VOUS
Mad. BuDiN, — C'était son chemin de passer devant cher nous; il y est entré en passant.
M. DuAULT, batteur de ciment chez M.Villaine, maître pi- Teur, grande rue de Reuilly.
Le 28 juillet, sur les environ dix heures et demie, onze heures, Pépin est venu visiter le chantier de M. Chevalier, qui edC sur son terrain. Il y est resté une heure , peut-être une heure et demie, nous avons parlé des travauxj il s'en est retourné , et est revenu vers midi à peu près. Après cela il s'en est encoi-e retourné. Il pouvait être trois heures ou trois heures et demie, lia parlé avec le garçon du chantier. Eu même temps nous lui avons demandé l'un ou l'autre (je ne peux pas nie remet tre au juste lequel est-ce), s'il était bien vrai qu'il était arrivé uncoup de feu contre le roi, sur le bculevart du Temple, lia-, répondu que c'était vrai malheureusement.
Pépin. — Etais-je seul et étais-je en toilette?
DuAULT. — En habit noir et en chapeau gris- il était seul.
CiiEM-iN, garçon de chantier chez M. Chevallier, marchand de bois, rue de Bercy. J'ai vu M. Pépin chez M. (Chevallier, le a8 juillet, entre neuf à dix heures du matin. Il est venu plusieurs fois, je me rappelle que la dernière, il pouvait être tro'« • heures ou trois heures et demie. Je lui ai demandé pourquoi if n'était pas allé à la revue j il a répondu qu'il avait été rayé de* contrôles, et qu'il n'allait jamais aux revues.
M" Marie. — Est-il resté au chantier une partie de it journée ?
DuAULT. — Je l'y ai vu plusieurs fois ^lans la journée et i plusieurs reprises.
M. LB PRESIDENT. — Vousa-t-il parlé de l'événement qui était arrivé à la revue?
DuAULT. — Il ne m'en a pas parlé; c'est moi qui lui ai Ctt
que j'avais entendu dire, dans ia rue de Bercy, qu'il y avait quelqu'un qui avait tire' sur ia personne du loi IJ a dit que c'était très-vrai , ma lieureusement.
Me jVIarie. — Je ferai remarquer que ces deux de'posilions sont entièrement conformes.
M. LE TREsiDENT. — Nous allous cutcndre dej témoins assignés par l'accusé Boireau.
M. Saltzmawn , ouvrier lampiste. — J'ai travaillé avec Boireau à Lyon, et l'ai toujours connu de bonne conduite.
Boireau. — A l'époque où nous avons travaillé à Lyon, nous étions d'une même société d'ouvriers pour s'entr'aider. A-t-il su que j'aie détourné des fonds de ce cette société ?
M. Saltzmann. — Jamais je ne l'ai entendu dire.
Boireau. — Ai-je travaillé chez M. Carie?
R. Non.
M. Lapierre, lampiste. — J'ai connu Boireau à Lyon depuis i852 ; nous faisions à Lyon partie d'une société d'ouvriers, qui ne s'occupait point des affaires politiques j on ne lui a jamais fait de reproches.
■ M* Paillet. — A-t-il quitté Lyon de sa propre volonté?
M. Lapierre. — [Oui, et parce qu'il croyait mieux faire ses affaires à Paris. Nous avons même laissé des effets au Mont-de- Piété de Lyon, parce que nous n'avions pas assez d'argent pour faire la route.
*SuRBLED, homme de peine chez M. Vernert, fabricant de bronzes, reconnaît Boireau pour un parfait honnête homme à qui on n'a jamais fait de reproches.
M' Paillet. — Boireau désirerait que le témoin s'expliquât sur une altercation très vive entre Boireau et Suireau fds, témoin précédemment entendu j laquelle altercation aurait eu lieu antérieurement à l'événement du mois de juillet.
Surbled. — J'ai entendu M. Suireau fils faire à M. Boireau des menaces graves 3 je ne puis pas dire les mots, je n'ai vu ni le commencement ni la fin de la querelle. J'ai entendu Suireau dire à peu près qu^il lui en voudrait toute sa vie, et ne lui pardonnerait jamais ce qu'il avait fait. Je crois que c'est relativement à des lettres décachetées.
M. Robert, ouvrier ferblantier. — Je connais l'accusé Boireau^ quand il y avait des lampes à poser en ville, c'était moi qui y allais, pour qu'il ne quittâtpas son ouvrage.
M* Pat LET. — Voici le fait sur lequel Boircau ile'sirerait que le témoin fût interpellé. La cour n'a pas oublié la déposition du témoin Lifossc, domestique de M. Panis, rue du Hasard. Il s'agif d'une ronv*er>alîou entre le sieur Lafosse et un ouvrier de M. Vernert , conver>ation dms laquelle l'ouvrier vie M.Verncit se serait exprimé en termes incor.venans . et même fort menaçans sur le gouvernement. Le témoin Lafo.se, qui dans l'instruction semblait avoir reconnu Boircau comme l'ouvrier avec qui il avait eu celle conversation, a déclaré à Taudicnce qu'il ne le connaissait pas. Cependant, des soupçons d'identité pourraient encore rester, Or, depuis l'au lition de Lafosse, on nous a assuré que l'ouvrier de M. Vernert qui s'était rendu dans la maison de INT. Panis à l'époque indiquée, n'était pas Boircau, mais Robeit. Je tlésirerais que le témoin déclarât si c'est lui qui a posé des lampes et des candélabres cbcz M. Panis et quelle a été sa conversation avec Lafoise.
RoBEBT. — C'est moi même qui ai posé des lampes et des candélabres cliez M. Panis, rue du Hasard, et qui le soir les ai allumés. On était au mois de février; j'étais enrbumé, selon ma coutume, depuis le commencement de Ibiver. Le doniestique me dit que je toussais beaucoup. Je lui répondis; Cela n'est pas étonnant, quand il y a des ba's et des soirées, nous sommes très fatigués ; le mal est tout pour les ouvriers, et les profits sont pour les maîtres Dans cetteconversation, il n'a nullement été question de politique j je ne me suis jamais mêlé d'opinions 5 je n'aurais point parlé contre le gouvernement j la preuve en est que je suis pour le parti actuel.
M« Paillet. — Je prie M. le président de rappeler le témoin
Lafosse.
Lk TEMOIN Lafosse, domestique chez M. 'Panis. rue du Hasard, est rappelé.
M. RoBtKT répète sa dépositions il donne les plus grands dé* tails sur les localités el la disposition des meubles qui garniisent les dilîérentes pièces île l'appartement.
Lafosse. — Je n'ai jamais dit que l'accusé Boireau fût l'ouvrier venu à la maison , mais seulement quelqu'un à peu prè» de sa taille^ il se peut que ce soit la personne qui vient de me parler de c s détails, puisqu'elle est de la taille de l'accusé, mais jcî ne ralïirme pas. Jr.' ne puis n»e j eiireltic sa figure.
M® Paillet. — Les détails sur les localités donnés par M. ftobert sont-ils exacts?
M. Lafosse. — Oui, très exacts.
W. Robert. — Vous m'avez dit que votre maître désirait savoir le prix de deux candélabres. Je vous ai dit que je le deananderais à mon maîire j je l'ai demandé à M. Vernert; vous avez rendu la réponse à M. Panis, et vous avez dit que M. PajBÎs passerait au magasin.
M. Lafosse. — Oui, c'.est très vrai
Le. PRÉSIDENT. — Nous allons entendre un témoin assigné sur h demande de laccusé Bescher.
M. TouLOTTE. — En ma qualité d'hommes de lettres, j'ai âiit travailler quelquefoii le relieur Bescher: je ne l'ai pas fré- ^uin'.é, mais je le reconnais comme un très honnête homme. . M. Paul Fabre. — Je désirerais que le témoin s'expliquât 3ur l'emploi du temps de Besclier le 2y juillet, veille de l'alkinlat.
M. TouLOTTE. — Le iG, Bescher m'avait prié de le présenter 'i quelqu'un pour lui procurer du travail. Le lendemain, iprès diner, je le menai aTcc moi.
M® P^ABRE. — Quelles sont les habitudes de Bescher?
M. TouLOTTE. — Avant sa maladie cérébrale, Bescher me l^araissait un homme fort régulier. Depuis sa maladie, il est devenu sujet à des absences de mémoire, et moins assidu à son îîavail.
: Ediard. — Je connais Bescher comme un bon voisinj je Taî Rencontré le 27 au soir sortant de son travail, et en compagnie 5^6 son beau-père; j'ai passé une partie de la nuit avec luij nous sous sommes baignés datis la rivière.
Bertiielot. — Je connais 'Bescher depuis deux ans; je Val li» le 27 au soir dans la rue de Bièvre, il était avec sa feimne ifl sa fille; je l«i "vu èe leir^tmain witre -neuf et dix'iieupes, jJormant.
Me Paul Fahre. — i«£ix>isifue Je témcnn se trompe; c'est tnlre onze heurw'Ctiiairdi <^u(^l airiu^Beséheriiu lit, "le aS.
Lb TÉMOiif. — Je tre sais pas aw ^«rste iqifteile heurc'il était, Raidit à peu près.
Chay ANTRE. — ^i'ai cotum^efimien 'ï"S55; il a fa^t partie avec moi d'une loge TwaçoiaErique;'ie te oonnais comme un honjftête homme, aimant à refidre-^crvicèà ses se mblables.
Pépin. — On m'a reproché d'avoir été visiter d( s prisonniers .sous de faux noms; j'ai il it que ce la. était arrivé une fois. Je demanderai au témoin s'il ne m'a pas recommandé Henri I^econte, comme ayant sauvé son épouse d'une maladie incurable?
Le TEMOIN. — C'est vrai. J'ai recommandé Leconte à M. Pépin à, plusieurs repri.ses.
PfiPiN. — Après sa .recommandation , le témoin ne m'a-t il pas parlé de porter des secours à Henri Leconte? ne m'a-l-il pas prêté son permis xl'eiitrw?
Le tbmoin. — Oui.
Pepin. — Api'ès les événemens d'avril.
Le t«moin. — lOui, c'est après ces évënemens.
BouRSEAux. — Je n'ai jamais vu ni connu Pepin, je ne saw pourquoi il m'a feit appeler.
M^ Mabie. — Le témoin a déposé dans l'instruction^ uoxw dcmandoiks qu'ilireproduise sa déposition devant la cour.
Le tl'woin. — Je n'ai jamais parlé doPepin mais de FicscLL
M* Marie. — C'est précisément sur ce que vous savez de Ficsclii que nous désirons que vous déposiez.
Le TEMOIN. — Dans le mois de mai j'accompagnai M"^* Petit dans un logement où demeurait Fieschi; je ne sais pas le nom de la rue , mais je crois que c'est le n" 1 1 . J'y suis allé dtui fbisj la première fois il n'est pas venu ^ la seconde fois il est descendu avec elle ^ ils se sont disputés depuis la porte jusqu'au pont Notre-Dame. M"^« Petit .lui reprodbait df^voir violé sa fille; il lui a arraché son diâle. Je lui dis: Je vousdéfendsdetoucherà cette femme tairt qu'elle sera avec moi. Et je la fis passer entio nous deux. Il me dit, en faisant un gesteavec sa main : Je n'sn*rais qu'à faire cela , et vous ne seriez plus du monde ni Tun ni l'autre. Je compris qu'il avait un poignard, «et je lui dis ijues'il avait un poignard , moi j'avais autre chose. Il m'a dit depuis que ce poignard ne le quittait jamais , qiuud je lui ait dit cIkîx le marchand de vin , où je l'avais invité À boire pendant que Mme Petit s'en allait, que quandon en voulait à un homme on lui parlait en face , et on ne le menaçait pas dedassassinrr J'ai cncoi'e revu li'iescbi, il ^ ahuitmois eikviron,;entre le poQtau Change et le Pont- Neuf; il m'a demandé >dr« nouvelles de Mme Petit, et m'a dit que quoiqu'il ne<tùt«plus avec eUc, <t qu'il n'y serait plus jamais , il lui lendrait MFviue s'U le pouvait.
Je ui dis que je ne bavais pas où elle demeurait . et qu'elle devait être partie en Normandie. Il avait du papier à dessiner et des couleurs j il me dit quil allait faite un plan , et dont ou parlerait plus tard. Je ne l'ai pas revu depuis ce temps-là.
M' Marie. — Le témoin n'aurait-il pas entendu parler d'une discussion entre la dame Petit et la dame Moucliet , au sujet d'une voie de bois que la dame Petit aurait duQ à la dame Mouchet ?
Le témoin. — Je sais que M'"" Petit devait une voie de bois à M"^6 Mûucliet, qu'elle avait fait deux bons de i5 francs, et qu'elle disait qu'elle ne les paierait que lorsque la femme Mouchet lui aurait rendu une couverture et un lit de sangle qu'elle avait à elle.
FiESCHi. — La femme Petit peut venir dt'poscr tout ce qu'elle voudra, je ne dirai pas un mot j elle a partagé mon lit , ma table et ma sueur, elle m'a quitté; mais quanta monsieur, je voudrais qu'il dise si la chemise qu'il a sur le corps est à lui ou à moi 5 si les draps dans lesquels il couche , ce n'est pas moi qui les ai faits; si le lit , les chaises et le mobilier dont il se sert, tout n'a pas été gagné à la sueur de mon front. Si la femme Petit m'avait donné un matelas, je ne serais pas allé chez les autres, et je ne me trouverais pas aujourd'hui devant vous. 11 devrait rougir; et il vient ici faire des embarras. (Mouvement.)
Le iKESiDENT. — C'est un débat étranger à la cause.
Lyon dépose que Pépin auquel il devait i5o fr. est venu chez lui le 28 juillet, entre midi et une heure, et qu'il a pensé qu'il éiait venu parce qu'il ne l'avait pas encore remboursé, quoiq'ie Pépin ne lui eût pas demandé d'argent.
Le PRESIDENT. — Y avait-il d'autres personnes chez vous?
Le TEMOIN. — Je ne crois pas.
M. Martin (du Nord). — Pépin, étiez-vous seul?
Pefin. — Je crois que oui.
M. Martin (du Nord), au témoin. — Ptpin n'a pas parlé politique . de la revue?
Le TEMOIN. — Non, il m'a dit qu'il avait des affaires du côté de la rue Neuve-Guil'cmin.
M. Martin (du Nord). — L'attentat n'avait pas eu lieu?
Le TEMOIN. — Je n'en avais pas entendu parler.
D, Vous étiez de la société des Droits de fhomme ?
R. J'en al fait partie.
D. Vous éiicz chef «le la section Louvel ?
11. Lo:'i(|iic j'ai fait partie de la secliou . i! n'y avait pa-. Ji: nom aux seclioiîs,il n'y avait pas même de chel; on yeicniplaçait ehaeun à son tour.
D. Vous êtes in>.cril comme chef dans les arctiives s;il3ie> fi Sainte Pe'lagie.
R. G est possible 3 mais je n'.'^i jamais i'ait parl'e d'nne h(^lion, quand elles ont pris des noms.
Me Dupont. — Le te'moin connaissait-il Fiescln?
Le TEMOIN. — J'ai travaillé pour lui.
Me Dupont. — N'a-t-il pas rencontre' quel^uefuis l i. s ui avec un indivivlu de l'âge à peu près de Morey ?
Le TEMOIN. — Il faut que je cherche dans mes soJvenir> . • Je :ï;e rappelle avoir vu Fieschi sur le boulcvait audes^us l'ila porte Sain^-Martin, avec un homme de moyenne taille ; j etais de l'autre côte du boulevart, je crus que e'e'tail Mor; y ; je passai du côté où était Fieschi, et je reconnus que je m'étais trompé.
Le PREsiDEXT. — N'avez- vous pas eu chez vous en dépôt !es œuvres de Saint-Just ?
B. Oui, monsieur.
D. N'est-ce pas vous qui avez fourni à Pépin l'exemplairi' de ces œuvres trouvé chez lui ?
R. Non monsieur.
M. Martin (du Nord), à Pépin. — Vous avez d.'t tcit à l'heure que vous vous trouviez de quatre heures à midi dans vos chantiers: comment pou\iez-vous vous trouver eià nuîtne temps chez le témoin ?
Pépin. — Je ne me souviens pas précisément de l'heure-, il était peut être une heure au dessus ou au dessous.
Je demanderai au témoin de dire pour quel usage je lui avais prêté de l'argent.
Le TEMOIN. — J'avais acheté du bois chez mon msr<'hani.(; ce bois ne pouvait me servir; et comme il fallait q»ie je le payasse, je me trouvais dans l'enibarras M. Pépin me prêta i5o fr. J'en employai une partie à payer le marchand, et l'autre à acheter du bios dont je pusse me servir.
Fieschi. — Le témoin est un des hommes qui m'ont n>anifesté de la haine contre M. Ladvocat.
Concernant la femme Petit, elle a e'crit une lettre à quelqu'un qui me l'a communique'e ,• elle dit que je suis vraiment le coupable, mais que j'ai été entraîné,* elle demandait à me voJr, j'ai répondu que non. Elle a été mon amie, et si j'étais à même de lui faire du bien , je le ferais ; mais je ne dois pas la voir.
La femme 'Poirotte. — Je ne connais pas M. Pépin ; mais j'ai une belle- sœur qui le connaît, et qui a reçu de lui des secours quand elle était dans le besoin.
Pépin. — Je demande le genre de secours que j'ai donnés à la femme PoirOtle, que je ne connaissais pas.
Le TEMOIN. — Ma belle-sœur ne connaissait pas M. Pépin, on lui a dit qu'il feisait des dons j elle a été le voir et a reçu de lui des secours, tantôt en argent, tantôt en commestibles, à trois ou quatre reprises.
Pépin. — Mme Poiiolte vit non nom sur les journaux ^ elle se présenta pour reclamer des secours, je lui en donnai.
M. Martin (du Nord). — Votre belle-sœur n'est-elle pas la femme d'un évadé d'avril ?
Le TEMOIN. — Oui, d'un condamné d'atril ; car il l'est.
M. Franck-Carré. — Condamné par contumace.
Pepin. — Je n'ai jamais vu.
Martin. — Je ne connais rien à l'affaire dont il s'agit.
Pepin. — Le témoin n'a-t-il pas reçu des secours de moi, quoique concurrent et presque voisin ?
Le TEMOIN. — M. Pepin ma obligé dans un 'temps , il ma prêté 1,000 fr., je les lui ai rendus.
La femme Petit, tenant une pension bourgeoise. Je ne connais pas M. Pepin. Si M. le président veut m'intcrroger, je répondrai. (Mouvement d'attention.)
M. Marie. — En mai i855, Fieschi n est-il jras venu chcz'Ve témoin lui proposer de l argent , notamment une somme de 200 francs, si elle voulait retourner chez lui, lui disant qu'il trouverait quelqu'un qui lui fournirait cette 5omme ?
ÏR. Le fait est réel.
D. Vous a-t-il remis cette somme!
"B.. Non. Je lui ai répondu que sa proposition ne me con^wiwit pas , parce que si j'acceptais , ce serait contracter envers lui de nouvelles obligations.
D. La femme Petit ne devait-elle pas à cette époque 5o francs
pour une voie de bois, et n'dtait-elle pas en outre endettée pour son loyer ?
R. Je devais 3o francs 5o centimes ^ la ïemme Moucliel pour une voie de bois; j'avais fait deux biiiets; Fieschi , en me proposant de l'argent, m'avait dit que si, après avoir payé ce que je devais , j'étais embarrassée , il me donnerait de l'argent.
M. DuPOKT. — Morey est- il allé souvent au moulin de Croulebarbe ?
R. Je l'ai vu au moulin trois fois , à des époques très éloignées Tune de l'autre.
D. Fieschi aurait-il confié au témoin que Morey lui au* rait dit qu'il tuerait M. Ladvocat s'il se trouvait au bout de son fusil?
R. Il ne m'a jamais parlé de cela.
D. Lorsque Fieschi a quitté la femme Petit, ou lorsque celleci a quitté Fieschi , ne lui a-t-elle pas donné une partie de son mobilier?
R. J'ai laissé à Fieschi ce qui convenait que je lui laissasse. Quelques jours après , il est allé engager les effets que je lui avais laissés , rue Mouffetard , ou ces effets se trouvent encore.
Comme hier le sieur Loppinet a paru embarrassé pour répondre à la question de savoir si c'était moi ou Fieschi de qui il avait reçu mois par mois la somme destinée à payer le mobilier, j'ai apporté les reçus que M. Xoppinet m'a donnés.
ÇLa femme Petit remet ces reçus à M. de la Chauvinière, greffier, qui déclare que ces reçus sont au nom de la femme Petit.)
ï). 'QuelsTneubles la femme Petit a-t-éîle cru devoir laisser à Fieschi? (Murmures.) Moi seul puis savoir la portée de ia^question qu? je fais.
R. J'ai laissé à Fieschi un lit, des chaises, enfin tout ce qu'il fallait pour un garçon; j'aurais eu 20,000 fr., je n'en aurais pas donné davantage; c'était sufiisamment pour lui; tDatceque j'avais m'appartenait.
D. Fiesclii ne gardait- il pas pour lui tout l'argent qui! lignait?
^ 11 gardait tout, et cela ne lui «ufïisait pas. En quittant
'7^ le Miouii/i de Croulcbarbc , je lui ai laissé un poêle de 40 Tr., et v.n mc'lier qui avait coûté 60 fr., qu'il a vendus à perle ; je ne <!iiai pas d autres moyens qu'il a employe's pour se prôcun r de l'argent.
D. En moins de liois mois, depuis juin jusqu'en août 1855, Fes. Jii n'a- 1- il pas touche une somme de plus de 1,100 IV.?
II. Oui; et la preuve s'en trouve dans les pièces 5 c est sur un conij^te qui m'a été remis par M. Caunes; je l'ai dépose' et signé.
D. f'ie>(lii , vers la même époque, n'aurail-il pas escompté deuv b;i!i.t>j monlanl à i5o fr., chez deux personnes diffétvnles ?
Lî: TEMOIN. — Je n'en ai pas entendu parler ; je n'étais pa> initié dans tous ses secrets.
M"' DupoAT. — Au mois d'août 1 83 {. Fieschi n'a-t-il pas mis d 'S sommes à la caisse d'épargnes?
Ls TEMOIN. — M. Cannes a eu un livret de la caisse d épargnes conccrnarit Fieschi, et lorsque celui-ci a été arrêté, c'est un tieis qui a touché les sommes qui lui revenaieut, au moyen d'utic procuration.
M^ Dupont. — En i85i, le témoin n'aurait-eile pas reçu de Fieschi des conlidences Je projet d'attentat contre la personne du roi? n'en aurait-elle pas parlé à M. Cannes, en le pliant de donner une leçon de morale à Fieschi ?
L12 TEMOIN. — M. Cannes, dans sa déposition d'hier, s'est renfermé dans un vague très laconique, qui ne me permet pas de me rappeler cette circOnstmce.
M'' Dupont. ~ Cette confidence n'aurait-elle pas eu lieu au sujtt d un attentat qui devait se commettre sur la personne du roi , lors de son voyage à Metz ?
Le tbmoin. — J'ai bien entendu dire quelque chose d'à peu piè5:.cmb!ab!e; mais une autre circonstance me revient à l'esprit. Lors du procès dus ministres , un individu se présente un soir. 1 1 dit à Fieschi de venir, qu'il y avait un coup à faire. Je m'iiit. rpo>ai , tl je dis que Fieschi ne sortirait pas. Fieschi n'insista pas pour sortir, et resta tranquille. Au bout d'un quait d'hi.ire, le même individu revint, et dit : Je viens vous chercher par ordre de nos chelsj et si vous ne venez pas , on dira que vous êtes un mauvais citoyen. Je dis que Fieschi n'a-
vait pas d'autre cht^fquc sa femme. Cet indivi'lu se relira, et Fiesehi se coucha. J'attribue à ma ccnduife , dans ceHe rirconstance, que Fiesehi n'a pas été compromis , avec d'autres qui ont été désarmés après avoir désarmé un poste.
M« DuPOîJT. — Le témoiu sait- il ce qu'on avait proposé à Fiesehi ?
Le TEMOIN. — J'ai toujours compris qu'il s'agissait ci'atfctjtcr à la vie des ministres.
M« DupoivT. — Enfin je demande au témoin si. lors des OjiTieutes des 5 et 6 juin i852, Fiesehi n'est pas resté constamment chez lui.
Le TEMOIN. — Le 5 juin , Fiesehi n'est pas sorti de cluz lui. 11 a dit hier qu'il était sorti à trois heures du matin II n'est pas si petit que je ne Taie senti se lever. Au bout des deux jours , il est rentré en disant qu'il venait de rencontrer M Ladvocat , qui lui avait dit : Vous avez manqué une belle oc. asîonsi vous vous étiez trouvé près de moi , j'aurais trouvé moyen de vous employer ; je vous aurais fait obtenir la croix , et j'aurais amélioré votre position. Pour preuve de ce que je dis, je répondis à Fiesehi que s'il avait obtenu la croix pour avoir tiré sur des patriotes , je ne serais pas restée son amie.
Je ne prétends pas que M. Lafivocat ait tenu ce discours à Fiesehi , mais celui-ci me l'a rapporté.
M Chatx-d'Est-Ange. — M. le président jugera pcnt-e!re convenable de faire rappeler M, Ladvocat, pour déposer sur ce fait , auquel on p^araît attacher quelque importance.
M. Martin (du Nord), au témoin. — Qu'entendez-vous par . patriotes?
. Le témoin. — J'entendais parler de Français tués par des Français.
(M. Ladvocat est rappelé devant la cour.) Le PRESIDENT, à M. Ladvocat. . — Vous venez d'entendre la déposition de la femme Petit; qu'avez-vous à dire?
M. Ladvocat. — Il est vrai que Fiesehi n'ayant pu se trouver à côté de moi, selon son habitude , le lendemain je lui en témoignai mon étonnement. J'ai pu lui dire que j'aurais fait améliorer sa position; mais je ne lui ai jamais dit que je l'aurais fait décorer.
J'ai été très-étonné, je le répète, car c'est peut-être la seule circonstance où Fiesehi ne se soit pas trouvé à côté de moi
^74^ dans les troubles. Le jour de l'enterrement du général Lar marque, je me trouvais sur le boulevart. Le général Heyroès, le colonel Dulac, et d'autres officiers qui étaient à la tête de la garde municipale, pourraient certifier ce que j'avance.
Je fis conduire le corps du général Lamarque jusqu'à la bar» ière d'Italie par des ouvriers de mon quartier, et notamment par les miens. Je n'avais pas mon uniforme, le général Heymès m'en fit faire la remarque, je lui dis que je pouvais user de mon influence dans le quartier, n'étant pas eu uniforme. Je rencontrai un de mes ouvriers nommé Lemoioe , je le chargeai d'aller chercher mon uniforme ; il me l'apporta, et c'est dans le trajet qu'il eut à faire qu'il rencontra Fiesclii, qui voulut l'accompagner. Peu d'instans après, Fieschi rencontra mon frère, et lui dit qu'il voulait venir me joindre. Je cite ce fait pour témoigner des bonnes dispositions de Fieschi à mon égard dans cet instant.
La femme Petit. — Fieschi n'a-t-il pas reçu 5o liv. du ministère de l'intérieur le jour du convoi ?
M. Ladvogat. — Je ne sais rien sur ce point.
M^Chaix d'Est- Ange. — C'est la veille de l'enterrement qu'il a toucher ces 5o fr,
, M. Ladvogat. — Je me rappelle parfaitement d'avoir vu Fieschi le lendemain de fenterrement , dans la matinée ^ je ne pourrais citer f heure, et c'est alors que je lui ai dit que j'étais étonné de ne l'avoir pas vu la veille.
M® Dupont. — Il faudrait faire revenir M. Caunes, qui a déposé qu'un sergent était venu le lendemain de l'enterrement demander après Fieschi, et qu'il avait répondu que Fieschi avait pris son uniforme, et avait été se joindre à sa compagnie.
M. Ladvocat.— Il y aurait un moyen de concilier la déposition de M. Cannes et la mienne. La cour saura que mon établissement se trouve sur le passage du moulin de Croulebarbe, à la caserne des vétérans. Il est possible que ce soit en allant à la caserne ou en revenant que j'ai vu Fieschi. Il n'y avait pas d'autre chemin.
Bourdelet, a annoncé dans la maison de Bescher l'attentat qui venait d'être commis sur le boulevart 3 il a vu dans la journée Bescher en manche de chemise et tête nue.
Me Paul Fabre. — Il était en chemise et venait de se lever.
Lë président. — La liste des téaioins est e'puisée.
M* DtPONT. — J'aurais besoin de faire expliquer raccusc Fieschi sur certains points qui feront l'objet de ma plaidoirie. Sur le carnet qui a joué un si grand rôle dajas cette affaire ; je trouve trois fois la somme de 87 fr. 5o c, formant un total de 1 1 2 fr. 5o c. Je demande à Fieschi si ces trois sommes sont le montant de trois demi-termes de loyer qu'il aurait
payes.
Le président. — Fieschi , vous entendez qu'on vous demande des explications sur votre carnet, où la même somme se trouve répe'tée trois fois. Qu'avez-vous à dire sur ce point? Fieschi. — J'ai marque' cette somme sur un feuillet, et sans y faire attention je l'aurai marquée sur un autre; mais il est bien connu que je n'aurais pas acquitté trois fois le mobilier.
M^ DuroNT. — L'accusé ne comprend pas. Je suppose] qu'il n'y ait que cette seule mention , 5'] fr. 60 c. une fois , aj fr. 5o c. deux fois , 5y fr. 5o c. trois fois j je lui demande si ces trois sommes ont été données par lui pour le paiement de trois demi-termes de son loyer.
Fieschi. — Je répondrai si la cour m'ordonne de répondre. Le président. — Bépondez, Fieschi.
Fieschi. — Eh bien ! j'explique encore que je marquais sur ce carnet toutes mes dépenses, les achats de ce dont j'avais besoin , matelas, tables, etc.; tout était noté 5 mais ils s'y trouveraient notés cent fois, que ça ne ferait rien^ je ne les ai achetés qu'une fois.
RP Dupont. — Ce n'est pas là répondre. Je demande si ces trois sommes distinctes, qui forment un total de 1 1 2 fr. 5o c, indiquent le paiement de trois demi-termes de loyer.
Fieschi. — Oui, trois demi-lermes.
, Me DopoNT.-— Vous avez donc payé trois demi-termes? Fieschi. — J'en ai payé deux , j'en ai touché trois j et j'ai marqué le troisième, parce que je devais le donnei*. Me Dupont. — A quelle époque?
Fieschi. — C'est au mois de juillet au moins ; d'ailleurs on peut savoir quand ce demi-terme était échu.
Me Dupont. — Je demande pardon à la cour si j'insiste sur ce point ; mais pour appécier la valeur de ce carnet , qui joue un rôle si important dans cette affaire, j'ai besoin de prcndic tous les élémens et de les contredire. Or, je demande à Fies-
(;hi a quelle époque il a paye' le premier ^emi terme, à quelle ôpoquc le deuxième , et à quelle e'poque il devait payer le troisième?
FiEscHi — J'ai payé le premier demi terme au mois d'avril, avant d'entrer dans le logement; ensuite le second quand iî <?st tombé; on peut en savoir la date; le troisième devait êtvo payé à la fin de juillet.
Me Dupont. — Cela est impossible; car une quittance dn propriétaire, en date du 8 mars , porte : « Reçu pouv le terme du premier avril au premier juillet prochain , etc. » ( Le dé- (enscnr donne lecture de celte pièce.)
Certes, vous n'aurez pas payé un demi-terme pour vingl-iiu jours , du 8 mars au i^r avril ; et comment se fait-il que cette «jomme de 5^ fr. 5o cent, se trouve portée trois fois sur. le carnet, quand le troisième demi-terme ne devait être payé qu'au mois d'août ?
• FrescHi. — J'étais entré avant le dernier demi-terme ; le logement était vacant: on a voulu que je paie le demi-teyme. et j'ai été obligé de payer avant d'y entrer, puisque je n'avais pas de de meubles; lorsque l'autre demi-terme est arrivé, je l'ai payé encore exactement; le troisième demi-terme que j'avais reçu devait être payé quand il serait arrivé. '' - Me Dupont. — La quittance du 8 mars constate au contraire que vous n'avez rien payé pour les vingt jours antérieurs au ler avril. Comment deviez-vous payer un dcmi-termeen août^ alors que l'attentat étant commis , vous saviez bien que vous vous seriez échappé?
FrEscuF. — Eh ! je devais 5 fr. de plus au marchand de \in , et le matin du jour de l'attentat je l'ai payé, ne voulant pas lui faire tort.
Me Dupont. — La cour comprend l'importance de ce carnet : il s'agit de la vie d'un homme. Or, je demande à l'accusé, devenu accusateur, l'explication de trois sommes qui s'y trouvent , et il ne peut la donner.
Maintenant , il est un autre point sur lequel j'appellerai Pattenlion de la cour. Je la prie de se reporter auyÎ2c-5zm/7e du carnet de Fieschi, page 455 du rapport (i) , elle y verra ces trois sommes chiffrées : 1 5 , 4o , 20 francs. Quand on a de
(i) Voir le volume des faits préliminaires.
*77 ^jHnodé i t'içschi l'emploi de cette somme de ao fr. , il â répondu arec beaucoup d'aplomb dans son inleiTogatoire ; 20 fr. donnes par Morey pour payer une malle et les arrhes du marché des canons. Or, nous arons examine' très scrupuleu$e« ment , avec mon confrère M* Marie , la note originale, et nous avons IrouTé qu'il était impossible d'y voir cette prétendue somme de 20 francs, mais celle de 275 francs. Le crayon s'est effacé, il est vrai; mais, en le regardant de près, on remarque |»9rfaitement celle de 275 francs. Si la cour en doutait, je demanderais qu'une expertise fût faite à cet égard , elle est d'une Utilité capitale; en effet, pour prononcer la culpabilité de rjiorey, on lui dit : Vous avez pris une part à la dépense , vous avez payé pour les arrhes des canons et la malle, 20 fr. j et au lieu de cette somme de 20 fr., on voit sur le carnet 273 tv. Quelle est donc la valeur de ce carnet?
Maintenant je demanderai à l'accusé comment lui qui inscrivait sur son carnet 5 fr. pour les arrhes des canons et 5 fr. sour la malle, n'a pas inscrit les sommes totales qui lui auraient été données tantôt par Pépin, tantôt par Morey j comment il a pu les oublier.
FiEscHi. — Ce que Pépin et Morey m'ont donné pour moi «n particulier , je ne le marquais pas ; mais je marquais ce qui était pour les dépenses des canons , de la malle , du bois » etc. M® Dupont. — Alors , puisque vous avez déclaré que les chinons de fusil avaient coûté 187 fr. 5o cent., je demande que vous me montriez cette somme totale de 187 fr. 5o c. dans le carnet.
FiESCHi. — Elle se joint aux autres sommes dans le total. M» Dupont. — Dans laquelle des sommes écrites sur le carnet les 187 fr. 5o c. se trouvent-ils compris?
PiEscHT. -^ Si M. le président m'interroge, je répondrai; mais je ne suis pas avocat , je n'ai pas fait mon cours de droit, je ne peux pas discuter avec vous, je ne veux pas lutter d'éloquence. Mes défenseurs répondront pour moi.
M» Dupont. — Je demanderai que M. le président pose cette question, à laquelle Taccusé ou ses défenseurs répondront: Puisque la somme de 187 fr. n'est pas portée à part, et qu'elle se trouve comprise dans une autre somme totale du carnet , dans laquelle des sommes est-elle comprise?
M* Parquin. — La cour voudra bien remarquer, ainsi que If. 18
fsn déjà eu Thonneur de lui en faire l'observatien, gue le$ dcjî^iseurs de Fieschi se sont abstenus jusqu'à présent, et veulent s'abstenir de tout ce qui pourrait paraître une charge nouvelle «€>ntre ses co-âccusés. S'ils cuit quelques paroles à présenter pour la défense de Fieschi, ils le feront j mais l'avocat de l'aceusé Morey lui-même trouverait peut-être iriconvenantc Hnsislânce que nous mettrions à signalfir les^harges qui s'élèvent eontre son client.
Me Dupont. — Au contraire,, plus elles seraient précises et plus je serais satisfait, car aiasi je saurais que repondre ^ mais i^uand mes questions restent sans réponse, comment voulez- Tous que je discute les faits 4aiis ma plaidoirie?
M« Parqtjin. — D'abord vous -aurez pu remarquer sur le carnet une somme de ido fr., et ensuite une autre de 2^, je crois... ou plulQt de 218 fr. Eh bieni ce serait dans ce total de a 18 fr. que serait comprise la somme de 187 fr. C'est un point de fait dans lequel nous évitons d'entrer, pour ne pas changer le rôle de défenseura de Fieschi pour le rôle d'accusateurs de ses co-accusés.
Me Dupont. — C'est tiès généreux; et cette générosité j'en sais gré à mon confrère ; mais loin de me servir elle me nuit. Me Parquipt. — Je demanderai alors que M le procureurgénéral, qui a étudié tous les élémens de l'instruction, reuille bien donner quelques explications à cet égard.
M. Martin (du Nord). — Il me semble que ces explications seraient anticipées. L'accusation doit être développée demaîa^ ie ne puis pas être tenu de faire connaître mes moyens aujourd'hui.
M® Dupont. — La réponse ne s'applique pas à moi, maïs à mon confrère Me Parquin, qui avait prié M. le procureur-général d'expliquer ce qui nous occupe. Mcis je dis qu'il faut fixer les points de débats, afin que la cour sache et que je sache moi-même sur quoi je dois plaider. J'ai demandé dans quelle somme totale se trouvaient les 187 francs des fusils. L'accusé dit: C'est à mes défenseurs à répondre; et le défenseur s'abstient en disant : Je ne veux pas accuser vos cliens. Or, comment voulez-vous que je réponde aux charges portées dans l'acte d'accusation ?
Le PRESIDENT. — S'il y' avait défaut d'explication h cet égard, il me semble que le défenseur ne pourrait s'en plaindre.
il pouf rai tau (Montra iVe en lirér âi-^mùnt dans sa plaidoirie. M* I>up6î«t. — Pardon, M, le président. Lors de ma plaidoirie, je ne pourrais point procéder par voie d'interpellations ; j'en serais réduit h affirméi' cpie telle chose est ou n'est pas. Ce carna joue, je le i-épke, un rôle excessirenîent grave dans cette affaire. Eh bien! jç fais ufie autre question à Fieschi , et lui demamle il'er^Hquer (jaette est la soi*nme qu'il a reçue pour son mobilier? Je vais le m^ttïeàméine de bien répondre. Je trouve dans sOn interrogatoire qu'il a reçu pour ce mobilier tantôt i5o fr., tantôt 1 18 fr.> et tantôt i5o fr. Cette question est dii pkts grartd intéi^l; eiar, d'après Fieschi, Morey et Peprn se seraient transportés aVec lui sous les arcades du pont à'Austei4it«, etià ilsauratetit ari^té ensemble le compte des dépen$cis tiîontant à u«e somme de 5oo fr. Eh bien ! laquelle de ces trois sommes 1 18, i5o et i5o véut-il choisir pour eo ftyrmer le total de 600 fraîic$?
FiESciu. — Si c'est à moi à dire : J'ai payé tant le matelas, tant la table, j'en donnerai upienote exacte au besoin.
Me DupoKT. — Ce n'est pas là une réponse. D'après le caft*^ net FiWChi n'a dépensé que gS fr. pour son mobilier. Il aurait don'î trompé Pépin en denWndant et en recevant une so m me plus forte. Mais je ne m'occupe pas ici de la découverte de celte supercherie^ je me borne à demander à Fieschi à quelle «omme il avait élralué la valeur de ce mobilier lors da jM'étendu compte du pont d'Austaditz.
FiE-îciii. — Je n'entends pas qu'il y ait erreur. J'ai mis ce
que j*ai dépensé pour tnon mobrliér et le loyer. Je répète que
je suis toujours prêt à donner la note de cette dépense. Je rie
■ connais pas la langue des avocats, rhoi, je ne m'attaquerai pas
en logique avec vous, je ne parle que ma langue naturelle.
Me Dupont. -— La languô de l'arithmétique est aussi naturelle à la Corse qu'à la France. Je demande donc pourquoi vous avez dit tantôt i5ofr.. tantôt 1 18 fr., et tantôt i5o fr., et enfin laquelle de ces sommes vous choisissez?
Fieschi. — C'est parce qu'aujourd'hui je recevais 80 fr., et demain 3o fr , et je le marquais chaque fois que je pouvais.
MePA.R(^im. — La question est celle-ci: Le défenseur de Morey demande l'emploi de certaine somme. Fieschi offre d'en donner la note exacte. Peut-être mon confrère n'aurail-il r .-u dû attendre les derniers momens de Taudience pour f
UiN^
i8o c€tte demande, s'il s'était adressé à Fieschi ou k nous, nous aurions pu lui ^donner à^ temps des renseignemens plus précis. -
Me Dupont. —Mais cette note de Fieschi lui-même ne de- ▼ra porter que 95 fr., c'est-à-dire la somme qui est lur son carnet. Ce n'est pas là-dessus que je l'interroge. Je ne demau e pas ce qu'il a dépensé, mais pour quelle somme il a cherché à tromper Pépin sur le mobilier, afin de savoir pour combien ce mobilier est entré dans les 5oo francs ; car s'il est vrai que la somme des dépenses de l'attentat devait être partagée entre Pépin d'une part et Morty de l'autre, de manière que Morey dût payer pour sa part aSo fr. , il importe que tous les éléraens de celte prétendue dépense soient bien constatés. Je demande donc à l'accusé une réponse sur un fait net et précis /il ne peut ignorer pour quelle somme il a porté le prix du mobilier dans le prétendu compte de dépenses qu'il aurait rendu à Morey et à Pépin.
M. Martin (du Nord). — Puisque l'on vous promet une
note
M» Dupont. — Je n'ai pas besoin de note, j'ai le carnet.. Le président. — Libre à vous, si quelque doute vous paraît subsister à cet égard, d'en tirer parti dans la plaidoirie.
M® Dupont. — Est-ce que c'est moi qui devrais faire ces interpellations ? Est-ce que la vie d'un homme ne devrait pas être aussi sacrée pour le ministère public que pour le défenseur.
Le président. — M® Dupont, veuillez réfléchira la'portée de vos paroles. Le ministère public comprend autant que vous ce que pèse la vie d'un homme dans la balance de la justice : il a montré dans toute la suite de ce procès qu'il connaissait parfaitement tous ses droits et savait les remplir sans avoir besoin que personne les lui rappelle. Quant au débat particulier qui vient des'engager sur un point de fait, et ne prenant aucune part à ce débat, le ministère public est dans son devoir, dans son dioit. Demain, M. le procureur-général parlera; il exposera les moyens de l'accusation et donnera tous les éclaircissemens qui lui paraîtront convenables : les défenseurs auront alors la parole pour lui répondre.
Martin (du Nord). — Trop souvent Me Dupont s'est permis de dire : le ministère public aurait dû faire telle ou telle chose. De telles paroles ne peuvent se tolérer plus long-temps: le
ministère public ne saurait reconnaître aux défenseurs le droit de lui adresser des remontrances : le ministère pùbiic connaît ses deToirs , et c'est pour cela qu'il s'abstient de répondre k des questions qui ne s'adressent pas à lui, mais à l'un des accusons.
M. Ddpont. — Il peut connaître son devoir, mais se tromper dans son accomplissement. N'est-il pas dans son intérêt comme dans le mien que les élémens des sommes que Fieschi prétend avoir reçues soient parfaitement constatés.
' Martim (du Nord.) — Je n'ai pas besoin de vous demander de quels élémens doit se compossr mon réquisitoire. Je sais pro» bablement ce que J'ai à faire.
M. Dupont. — Vous ne pouvez et ne devez le composer que d'élémens qui auront été' expertisés devant la cour : c'est la première fois, je dois le dire, que je me trouve dans une pareille position j chacun se refuse ici de s'expliquer.
' La liste dés témoins étant épuisée, la séance est renvoyée à demain midi.
Il est trois heures trois quarts.
BOUSIKMS AUDZSBTOS. — lO F^TAISA.
SoMMiiAC. — Réquisitoire du' procureur-général. — Commencement de la plaidoirie de M* Patorni pour Fieschi. — Interruption inciilenie. — Continuation à l'audience suivante.
A midi et demi les accusés sont amenés.
A midi trois quarts la cour entre en audience.
M. le greflTicr en chef fait l'appel nominal de MM. les {>airs.
Ne répondent pas k cet appel , MM. le comte de Breteuil et le marquis de Latour^du-Pin-Mautauban , retenus par iudis* position.
Le PBEsiDEnT. — La parole «st à M. le procureur*général.
RÉQUISITOIRE DU PROCUREUR-GÉnÉBAL.
Messieurs, dans tous les temps, comme sous toutes les formes
i8^ de gouvernement, la marche des factions est la même : çUe» commencent par propager leurs doctrines doot le but est de miner l'ordre social et politique qu'elles attaquent , et quand elles se flattent d'avoir excité les sympathies populaires , elle^ crient aux armes et font appel à l'insurrection qu'elles on|,, proclamée le plus saint des devoirs! Que si, vaincues parla fi)rcç et par les lois , elles désespèrenj du concours de la majorité nationale , elles recourent alors aux moyens extrêmes, et dans l'égarement de leur fureur, elles vont jusqu'à tenter de ftitruire par l'assassinat les obstacles qu'elles u'ont pu surmonter.
L'histoire est là pour attester la vérité de nos paroles; voyez I^liigue prêchant au peuple le droit de tuer un prince hérétigjuç : bientôt Mayenne lèvera l'étendavd de la révolte et assiégera le roi jusque dans son palais j bientôt aussi le poignard de Ravaillac frappera Henri IV.
Il en a été de même de nos jours. Une faction n«e à la suite de la révolution faite en juillet au nom de l'ordre et des lois a toulu , sous prétexte de réclamer les conséquences de c€tte révolution , nous ramener au régime et aux principes de 179'». Qu*est-il besoin de vous rappelei' , messieurs , et sa marche et ses développemens , à vous qui , comme législateurs et comme juges, Pavez, pour ainsi dire, suivie dans toutes ses phases. Vous connaissez en effet et ses publications séditieuses , et ses démonstrations armées , et les sourdes et coupables menées de «es associations. L'attentat dont vous avez aujourd'hui à jugerîes auteurs est comme le dernier acte de ce drame terrible aucjuel vous avez assisté. Qui pourrait , en effet , prétendre que , ^ans les provocations incessamment dirigées contre le pouvoir, «ans les outrages prodigués au chef de l'état, sans les prédica lions fanatisques de la société des Droits de l'homme , quelques hommes obscurs auraient osé concevoir etexécutw le plus odieux des crimes.
Toutefois, et au moment de vous^ entretenir des funestes et douloureuses conséquences d'un attentat qui a laissé decvides jusque dans vos rangs , combien ne sommes-nous pas heureux de reconnaître tout ce«|ue la providence a fait pour cette France qu'elle protège , soit er^. salivant le roi^t se? fils, notre orgueil e^i^imc ^oiTQ espérance , et avec eux la monarchie et nos ii^
titutioDS, soit en permettaot que le réglclcle surv:eciU k d'horribles blessures pour defenir l'accusateur de ceux qui ayaicoC armé son bras , et pour révélei* U ve'rité tout entière.
r^ous ne croyons pas, messieurs, devoir retracer à tos ycuB rhorrible scène du 28 juillet. Nous pensons qu'il est dess«ni-' Tenirs que, dans cette enceinte, il faut pouvoir un instant a«blier; comment en effet parler avec cr>lme du danger qu*« couru la France ? Comment conserver l'impassibilité qui convient à votre position et à la nôtre? Vous êtes juges, messieurs^ cest à votre raison, à voire justice impartiale que nous nous adressons. Oublions les conséquences possibles de l'attentat, ke danger qui a menacé la patrie, pour ne nous occuper que <fe Tattentat lui-même que vous devez apprécier et punir.
Avant d'entrer dans le détail des faits, nous rencontrons une première question qui se présente h tous les esprits. Quand us grand crime a été commis, quand celui qui l'a exécuté se trouve devant la justice, le premier besoin est de se demander quel « été le motif qui a pu armer son bras. En le recherchant, nouç sommes étonnés de ne reconnaître dans Fieschi aucune de ces passions violentes qui presque toujours produisent les grandCt; crimes. Il n'avait pas de vengeance à satisfaire, pas de baitMr ardente qui le poussât au crime. On ne trouve pas surtout e» lui ce fanatisme politique ou religieux qui tant de fois arma le bras des régicides. Comment se fait-il donc que Fieschi ait, dans ce jour funeste du 28 juillet , compix)mis pour un in»tanf la 7ie du roi et la sûreté de l'étal? Hélas ! messieurs, c'est qu'9 est d'autres sentimens qui peuvent enfanter les grandes catas^ trophes et les crimes, une vanité san» bonies et sans frein, et Tori^neil jqae rien ne peut satisfaire. Fieschi gémit de l'humitité dans laquelle il a vécu. Il a soif de bruit et de renoms ■aée ; il poursuit la célébrité à tout prix , et pourvu qu'il l'afteigne, il lui importe peu que le bien' l'y mène ou que le mal Vj conduise.
Ainsi de même que peut-être Fieschi eût été un homaiQ remarquable, si, dirigé par d'autres mains, il avait pu voir se développer en lui le germe des seutimtn:» qui font les boni citoyens, de même, mal entouré, vivant au milieu d'uneaiU ■KKpfaère corrompue, il est devenu un grand criminel, vtm assassin , un régicide.
"(el est,, selon nous, le point de départ de Oâtte. aibiir^. l^i«$^
ehi est en présence d'hommes qui ont su le connaître, qui ont pu exploiter son caractère , qui ont vu qu'il avait des qualités dont il était facile d'abuser, en offrant à ses regards le côté le moins vil , le moins odieux des entreprises auxquelles ou voulait l'associer.
Ainsi le projet d'attentat a été présenté«comme une entreprise hardie, audacieuse, que nul autre peut-être que lui n'aurait pu concevoir et exécuter. Ainsi, après avoir exploité cet amour de célébrité qui le dévore, on se sera attaqué à ces sentimens de reconnaissance qui l'animent, et qu'il a témoignés en diverses circonstances. II était dans la miière, on l'a rc* cueilli, on l'a cru lié par un perfide bienfait. Ainsi encore ce sentiment qu'il portait à une jeune fille qu'il avait élevée, on l'a caressé, on lui a dit qu'après lui, s'il succombait dans la terrible lutte qu'il allait engager, cette jeune fille serait à IV bri du besoin , sous la protection de généreux amis.
Au surplus , il est inutile de prolonger davantage ces indications pour l'honneur de la morale publique, de la morale éternelle. Il faut que Ficschi soit considéré tel qu'il est, c'està-dire comme coupable du plus grand des crimes qui puisse frapper l'imagination des hommes.
Il a compris l'énormité de son crime, il déplore les victimes qu'il a faites, il sent qu'une expiation est due. Et cette expiation, il l'offre, il la facilite parla hanchise avec laquelle, après quelques hésitations, il a révélé toutes les circonstances de spn crime et les noms de ceux qui l'y avaient conduit. A cet égard notre conviction est telle que nous pensons que rien n'esjt plus sincère que les déclarations faites à la justice par ce grand criminel. Nous le pensons à ce point, que nous ne pou» Tons mieux faire que de vous retracer avec simplicité ses révélations sans les accompagner d'aucune réflexion; et quand nous les aurons ainsi piésentées, notre tâche consistera à approcher les preuves qui viendront vérifier ces révélations et à vous delaandçr^s'jiest possible que l'évidence feoit portée plus loin,
Fieschi sVst décidé difficile ment à rendre compte à la justice de toutes les circonstances de son crime. Long-ttmps il a hésité'; on: le conçoit; Il connaissait l'espèce de défaveur qui s'attache à la dénonciation de faits qui concernent d'autres ?.ccu- «ésj mais on a dû lui faire sentir que lorsqu'on a commis uis
i85 crime, la première réparation e^t dans la franchise des avetix. l\ Ta compris, et il les a faits.
Voici en effet comment Fieschi expose les faits :
Il a été privé d'une pension qu'il afait obtenue à l'aide de pièces falsifiées. Il fut accueilli par Morey, arec lequel il avait eu ju«;que là des rapports. Il y resta pendant quelque temps.
Son entrée chez Morey remonte à fa fin de 1 854- Il reçoit chez Morey des secours et l'hospitalité Là il occupait ses loisirs. Il avait été militaire. Il fait le plan d'une machine destinée à défendre des places de guerre attaquées par une armée impcsanté et défendues par une faible garnison. Il montre le dessin de cette machine à Morey, lui dit quel peut en être le but. Il dit qu'à l'époque de la révolution de Juillet on aurrait pu s'en servir utilement. Morey est frappé de l'usage qu'on peut faire de cette machine. Sa première pensée est qu'on pourrait l'appliquer utilement à un attentat contre le roi. Morey était en relation avec Pépin. Il va lui communiquer ce plan, et lui montre l'usage funeste auquer on pourrait l'appliquer. Pépin embrasse cette idée avec avidité, conçoit à l'instant tout le parti qu'on peut en tirer, et demande à voir l'auteur du projet. Fieschi lui est amené de suite. Les relations deviennent intimes^ Pepih demande quelle est la somme à laquelle pourra s'élever la dépense. Cette somme est fixée à 5oofr. Fieschi promet un modèle. Il le remet à Morey, qui le communique à Pépin. Une somme est donnée à l'avance. Du bois doit servir au châssis de la machine. Il est acheté par Fieschi, accompagné de Pépin. Le bois est porté chez un menuisier qui doit façonner le bois. Le bois façonné est transporté dans son logement. On cherche un logement propre à l'exécution de l'attentat. Le logement du boulevart du Temple est arrêté. C'est là que les préparatifs de l'attentat se continuent. Le bois de la machine est apporté. Mais la revue n'a pas lieu à la fête du roi. Les préparatifs sont su-îpendus. Il fallait des canons de fusil. Pépin se charge de lés procurer. Il dit à Fieschi de quelle manière il compte les avoir. Cavaignac a un dépôt d'armes. Pépin va parler à Cavaignac à Sainte Pélagie. Pour détourner les soupçons, il ne va le visiter qu'avec une permission demandée pour un autre détenu.
L'attentat a été ajourné à la revue qui doit avoir lieu à l'aa,iïiversaire de juillet. Les travaux restent suspendus.
En attendant, Fieschi désire avoir du travail dans un atelier. Morey s'empresse à cet égard de le satisfaire. Il le place chez Lesage, fabricant de papiers peints qui le reçoit sous u» faux nom. Vous savez que Fieschi était poursuivi correclionliellement. Il iallait qu'il ne fût pas connu sous son véritable nom. Morey s'adresse à Bescher, obtient de lui un livret et tm passeport j et à l'aide de ce livret et de ce passeport Fieschi entre chez Lesage et y travaille.
Il en sort le '22 du mois de mai, et alors il mène une vie OÎsive. Il se livre tout entier aux préparatifs jde Tattentat, Quelques jours avant le 28 juillet, Fieschi parle d'acheter des canons de fusil , puisqu'il est impossible de s'en procmer par Cavaignac. Les fusils devaient être disposés sur ce châssis en bois.; On est incertain sur la possibilité de faire partir à la fois un aussi grand nombre des canons de fusil. Fieschi dit qu'il est sue de réussir. Un rendez-vous est donné;; on va dans les vignes de Monlreuil , l'expérience de la traînée de poudre est faite. On est certain que la poudre se commun*-quera de Tune à l'autre extrémité de la machine avec rapidité. Les fusils sont, placés sur la machine 5 mais tiois d'entre eux n'ont pas de lumière. On s'adeesse à un ouv*:ier lampiste, à l'accusé Boireauj celui-ci fournit un foret. Deux lumières sont percées; le foret est émoiissé à la troisième. Les fusils percés et ajustés, il allait les charger. I1& sont chai^^ par Morey, le 27 au soir.
Tout est préparé, il n'y a plus qu'à attendre le moment où le cortège passera devant la fenêtre. Cependant la machine a été disposée de manière qu'une inclinaison plus ou moins grande pourra, être donnée aux fusils en haussant ou baissant U traverse qui, soutient les culasses; il faut la disposer de manière qu'un homme passant à cheval sur le bord, de 1* diaussée du côté du Jardin - Turc puisse être atteint* J3f faut un homme à chevtçl pour servir de point de mire. Pépia s'offre; il a des chevaux ; il passera à cheval » l'endroit, indiqué, au pas, au trot, au galop.
Cependant , Fieschi ayant trouvé le moyen d'obtenir une inclinaison convenable, ne juge pas à propos d'attendre. Pépin ; il descend de sa chambre , va au café Périnet , et là il est
»»7 tou;t étonpe de voir Boireau qui, en l'ahordant, lui dit que c'est lui qui a passé à cheval sur le boulevard, et qu'il connaît, tous les dt^'îvuls du coqaplol. Le lendepiain , vers midi , le feu est mis ^ U machine, et vous savez quels en oot été les terribles résulta l>.
Le même jour 28 juillet, Fieschi , ainsi qu'il le déclare encore, avait placé dans sa malle ses effels et ceux de Nina Lassa ve. Il l'a fait transporter chez Nolland, e^i lui disant de la remettre à Morey quand il se présenterait pour en prendi*© possession. A son retour Fieschi renconti'e Morey; ils échangent quelques mots. Fieschi revient chez lui. Ils rencontre aussi Boireau. Celui-ci lui dit qu'il est là avec ses amis^. armés pour soutenir l'entreprise qu'il a formée.
Après ces circonstances rappelées , nous vous dirons notre plan. Il est simple. Les déclarations de Fieschi ont un caractère de franchise et de sincéiittf qui ne nous paraît pas permettre le doute; après une instruction faite avec le plus grand soin, qui a porté sur tous les points qui pouvaient être un seul instant douteux, il n'fest pas un seul des faits qui n'ait été vérité à l'égard de Fieschi. C'est là ce qu'il feut vous démontrer j c'est là le but que nous nous sommes proposé, et nous arrivons ainsi à l'examen des charges qui pèsent siw chacun des accusés qui paraissent devant vous.
Nous vo«« parlerons d'abord de yacou^ë Bescher. En effet, quant à lui, nous n'avons que auelques mots à vous dire.
Biescher a été mis, et a dû nécessairement être mis en accusation. Vous vous rappelez , Messieurs , ce fait grave relevé dans l'instruction : qu'il avait trouvé convenable de soustraire Fieschi aux poursuites dont il était l'objet , et que pour j parvenir il fallait lui donner les moyens de dianger de nom. On avait aussi senti la nécessité, lorsque l'attentat serait commis, de favoriser la fuite de Fieschi , et poi^r cela encore un passeport devait tjui être remis , et ce pas;>eport devait porter un autre nom que le tein.
Qr, un. liyret a été troviyé, il portait le nom de Bescher, On sut qu'un passeport avait été préparé, on reconnut d'après la souche qu'il portait, comme le livret, le nom de Bescher.
Beschcr fut interrogé sur cette demande de livret et de passeport. Le passeport avait été délivré pour un ' ^ivîdu qui n'avait aucun motif de quitter Paris, qui ne lui avait pas Servi, «t qui, au contraire, devait favoriser l'évasion de Ejeschi.
Bescher se défendit comme par malheur il arrive souvent aux accusés qui se sentent coupables. Bescher dit à la justice : J'ai perdu le livret, je ne sais ce qu'il est devenu; qu^nt au passeport, je l'atrais demandé pour moij je ne trouvais pas d'où» ▼rage à Paris, je voulais a 1er à Auxerre demander du travail à un individu que j'avais connu anciennement. L'instruction établit que jamais Bescher n'avait eu l'intention de quitter Paris, et que par conséquent c'est une fable qu'il avait imaginée.
Qu'est-il arrive ? On a découvert que Fieschî, à l'aide du IIvret de Bescher, avait caché son nom pendant son séjour dans la capitale, et qu'il avait échappé ainsi à toutes les recherches dont il était l'objet.
De là, messieurs, la nécessité de vérifier les faits sur lesquels reposait l'accusation à l'égard de Bescher.
Dr^puis, cet accusé a senti sa véritable position, il a dit qu'il Mvait demandé le passeport et le livret afin de procurer à un prétendu patriote poursuivi les moyens de cacher son nom, et qu'il ne savait pas l'usage qu'on se proposait d'en faire.
Certes, dans celte position, si l'accusation ne peut justifier que l'une et l'autre de ces pièces devaient servir à Fieschi qui avait projeté l'attentat du 28 juillet, il n'en peut résulter aucune charge réelle contre Bescher, et l'accusation ne peut subsister à son égard. Telles sont les conclusions que nous émettrons devant vous dans le réquisitoire que nous aurons à por-
Nous n'aurons pas d'observation très longue à vous présenter relativement à Fieschi. Quant à lui sa culpabilité n'est que trop évidente. Les faits démontrés , les aveux qu'il a faits devant la justice, les blessures qu'il a reçues, le lieu et l'état dau« lesquels il a été trouvé, tout prouve sa culpabilité et nous dis* pense de toute espèce de discussion.
Mais les trois autres accusés exigent des développemens un peu plus longsj car vous sentez que àe^ faits bien autrement nombreux viennent établir leur culpabilité , et que ces faits ayant été constomment démentis , et les accusé* constamment
en oppositioniiJ faut nécessairement qu à cet égard nous entrions dans qu »es détails.
Kous parler<^^f ^ d'abord des moyens à l'aide desquels nous croyons pouvoir «établir la culpabilité' de Morey et de Pépin. Déjà nous avons difl où nous pensions puiser utilement les charges qui s'élèvent contre eui. îfous les puiserons dans la déclaration de Fieschi, nous les puiserons encore dans la déclaration de Nina Lassave.
Nous devons communiquer à la cour les impressions que nous ayons éprouvées. £h bien, messieurs, nous n'hésiterons pas à dire que nous avons entendu à votre audience Fieschi dans ses déclarations, et qu'autant il nous semble que la vérité sortait de »a bouche , autant il nous a paru que le mensonge le plus maladroit fondait tout le système de défense de Morey et de Pépin. Nous mettrons ainsi en présence de l'un les déclarations des autres, et nous arriverons à une démonstration complète.
Que dirons-nous pour établir que telle doit être l'impression de la cour elle-même?
Il nous semble qu'en pareille matière il est des choses qu'on tte démontre pas. C'est à vos souvenirs que nous en appelons ; et si, comme nous , vous avez trouvé le cachet de la vérité dans les déclarations faites par Fieschi , nous aurons déjà fait beaucoup , et nous devrons nous borner à en appeler ensuite à vos consciences : une autre démonstration ne nous paraît pas nécessaire.
A l'appui de ces impressions produites sur vous. Messieurs, nous vous parlerons des antécédens et des opinions des ac* cusés. Leurs opinions ne sont point douteuses , leurs antécédens sont peu équivoques. Les opinions républicaines les plus exaltées, voilà ce qui ressort de tous les antécédens, de ; toutes les paroles des accusés
Je sais bien que pendant long-temps ils ont. cherché à ctt égard à dissimuler la vérité ; je sais bien qu'ils sont venus, par exemple , dénier qu*ils avaient fait partie de la soclt'té des Droits de l'homme , parce qu'ils savaient bien que !a 6o* ciélé des Droits de Thomme, toutes les fois qu'il s'agissait d'un bouleversement quelconque , d'un attentat coplrc la sûreté de l'état, se présentait naturellement à l'esprit comme cause du désordre. Plus tard ils ont été obligés.. d'en conv,<;nir. Vous avez entendu répéter quelques-uns des propos rap-
|H3i'lës fait Fkscki coaime soitant de la '^ ^^^^^ de Morey^ celle jactance avec laquelle il prétendA^* *i i;wtait facile àe commeUre un âltefitat contre !« mi 5 ^ '^ ^« «nteiidti ce projet de Morey |>our faire, à l'aide de - ^ i>oudi*e pla-
cés da«s un fioutcvrain ■, sauter le roi ' r ' .a\ eiiatiîlwes au moment d^uhe séance. Ce sont là de ces ' oses qu'onii'ifiTèiite pas , et qui ont été révélées par Fieschi. Èiies sont à coup sûr d'accord avec les antécédens et les opinions de l'individu k «qAi on les atti-ibue.
A côté de ces premières données nous plaçons les rapports d'intimité qui existaient entre Morey et Fieschi , entre Fiescfei et Pépin ; car ici les ch&rges sont les mêwiies Hospitalité prolongée donnée à Freschi, rapports intimes. Fieschi sort de la maison de Morey , les relations ne cessent point pour cela. La femme Moucbet vient au contraire déclarer qwe souvent Fieschi venait passer chez Morey un temps considérable.
Ces mômes rapports ont continué avec Pépin. Vous tenez d'entendre des témoins assez nombreux déclarer q«te c(*s ra|)ports ont Continué jusqu'à l'époque du s 8 juillet. Les visites de Fif^scfhi ehcz Pep»n ont été fréquentes; il ne vous est poilit perttiis d'<S\ douter après tous les défaits que Fieschi vous a do»nés.
Eh biétt! Messieurs, si Fieschi est autour de l'attentat, si Itièschï jdoit nécessaîrernent avoir des complices , la position de Fieschi est telle que nécessairement il a dû faire confidente de l'attentat à ses amis intimes , à ceux avec qui il avait des relations journalières. On ne saurait , d'après ces premiers élélUens de la cause , douter qu'une intelligence criminelle se soit elablie entre Fieschi, Pépin et Morey.
Ces circonstances établies à l'égard de Pépin et de Morey, voyons ce qui ressort particulièrement de la cause relativement à Moi^y seul.
Déjà en même temps que nous avons parlé des déclarations faites par Fieschi , nous avons indiqué les déclarations de Nina Lissave. Qu'il nous soit permis, avant tout , de faire remarquer une coïncidence parfaite entre les faits révélés par l'un et par l'an're.
Oui, Messieurs, c'est là une circonstance qui, à elle seule, peut entraîner votre conviction dans la position particulière où se trouve l'un et fautre des accusas.
1 ^' IJ rêlé au moment même du crime ; Nina
Lassave >ai's après. Tous deux étaient en prison,
tous de- 'un de l'autre, au secret, et ne pouvant
avoir ^ Ication entre eux. Eh bien! tous deux
sont inlcàTOg^ faits. Nina les révèle la première, elle
iiésîfe^ cHecli 1 inculper Morey, elle veut cacher les
rircofi stances qui i .iceaMcn't, mais elle apprend que Morey a kii-m«meavauétine partie des faits, elle ne dissimule plus la mérité*, t4i bien, dit-dlç, je vais dire tout ce que je sais, et notis -Tenons to-ut-à-l'heure ffuellea dit la vérité. Les déclarations de Nina La«save se trouvent «n concordance parfaite avec tous éiémcns de la îprocédure.
Fiesclîi d'un autre côte n'avait aucune re'alîon avec qui que cfe fût. Les précautions les plus sévères avaient été prises pour lui interdire toute communication au dehors.
Enfin Fie&chî comprend qu'il doit révéler à son pays toutes les circonstances de son crime. Voilà que cet homme vient, d'accord avec Nina, révélw les mêmes faits et les mêm^ cii*-»constances. \^^
De quelle manière une dernière concordance peut-elle &*eîpliquer? Je ne vois que deux explications possibles. Voici ta première : c'est que Fîeschi et Nina Lassave auraient entre eux concerté ce crime épouvantable de substil uer à de vrais complices des complices supposés, etde^choisîr pour leurs victimes Morey et Pépin , auxquels cependant ils n'ont aucun reproche à faire.
Eh bien ! cette première version, Tadmeltez-vous? Pouvezvous croire que Nina et Fieschi, prévoyant d'avance ce qui devaient se passer, aient entre eux concerté des accusations entre Pépin et Morey, de telle sorte que tousjles détails auraient été combinés avec un soin tel qu'il fût impossible qu'il y tût la moindre différence entre les accusations de l'un et de l'autre?
Et dans quel intérêt se seraient-ils accordés pour présenter Morey et Pépia comme les complices de Fieschi s'ils ne l'étaient pas?
C'est donc quelque sentiment de haine aveugle qui aurait déterminé Fieschi et Nina Lassave à combiner leurs déclaralions de manière à/aire passer Pépin et Morey pour les corn* pUces du crime? Il aurait fallu^certainementjun sentiment de
, i9« vengeance implacable qui serait eni»*^ dati ^\ :;bi,
et nous n'en trouvons aucune espicc d'. *
£t comment donc, en suppf«aiit c/ - - *!oncilîef
avec ce c|uç vous savez dé . NiijA hA>:§ .d'Vite
qu'elle a tefiuQ?
Vous savez la passion coupable qs i . , aient
l'un pour l'autre ; et vousconcevr'r .i reçu
la confidence du projet du 28 juiî(;, . »>iîfi j^nce que Fit^chi allait jouer sa vie , en faisant courir h la famille royale eHe-méme le plus grand danger auquel elle put être exposée, et qu'aprè« cela elle fut reste'c tranquillement à la Salpétrière; quelle eût attendu que Tévénement fût arrivé pour développer son système d'açqwSfUipn } qu elle ne se fût pas attachée aux pas dé celui qu'aile considérait comme son soutien , son seul appui ; pour chercher à le détourner du crime qu'il allait com« mettre! Vous concevriez quelle se fût ainsi conduite! Non, cela n'est pas possible; cette version n'est pas la véritable. Aucun^opcert n'a existé entre ces deux individus; ih se $Qti.t rencontrés à des é[>oques différentes, d'accord sur les mêmes faits, p^rce qu'ils les connaissaient également; c'est parce qu'ils sont conformes à la vérité que nous trouvons cette concordance en« tre les déclarations de l'un et de l'autre. Mais la vérité qtie nous trouvons dan^ les déclarations de Fieschi et de Nina n'tsi* elle pas confirmée par des preuves en dehors de ces décisif^* tions, par dea preuves étrangères à ces deux individus, et qui doivent rassurer les consciences les'^plus timorées ? Voyons.
Nina a déclaré qu'après l'événement elle s'était rappelé les sollicitudes de Fieschi pour elle; qu'il lui avait dit dans diverses circonstances et notamment avant le mois de mai que peutêtre iU seraient obligés de se séparer ; que peut-être elle serait privée de son appui; mais qu'il avait deux amis intimes, Pépin et Morey, qui ne la laisseraient manquer de rien^Jet auxquels il avait communiqué sa sollicitude pour elle. Que fait-elle? dès les premiers momens elle se rend chez Pépin ; vous savez comment elle y a été accueillie. Le lendemain 29 elle va chez Morey, celui-ci paraît ignorer ce qui est arrivé ; mais bientôt eljc l'oblige à avouer qu*il «avait tout, que le 27 il était allé dans un café avec Fieschi. En ce moment les confessions les plus intimes sortent de la boucler 1^ l'un et de l'autre ; il s'êla-
•9'J blit entre eux des rapports qui doivent exister entre deux individus dépositaires des mêmes secrets.
Nina a déclare' en outre que Morey avait pensé que son premier soin devait être de détruire certains papiers de Fieschi, qu'il avait dans son portefeuille et qu'il a brûlés. Ce fait est-il Ti-ai? Morey l'a constamment dénié dans le cours de l'instntction, mais à l'audience il a été obligé d'en convenir. Voilà donc un premier fait attesté par Nina, et qui est à^ l'abri du doute.
Nina déclare encore qu'elle est allée à la barrière Montréal sur l'invitation de Morey, que là ils sont entrés dans un café, que l'intimité la plus étroite a régné entre eux, que Morey Toyant qu'elle connaissait une partie de la vérité convint de tout le reste, lui raconta tout ce qui s'était passé, lui disant que le •l'j il s'était rendu chez Fieschi, qu'il avait chargé le€ fusils, et que si quelques-uns avaient éclaté c'étaient ceux que le maladroit Fieschi avait chargés lui-même.
Ces faits sont-ils vérifiés en dehors de la déclaration de Nina? Vous savez, messieurs le système de Morey ; il a prétendu obstinément qu'il n'est jamais entré dans 'a maison du boulevait du Temple, 5o, qu'il n*y était pas connu ; vous savez l'immense intérêt qu'il avait de persuader ce fait à la justice; car s'il n'est pas allé dans cette maison, ses rapports avec Fieschi oc sont plus si intimes, et surtout on ne peut plus lui reprochflp cet acte de complicité si grave relativement aux fusils.
Ainsi en présence de celte dénégation obstinée de Morey, qu'il n'est jamais entré dans la maison du boulevart du Teoipie, 5o, si nous démontrons au contraire qu'il y est entré souvent et notominent qu'il y est allé avec Boireau, si d'un autre côté nous considérons l'immense intérêt qu'il a à démentir ce même fait, il ne peut plus y avoir de doute.
Or, Fieschi a déclaré qu'il est allé avec Morey pour reteiJr le logement choisi par lui ; que Morey voulait se porter sa caution, lorsqu'il s'agit de conditions du loyer, parce que Fiesohi n'avait pas les fonds nécessaires pour le paiement du premier terme et à cause du dénuement absolu de meubles dans leqwl il se trouvait, et qui n'était pas fait pour inspirer la confiance aux personnes représentant le [tropriétaire. Fieschi a déclaix5«a outre que Morey était connu dans cette maison sous le nom de l'oncle de Gérard, qu'il s'y est présenté souvent en cette qwL- HI. 15
lite. Quel ëtait donc cet oncle ? Un grand nombre des témoins entendus à l'audience disent que l'oncle de Fieschi était «n homme de soixante ans, gros, court, voûté, de même taille et de même corpulence et de même tournui-e que.l'accusé Morey qiuelques-uns ont déclaré que l'oncle de Fieschi avait quelques points de ressemblance avec Morey, mais qu'il leur avait paru plus grand que cet accusé.
Or, en rapprochant les rapports fréquens que Fieschi devait avoir avec Morey et ces points de ressemblance de Toncle de Fieschi avec Moi'ey, nous avons été amené naturellement à. tirer cette conclusion que Morey est véritablement l'oncle de Fieschi. Mais nous ne nous en sommes pas tenu à cette circonstance; vous savez que la fille Salmon, fille de la portière de la maison du boulevart du Temple, n. 5o, a déclaré qu'elle reconnaissait Morey pour la personne qui venait sous le nom d'oncle de Fieschi;* ainsi, voilà donc qu'à ces témoins assez nombreux qui parlent de points de ressemblance entre l'oncle de Fieschi et Morey, vient se joindre la déclaration formelle et positive d'une pei sonne qui par sa position devait reconnaître cet individu.
Il y a encore une autre preuve. Une femme, locataire dans la maison, appelée comme témoin à décharge, a été entendue. QU'a-t-elle dit? Elle a déclaré avec l'accent de la vérité, avec une insistance qui montre qu'elle s'indignait de voir qu'on doutât de sa véracité, qu'elle avait vu plusieurs fois monter et descendre de chez Fieschi l'accusé Morey qui était en sa présence; elle a donné des détails sur ses vêteraens, son chapeau, ^n dos un peu voûté, et sur sa tournure un peu dandinante. A la vérité, une objection pourrait être faite. Lorsque l'accusé lui fut représenté devant le juge d'instruction, elle ne l'a pas reconnu. Mais n'est-il pas probable que dans les premiers momens, où les accusés étaient encore confondus entre eux, on atira mis devant elle un individu qui effectivement n'était pas celui*làj qu'on aura fait venir l'un au lieu de l'autre? On conçoit que cela ait pu arriver, et lorsqu'un témoin dénué d'intétêt,dignedeconfiance, appelé à la décharge de l'accusé lui-même, vient afirmer que c'est lui qu'elle a vu sous le nom de l'oncle , il n'est pas possible de douter un instant de sa véracité.
Eh bien I peut-on douter encore que Morey se soit présenté souvent au logement de Fieschi, boulevart du Temple, n? 5o,
siûus Le uom de son oncle? Ce n'était pas un crime d'aToir des rapports avec Fieschi, d'entrer chez lui et de sortir avec lui, mais c'était un crime de se pre'serster chez lui comme son complice, et surtout pour charger les canons de Tusil. Eh bien! les faits attestés par le téntoir», malgré l'obstination avec la-' quelle on a persisté dans la dénégation, ne permettent pas dci douter un seul instant de ce <ju'ont déclaré Fieschi et Nina d'a« près les confidences de Morey .
Xioas parlions de l'action de charger les fusils, et c*est ici que se représente un moyen d'accusation que vous pressentez. La fille Nina vous a dit qu'après être sortit du cabaret dutrciteurSèrtrand, Morey lui avait conJSé ^n'il avait sur lui quelqu«sl)alles dont il voulait se débarrasser; qu'il l'avait quittée un instant, et qu'il était allé derrière une haie où il avait déposé ces balles. On a demainlé à là fi.lle Nina si elle pourrait retrouver l'endu'oit; on l'y a conduite, elÈe Ifa indiqué, et en effet on y a trouvé un sac contenant 64 balles. Qu'est-ce que c'était qu© ces balles? c'est là une circonstance grave. Un expert délégué par la cQur à cet effet, a constaté que les soixante-quatre balles tirauvé^s dans le sac étaient du même moule, du même calibre (calibi'e peu mdinaire) que celles qui étaient restées dans les canons non crevés, et que celle extraite du corps du lieutenantcolonel Ilieussec; il a trouva une identité parfaite. Le hasard pouvait- il amener un pareil résultat 7 ou bien est-ce que ces balles qui devaient, selon la fille Nina, servir à charger les ca* nons, s'étant trouvées en trop grande quantité, c'est le reste quî était dans le sac dont nous venons de parler? Certainement, c^est là ta vérité.
D'un autre côté, l'identité a été aussi constatée sur une ma* tièreà peu près semblable. 11 a été reooncra que la poudre contenue dans la poudrière de Morey était la même que celle trou. vée dans les canons qui n'ont p$ crevé, que celle trouvée dans la poclie de Fieschi; on a recoimu, dis-je, l'identité la plus pavfaitje. Que peut-on répondre ?
La fille Nina a déclaré que Morey avait jeté le* balles derrière UTie haie. On s'est transporté à cet endroit, et les balles se sont retrouvées.
Il est un moyen qui; nous le présentons, sera sans aoute invoqué par la déf«»se, c'est celui-ci : Nina aurait, dit-on, pris
les balles pour les déposer derrière la haie, avec l'intention de venir un jour, lorsque le besoin s'en ferait sentir, attribuer à Morey un fait qui lui e'tait personnel.
Ici se reproduisent les observations que nous avons présente'estout-à-rheure. Quel intérêt? Et pourquoi la fille Nina aurait-elle eu ces balles? Pourquoi se porterait elle l'accusatrice de Morey ? Pourquoi se constituer elle-même la complice de Fieschi , car enfin ce serait contre elle une charge assez grave de complicité que d'avoir été dépositaire d'un restant de balle s ayant servi à charger les canons , et d'avoir cherché à s'en débarrasser.
Ainsi, il faudrait supposer à la fille Nina un intérêt à perdre Morey pour s'expliquer qu'elle vînt devant vous déclarer des faits pareils en opposition formelle avec la vérité.
Remarquez que, au contraire, tout se concilie à merveille dans le système de l'accusation. Morey , ne sachant pas les confidences que Fieschi a faites à Nina, est arrivé avec les balles et la poudre ; c'est lui qui les a fournies^ il y en avait une trop grande quantité, tout n'a pas servi. Or, il est constant que Morey était en relation intime avec Fieschi, que dans les derniers temps il était toujours avec lui ; que le 27 il avait dit, comme oncle de Fieschi, qui si quelqu'un se présentait^ il ne fallait pas le laisser monter : il y avait donc entre eux une chose bien importante. Comme il est constant, par la déposition d'un grand nombre de témoins, et notamment de la fille Salaion, que Morey était bien celui qui se disait l'oncle de Fieschi, disons que tout se lie, et que l'on comprend comment Morey, ayant emporté chez lui une partie des balles, a pu les aller jeter à la barrière de Montreuil.
Ces faits établis, nous voyons encore Morey s'occuper avec soin de faire disparaître ou de cacher tout ce qui peut amener la découverte des faits relatifs à l'attentat.
Nina avait vu Morey le 27 attablé, pour me servir de son expression, avec Fieschi dans l'un des cafés du boulevart; elle a trouvé Fieschi tellement occupé que, contre son ordinaire, il n'avait pu l'accompagner; elle n'aura pu s'expliquer ce soin (ju'il prenait de se cacher à elle , sa compagne ordinaire; plus tard, elle a su comprendre que c'était pour s'occuper des préparatifs de l'attentat. Eh bien ! si Nina va relever des cîr-
«97 constances, voilà que non seulement Fieschi sera compromis, mais que Morey lui-même se trouvera nécessairement compris dans l'accusation. Par conséquent, le besoin se fait sentir pour Morey de dérober aux regards un témoin aussi important.
Aussi le voyons nous s'occuper immédiatement des moyens de dérober aux regards la Illle Nina. Il faut se trouver un lo-^ gement dans un lieu assez éloigné où elle ne puisse pas être facilement découverte; on cherche, on en trouve un dans la rue de Fourcy. Une chambre est louée, la convention est faite, des arrhes sont données.
Mais à peine cette location est-elle arrêtée qu'on craint de n'avoir pas pris assez de précautions : la maison de la rue de Fourcy est une maison garnie; la police peut y venir et y découvrir Nina ; c'est un lieu qui n'est pas sûr, il faut l'abandonner. Les arrhes €ont laissées et l'on cherche un nouveau logement.
On en trouve un rue de Long-Pont; on s'adresse à la principale locataire ; on obtient qu'elle cède ii Nina le logement de son fils absent. Ce n'est pas là une maison soumise aux visites et à la surveillance de la police j c'est une garantie de plus. Mais Morey n'ayant jamais eu de rapports désintéressés ni avec Fieschi, ni avec Nina, il est naturel qu'il adopte une qualité propre à éloigner les soupçons. Morey sera l'oncle de Ninas, et cela est tout simple il a été l'oncle de Fieschi au boulevart du Temple, il peut bien être l'oncle de Nina dans la rue de Long- Pont.
En conséquence, Morey dit à la principale locataire: Voilà ma nièce, et la nièce entre dans le logement.
Vous n'avez pas manqué de remarquer, messieurs , le soin avec lequel Morey prenait cette qualité; vous avez su que le même motif, qu'un motif même bien autrement impérieux Pavait déterminé à se faire passer pour l'oncle de Fieschi au boulevart du Temple. On aurait pu s'étonner de voir deux individus étrangers l'un à l'autre avoir entre eux des relations aussi multipliées; mais du moment que Morey est l'oncle de Fieschi, il est naturel que l'oncle vienne voir le neveu.
Morey, en quittant la fille Lassave, ou dans ses précédentes conversations avec elle, ne lui avait pas dissimulé que Fieschi avait eu soin , le jour même de l'attentat , de transporter hors de son domicile la malle qui lui appartenait , et de placer ses
effets da»s cettefmalle. La fille Nina s'inquiète de diffëi-ens objets qui lui appartiennent , h elle : efie parle d'une robe laissée chez Fieschi. Morey la rassure, il a assiste à toutes les mesures prises par Fieschi j il sait quels sont tous les papiers que Fiescliî a brûlés ; il le sait d'autant mieux que Fieschi, lié avec un eeriaia Jauod, avait hésité à se séparer d'un éciit, témoigtiage d*amitié auquel il tenait beaucoup.
La fille Lassave est rassurée , les papiers sont brûlés , on De poûri'a trouver son adresse; qu'elle soit sans inquiétude. Quant à la robej Morey lui dit encore qu'elle est dans la malle , et cette malle, ajoute-l-il, je vous la ferai apporter aujourd'hui ou demain.
Effectivement, le lendemain, Morey, accompagné d'un commissionnaire qui porte la malle, la fait déposer chez Nina.
Messieurs , cette malle a joué un grand rôle dans la cause , et la cour me permettra d'appeler un instant son attention sur lès circonstances qui y sont relatives.
On interroge Morey, on lui demande s'il ne sait rien d'un4 malle ayant appartenu à Fieschi, et s'il peut indiquer ce qu'elle est devenue. Que répond Morey? « Je ne sache pas que Fieschi ait jamais eu une malle, je ne sais ce qu'on veut me dire.» . L'instruction marche, et à côté de cette dénégation de Morey sur l'existence de la malle , que voyons-nous? Morey, le 25 juillet, accompagne Fieschi au marché du Temple , et il achète avec lui cette malle qu'il disait ne pas connaître , dont il ignorait l'exislence , et dont il devait si bien ignorer l'existence dans son système , que pendant long- temps il a persisté à djéclarer qu'il n'avait pas vu Fieschi cinq semaines avant l'attentat.
Cependant la malle est retrouvée, et il est constant que c'est par les soins de Morey qu'elle est portée chez Nina, après avoir été précédemment achetée par Fieschi , accompagné <le Morey.
Et nous ne devons pas nous borner à rappeler ce fait , parce qu'il est une autre circonstance qui a dû frapper vos esprits ; tous avez entendu celui qui a vendu la malle , et sa femme , qu ont-ils dit? que Morey avait attaché quelque importance à s'assurer que la maie avait bien une longueur de quarantedeux pouces.
>99 Jdorey a cherché, à cet égard, à vous expliquer une circon- «lance inexplicable; en effet, des effets d'habillement sont placés dans une malle; quelle qu'en soit la longeur, une malle ofdinaire peut toujours les contenir, et à coup sûr les effets d'habiilement de Fieschi pourront être facilement renfermés dans une malle moins grande que celle qui était achetée au Temple. Il fallait donc qu'il y tût en réalité un autre motif. La malle n'étant achetée que dans l'intention de cacher aux regards le transport chez Fieschi des vingt-cinq canons de fusil, qui avaient été achetés rue de l'Arbre-Sec , il était indispensable que la malle eût eu une longueur égale à celle des canons de fusil , et comme Morey savait l'usage auquel la malle était destinée, Morey devait s'assurer que la malle avait bien une longueur de quarante- leux pouces.
Ce n'est pas tout; on ilemandeà Morey : « N'avez- vous pas fait, porter cette malle chez Nina? » — « Non , » dit-il, comme tout ce qui pouvait avoir eu rapport à Fieschi devait nécessairement le compromettre.
On lui amène le commissionnaire qu'il cit allé chercher luimême le mercredi soir pour le conduire chez Nolland, et que le lendemain il est encore allé piendre[au quai de la|Tournelle; c'est ce commissionnaire qui , sur ses crochets , a porté cette même malle rue de Long-Pont , chez la lille Nina. Alor5 , Morey est obligé de reconnaître qu'effectivement les faits sont vraismais il cherche à en nier la conséquence; il dit qu'il te trouvait par hasard chez Nolland , que Nolland lui a dit : « Voilà une malle que je suis chargé de remettre sur votre ordre. » Et Morey, sans savoir à qui appartenait la malle, déterminé par cette pensée , que puisqu'on lui en avait donné mission., il devait exécuter l'ordre , Morey fait enlever la malle.
Cette malle, il vient de déclarer qu'il ne l'a pas suivie, qu'il a laissé partir le commissionnaire, et que lui, il est allé rue Saint-Martin où l'appelaient ses affaires particulières , qu'il n*est par conséquent pas allé rue de Long-Pont.
Mais le commissionnaire dit , de son côté , que, loin d'avoir abandonné la malle, Morey l'a constamment accompagna jusque chez la fdle Nina.
Ainsi , il n est pas une des circonstances révélées par la fille Nina qui ne soit justifiée par Tinstruclion. Donc, à coté de ces dénégations obstinées d'un homme qui ne veut avouer rien de
«e gui pouvait le compromettre, se trouve la vérité tout entière sortie de la bouche d'une jeune fille dont vous avez été à même d'apprécier la franchise et la sincérité.
Une autre circonstance se rattache à la malle; vous connaissez. ces pourparlers qui ont eu lieu entre la fille Nina et Morey. Morey lui a proposé de se rendre à Lyon le plus tôt possible; ïl lui a promis une somme de 60 fr. pour lui faciliter ce voyage^ H lui dit qu'il reviendrait plus tard , et il l'a quittée en lui «lisant qu'elle pouvait ouvrir la malle, y prendre les objets qui hû appartenaient, vendre à Lyon ce qui appartiendrait à Fies- «hij mais qu'il y avait dans la malle des livres et un carnet êoat il devait , lui Morey , s'emparer; que, quant aux livres, % n'entreraient pas chez lui; que, quant au carnet, il s'en déferait.
Kous avons d'abord demandé à Morey s'il était vrai que ce ■?a5?3ge de Lyon eût été dans sa pensée , et comment il se faisait ^i>au milieu d'affaires assez embarrassantes , lorsqu'il était «fcbligé d'avouer lui-même qu'il ét^^il au dessous de son actif, îJ allait bénévolement , pour une jeune fille qu'il ne connaisâsât pas , dans l'intérêt d'un homme qui devait êli'e bien criiminel à ses yeux s'il n'éta't pas son complice, s'imposer des sacrifices d'argent aussi considérables pour sa position.
Vous avez entendu sa réponse; el!e n'a pas été de nature à détruire l'explication plus naturelle qui résulte de la nécessité ©tril se trouvait d'écarter un témoin dont il redoutait le témoigr/age; il était assez naturel qu'il multipliât les efforts et les saerrfîces pour l'éloigner du lieu de l'instruction. .
Mais les faits attestés par la fille Nina ont reçu une autie confirmation ; aussitôt après la déclaration de cette fille , le l^emier soin du magistrat qui dirigeait l'instruction a été de faire une perquisition dans la maison de Morey. Qu'a-t-on trouvé, des livres? point; un carnet? point. Il semblait dès fea-s que la déclaration de Nina, toute vraie qu'elle fût dans la jiéalité, ne dût pas inspirer de confiance; maison pousse les j^rquisitions plus loin : une recherche est ordonnée dans la Ibsse d'aisance , et là le carnet de Fieschi est retrouvé.
Mier on a beaucoup insisté sur les énonciations qui se troumuent sur le carnet , on a cherché à faire expliquer Fieschi aaw telle ou telle somme qui se trouvait portée d'une manière
plus OU moins exacte sur ce carnet. Nous ne voulons pas discuter sur de pareilles choses. Relativement à Morey, nous n'ayons jamais parlé du carnet que pour ce fait unique, que le carnet avait été trouvé chez lui, qu'il avait eu intérêt de s'en débarrasser, et qu*eflcctivcment il avait pris tous les moyens qu'il supposait propres à atteindre son but. Si c'est ainsi que constamment l'accusation a argumenté du carnet , l'accusation n'a-l-elle pas justifié les moyens sur lesquels elle se fonde? Oui , sans doute.
En effet , remarquez les expressions sorties de la bouche de la fille Nina. Quant aux livres, ils ne seront pas apportés chez moi j quant au carnet, je m'en débarrasserai; elle ne supposait pas que le carnet fiit porté dans la maison de l'accusé Morey. Il y est trouvé. Qu'est-ce donc à dire? d'une part , justification complète de la véracité du témoin ; d'autre part, justification encore de cet intérêt de Morey de se défaire de tout ce qui peut trahir des rapports quelconques avec Fieschi.
Sur ce carnet se trouve un grand nombre de chiffres que Fieschi n'a pas pu expliquer, qu'il avait écrits peut-être à l'aventure , sans motif avoué, ainsi qu'il arrive à des individus qui sont dans Toisiveté. Morey savait bien qu'il y avait sur ce carnet des énonciations relatives aux préparatifs du crime ; il craignait que ce carnet ne fût saisi par la justice, puisqu'il l'a fait disparaître en les jetant dans les lieux d'aisances.
Comment Morey rcpond-il à celte charge nouvelle élevée contre lui? Nina s'est présentée chez lui le dimanche qui a' suivi l'attentat, elle a parlé à des individus qui se trouvaient dans la boutique; car ni Morey ni la femme Mouehct ne se trouvaient à la maison. Morey était déjà arrêté. On ne le lui dit pas; Nina s'éloigne. Que vient-on dire? qu'il est possible de s'introduire par une certaine grille dans la cour de Moicy, de monter un certain escalier et de s'introduire dans le cabinet d'aisance de la maison de Morey ; que très probablement Nina aura protité de celte facilité qu'elle connaissait pour jeter dans la fosse d'aisance le carnet de Ficsihi.
Nous n'avons pas encore entendu la défense de Morey ; mais, en vérité , quand on a entendu les interpellations faites aux témoins , il est indispensable pour nous de la combattre à l'avance.
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Voilà le moyen de défense; n'hësitons pas à le dii*e, ce moyen répugne à toute viaisemblanee. Quoi ! vous h'ie7, siipposer que celte fille Nina , le a du mois d'août , lorsqu elle est abandonnée par sa mère , lorsqu'elle savait que celui qui lui avait servi d'appui était dans un état désespéré et que déjà la Justice s'en élait emparée, lorsqu'elle voyait que Morey, qui lui avait promis son appui et ses consolations, n'était pas revenu chez elle depuis vendredi , et que , par conséquent, elle pouvait supposer un abandon complet, vous iriez supposer que cette malheureuse fille ira concevoir le projet de ^eter dans les latrines de Morey le carnet de Fieschi , pour se ménager le flioyen de venir un jour dire à la justice : Le carnet a été remis à Morey, et il a cherché à le faire disparaître. Voyez dan« quel état était la fille Nina lorsqu'elle a été arrêtée le 5 du mois d'août, elle avait conçu le déplorable projet de se jeter dans la Seine , et elle venait d'écrire à Morey pour liai annoncer sa fatale résolution j et c'est ainsi au Milieu d'un abandon général, lorsqu'elle se prépare à un suicide, que la fille Nina aurait profité de certaine facilité que nous n'avons pas bien comprise , pour se ménager le moyen d'accuser un jour Morey. T«l n'est pas le caractère de la fdle Nina; elle a déposé comme une fille amie de la vérité, franche, sincère; à coup sûr elle n'a pas conçu , elle n'a pu concevoir le crim^e épouvantable qu'on lui impute, d'avoir voulu se n*énager le moyen d'accuser un homme innocent.
Nous avons à parler d'un dernier fait relativement à Morey, d un fait qui nous paraît avoir^ non pas plus d'importance, mais autant que ceux que nous venons de signaler.
En parlant de Bescher, nous avons signalé à la cour le soin qu'avait pris Morey, à une époque assez éloignée du crime, au 5 janvier i835, de procurer à Fieschi un livret et vm passeport sous un faux nom. Nous devons d'abord arrêter un instant votre attention sur cette précaution prise par Morey en faveur de Fieschi. Supposez un instant, et fhypothèse nous est bien permise, que les déclarations faites par Fieschi soient conformes à la vérité, et qu'en conséquence, après s'être entendus, on soit Ivien convenu que la machine, dont le plan avait été présenté par Fieschi , serait préparée, et qu'elle servirait au crime projeté, eh bien ! il y avait deux choses à faire : donner à Fieschi^ qui devait être l'exécuteur de la volonté commune
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dans cet horrible atlenUt, le ntioyeii de rester à Paris et de se «oustvaire aux poursiiiles de la justice, car il était poursuivi 3 il lui fallait donc un liyret , ii l'aide duquel Fieschi pàt entier dans un atelier. Morey se procure ce lirret. II fallait aus.<i , immédiatement après Taltentat, et l'intérêt était bien plus grand encore, procurer à Fieschi le moyen de quitter la capitale et de se soustraire aux recherches multipliées de la justice. Un passeport était alors nécessaire. Eh bien , nous sommes dans cette position aujourd'hui: d'après la déclaration de Bescher, Morey a cherché à se procurer pour Fieschi, et le livret, et le passeport de Bescher.
Marchons encore dans le sens de l'accusation et demandousaous ce qui a dé arriver. On a cherché pour Fieichi un atelier, on Ta trouvé; le livret a été remis entre les mains du chef d'atelier, il y est resté. Qu'arrive-t-il relativement à ce livret? H est dans les mains d'un tiers* il faut donc le faire disparaître, si l'on peut , car c'est une circonstance qui peut devenir accusatrice; or, ainsi que l'a déclaré la fille Nina , Morey, au moment où il allait à la barrière Montreuil , se rend chez Lesage dans la rue des Ormes , pour redemander à Lesage le livret de Bescher. Le Kvret n'a pas été retix)uvé , parce que probablement on l'a fait disparaître en le lacérant ou en le brûlant. Il restait le passeport, et c'est sur ce rapport que je dois appeler maintenant votre attention.
Le moment était venu , le 28 juillet , et ce jour-là seulement, de se servir du passeport. Aussi qui l'avait conservé? Morey l'avait fait délivrer sous le nom de Bescher; Bescher a dit qu*il ne s'en était plus occupé. Le passeport remis dans les mains de Morey avait été conservé par lui pendant tous les préparatifs de l'attentat ; il aurait été impossible d'agir autrement. En effet , si le passeport était resté dans les mains de Fieschi, et que Fieschi eût été arrêté soit avant, soit après l'attentat , soit au moment même de l'attentat, il y avait danger non seulement pour Fieschi dans la possession et la saisie de ce passeport , mais danger bien grand aussi pour ceux qui avaient prêté leur nom à la délivrance du passeport, Morey et Veyron. Il a donc été prudent que Morey conservât ce passeport jusqu'au jour où l'attentat devait être commis.
Mais l'attentat pouvait avoir deux résultats : ou bien la ma-
chine dirigëe contre le roi et sa famille aurait pu atteindre l'assassin lui-même et le tuer sur la place. Oh ! alors , c'était un grand bonheur, ainsi que Ta dit Morey. Malheureusement il n est pas mort, a-t-U dit à Nina. En effet, si l'homme le plus dangereux pour ses complices avait cessé d'exister, c'était un grand bonheur pour eux. 3Dans ce cas , le passeport devenait inutile, et il aurait été détruit. Mais il aurait pu se faire que l'intention de celui qui avait chargé les canons ne se réalisât pas , et que l'auteur de l'attentat ne fût pas la victime de l'explosion ; il pouvait se faire que les préparatifs de fuite qui avaient été disposés, cette corde placée à une échelle qui descendait dans une cour communiquant avec la rue des Fossés-du-TempJe , que ces préparatifs eussent leur effet , que Fieschi pût se sauver et se soustraire aux recherches de la police. On sait que dans de telles circonstances la police exerce une surveillance très sévère, que tous ceux qui peuvent inspirer la moindre défiance sont l'objet de recherches actives, et que ceux qui n'ont pas de papiers sont arrêtés. Le passeport aurait été remis à Fieschi, dès le moment qu'il aurait quitté la maison n° 5o , pour faciliter sa fuite.
En effet, Morey se trouvait sur les lieux rue des Fossés-du- Temple , et là il attendait Fieschi pour lui remettre le passeport. Fieschi a déclaré qu'en revenant de faire porter la malle il a rencontré, sur le boulevard du Temple, Morey qui lui a dit : « Comment! tu n'est pas encore à ton affaire? » et que lui , Fieschi , aurait répondu : « Le tambour ne bat pas encore 5 j'arriverai à temps. » Si nous n'avions que la déclaration de Fieschi, on pourrait dire qu'elle ne mérite aucune confiance 5 mais à côté de celte déclaration se trouve la Justification du fait.
Vous vous rappelez ce témoignage si important du domestique de M. Panis , qui , comme chef de bataillon de la garde nationale , se trouvait sur le boulevard , et avait laissé son domestique avec son cabriolet dans la rue des Fossés -du- Temple; quelques jours après l'attentat, le domestique a déclaré que le 28 , de dix heures à dix heures et demie , il avait vu dans la rue des Fossés-du-Tcmple , Morey, qu'il connaissait à merveille, passer comme un homme qui va doucement, comme un individu qui regarde, que ses yeux s'étaient portés sur une boutique de menuiserie qui justement
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correspond aveu la maison du boulevard, n® 5o. Sans doute il fijpait cet endroit parce que c'était par là que Fieschi devait s'enfuir.
Messieurs , ce fait est-il exact ? Il ne peut rester de doute à cet égard. En effet, que vous ont dit les témoins à décharge qu'on a produits pour chercher à détruire cette circonstance ? Ils TOUS ont dit que Morey était sorti de chez lui le 28 juillet à sept heures du matin pour aller chez un sieur Fontaine, à la Maison-Blanche. Effectivement , le sieur Fontaine a déposé de ce fait. Vous avez ensuite entendu trois personnes qui ont déclaré que Morey était rentré chez lui à neuf heures, et qu'il n'en était sorti qu'après midi. Examinons ce témoignage. D'abord ces trois personnes sont ouvriers ou domestiques de Morey; ils font en quelque sorte pariie de sa famille. Nous ajouterons qne ces témoins ont parlé d'un fait qu'ils n'ont pu se rappeler ; car il est impossible que six mois après l'attentat ils aient pu avoir la conviction intime que Morey, à une époque qui ne devait pas fixer leur attention pour un fait alors indifte'rent, ne soit pas sorti de chez lui depuis neuf heures du matin jusqu'à trois heures après midi. Cela n'est pas dans la nature des choses. Messieurs, consultez vos souvenirs, et voyez si vous pourriez vous rappeler que des personnes avec lesquelles vous avez des relations plus ou moins intimes soient sorties ou non tel jour, à telle heure. Mais Eous n'avons pas seulement à établir nos doutes de confiance de tels témoignages. Nous avons la déposition du domestique de M. Panis, sur laquelle il ne peut exister aucun doute. C'est le 8 août que ce domestique dépose, lorsque ses souvenirs sont encore récens. Il se trouvait avec le cabriolet de son maître dans la rue des Fossés-du-Templc, circonslance qui fixe ses souvenirs; à coté de lui était un sieur Burdet , à qui il a dit : voilà Morey qui passe, c'est le bourrelier de la maison. Ce témoignage vient encore corroborer le sien.
J'en ajouterai un autre qui a un grand caractère de vérité; c'est celui de la femme Mouchet qui demeure chez Morey; elle a été interrogée à une époque rapprochée de l'attentat , lo l5 août, on lui demande quel a été l'emploi de la journée de Morey, le 28 juillet. Elle répond que Morey est sorti à sept heures pour aller à la Maison-Blanche, qu'il est rentré à huit heures et demie, qu'il a déjeûné, qu'il esl ressorti immédiate-
meut, et qu'il est rentré après midi. Voilà <Iooc untémomdc
la maison de Morey, doDt la déclaratiott est parfaitement d'ae-
cord avec celle de Ficschi, et en contradiction avec les trois
personnes dont je riens de rappelet* les dépositions. Si, après
une pareille réuniou de témoàgnages, le doute pouvait encort
exister, il n'y aurait plus rien de certain aux yeux de la justice»
Eh bien î Si Morey était , le 28 juillet, sur le lieu de l'at*»
tentât avec »a passeport, voyons ce cjui se passe le 29. Ici, ibà
fille Nina fait une déclaration grave; elle déclare que Morey
lui a dit: J'avais conservé le passepoit de Beseher; il e^% in«*
tile, il faut que je le rende à ce pauvre Bescber. Ainsi, vous
^oycz ce passeport constamment dans les mains de Morey,
conservé dans un but, et détruit au moment où le but ne peut
plus être atteint. Voila des dépositioDS qui se coordonnent
pour démontrer que Morey se trouvait dans la i*ue des Fosséis*
du-ïempîe pour attendre la fuite de Fieschi et la protéger.
Nous ne nous arrêterons pas à faire un résumé de toutes les preuves qui établissent la culpabilité de Morey; elle nous paraît suffisamment démontrée; elle l'est d'autant plus que Morey a pris soin de denier des circonstances qui se sont vérifiées. Reportez-vous aux interrogatoires qu'il a subis; rappelezvous ses dénégations; rappelez-vous les subterfuges qu'il a inventés pour se soustraire aux conséquences de faits dont J'évîdence était palpable. Morey en a constamment imposé h la justice, et il viendra ensuite soutenir qu'il n'avait aucun intérêt à dénier ces circonstances. Hélas! cet intéi et n'est que trop évident. Et ici nous devons e'xprimer un regret pour qn principe qui a étée mis au nom de l'accusé Morey. On a dit que si Morey en avait imposé à la justice, il aurait bien fait, qu'on lui en aurait donné le conseil. Ohî sans doute, c'est là une maxime qui est échappée au défenseur. Nous ne pouvons supposer que sous la robe d'avocat on émette cette doctrine , que l'accusé fait bien d'en imposer à la justice , de mentir à sa conscience. Un tel conseil n'est pas seulement immoral, il est funeste, donné à »n innocent; qu'on y prenne garde, l'innocence ne craint pas la vérité; elle la cherche et la proclame, parce qu'elle doit amener son triomphe. La déclaration qu'uo accusé a menti et qu'il a bien fait de mentir, est la preuve fa plus évidente que celui-là qui recourt à une telle extrémité j
n'a pu se dissimuler a lui-même U culpabilitié de celui pour qui il parle.
M« Dupont. — Vous tous êtes trompe sur mes ioteotions.
Martin (du Nord). — Nous passons à l'accusé Pépin.
Le pRÉiiDEHT. — Voudricz-vous auparavant vous reposer?
RfARTii* (du Norct). ~ Je continuerai.
Nou<î passons à raccusé Pépin.
Qu'il me soit d'abord permis de parler de quelques circonstances qui, sans aroir un rapport direct et immédiat avec le procès, s'y rattachent nécessairement^ parce qu'elfes peuvent servir d'explication a certains faits. Nous voulons parler des relations de Pepfa et de ses premières démarcLes , au moment cil l'attentat a été commis.
Ses antécédens : loin de nous la pensée de vouloir incrimi* ner en aucune manière la décision qui a été portée en sa faveur, et qui l'a renvoyé de l'accusation dirigée contre lui, à raison des journées de juin; il a été acquitté, il y a chose jugée. Cependant nous dirons que Fepin lui-même n'est pas à Fabri di'inquiétude, et quand nous le voyons constamment parler de l'opinion de son quartier, de reffervesccnce populaire, «t surtout de Topinion de la garde nationale, nous voyons la un fait grave que nous devons rappeler devant la cour.
Ses opinions : tout les caractérise; les personnes qu'il connaît, celles avec lesquelles nous le voyons en rapport ont été poursuivies par la justice pour avoir pris part aux émeutes. S'il va dans les prisons, c*cst pour porter des secoui*s, des consolations à ces mômes individus, ou pour en obtenir des renscignemens. Nous le voyons recevoir chez lui des hommes qui ont figuré dans les troubles de juin, et auxquels la clémence du roi a permis de rentier dans leurs familles. Comment cela se fait-il? Oh ! c'est que Pépin n'a pas été éclairé par l'expérience, c'est que Pépin a conservé ses illusions et ses passions 5 ce qui le proupe, c'est qu'on le voit à ête d'une section de la société des Droits de l'Homme, voulant faire de la propagande, étendre le nombre des sections, en établir dans les lieux oî!i il n'y en avait pas encore. Telle est la conduite de Pépin avant l'attentat.
Messieurs, la conduite de Pépin, dès le jour même de l'attentat, et dès avant l'attentat est bien remarquable et doit vous éli'Ë signalée.
Le !i8 juillet arrive. Une revue doit avoir lieu. Quelle est la première démarche de cet accusé ? Il se rend avant la revue xrhez le commissaire de police de son quartier. Il lui dit qu'il craint d'être victime de la fureur du peuple; que sans doute on pénétrera dans sa maison ; qu'il demande à être protégé, qu'il s'adresse à l'homme qui, par la nature de ses fonctions, peut lui accorder cette protection.
Est-ce que la position de Pépin, de i852 à 1 855, changé tout-à-coup? A-t-il jugé nécessaire en i853eten 2834» défaire une pareille démarche, de recourir à l'autorité du commissaire de police. Comment en i855 juge-t-il nécessaire d'aller chez ce fonctionnaire ? Il ne couche pas chez lui la nuit du 28 juillet ni les nuits suivantes j il va de maison en maison 5 il craint de se trouver deux jours dans les mêmes lieuÂ, il craint d*y être arrêté. B.emarquez que son nom ne figuré pour la première fois au procès que le 6 août; que jusque là aucun soupçon ne s'était dirigé contre lui. . . . Ah I vous avez vu qu elles étaient ses démarches , ses inquiétudes. En vérité, il faut qu'il y ait quelque chose d'extraordinaire chez l'accusé Pépin, que sa conscience lui parle bien haut et lui dise qu'il ne peut pas se trouver sans danger en face de la justice, pour qu'il ait tenu une pareille conduite? Le 6 août, le mandat était délivré. Depuis le a8 juillet, nous l'avons déjà dit^ il ne couche plus chez ïui.Il sent que la position n'est plus tenable; il se trouve mal à l'aise à Paris. Sans doute il peut encore trouver des amis qui lui accorderont l'hospitalité. Mais c'est à Paris que le crime a été commis, que la cour des pairs est saisie, que l'instruclioa se poursuit ; il a peur, il veut s'éloigner^ et le jour de la cérémonie funèbre en l'honneur des victimes de l'attentat, il quitte Paris et se rend à Lagny chez un de ses amis qui l'accompagne dans son voyage.
Je ne sais, messieurs j, quelle impression ce fait produit sur vous , mais quant à moi , je ne conçois pas qu'un innocent • agisse ainsi, et je vois dans cetîe conduite un aveu plus ou moins explicite de la culpabilité de Pépin.
Son nom n'est pas prononcé dans l'insîruction avant le 6 août; mais c4ès que les faits se développent, sa participation a bientôt un caractère très important ; il paraît être l'un des agens ■' les plus actifs du complot. C'est lui qui seul en a rendu la réalisation possible. Il est recherché avec soin, on finit par le dé-
couvrir. Il est an été chez lui le 28 août, un moi^ après l'éfénelaaent. Ne croyez pas qu'il fût entré chez ^1 publiquement sans crainte , comme uu homme qui se présente à ses concitoyens, la conscience nette et la tête haute ? Non, non, il y est rentré de nuit, furtivement. Il est arrêté et conduit à la Conciergerie, il est interrogé. Daas cet interrogatoire comme dans ceux qu'il a subi postérieurement, Pépin a été toujours ce que vous l'avez vu, accablé sous le poids de sa propre conscience, qui se condamne lui-même, et qui, sentant sa 'position , craint de touchera aucune circonstance, de donner aucune explication, parce qu'un seul mot échappé peut le perdre.
Il est, disais-je, arrêté le 28^ août y une perquisition est <uv donnée. On croit nécessaire d'y procéder en sa présence. Elle a lieu la nuit ; probablement la surveillance des gardiens n'est pas bien exacte. L'accusé Pépin en profite et s'échappe. Que se passe-t-il alors? a-t-il l'intention de se présenter plus tard aux raîjgistrats? Oh ! ouij il écrit à M. le président de la cour des pairs pour lui dire que telle est son intention. Il se révolte à la pensée qu'il se serait rendu coupable, avec connaissance de cause, de l'homble attentat qu'on lui impute : en conséquence il annonce qu'il se constituera. U n*en est rien, cependant ; et bientôt les journaux annoncent que l'accusé Pépin , prétendu complice de Fieschi, est arrivé à Rotterdam, sur un tel bâtiment, à tel jour désigné. Il était encore à Lagny ; on l'arrête quelques jours après , et, circonstance singulière, on trouve sur lui la minute de ce petit article inséré dans les journaux, écrit de sa propre main, dételle sorte que Pépin avait cherché lui-même à dépister la justice, à tromper la surveillance de la police.
Cest assez insister ; nous voulions vous demander s'il est possible qu'un innocent se soit conduit de la sorte. Un innocent ne craint pas les investigations de la justice, il les provoc^ue au contraire pour sa justification, qu'il veut produire au grand jour en présence de ses concitoyens.. Pourquoi l'accusé Pépin ne suit-il pas cette marche? La suite de cette discussion va vous le démontrer.
Vous rappel leron«-nous les déclarations de Fieschi? Ellci sont concluantes. Ce sont des faits qui frappent par leur «évidence autant que par leur vraisemblance. RcUaceions-nons /^ marche de l'iustiuction ? Ne pensons pas que l'accusé Pc pin nu 14
fût privé de toute espèce d énergie s'il se trouvait en présence de preuves moinUgraves; mais quand on sait qu'un accusé est là, qui a révélé toute la vérité, oh ! alors toute la vérité s'évanouit , tout espoir est perdu, et le silence devient la ressource extrême de l'accusé. Vous avez lu les interrogatoires de Pépin. Votre religieuse attention à ce procès nous le prouve assez. Qu'y avcz-vous vu? un homme qui ne répond pas aux faits qui Jui sont personnels, qui finit par dire que son trouble l'empêche d'en parler, mais qu'il en appelle aux débats pour établir une justification complète. Aux débats que répond-il ? Il dit qu'il s'en réfère à ses interrogatoires. D'une part, les interrogatoires ne disent rien j les débats.de l'audience ne nous en apprennent pas davantage.
Puisqu'il en est ainsi, c'est indépendamment des interrogatoires de Pépin que nous viendrons vous montrer sa culpa» 'bilité.
Deux circonstances, outre celle que nous vous avons révélée et que l'instruction a justifiée, nous paraissent devoir fixer spécialement votre attention. Nous prétendons , parce que la raison le dit, et que Fieschi l'a déclaré , que Pépin a fait tous les frais et les préparatifs du crime.
Nous avons vu que le doute n'était pas possible , à savoir que, quant à Fieschi, il n'avait pas pu en faire la dépense , qu'il était dénué de ressources , qu'il s'était adressé à un autre individu. Nous avons demandé quel était cet autre individu, si ce n'était Pépin, puisque les relations de cet accusé avec Fieschi avaient été intimes, et qu'elles s'étaient prolongées jusqu'au jour de l'attentat. Il y a quelque chose de plus : le carnet de Fieschi, trouvé chez Morey, renferme à différens endroits cette circonstance : «reçu 218 fr. 5o c. ». On a demandé à Fieschi quels étaient les élémens de cette somme. Celui-ci a déclaré que Pépin avait trouvé convenable, lorsque la déclaration en avait été faite par lui, de payer les meubles qui devaient garnir le logement , de payer aussi le loyer, que , d'un autre côté, la machine ne pouvait pas éti'e montée sans le châssis sur lequel ces fusils ont été placés ; qu'il avait fallu acheter le bois à l'aide duquel le châssis avait été façonné et composé, et que c'était la réunion de ces différentes sommes qui avait fourni celle de 218 fr. 5o c qui s'y trouvait consignée.
Cette allégation de Fiesclii se trouvait avoir un grand caractère de vraisemblance, puisque ce n'était pas une somme à l'aventure qu'il avait inscrite sur son carnet , mais une somme qu'il devait avoir reçue. D'un autre côté , cette déclaration de Fieschi se corroborait par des circonstances qui l'attestaient aussi, et qui venaient se giouper autour de cette même déclaration.
Mais les livres de Pépin avaient été saisis , et sur ces livres on trouva renonciation déjà constatée sur le carnet de Fieschi.
Elle était ainsi conçue :1
M. Bescher 1 5o f .
Plus, pour bois et loyer. . . 68 f. 5o
ai8f. 5o Quelle conformité!
Or, on interroge Pepin, on lui montre le carnet et les registres, il répond : Je n'ai jamais donné de sommes semblables à Fieschi pour un tel sujet. Il ne sait pas comment cette somme se trouve sur ses registres ; on le presse , il trouve un moyen. 11 dit : Je ne sais pas même si la note que vous m'opposez est écrite par moi.
Le besoin se fait sentir de recourir à un homme de l'art pour savoir si cette note était bien écrite de sa main. Il est reconnu que c'est bien Pepin qui a écrit la note tout entière.
Que résulte-t-il de là? A nos yeux la preuve la plus évidente du fait. En effet, qu'était-ce que Descher, c'était Fieschi. Pourquoi lui donner une somme d'argent? Oh! dit Pepin, j'ai donné quelquefois un peu d'argent à Bescher, 5, lO, i5 fr. , mais iainais davantage. Et dans la réalité, 218 fr. 5o était une somme assez considérable pour Pepin, eu égard à sa position de fortune. A qui donnerait-il cette somme? à Bescher. S'il y avait seulement 1 5o fr. , on pourrait se livrer à une interprétation plus ou moins plausible ; mais il y a quelque chose de plus, on trouve ces mots : Plus , pour bois et loyer. Rapprochez celte cnonciation des déclarations faites par l'accusé Fieschi , que l'un des élémens de cette somine de 2 1 8 fr. 5o c. qu'il a reçue estrelatif à un achat de bois et au paiement du loyer, vous verrez dans ce fait si grave la confirmation écrite par Pepin lui-même de l'exactitude des déclarations de Fieschi,
Les explications donne'es par Pépin dans ses interrogatoires ont paru n'être pas suffisantes ; on a cherclié quelque autre moyen de probabilité. La famille du sieur Pépin lui aura suggéré un moyen qu'il est venu développer devant vous. Il a dit : Ce n'est pas une somme payée que j'ai notée; c'est la demande formée par Fiesclii d'une somme qui lui était nécessaire. Alors j'ai inscrit les 2 1 8 fr. 5o c. sur les registres à titre de demande. Nous avons répondu sur-le-champ à cette allégation ; nous ne ferons que répéter les observations que nous avons déjà soumises à l'accusé Pépin pour qu'il vînt dissiper les doutes qui existaient dans nos esprits. Nous disons donc qu'il n'est pas ordinaire d'inscrire sur les livres une demande d prêt ; d'un autre côté, qu'il n'est pas ordinaire non plus que , quand une demande de cette nature était formée , elle posât sur une somme de 218 fr. 5o c. Nous concevrions qu'on eût emprunté une somme ronde de 200, 25o, 3oo fr. ; nous ne comprenons pas qu'on eût poussé le scrupule minutieux jusqu'à déclarer que le prêt devait être de 218 fr. 5o c.
De plus . on a demandé à Pépin comment il se faisait qu'il eût parlé de bois et de loyer. C'est , a-t-il répondu , parce qu'une note m'avait été montrée par Fieschi, dans laquelle se trouvait renonciation des diverses dépenses pour lesquelles il avait besoin de recourir à ma caisse.
Comme il était question de bois et de loyer, j'ai fait observer qu'il était plus naturel que renonciation portât sur la somme principale. Nous lui avons dit aussi : si vous aviez un état , vous n'avez vu qu'un total qui dût être mentionné par vous. Comment se fait-il que dans cette note \eus ayez claerclié les i5o fr. et les 68 fr. 5o c. pour en faire un total de 218 IniSoc." Il eût été plus naturel de ne mentionner que le total de la somme demandée , sauf à vous à examiner si vous trouviez utile ou non de répondre à la demande. Eh bien ! non, ce n'est pas ainsi que Pépin procède ; il agit d'une manière d'autant bîus singulière , que lorsqu'une seule demande a été formée , qu'une seule énonciation pourrait êtve faite , nous trouvons deux énonciations dans deux lignes différentes et d'écriture tout opposée. C'est donc nécessairement à des époques diffférentes que les deux énonciations ont été faites j et comme pe-pin avait prétendu que la note lui a été montrée en une seule
fois, nous lui demandons d'expliquer lés deux notes écrites de deux encres différentes. Cependant nous demandons à cet égard une -vérification. Nous prions la cour d'examiner ces deux lignes dans la salle des délibérations. Vous y trouverez comme nous , messieurs , celte évidence qui détruit le système de défense inventé après coup par l'accusé Pépin.
Nous avons encore à parler d'une autre circonstance j elle est relative à la demande de clieval pour la pionienade qui devait avoir lieu sur le boulevard du Temple le 27 juillet. Ici les preuves surabondent encore. Veuillez vous rappeler les déclarations faites par le témoin Suireau le i^^' du mois de septembre. Il déclare avoir su , le 26 , qu'il devait y avoir le lendemain une promenade à cheval sur le boulevard du T emple, et que Boircau devait la faire à la place d'un épicier qui lui avait fourni le cheval nécessaire.
Hé bien ! voilà Suireau qui vient déclarer cette circonstance que la promenade a dû avoir lieu , qu'elle a été faite par Boireau , et que c'est Pépin qui a fourni un des chevaux de son écurie de la rue de Bercy.
La justice se trouvait sur les traces par cette déclaration du témoin. On interroge Fieschi. L'accusé Fieschi , jusque là, n'avait pas dit un mot sur ce fait. Il avoue qu'il avait été convenu, pour faciliter le pointage de la machine (pour me ser^ vir de son expression) , que Pépin devait passer à cheval visà-vis du Jardin-Turc, à l'endroit même oh l'on supposait que le roi et son cortège devaient passer 3 et que , à l'aide de cette épreuve, il aurait été facile de donnera la machine l'iaclinaison convenable.
Fieschi a ajouté (chose remarquable) que Pépin n'a cependant tenu la parole qu'il avait donnée -, qu'il a fallu pointer autrement la machine; qu'il n'avait pas attaché assez d'importance à savoir si Pépin avait effectivement fait sa promenade sur le boulevard du Temple ; mais que le 2;/ au sdIj Boireau était venu le trouver au café des Mille-Colonnes, et qui lui avait dit qu'il ne l'avait pas sans doute remarqué ; mais que lui , Boireau, était passé à cheval sur le boulevard du Temple, à la place de Pépin. Il a rapporté celte circonstance, qui constatait Iq projet conçu par les trois accusés Pepiq, Morey et Boireau.
Qa intjçrro^e Boireau dans l'instruction , il nie avec force
celle circonstance ; mais le jour des débats arrive , el , après avoir persisté long-temps dans ses dénégations, il déclare à la fin qu'il cède aux instances de sa mère , el qu'il va dévoiler toute la vérité.
Boireau vous dit que Pépin l'a prié de monter à cheval à sa place , et d'aller se promener sur le boulevard du Temple 9 jusqu'au Jardin-Turc. Boireau n'en dit pas davantage j mais relativement à Pcpin , c'en est assez : cette révélation , tout incomplète qu'elle soit, justifie celte note remise par Suireau le premier septembre, et dans laquelle il a parlé de confidences faites par Boireau dès le 27 juillet, et confirmées le 28, relativement à celle promenade à cheval.
Maintenant, messieurs, ne trouvez vous pas la preuve la plus évidente de la complicité de Pépin dans les faits ainsi établis ? N'est-il pas démontré qu'il était d'accord avec Fieschi. et que la promenade à cheval n'avait d'autre but que de faciliter l'attentat en faisant une répétition de la machine, pour me servir de l'expression employée par les témoins? Tout annonce qu'ils étaient parfaitement d'accord entre eux.
Il me reste à parler de fails relatifs à Pépin , et qui concernent plus spécialement l'attentat. J'ai déjà recherché l'emploi du temps de Morey pendant la matinée du 28 juillet ; je vais examiner l'emploi du temps de Pépin pendant le même jour.
Boireau a rendu compte de circonstances qui lui avaient été révélées par Pépin. Il n'a pas entendu Pépin parler du but qu'on se proposait , des espérance qu'on avait conçues pour le lendemain , pour lorsqu'on se serait débarrassé du roi et des princes de sa famille. Mais il a entendu dire que le 28 juillet il irait chercher quarante hommes dans le faubourg Saint -Jacques. C'est encore là une circonstance qui proba. blement n'a pas été inventée par Boireau. Boireau dit la vérité^ il De l'a pas dit loule entière , mais il y a déjà dans ce qu'il avoue de quoi éclairer la justice.
Eh bien ! ces quarante hommes qui attendaient Pépia ,
probablement attendaient aussi févènement fatal pour en
profiter, pour se montrer en armes dans la capitale , appe.
1er les mauvais citoyens à l'insurrection, et renouveler les cir-
minelles tentatives de juin et d'avril pour renverser le gouvernement. Nous ne croyons pas que Pépin se fût placé à la tête de ces quarante hommes^ mais nous voyons quelques démarches de sa part qui prouvent qu'il s'élait mis en mesure d'exécuter la résolution qu'il avait annoncée à Boireau d'aller se réunir à quarante hommes du faubourg Saint- Jacques, circonstance que Boireau n'a pu deviner. Pépin a été obligé d'avouer qu'en effet il avait fait pendant la matinée du 28 des courses dans le faubourg Saint- Jacques. C'est avec grand'peine que noui avons obtenu de lui la déclaration de quelques-unes des ses démarches. Il est allé, dit-il, chez Buclin, chez Floriot, et chez Lyon. Quels sont ces individus? Les deux premiers sont sectionnaires de la société des Droits de l'homme. Le troisième est aussi seclionnaire de la société des Droits de l'homme, et de plus il a été chef de la section Lout'el.
Comment se fait-il que lorsqu'un attentat de cette nature se prépare sur le boulevard du Temple, Pépin aille ainsi parcourir le quartier Saint-Jacques, s'il n'allait pas en effet chercher les quarante hommes dont il avait promis le concours. Si vous ne les voyez pas accourir , c'est que le signal n'a pas été donné, parce que l'événement a trahi les espérances des complices de Tattcntat. N'est-il pas étonnant que vous voyiez Pépin dans une circonstance semblable, au milieu d'hommes ennemis déclares du gouvernement, et qui, à toutes les époques, ont annoncé hautement le dessein arrêté de le renverser ?
C'en est assez relativement k l'accusé Pépin, nous passons à ce qui concerne Boireau.
L'accusation, quanta Boireau, porte sur deux chefs:
Boireau a eu connaissance du complot j
Boireau a pris part aux circonstances, aux préparatifs de l'attentat.
Ici, messieurs, évidemment nous devons parler des aveux qui ont été faits par l'accusé Boireau. Ces aveux, nous avons l'espérance qu'il les complétera^ et qu'il pourra aussi lui en être tenu compte; mais aujourd'hui nous devens le dire, Boireau n'a pas fait tout ce que son intérêt , tout ce que sa conscience lui prescrivaient. Il devait aller plus loin, il devait dire
tout ce qu'il savait , tout ce qu'il avait fait. Il a cru qu'il pou- Tait se contenter de révéler l'existence du complot, mais qu'il devait nier toute participation au fait de l'attentat.
Voyez, en effet, les circonstances qu'il a déclarées. Il avoue ♦out ce qui constitue la connaissance de l'attentat, mais il recule devant tout fait qui serait de nature à établir sa partieipation à un acte quelconque de préparatifs.
Eh bien! ce n'est pas toute la vérité. Boircau est allé plus loin, il a pris part aux préparatifs de l'attentat: la démonstration en sera facile.
Et d'abord a t-il eu connaissance du complot? Nous croyons qu'à cet égard le doute n'existe pas. Vous avez comme nous pleine confiance dans ]es aveux qui ont été faits par l'accusé Boirean; ils éJablissent d'une manière formelle la connaissance du complot.
Nous ne croyons pas devoir insister davantage sur ce point , mris nous devons entrer dans quelques développemens relativement aux faits qui constituent une participation aux préparatifs de fat tentât.
D'abord, nous le dirons franchement, il est une circonstance qui a été l'objet de développemens assez longs jusqu'à présent, et d'une instruction très développée sur laquelle nous n'insisterons pas.
Je veux parler de l'achat de la barre de fer. Sans doute nous croyons difficilement que i'aôcusé Boireau , qui s'est rendu , accompagné de l'accusé Fieschi , chez le serrurier Pierre , ait ignoré complètement l'usage auquel était destinée la barre de fer. Nous avons peine à le croire parce que nous ne pourrions concevoir que Fieschi, homme adroit, prudent , et devant se défier de Boireau, jeune et assez bavard, fût allé sans utilité se confier à ce jeune homme , pour l'achat d'une des parties de la machine qui devait servir au crime.
Mais enfin Fieschi vient déclarer que les choses se sont ainsi passées^ il dit que Boireau l'a accompagné par pur hasard chez le serrurier Pierre, et qu'il n'a pas pris part à la conversation que parce que la femme du 'serrurier ne comprenait pas la forme que l'on voulait donnera la barre de fer. Fieschi affirme que Boireau ignorait encore l'usage auquel la barre de fer pouvait être destinée.
Nous glisserons sur ce premiei" fait, parce que la connaissance de l'usage de la barre de fer est niée par Boireau et par Fieschi, et quoique vraisemblable, n'ekt pas démontre'e d'une manière rigoureuscj mais d'autres faits ont été révélés, et ils nous paraissent graves. Nous voulons parler aussi de toutes les drcons^ tances qui ont été révélées antérieurement par Boireau.
Reportons-nous à ce qui s'est passé à l'époque du 27 juillet. Dans la soirée même de ce jour, le témoin Suireau est venu confier à un commissaire de police des circonstances qui établissent d'une manière irréfragable que Boireau connaissait évidemment le complot qui avait été formé entre Boireau et d'autres individus.
Qu'il nous soit permis d'écarter toute idée fâcheuse sur les déclarations faites par le témoin Suireau, qu'il nous soit permis de nous associer au témoignage honorable qui lui a été rendu par M. le président lui-même.
Non, messieurs, le léiroîn Suireau ne paraît pas avoir été mu par aucun sentiment de haine ni de vengeance contre Boireau. Il a obéi à un sentiment honorable de patriotisme, il a rempli un devoir de bon citoyen. Il a vu le chef de l'état menacé dans sa vie, il a vu l'état tout entier au moment d'être frappé dans la personne du roi; il a multiplié les efforts, les démarches pour arriver à éveiller la soliciludede l'autorité. Qu'un juste hommage lui soit rendu, il s'est conduit en bon citoyen, et tous les bons citoyens lui doivent leur estime.
Eh bien ! messieurs , voici comment Suireau père s'exprimait dans la note qu'il a remise au commissaire de poHce Dyonnet :
yOTE SECRETE.
a Rue Neuve-des-Petits-Champs, n® 3 1 , succursale du Uo 27 (même rue), chez un maichand de bronzes (M- Vernert), personnage trop bien v^^tu pour sa classe.
» Cet ouvrier qui est seul, au second dans l'atelier du 5i, est un républicain qui a déjà subi plusieurs mois de prison. Il a de l'argent; il en reçoit de gens riches.
w II a fait la confidence, à un commis de la maison, que demain, lors de la revue du roi sur les boulevarts, à la hauteur de l'Ambigu-Comique, il y aurait explosion d'une seconde machine infernale. On croit que, depuis quelque temps, par
ai8 quelque cave, on a pratiqué un souterrain dans lequel on a placé de la poudre, à laquelle serait mis le feu lors du passage du roi.
» Uhomme qui travaille depuis long- temps à cette machine est un éclijppé des bagnes ou libéré, auquel on attribue beaucoup de talent en ce genre. Ce soir, il adû y avoir une réunion, à sept heurds, des conjurés. Celui des hommes le mieux vêtu qui sont Tenus le voir aujourd'hui, lui a bien recommandé de ne pas manquer d'être au rendez- vous de demain, à sept heures du matin. »
Messieurs, cette note nous paraît répandre sur la cause une lumière si vive, que l'évidence même est à côté de chacun des termes qu'elle renferme.
Quoi î dans la soirée du «17 juillet, lorsque Taulorité n'est encore avertie de rien, un simple citoyen vient dire que le lendemain il doit y avoir explosion d'une machine infernale,- que la tentative doit être faite à la hauteur de l'Ambigu-Comiquej qu'un individu échappé des bagnes ou libéré doit mettre le feu à cette machinej que le même jour, 27 juillet, à sept heures du soir, les conjurés doivent se réunir pour fairuneerépétition delà machine. Qui donc a donné ce» renseignemens? Ce n'est pas Suireauqui a pu les savoir par lui-même^ il n'ont pu être donnés à Suireau que par l'individu qu'il désigne. C'est un ouvrier ferblantier, travaillant chez Vernert, dont on ne déclare pas encore le nom, et dont la demeure est ignorée. C'est Bolreau qui est reconnu plus tard comme ayant donné tous ces détails, et l'on prétendrait qu'il ne connaissait pas le complot ! N'est-il pas évident au contraire qu'il en connaissait toutes les circonstances les plus minutieuses, puisqu'il était si bien instruit de ce qui devait se passer à l'instant même?
Ce n'est pas tout , le témoin Suireau a écrit cette note à dix h'^ures du soir , après de longues démarches et de longues recherches pour découvrir le commissaire de police. Il était si troublé , qu'il croit même qu'il n'a pas dit tout ce qu'il savait.
En effet , cette déclaration première a été corroborée par celles du fils du sieur Suireau. Dans le principe , Suireau fils avait fait des révélations incomplètes , parce qu il craignait de compromettre un homme avec qui il avait eu des relations in-
times. Le père demande au juge d'insliuclîon une nouTcHe assignation , et le !«' septembre il de'pose une nouvelle note contenant les révélations d'Edouard Suireau, son fils.
« Je connaissais Fieschi. 11 venait voir Boireau presque tous lesjours. Ils se tutoyaient et étaient intimement liés. A peu près six semaines avant l'événement du 28 juillet , un soir qu'il laisait chaud , quoique je ne fréquentasse pas ordinairement ces messieurs, ils me proposèient de venir avec moi au bain froid. J'acceptai. Au retour du bain , j'ava-s à aller chez l'un des fabricans de ma maison, f ue du Cimetière-Saint-Nicolas. Boireau et Fieschi m'accompagnèrent jusqu'au coin du pont Marie; là Fieschi dit à Boireau ; « Viens avec moi j nous avons à causer.» Boireau s'en fut avec lui , quoique son chemin était de m'accompagner. J'avais connaissance que Fieschi avait sur lui un martinet de cordes au bout desquelles il y avait des balles , plus un poignard. Je me souviens maintenant que , le 27 juillet, Boireau m'a confessé^ qu'il n'avait point été à l'hôtel d'Espagne , comme il me l'avait dit ; mais bien percer des trous à leur affaire , disait il. Sur l'observation que je lui fis qu'il n'avait pas été long-temps , il me répondit qu'il avait pi is un cabriolet. Sur l'observation qui lui fut faite par mon collègue de travailler , quand ce dernier fut parti , il dit : « Qu'ai-je » besoin de travailler? j'aurai peut-être plus de cent mille » francs demain. »
» Une répétition du pointage de la machine a été faite le 2^ juillet , à sept heures du soir. Boireau et un autre ont pa^sé à cheval sur le boulevard, à la distance présumée où le roi devait passer; d'abord au pas , ensuite au trot, enfin au galop. Les chevaux ont été pris dans une écurie : It maître tics chevaux, our celui qui les a procurés, d'après le dire de Boireau , doit être un épicier , lequel avait donné la clé de l'écurie pour prendre les chevaux , dans le cas où il ne s'y trouverait pas.
» Boireau fréquentait la femme Petit. Je les ai rencontrés ensemble au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Je sais que depuis quelque temps ils étaient fâchés. Le 27 juillet, Boireau m'a aussi dit : « Si je voulais rendre compte à M. Gisquct de ce » qui se passera demain, il me donnerait tout ce que je vou- » drais. »
Dira-t-on que celte dernière note renfermait des faits plus complets que ceux de la première note du 28 juillet ; qu'elle
contenait, dans les renseignemens donnés, quelques diffe'rences avec la première? C'est une objection au devant de laquelle il est ne'cessaire d'aller, parce qu'elle serait de nature à faire impression sur l'esprit de ceux qui ne connaîtraient pas l'affaire.
Si les documens de la procédure avaient pu être connus, et si, malgré les secrets dont la la loi environne toujours les instructions, il y ait eu quelque partie de celle-ci qui fût connue, nous dirions : Suireau a su profiter de quelques indiscrétions, mais il n'y a pas un mot dans la note du i septembre qui ne se soit trouvé vérifié et confirmé dans les élémensda la procédure. Nous dirons donc: ou Suireau, qui a fait la note, a deviné la vérité, ou il a dit la vérité. Il n'y pas moyen de sortir de ce dilemme. Qu'on dise si l'on veut qu'il avait la prescience de ce qui devait être déclaré parFieschi, c'est là, messieurs, uneexplicationqui, pour ma part, ne nie satisfait pas, et qui ne vous satisfera pas davantage. Suireau a-t-il dit la vérité ? oui , il est impossible de ne pas le reconnaître. Boireau lui a dit tout ce qu'il a répété dans la note. Il y a aujourd'hui un fait acquis aux débats ; c'est Boireau qui a donné le (oret qui a servi à percer les trous. Que ce soit Fieschi ou Boireau qui ait percé ces trous, peu importe. J'ai dans la note la déclaration formelle, positive, que lorsque Boireau est sorti de chez M. Vernert avec son foret, il savait que c'était pour percer des trous à la machine. Il est aussi bien complice que s'il les eût percés luimême, pnisqu'il a fourni sciemment l'instrument employé à cette opération. Il est complice aux termes de la loi.
A côté de ce fait j.'en trouve un autre : c'est la promenade du 27 juillet. Boireau a t~il fait cette promenade? Il est dit dans la note qu'il y a eu réunion des conjurés, le soir à sept heures. Pourquoi faire? pour faire la répétition de la machins. Le lendemain 28, Boireau revient, Suireau l'interroge, et c'est de lui qu'il apprend ce qui a eu lieu effectivement la veille. Il apprend alors qu'un cheval a été procuré par un épicier. La note du 1" septembre ledit: et remarquez que ce dire est confirmé par la déclaration de Fieschi. Alors qu il n'avait eu aucune communication avec personne, Fieschi est interrogé sur ce qu'il a fait le 28 juillet , et spécialement sur ce qu'a fait Boireau : Fieschi déclare que le 27 juillet au soir,,
à onze heures, il fut fort étonné d'être accosté par Boireau (jui luidit ; M'avcx-vous vu quand je suis passé h cheval sous les fenêtres, j'ai remplacé Pépin dans la promenade qu'il devait faire? Ficschi a dit tout cela alors qu'il ne connaissait pas la note et tous les faits qu'elle contenait.
Si dans une telle situation on peut dire que Boireau n'est pas •le complice de Fieschi, il sera désormais impossible d'établir une culpabilité.
Cependant , et c'est un rôle difficile que nous avons à remplir, nous devons, relativement à Boireau, dire quelles ont été nos impressions. Boireau est coupable , sa culpabilité est évidente. Une peine doit être prononcée contre lui : c'est une répression que la société demandcj mais Boireau entre dans le complot à une époque fort rapprochée de l'attentat; il peut avoir été entraîné par des conseils perfides , il peut avoir été circonvenu par des hommes pervers.
C'est à lui de le prouver, en complétant les aveux que les larmes de sa mère ont déjà obtenus de lui. Qu'il y réfléchisse pendant qu'il en est temps encore ; son intérêt ici est d'accord avec son devoir 5 qu'il éclaire ses juges, qu'il dise comment il a été entraîné^ à quelles suggestions criminelles il a cédé j la véi'ité est son seul refuge, qu'il la dise tout entière. La cour lui pourra peut-être tenir compte d'une sincérité sans réserve qui permette de bre au fond de son coeur, et de savoir ce que la société peut craindre ou espérer de lui.
J'ai terminé, messieurs, le résumé des charges en ce qui regarde chacun des accusés, vous savez quels ont pensé être les résultats de l'attentat dont nous poursuivons les auteurs; la sûreté du roi est compromise , nos institutions et la monarchie ont été menacées d'un même désastre avec le roi et sa famille. Esl-il bien vrai que tous les coupables de ce crime soient sur ces bancs, et qu'il n'en existe pas d'autres?
Loin de nous , Messieurs , la pensée d'émettre devant vous des paiToles hasardées ! nous savons quels sont noti-e rôle et notre devoir 5 nous savons qu'arrivés à celte période du procès nous ne devons pas légèrement émettre une opinion sur un€ question si graAC. Cependant nous sentons qu'ici , appelés a dire toute la vérité , nous devons faire connaître toutes les impressions que nous avons ressenties.
Nous déclarons donc qu'après avoir examiné l'affaire, après avoir lu avec la plus grande attention toute la procédure, après nous être pénétrés des faits qui pouvaient en résulter , nous ne croyons pas qu'aucun nom puisse être l'objet d'une accusation. Mais ce que nous croyons établi et reconnu désormais, c'est qu'il y avait là des hommes qui, sans avoir le bu qu'on se proposait , ou plutôt le moyen à l'aide duquel ce but devait être atteint , étaient disposés à en profiter comme d'une occasion favorable de troubler encore l'ordre qu'ils avaient déjà plus d'une fois attaqué sans succès.
Si nous examinons les faits révélés, nous reconnaissons que la société des Droits de l'homme était prépaaée à exploiter l'événement qui devait favoriser ses coupables tentatives.
Comment en aurait-il été autrement? Sans nous arrêter aux noms qui ont été prononcés dans cette cause , et qui peuvent bien avoir quelque célébrité , ne voyons-nous pas cette évasion de Sainte Pélagie si extraordinaire, consommée quelques jours avant l'attentat? Eh quoi? ces hommes ont paru devant vous dans cet état permanent de révolte signalé par nous , et que toute la France avait déploré} ces hommes si fiers, quand ils paraissaient devant vous, quittent leur prison et vont chercher asile chez quelques-uns des accusés de ce procès. Quittentr-ils la France? On vous a dit que l'un des chefs était encore à Paris il y a quelques jours , bravant ainsi en quelque sorte la condamnation portée contre lui. On s'est même permis de vous dire qu'on venait , frappé qu'il était par une condamnation , remplir un mandat en son nom , et vous annoncer qu'il était encore à Paris.
Oui , il existait derrière les accusés des hommes prêts à profiter de l'événement : les documens du procès l'établissent , et il était de notre devoir de le déclarer.
Loin de nous la pensée de prétendre que nous puissions dès à présent établir une accusation directe contre aucune personne • mais qu'il y ait eu des hommes avertis qu'un attentat serait commis, qui aient jugé que le moment était venu de profiler de la mort du roi et du désordre qui devait en être la conséquence, c'est ce que les documens du procès démontrent, et c'est ce que nous dit notre profonde conviction. Nous ne voudrions pas sans doute qu'on pût croire que nos paroles s'adressent à tous les hommes dont l'opinion est contraire à la
monarchie , et que nous confondions dans un même soupçon tous ceux qui appartiennent au parti républicain. Nous aimons à penser, au contiaire, qu'il y a dans ce parti des hommes d'une conviction honorable , à sentimens généreux , entraînés peut-être par les circonstances, ou dominés par l'influence d'une position fausse, qui , à coup sûr, se seraient révoltés à la pensée d'un assassinat, et qui auraient préféré déserter leurs opinions plutôt que de recourir au plus lâche de tous les moyens.
Il j en aurait eu beaucoup, nous voulons le croire, nous en sommes sûrs, qui auraient pensé comme l'un d'eux appelé devant la justice, lequel a déclaré franchement et loyalement que, s'il avait eu connaissance de quoi que ce fût relatif à l'attentat, il se soit empressé de le faire savoir à l'autorité.
Ainsi , après avoir rempli jusqu'au bout notre pénible mission , après avoir réuni et condamné les élémens les plus importans de cette longue et douloureuse procédure , c'est un l)onheur d'avoir à vous demander si Tavenirn'a pas pour nous de consolantes espérances, et si de l'énormité même du crime et de ses déplorables résultats il ne sortira pas une grande e profitable leçon.
Quand l'attentat dont nous venons au nom de la société vous demander réparation vint à éclater au milieu de la joie de nos fêtes, un cri d'horreur universel s'éleva contre ses auteurs 5 en même temps la conscience publique se souleva avec indignation contre ces poctrincs qui , api-^s avoir ensanglanté nos rues dans de sacrilèges tentatives de révolte , avaient encouragé à la plus lâche et à la plus odieuse de toutes les entreprises.
Aujourd'hui que ces doctrines ont été aux yeux de tous poursuivies et démasquéas, aujourd'hui que chacun a pu lire sur certaine bannière, comme mot de ralliement, Vassinat a la suite de la révolte, qui donc en France oserait venir se presser autour d'un pareil étendard ? Quelle main pourra jamais le relever? Oh ! disons-le hautement pour l'honneur da^la pallie, en France, un parti qui recourt à l'assassinat est un parti perdu , anéanti; et si, ce qu'à Dieu ne plaise, nous pouvons nous tromper, s'il se trouvait encore des hommes capables de rêver un si grand crime , ce procès sera pour eux un enseignement
salutaire. Comment former un complot avec pltis de prudence et d'astuce ? Dans quels rangs chercher une obscurité plus profonde ? à qui demander un se'ïde plus e'nergique, plus discretj qne celui qui, selon l'expression d'un témoin , avait livré son nom et son corps ; et cependant toutes leurs précautions ont été vaines, toute leur prévoyance a été déjouée; les coupables n'ont pu se dérober à la justice des hommes j le pays To\is U demande et l attend de vous comme une expiation poar le passé, comme une garantie pour Tavenir. ' Le PRÉsmENT.—"- L'audience est suspendue pour un quart d'heure.
M® Patorkï, défenseur de Fiesehi. — M. le président , je crois devoir demander la remise a demain, non seulement dans mon intérêt, mais dans celui de mes confrères qui ont besoin comme moi de se recueillir sur un réquisitoire aussi volumineux que celui de M. le procureur-général.
Lb ppEsmENT.* — Il serait fâcheux de scinder ainsi l'audience 3 cela ne s'est jamais fait.
Me Patorhi. — On m'assure que cela a eu lieu dans Ta^j faire des accusés d'avril.
Lu PRÉSIDENT. T— Cela était bien différent. D'ailleurs, veut avez dû vous préparer pour la défense de votre ch'ent. Le réB quisïtoîre n''y'a rien changé, et vous deyez être en dispoiitioa de prendre la parole.
PLAmOIRTE DE M» PATORNI.
Me Patorni. — Nobles pairs, une catastrophe effroyaWe ensanglanta Paris le 28 juillet i855. Le roi, entom-é de ses fîîs et. des hauts dignitaires de l'état , célébrait fanniversaire de Tune des trois journées qui l'avaient élevé au trône, lorsqu'une explosion, justement appelée infernale, faillit réduire en poussière et le roi et les princes, et les dignitaires de l'état et le trône de juillet.
On ciiut un instant à une nouvelle révolution, car le moyen assurément d'atteindre ce but eût été de trancher les jours du
monarque.
Mais il faut le proclamer bien haut, la Providence veillait sur lui et sur sa famille ; car , environnés de morts et de mou-.
rans, le roi et les princes furent respectes par les balles homi* cides. Dix huit morts et vingt-deux blessés : tel fut le résultat de celte bataille d'un nouveau genre liyréeà toute une dynas« lie, à tout un gouvernement.
Inutile, nobles pairs, de vous retracer ici les résultats de la longue procédure qui a été instruite. Il en est résulté que l'auteur principal de l'attentat que vous êtes appelés à juger est celui que je défends en ce moment, Fieschi (Joseph), natif de Murato en Corse, ancien militaire, ancien serviteur du gouvernement.
Fieschi ne nie poins son crime; il en reconnaît toute l'énortnité, et il ne s'en dissimule point les conséquences. Il ne dit point, comme certains criminels : a Si ce n'était fait, je le ferais encore, m Bien loin de U, les noms de ses victimes réson^ lient constamment à ses oreilles , et leurs ombres se glisient toutes les nuits dans son cachot pour épouranter son som> tneil !
Il y a donc chez lui repentir et remord; mais si le remords et fe repentir trouvent grâce devant Dieu, ils n'en sauraient trou<- Ter devant le texte de nos lois pénales. A des juges, il faut des justification» différentes, il faut des moyens d'excuse on datte»- ■uation autorisés et prévus par les lois elles-mêmes.
C'est là la lâche que je suis chargé de remplir; lâche pénible, tâche difHcile, mais enfin tâche non impossible.
Oui, nobles pairs^ le crime de Fieschi, tout horrible qu'il est, doit vous apparaître avec son cortège de circonstances atténuantes, et vous déterminer à vous montrer véritablement justes en écartant de sa tête la peine de mort, peine qu'il ne redoute point, qu'il appelle même à grands cris, mais que nous, ses défenseurs, trouverions injuste et illégale, et à laquelle nous devons conséquemnient le soustraire par tous nos ef» forts. f1
Ce grand procès, nobles pairs, devrait être profitable à biea des personnes. Il renferme dans son sein la leçon vivante de U science de gouverner. Puissent les rois et les ministres surtout s'apercevoir une fois pour toutes que gouverner les hommes g^t chose difTicile; car gouverner dans beaucoup de cas, c'est prévoir, c'est prévenir; et ici, raalheureusemcnl, il vous sera démontré qu'd n'y a eu de la part du gouvernement ni préiii. lo
«StU^
1S26 voyance, nr prudence; et dès fors le volcan a e'claté et ses laves Brûlantes ont fa il If incendier l'a France et FEurope.
Les plu* petites causes ont sroaretit les plWs grands effets. Tout ici bas se coordonne et s'encha^fne^. Il n'est pas un fait qui nenipopte ne'eesàairement et rnévitablenîefit avec sois se conséquences.
C'esrt l'histoire deFieschipar rapport au gouTcrnementj c'est l'histoire du gouvernement par rapport à Fieschi. J'entre en matière.
La défense, nobles pairs, sera divisée en quatre parties.
La premièire s^occupei a des antécédens de ràccusé.
La deuxième de l'attentat du 18 juillet considéré co mnie le résultat de laltératioB d'esprit dans lequel avait été réAiit Fieschi par lesrmesures du gouvernement 4 son égard.
La troisième complétera le tableau des circonstaTï ces atténuantes par la preuve qu*e l'autorité, infonnécà temps, aurait pu empêcher le crime.
LaquatrièmreetdèpHièrô partie sf occuper a des révélation* faites par Fiefsebi.
Sî' je reste ani-dessous de ma tâcTie, nobles pairs, vous y supplërez par votre haute raison, p^r votre suprême justice. Deux avocats, depuis long-temps célèbres, sont d'ailleurs ehargés des tnëmes ifjtérêls qo^nïoi. Si je plaide le premier, ce sont eux qui l'ont voulu dans leur bienveillante confraternité du moment où Fieschi exprime le désir qu'un compatriote fut au nombre de ses défenseur*.
Chez cet homme singulier, Tune des choses qui le préoccupent le plus en ce moment, c'^cst la Corse, sa patrie, avec se« hautes montagnes, ses larges rivières, ses forets i mmenses et ses habitans, doués de tant de qualités méconnues. C'est à cette préocupation de son esprit que je dois, nobles pairs, d'être investi de l'honneur insigne de parler de\ant vous.
Les antécédens de Fieschi occupent une notable partie du rapport de M. le comte Portalis 5 nous croyons qu'ils étaient assez inutiles à énumérer. Mais puisque le noble rapporteur la lait, nous pensons qu'il est de notre devoir d'en dire un «lot.
Nous ne nous occuperons point des prétendus parens de l'accusé, ou plutôt de ses homonymes, dont les noms ont
été découverts comme ora«m€W* de quekjacs rf^stfes <lte gieoie.
A part cette Vérité que chacun est ïe ftls de ses action»^, ?I est prouvé , en fait , que l'accusé aeta^l n'était , po»r ainsi fl^re, pas né lorsque Fes Fi«sebi do»t (m f»v^ dVaioïft de* démêlé» avec la jasiice. Uj aujr*it dorw eu» (|iïelque généiro^îté à li»»^!' en repos la cendre des mort^s.
Ne DotM ofiGupowsvB^blô* pair*, (|ac du Fiesebi at?ta*îl\ Son histoire est asstz^ iolére^saftte par eiie-rrrême prcra* qtt& ïfh soit point besoin de recourir k l'ittuîîtratiott de ses aî«us*^
S€>i<i»»» quatorze zm dans fe régiment Royal -€(^fSd (^ v^ a«)mt i&o&)y il obtîtt* \e gvajde de serçewt à cfk^hait à»* (hm le 9? régirent rk ligne ( i5 février »8ï2^. )
C'était répoqu« èe h- cjwnpïrgtie cfe Riisisîe'; Ffesc^i y jMl pt«-t. TiJ»€ îtetion d'écki* \e â'ist^gm : à' f» téfe d'une vrrrgï^rrte de bi'aves il mi* en déro«f« un gj'afld nom-bre de Rtrsses; il fit einquante-deuspfisontii ers, etbcaweoup^d'liomTiws furent tù^ «t Wes^és ; cet acte de vateuv Iwi» xsthtt KiHnité dti conrte Geïsfei*«« de DauTa», a Ws ai de- de-camp du rftraréie h al Soult.
Passé au service dwrôide ?^<ip<e>»aveesî» légî^m , Fïe*9c!ri*^ gna la décoi^atioa sur le chaiïip' de bài;rH%.
Lorsque Te i*oi J^oachimse réfugia en Corse, Fieschi fit parfw dtes soldïits q^«re ce prifrée ew Ôiar peur son eitpédition de G^»- Iwe. Il le si^iivit à PiZrZô, oh il' fort fnfit prisonnier à la s«i1% d» la satt^lmtïcttvti^êJfk qwi ptécf^ta l'c^-i'O^ de l^apTcs (hnif h. tdmbie.
FiescM, coînm^ tons sescompagnt)n« d'infortune, i\il dccré'te de^ttïWt. VoHâ^ sa vcritabre condaninalion politique, et assurément elle en vaut bien un autre.
EPfe éclips(^, par son éclat, toutes les condamnations polliiqtfô^ qu'il aurait pu encourir en France. Ce fut une :fbLiia<ï«in de sa part que d'avoir prétendu, en i8^)0, s'être tiouvé impîfquéclans la conspiration de Grenoble'; c'était! la crainte ilè ne jiasf recetoîi" tle l'élfan^* les attestations nécessaires. Mal» <« qu'il y a de certain, c'est qtie personne' ne pourra contester à Fieschi d'avoir encouru une condamnation de mort pouv a^ foires {viatiques, car rien n'était plus politique que rmvasicu pav le roi Joacliim Murât de ses anciens états.
La condamnatîoa de mort prononcée contre tant de brav©*»,
on n*osapas Texécuter. Le nouveau roi des Deux-Siciles préfe'ra livrer les comoagnoms de Joichirn au roi de France, qui les abandonna aux tribunaux : ils furent acquittés.
Fieschi alors rentra en Corse.
Je glisse, Messieurs, sur cette tentative de vol d'un boeuf ou d*une vache à l'occasion de laquelle Fieschi fut condamné à une peine si sévère , dix ans de riclusion.
Fieschi pre'tend que l'animal appartenait à son beau-frère , vis-à-vis duquel il avait de s prétentions à exercer ; il entendait donc se payer provisoirement de ses mains , sauf à régler plus tard : quoique ce fait ne résulte pas clairement de la procédure , je n'hésite pas à dire que devant un jury , si une condamnation quelconque eût pu être prononcée, elle n'aurait pas dépassé quelques mois d'emprisonnement. Mais Fieschi revenait de l'armée , il était fanatique de l'empereur; il fut traduit devant une cour criminelle jugeant sans jurés et composée de magistrats, honorables sans doute , mais dévoués outre mesure aux Bourbons de la branche aînée , qui venaient de les instituer. C'en fut assez pour qu'un intrépide militaire qui, à Tâge de vingt ans , avait mérité le grade de sergent et la décoration des braves, fût séquestré de la société pendant dix ans de sa vie. N'est-ce pas le cas de dire ; Summum jiu^ summa injuria.
Quoi qu'il en soit , la peine a été subie ; et voyez comment Fieschi s'est conduit dans sa prison. Ecoutez M. le comte Portalis. « Il s'y fit remarquer, difil , par son intelligence , et au bout de deux ans il capta la confiance des entrepreneurs du service qui l'établirent contrc-maîlre de l'atelier des draperies. A ce titre , il était admis à circuler librement dans toute la
maison *
Pendant tout le temps qu'a duré sa détention , sa conduite a
été bonne » C'est dans cette prison qu'il fit ta connaissance
de la veuve Lassa ve , née Pelit.
De 1836, époque de la mise en liberté de Fieschi, à i85o , il ne se passe rien de remarquable dans sa vie. Ayant appris dans sa prison l<^ t'isage des draps et des toiles, il travailla dans uu giani nonîbœ de fabrique atix enviions de Lyon.
Aprèî la iévoiution de i83o, il rencontre dans cette ville M. le comte Gustave de Damas qui l'engage à se rendre à Par rig. Fiest Iii y arrive en se^'iembre de la même année.
Il ne tardé pas h être admis dans la compagnie des «ous-officiers sédentaires en garnison à Paris.
Indépendamment de ce j^remier emploi, il parvint à obtenir celui de gardien du moulin de Croullcbarbe, appartenant ^ la ville de Paris, avec Tappoinlement de 700 fr. par an.
Du 21 septembre i83o au 3 février i83i, il toucha, en vertn d'une décision du ministre de la guerre, la solde de souslieutenant d'élat-major.
C'est à celte occasion, nobles pairs, que Fîescbi commit la faute de réclamer un secours, non comme condamné politique à Naples, mais comme condamné politique dans la conspira» tion de Didier, près de Grenoble.
Il n'avait aucun papier attestant le premier fait, et il craignait ne pas pouvoir en obtenir de si loin 5 dans tous les cas il aurait fallu attendre beaucoup.
Or, la fatalité voulut qu'il se trouvât pourvu de deux certificats de Tancien directeur de la maison centrale d'Embrun et du maire de Sainte-Colomlje attestant, l'un d'après l'autre sans doute, que Fieschi, condamné pour dé lif polifique, 3iy Ait tenu une bonne conduite.
Ce furent ces deux certificats, vrais en eux-mêmes, puisqu'en réalité la peine de mort avait été prononcée contre lui pour l'atîaire de Naples, que Fieschi produisit à la commission des condamnés politiques, qui n'en demanda pas davantage pour lui accorder 45 fr. par mois à titre de secours. Il n'y avait point, comme vous le voyez, de quoi ruiner le trésor, ni de quoi enrichir Fieschi. Pour un véritable condamné politique, car il l'avait été d'une manière cruelle, la recompense était au dtssous des droits acquis j il avait justice au fond 5 il n'existait qu'une simple irrégularité en la forme. Mais Fieschi voulut tout racheter en acquérant des droits nouveaux à la bienveillance du gouvernement auquel désormais il se ralliait corps et âme, auquel il allait tlé>ormais vouer son sang et sa vie, et ce, afin de faTc disparaître et oublier une peccadille d'enfant, dans le cas où Ton serait un jour parvenu à la découvrir.
M. le comte Gustave de Damas, toujours bon et généreux pour son ancien subordonne, recommanda F;esfhi à M. Baude, alors préfet de police ; la déposition de cet ancien magis«
23o tr^t est remarxjuable par les détails daus Iesijuel$ il entre ^ 1'^garJ du caractère et des services de Fiescbi.
«M. Baude ne tarda pas à se convaina-e, dit M. le comte Port«4is , que Fieschi uvAt une grande valeur pour certaines c«|jéd4tions. Il l'employa après lui avoir donné quelques djrtLiions. Paris était alors Ibit agite 3 des désordres graves se Sttcc^iftf^t j le sang avait coulé. Fieschi bravait les plus grands daogei's pour rapporter des renseignemens exacts. Son amour propre, exalté par la confiance qu'on lui témoignait, le }>én«trait d'une vive reconnaissance pour les rapports directs qu'il avaiit avec M. le préfet de police , et qui n'étaient conn.ys qwe de eeîui-ci et de son secrétaire intime. . . Fieschi aurait rendu de notabres services , surtout à l'occa sion du pillage et d« ta destruction de l'ai chevêche... Quand M. Baude quitta l». préfieotuje de police, Fiesdii vint le trouver et lui dit ; «Je suis Corse, je suis fier, je ne suis pas fait pour être un instruini3»t ordinaire de la pplice, et je n'y retou rnerai pas. »
î'jt de fait il n'y retourna plus.
Nous avons vu que Fi<?sdii avait été non^eîé gardien du nioul'iiî de Cro^ullebarbe : il se. trouvait dans cet emploi le subordonné de M, Cannes . ingénieur-inspecteur des eaux de lîavjiis. JLa iB32, le choléra atteignit cet employé supérieur; il 5a fit porter chez Fiesclri «qui l'instal la dans sa propre chambre, et lui prodigua les sojns les plus affectueux et les plus attentif^. Une somme considérable fut mise à sa discrétion^ il en usa avec épargne et discernement pQur les besoins du maladsî,. et rendit de sa gestion un compte exact et fidèle.
A la même époque, le frère de M. Ladvocat fut frappé de l'affreuse maladie j il se fit porter dans une maison de santé où J<^ieschi alla le soigner. C'est à cette. occasion qu e s'établirent entre M. Ladvocat, ancien condamné politique , aujourd'hui député de Paris, et Taccusé Fieschi , des relations qui ont laissé dans l'âme de ce dernier une profonde reconnais- 'saace et une espèce de culte. Lieutenant-colonel d e la garde nationale, M. Ladvocat dut se trouver plusieurs fois aux prises avec les émentts; Fieschi élait son fidèle aide-de -camp dans l'intérêt du gouvernement 5 dans son propre intérêt, il élait un ami profondément attaché qai lai avait voué un e protection de Corse.
Aussi, dit M. le comte Portalis : m A chaque émeute, Fies-
p chi était toujours un de* |>rciniers à veoir ofirir ses .cernées à » M.Ladvocat,quipU»sieuLH» IbU i'tn voya reconnaîti'e la positioa / » et le nombre des révoltés , « mission périlleuse dont ii sac- ^ » quittait avec zèle, inlfiJUgence vet intrépidité. » Souvent il jî donna des renseignemcns utiles à M. Ladvocat pooi- sa biVeté » pexsonueJ.le; pLu»iturs ibis il J'inlorma que, dans ceruias » clubs, on a^it iDBanifesUi i intention d'attenlerà sa vie. •
Pour reconnaître tant de zèle , d'intelligence et d'intrépidité déployés dans l'intérêt du gouvcinenient , que faisait M. Ladv'ocat ? Le rapport de Al. le comte Portalis le constate. « Sur sa demande , dit-il , plusieurs secours lurent accordés à Ficschi. »
Toutes ces vérités, nobles pairs, M. La Iv'ocat vous les a confirmées dans sa (lé[K)sition orale , d'ailleurs si remarquable de franchise et d'énergie.
Ainsi voilà un serviteur tlont on récompense le dévoùmetit et le courage. Certes , si sa conduite mérita l'attention , les éloges et les encouragemens tie MM. Baude , Caunes et Lad vocal, et par suile celle du ministre de l'intérieur qui livrait les secours, comment a-t-il pu se faire qu'un piu p!us tard, ce môme minisiire , oubliant ce que Fieschi avait fait daus Tintcrêt du gouveincmeiït de Louis-Philiope , l'ait dépouillé de ce qu'il possédait , places, grades , pensions, et l'ait livré nu, misérable et sans pain , aux poursuites des tribunaux , aux re» chierchesde la police et à la perspective des galères pcrj>étuellcsî,,,. Y a-t-il Jà de la pruilence gouvernementale? pourquoi trallerR, un ami en ennemi 7 pourquoi pousser cet ami méconnu et foule aux pieds au dernier degré du désespoir? Il me semble avoir lu dans quelques publicistes que c'est le comble de l'imprudence (et pour d(S hommes politiques rimprudence est un crime), que de réduire au désespoir même un ennemi vaincu. Ici , nobles pairs , il n'y a point eu , je crois , intention formelle de nuire A cet homme naguère l'objet de sollicitudes et de récompenses; mais il y a eu négligence , paresse , laisser-aller j on n'a point voulu exi miner, car cela aurait pris peutêtre une heure du sommeil de son excelhncc, et Ton a pr<fféré dire sans doute à un commis (lu bureau île la police générale : « Eh bien! qu'on le poursuive! et à Toecadon d'un simple délit correctionnel , nobl<s pairs . on a forgé une occa« sation de faux , et l'on a raenaré Fieschi du bagne à perpétuité.
33l Voilà comment la science gouvernementale s'exerce chez nous par des hommes qui , à mon sens , sont plus habiles à dresser le plan d'un bal splendide , d'une fête à la Lucullus , que d'e'venter des conspirations et prévenir des attentats. ( Rumeur sur les bancs de la cour.)
Le PBEsiDEifT. — J'engage le défenseur à se renfermer davantage dans les faits de la cause,- ceci y est tout-à fait étranger.
FiEscHi, à voix basse. — Patorni, assez sur ce sujet.
Le défenseur, continue. — Fieschi, nobles pairs, avilit été heureux jusqu'en 1854. D'ue part, les faibles sommes que le gouvernement lui payait; d'autre part, le produit de son tra- Tail, car il se livait à son métier de tisserand, et il était en outre instructeur au Gymnase militaire pour l'exercice à la baïonnette, lui avaient permis de se pourvoir d'un mobilier de 17 à I, 800 fr.j et de vivre paisible et tranquille, entouré des soins d'une femme qu'il aimait tendrement, et qu'aujourd'hui même il déclare aimer encore^ bien que, d'après lui, elle l'ait trahi et chassé de son propre domicile pour vivre avec ua autre homme.
Quoi qu'il en soit, messieurs, en i854, on s'avisa pour la première fois de demander l'expédition de l'arrêt de condamnation de Fieschi pour la conspiration de Grenoble. On ne put point la trouver. On crut alors que Fieschi avait fabriqué de faux certificats. Ne tenant aucun compte de sa conduite depuis i85o, on fit une opération arithmétique, et l'on se demanda combien Fieschi avait soutiré d'argent au trésor en se faisant passer pour un condamné politique. M. Thiers, ministre fort économe des deniers de l'état, trouva sans doute que sa responsabilité était compromise et qu'il pourrait encourir une accusation en forme.
Le PRESIDENT. — Je suis forcé de vous faire de nouveau remarquer que ceci est entièrement étranger à la défense de votre client.
M® Patobni. — Mais c'est là le moyen sur lequel repose ma plaidoirie 5 je raconte comment Fieschi a été poussé au désespoir. Je n'insulte personne.
Le PRESIDENT. — Vous pouvcz couciUier le respect que vous devez à l'autorité avec les nécessités de la défense. Consultez ,
vos confrères pour savoir s'ils pensent que ce langage soit ulilc à votre client.
M. Martîn (du Nord). — Nous ferons observer à l'avocat qu'il no dépend pas de l'administration d'empêcher la poursuite d'un criminel ; c'est la justice qui intente les poursuites, et toutes les fois qu'un délit existe, c'est un devoir pour elle de diriger des poursuites contre celui qui l'a commis.
M' Chaix-d*£st-Ance, autre défenseur^de Fieschi. — Nous devons ^ire à la cour que nous n'avons aucune observation à faire à Âbtre confrère. M« Palorni avait bien voulu se charger de plaider pour Fieschi. M^ Parquin et moi sommes restes étrangers à son travail, l'honneur ne nous en appartient à aucun titre, et c'est à lui même que nous avons laissé l'appréciation de ce qu'il lui convenait de dire en faveur de notre client.
M*Patorni. — Je ne suis pas ici pour nuire à mon client: ;
Le président. — La cour est disposée à entendre tout ce qui peut être dit en faveur d'un accusé; mais elle est fâchée de voir qu'on emploie dans k défense des paroles qui, loin d'être utiles à l'accusé, seraient plutôt de nature à lui être nuisibles, si l'équité de ses juges pouvait s'arrêter à de telles paroles.
Fieschi. — Je prie M* Patorni de laisser cela. Je suis bien sûr que si l'on m'eût connu comme on me connaît aujourd'hui, on aurait foulé aux pieds le mandat d'amener....
M« Patorni. — Mais encore faut-il que je raconte les faits.
Le PRESIDENT. — Racontez les faits sans leur donner une couleur offensante pour l'autorité. Vous attaquez un ministre, vous lui reprochez d'avoir exercé des poursuites; mais vous savez bien que quand un fait est dénoncé à la justice, la justice poursuit, et en votre qualité d'avoctat, vous devez parfaitement savoir qu'aucun ministre n'a le droit d'empêcher des poursuites ordonnées par la justice; tâchez de retrancher de votre plaidoirie ce qui ne doit pas y être.
M^Patorm. — En ce cas, il n'y a plus de défense possible pour moi. (Rumeurs dans la cour.) Je veux établir qu'un homme qui a servi le gouvernement au risque de sa vie, et qui a commis uue laute quelconque, ne doit pas être dénoncé aux tribunaux et se voir exposé à aller aux galères à perpétuité, si, d'ailleurs, il a rendu des services qui peuvent être la
compensaîtion dCune fauie légèi-e. Jci, je dis qu'on a eu tort de dénoncer Fieschi pour un fait aussi le'ger que celui que \e «:aconte. 5<i prie ia cour dse me permettre de continuer.
M. le ministre de l'intérieur donna aussitôt au préfet de |)olice l'ordriB de livrer le grand déprédateur Fieschi à la vengeaiice des tribunaux. Combien donc Fieschi avait-il obtenu du trésor, comme condamné politique. Ecoutez bien, nobles paii's, car^eci est important : deux cent tr£»ie fraiicfci...... Je
voiA^s répète le chiffre, de peur que vous ne pet>siez que je me trompe. C'est bien s:3o fr. dont Fieschi a été accusé eu i854> d'avoii' fait tort au trésor publie; et c'est pourquoi la iieeoonaissauee gouveruemeatale de M. le ministre de l'iulérieur a commeocé par le dépouiller de toute ressource, c'jeî>tTà-dir£par lui^ter son pain quotidien, en su|>pnm3nt et en fitisaivt supprimer ses faibles pensions, son emploi modeste, etc., etc., ^ ensuite par Je i»ottre dans l'impossibilité de gagner >a vie, €«' la police étattà «a poursuite et la justice insti^uisait uue procédure crimiueUc pour escroqjicHJc et faux. A ce moment, Fieschi gagnait 5 fr. par jour comme employé daus Ici eaux de Pairis.
Voici comment s'exprimait M. le ministre de l'intérieur dans sa ietlre du 2.4 juin 18^4» ^^ pi'éfet de police :
iK Si l'identiié vous paraît constante, cette affaire devient toute judiciaire et les itieidens dont elle se com[)lique sont trop graves pour n'être pas déférés à M. le procureur du i"oi, »
Et monsieur le procureur du roi fut saisi, et Fieschi se trouva alors sans asile et sans pain, car pour comble de malheur, ce fut à celte fatale époque que la femme Petit, éprise pour un autre homme d'un passion bien étrange à son âge, abandonna Fieschi à son malheur et jeta sur les blessures déjà empoisonnées du cœur de cet homme tous le venins de la jaleusie et du désespoir.
Oh ! c'est alors, messieurs, que finfortufiédut faire de cruelles réflexions sur la gratitude des gouvernemeiis quie l'on sert au. risque de sa vie!... Et puis cette femme qui l'abandonne au lïioiîient où il a le plus besoin de consolations, qui lui refuse un asile auprès d'elle, et le moyen d'en avoir un ailleurs! Tout cela dérangea fa lête, bouleversa ses idées, brisa son cœur. Une voyait plus que des ennemis partout : ennemie la femme
qu'jl avait aitDé£; ennemi ie gouyeiuiement qu'ît a^ait «ervi. Ppijir tui tout eî^poir était désormais perdn : «on avernr, c'était une condarajiation perpétuelle, attendu la récidive; on le lui dit, ou iç lui cria a.ux oreilles; ri y crut, et dès Jor« eet homme devint ^ou, nOn pas, «'it vou^ platt, fou comme le sont ceux de Charenlon ou de Bicctre, quivicanent et font des gambades, qui se disent rois, des princes, empereurs; mais il devint fou comme son cai-actère le comportait, fou comme un homme de cœur et d'énergie auquel un autre homme a dit : J'en veux à ta vie et à ton honneur! fou comme le montagnard de notre pays auqut;! on a dit : tu mourras! et qji t\ks lors ne marche j}lus qu ai'mé de sjon po/gnard et de sa carabine pour donner Ja mort de son côté à celui qui la lui a si imprudement promise; fou eemme Othello au moment depoignardeDrcsaéînona; mais plus malheureux que lui, car avec plus d'éijergie encore que leJfeiTfbk AfiHoain, îl dédaigne d'imimoler la femme parjure, et garde dans son sein les serpens que la jalousie y a déchaînés.
Oh! cette position, messieurs, estdignede pitié. Transportée au théâtre elle inspirerait raltendrissemcMt , elle arracherai t des pleurs. (Mouvemen.s) Quand on voit un être si malheureux on ne'se préoccupe que du malheur mei»iie , et l'on oublie le crime qu'il peut avoir enfanté ; car l'excès du malheur étouffe les lumières de l'intelligence, et sans intelligence îl n'y a -pas de crime , it n'y a qu'uue action d'automate , un mouvement de machine et rien de plus.
La fe«iaie Petit, à laquelle Fieschi reproehe l'origine de son malheur, vous l'avez vue à votre banc, accourue en habits de fête, et précédée de cet homme aux (ormes athlétiques qu'elle n'a pas ci'aint de rendre possesseur du lit et des sêt»^ meas de Fieschi. Et tandis que le malheureux déclarait qu'il ne dirait rien à son égard , par cela seul qu'elle avait été sa compagne, vous lavez entendue, elle, se déchaîner contre lui, et l'accâbler de grossièietés et de mensonges. Je ne sais en vérité comment le cmur ne lui a pas (ailli. MM. (launcs , Uaude t Ladvocat ont lendujujtiee à Fieschi,] celle qui s'est dite long-temps sa femme n'a pas rougi de venir le calomnier dons cette enceinte.
ï-t pourtant je dois vous dire, nobles paiis, qu'il y a à peine dix jqurs la femme Petit m'a écrit pour me prier de lui proou-
a36 rer une entrevue avec Fieschi. J'ai montré la lettre à ce dernier, qui a refusé de voir celte femme , et qui lui a fait une réponse pleine de convenance et de dignité. Si la cour désire que je donne lecture de ces deux lettres, elle verra dans quels termes se sont exprimés ces deux anciens amis.
Le PRESIDENT. — C'est inutile.
M® Patorni. — Pour résumer cette première partie de la défense, que voyons-nous dans les antécédens de Fieschi?
Un soldat intrépide qui se bat comme un lion, et qui gagne la croix des braves sur le champ de bataille^
Un condamné à mort pour aHaires politiques à Naples ;
Un prisonnier qui se conduit à merveille pendant une détention de dix ans;
Un employa du gouvernement qui mérite les éloges du chef sousjequel il sert (\1. Baude);
Un agent de l'autorité qui, le pistolet au poing, affronte les barricades, poursuit les émcutiers, et donne par là k son chef (M. Ladvocat) la plus haute idée de son courage et de son habileté;
Tel est Fieschi jusqu'au moment où les imprudentes poursuites dirigées contre lui préparent la malheureuse catastrophe du 28 juillet.
J'arrive à la seconde paatie de ma défense , tendant à prouver querattentit du 28 juillet est le résultat de l'altération d'esprit dans lequel avait été réduit Fieschi par les mesures du gonvernement à son égard.
Prenez, prenez, messieurs, un homme riche, heureux, chargé d'honneurs et de dignités, entouré d'une famille qu'il idolâtre; que cet homme , par un coup de la fatalité , soit dépouillé de ses titres, de ses honneurs, de sa fortune ; que, pour comble d'adversité, ses enfans l'abandonnent, son épouse le trahisse, que de plus son honneur soit menacé..., que deviendra cet homme? fou , messieurs, fou; et sa folie le portera ou au suicide ou aux Petites-Maisons, ou à quelque atroce vengeance. Il ne faut pas absolument être né en Corse pour cela : c'est une loi de la nature commune à tous les pays et à tous les climats. Eh bien, Fieschi, aussi malheureux que l'homme dont je viens d'esquisser le tableau, ne »est pas donné la mort ; il ne s'est pas fait enfermer aux Petites-Maisons; mais dans sa grande et épouvantable folie, courbé qu'il
»37 était sous le poids de toutes les infortunes à la fois , lia voulu se venger de son ennemi, le gouvernement, en lui donnant la mort comme à un simple particulier. A part, Messieurs, le sang verse et le danger couru par d'augustes têtes , et envisageant la chose philosophiquement, il y a dans la colossale folie de Fieschi , quelque chose de grand (légers murmures), de dramatique, quelque chose qui saisit l'âme, qui étonne l'esprit , qui bouleverse les idées et qui fait que l'on s'écrie malgré soi : Non , cet homme n'était pas un homm^ ordinaire ! Dans d^autres circonstances il aurait fait de grandes ^oses.
Et pourtant le voici sur ees bancs , accusé d'attentat à la rie Ju roi et de plusieurs membres de la famille royale, accusé en outre d'assassinat sur dix-huit personnes «t de tentative ^'assassinat sur vingt-deux autres.
Je crois que dans cette dernière partie il y a fausse qualification. Il n'est pas vrai, légalement parlant, qus Fieschi puisse être accusé « d'homicide volontaire avec préméditation et guet-à-pens sur la personne du maréchal duc de Trévise, ^u général Lâchasse de Vérigny et seize autres victimes, pas plus que de tentative d'assassinat commis avec préméditation •t guet-à-pens sur les blessés au [nombre de vingt-deux.»
La préméditation et surtout le guet-a-peiit supposent la con* naissance de la personne ou des personnes sur lesquelles on va fcire feu. (Mouv«ment.) Or Fieschi ne savait pas à l'avance qui il tuerait, qui il blesserait. Dans l'esprit de la loi , il faudrait dire aussi que l'accusé a tenté de donner la mort à tous ceux qui, au moment de Texplosion, étaient à portée de la machine infernale non loin ou k côté des victimes , car il y a tentative de meurtre ou d'assassinat même sans effusion de sang^ mais il faut de toute nécessité que le meurtrier ou l'assassiu sache à qui les coups s'adressent.
Du reste , cette question n'est pas d'une grande importance au procès.
La première partie de l'accusation est assez grave pour qu'on puisse se dispenser d'examiner ti la seconde a été bien on mal qualifiée. Je crois , moi, qu'elle l'a mal été par l'acte d'accusation et Tan et de renvoi. Le crime à imputer k'gaUmeutà Fieschi est celui-ci : « Attentat à la vie du roi tt des membres V de lu laniilu royale au moyen d'une nia(h>ne dont rcxplosion
» » donttd la. morfcàtelfr ou te?!», et bl«s^é tels ou tels autres\ «
Le^fait d'alÉeiitat étant hors de contestation il s agiï d'en appiécier k murale t^ . ' •
Le crime, nobles paiis, n'a pai^e'ti commig par mi ÎWitii^ ssâïi d'espiiff.
Qu'a Ttmltt ceth&mme'} âéUuitG le gouTerneôicnt. IÊus avec 1a> noTfffcfrense pos<^érité maisetïlrne du roi, on n'avait poihi a redouter h destmet?ion de la dynsastie': ie roi est mort , vice (^ m/TJn hottime sain d'esprit atn-art fait cette pren»ïèreré[kxa9j3u
Et ensuite que Ibi ava-it fait le roi personnel Ifettién^t? Rica, q^ue nous sachions. Or, pourquoi donner la mort à un hontaie, <|uel qu'il soit , <|ut m nous a fort ni bien ni mal? car ei^fiiT^ et I» eîîô«e est reconnue aujourd'Ii'ui , Fîe«chi n'était pas l'iiïsliv'Ument salarié, le sfeaire d^un pstrti ; if ygissatt un peu pom- mm propre compte : il avait une Tengeànce a exeicer. Mai^ oî» ne se venge que d'un ennetwi dofrt on a à se plafindre 5 or, Fiest^hi , lîoti* f« répétons, n'avait k 3€ pfoindrc Efi dit roi , m cle ses cft- Êkns. Seconde rélfe^iôn q^'twi feonwfte^ »am é*éspvît eût ^te ifhr^fîiblenieôfe.
Et prtis, celte armeaveugfe et foudroyawte qui d»vart ba^à>%t fediëtifiétiêiiient »mis et ennemis , qtii aurait pw tu^r le pore di l'accu-se de unecnc qwe sôo plus? crtiet adversaire; cette arme qui a doTBffïe las tn-wt à des gen* qive Fiescki ne connaissais ^as , à wrt noble nîaréchal de France, à unô jeune vrergé, à* dés fem%e» gens pleéns àe vie, à cfes- vieillards c^dacr», crtf e^v^i^ *tt TStlieu âf^ ses ravages, a respecté le ro4 et f«s prifwic^; çtt^ii'a gftm^ qui à laanquê le bcrt que* i'onf se proposait , awra'if ait là>Hî *éllée:l>îY su*!* s^s* résultats probables un hotnme afa^n* tmrt, soi» b©tï seîis. Fieschi a rais le feu , et n'a sans doute réiUchi qM^ lorsq-ue deux ba'iles lui o«t emporté une partie ^u crâne , et qm< df*aittfcs projectiles kii ont fendu la bouche jusqu'àf Lt pi^til^ gauche du cou , et mutilé une marn.
Ici, lïobles pnirs , «e plaee naturelleniesnt urr épisode feuchant. Fieschi, au moment de consommer le crime ^ sperçcik AOîi ancien protettcur, M. le Pieutenant-colonel Ladrocait . à la tefe de *a légron. Lar crainte de faire du mal à unshomm^d^wt il avait reçu tant de bien arrête son bias; la raison lui rtvitfât un fnstanfc, et awet elle le désir de renoncer à son action.
iLb, mesîfieurs, deux senlinîens se trouvent en préseruc ttan^j famé de Fieschi : lui qui se croit obligé, dans sa folie , de' dé-
traire Fc gouvernement qu'il' lient êovts sa mann y tombé coraaie par enchantement dans l embuscade qu'il lui a tendue, est eneftfaîïi^ d'un atrtrecôlé comme par une foice magnétiqua qui Kempérhe de faire- Hsage de sombra» ^ et comme s'it eiil cpaiut, en ce moment red'outaWe, que b machine ne partît touCe seule , il se jette swr elle et dei^nge sa direction. H va sortir, s'ëfei^er-, mars un roulement de tambour condait ailleurs son aroi «t ka légion qu'il commartde: le (fëmon cle la folie revient, etia maehine éclate, et le sang couic^ et la mcmorchie de jjuiitet est à deux doigts de sa perte.
L<r roi £at adtnirable da«s ce moment. Il est malfheureux que l'imprudence de lun de ses ministres Ini ait enfanté un danger qu'il t^ été si facile d'éloigner de sa tête , soit avant la fOUfeption du crime, so*l raiême la veille de sa coftsomnialdon». Nous pro«vet*ons cela pJtis tarcL
Qnoi qor'il en soit . nobles- pair*,, qae- voyez-^wwis en FieâcLi jwsquau ÊJfal moment cle son erirac? un serviteur du gou-vernement qui était heureux, 'auquel le gouvernement ôte son pain> et qa'il menace des gaUives perpétuelles, c'est-à-dire dç ce qu'il y » d-e plu» hoiMible au mootle. Cette guerre à mort décfaiée à un. boiïMaae par un gouvernement, Fieschi l'accepte, tt ii se pwépare à son tour à tiiire la guerre. IL s'agira âe savoir qui iAe l'hoiifHnc ou du gouvernement succombera.
hn c^ouvernement a failli succomber, et l'homme est re^é Rri«>«miir et Wes«é sur le cliamp de bataille (murmures )> fou qu'il (tait de penser qu'un homme seul et isolé pouvait reriirerscr vm gouvernement placé à la tele de 52 millions dliabitans fou qu il était de croire que , même en cas de succès, les nouveaux gouvernans eussent vuuluM'un homme qni se venge d'es jjouvernans par la destruction et la [mort. Le premier instftiment à briser eût dté lui.
Fou mille lois , ou Thoinme qui charge ou laisse charger des canons de rebut jusqu'"à fa^guealle, et qui ne croit p<l*quc plusieurs crèveront pour lui donner la mort.
Ah! nobles pairs, Fieschi, doit vous inpirer de l'horrenip sans doufe, mais la preuve de l'insanité de son esprit vous dé» terminera inlailliblcmcnt h le traiter Comme veut U' loi,, qui a toujours respecté l'altération des faculté» mentales.
Et comment iiu homme de la trenrpe de Fieschi irc^ seraitil pas Jcvenu fou de dégoût ( t de rag'e en voyant un rainislre
24o de riiitérieur ordonner de le poursuivre et de Tenvover au bagne pour 25o fr, ?
Le PRESIDENT. — Je suis obligé de vous interrompre encore ici pour vous rappeler aux principes de toute procédure. Le gouvernement n'a pas ordonné d'envoyer Fieschi au bagne, le gouvernement a mis entre tes mains de la justice un fait qualifié délit par la [loi et les moyens de poursui- Tre la répression de ce fait. Si Fieschi avait dû être condamné , il l'aurait été par les tribunaux et non par le gouvernement.
M. Patorni. — Le crime de Fieschi a été la conséquence des poursuites dirigées contre lui.
Fieschi. — Patorni , n^abordez pas cette question. Le PRESIDENT. — Ce n'est pas là défendre votre client d'une manière utile et convenable 3 d'après ce que je viens de vous dire, vous devez juger des choses qui ne peuvent que nuire à la cause. Je vous engage à les retraucher de votre plaidoirie.
M. Patoeni. — M. le président , quand je veux prouver qu'un homme est devenu fou par tel ou tel motif, il faut bien que j'indique îe motif. La vérité est que pour 25o fr. •n a ordonné les poursuites criminelles dont le résultat fut pour Fieschi de le pousser à commettre son horrible atattentat.
Le PRESIDENT. — N'arrîve-t-il pas tous les jours que des hommes sont traduits devant les tribunaux , soit pour crime de faux, soit pour tout autre crime? et peut-on prétendre que ces poursuites aient pour effet de les pousser à d'autres crimes, et de rendre excusable une vengeance? soutenir une telle doctrine, c'est manquer à la cour et à tous principes .
M. Patorni." — Lors de la révolution de juillet, plus de trois cents individus qui s'étaient dits faussement condamnés lîolitiques, et qui avaient à ce titre obtenu des pensions, n^ont pas été poursuivis, on s'est borne à rayer leurs noms de la liste des secours. Fieschi seul a eu le privilège d'être livré à des poursuites , et c'était peut être fhomme qui devait le msins •tre poursuivi; car il avait rendu des services au gouvernemtnt, il avait cx^oé sa poilrns pour !ut. Un ministre
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de l'inlérieur prudent, un homme delat aurait dû rechercher ce qu'était Ficschi, et il aurait vu que cet homme méritait des égards , il avait fait une faute , mais il l'avait rachetée par des services. Ce n'était pas le cas d'ordonner des poursuites aussi sévères j c'est à cause de ces poursuites que sa tête s'est dérangée, et c'est ce qu'on ne veut pas me hisser expliquer.
Je ne puis dire qu*il n'a pas commis un crime, le fait est constant; j'explique comment il a été amené à le commettre, j'établis qui n'était pas sain d'esprit.
Le président. — Justifiez autant que vous pouvez votre client, c'est votre mission et votre droit j mais que ces justifications ne soient pas une accusation là où il ne peut y avoir matière à accusation. Quand on est dans votre position , quand on a à défendre un tel accusé, on devrait comprendre qu'on n'a ni droit ni intérêt a attaquer le gouvernement, à attaquer les lois du pays j car enfin ce sont les lois que vous attaquez ici, puisque c'est en vertu des lois que Fieschi a été poursuivi , et vous voulez imputer au gouvernement la responsabilité d'un horrible attentat, parce qu'il a fait exécuter les lois et rendre à tous bonne justice.
M* pATORNi. — Je conçois qu'un magistrat chargé de la poursuite des délits et des crimes n'ait , aussitôt qu'on lui dénonce un délit ou un crime, rien autre chose à faire que d'ordonner les poursuites^ mais autre chose est un homme judiciaire et un homme politique. Un ministre de l'intérieur, à mon sens , e»t avant tout un homme politique qui doit, lorsqu'il s'agit de poursuites, prendre la balance et mettre d'un côté le bien, de ?aulre le mal. Si le bien l'emporte sup le mal il ne doit pas ordonner de poursuites. (Murmures.)
Fjeschi s'écrie en faisant un geste de colère. — J'ai dit à moK avocat de ne plus parler là-dessus.
Le président. — Je vais vous montrer que la cour veut entendra une défense, mais une défense qu'elle puisse écouteir. Elle renvoie l'audience à demain. J'espère que d'ici là voui aurez eu le temps de réfléchir 5 votre cause , de revoir votre manuscrit , et que vous aurez mis le temps à profit pour que le cour ne soit plus forcée de vous interrompre.
FiEscui. — Je suis lâché que mon avocat ait dit des chosâi rriiiont[)u 'hipliirc h la conr^ il fera 'Cs réfl-sxioos (C j'e^nèrc
m. iO
qu'on lui laissera lire le reste de son plaidoyer. Je prie la cour d'accorder aussi un quart d heure à M® Ghaix-d'Est-Ange.
M« Chaix-d'Est-Angk. — Je ne derais pas prendre la parole , mais je suis aux ordres de la cour.
L'audience est levée à cinq heures et renvoyée à dem£|in midi.