriva et confirma tout ce «jui m'avait été dit la veille. A huit heures, pendant que j'étais à m'habiller, mademoiselle Bertrand m'appela et me dit : Voilà Boireau qui parle à votre fils. J'ai vu Boireau s'en aller. Je demandai à mon fils ce qui iui avait été dit. Boireau avait dit : Noua sommes sûrs de notre affaire. Il lui avait demandé s'il ne m'avait rien dit, et ajouta : Ne parlez à qui que ce soit de cv. que je vous ai fait connaître, car la veille les conjurés or.l juié sur leur tête qu'ils n'en avaient parlé à personne j et ii la chose était découverte, on s'en prendrait à vous. Il me dit aussi que Boireau lui avait donné 20 sous en le chargeant d'acheter un quarteron de poudre j je lui dis qu'il pouvait l'acheter, mais lui recommandai très expressément de ne porter la poudre qu'une heure après, afin qu'elle ne puisse seirn-; nu 7

98 , il avait dit encore à mon fils de m'engager à ne pas dépasser l'Ambigu, parce que ce serait sur le boulevard du Temple que se passerait l'affaire.

Je me hâtai de m'habiller pour aller a la revue. Au bas de la rue Neuve-des-Petits-Champs , près Tentrée de la place Vendôme , je rencontre un groupe de commissaires de police parmi lesquels e'tait M. Marigues , chez qui j'avais été là veille. Je lui pris le bras, et je lui dis que j'avais bien été fâché de ne pas le trouver. Ne vous est-il pas venu, lui dis-je^ quelques ordres à exécuter? — Non. — Comment vous ne savez pas qu'une machine infernale doit être placée sur le passage du roi? — Non. — Cependant, c'est bien sûr.

Ah ! s'écria M. Marigues , vous êtes tous comnàe cela , et se mita rirC; soyez tranquille, on n'exécutera pas cette folie; la police est trop bien faite. J'ajoutai ; N'eu riez pas, monsieur , si les mesures ne sont pas prises , le roi sera assassiné sur le boulevard du Temple.

M. Marigues se rapprocha de moi, voyant que l'affaire était sérieuse : Avez vous, me dit-il, fait votre déposition à l'autoj^t^7 — Oui , et je lui ai donné la certitude que j'avais fait la démarche.

Je témoignais à deux de mes camarades mes appréhensions. Je voyais avec peine que la revue se prolong»?ât au-delà de la porte Saint-Martin : cependant je ne doutais pas que toutes les mesures n'eussent été prises.

J'oubliais une circonstance importante. Il avait été question d'une corde achetée par l'ouvrier. Ayant lu l'histoire de la machine infernale du 5 nivôse , je supposai que la corde pouvait être disposée pour faire partir simultanément une batterie dans l'endroit où le roi passerait; et au surplus , je n'ai parlé de souterrain qu'hypotliétiquement : et lorsque M. Dyonnet ine relut la déclaration oii je parlais de barils de poudre placée dans un souterrain, je lui dis qu'il fallait rayer ce mot, n'ayant parlé de cela que par conjecture.

M« Paillet. — Le fils Suireau a-t-il dit à son père que les conjurés avaient annoncé l'intention d'aller à cheval sur le boulevard, et d'y aller au pas, au trot et au galop? Estce d'après les explications de son fils que le témoin a eU Vidée que la cavalcade de Boireau se rattachait à l'événement lui-même?

M. SuiREAU. — Je ne l'ai pas compris ainsi d'abord^ je ne comprenais pas pourquoi l'on devait faire une promenade à cheval.

Le président. — Votre fds ne vous a-t-il pas dit la premièr>e fois que c'e'tait pour une répe'lition de l'affaire?

M. SuiREAu. — Non, monsieur; c'est depuis que cette ide'e m'est venue.

M. Martin (du Nord). — C'est dans la déposition faite par le te'moin, le 7 septembre, que je trouve l'indication que la ca* valcade pouvait servir pour le pointage de la machine.

D. Vous rappelez-vous si votre fils vous a parlé d'un foret qui devait être employé par Boireau ?

R. Oui, Monsieur, je n'en ai parlé que le 7 septembre. Mon fils m'a dit que Boireau avait emporté de son atelier un foret et un archet pour faire un travail à l'hôtel d'Espagne. Lorsqu'il est revenu, mon fils lui a demandé, selon l'usage, ce qu'il avait fait, pour l'écrire sur le registre. Mon fils lui dit : Je ne suis pas allé à l'hôtel d'Espagne, je suis allé pour percer des trous à notre affaire sur le boulevart. Mon fils lui dit : Vous n'avez pas été long-temps. Boireau répondit qu'il avait pris un cabriolet.

D. Votre fils vous a-t-il rapporté d'autres paroles de Boireau dont vous auriez parlé aussi dans votre déposition du 7 septembre? Ne vous a-t-il pas dit, par exemple, quel avantage Boireau devait tirer du succès?

R. lia dit que s'il voulait il aurait 100,000 fr., mais qu'il n'en voulait rien dire.

Bouleau. »— Je voudrais bien demander à M. Suireau pourquoi, lors de sa première déposition du 29 juillet, il n'en a pas dit si long un mois après. ,..:,»>» -.'

Le président. — Boireau n*avaît-il pas ajouté autre chose plus significatif de la part d'un homme de parti?

R. C'est dans une autre circonstance qu'en parlant politique il aurait dit : Mon corps et mon àme ne m'appartienne t plu^.

M. Suireau. — Le 29 juillet, j'ai été interrogea neuf heures du soir. J'ai demandé, attendu que j'avais passé la nuit, à retourner chez moi. Mon fils est resté jusqu'à minuit . J'ai ensuite commencé des travaux considérables; ensuite je suis tombé malade. Pendant quinze jours mon fils est venu un Irès^

lOO

grand nombre de fois me voir dans mon magasin, et je lui ai demandé des détails. Me rappelant ensuite que j'avais oublié des choses importantes, je suis allé de moi-même trouver M. Gaschon pour le prier de me faire assigner; c'est ce qu'il a fait.

Le président. — Quelle espèce de désagrément avez-vous éprouvé à foccasion de cette affaire ?

M. SuiREAU. — Vous savez ce qu'il a été dit il y a trois jours à cette audience; ce sont des choses qui me font le plus grand tort. Si la presse doit guérir les maux que fait la presse, on me rendra sans doute la justice d'insérer dans les journaux ma réponse. Les paroles que Boireau a prononcées ne viennent pas de lui, elles lui ont été suggérées par un misérable calomniateur. Si celui qui n'a pas osé m'accuser en face et qui doit m'entendre, veut que je lui en donne des preuves, qu'il m'appelle devant les tribunaux; j'ai ma conscience et des actes qui parleront pour moi.

M® Paillet. — Le témoin a dit qu'il n'avait pas compris d'abord le but de la promenade à cheval annoncée par Boireau. Cest en effet beaucoup plus tard que le témoin a dit que la promenade à cheval était pour le pointage. Voici sa déposition, écrite devant le juge d'instruction :

Mon fils m'a dit, le q8 juillet au matin, que Boireau lui avait dit la veille : « Nous devons, à sept heures du soir, faire la ré- » pétition de notre affaire; nous aurons des chevaux pour pas- « serau pas, au trot, puis au galop; c'est un épicier qui nous » les procure; il nous a donné la clé de l'écurie, pour le cas » où il ne s'y trouverait pas, afin que le domestique nous les Il remette. »

Voici ïa déclaration de Suireau fils, faite plus tard, et beaucoup plus positive.

tt La veille de l'événement, Boireau a quitté son atelier à sept heures du soir; il m'avait dit^ avant de sortir, qu'il allait avec un autre prendre des chevaux pour passer sur le boulevart, afin de faire la répétition au pas, au trot et au galop. Les chevaux ont dû être pris dans une écurie dont le maître des chevaux avait laissé la clé pour qu'ils puissent les prendre dans le cas où il ne s'y trouverait pas. Le maître des chevaux est un épicier. »

M. SuiREAv. — Mon Gis m'avait donné toutes ces explications le 28 au matin j mais alors je ne me suis attaché qu'au fond de l'affaire. Il fallait tâcher d'empêcher révénement, et ne pas me jeter dans des détails oiseux. Si j'avais eu le bonheur de rencontrer M. Marigues, commissaire [de police, le u; juillet, à sept heures et demie, je lui aurais rapporté ce que je savais; je n'ai su le reste, que le 28 au matin.

Le PRÉsmENT. — La difficulté repose sur ce que vous avez expliqué plus tard le but de la promenade à cheval,

SuiBEAU. — J'ai dit à M. Dyonnet que les conjurés devaient se réunir le même soir à sept heures, et non pas le lendemain à sept heures du matin, comme on l'a dit dans les journaux.

Martin (du Nord.) — Quelle que soit l'époque à laquelle M. Suircau place ce fait, il n'en est pas moins vrai que Boireau avait annoncé que l'on devait faire une promenade à cheval. Lorsque dans la suite Suireau a dit que c'était une répétition pour le pointage , on n'avait encore dans la procédure aucune espèce d'élémens à ce sujet. Fieschi n'avait pas encore parlé; et lorsque Fieschi a parlé le 1 4 octobre, il a répété les mêmes faits, mais le> déclarations des témoins étaient antérieures au 1 4 octobre.

Le TEMOIN. — J'ai dit que le mot pointage n'avait pas été employé par Boireau. J'attribue à tous les désagrémens que j'ai éprouvés dans les bureaux de police, le fait de n'avoir pas donné plus tôt les rcnseignemens positifs que j'avais.

M.Paillet. — J'insiste sur la manière dont le témoin a pré" cisé le fait. Il n'avait été question, de la part de Boireau, que d'une proposition non agréée, et non suivie d'exécution, puisque la cavalcade n'a pas eu lieu.

Le PRÉSIDENT. —Boireau, vous avez commencé avant-hier à dire la vérité et je vous en loue, car la vérité est toujours bonne, et le mensonge a toujours retombé sur son auteur; il faut continuer à montrer de la franchise, et ne pas tomber dans des contradictions qui vous seraient nuisibles au lieu de vous servir. Ainsi, vous avez dit dans votre déclaration, que le 26 au soir vous avez trouvé Pépin, qui a eu une conversation politique avec vous; qu'il vous a donné rendez-vous pour le lendemain à sept heures du soir , et qu'il vous a mené k son écurie. Toutes sortes d'invraisemblances ressortent de votre récit. Comment peut-on supposer que le u6 au soir, Pépin vous

ûh parlé de choses aussi importantes, sans vous donner tous les e'claircissemens ne'cessaires ? Il est impossible que Pépin ne vous ait pas fait connaître le but de la promenade à cheval que Fieschi avait demande' que l'on fit sur le terrain. Vous êtes en* tre' dans la route de la \érilé, restez-y, et dites tout ce que vous savez^

BoiEEAU. — Tout ce que j'ai déclaré est l'exacte vérité. Pépin le dimanche au soir, m'a donné rendez-vous pour le lendemain. Il est bien vrai que j'ai parlé de cheval. MaisSuireau a inventé tous les propos qu'il a tenus aujourd'hui; si ces propos étaient vrais, pourquoi n'en aurait-il point parlé le sg juillet? A cette époque il a bien dit que l'on devait se promener à cheval, mais il n'a point parlé de pointage.

Le pp.EsiDENT. — Il est bien évident que vous ne pouviez dire à Suireau fiis que vous deviez le lendemain monter à cheval, si vous ne l'aviez pas su. Il fallait donc bien que Pépin vous eût averti?

BoiREAu. — Je ne lui aurais pas dit cela.

Le peésidekt. — Il résulte de vos aveux que Pépin vous avait dit démontera cheval et de passer sur le boulevard j vous Pavez dit. Vous avez dit cela la veille à Suireau. Pépin vous l'avait donc dit dès la veille,

BoiREAu. — lime semble que dernièrement j'ai dit cela...,. Je n'ai pas parlé de corde ; je ne me rappelle nullement cette circonstance-lù. Ce que M. Suireau dit, il l'invente.

Le président. — Vous avez parlé à Suireau de cheval ; que lui avez-vous dit?

BoiREAU. — J'ai dit : Si vous étiez à ma place, vous feriez demain une partie à cheval.

Le PRESIDENT. — Alors Suireau vous aura demandé pourquoi et comment ?

BoiREAu. — Si, je suis sincère ; je dis tout ce que je puis pour la vérité. Pépin m'avait dit la veille : Venez demain ; vous vous promènerez à cheval sur le boulevard. ( Mouvement. )

Le PRESIDENT. — Vous voycz donc bien , vous avouez ce que jusqu'ici vous aviez nié ?

BoiREAu. — M. Suireau parle de pointage et ce n'est pas la vérité.

io3

Le PRESIDENT, — M. Suîreaii n'a pas dit cela. Il a parlé, non du pointage de la machine, mais d*une répétition.

M. Martin (du Nord). — Non-seulement tous avez parlé de la promenade à cheval, mais tous avez dit que vous deviez vous promener de la Bastille au faubourg St-Martin, et revenir sur vos pas.

BoiREAU". — Il fallait aller seulement de la Bastille à la porte Saint- Martin , et voilà tout.

M. Martin (du Nord). — Suireau a donc inventé que la promenade à cheval était pour la répétion de l'affaire?

BoiREAU. — Il Ta peut-être inventé.

M. Martin (du Nord). — Comment se fait-il donc que Suireau aurait inventé ce qui s'est trouvé tout justement être !» vérité , ce que Fieschi a déclaré alors qu'il n'avait communiqué avec personne, ee que vous avez avoué vous-même?

BoiREiTJ. — Pour le témoin seul , je ne le dirai pas. Je lui dirais bien si j'étais tête à tête avec lui, toute sa moralité, tou^e sa vie.

Le PRESIDENT. — Quelle que soit l'opinion que vous ayez des témoins, vous ne pouvez expliquer comment ils ont pu deviner une chose qui est la vérité.

EoiREAU. — Je ne dis pas que tout ce que dit monsieur est fauxj mais il invente des choses, il invente le pointage, la corde. Il invente tout cela.

M* Paillet. — Dans sa déclaration du 27 juillet , le témoin n'a pas parlé de cette répétition ni même de cette course à cheval. Ce n'est qu'aujourd'hui qu'il vient parler de cette course à cheval. Il est évident qu'il a brodé sur un canevas tout fait.

Le PRÉsmENT. — - Vous n*avez donc pas parlé de la promenade à cheval ?

BoiREAu. — • J'en ai parlé comme d'autre chose : Suireau allait quelquelois à cheval avec son cousin. J'ai pu lui proposer une partie de cheval.

Suireau père. — La proposition ne pouvait être faite à mon fils, qui était commis et non ouvrier chez M. Vernert, etchez lui depuis l'ouverture du magasin jusqu'à la nuit; ce n'était pas un camarade de Boireau.

BoiREAu. — Suireau est sorti bien des fois du magasin pendant

des deux ou trois heures; il avait le temps de s occuper des affaires et des abominations de son pcre.

Le rRESiDENT. — Boireau, encore une fois, je vous parle dans votre inle'rêt. Vous outragez sans avantage pour vous un témoin qui, il vous l'a dit en commençant, a éprouvé de grands désagrémens, qui vient d'entendre de votre bouche des reproches que vous n'êtes pas fondé du tout à lui faire , puisqu'il a voulu rendre, et qu'il a rendu autant qu'il était en lui un immense service à son pays. Il n'a pas tenu à lui que l'avis qu'il donnait fût efficace, et que son efficacité empêchât faccomplissement du plus grave attentat dont on puisse garder la mémoire. Ce témoin mérite des égards ; vous n'entendez pas vos intérêts, Boireau, vous ne comprenez pas votre position , vos véritables moyens de défense. L'insulte ne sert à rien, de quoi s'agit-il pour vous? de détruire les faits qui vous sont imputés? Vous en avez le droit, vous le ferez peut-être ; je vous aiderai de tous les moyens naturels, justes et légaux. C'est dans votre intérêt que je vous donne cet avertissement.

M. Martin (du Nord.). • — J'espëre que Boireau comprendra mieux ses véritables intérêts, d'après les sages observations qui viennent de lui être faites C'est pour cela que je tiens à lui demander de nouveau qu'il répète très exactement ce que lui a dit Pépin le 26 au soir, ce que lui Boireau a dit à Suireau.

Boireau. — J'ai toujours dit la vérité. Si je me suis emporté contre Suireau , c'est que non seulement ses dépositions ont pour but de me nuire, mais encore de nuire à la maison Vernert, contre laquelle il a une vengeance. (Mouvemens , murmures.)

Le PRESIDENT. — Pépin vous a dit d'aller vous promener à cheval sur le boulevart, depuis la Bastille jusqu'à la porte Saint-Martin : vous l'avez avoué, il a dû vous dire quel était son but?

Boireau. — Il ne me l'a pas dit Je ne me le rappelle

pas.

Le PRESIDENT. •— Vous êtcs dans la route de la vérité ; mettez-vous y donc tout- à-fait.

Boireau. — Jai toujours dit la vérité. Je dis l'exacte vérité.

Martin (du Nord). —Remarquez que c est bien extraordi-

naiic. Pcpin supposait que Fieschi vous avait tout confie. Vtpin parlait donc à un individu qui était averti; et cepL^ndant lorsqu'il vous parle dans ce sens, il ne vous dit presque rien : il vous parle de cheval déjà , puisque vous avez parlé de course à cheval sur leboulevarl, le lendemain 27. Boip.EAu. — C'est la vérité que j'ai déposée. M. Martin (du Nord.) — Lorsque vous attaquez la déposition de Suireau , vous oubliez ce qui s'est passé antérieure •* ment dans tout le cours de l'instruction. Vous avez constamment dit que la déposition de Suireau était mensongère ; et cependant vous êtes obligé de convenir qne la plus grande partie de ses déclarations est exacte.

BoiREAU. — Je n'attaque pas la déposition de M. Suireau . c'est sa personne.

Le PRÉsmENT. — Vous vous nuisez constamment, Boiieau. FiE^cui. — Quand M. le président m'a interrogé coiicernan* Boireau, j'ai dit la vérité. J'ai dit qu'il était un enfaiit, qu il n'était pas raisonnable.

Puisqu'il a commencé à dire la vérité, pourquoi n'a-l-il pas avoué qu'il est venu au café, qu'il m'a dit : Je connais ton affaire. Je ne me rappelle pas s'il m'a dit qu'il était venu ou si je l'avais vu. Je lui dis que je ne l'avris pas vu. Je ne sais pas pourquoi Boireeu veut laisser les choses dans un justc-milicu : je suis forcé en conscience de l'attaquer; les autres feront comme iI-> voudront. Je n'ai pas besoin que Boireau vienne à moJi secours j ce que j'ai dit, je le prouveiai par des faits et non par des paroles. Les paroles s'en vont et les faits reslenl. Commenl! Boireau fait l'I et il ne veut pas y mettre le point dessus.

M. SuiP.EAU père. — M. Boireau nous a engagé à ne pas aller où était le danger 3 il l'a fait avec instance , je lui dois pour cela de la reconnaissance.

Le [RtsiDEKT. — Vous venez d'entendre deux hommes d'une position bien différente : Fieschi , qui se reconnaît coupable du plus grand des attentats, qui^ rendant justice h ce qu'il y a de vrai dans votre déposition, vous engage h compléter cette vérité, à ne pas vous séparer des aveux qu'il a iails. D'autre part vous venez d'entendre ce témoin, que vous avez insulté, et qui se plait h vous rendre justice, h reconnaître que vous lui avez rendu service, qui se croit obligé de vous témoigner publiquement sa reconnaissance. Prenez conseil , dites toute

io6 Ja yérité ; et puis , croyez-raoi , vous êtes jeune , mettez dans vos sentimens une modération que votre position vous impose quand vous parlez devant une asemble'e aussi grave, et en présence d'un témoin de l'âge de M. Suireau.

BoiEEAU. — Je prie la cour de m'excuser si je me suis emporté à l'égard de Suireau. Moi , je ne puis voir cet homme-là. Je ne dis pas des mensonges; mais je ne peux pas en supporter. Je n'ai rien à ajouter.

FiESCHi. — Boireau a oublié de dire que je lui avais donné 20 sous 'y l'orgueirrem pêche de l'avouer. C'est le 26 ou le 2n ; j'ajffirmerais plutôt le 27.

Le PRESIDENT. — Avant d'entendre un autre témoin , il faut que je fasse donner lecture à la cour d'une lettre qui m'a été écrite ce matin par M. Suireau fils.

M. le greffier en chef lit la lettre suivante : « Monsieur le président,

)> La dignité de mon père est trop au dessus de la calomnie pour qu'il soit nécessaire de réclamer quand une basse diffamation cherche à profiter de l'occasion du procès actuel pour ternir une vie pleine d'honneur. Il n'en est pas ainsi de moi 5 je suis trop jeune pour avoir des antécédens. Il faut donc que je réponde aux fausses inculpations dirigées contre moi, en vous faisant savoir que mon collègue et moi avions 1' habitude d'ouvrir les lettres relatives au commerce de lampes M. Vernet était plus chez lui, rue du Faubourg-Poissonnière, qu'a u magasin ; s'il avait fallu l'attendre pour ouvrir les lettres, nous aurions manqué beaucoup d'opérations qui devaient être faites tout de suite.

» Le 20 juillet, M. Vernert ne m'a pas remercié, parce que je mentais, comme il le prétend, mais bien parce qu'il aurait voulu que je ne visse pas mon père, lequel avait le plus pressant besoin de mes services, et qui attendait la fin du mois pour me faire offrir à M. Vernert plus de temps pour chercher un commis, qu'il ne m'en avait donné pour trouver une nouvelle place.

» Je dois pourtant lui rendre justice de dire que quand il vit que j'acceptais avec empressement mon congé , il nie fit proposer de rester un mois, deux mois, tout le temps que j'aurais besoin pour me placer convenablement.

)) J'ai l'honneur , etc. Suireau fils. »

Le président. — Boireau, faites davantage dans l'intérêl de Ja -vérité et dans le vôtre; instruisez la cour de tout ce que vous avez dit à M. Suîreau fds.

Boireau. — Je ne me rappelle pas du tout.

Le président. — Consultez votie défenseur.

Me Paillet. — Peut-être quelques instans de repos rendraient-ils à Boireau un peu de calme.

Le préside-\t. — Je vais suspendre l'audience pour un quart d'heure.

L'audience est suspendue une demi-heure; elle est reprise à trois heures et demie.

Le président. — Boireau , j'espère que pendant celte suspension vous vous êtes livré à de salutaires réflexions ; vous le savez bien , vous êtes impliqué dans une affaire grave , dans un attentat contre la personne du roi : n'aggravez pas votre «luation par des réticences qui seraient des mensonges , et qui seraient démontrées telles par les faits. Redites ce que vous avez déjà dit : ajoutez-y tout ce que vous savez encore, tout ce qui est nécessaire pour éclairer la justice , afin de mettre la cour à même de bien comparer vos paroles avec celles de M. Suireau fils , auquel vous avez fait une confidence : je ne veux pas vous ôter le mérite de lui avoir donné un avis utile. Dites complètement tout ce qui se rapporte à cette confidence; il ne peut y avoir qu'à gagner pour vous à un aveu complet.

Vous avez vu Suireau le 27 au matin, vous lui avez donné un avertissement important, empêcher son père d'aller s'exi* poser à un danger imminent.

Boireau. — J'ai déjà dit tout ce que je savais.

Le président. — Je vous engage à répéter et à compléter ce que vous avez dit ces jours-ci , afin que la cour ait bien présentes vos déclarations quand elle va entendre Suireau fils.

Boireau. — Le 27 juillet, je suis arrivé à l'atelier à huit heures ou huit heures et demie ; j'ai pris l'archet, la conscience et un foret que j'avais promis à Fieschi. Celui-ci devait m'attendre près le boulevard du Temple. Je fy ai trouvé en effet; peu de temps après il me rapporta ces divers outils j jerentiai au magasin. Je n'en suis sorti qu'à six heures du soir. Je dis à Suireau que le 28, à la revue, il devait y avoir du bruit ; qu'on devait assassiner le roi sur le boulevard; j'ai pu le dire.

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Le président. — Oui avez vous dil que cela devait avoir Jieu ?

Boire AU. — Je dis que c'était du côté de la Portc-Sainl- Martin ?

Le président. — Lui avez-vous dit comment cela devait arriver

Poireau. — Je n'ai pas du tout parlé de cela.

D. IN'avez-vous pas parlé d'une machine infernale ?

R. Jai dit qu'on m'avait dit que le roi devait être assassiné.

D. Vous n'avez pas désigné les individus qui devaient commettre ce crime ?

R. J'ai dit que c'était un galérien.

D. IN'avGz-vou3 rien dit à Suircau qui pût l'autoriser à penser que la machine infernale devait être dans un souterrain?

R. Je ne le savais pas moi-même ,* je n'ai pu lui dire cela. 11 a mal compris,

D. Ne lui avez-vous pas parlé d'une corde?

R. Je n'ai pas parlé de cela. Il est vrai que je lui ai fait part que j'avais un pistolet, et je l'ai prié de m'acheterdes capsules et de la poudre pour vingt sous. Vous voyez donc que si Suireau a acheté un quarteron de poudre , il en a acheté plus que je ne demandais.

D. Vous reconnaissez maintenant que vous l'avez chargé d'acheter de la poudre. Vous n'en étiez pas convenu jusqu'ici.

R.. Je l'avais dit à M. Zangiacomi. Je ferai observer que , quand je rencontrai Suireau, je lui demandai s'il avait acheté ma poudre. Gomme il me répondit que non , je le remerciai , et je lui dis que je rachèterais moi-même. Le 28 au soir, je suis allé dans mon atelier chercher mon parapluie, et même pour reprendre le pistolet.

D. N'était-ce pas pour le jeter.?

R. Voyant que les faits s'étaient vérifiés, j'allai jeter à l'eau mon pistolet^ pour qu'il ne me compromît pas.

D. Vous saviez donc qu'il devait y avoir un attentat, puisque vous dites que les faits s'étaient vérifiés?

R. 0.1 me l'avait dit; j'avais également entendu dire qu'on devait assassiner le roi.

D. Pour quel usage faisiez-vous acheter de la poudre?

R. Je ne puis préciser 5 ma première ide'e, c'était pour combattre. La preuve que je n'ai pas attaché d'importance à cet achat de poudre , c'est que je n'en suis pas allé chercher.

D. Revenons à une autre confidence que vous avez faite à Suireau. Vous Uii avez parlé de promenade à cheval. Je vous ai fait ressortir de là la preuve irrésistible qu'il fallait que Pépin vous eût dit, le 26 au soir, qu'il y aurait le lendemain une promenade à cheval , à laquelle vous deviez participer d'une manière Quelconque. Ce n'est plus douteux maintenant. Quand Pépin vous a-t il parlé de cette promenade? Ne vous a-t-il pas dit positivement qu'elle avait pour objet de passer devant le lieu où était la machine , et de l'ajuster ? dites la vérité. R. Je n'y suis pas allé.

D. Ce n'est pas là ce que je vous demande. Je vous dis que le 26 au soir. Pépin vous pria devenir le lendemain pour une promenade à cheval. Il est impossible qu'il ne vous ait pas dit quel en était l'objet.

BoiREiu (d'une voix presque éteinte.) — Eh bien î il m'avait dit de m'arrêler devant le Jardin-Turc.

D. Vous êtes déjà convenu vous-même que vous connaissiez le logement de Fieschi j ainsi', vous saviez que c'était devant ce logement que vous deviez vous arrêter.

R. Je n'ai su que ce soir-là que Fieschi logeait devant le Jardin-Tnrc.

D. Il est impossible que Pépin ne vous ait pas dit le but de cette promenade, que vous ne le lui ayez pas demandé vousmême.

R. C'est moi qui l'ai présumé. Je puis vous assurer que cette confidence n'a pas été faite. J'ai présumé depuis que les points d'arrêt qu'on m'avait recommandés avaient pour but de faire ajuster sur moi la machine.

D. Boireau , vous êtes encore retenu par une crainle qui a son côté louable , celle de compromettre plus ou moins un individu avec lequel vous avez été dans des rapports , rapports bien fâcheux pour vous , mais en fait dont vous avez obtenu la confiance. Prenez-y garde; vous êtes là sur une mauvaisevoie, sous des inspiral ions de complicité. Cette complicité est extrêmement fâcheuse pour vous. Dites toute la vérité; n'ayez pas de réticences. Il est parfaitement évident, quelque perspicacité que vous puissiez avoir, que vous n'avez pu présumer,

à beaucoup près , qu'un attentat serait exe'cuté le lendemam , et par de tels moyens. Tout prouve que vous étiez beaucoup plus éclairé que vous ne voulez en convenir , et que vous l'avez été par Pépin le 26 au soir.

R. Je vous assure sur mon ame et conscience que jamais je n'ai reçu d'autre confidence que celle-là. Il me dit de venir le 27 au soir: j'y fus j et Pépin me dit de me promener à cheval, de m'arrêter devant le Jardin-Turc. Voilà tout ce qu'il m'a dit.

D. Il ne vous a pas dit autre chose? Ce n'est pas possible... Mais vous lui auriez demandé pourquoi il vous envoyait là... Vous ne dites pas la vérité.

B.. Je ne savais pas monter j je refusai de faire la proiixe- Dadc; nous rompîmes là-dessus.

p. Vous saviez qu'il y avait une machine infernale ; puisque Suireau a déposé d un fait vrai , et qu'il l'a su par vous, vous ne poîiviez ignorer qu'il existât une machine infernale.

R. Quand l'attentat a été commis , il n'était pas difficile qu'il le sût.

D. La déposition de Suireau est du 27 au soir. Elle est antérieure à l'événement; elle est judiciairement constatée. Vous ne pouvez pas la nier. Evidemment, le 26 au soir, Pépin , en vous engageant à venir le 27 , et ce jour en vous annonçant qu'il faudrait s'arrêter devant le Jardin-Turc , vis-à-vis le logement de Fieschi , vous a mis au courant. Mais les confidences de Pépin ont même été plus loin : il vous a dit que le lendemain Î28 il devait aller au faubourg Saint- Jacques , où quarante personnes l'attendaient. Vous voyez à quel point vous aviez la confiance de Pépin , puisqu'il vous disait une chose aussi importante en dehors de la confidence qu'il était obligé de vous faire pour la promenade à cheval , puisqu'il vous disait une chose que, selon la déclaration de Fieschi , il ne lui aurait pas confiée à lui. Comment voulez-yous que l'on croie à vos dénégations ?

R. Cela s'établit fort bien. Pépin savait que je coanaissais Fieschi. Le 26 au soir j'avais diné chez notre homme de peine; je voulais de là aller à Ménilmontant; je me su's souvenu que j'avais par là une connaissance; j'allai la voir. En m'en revenant, je'pensai à ce marchand de liqueurs du faubourg Saint- Antoine, où je m'étais déjà arrêté avec Fieschi, j'y pris un verre.

m d'eau et d'absinthe. Pépin arriva alors avec uu cLar-à-bancs . Il me vit, me reconnut, et me fit passer dans son cabinet où il me dit ce que vous savez.

' D. Ne vous dit-il pas ce qu'il devait faire avec ces quarante hommes ? Vous avez assez d'intelligence pour comprendre ^ la porte'e de cette de'marcbe, le jour où l'attentat devait se commettre. Vous lui demandâtes ce qu'il ferait avec ses quarante hommes ?

Pt. Il ne m'en a pas parlé.

D. Vous avez dit que vous vous disposiez à vous battre. Vous aviez un pistolet?

R. Je m'expliquerai là-dessus. Je n'ai pas acheté de poudre^ et je laissai mon pistolet à l'atelier. Je craignais d'être arrêté, je jetai mon pistolet à l'eau.

D. C'est le 28 , et je ne vous interroge '^pas sur le 28 , c'est sur les 26 et 27. Ces jours-là vous pensiez encore à vous battre, c'est alors que vous demandiez de la poudre.

R. Oui, le lundi. Mais vous voyez que Suireau ne m'ayant pas acheté la poudre, je lui répondis que je n'en avais pas besoin, que je l'achèterais moi-même.

D. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'idée ?

R. J'ai eu peur de me faire tuer.

D. A quelle heure cette peur vousa-t-elle prise?

R. Je ne sais pas l'heure, c'est le matin, avant l'attentat.

D. Comment alors êtes-vous allé vous promener si près du lieu où s'est passé l'attentat.

R. Je me trouvais rue du Temple ; je n'avais pas peur là qu'on me fusillât.

D. Vous aviez averti Suireau de ne pas se trouver sur le boulevart du Temple, parce qu'il y aurait du danger , qu'un attentat s'y commettrait. Eh bien ! vous qui ne vouliez pas vous battre, comment choisissiez-vous pour aller voir passer la revue le lieu où devait exister le danger ? Si vous y êtes allé , c'est que vous vouliez vous batirc.

R. Je n'ai nullement parlé du boulevart*duTem]de à Suireau. Dans sa déposition à M. Dyonnct , il n'en a pas parlé non plus.

D. Il est dans l'intérêt de la vérité , et je puis le dire , dans

votre intérêt, de dire tout ce que vous savez. Je dois vous prévenir contre le danger qui vous menace. Je m'épuise en efforts,

ce sera à vous seul que vous aurez à adresser des reproches s^ vous encourez les conséquences des mensonges que vous faites à la justice. Pensez-y bien, Boireau, voyez si vous voulez aller plus loin, parlez sincèrement sur les faits sur lesquels je vous interroge. Je vous ai mis à votre aise, vous n'avez rien à çrain- <lre de personne , vous n'avez pas de me'nagemens à garder pour des hommes qui vous ont fait entrer peu à peu dans une route criminelle. De telles considérations ne doivent pas vous retenir.

Il faut craindre le crime , il faut craindre la justice qui le poursuit; mais il ne faut pas craindre des hommes qui poussent au crime , qui abusent de la jeunesse , et la perdent d'une manière odieuse.

Boireau. — Ce que vous me dites-là , M. le président , me touche ', je vous remercie des bontés que vous avez eues pour moi. Pépin ne m'a pas dit ce qu'il voulait faire à la rue Saint-Jacques, c'est moi qui ai présumé qu'il voulait y voir des amis.

D. Si Pépin ne vous a pas dit le nom de ces amis, vous a-lil dit quels ils étaient ?

R. Il m'a dit seulement": Je serai à la rue Saint-Jacques avec quarante de mes amis.

D Quel était le but de cette réunion ? R. Il ne m'en a pas parlé.

D. Devait-elle avoir lieu dans la rue ? R. Ah ! je n'en sais rien.

M. Martin (du Nord). — Ces quarante individus devaientils être armés ?

R. iM. Pépin ne m'a pas parlé de cela; j'ai pu le penser. M. MARTiif (du Nord) — Vous deviez vous procurer de la poudre pour vous battre , parce qu'on vous avait dit de vous tenir prêt. Etait-ce Pépin ?

R. Non; ce n'est pas M. Pépin. Fieschi m'avait dit que les légitimistes devaient faire un coup le jour de la revue.

M. Martin (du Nord). — On vous avait dit de vous tenir prêt. Qui vous avait tenu ce propos ?

R. Tout le monde en parlait.

Le président. — Vous a-ton dit combien de temps il fallait vous arrêter devant le Jardin Turc. R. Non , monsieur.

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Suikeau fils, commis de M. Vernerl , témoin, est introduit. (Mouvement général d'attention. )

Ce témoin déclare connaître Fieschi et Boireau. Il est fort ému. M. le président l'engage à se remettre. Il lait , d'une voix faible , la déposition suivante ;

« Dans la journée du 27 juillet, Boireau a reçu'plusieurs visites. Lui ayant demandé pourquoi, Boireau m'avaitrépondu qu'il devait y avoir du nouveau le lendemain ; qu'une machine infernale éclaterait, il me dit qu'il devait y avoir à sept heures du soir une répétition du pointage de Ja machine. Boireau ne s'est pas servi du mot pointage , il s'est servi des mots point de mire. Il me dit aussi que les chevaux devaient être fournis par un épicier. L'épicier lui avait dit que , dans le cas où il n'y serait pas , on trouverait la clé pour prendre les chevaux. Je voulus savoir où l'événement aurait lieu , afin d'en prévenir mon père. Boireau me dit qu'il ne fallait pas dépasser l'Ambigu, que cela devait avoir lieu vers le boulevard du Temple. Il me parla d'une corde à l'aide de laquelle s'évaderait celui qui devait faire le coup , et me dit qu'il y aurait quelqu'un qui pendant ce temps-là causerait avec le portier. J'allai chez mon père pour l'avertir de ce que je venais d'apprendre; ne l'ayant pas trouvé , j'en instruisis la demoiselle de boutique. Je savais antérieurement que Fieschi était porteur d'un poignard et d'un martinet avec des balles de plomb au bout. Ce n'est que le lendemain que je le dis moi-même à mon père. Boireau m'avait chargé d'acheter un quart de poudre; mon père me dit de faire celte commission , et de ne la déposer chez le portier que dans une heure; c'est en effet ce que je fis. Boireau m'avait remis un franc pour payer la poudre. «

D. Connaissiez-vous les trois personnes qui sont venues voir Boireau le 27 au matin ?

R. Non , monsieur.

D. Connaissiez-vous Fieschi?

R. Je le connaissais parce qu'il venait souvent à l'atelier; mais je ne l'ai pas vu les jours qui ont précédé l'événement,

D. Pouvcz-vous donner une désignation de ces trois personnes qui sont venues le 27 ?

R. Je ne les ai pas remarquées; seulement je me rappelle qu'il y en avait un âgé , et qui a dit h Boireau, en se retirant : A ce soir , à sept heures !

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D. Quand Boireau vous a demande de la poudre , vous a-t-ii dit qu'il en avait un pressant besoin, et ce qu'il en voulait faii^ ji R. Il ne m'a pas dit ce qu'il en voulait faire; il m'a dit î>eulement de la lui acheter le jour même.

D. A-t-il exprimé l'intention ou la crainte de se battre? R. Oui, monsieur, car il m'a montré un pistolet avec un canon en cuivre.

M. Martin (du Nord). — Je voudrais que le témoin parlât de ce qui s'est passé le 28 entre lui et Boireau^ pour que sa déclaration fût complète.

R. II m'a dit le 28 au matin : N'avez-vous rien dit à personne? Non, ai- je répondu. C'est, que, a-t-il ajouté, nous avons encore juré ce matin que nous n'avions rien dit à personne. Puis il a dit : Nous sommes sûrs de notre affaire. D. Ne vous a-t il dit pas parlé de son foret? R. Oui, il est sorti avec un foret et une conscience, sous prétexte d'aller percer des trous à l'hôtel d'Espagne; et il m'a dit dans la soirée qu'il n'était pas allé à l'hôtel d'Espagne, mais qu'il était allé percer des trous à leur affaire. A son retour ( car il m'avait dit qu'il serait long-temps dehors), je lui fis observer qu'il n'avait pas été long-temps; il répondit : J'ai pris un cabriolet.

Le PRESIDENT. — Vous avcz dit que Fieschi avait un poignard et un martinet à balles de plomb; l'avez-vous vu?

R. Non, monsieur; je l'ai su moitié par Boireau, moitié par Fieschi.

Le PRESIDENT. — Fieschi, étiez-vous convenu précédemment que quelqu'un parlerait au portier, tandis que vous descendriez par la corde ?

Fieschi. — C'est une erreur. Le soir du 27, quand Boireau vint me sui-prendre, non pas très-agréablement, en disant qu'il connaissait mon affaire, il me dit : Comment feras-tu pour t'échapper? J'ai répondu : J'ai une corde; et quand je serai dans 1 a cour, la porte est toujours ouverte. Il n'était donc pas besoin que quelqu'un parlât au portier.

Le PRESIDENT. — Fieschi , expliquez comment vous aviez conçu le plan de votre évasion; car votre corde ne descendait qu'à la hauteur du toît?

B.. Quand j'étais sur le toît, je n'avais plus besoin de la corde.

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D. Pourquoi êtes- vous passé par l'appartement de lu dame Chimène?

R. Dame! parce que j'avais reçu un atout cOmmr çà. (On rit.) Je prie le témoin de déclarer, avant de se retirei , si je n'ai pas dit que Janod me devait de l'argent. Comn-e j i déclaré que s'il me l'avait donné j'aurais renoncé à mon aûitue, je veux prouver qu'il me dcvaif . Je sais que c'est la vérité; peut élre le témoin ne s'en souviendra t-il pas.

Le témoin, interrogé, répond alTirmalivement.

Bl^ Paii*^iuin. — Effectivement, Janod était débiteur envers Ficschi, ou du moins envers la femme Petit, d'une somme de 5oo francs. C'est sur cette somme que comptait Ficschi pour rembourser ce qu'il devait, et il devait renoncer à son projet. Malheureusement, deux circonstances sont survenues qui l'ont dissuadé; d'abord Janod n'est pas arrivé, et ensuite M. Ladvocat n'est pas resté à la même place sur le boulevait.

FiESCHi. — Janod a dit qu'il avait i ,200 f r. à mon service ; il a écrit une lettre que l'on peut mettre sousles yeux de la cour, et dans laquelle il disait : Je lui enverrai de l'argent, car sa conduite a été si belle à mon égard!

Le PRESIDENT. — Suireau, quand Boireau vous parla-t-il de la corde ?

M. SuTREAu. — Le 27 au matirr.

Le PEEsiDEKT. — Il rtsuUcrait de là que Ficschi aurait parlé de cette corde à Boirtau le 26 au soir, car sans cela comment Boireau l'aurait-il pu dire le in au matin?

FiESCHf. — Je ne suis pas à n>eme de démêler cette affaire. Boireau ne l'a su que le '2'j au soir.

Le PRESIDENT, au témoin. — N'est-ce pas le 2S au matia que Boireau vous a fait cette confidence?

Le TEMOIN. — Non, monsieur 3 c'est le 25 de midi aune heure.

Le psesident. — Boireau, vous avez entendu que le témoin a persisté à déclarer que vous aviez, parlé du pointage ou du mirage de la machine : dites la vérité.

Boireau. — Je ne me souviens nullement d'avoir parlé de cela. La cour jugera comme elle voudra.

D. Vous voyez que vous avez parlé ainsi du boulcvart du Temple.

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R. J'ai parld du boulevart Saint-Marlin et de rAmbigu-Ccniique, et c'est l'Ambigu actuel que j'entendais.

D. Mais après l'Ambigu c'est le boulevart du Temple

R. Je suis convaincu que je n'ai pas parlé du boulevart du Temple. Si Suireaa est franc, il le dira j il dira aussi que quand je suis passé §ar le boulevart il est venu sus le troltoir, et que je lui ai demandé s'il avait acheté ia poudre et les capsuies dont il n'a pas parlé. Il n'a répondu; Non. En ce cas , lui ai-je dit, rendez-moi mes vingt sous, je l'achèterai moinitme.

Le PRESIDENT, au témoin. — Est-ce là ce que Boireau vous a dil ?

Le TEMOIN. — Boireau m'a dit qu'il prendrait cette poudre chez le portier , comme je le lui avais offert.

Le PRESIDENT. — Fieschi , avec vous dit à Pépin', dans les jouis qui ont précédé l'événement, quel était votre moyen d'évasion ?

FîEscni. — Il y a long-temps qu'il le connaissait lui et Morey. La première fois qu'ils sont venus, nous avons examiné ensemble les lieux. Boireau ne peut l'avoir dit que d'après Pépin.

M. Martin (du Nord). — M. le président, je voudrais, avant, faire quelques questions à Boireau pour rappeler les faits. Boireau a fait observer que Suireau n'a parlé du pointage d'une machine infernale sur le boulevart du Temple que le lo septembre. Or ce n'est pas une déclaration du mois de septembre, mais c'est avant l'événement, le 27 juillet, que Suireau l'a dit. Il est impossible qu'il ait inventé tous ces détails |qui ont été justifiés par lévéneraent.

Boire \u. — Je jure que je ne lui ai jamais parlé de machine infernale.

M*^ Marie.— Il résulterait de la déclaration , si elle était vraie, que Boireau avait un autre rendez-vous dans la soirée du 2y que celui avec Pépin, et précisément à la même heure.

Boireau. — Je ne veux rien de désagréable au témoin , mais je trouve bien extraordinaire qu'il ait vu le 27,3 l'atelier, trois individus, quand!lVI. Vernert, qui est resté à catiser avec moi, ne les a pas vus, et que le dimanche 26, il en ait vu quelques autres, quand M. Massé, qui était aussi au magasin,

ne les a pas vus. C'est sans doute parce que M. Massé a des lunettes qu'il ne les a pas vus.

Le PRESIDENT. — M. Vernei t n'est resté à l'atelier que perdant deux heures. C'est sans doute à une autre heure que ces trois personnes sont venues ?

BoiREAu. — Il n'y a que des ouvriers qui sont venus voir un nommé Brotier, un autre ferhianlier. et un nommé Lapierre, tourneur en cuivre.

Me Marie. — Boireau a dit, selon le témoin, qu'il a été question d'une course à cheval qu'il devait faire, que le maître de la maison avait laissé la clé de l'écurie pour le cas où il u'y serait pas.

Boireau. — Non, je ne pouvais pas le dire, puisque je ne savais pas où étaient les clés de M. Pépin.

Le PRESIDENT. — Vous pouvicz savoir que la clé de l'écurie était attachée à un clou.

Boireau. — 11 aurait fallu savoir où était l'écurie, et je ne le savais pas j je n'étais allé que deux fois chez M. Pépin.

M. Martin (du Nord). — C'est pourtant encote un lait constaté par l'instruction, et que le témoin n'a pu inventer. . Boireau donne lecture d'un passage de l'interrogatoire du témoin Magnicr, qui a déclaré que l.i clef do l'écurie était dans un tirrofr de l'arrière-boutlque. Or, dit-il, moi qui allais pour la seconde fois chez M. Pépin, je n'aurais pas fouillé dans ses tiroirs.

M. Martin (du Nord) lit un passage du mémo interrogatoire, où le témoin Magnier déclare qu'on mettait celte clé à un clou ou dans un tiroir du bureau.

FiESCHi. — Je demande la parole pour une affaire qui m'est personnelle. Il y a quatre ou cinq jours que j'entends dire le mot galérien ou échappé de galères. Je prierai M. le procureur-général de me justifier par un seul mot , avant que les journaux en remplissent leurs colonnes. Sans les forces morales qui ne m'ont jamais abandonné , je ne pourrais pas prendre la parole au sujet de cette accusation.

M. Martin (du Nord.) — Il est de fait que FiescUi n'a jamais été condamné aux galères 3 il a été conda:nné h. la réclusion et il a subi sa peine. '

M. Marie. — Il a été condamné comme escroc et comme faussaire.

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BoiREAU. — Je n'ai jamais connu Fieschi comme galérien .

Le PRESIDENT. -— ' Pépin , vous venez d'entendre ce qui a été dit notamment par Boireau , qui a été obligé de reconnaître que le 26 juillet au soir, vous lui avez parlé de votre projet et de Fieschi, que vous lui avez annoncé la promenade à cheval qu'il devait faire le lendemain en votre place , en lui recommandant de s'arrêter au Jardin Turc, qui est en face de la fenêtre d'où est partie l'explosion. Vous avez vu avec quel soin j'ai travaillé à éclaicir, à constater tous ces faits. Qu'avez-vous à dire?

Pepiiv. — Savoir soutenir l'injure et la calomnie est le devoir du sage. Depuis long-temps je sais que c'est mon partage. (Murmures.) Je ne connaissais pas Boireau et je n'ai pu lui dire cela.

Marigues (Nicolas), commissaire de police du quartier du Palais - Royal , témoin assigné en vertu du pouvoir discrétionnaire de M. le président^ est introduit, et dépose en ces termes :

* Le 28 juillet au matin , j'ai rencontré sur la place Vendôme M. Suireau, qui m'a dit s'être présenté la veille chez moi pour faire sa déclaration sur un attentat devant avoir lieu au boulevard près l'Ambigu. C'était, dit-il, une explosion dans les caveaux. Il a ajouté tenir cela de son fils. Je lui demandai s'il avait averti l'autorité; il m'a dit que mon secrétaire l'avait renvoyé , et qu'alors il avait fait sa déclaration chez M. Dyonnet, qui l'avait reçue en forme , et qu'il y était encore retourné le matin à cinq heures pour le même objet. Puis il suivit sa légion , et je ne le revis que quand je fus chargé de l'amener à la chancellerie.

Le PRESIDENT. — N'avez- vous fait aucune démarche pour prévenir l'autorité de ce qu'on venait de vous dire ?

R. J'étais confiant dans ce que m'avait dit M. Suireau , et dans ce que M. Dyonnet devait faire.

D. Votre secrétaire ne vous a-t-il pas dit que M. Suireau était venu la veille au soir et le n^atin ?

R. Non , monsieur le président.

D. Avez-vous toujours ce secrétaire ?

R. Je ne l'ai plus actuellement.

D. M. Suireau vous a-t il parlé d'une machine infernale?

K. Il ma parlé d'une explosion qui devait avoir lieu près de r Ambigu dans un souterrain.

Sur la demande de M. le procureui^géae'ral , M. Suireau père est introduit de nouveau.

Le PRESIDENT. — Suireau, répétez devant le témoin ce que vous avez déclaré.

M. Suireau père. — Je répète que je suis alîé deux fois en vain au commissariat, où j'ai dit que c'était pour une affaire bien importante. Le lendemain ayant vu M. Marigues «ur la place Vendôme, je lui dis : Vous n'êtes pas prévenu? — De quoi? — D'une machine infernale sur le boulevard du Temple. Alors je lui dis ce que je savais. Je dois ajouter qu'il m'a demande si j'avais prévenu l'autorité , et que sur mon affirmation , nous nous sommes séparés.

M. Marigues. — Je répète ce que M. Suireau m'a dit près de l'Ambigu.

M. Martin (du Nord) , à M. Suireau. — Avez-vo us dit que l'explosion dût avoir lieu dans un souterrain ?

**. Suireau.— Non, pas du tout. Vous devez avoir ma note. Le mot souterrain y est effacé parce que je n'avais pas connaissance de cela.

Le PRESIDENT. — La veille, qu'avez-vous dit au secrétaire du commissaire de police ?

M. Suireau. — Je lui ai dit que c'était une affaire très importante. J'avouerai franchement que j'étais dégoûté, et si je n'avais pas eu observé au greffier qui me disait : « Revenez après la revue », que c'était pour un fait qui devait se passer à la revue , je serais revenu chez moi , après la manière dont j avais été reçu. Mais je pouvais être compromis le lendemain, en ne révélant pas le complot qui était à ma connaissance.

Le PRESIDENT. — Avez-vous parlé au greffier de machine infernale ?

R. Non , mais je lui ai dit qu'il s'agissait d'une affaire tiès importante. Le greffier m'a tourné le dos. Il a ouvert la croisa et s'en est approché ainsi qu'un autre qui était là. Alors j écrivis une lettre pour supplier le commissaire de police de se rendre près de moi , ou de m'appelcr près de lui. Deux femmes demandaient un passeport. 11 fallut que j'attendisse les explications qu'on leur donnait pour leur faire comprendre qu'on ne pouvait en avoir à six heures du soir. Après quoi je ques-

tionnai le greffier pour .«^avoir quand il remettrait ma lettre au commissaire de police. Il repondit : Quand il rentrera. — Mais quand rentrera-t-il ?• — Je n'en sais rien. Craignant pour ma lettre ce qui m'était arrivé à moi-même , je la mis dans ma poche.

Le PRESIDENT , à M. Marlgues. — Témoin , avez-vous fait quelques représentations à votre secrétaire sur la légèreté de sa conduite? avez-vous rendu compte à l'autorité supérieure de ce que vous avez appris ?

R. J'en ai parlé à M. le préfet de police, et même à M. le garde-des-sceanx , au moment où je lui ai conduit M. Suireau. Le témoin Valiois , concierge, rue Neuve - des - Petits- Champs , déclare que, le 28 juillet , à six heurts du matin , le sieur Suireau fils a remis un paquet à son épouse , en lui recommandant de le donner à l'individu qui se présenterait pour le prendre , et dont le nom était sur l'adresse. A trois heures après midi , sa femme était allée se promener. Suireau fils vint, et demanda au témoin si on était venu prendre le paquet; et l'apercevant encore sur le lit , il l'emporta.

SoRBA, tailleur, déclare qu'il connaît Ficschi depuis i83i; mais qu'il a été trois ans sans le voir. Le 26 juillet, Fieschi est venu le demander pour l'assister dans un duel comme témoin. Il alla avec lui jusqu'à la place Vendôme, et le quitta.

Buedet( François- Samuel), domestique chez M. Panis , député de la Seine. Je connais Morey depuis trois ans ; je le voyais quand j'allais lui porter quelque chose à arranger. Il était le sellier de M. Panis. Le 27 juillet . je l'ai vu dans la rue des Fossés- du-TempIe , de onze à onze heures et demie, vis-à-vis la porte cochèrc , n® 39 : il venait du côté de la Bastille ; il avait une redingote verte et un chapeau gris. J'étais avec un nommé Pierre , et je lui dis : C'est Morey. Il marchait lentement.

M. Martin (du Nord). — Morey, avouez-vous ce fait? Morey. —Je ne pouvais pas être rue des Fossés-du-Temple à l'heure indiquée par le témoin , attendu que je suis allé dans ia matinée à la Maison-Blanche, et que je n'étais pas encore de retour.

JoLLAM , ferblantier, autre témoin.— J'ai rencontré Boireau ?u bout de la rue du Temple, sur le boulevart; nous nous sommes dit bonjour, et je lui ai dit: Nous allons voir passer

ic roi el sou ctat-majoi*. Il m'a rc'pondu : Je me moque bien de lui. C'est un cochon! — Cliacun son idde, que je lui (\\$i Il me re'pond : Est-ce qu'un jeune liomnio comme vous ne devrait j^as apprendre à connaître ses droits, et ne pa-s être juste-milieu comme ça. ( On rit.)

D. A quelle heure?

R Un quart d heure, pcul-étre vingt minutes, une demiheure au plus avant l'explosion. (Le témoin reconnaît Boireau,)

BoiREAu. — Je n'ai certainement pas tenu ce propos; d'ailleurs, j'ai souvent causé avec lui, et ilpeutdiresi je lui ai jamais tenu un langage semblable.

Le PRÉsmENT. — Vous voyez que vous avez ëté sur le boulevart du Temple une demi-heure avant l'explosion.

BoiREAu. — J'ai rencontré le témoin avant; nous avons vu le commencement de l'escorte; nous nous sommes trouvés séparés par les voitures

M" Paillet. — Boireau élait-il Scul?

R. Oui.

D. Avait-il l'air extraordinaire?

R. Je ne me suis aperçu de rien.

Battre dépose qu'il a donné à Fieschi quelques petits morceaux de bois que celui-ci avait demandés pour faire un chassis: que Fieschi fit Ini-méme ce châssis, qu'il lui dit d'abord un châssis de fourneau, puis un châssis à, filtrer.

Le PiîÉsiDEKT. — Cetfe petite machine avait -elle quelques rapports avec ceile qui est sous vos yeux ?

R. Le principal rapport e>t l'obliquité.

Martin (du Nord.) — Ainsi ce petit modèle fait par Fieschi, donne une idée de cette machine?

R. Oui, dans son ensemble, mais le pourtour n*était pas assemblé.

Martin (du Nord) à Pépin. — Ceci confirme la déclara tion de Fiesrchi, qu'il a fait un modèle ponr vous le montrer; fojr lui ce modèle était inutile, un simple dessin lui suffisait.

Pépin. — Je m'en réfère li mes confrontations avec Fieschi; ces confronlatious ont en tout point démenti ses allégations à mon égard. Je n'ai jamais donné une chiquenaude à un en-

fant, et je n'aurais pas préme'dité l'assassinat de mes conci- .toyens.

M. Marie. — La de'position du te'nioin ne me paraît pas aussi concluante qu'à M. ie procureur-ge'néral. Le témoin a dit que ce petit modèle fait par Fieschî avait quelques points de ressemblance soit avec un métier à tisser^ soit avec un châssis de filtre; cela pouvait donc s'apliquer à plusieurs objets.

Martin (du Nord.) — Le témoin a dit que cette Jpetlte machine donnait une idée exacte de la grande machine ; mais quand il a vu le petit modèle; il n'était pas tout à fait terminé. Pent-être n'avait-ii pas pris toutes les précautions nécessaire* pour le rendre aussi solide que la machine

M. Marie. — Toutes les fois qu'il y aura quatre morceaux de bois assemblés, on aura un modèle plus ou moins exaot de cette machine. On pouvait la comprendre sur un dessin, et il n'était pas nécessaire d'avoir un modèle en bois.

FiESCHi. — M. le procureur-général m'a coupé la parole, il a dit ce que je voulais dire. Je demanderai si le témoin se rappelle que la traverse de derrière était une coulisse.

Le TEMOIN. — Sur les deux pieds de derrière, dans la surface antérieure aux deux pieds parallèles, était pratiqwée une petite - rainure dans laquelle on a établi une petite traverse qui montait et descendait à volonté.

FiEscHi. — -^La fente de la traverse qui supporte la coulisse des canons fait face à la bouche des canons , mais dans le petit modèle, la face était dans l'autre sens.

M. BuRGH dépose que, vers la fin du mois d'avril, trois individus de moyenne taille, dont il lui serait difTicile de donner le signalement , se sont présentés chez lui pour acheter des chevrons en chêne et une membrure en hêtre , et que ne te* nant pas ces articles , il les a envoyés chez M. Faucheux.

(Le témoin ne reconnaît aucun des prévenus.)

Faucheux , employé comme garçon de chantier chez le sieur Faucheux, marchand de bois, son oncle, n'a aucun souvenir d'avoir vendu quatre chevrons en chêne et une mem-^ brure en hêtre à trois personnes qui se seraient présentées dans le chantier de son oncle. Il ne reconnaît aucun des accusés. Le PRÉSIDENT, àFieschi. - Reco^anaissez vous le témoin ? FiEscHi. — Oui, monsieur.

M•DuPO^'T, au témoin. — N'est-il pas d'usage, lorsqu'on fait une vente clans votre maison . de l'inscrire sur les livres? Le TÉMOIN. — Oui.

M* Dupont. — Sans exception?

Le TEMOIN. — Oui,

M.Martin (du Nord). — Pépin, vous avez dit dariS l'instruction que peut-être vous aviez acheté du bois chez Pauchenx. Avez-vous recueilli vos souvenirs à cet égard?

Pépin. —C'aurait pu être possible j mais depuis que ce nom est prononcé , je sais bien n'avoir jamais acheté du bois chez Paucheuxt J'ai acheté du bois chez divers, sur le quai de la Râpée.

M. Martin (du Nord) donne lecture d'un interrogatoire de Pépin , dans lequel Pépin aufiit dit , lorsqu'on lui a parlé du bois acheté chez Paucheux, et qu'on a parlé de la somme de i3 fi\ 5o c. : « Je me mets à pr'isent sur la voie de quelque chose que je dirai plus tard, » diL-il. Eu s'adressant à Pépia ; Je crois que le moment est venu de le dire.

Pépin. — Je n'ai rien à dire à cet égard. Je ne savais pas qu'on pouvait m'interroger sur le bois ; je savais bien avoir été acheter du bois sur le quai de la Râpée. D'ailleurs, a été constatée par Taudition des témoins la vérité d 3 ce que j'a' allégué à cet égard,

M. Martin (du Nord). — Vous ne répondez pas à ma question; vous Ui comprenez mal ou peut-être l'ai-je mal pose'e. J'insiste pour qu'aujourd'hui, dans votre intérêt, dans l'intérêt de la vérité, vous disiez ce quelque chose d'important que vous vouliez dire plus tard.

Pépin. •— Je rappellerai l'état dans lequel j'étais , et où je ne savais pas trop ce que j'aurais voulu dire par là. Je m'en rapporterai encore a la conhontalion avec Fieschi. Il m'a demandé du bois à acheter , c'est-à-dire un métier à faire. C'est peut être là ce que j'aurai voulu dire.

M, Martin (du Noixl). ^- Il vous a donc parlé de métier? Pépin. — Cela est constaté dans une confrontation devant M. le président.

M** Marie. — En effet, lorsqu'on a interrogé Pepin pour savoir s'il ne serait pas allé acheter du bois sur le quai de la Ra- I>ée , il a dit que cela pouvait être , et qu'il était possible aussi

que Ficschi fut venu avec lui. En effet on a interroge un M. Burglî, autre que celui qui vient détre entendu. Voici ce qu'il a re'pondu ; Je ne tiens pas de hêtre ni de bois neuf , je ne liens que des bois de bateau -j je connais Pépin qui a fait prendre plusieurs fois du bois cliez moi , au nom d'un M. Chevalier, propriétaire d'une maison où Pépin occupe deshangards, lue de Bercy, n°'j5.

« Et aussitôt M. Burgh nous a montré sur son livre , au nom de Pcpin, aux dates des 20 et 25 décembre i834, mars, avril et juin :835, un article ainsi conçu : (suivent quelques mentions.)

fi Nous p.vons ensuite fait le récolement de cet article avec les numéros indiqués du livre journal et nous avons reconnu qu'aucun de ces articles n'a pour objet la vente de chevrons en chêne et d'une membrure en hêtre. M. Burgh nous a dit : Pépin est venu plusieurs fois chez moi. Il portait une blouse blanche, etc. »

Ainsi il résulte bien de finstruction qu'en effet Pépin est allé souvent acheter du bois sur le quai de la Râpécj que Burgh, qui connaissait Pépin, ne se rappelle pas qu'il soit jamais venu avec Fieschi ou tout autre acheter du bois dont la nature est indiquée comme devant servir à la machine. Pépin a donc pu répondre qu'il était allé plusieurs fois acheter du bois j il a pu dire aussi que Fieschi l'avait accompagné.

Fieschi. — Nous nous sommes présentés devant trois ou quatre chantiers. Pépin a dit : N'entrons pas ici , on me con- J.aît, et nous entrâmes dans un autre chantier.

Paucheux, oncle du précédent témoin , dépose n'avoir aucune connaissance que trois individus se soient présentés chez lui pour acheter des chevrons de chêne et une membrure de hêtre. 11 ne' reconnaît aucun des accusés.

Le PRESIDENT à Fieschi. — Reconnaissez-vous le témoin?

Fieschi. — Je l'ai vu deux fois : une fois au chantier, l'autre fois à la Conciergerie. J'ai dit , aussitôt qu'il est entré : Voici le marchand de bois. Je n'ai pas perdu la boussole , quoique j'aie été bien malade.

Le PRESIDENT au témoin. — Ce ne serait pas Fieschi qui vous aurait donné trois pièces de 100 sous , sur lesquelles vons auriez rendu 52 sous ?

Le témoin. — C'est ce qu'on m'a dit, mais je n'en ai aucuiic coriDaissance.

Le PRESIDENT. — Connaissez-vous le commissionnaire Charles?

Le témoin. — Non. monsieur le président.

Le pkésident. — Il paraît que ce serait lui qui aurait été enlever le bois au chantier.

Le TEMOIN. — C'est une affaire qui a pu se faire : mais comme elle est minime, elle n'a pas été écrite sur mes livres. : Me Dupont. — Je demanderai au témoin s'il a l'habitude d'inscrire toutes les ventes qui se funl dans son établissement ? • Le TEMOIN. — Un autre client aura pu venir à ce moment, el comme c'étais une chose minime, je me serai occupé de ce client.

: M. Martin (du Nord). — - Inscrivez-vous les noms pour les ventes importantes ?

- Le TEMOIN. — Je les inscris toujours , à moins que je ne l'oublie.

Me Dupont. — ^ J'ai fait cette question , parce que , dans le mois d'avril, on ne trouve a aucun jour, sur les livres de Pauchenx, la mention d'une vente qui ressemble à celle de ces chevrons. On trouve seulement, à la date du 26 mai , quelcjue chose qui aurait quelque identité. Encore ce sont trois vcnlv.^ GOinplètement distinctes , de sorte qu'on ne sait pas à quelle date a eu lieu cet achat. Ainsi , on n'a d'autre preuve à cet égard que l'anirmalion de Fieschi , qui dit tantôt 1 avoir arbe téc en mai, tantôt en juin, tantôt en avril.

L'audience est levée à cinq heures et demie , et renvoyée à demain matin.

DIXIÈME AUDIENCE. — 8 FÉVRIEH.

Sy.MMAiRE. — Suite de l'audition des témoins, — l.c médviin de la Conciergerie. — M* Baude. -^ M. Cannes.

Les accuseVsont amenés \ midi et demi.

A midi trois quarts la cour entre en séance.

M. le greffier en chef fait l'appel nominal. M. le marquis de Meun ne répond pas à l'appel de son nom.

Claude-Bénigne Meje AN , officier de paix , ancien secre'taire de M. Marrigues, commissaire de police, entendu hier, est introduit.

Le président. — Le 7,7 juillet dernier, un particulier ne s'est-il pas présenté chez le commissaire de police dont vous étiez le secrétaire pour faire une déclaration importante.

Le TEMOIN. — Oui, monsieur , le 27 juillet , vers neuf heures du soir, un monsieur que j'ai su depuis être M. Suireau , esfc venu au bureau et m'a dit qu'il devait y avoir du bruit le lendemain , et qu'il désirait en causer avec M. le commissaire de police. Je lui dis qu'il était sorti , qu'il était possible que je le visse dans la soirée , et qu'il pouvait lui donner un rendez- Tous. Ce monsieur me dit que c'était pressé, et alors je lui dis; Rendez-vous de suite chez le commissaire de police de votre quartier, vous aurez sa protection. — - Je crains de me compromettre. — Ne craignez rien; votre déclaration sera reçue anonymement Qt elle sera transmise au préfet , soyez tranquille. Ce monsieur insistait et je le suivis jusqu'à ia porte en lui répétant: Votre déposition sera reçue. Comme toutes les veilles de revues on venait nous avertir toujours qu'il y aurait du bruit , et qu'il ne se passait aucun lait , je ne pensais pas que cela fût aussi sérieux. C'est sur mes instances que M. Suireau a été chez le commissaire de police voisin.

Le président. — Vous rappelez-vous précisément l'heure à laquelle M. Suireau a été chez vous ?

Le TEMOIN. — C'est à huit heures trois quarts à peu près; j'invitais M. Suireau à écrire une lettre à M. Marrigues j mais comme il me dit que c'était très pressé , je lui dis : Allez chez votre commissaire de police , soyez tranquille, vous ne serez pas compromis. Ce témoin a dit que je l'avais mal reçu , mais il n'en est rien.

Pierre Juillet , domestique chez M. Decure, chef de bataillon de la 10® légion.

Le 28 juillet au matin, ne vous trouviez-vous pas rue des Fossés-du-Temple ?

R. Oui, monsieur , vers neuf heures et demie , dix heures. J"'ai rencontré le domestique de M. Panis. Il me dit : Tiens ,

Toilà Morey qui passe, c'est notre bourrelier. Je ne le connais^ sais pas j aussi je n'ai pu le reconnaître.

D. Le reconnaissez-irous?

R. Non.

Le président. — R^^pétez les paroles mêmes du domestique de M. Panis.

Juillet. — Le domestique me dit , en me montrant un vieux qui passait en redingote verte avec un chapeau blanc : Tiens , voilà Morey ; c'est notre bourrelier.

Antoine Chanut , ferrailleur :

J'étais commissionnaire au mois de juillet; un jour de ce lûois , un homme vint me chercher pour porter des morceaux de bois dquarris du quai de la Râpée, où il les avait achetés , à la rue deMontreuil.

Le PRESIDENT» — Reconnaissez-vous cet homme parmi les accusés ?

Chanut , vivement , en montrant Morey. — Oui , c'est lui ! le voilà î

D. Etcs-vous sûr de l'endroit où vous avez porté ce bois?

R. C'était du côté de la rue de Montreuil , dans la lue des Ormes.

FiEscni. — Il a oublié de dire que je lui avais remis , pour porter le bois, la facture qu'il m'a rapportée,

D. A qui a-t-on remis la facture?

R. A lui (montrant Fieschi.) C'est là l'homme à qui j'ai remis la facture.

La dame Lesage, fabricant de papiers peints :

Je reconnais Beschcr du moins Fieschi , puisque c'est

lui, et Morey. Fieschi a travaillé chez nous sous le nom de Bescher.

D. Pour y travailler , a-t-il remis , en vos mains , un livret?

R. Oui , monsieur.

D. Vous rappelez-vous qu'à un jour quelconque Fieschi ait fait porter du bois chez vous ?

R. Oui , monsieur. Un jour de fêle ou un lundi, il me dit : Voulez-vous me permettre de déposer chez vous quelques morceaux de bois 7 Je consentis. 11 ressortit , et rentra avec un commissionnaire , qui a porté quelques morceaux de bois. Je lui dis : Déposez-les contre le angard.

D. Lui avez - vous demandé à quel usage il destinait ce bois ?

B. Oui. Il m''a dit que c'e'tait pour faire un métier à filer.

D. Comment a-t-il emporté ce bois ?

B.. Il Ta emporté en deux ou trois fois.

D. Quand Fieschi sortit de chez vous, reprit-ii son livret ?

K. Non, monsieur 5 je Tavais préparé pour le lui rendre, je l'avais même signé , mais j'oubliai de le lui donner, et il ne le réclama pas.

D. Qu'est devenu ce livret.

R. Le 29 juillet, M. Morey est venu nous voir. Il nous dit : Vous ne savez donc pas ce qui est arrivé? Je répondis : Eh ! mon Dieu si; c'est une chose horrible. Il reprit ; Vous ne connaissez pas l'auteur dé cet attentat?... eh bien ! je vais vous le dire ; eh bien ! c'est Bescher... — Bescher ! repris-je tout effrayé : j'ai ici son livret. — Vous l'avez , répondit Morey j eli bien î remettez-le moi. Ce livret n'est pas à lui; c'est un livret que je lui ai fait avoir. Bescher n'était pas son nom.

D, Vous a-t-il dit alors quel était son véritable nom?

Pi. Non, monsieur; du moins, s'il le dit, je ne me le rappelle ras.

Le rBÉsmENT. — Reconnaissez-vous Fieschi?

Le téîuoin se retourne, salue poliment, et dit : Oui, monsieur; c'est M. Fieschi. (On rit.)

Le presidExNT. — - Reconnaissez-vous Morey?

Le TEMOIN. — Oh! il est très-change; je le reconnais bien.

FnANçois JossERAND, menuisicr, ruede Moulreuil, n° 4'- J^' connais Fieschi sous le nom de Gérard. II vint un jour chez moi; je n'y étais pas, mon épouse le reçut, et il déposa deux chjvrons de bois, en disant qu'il reviendrait. Il revint, et apporta Irois autres chevrons. Il me commanda une membrure. Comme je ne comprenais pas bien, je fus obligé de figurer ce que je croyais qu'il voulait faire, et nous nous entendîmes. Il dit que ce serait un métier pour sa fille. Nous convînmes de 5 IVancs; et comme je fournis un chevron en bois, cela fit en tout G francs, qu'il réduisit à 5 francs 10 sous. 11 emporta les morceaux divisés de la membrure en deux fois.

MATHfAS Renauld DubrajSle, mcnuisicr, rue de Crussol J ai été chargé de faire des rainures et des mortaises à la membrure

fabriquée par Josserand. Je con naissais Fiesclii pour avoir acheté des baquets au moulin de CrouUebarbe. Je lui pris 5o sous pour la rainure et les mortaises. Fiesclii revint lorsque cela fut achevé; et demanda qu'on lî» à la traverse \iiigt-citiq entailles Fieschi, en faisant cette commande, dit qu'il, était inutile que cet ouvrage lût bien fait, parce que les entailles., étant destinées à un dévidoir, devaient être garnies de cuivre : Fieschi nie demanda l'adresse d'un serrurier, |0ur avoir une bande de tôle courbée, et je lui indiquai le serrurier qui se tiouve rue des Fossés du-Temp le en face le passage du Jeu de Boulcj mais Fiesclii s'adressa, à ce qu'il paraît, autre part.

Jean Bury, quincaillier et marchand d'armes, rue de l'Arbre Sec. Dans le courant de juin, Fieschi, que je ne connaissais pas alors, se présenta à ma boutique avec l'adresse du sieur Meunier. Il me demanda si j avais vingt canons de fu»>i[ à vendre. Je lui répondis que oui. 11 me dit qu'il ne pouvait pas conclure ce marché, parce qu'avant il devait écrire à la personne pour laquelle il fai>ait eetle acquisition. Cinq semaines après, vers le 20 ou 22 juillet, Fieschi revint pour conclure, tt dit à ma femme que c'était vingt-cinq canons qu'il lui failaitj que le marché était conclu à 6 ir., si je voulais lui donner un pistolet par dessus le marché. Ma femme lui dit que le marché ne tiendrait pas à cela. Je me suis mis à arranger les canons; à les mettre en état. Il y en avait de rouilles, et trois d'entre eux n'c^-; talent pas encalassés. Conune je n'avais chez moi qu'un étan tournant, j'allai chez mon voisin le serrurier, et je les arrangeai. Vers raidi, j'étais entrain de travailler, je su.iis sang et eau. Fieschi vint et m'offrit un verre de vin. Nous resnontàmes après l'avoir pris, et je lui montrai plusieurs pislol t> qu'il ne trouva pas à son goût. Il disait ; Vous me montrez là des pistolets que je ne ramasserais pas si je les trouvais pu- terre : allons, voijs m'indemniserez de la valeur du pistolet. Je ne l'aurais pas laissé en aller pour cela; je regardais cela comme l'escompte de l'argent qu'il avait à me payjr. Fieschi me demanda si j'aurais une caisse pour mettre les canons. Je lai dis que je pourrais lui dontier une des caisses dans lesquelles on m'envoie des pelles et îles pincettes, que cela irait avec un cou- Trcle. lime dit: J'achèterai plutôt une malle. J'ai d'autres marchandises à envoyer. Il me paraissait être chargé par quelqu'un de province pour faire a-quisition et expédier de Paris, m. 9

B. A quoi croyiez-vous ces canons destinés?

R. Je croyais qu'ils e'taient destinés à un armurier de province, pour faire des fusils pour la garde nationale. Il y avait dans le nombre des canons un canon anglais. Je crois que c'est l'un de ceux qui ont crevé.

D. Savez-vous si quelques-uns des canons n'avaient pas de lumièr*î?

R. Il y en avait deux ou trois , au moins deux,

D. Avcz-vous fini par lui donner un pistolet?

R. Il a même pris celui qu'il avait refusé la première fois.

D. Avez-vous donné facture au témoin ?

R. Mon neveu lui a donné facture, et, sur sa prière, a porté les canons à ^ fr. 5o c. au lieu de 6 fr.

D. Sous quel nom lui avez-vous donné facture?

R. Sous le nom d'Alexis.

M. Martin (du Nord) — Pépin , vous voyez : lorsque Fieschi envoie chez vous des babil lemens , c'est sous le nom d'Alexis ; lorsqu'il se fait donner facture des fusils, c'est sous le nom d'Alexis. Il est donc probable que c'est pour vous que les fusils avaient été achetés.

Pépin. — Les effets de Fieschi ne devaient pas être adressés chez moi. Je n'ai jamais connu ce nom d Alexis.

M. Martin (du Nord). — Puisqu'il est question de fusils, -combien de (ois êtes-vous allé à Sainte-Pélagie?

Pépin. — Deux ou trois fois.

M. ]Martin (du Nord).' — J'ai la preuve que vous y êtes allé quatre fois, et, chose assez singulière, vous y avez été trois fois dans le courant d'avril, les lo, 18, 26. Or, remarquez que, d'après les. dires de Fieschi, la machine infernale devait d'abord servir lors de la fête du roi , que des hommes dévoués devaient alors vous fournir les fusils. Il prétend que vous alliez à Sainte Pélagie pour vous entendre avec Cavaignac pour vous procurer les fusils : c'est une circonstance à relever.

Pépin. — M. le procureur- général tirera de cela toutes les inductions qu'il lui plaira 5 mais ce qui est vrai, c'est que j'ai pris une permission sous mon nom pour aller voir Henry Leconte, qui se disait alors dans le besoin. Jamais je n'ai été le voir saiîs lui porter des secours, Je n'attachais à cela aucun secret.

M, Martin (du Nord). — Vous ne pouvez dénier qu'en même

i3i temps que vous voyiez Henry Leconle, vous voyiez les autres prison niero.

Pépin. — Je ne sais si on pouvait les voir; moi^ je n'ai pas vu d'autres personnes.

M Mautin (fluNortl). — Vous avez fait cl'aulres le'ponses dans votre interrogatoire. Voici cet interrogatoire :

(' D. Lorsqu'il fut question de se procurer les fu-^ils qui étaient ne'cessaires pour la confection de la machine, ne ditesvous pas à Fieschi que vous connaissiez une personne qui vous en ferait avoir?

» R. Il n'a jamais été question de cela chez moi ; si je pouvais parler, je donnerais à l'instant même la preuve que je suis incapable de pareilles actions.

» D. Je vous fais observer que , dans votre situation , vous auriez le plus grand tort si vous ne disiez pas tout ce que vous pouvez dire en cette matière.

» R. Je veux dire que des gens, se disant patriotes, m'ont souvent fait des propositions de cette nature, que j'ai rcpoussëes hautement et sans hésiter. »

Remarquez, Pépin, continue M. le procareur-ge'néral, qu'à celte époque vous alliez à Sainte-Pélagie, et que Fiesclii, qui ne connaissait pas votre interrogatoire, a de'clare' que vous y alliez pour avoir des fusils.

Petiiv. — Vous voyez bien que je n'attachais aucune importance* à mes visites à Sain le -Pélagie , puisque je vous ai toujours ditquej'y allais, et que je n'y ai jamais été sans porter des secours. Je ne sais vraiment pas pounpioi on allache de rimpcrtanee à Fieschi. Vous savez, au surplus , que je ne suis qu'une victime de Fieschi.

D. Vous avez dit que si vous pouviez parler vous diriez (îes choses imporlanles. Le moment de dire ces choses est venu ; mais on insiste, on vous demande :

« Ne pourii z vous pas entrer dans quelques détails sur les propositions qui vous auraient cté faites ?»

Vous répondez :

« Non, monsieur, vous comprenez que je ne peux ])as être dénonciateur. D'abord ou ne m'a jamais pirh! d'armes, mais on me parlait de quelque chose dans ce genre-là. »

Quel que soit le trouble d'une personne, il est impossible qu'elle fasse de semblables réponses.

R. Si j'avais eu quelque cliose à révéler, je l'aurais révélé.

D. De quoi vouliez vous parler quand vous diâez ; On me parlait de quelque oho^e dans ce genre là ?

R. Vous savez bien qu'alors je n'avais pas été confronté avec Fioschi. Ces mots-là s'appliquent à Fiesclii. Voiià pourquoi j'étais troublé... troublé. Vous me parliez toujours de Fieschi; .Fieschi s'était présenté comme patriote , il se dirait condamné à mort pour politique. Cest comme cela que Fieschi s'est introduit dans la maison.

Mai^tiiv- (dû Nord). — On vous demande :

« D. Sans être dénonciateur des personnes . on peut expliquer les faits. »

Vous répondez :

(c R. On m'a souvent parlé de telles choses, mais je n'ai jamais voulu entrer dans ces détails. »

Martin (du Nord). — Il est impossible que le trouble où Yoas étiez ait pu vous dicter de pareilles réponses.

Me Dupont. — Puisque les noms de Cavaignac et de Guinard ont été prononcés, je désirerais qu'il fût bien constaté s'il a été possible à l'accusé Pépin de les voir. Je tiens de Cavaignac que Lecoi) te était en juison dans un des bâlimens tellement lïoiés du corps de bâtiment où Guinard, Cavaignac et les autres accusés d'avril étaient incarcérés, qu'il était impossible à (Hielrpi'un qui allait voir Leconte de communiquer avec eux. Le concierge et les gardiens de Sainte-Pélagie pourraient dépo-ei" juridiquement de cette impossibilités

^.ÎARTiN (du Nord.) — Voici un de vos interrogatoires:

a D. N'avez-Yous pas vu à Sainte-Pélagie le sieur Guinard?.

,) B. Je l'ai connu eoumie tous les autres: mais je n'ai pas eu de relations avec lui. 3>

. Pepin. — Cela prouve que lorsqu'on m'a interrogé je ne sa-, vais ce que je disais, car c'est impossible. Personne ne dira que je connaisse Guinard, ni que je lui aie jamais parlé.

Martin (du Nord). — Vous avez dit : Je l'ai vu comme tous

1 e.^ autres.

PePf^. — Je le voyais dans la cour, de loin.

Le PRESIDENT. — Et Cavaignac, le connaissiez-vous?

Pepin. — Je le connaissais, oui.

3TARTIN (du Nord). — Voioi encore la réponse écrite de Pépin lors dd son interrogatoire:

tt D. Eles-vous allé souvent voir le situr Cavaîgnac?

» R. Non, monsieur, je n'avais pas de permission pour le Toir; je l'ai vu, comme bien d'autres, en allant voir Liconle. »

M® Dupont. — C'est mate'riellement impossible.

M. Martin (du Nord). — Des le'moins pourront donner une preuve matérielle du contraire.

Pépin. — Vous voyez comme on peut , dans un interrogatoire, compromettre un accusé.

M. Mabtin (du Nord).— Vous-même , vous vous seriez compromis, puisque c'est votre déclaration.

M® MiiiiE. — Pcpin a dit qu'il avait vu Cavaignac dans Tintérieur de la cour.

Pépin, — Il est possible que je l'aie vu par la croisée.

Le PKEsmENT. — Quand vous dites que vous l'avez vu sans avoir de permission, cela ne signifie pas que vous l'avez aperçu de loin ou par une croisée.

M^ Marie. — Mais il ajoute qu'il l'a vu dans l'intérieur de la cour.

M. Martin (du Nord). — Quand on a une permission pour pour voir un prisonnier, on peut aller voir les autres.

M® Dupont. — Nous articulons en fait que c'est matériellement impossible.

M. Frank- Carré , avocat-général. — Nous articulons en fait que c'est possible , et nous en avons une connaissance personnelle.

M. Martin (du Nord). — Le directeur de la prison déclarera peut-être les avoir vus ensemble.

Le PRESIDENT. — Tous les détenus dans les diverses partes de la prison peuvent commmuniquer entre eux.

M" Dupont. — C'est une erreur.

M. Martin (du Nord. — Non , ce n'est pas une erreur.

M" Dupont. — Voici ce que je puis affirmer à la cour. Avant que Cavaignac partît de Paris , je l'ai vu. Il m'a cliargé de dire en son nom à la cour (marques d'étonnement ) que jamais il n'avait causé avec Pépin, et ne l'avait vu à Sainte- Pélagie. Il m'a dit qu'il lui était impossible de voir Pépin , parce que les ptisonniers de la détenlion ne communiquaieiit pas avec le bâtiment où étaient logés les accusés d'avril. Ceux-ci avaient un parloir spécial à la gauche de la prison. Les prison r.k-rs de la détontioa n'av.ibnt nas dcpailoir} ou

i34 allait clans leurs chambres pour les voir. Je demande que le concierge de la maison soit entendu pour e'tablir la vérité de ce fait.

Le président. -- A quelle époque avez-vous vu Cavaignac à Paris "^ (Mouvement de curiosité.)

M® Dupont. — Il y a quinze jours. (Sensation.) Le PRESIDENT. — Conséquemment , Cavaignac n'est sorii de Paris qutî depuis l'attentat. (Nouveau mouvement.) * M« D[;poAT. — Guinard esf: parti de Paris le soir même de l'évation^ Cavaignac est resté. Parbleu! c'est tout simple. On avait mis en jeu tous les télégraphes et envoyé des courriers pour faire de tous côtés des arrestations. Ceux qui se trouvaient à Paris n'en sont point partis immédiatement. Ils «-e seraient expohéi à se faire prendre. Guinard s'était procuré d'avance une chaise de poste et des chevaux de poste. Cavaignac n'avait pas pris les mêmes précautions : il a attendu que la police fût un peu dépistée pour s'éloigner de Paris. Guinard était parti pour la Belgique deux jours après son évasion.

FiEscni. — J'aurais l'honneur de faire une demande à M. le président : c'est de faire appeler le concierge et les gardiens de Sainte- Pélagie lis doivent avoir vu Pépin causer avec Cavaignac à Sainte Pélagie. Comment en serait-il autrement? Cavaignac lui devait 5oo fr. Pensez-vous qu'il serait allé à Sainte- Pélagie sans aller le voir. Pépin leur a dit même qu'il allait voir Guinard qu'il ne connaissait pas. Deux gardiens peuvent attester le fait , je les nommerai si la cour le demande. Le PRESIDENT. — Nommez-les.

FiEscHî. •— Ce sont les nommés Boucher et Alain, qui étaient alors à Sainte-Pélagie, et mes gardiens actuels. Ce sont eux qui me l'on dit. Il faut que je démêle la vérité... Puisque j'ai trempé ma soupe, il faut bien que je cherche une cuiller pour la manger.

Mad. BuRY (FloreNiquet), âgée de trente ans, femme de M. Bury, (juit^cailiier, rue de 1 Arbre-Sec, dépose : dans le courant de juillet dernier un individu est venu chez moi marchander des canons de fusil 3 il prenait le nom d'Alexis ; il en demandait vingl, disant que c'était pour la province, et qu'il rendrait comp e^ lu prix j il est revenu donner réponse, et'a commandé viiigt-cinq canons de fusils qu'on lui a mis en é!at, au |>i àe6 fr. la pièce, il a fait mettre 7 fr. 5o c. sur la facture.

Je lui ai fait observer que plusieurs canons n'avaient pas de lumière, il a l'époii lu que ça ne faisait rien. Il a exige par-Jessui le marche' un petit pistolet.

D. A-t-il dit pourquoi il faisait facturer plus cher qu'il n'achetait?

R. Non, M. le prdsident.

D. Reconnaissez-vous Fieschi ?

R. Oui, je le reconnais.

Fieschi. ■ — Il ne fallait pas he'siter, c'est bien moi.

M. BoNDET, âgé de dix-sept ans, neveu et commis de M. Cury, dépose:

M L'accusé Fieschi est venu, sous le nom d'Alexis, prendre chez nous livraison de vingt-cinq canons de fusil, au prix de 6fr. chacun. Il a fait mettre 7 fr, 5o c. sur la faclun?. Après avoir payé, il a fait mettre les fusils dans une malle qu'il a emporlée dans un iîacre.

M. Patllet. — Quelle est l'espèce de pistolet qui a été donné en sus du marché?

M. BoNDET. — Je ne l'ai pas vu, c'est ma tante qui l'a remis.

Mad. BuiiY, — C'était un pistolet en cuivre, de cinq pouces^ de long j il était à pierre.

Fieschi. — Il était à piston.

Françoïs-Pierron , cocher de fiacre. — L'î 25 juillet dernier, on m'a conduit rue de l'Arbre-Sec, à la porte de 1j boutique de M. Bury, quincaillier. Un in lividu est monté dans la voiture, et on y a porté une malle. C'est l'accuse Fieschi que j'ai conduit chez Maréchal , marchand de vin , rue de Vendôme, n. I.

Alex.\ndre-Ephaî\ Desmarets, garçon marchand de vin chez Rlaréehal, rue de Vendume. J'ai vu arriver un liûcre, riiomme qui était dedans en a descendu une malle , et a payé un canon au cocher. Il a fait porter la malle du côté du bouIe\'ard du Temple, par l'inspccleur de la place des cabriolets. Tous deux: tenaient par les poignées la malle qui paraissait fort lourde.

Bauchet-Mérand, desservant de la place des cabriolets. Le 26 juillet, j'ai aidé un particulier à porter siu* le boulevard du Temple, n. 5o , au troisième, une malle qui était déposée à la porte de Maréchal, marchand de vin. La malle élait très lourde; je lui ai demandé ce qu'il y avait dedans. Il m'a dit

i36 qu'il !)e le savait pas, que sa femme la lui avait envoyée de province sans lui dire ce que c'était.

Le mardi suivant, vers sept heures du matin, j'ai vu le même itulividii, accompagné d'un autre commissionnaire, portant la même ma lie. Je nv, le leconnaissais pas; il m'a dit bonjour, alors je Tai reconnu, il est monté dans usi cabriolet, et j'ai aidé à mettre la malle sur le tablier du cabriolet.

Rocii MjiUNiER , commissionnaire. — Le 28 juillet, un particulier, l'accusé Ficsclii; m'a conduit dans son logement, boulevard du Temple, au Iroi^iènie étage. Il m'a fait porter une malle jusqu'à la rue de Vendôme et il a pris un cabriolet.

ViÉ.\OT, cor her de cabriolet de place, dépose : — Le 28 juillet dernier, j'étais stationné rue de Vendôme, lorsqu'un commissionnaire, portant une malle, est venu avec un particulier- Celui-ci est monté avec la malle dans ma voiture , et je Taî conduit à la place aux Veaux, il m'a payé trente sous pour ma course^ et m'a payé im verre de vin.

M. MoMON, marclianJ de vin, rue de Poissy. Le 28 juillet dernier, on a déposé devant ma porte une malle qui a été descendue de cabriolet. L'accusé Fiesclii, après avoir fait prendre la malle par un commissionnaire , s'est dirigé vers la rue Saint-Victor.

Mary^ commissionnaire. Un particulier m'a fait prendre, le 28 juilletj rue de Poissy, une malle que j'ai portée rue Saint- Victor. Je ne reconnais pas raccuié Fiesebi.

FiEsciir. — Je lui ai pourtant payé un canon.... et il ne me reconnaît pas.

M. Mo-\GiN (Nicolas), marbrier, rue Sainl-Nicolas-Saint- Antoine, est appelé en veitu du pouvoir discrétionnaire.

Le PRÉsroENT. — Vous avez concouru honorablement à l'arrestation de Fiesclii, mais on avait jugé inutile d'appeler aux débats les te'moins qui se sont trouvés dans le même cas. Vous m'avez écrit ce matin et vous avcz ajouté que vous aviez des révélations à faire sur le compte de Pepiu. (Vif mouvement de curiosité.)

M. MoNcrN. — Le 26 du mois de juin dernier, descendant la garde du poste du château aux TuiJei-ies, j'allai rue de Grenelle, au minislèie de l'intérieur, où j'avais affaire. J'entrai chez un marchand de vin^ n° 28, 38 ou 48. Ce marchand de

vin, voyant à mon scliako le numéro de ma légion, dit : «Vous êtes de la 8« le'gion, vous devez connaître Tcpin, Tancien capitaine. » Sur ma réponse affiimafivc, lemarcliand de vin dit: « Ce Pépin avait de la poudre et des balles pour tirer sur les gardes nationaux. — il est doncrépub'icaîn?--Non;il est carliste comme un nifilin. — Cependant, lui dis-je, il est décoré de juillet, et je ne sache pas que lei carlistes aient tendu au renversement du gouvernement déchu. »

Pépin. — Je ne connais pas de marchand de vin rue de Grenelle... En vérité, c'est s'abuser que de faire venir des témoins comme cela.

Le président. — La liste des témoins assignés à charge esl épuisée. J'ai fait appeler, en V(rlu de mon pouvoir discrétionnaire, le directeur de Saint Pélagie et les deux gardiens désignés. En attendant, on va entendie des témoins appelés sur la demande de Fieschi.

M. Bonnet, docteur en médecine, médecin de la Conciergerie, dépose :

Le 28 juillet, j'ai vu arriver Fieschi à la Conciergerie : il avait des blessures très-graves à latêle, le crâne fracturé, et dans la partie latérale une blessure qui n'est pas encore fermée; elle demanderait encore beaucoup de temps pour se guérir. Il n*a pas éprouvé d'accident fâcheux. Les blessures de la main gauche étaient fort graves. En bonne chirurgie, il aurait fallu lui couper deux doigts. On ne Va pas fait, aussi la guérison de ces plaies a été lente, et il a été menacé du tétanos.

Le PRESIDENT. — Fieschi, avez-vous des questions à adresser au témoin?

Fieschi. — Je ne voudrais pas que l'on pût diie que j'ai fait des révélations dans une circonstance où j'aurais été dénué de mes facultés et de ma présence d'esprit. M. le docteur, qui m'a traité, peut dire si je n'ai pas toujours eu ma raison, et ^i j'ai dit que je voyais quatre personnes dans ma chambre quand il n'y en avait que deux.

M. Bonnet. — Lorsqu'il est arrivé à la Conciergerie, il est tombé dans l'anévro^e, mais il a bientôt repi hdc l'embonpoint; il est encore retombé dans l'anéviose, et Tembonpoint est revenu.

Le PRESIDENT. - - Où parle de «ou.e'tat moral.

i38 M. Bonnet. — Son état moral a sans cesse e'té parfait j il a toujours montré de la présence d'esprit.

FiESCHi. — Je demande à M. le docteur si , lorsqu'il a été question de me couper les deux doigts, je ne lui ai pas dit : Coupez-donc, que voulez -vous en faire?

M. Bonnet. C'est vru.

M. Bouvier, directeur de la prison de Fontevrault. J'étais inspecteur de la maison centrale d'Embrun lorsque Fiesclii y était détenu. Il s'est distingué par sa bonne condui e et son intelligence , et surtout par son habileté dans le métier à tisser j c'est ce qui a déterminé l'administration à le choisir pour contre maître. Il y avait dans l'atelier beaucoup de Corses qui ne sont pas faciles à gouverner 3 Fieschi s'acquitta de cette fonction de la manière la plus satisfaisante. Rarement on a eu lieu de lui faire des reproches. J'ai été souvent dans la position de lui donner des éloges. Il a quitté la prison d'Embrun en 1826,

FiEScnr. — Je remercie le témoin.

Briant, portier rue du Battoir-Saîut-Victor , n» 5 , près de la Pitié. — J'ai connu M. Fieschi lorsque madame Petit logeait cliez nous. Il n'y demeurait pas positivement, il allait et venait ; je l'ai toujours vu se bien conduire.

Fieschi. — Je ne demeurais pas rue du Battoir, mais j'y couchais presque toujours ; j'allais dans la journée au moulin de Croullebarbe. La femme avec qui je vivais donnait à manger à des jeunes gens... et c'était moi qui .donnais l'argent pour les nourrir C'est cette femme qui a fait mon malheur, elle m'a mis dehors parce que l'appartement était sous son nom. Je prierai le témoin de s'expliquer sur la conduite de cette femme et sur sa moralité Je lui demande s'il se rappelle les scènes qui ont manqué de m'attirer dts malheurs dans la maison de la part d'un nornmé Blaurice.

Briant. — J'ignore tout cela; je ne me mêle pas des affaires des locataires , je ne suis pas fait pour quitter mes affaires dans la maison et pour aller voir ce que font les locataires.

Li femme Briant, portière. — Je connais M. Fieschi, il venait chez madame Petit ; il a toujours été ti es honnête vis-àvis de tout le monde.

Le PRESIDENT, à Fiesclii. — Avez- vous quelque chose à dire?

R. Non, ce n'est pas la peine d'amuser le tapis.

Le PRESIDENT. — L'accusse' avait fait assigner le sieur Janod, dtudiaat en droit. JanoJ , qui habite la province, n'est pas venu.

Alain . surveillant de la Conciergerie , détaché au Luxembourg pour la garde de Fieschi , est appelé en vertu du pouvoir discrétionnaire.

Le PRESIDENT. — Vous avez été gardien à Sainte-Pélagie ?

Alain. — Oui, monsieur.

D. Est-il à votre connaissance que lorsqu'on a obtenu une permission pour voir un prisonnier, on peut voir les autres détenus?

R. Oui, moqsieur le président.

D. Est-il à votre connaissance que Pépin ait vu Cavaignac dans cette prison ?

R. Je n'ai pas vu M. P^pin à Sainte -Pélagie. Je ne l'ai vu qu^ depuis son arrestation, à la Conciergerie.

Le PRESIDENT. — Vous voycz , Fieschi , que le téiuoin n'a pas connaissance de ce fait.

Fieschi. — C'est son camarade Boucher qui me l'a dit j je croyais qu'Alain me l'avait dit.

Le président. — Vous êtes bien sûr qu'ayant une permission pour voir un prisonnier de la détention . on pouvait voir les accusés d'avril.

ALAiy. — Comme le passage de la détention n'est pas grillé, on peut communiquer avec tous le? visitans. Le pavillon de la détention communique avec le parloir du bâtiment où étaient les accusés d'avril.

Me Dupont. — Cependant il n^y a pas de communication ouverte entre les deux bâtimens.

Leboucher , surveillant à Sainte-Pélagie, témoin, dépose qu'il a vu Pe|.in venir quelquefois h Sainte-Pélagie. Il ne peut assurer qu'il ait vu Cavaignac, parce qu'il n'y avait qu'un parloir commun , et même que les personnes qui avaii nt l'entrée dans les chandjres pouvaient se promener dans les couloirs avec les détenus.

Pépin. — Ma permission était de chambre. Je voyais Henri Leconte dans sa chambre.

M* Ifui^oNT. — Henri Leconte pouvait recevoir clans sa chambre , ainsi que les accusés Guinard et Cavaignac ; je pense qu'il n'était presque jamais au parloir.

Salis ( Firmin ) , étudiant en médecine , interpellé par Fieschi de donner des détails concernant la conduite de la femme Petit et sa conduite à lui , dépose que pendant quelque temps la meilleure inlelligence paraissait régner entre Fieschi et sa femme. Au bout de deux mois , cet accord se rompit. Fieschi a dit souvent au témoin que c'était lui qui avait payé l'ameublement, et que par conséquent sa femme ne devait pas le traiter comme elle le faisait.

Fieschi. — Cela est imporlant pour moij si la femme Petit ne m'avait pas refusé un matelas ou deux , je n'aurais pas eu besoin de demander des asiles et je n'aurais pas trouvé des pratiques comme j'en ai trouvé. (SensGition.)

BoiREAu. — M. le procureur-général a dit que j^e ne voulais pas nommer les personnes qui étaient venues me voir , je dirai que le témoin est venu.

• Le TEMOIN. — Je suis allé voir Boireauj je ne sais si c'est le samedi, mais je me rappelle que c'est quelques jours avant ^attentat.

BuDijv (Rupp-ApoUon), tanneur, témoin, dépose que le 28 au matin , il sait que , pendant son absence , Pépin est venu chez lui. Le témoin était sorti; c'est sa femme qui a reçu Pépin. Il ne peut donner aucun détail sur oe que cet accusé aurait fait dans cette matinée.

. M. Martin (du Nord). —Témoin , deviez-vous de l'argent à Pépin ?

Le TEMOIN. ' — Non.

Pépin. — C'est comme voisin que j'allais le voir. M. Martin (du Nord).— Témoin , ne faisiez- vous pas partie de la société de^ Droits de l'homme, section de ['Union de Juillet?

R Oui, monsieur.

Dautreppe, caporal de la garde municipale, témoin, rapporte qu'entré un des premiers dans la chambre de Fieschi, après l'événement , il a vu du papier brûlé dans la cheminée.

Fieschi.— -Il est possible que les bourres de fusil aient brûlé

quelques papiers; d'ailleurs il n'y avait pas long-temps que

aNais aliumé It îtu avec 'iu v/irier; mais c'c.t la vdlle que

j'avais brûld les papiers qui auraient pu comprometîre les personnes avec qui j'clais en relation.

La femme Adclaï le Or.ANGE , née Le Chevreuil , loueuse des chaises place'es devant le Jardin Turc , de'clarc que personne n'a été blesse dans l'enceinle où sont les chaises qu'elle loue. Un peu plus bas , il y a eu deux messieurs et une jeune demoiselle, h'essés et même fués.

La veuve Robert , demeurant boulevard du Temple , n° 5o, témoin appelé à décharge parMorey, dépose qu'elle a vu le même jour Morey monter et descendre dans la maison.

M^ Dupont. — L*accusé Morey a été représenté au témo.'n le 6 août 3 elle déclare ne pas le reconnaître.

Le TEMOIN. — Non . ce n'était pas M. Morey qu'on m'avait montré.

M^ Dupont lit la partie de l'instruction où le témoin déclare ne pas reconnaître Morey.

Le témoin. — Celui qu'on m'a fait voir n'était pas Morey. On lui a donné la liberté tout de suite.

Le témoin regarde Morey, et dit aussitôt ;

Oui, je le reconnais pour la personne qui est venue en habit noir et en pantalon noir, dans la maison.

Le PRESIDENT. — A quelle époque ?

R. Je ne pourrais pas le du'e.

Me Dupont. — Le témoin, qui d'abord a déclaré ne pas reconnaître Morey, le reconnaît maintenant.

Le TEMOIN. — Je répète que celui qu'on m'a présenté n'était pas Morey, qu'on l'a mis en liberté; cette personne avait un très-gros ventre et un très petit pied.

Martin (du Nord). — Etes- vous bien sûre d'avoir vu l'homme qui est ici, dans la maison du boulevart du Temple?

Le président, à un huissier. — Conduisez le témoin auprès de Morey.

Le lEMOiN. — Mon Dieu, c'est inutile, je le vois bien, je le reconnais bien pour l'avoir vu dans la maison. Je demandai même h la portière si ce n'est pas le père de Mme Léon , une des locataires de la maiî>on -, elle me répondit que c'était l'oncle de Gérard. On peut le demander \ la fille Salmon.

M® Dupont. — Le témoin dit qu d a vu deux fois Morey ; je trouve dans l'instruction qu'il ne l'avait vu qu'une.

Le TEMOiPf. — Oui, une fois en montant et une fois en descendant ; ce qui fait deux fois dans le même jour.

Le PRESIDENT. — Etait-ce long-temps avant l'attentat?

R. Non pas, mais jv ne pourrais dire le jour.

La fille Salmon vient confirmer la de'positîon de la veuve Robert : elle se rappelle la question que celle-ci lui fit.

Le président. — Je viens d apprendre que M. Baude est arrive'. Huissier, faites-le rentrer.

M. Baude, membre de la chambre des députés, est introduit. (Mouvement marqué d'attention.) Le témoin connaît Fieschi seulement.

Le pREsiDEAT. — Qu'avez-vous à dire sur son compte ?

Baude. — Dès le 5 août, alors que l'attentat de juillet paraissait environné d'une sorte de mysière, j'ai déclaré à la commission de la cour des pairs tout ce que je savais sur les précé-^ dens de Fiescbi. La cour a pu voir dans mon interrogatoire de de quelle nature avaient été mes relations avec lui. Je l'avais complètement perdu de vue depuis dix-huit mois lorsque j'ai été appelé ; en sorte que je ne sais que ce qui résulte de mon interrogatoire, que tout ce que tout le monde sait. Cependant j'ai été appelé à la requête de Fieschi. Je n'ai aucune déposition à faire sur le fait qui lui a procuré une si déplorable célébrité. Peut-être a-t-il voulu que je rendisse ici témoignage de l'opinion que j'avais pu concevoir de lui par suite des relations dont j'ai parlé.

Je déclare donc que j'avais reconnu dans Fieschi un homme d'une rare intrépidité, un homme pouvant fafre le bien et 1^ mal. Je le plains sincèrement d'être tombé dans de mauvaises mains;, je crois que s'il avait été autrement environné il aurait pu rendre à son pays des services même brillans. Dans les relations que j'ai eues avec lui, j'ai toujours remarqué en lui un grand dévoûment et une grande fidélité. Ce n'est pâs à moi à le présenter par ses mauvais côtés. Je crois donc devoir m'arrêter ici, à moins que M. le président n'ait quelques questions à me faire^, ou que Fieschi croie devoir m en faire poser.

(M. Baude se tournant vers Fieschi, déclare le reconnaître parfaitement.)

FiEscni. —Je prierai M. Baude de dire qu'elle a élé ma

conJuile à son éganï. Il est vrai que tout cela est consigné ; c'est à la connaissance de M. le président.

M. Baude. — Il y a une seule chose que je puis ajouter, c'est que sur la demanàe de Ficschi, M. le président m'a autorisé à communiquer avec lui. L'entrevue fut longue : entre autres choses, je lui rappelai la manière dont je Pavais accueilli dans deux circonstances pénibles pour lui. Il me rendit compté du désespoir dans lequel il était tombé, et de la manière dont il avait été amené à commettre l'attentat du 28 juillet. Je lui dis comment, étant tombé dans cet état de désespoir, il ne s'était pas adressé à moi. Il m'a répondu que l'on pourrait tromper ceux qui vous trompent, mais qu'il avait été toujours loyal avec les autres , faisant allusion par là h ce que s'étant donné pour condamné politique, tandis qu'il ne l'était pas, il ne pouvait pas paraître sans rougir devant un homme qui l'avait obligé. Je regrette profondément qu'un sentiment qui a quelque chose d'élevé l'ait détourné de venir à moi. S'il y était venu, je lui aui-gii donné des conseils, et il ne serait sans doute pas sur le banc des accusés.

M. Fontaine , grainetier à la Maison-Blanche , près Bicêtrc, dépose que Moiey est venu chez lui le jour de l'alteiitat, qu'il a reçu de lui la somme de Go francs , dont 45 en un billet et 75 fr. 60 cent, en gros sous 5 le billet était pour son tanneur et les sous pour ses ouvriers. Morey, après être sorti de cher le témoin, y était revenu. La première fois il était huit heures? et un quart , et la seconde neuf heures. Le témoin sait qu'en sortant de chez lui il s'est arrêté chez un voisin.-

Martin (du Nord). — Le témoin a été appelé pour détruire ou au moins atténuer la déposition du domestique de M. Pauls. Celle déposition n'a pas produit cet effet, car Morey était sorti de la Mait.on-BIanche vers neuf heures, et le domestique l'aurait rencontré de neuf heures et demie à dix heures. La femme Mouchet a parlé dans le même sens. Elle a dit que Morey était allé chez M. Fontaine, qu'il était rentré entre neuf et dix heures, et qu'il était ressorti.

M. Caunes, employé dans les travaux publics de la ville de Paris, témoin appelé par Fieschi , dépose qu'il ne sait aucun fait directement relatif à l'allenta^P^ue s'il s'agit de faire connaître quelques-uns des antécédens de Ficschi, il est prêt h don-

ner à la cour toutes les explications qu'il sera en son pouvoir de donner.

FiEsCEi. — Je prierai M. Caunes de donner quelques détails sur la conduite que j ai tenue à son e'gard lorsque j'étais employé auprès lic lui.

Sur cette interpellation, M. Gaunes fait une déposition que UOUi avons fort incomplètement entendue, et dont nous essaierons toutefois de reproduire les parties principales:

Chargé, en i83i, de diriger les travaux de l'égout de la rue de Bufï'on, je voulus rapprocher mon logement du lieu de mes occupations. En cherchant un logement, je fis la connaissance de Fieschi et de sa prétendue femme, qui en étaient portiers. J'entrai dans leur maison ; Fieschi se chargea de mon déménagement. Au premier abord, cet homme me parut dur. Sa femme me dit: Quand vous le connaîtrez, vous aurez une meilleure opinion de lui. Il est malheureux. — Je viendrai à son secours, lui dis-je. J'appris quelques jours plus tard qu'il était employé à porter un journal appelé la Révolution. Il me parut assez au courant de ce qui se passait. Sa femme me semblait fort évaporée, et s'effarouchait au moindre bruit. Elle me faisait toujours une foule de contes qui ne se réalisaient jamais. Fieschi me sembla très infatué napoléoniste. Cette opinion était pour lui une sorte de fanatisme. Je trouvai un jour sur ma cheminée un placard sur lequel était le portrait en buste de Napoléon II. Je le pris et je le mis en portefeuille. Le lendemain, Fieschi et sa femme s'en aperçurent, et me dirent: Vous avez descendu Napoléon II de dessus votre cheminée. — Oui, car vous l'y aviez mis sans mon aveu. Après plusieurs entretiens de cette nature, Fieschi se tint fort en réserve vis-àyis de moi. Je m'aperçus qu'il était mécanicien, je le fis placer comme garde des travaux de nuit, il gagnait 3o ou 4^ sous par nuit : il se conduisit très bien. Quelque temps après, je le fis entrer au moulin de Croulebarbe.

Je tombai malade, Fieschi vint chez moi. Me voyant très souffrant, et pouvant à peine parler, il nie dit : Vous ne pouvez pas rester ici. Je lui dis que j'allais me faire porter dans une maison de santé ou un hospice. Jerefusai^ il me paria impérativement et, profitant de mon état de faiblesse, il m'emmena chez lui presque de forcgj^Là Fieschi eut soin de moi avec un zèle inexprimable, et jeW)is le dire avec sincérité , lorsque

i45 j'ai su ce qui était arrivé j'en ai pénétré de la plus profonde douleur. Lorsqu'on doit quelque recounaiisance à quelqu'un , il est bien douloureux de le voir dans une position désespérée comme la sienne Je le déclare, lorsque le juge d'instruction , me mit en présence de Fieschi , sa vue faillit m'anéanlir. Au moulin de Croulebarbe je reçus decd homme beaucoup desoins. J'ai payé ces soins, et je dois le dire, parce que j'ai été alfligé d'une expression qui a été répétée par un jonrnal. On a îlitquc j'avai-; voulu récompenser Fieschi des services qu'il m'avait rendus en lui donnant une place. Cj n'est pas vrai. Je n\ii pas l'habitude de payer les services qui me sont rendus personnellement avec le budget de la ville de Paris; Fieschi, qui était chargé de payer chez divers fournisseurs le vin et différentes choses distribuées aux ouvriers, s'était acquitté exactement de cette mission, mais une fois il employa l'argent et fit un efTct à^un marchand de vin, se réservant de le payer lorsqu'il toucherait sa solde personnelle. Ce fait m'obligea à le faire remplacer.

Le peu d'exactitude des notes que nous avons pu prendre ne nous permet pas de reproduire assez fidèlemeut la fin de celte déposition.

Fieschi. — Je suis bien fâché poui»M. Caunes , mais il sait que moi je n'écris pas dans les journaux, et que je n'ai pas fait insérer d'article à cet égard. Lorsqu'il a été malade à Croulebarbe, pendant six mois, j'ai veillé même la nuit pour chasser les chiens jusques sur le boulevart. J'ai couru au devant de tout ce qui pouvait lui faire plaisir.

J'avais fait un effet de 70 francs à l'épicier, M. Caunes l'a retiré et l'a payé lui-même. Ce n'est pas un crime d'avoir l'ait un effet} s'il ne l'avait pas payé, je l'aurais payé un pou plus tôt, un peu plus tard.

M. Caunes. — J'en ai tellement la conviction , qnc si Fieschi n'avait pas été poursuivi , je l'aurais gardé près de moi et il ne serait pas là. J'avais assez d'influence sur lui .pour le retenir.

M®. Dupont. — Je demanderai au témoin à quelle époque il fut malade.]

M. Caunes. — J'étais très malade au mois de juin i852. L« convoi du général Lamarque devait avoir lieu. La femme dt Fieschi me proposa d'aller voir passer le couvoi, elle m'offrit m. 10

i46 de me donner le bras. Nous allons jusqu'à la barrière. Le coin bat s'engagea, je retournai à Croulebarbe , j'y trouvai Fiescliî. — Que pensez-vous que je doive faire, me dit-il. — C'est tout simple, vous êtes d'une compagnie de ve'térans, vous avez la permission de travailler en ville; mais cette permission cesse du moment où l'ordre public est en danger. Il chercha à se rendre à sa compagnie; mais les insurge's faisaient feu sur la route. Il dît oblige de rentrer à Croulebarbe. Que dois-je faire, me dit-il? —* Restez ici , puisque vous ne pouvez faire autremsnb. Fieschi , il faut le dire , est un peu comme un cheval de bat^il • Lorsqu'il entend la fusil ou le canon , il est dAiis la plî*s , ve agitation : c'est sa nature. Il est naturellemont^tratégîsfe. Je l'ai souvent entendu parler sur la guerre avec des hommes fort instruits; il m'a paru toujours supérieur d.iinsce genre de conversation.

Il passa toute^ la nuit auprès de moi, très contrarie' de né pouvoir ^tfc à' sou po^te. La compagnie s'était retirée au Jardin des Plantes, j'y ai conduit Fieschi , je Fai laissé avec Un officier qtte j'intruisis que Fieschi avait passé toute la nuit ân'prfèi? de i^ôi.

FiESCHï. ' — Le fait est vrai. J'ai toujours voulu rentrer dans itii cfes'érfie; c'est là que j'avais prêté serment au roi, c'estlà qilè hi'apficlâîl trion devoh'.

Je lie songeais qu'à ition devoir, mais je me stiis trouvé entré deux feiix , et j'ai pris le parti de battre en retraite..... ie revins chez M. Cannes, qui m'empêcha de ressortir ce jour~là; mais le lendemain, je fis ma journée avec M. Ladvbcât. À présent on veUt Ait joindre aux emct^tes , non pas k. 'tauriés , thàis d'autres qui reulent me charger. Ils ôWt i^aîSon • chatùft défend sa cause. Je disais à mon chef : Défends ta queue , et chacun se défendra.

M. ÏTui^oîJT. — ^c ne veux pas faire aller Fiesdii dans les e'meules , nïais je lui demanderai comment , n'étant pas sorti de la ajournée , comment , ayant pas^é la nuit chez lui, ayaiut été conduit par un vétéran à sa compagnie, il a pu rendre des service^ si signalés à*M. Ladvocat?

.. ' FiEsctti. — C'est le soir que M. Cannes m'a condujt'à^ quartier, et c'est le matin que j'ai été rejoindre 'M. *Ladvocat ..il

Pbpix. — Je demanderai à 'tt. Caunes s'il ne s'est pas occiip<i de faire réintégrer Fieschi dans sa place ? Le temouv. — Depuis quelle époque ?

PfîPïN. — ' Depuis cfu'il est sorti de chez vous? Le TEMoiar (avec vivacité). — Non , jamais ! M. DuPo:vT. — N'èst-il pas à la connaissance du témoin qu'en i83i la femme Petit soit montée un jour chez lui et lui ait dit qu'elle avait entendu Fieschi parler d'un projet vague et indéterminé d'assassinat sur la personne du roi , et qu'elle pria M. Caunes de faire monter Fieschi pour le ramener à de raiciMeurs sentimens? et que Fieschi n'a pas été admonesté par M. Cannes?

M. Caunes. — Cette circonstance ne se reproduit pas à moi avec netteté. Cependant, je me rappelle que la femme Petk avait l'habitude de débiter des nouvelles sans aucun fondement, si bien que j avais peu de foi en elle. Un jour, je me souviens qu'elle monta l'air effaré et me dit : « Monsieur, un complot Monsieur, on veut se battre.... Monsieur, Fieschi sera là-dedans.... « Je lui dis que j'étais habitué à entendre.de ces choses-là, et que je la priais de ne plus» m'en parler. A quelque temps de là, je dis à Fieschi : « Vous avez donc fait croire à du train? — ■ Non. — Qu'est-ce que dit donc votre ftmme? — Ah \ ma femme a bavardé. — Voua avez envie d'être employé : eh bien ! je vous préviens que si l'on vous trouve dans quelque émeute, dans quelque tapaga , c'est une affaK'e faite; et si vous entrez dan^ c^elqae comploty lious ne nous verrons plus. » Fieschi se relira eu me disant qu'il entendait fort bien, et qu'il préférait ma couU^knce à toute espèce de participation à un complot»

St. DIjpont. — Quand un' accusé, vient dire à un a.utre accusé : c'est vous qui m'avez donné la pelisée du crime, il est du diolt de ce dernier d'examiner si celui qui raccuso nia pas eu celle pensée antérieurement à l'époque où ils se sont trouvés en rapport' l*utt' avec Tatîti». J'e supplie M: Caunes de bien Wfc|)peleï' €QS sottvenîp*, et je lui dtmandtîrai sî ce n'est pa* le m')t assassinat contre U fumilki royale que la femme Petit a prononcé.

- M. Causes. — La femme Petit m'a parlé d'a«îsaî?inrrt, m* a? %iDlre It roi, c'est possible' 5 mais l*'ie9chi nia' pas coiifu'mi cefi.

Je lui aitlouné une admonestation géne'rale, mais sans entrer dans aucun détail.

Le président. — x\ quelle t'poquc ce fait s'cst-il passé?

Le témoin. — Je ne puis préciser l'époque autrement qu'en disant que c'était an 1 85 1 .

Martin (tiu Nord.) Vous n'avez pas su que Fieschi eût fait partie d'un complot?

Le TEMOIN. — Non, monsieur.

FiEscHi. — "Je n'ai jamais parlé à personne de complot. Si j'en ai parlé , c'eî>t lorsque que je l'ai fait. Ce n'est que la circonstaiice qui m'a jeté dans le désespoir. Je prierai M. Caunes de dire combien je gagnais par jour à l'aqueduc d'Arcueil.

Le TEMOIN. — ■ Trois francs, je crois.

FiEsciiT. — C'était 4 fr. 25 c, et 2 sous pour la goutte.

Le PRESIDENT, à Ficschi. — Vous rappelez- vous la conversation que M. Caunes eut avec vous.

FiESCHi. — Oui ; il craignait que je ne ma fourrasse avec ces gens-là. Je n'avais pas envie de tuerie roi, moi, ce n'était pas mon goût.

Me. Dupont, autémoin. — La femme Pelit n'a-t-elle pas usé plusieurs fois de son influence sur Fieschi pour l'empêcher de se joindre à des mouvemens insurrectionnels?

Le TEMOIN. — Le 5 juin elle s'est jointe à moi pour l'empêcher de ressortir et lui faire passer la nuit au moulin.

M. Prat, directeur de Sainte-Pélagie, est introduit.

Leprésieent. — Quand on a une permission pour voir un prisonnier dans l'intérieur de la prison, dans les chambres, estil possible de voir d'autres prisonniers et de leur parler?

M. Prat. — Oui, sans doute.

Le PRESIDENT. — Les individus qui ont une permission pour voir un prisonnier, sepromèpent-ils dans les cours avec les détenus.

M. Prat. — Cela est arrivé quelquefois. ' M. DuPO.M. — Les prisonniers logeant à droite des constructions neuves, allaient ils au p.irloir, et Guinard et Cavaignac n'étaient-ils pas au mois de juin ou de juillet dans le bâtiment donnant sur la rue de la clé.

M. Prat. — Il n'y a qu'un seul et même parloir pour le bâtiment de !a dette et pour le bâtiment delà détention. Leconte

habitait le bâtiment de la détention, cl Cavaignac et Guiiiard le •bâtiment de la delte.

r^ilARTiN (du Nord.) — Le défenseur parle du mois de juin ou de juillet, c'est au mois d'avril que Pépin est allé à Sainte-Pélagie avec une pirmis'.ion pour voir Leconte, et le directeur vient de 'léclarer que c'était le m<-"me parloir.

M. Dupont. — Dans quelle prison était Leconte?

M. Prat. — Il était dans le corri lor Saint-Louis, quarlicr de la détention. '

M. Dupont. — A quelle époque?

M. Prat. — Au 6 avril il y était encore.

M. DuroNT. — J'ai entjndudire qu'il était dans le bâtiment neuf.

pEPijf. — Mon permis était de coninrani(juer dans la chambre, je n'ai vu Lecoute que dans sa chambre, pas au parloir.

Amvard, témoin à décharge, dépose qu'il travaillait pourMorey, qu'il le connaîL cemma un très honnêîe homme , toujours prêt à rendre SLrvice, ou un homme dont la table fit la maison étaient sans ce5se ouverte aux malheureux.

Interpellé par M. Dupont, le lémom déclare que Morey est rentré le 27 à près de huit heures j que le lendemain 28, il est parti à sept heures tt demie pour aller à la Ma'son-Elanche, est rentré â dix heures, est redescendu à midi, estallé se !aire raser et lire les journaux et est rentré à deux heures j qu'en ren* trant, il n'a pas parlé de l'attentat, qu'on a diné à cinq heures et demie, et que Morey a eu pour société M. Gibon, professeur au collège Henri IV.

M* Dupont. — Le 28 vers une heure , le domestique de M. Panij ne s'est-il pas arrêté à la maison de Morey?

Le témoin. — Oui.

LuTz , autre témoin à décharge, dépose dans le même sens que le témoin, précédent.

M® Dupont. — Lorsque le domestique de M. Panis rencontrait Morey, ne lui disait-il pas- bonjour? Le témoin. — Oui.

M® Dupont. — Le domestique de M. Panis, s'arrétant devant la maison de Morey, pour boire un verre de vin , a-t-il dit qu'il avait vu Morey ?

Le TEMOIN.— Non.

\tDO

Le pRFsiDENT 5 au Icmoii]. -— Etiez-vous ordinairement avec '^ Morey quand il sortait?

Le TEMOIN. — Non , monsieur.

Le eresidekt. « — Coïnment saviez-AOUs qu'ils se di^aiient bonjour?

Le lEMom. — Je le savais par le dire de Morey. M. le procureur-général rappelle la déposition de la dame Moucbet, de laquelle résulterait que Morey était ressorti vers dix heures et demie.

Mg LurcKT. — Cette eontradiction s'explique aisément. La femme Moucliet, qui était en haut, a vu descendre 'Morey à dix heures et demie; elle n'a pas su s'il restait dans la boutique; elle a pu le croire ainsi.

La demoiselle Mowy, sur les interpellations de M^ Dupont, fait les mêmes déclarations que les deux témoins précédens, relativement à l'emploi du temps de Morey daus la journée des 27 et 28 juillet. Elle dépose qu'au diner du 28, auquel elle a assisté , Morey avait son air ordinaire.

TiTEux , tailleur de Morey, dépose n^avoir jamais lait pour lui une redingote bleue. Il ne lui a fait qu'une redingote marron , un habit noir et une redingote vert foncé.

LoppiNET , témoin appelé par Fieschi , dépose avoir vendu des meubles à Fieschi, qui la payé exactement.

FiiscHi. — Est-ce moi ou la femme Petit qui a acheté les meubles et qui les payait?

Le TEMOIN. — Je ne coanais que Fieschi. M^ Dupont. — Le témoin n'a-il pas conïiaissance que JVIarey a sauvé la vie d'un soldat blessé ?

Le TEMOIN. — Lors du convoi du général Lamarque , j'étais avec Morey; nous entiameschez un sieur Cherry, perruquiercoiffeur, qui soignait un sous-officier vétéran blessé 3 mjoi et Morey avons conduit ce sous-officier à l'hôpital de la Pitié.

Ee témoin Chollet , pianiste ccmpoMtenr, déclare f[u'il demeure dans la même maison que Morey, qu^il ne le connaissait pas autrement qu'en qualité de voisin , et que la grille du côté de laquelle était son logement restait constamment ouverte.

MiGNAPEET, autre témoin, appelé à k requête de Morey, fait la déposition suivante :

«11 y a long-ttmps que je cciinais Morey. Je ne le fréquen-

i5i tais pas d'abord , mais lors de mon ctablissemept , il y a quelques années , je renouvelai connaissance avec lui. Il a çhejdié à me procurer des ventes , et ses rapports de comm€i;ce avec moi ont toujours été' très honorables 3 il s'est toujours ^comporté'tn honnête homme. De plus , si je dois parler de ses ^ntécédèriS ; c'est un homme bon , humain , généreux; avec toutes ■les belles qualités de lame. Je ne puis rien çlire de plurj; il m'a laissé des souvenirs qui sont tout à son avantage. Un jour j^e vis chez lui un enfant de trois à quatre ans , je lui demandai qui il était ; il en était le parrain. )>

Le témoin ajoute que Morey a payé Tentretiei^et Hipprentissnge do cet enfant , et qu'il l'a gardé chez lui depuis ce temps.

M® BupoîfT. — Connaissez-vous les causes qui ont amené ta séparation de Morey d'avec sa femme ?

Le T£MOiîf, — Non, je ne saurais le dire.

M. GiBON, professeur au collège Henri IV (appelé à îa requête de Morey). — Je connais M. Morey depuis dix ans. Je lui suis attaché par la reconnaissance pour les services qu'il me rendit lorsque je vins m'établit' à Paris. Je dinai le 28 juillet chez lui. Du reste , je ne sais rien relativement 'h l'attc^utat ; je ne puis ni le servir ni le compromettre. A ce dincr/il me parut fort calme, et dans la conversation il manifesta les sentimens qne tout le monde à peu près manifestait alors.

M. Brukeau, officier supérieur en retraite , membre deila Légion-d'Honneur (appelé à la requête de Morey). — M. le président, Morey a long-temps travaillé pour moi. Je le connais par les bonnes choses que j'ai entendu raconter de lui. Quand je vis dans les papiers qu'un nommé Morey, oncle de Gérard, sellier, rue Saint-Victor , avait été arrêté, je voulus constater le fait, parce que, ne m'en rapportant pas aux journaux, je.veux tout voir par moi-même. De sorte que je trouvai Ir ft mme de charge de Morey dans son atelier. Elie élart dans la désolation, et elle me répondit : Il n'est que trop vrai! — Comment est-il possible , dis- je, lui qui , au mois .le juin . ujc demandait : «Y aura-t-il amnistie? » et comme je lui répondais : (( Oui , j'ai confiance dans la clémence du roi, » il vépliqna : « Eh bien ! s'il y a une amnistie pour les fêles de juillet, le roi n'ira pas à cheval , nous l'y porterpps. » J'afïirme ce)a pour être la vérité,

Ce qui m'a attaciid à Morey, ce sont les bons rapports que j'avais eus de lui. On m'arait dit qu'il avait quitté Dijon pour avoii' plongé son sabre dans le ventre d'un Aulricliien qui allait violer une femme. Ensuite j'ai su qu'aux journées de juillet il s'était conduit en bon soldat en sauvant des gardes royaux, En i832 (car moi j'ai figuré dans les affaires de juin el d'avril , et les gardes municipaux qui sont ici pourraient dire qu'on m'a vu partout). En i852 un sous-officier ayant été blessé a l'œil, Morey le prit sous sa protection et le conduisit à riiôpital. Quant à moi , je le répète, mcvS camarades peuvent assurer que je n'ai jamais fui le danger, qu'ils m'ont vu au convoi du général Lamarque, aux 5 et 6 juin , et à l'affaire d'avril. Eh bien ! je demande la permission à M. le président de me laisser voir Fieschi, ce scélérat quia commis un si grand crime... (Murmuif s) pour que je dise si je l'ai vu j je suis sûr que je ne l'ai vu dans aucune émeute. Je demande a. regarder cet homme, parce que je serais bien aise de voir s'il y était.

Fieschi (montrant du doigt la tête du témoin , où se fait remarquer une plaque en argentan dessus de la tempe gauche). Il a ia tête lêiée, vous le vojcz Lien. (On rit.) Je lui pardonne.

M. BpvUneau, avec vivacité. — Cette blessure je l'ai reçue à Il bataille de Wagram , où j'ai été assommé; ce n'a pas été par une macliine infernale... (Se retournant vers le banc des avocats.) Mais je demande si quelques-uns des gardes municipaux qui sont là m'ont vu dans les émeutes.

Le pPiESiDENT. — Veuillez parler à la cour. Vous n'avez rien autre chose à déclarer concernant Morey. M. BnuNEAU. —Non, M. le président.

Lb PRESIDENT. — Vous puuvcz VOUS retirer.

' M. Veyron, imprimeur en taille-douce, témoin appelé à la requête de Morej .

J'ai connu M. MoiYy pour venir quelquefois chez moi. Quelques jours avant Févént-mentMe juillet il m'a proposé de me réunir avec quelques décorés de Juillet pour diner le jour de la fête. /

J'ai servi de témoln^avec M. Morey pour faire obtenir un passeport à Bescher gui me dit que c'était pour aller dans la famille de sa femme.'

Martin (du Nord). — X'étiez-vous pas membre de la société des Droits de l'iiotnme et chef de la section des ùueux?

R. Oui j mais ici je dois donner une explication, car ce mot de gueux nous avait nui dnns l'opinion jniblique. Or , je puis dire que cttte c'é;io:niualion n'a e'té appliqué à la section que sur un refrain d'u le ( hanson de Béranger , qui fut chantée lors de la formilion de cclte section; on aurait pu croire que nous avions tois les bras roug<s de saiig. J'ai été oblige de donner des explications à plusieurs de mes counaissances.

M. Mathieu, entrepreneur de l'éclairage par le gaz. Avant de faire ma déposition, je désirerais voir Fiesclii, car celte déposition en dépendra.

Le PRÉsmENT. — Dites toujours ce que vous savez.

R. D'api es la désignation de Fieschi par les journaux, j'ai cru reconnaître un individu que j'avais vu avec un autre, dans le café Français, situé rue Saint-Antoine. Ils cliercliaienl à converser avec moi. Un soir que je me trouvais là avec le géuéral Alix, après que je lui eus expliqué un nouveau système que j'avais inventé , il roitit. Ces deux individus qui avaient cherché à prendre part à la conversation m'adressèrent plusieurs questions sur ce système. Comme je ne suis pas très expansif avec les gens que je ne connaissais pas, l'un me dit qu'il avait servi le grand homme en Italie, et l'autre qu'il était officier piémontais. Alors j ai expliqué mou sys'.ème. Si la cour veut, je répéterai ce que je leur ai dit.

Le PREsmENT. — C'est inutile.

Le TEMOiîf. — C'e^t que s'il y avait quelque similitude entre mon système et la machine infernale.

Le PRÉsmENT. — Mais tout le monde connaît cette machine^ qui a été décrite, d'ailleurs la voilà. Dites ce que vous savez au sujet de Fieschi.

Le TEMOIN. — Qutlque temps après, j? vis chez une dame M. Delvincouit, médecin, qui me dit: J'ai le malheur de connaître Fieschi. 11 a pris dans ma cuisine une poissonnière qui a pu servir à fondre lés balles. — Mais comment avez- vous pu le savoir? — Je le présume , répondit-il; j'ai peur d'être compromis.

Le PRESIDENT. — Ficschi, levez- vous.

Le témoin déclare qu'il ne peut dire précisément si c'est le

même homme qu'il a vu rue Saint-Anloine , mai s qu^il lu trouve cependant quelque ressemblance.

FiEscHi, — Moi je de'clare que je ne l'ai jamais vu , ou du moins je ne lui ai jamais parlé. Il se trompe , je ne sais pas seulement où se trouve le café Français; je ne connais pas d'officier piémontais, je ne connais qu'un officier du eénie , un grand jeune homme que vous avez déjà vu.

M® 'Dupont. — Peu importe que monsieur ait rencontré Fieschi ou non.Xe (ait important est celui-là. M. Delvinçourt aurait dit au témoin qu'il avait peur d'être compi'omis parce que Ficichi avait pris dans urte cuisine Une poissonnière, un chaudron pour fondre des balles.

Le PRESIDENT. — Yous trouverez tous les élémens possibles concern.ant ce fait dans l'instruction.

Martin (du Nord). — L'instruction établit que la poissonnière n'a pas servi à fondre les balles.

M* Dupont. — C'est précisément à cause de cela, et parce que d'après le témoin on lui aurait dit que cette poissonnière aurait servi à fondre les balles, que jele somme de ck'darer en présence de quelle dame ce propos a été tenu. Le TEMOIN. — En présence de la dame Charlier. Fieschi. — Je prierai le témoin qu'il^'explique, on pourrait croire que je l'avais volée, et on me l'avait prêtée.

Le TEMOIN. — Je n'ai pas dit que cet objet ait été volé, mais que M. Delvinçourt m'avait confié qu'il avait sorti de sa cuisine, selon ce que lui avait rapporté sa femme de charge.

M. Martin (du Nord). — L'instraction a établi que la poissonnière avait été prêtée.

RïBEROLLEs, cmplo^yé au service (ic;s e,aux de Paris, dit avoir ' vu Fieschi, le 26 juillet, sur le boulevart Avec v\n homme âgé, gjros, ayant un large chapeau et u«e »'€;fîi»^ot6 bleue; leur conversation e'tait très -animée.

Le témoin déclare reconnaître Fjesçhi, mais.il ne recopnaît pasMorey pour l'homme qui était avec lui. Fieschi dit que ce fait e^t inexact.

La femme Vanvilliers, ouvrière à la Saipélrière, dépose que le 28 juillet, la fille Nina a djt en ^arUnt à la revue : « Il y aura peut-être quelque chose 5>j, quel le est revepwp tpwt en nage. Elle lui a demandé : Qu'avez-vous? Celle-ci a répondu :

i55 J'ai bien du chagrin. Elle n'a pu en savoir davantage, et la fille Nina, après s'être rccliangée, a disparu.

La femme Roux, aussi ouvrière à la Salpétrière, déclare que la fille Nina a dit qu'à la fin de juillet elle devait quitter la Salpétrière pour aller s'établir avec Gérard. Elle a vu Gérard le 24î il est venu demander la fille Nina.

M^ Dupont. — Fieschi a rrié être allé à la Salpétrière

Le témoin ajoute que la fille Nina lui a dit qu'il devait y avoir quelque chose h la revue. Etant avec elle sur le boulevart, après l'explosion , elle a couru vers la rue Basse du Rempart. Une femme leur dit qu'on tirait sur la garde nationale.

Fieschi. — Je nj ixîcon-nais pas madame ou mademoiselle, pour lui avoir demandé Nina. Dans une maison où il y a 4,ooo ft-mmes, je vous demande si je vais m'adresser à une pour ep demander une autre. Je n'ai jamais parlé à celle-ci. Je ne lui ai pas fait la cour, moi! (On rit.)

L'audience est levée à cinq heures et denjie.

DOUZIEME AUDIENCE. — lO FEVaiER 1836.

Sommaire. — Dépositions des iémoins çl décharge. — M- CdrloUi. — La femme P.ddt,. — Incident.

A midi un quart les accuses sont amenés.

A midi et demi , la cour entre en séance.

M. le greffier en chef fait l'appel nominal de MM. les pair».

Le presfdent. — La cour va continuer f 'audition des témoins assignés à la lecjuêtede M Morey.

M. DoNCE , perruquier , déclare qu'il rase M. Moi'ey depuis ■septansj celui-ci a toujours poilé des favoris.

M. SuNEiuBB, boUier. — J '^i travaillé pour M. Morey, et il m'a payé.

M^ Dupont. — Quelle espèce de chaussure portait Morey ?

Le TaMOI^^ — ÏI portait toujours des bottes.

M« Duro.^T. — Lui avez-\ous fait quelquefois des souliers?

Le temoîa\ — Je n'en ai jamais vu faite à la maison.

Mad. de Ciieveeuse, Ycuve Martiivallt. — Je ne connais les accuse's ni de nom , ni de physique.

JVP Dupont. — Le témoin pourrait-il rendre compte d'un fait qui s'est passe à la place Royale le c-^ juillet dernier, d'une conversation qui aurait eu lieu et qui avait i'air d'un Cvjmplot ? Le témoin a élé entendu sur ce fait dans rin^truclion, je désire qu'elle s'explique devant la cour.

Mad. de Cheveeuse. — Le 27 juillet dernier , passant à la place Royale, j'entendis trois individus qui s'entretenaient dans un espèce d'argot de choses à peu près semblables à ce qui est arrivé. Ay^nt vu que l'une de ces trois personnes était de mon pays, cela me fit préler attention, et j'entendis l'une d'elles dire; J'ai eu la mauvaise chance. On m'a confronté dans l'instruclion avec l'accusé Fiesehi , et je ne pus pas le reconnaître,- quand on me l'a représente' il était dans l'ombre, et avait une pipe à la bouche.

D. Regardez Fiesehi; le reconnaissez-vous?

R. Non, monsieur, et quand il m'a été prcicnté il était bien défiguré.

Le PRESIDENT. — Regardez la personne ici présente d'accusé Morey. )

Le TEMOIN— Les trois hommes que j'ai vus à la place Royale étaient en parliaite santé . et celui-là a l'air d'un malade.

Le PRESIDENT. — Levez-vous, Pépin.

Le TEMOIN. — C'est bien la taille de celui qui me tournait le dos 5 c'est bien sa tournure de tête et de taille.

M. Paillard, employé, est inttoduit.

M*^ Dupont. — Le témoin a eu des relations avec Fiesehi, je le prie donner des renseignemens sur sa manière d'être, son caractère, sa dissimulation.

M. Paillard. — J'ai beaucoup connu Fiesehi, nous étions employés au même service. Je l'ai toujours [connu pour un homme extrêmement méditatif, dissimulé, actif, capable d'entreprendre les choses les plus hardies. Quanta sa dissimulation, à ses mensonges , il m'en a fait plus d'un , notamment quand il m'a fait faire sa pétition à la commission des^condamnés po-

lltiques. C'est moi qui l'ai rédigée, ttil m'en a imporle. Mais ce sont là des choses qui sont entro lui et moi , et je ne lui en veux pas pour cela

M. Carlotti , propriëlaîre.

IVP Dupo.\T. — Diï-huît mois avant l'altentat, Fieschi n'a- ^til pas tenu des propos qui seiaieiit teîs qu'ils annouceraienl de sa part îc dessein arrêté h l'avance d'un aUeî)tat dès cette époque ?

M. Carloïti. — Je ne sais lien de i'attenlat , et je ne pourrais raconter à ia cour que ce qu'il m'a dit lui-même. Il y a à peu pici trois ans, M. Lenox, avec qui jetais lié, fut le premier qui me parla deFiesdii 11 me demanda si je le connaissais. Je lui répondis <|ue r.on. — Pourquoi , lui dis-je, me faites-vous cette demande? — Je crois qu'il n'est pas Corse. — Pourquoi? — C'est que le nom de Fitsclji ne me paraît pas un nom corse. — Ctla ne fait rien ; s'il descend de la famille Fieschi , il ne reniera pas son origine j la famille Fieschi de Gênes est une famille illustre.

Plus tard je vis Fieschi chez un de mes compatriotes. Il rint à moi , et me dit : Eh bien, de M. Lenox qu'en faites-vous? II m'a renvoyé de son administration comme ^i l'avais été un tle ceux qui fentouraient , le grugeaient, le ruinaient. Il m'a renyoyé , moi , Fiescbi , le plus dévoué de tous. Il m'a traité

comme les autres, comme les agens de police Je lui garde

rancune, et il me le paier.i. Fieschi ne devait pas être traité comme il m'a traité. Je l'engageai beaucoup à se modérer , et je lui demandai ce qu'il faisait. Il se calma , et me dit ; Je fabrique de la toile j je ne demandais pas mieux que de moccuper, que d'employer mon activité, mon intelligence. Je l'engageai à persister , et il ajouta : Il y a ici un de mes compc:triotes, M. Palazzi , qui a un procès d'une quarantaine de raille francs. S'il le gagne , nous irons en Corse, nous monterons un métier de draps. C'est tout ce que je demande d'employer mon activité et mon énergie. Plus tard je vis M. Palazzî: Vous avez, lui dis-je, l'inlention de mener Fieschi en Corse pour monter un métier de draps? Il me répondit a/Tnmatîvement : Quelques personnes m'avaient parlé de ses affaires en Corse j je dis à M. Palazzi : Mail savez-vous ce qui lui e^t arrivé en Corse? — Je sais tout , reprit-il j mais je sais en même temps

i58 que ïleschi est un homme dont on peut tirer le plus grand ' parti. Il a de l'intelligence, de Tactivite', Il désire l'employer ^ n ne m'en faut pas davantage. Au surplus, je connais toute cette affaire. C'a e'ié pour lui un immense malheur. Il a eu un courage de lion. Je suis convaincu qu'il est victime d'un autre: on lui aura dit ; Faites cela ; il l'aura fait sans s'inquie'ter des résultats. Faut-il donc abandonner un homme pour un malheur, une faute, un délit, un crime même? Je ne le pense pas: et si j'établis ma flibrique, je suis sûr de ne pas trouver un homme plus dévoué , plus digne de confiance que Fieschi.

Plus tard je vis M. Lenox, et je lui parlai des plaintes que m'avait faites Fieschi. Il me dit : A ma place qu'auriez- vou* fait? Fieschi était dans mon administration, il n'avait pas d'autre emploi que de porter mon journal (Ja Révolution). C'était' pour lui donner du paui que je l'avais reçu. Comme il le dit ktt-raên*e, j'étais- entouré d'une foule de personnes qui cherchaient à rae ruiner. Une de ces personne était un certain W. Figat qui m'a fait le plus grand tort. Fieschi était l'ami de Fi gat. Ce Figat quel était-il ? C'était un ag^ent provocateur , il tenait dans le bureau d'infâme propos. Il disait haT-itement qu'il fallait se débarrasser de Louis-Philppe, qu'il avait pour cela' une machine qu'on pouiTait braquer sur une fenêtre ; tjœ- c'était un orgue av-ec lequel on ferait danser Louijs Philippe. Il patMait encore de balles chargées de poudre fulnrinanle que l'on jetterait, et qui éclateraient sous les pieds> dlï xCi\} il disait encore que Ton pouvait former une compagnia de sang.piùf'j et donner le premier numéro à Fieschi. M. Lenos continua : Ce Figat a changé de nom, c'est un Piénaontais, il s'appelle, je crois, Escafleri. J'ai acquis la cârti^utie g^l çst ,lgLo;nraf était venu chez moi pou j; nae fàii'e lepius ^rand tort. Un jour oa m^'a rapporté qu'il avaitJ tenu dan« les |)ureaux les propos les plus ind.igaes, les plus infâme.s- J^ le ji3, venir, et je lui dis : De deux chosqs Fune, ou vausètes uti 1^0î?i;rne ajtt^fihé à la police, ou votiis êt,esuafou. Vous n'êtes çîj§ k>n t'éonç YQOS êtes attaché à la police;. Je ne puis pli^g yqus.garder. M. Lenox ajouta que jusqu'alors il n'avait }:^s.e^ Ij^. ç^r,tiJv'*<le q^e Figat ét^it attaché à la;p.oliQç, mi^is (^vi'jj ^ avait acquis la ce^i'titude parce qa un sieur Delen^^e, ^gc\^ légitin^iste, était venu- un jour l'aveitii qu'il serait ançt^ Ip lendemain à midi 3 qu'il ne ti'ouva que Figat auquel il fil CjCll^'

«59 confidence, et qui se garda bien de Ten avertir, lui Lenox. Je ne crm* pas, continua ce dernier, que Fieschi ait jamais eu conn aissance de cela, et je suis fâché de l'avoir renvoyé. Il y avait encoVè là un nommé Chauvin que je ne mets pas plus que F ieschi sur la même ligne que Figat.

fe fis un voyage en Angleterre, et, à mon retour, passant dans les Champs-Elysées, je rencontrai Fiesehi. Je lui demandai ce qu'il faisait : il mè dit qu'il faisait toujours la même chose,- que le projet de M. Palazzi ne s'était pas réalisé parce qu'il n'avait pas gagné sa cause. Je l'engageai à avoir du courage, et à attendre tout du temps; et nous nous séparâmes. A itîOTj retour d'un autre voyage que je fis en Angleterre, je m'occupai de Fieschi. J'avais voulu le recommander à quelque faï'ricant de IWanehester; mais il ne savait pas assrz la langue frailçaise. A mon retour, je ne le revis p'us. Si Fieschi avait éu j5^'us de confiance en ses compatriotes, surtout dans son détosfUT, s'il s'était ouvert à nous, il ne se trouverait pas aujoard hui dans l'alTreuse pojition oi!i il se trouve, cet homme aurait pu faire parler de lui autrement q^ue par un attentat ausd htori'fbPe.

S^ Dupont. — Bans sa déposition écrite, le témoin a parlé de propos tenus par Fieschi et relatjfe à un attentat?

il. J'ai parlé de ce qui était relatif à M. Lenox, et cette espèce de menace ne me semblait pas devoir être exécutée.

Mme Branvu-le, blanchisseuse, p.ropi:i^ti\ire, boulev^Hit des Gobetins. . . «

W Dupont. — Que sait le léraoip çur le caractère et \e^ tabiludcs de Fieschi ?

MmeBRANviLLE. — Ses habitude?, '^q ne les cop^i^iis^c^is pasj. saiJ carivclère me paraissait paauvaié. J'avais aJÇÇaive qMoJqiieipis a allcr.çUcît lui pou^- f^ire o^iy^^»' ^«^ ¥;^oîï,e cmi,;jp«l d^i^pait deTijau. Je Wr^gaiMieqçwme up wépU^i^t tamiae.

Lr rRESiDr>T. — Pourquoi ?

Mme Bii4N¥iJH.B. -r'ï>'^pr4.p«|iîCft qn'il jiaUa^t s^si ffm^je. (On rit.) : >

M' Ruj'ftjiT. ^ W^vf^-VQws pas porté wpc pîaiqte h 1^ police contre Fieschi?

Mme BuANViUE. — Je savais fju'il était poursuivi. ïl pa^s^it ppvir un méchant Jiomme. Il disait qu'il ne sortait jamais saii^

iGo être armé d'an pistolet et d'un stylet. Tout le voisinage en avait peur.

M" Dupont. — Ne vous étcs-vous pas plainte de soustraction ?

Mme Branville. — Je n'avais pas grande confiance en cet homme. Il e'tait ti es hardi, s'introduisait chez moi, partout. Je n'avais aucune confiance en hû ; mais je ne puis pas dire ou'il ait jamais rien dérobé.

MM. Etienne et Mas&on, fontainiers, déposent sur ce fait qu'en monfaiit au réservoir d'eau voisin de la maison de Morey, il e;t facile de s'intioduire dans sa cour, et de là aux latrines. , . '

M. Ferret, fabricant de molleton. Fieschi a abusé de ma confiance, en achetant chez moi des marchandises quila ensuite revendues à bas prix. Un de mes marchands m'ayant adressé des reproches sur ce qu'on.avait vendu près de chez lui du moileton /^oxx 6 sous moins cher que je ne lui vendais, j'allai trouver Fieschi, qui me dit : Je vous avouerai franchement que la personne pour laquelle je les avais achetées n'ayant pas voulu les prendre, je les ai vendues à perte; mais vous ne perdrez rien. Il me donna un mandat sur la commission des récompensts. Je fus payé; depuis ce temps là il m'a acheté de nouveau des marchandises, et il se trouve me devoir encore une quarantaine de francs.

M. CoRRÉARD, ingénieur civil , âgé de quarante-cinq ans (naufragé de la Méduse).

[^ M^ Dupont. — Je prie le témoin d'expliquer comment Fiesbi s'y est pris pour obtenir une pension de la part de la commission des condamnés politiques.

M. CoRREARD. — Cela date de trè -loin; mais je me rappelle avoir vu Fieschi à cette époquc-là. Il donna défausses signatures du directeur dç la prison d'Embrun. Il fut donné suite à <iette affaire.

M* Dupont. — Le témoin a-t-il entendu parler de propos, de menaces d'assassinat tenus contre le roi î

M. CoRREARD. — Je ne vois pas ce que cela pourrait ajouter à la position de l'accusé.

liE PiiEsmpNT.— Cela est-il vrai ? BiieS la vérité.

M. CoRREAftD. - Cela est vrai. (Mouvement marqué d'attention.)

Le PRESIDENT. — Quels sont ces propos ?

Fieschi cherchait à obteiîir un emploi. Il savait que la conîmission des condamne's politiques m'avait fait l'honneur de me nommer son pre'sident; que M. le comte de Montalivct, alors ministre de l'iiitérieui'. avait eu la bontd d'accueillir la commission , et de faire tout ce qui e'iait en son pouvoir pour prt^ curer des emplois à ceux qui e'taient capables d'en remplir. Je dis donc à Fieschi quand il vint que je chercherais a lui faire avoir un emploi. Il me dit que cela nu faisait pas son affaire, qu'il e'tait fatigud par la campagne de Russie , qu'il desirait une pension de 5 ou 4 h", par jour. Je lui dis qu'il'n'otait pas jiossible de satisfaire à ses exigences. Fieschi parvint à intéresser à son sort plusieurs membres de la commission. On lui demandait des pièces . et il n'en avait pas. Fieschi finit par en obtenir, il fut placé sur le tableau. Il revint à la charge pour obtenir une augmentation de pension. ,

Comme on le refusait^ il dit : On ne veut pas faire droit à ma demande. J'ai femme et enfans* je me jeterai dans les émeutes 3 je frapperai tout ce qui se présentera, princes, roi» tout. Une fois lancé dans les émeutes, rien ne m'arrêtera. Je cherchai à le calmer, et il se calma en effet.

Fieschi. — On peut demander un cei tlficat de la maison de détention d'Embrun pour avoir des informations à cet égard. On y trouvera la justification de ma conduite. Je n'ai pUs fait de faux certificats ; le général Franccschetti a toujours certifié que j'avais fait partie de l expédition de Murât. Je prierai le témoin de dire s'il m'a vu après l'allocation qui m'a été destinée. Je n'ai pu tenir le propos qu'on m'aitribue , car j'élais heureux avec deux cents francs par mois. M. Cannes a dit hier que je ne gagnrds que 3 francs par jour , mais c'était 4 francs et 7 sous, et puis j'avais 2 francs pour la garde des meubles à ('roulebarbe. '

M. CoRRÉARD. — Il est très vrai qu'il gagnait de Targent. Je lui ai même dit : Avec l'éducation que vous paraissez avoir reçue et vos talens vous pourriez gagner beaucoup d'arf^cnt. J'avais l'espoir de lui être utile.

Le PRESIDENT. — Nans allons passer aux témoins assignes pai l'accusé Pépin.

M. Bazille FRioEAc , commissaire de police du quartier du m. il

i6a faubourg Saint-Denis. — Je ne sais rien qui soit relatif à l'affaire.

M® Marie. — Le témoin n'a-t-il pas connaissance que le 27 juillet , veille de l^attentat , Pépin est allé lui demander la permission de faire une quête près de l'e'glise Irançaise?

M. Bazille Fjregeac. — Un de mes employés m'avant averti que l'on faisait une quête près de l'église française, j'ai donné ordre de faire cesser cette quête. Un monsieur que je ne connais pas est venu me demander de la continuer ; j'ai dit que je ne pouvais tolérer un délit ^ la quête a cessé immédiatement.

Le PRESIDENT. — Reconnaissez-vous l'accusé? M. Bazille Frégeac. — Je ne puis affirmer que ce soit lui. Pépin. — Voici comment les choses se sont faites. J'avais d'abord entendu dire que le commissaire de police avait autorisé la quêle en dehors de l'église. Un agent est venu l'empêcher, et a dit qu'il fallait s'adresser au commissaire de police. Je suis allé lui parler.

M. Bazille-Frégeac. — Je ne puis me rappeler si c'est monsieur qui s'est présenté. Nous étions occupés à cause des cérémonies qu'on faisait à cette époque.

La dame Leco^vte, mère de Henri Leconte , décédé. J'ai connu l'accusé Pep'n à Pélagie , mais je ne le connaissais pas avant; c'est lui qui portait des secours à mon fils.

M. ToupiOL, marchand d'eau-de- vie, faubourg du Temple, déclare que l'accusé Pépin lui a souvent rendu des services en fait de commerce.

Pepin . — Je vous prie de demander au témoin si quand j'obligeais je regardais à l'opinion.

M. TouPiOL. — Non , monsieur, quand j'avais des besoins dans mon commerce, et que je lui demandais 100 f. ou 200 f.^ il cie les prêtait sans intérêt.

M. Devaux, ex-adjudant-major, connaît l'accusé sous les rapports les plus favorables.

Pepin. — Je vous prie de lui demander si je ne l'ai pas obligé plusieurs fois, et entre autres d'une somme pour l'aider à acheter un piano à sa demoiselle.

M. Devaux. — C'est vrai.

Pépin. — C'est pour prouver que je ne regardais jamais à l*opinion lorsqu'il s'agissait d'obliger.

La dame Budin, couturière, rue du Jardin-du-Roi, n. |2. c; connais M. Pépin depuis neuf moisj il est venu pour voir ma mari te 28 juillet, entre onze heures et midi 5 mou mari éUiL absent dans ce moment-là.

Pépin. — Je lui demanderai s'il n'y avait pas avec elle une autre dame, cuisinière de M. Courte- Epée.

Mad, BuDiN. — • Oui; monsieur.

Le PRESIDENT. — Pour quel motif Pépin est-il entré chet;.

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