TREIZIÈME AUDIENCE. — 11 FÉVRIER
Sommaire. — Déclarations de Pépin contre Boireau. — Débat entre Boireau et Pépin, — Nouvelles déclarations de Boireau, — Indicattons relatives au, complot de Neuilly, — Fin du plaidoyer de M^ Patcrni, — Commencement du plaidoyer de M^ Dupont, défenseur de Morey,
Les accusés sont amenés à midi et demi.
L'audience est ouverte à une heure moins dix minutes. M. le greffier en chef fait l'appel nominal.
Lp pBÉsiDEWT. — L'accusé Pépin ayant fait connaître ce matin qu'il désirait avoir un entretien avec moi, je me suis rendu à la prison du Luxembourg , et j'ai reçu de lui la déclaration dont il va être donné lecture.
«L'an mil huit cent trente-six , le onze février , à dix heures et demie du matin , nous Etienne-Denis , baron Pasquier, pair de France , président de la cour des pairs -,
» Vu la lettre à nous adressée par l'accusé Pépin , en date d*hier , et annexée à notre procès-verbal de ce jour j
« Nous nous sommes transportée à la maison de justice de la rue de Vaugirard, où , étant assisté de Léon de Lachauvînière , greffier en chef adjoint delà cour, nous avons fait amener devant nous l'accusé Pépin , lequel, après nous avoir protesté de nouveau de son innocence , nous a annoncé qu'il était la victime de Fieschi. Il a ajouté, relativement à l'accusé Boireau , que celui-ci était en effet venu chez lui le dimanche a6 juillet, pour lui emprunter son cheval en lui faisant cette demande comme ami de Bescher-, que lui, Pépin , a en effet consenti à prêter soa cheval à B>ireau, et que le lendemain
lè^t Boireau est venu réellement prendre le cheval et s'est promené' avec ce cheval , sans rjue lui Pépin ait su oùBoûeau était allé j c'est réellement la seule part quil ait eue dans cette affaire , et qu'il a prise sans savoir quel était le hut que se pro»posait Boireau. L'accusé Pépin nous a dit que jamais il n'a; connu Fieschi sous son véritable nom , et qu'il a toujours crut qu'il était poursuivi comme délenteur d'armes de guerre , d'à* près ce que Fieschi lui-même lui avait dit. Quant aux déclarations de Boireau et de Fieschi , il dit qu'ils ont pu s'entendre ensemble à cet égard.
» Et a signé avec nous et le greffier en chef adjoint de Ia cour , aprè> lecture faîte.
)) Th. Pepiïï^, Pasquier, Léon de LACHAuviifiÈRE. »
L« PRESIDENT , à Pépin. — Avez-vous quelque chose à ajouter à cette déclaration ?
R. M. le président , j'ai cru rester dans la vérité en vous disant cela. Je ne pourrais pas préciser le jour que j'ai vu Boireau chez moi 5 je l'avais vu une fois auparavant avec Fieschi... Cest tout ce que je puis dii-e pour rendre hommage à la vérité.
D. Je dois vous rappeler qu'en faisant cette déclaration ^ TOUS avez dit : C'est le dimanche 126 , et que celte date n'a et consignée au procès-verbal qu'avec beaucoup de soias et après, que vous avez dit : Oui , c'est bien cela. Vous savez que je tou» ai si fort pressé de dire ce que vous pourriez avoir encore à déclarer?
R. Je n'ai pas la date précise à la mémoire , d'ailleurs j'a*? tendais ma femme et mes quatre enfans y mes yeux étaient mouUlës de larmes.
D. Boireau, qu'avez-vous à dire sur cette déclaration? Vous voyez qu'elle n'est pas en tout conforme à la vôtre, elle l'est i^ant aux fait« da 26 , mais elle diffère en ce que Pépin aflirmeque le lendemain vous êtes revenu chez lui pour prendre le cheval sur lequel vous êtes monté?
R. (Vivement.) Je me suis tu pendant six mois , et quand j'ai parlé, si je vous ai dit que je n'étais pas allé à cheval, c'était pour ne pas aggraver la position d un père de famille , maintenant que Pépin s'est décidé ^ me charger k son tour , je ne crains plus de dire toute la vérité. (Grand silence.)
Comme je vous l'ai raconté l'autre jour , le dimanche 26 juillet j'ai diné chez Surbled , notre homme de recette. J'ai été ensuite sur le boulerart , et je me proposais d'aller à Ménilmontant , quand je me suis rappelé une ancienne connaissance que je n'avais pas vue depuis long-temps. Elle avait demeuré chez M. Rolland , marchand boucher , à côté de M. Verneri , elle se nomme Julie Porcheron. Je me suis décidé à aller demander de ses nouvelles chez son frère, qui demeure rue de Charenton, n. ij5 ou 1^6.
En revenant j'avais très chaud, j'entrai chez Pépin pour y prendre un verre d'eau et d'abssnlhe; je finissais de boire quand Pépin est arrivé dans une voiture , je ne dirai pas si c'est un cabriolet ou un char-à-bancs il m'a frappé sur l'épaule en me disant: Bonjour, ah! vous voilà, monsieur.' puis il me fit entrer dans son petit bureau. Après avoir parlé commerce, Pépin me demanda s'il y avait long-temps que j'avais vu Fieschi ; je lui annonçai que le matin il m'avait enmené chez un serrurrier pour commander une barre de fer ; il me lépondit : cela peut lui être utile. J'ajoutai qu'il m'avait demandé un foret pour percer des trous, et que je lui avais promis le mien, qu'il m'avait dit que sans cela il serait obligé d'ea acheter un. Pépin me dit encore : ia belle revue s'approche ; je lui dis : Oui , on dit que la revue sera belle , il ajouta : « Les zélés seront là. On assure qu'il y aura du bruit , c'est presque certain, car un galérien doit être à la tête d'hommes qui doivent tirer sur le roi ; » c'est alors qu'il m'a parlé de soa cheval, il me dit : « Revenez dimanche soir, j'aurai quelque chose à vous dire. » Il m'expliqua qu'il avait à faire une course à cheval sur leboulevart, mais qu'il ne voulait pas y aller parce qu'il était trop connu avec sa grande redingote jaune.
Le lendemain j'attendis sur le canal, et il me conduisit tîaus son écurie de la rue de Bercy, et pour prouver que je dis vrai, je puis faire la description de celte écurie si M. le président le désire.
Le PRESIDENT. — Faites-îà?
Réponse. — Eu entrant à gauche, il y a un coffre qui, je le «rois, sert à mettre de l'avoine. . . Oui, car il en a retiré pour ïa donnera ses chevaux; nn manège se trouve au millieu, et
dans le fond, adroite, la place des chevaux avec une cloison formée de quelques planches.
Pépin me dit alors qu'il avait promis à Fieschi de passer sur le boulevart pour que Fieschi pu ajuster ses canous sur lui, (Mouvement) et me demanda si je voulais y aller à sa place. Je ne sais ce que je lui re' pondis d'abord. Je crois avoir dit quç je ne savais pas monter à cheval, mais il me fit tant d'instances que je me de'cidai à partir, à monter à cheval 3 je suis allé jusqu'au boulevarl Saint-Antoine j mais y ayant réfléchi , et comme il pleuvait, je ne suis pas allé plus loin, peul-2lre aurais-je été jusqu'au bout s'il n'avait pas parlé de canons ; mais j'affirme que ce que j'ai su je l'ai su par Pépin 3 Fieschi ne m'a jamais rien dit.
Ffeschi. — La cour a entendu que Boireau n'est pas venu jusque devant mes croisées le lendemain.
Pépin. — H y a quelque chose là dedans. ... 3 l'autre joui»
vous avez vu M. Boireau faire ici des grimaces Ici je
TOUS parle avec vérité ; si je ne la disais pas, je ne resterais pa les yeux levés devant cette cour, je ne pourrais rester à son audience. On ne m'y aurait pas amené, on m'y aurait apporté.... Je dis que Boireau et Fieschi (je le jure) sont venus chca moi pour me perdre Je dis que Boireau ne m'a pas fait connaître les projets de Fieschi en entier , mais il m'en donna quelque idée , vous concevrez que l'ayant vu une seule fois , or ne vient pas d'un but en blanc, sans quelque dessein, faire una pareille visite]. ... Je ne savais pas où demeurait Fieschi, que Boireau dise s'il n'est pas vrai que je ne l'avais vu qti'une seule fois auparavant , c'était le jour où il est venu avec Fieschi.
Boireau. — Pépin m'a dit encore que le lendemain il devait aller se réunir i quarante personnes rue Saint-Jacques 3 il ne m'a pas dit les noms de ces individus, ni l'adresse au juste oOi, ili devaient se réunir, mais j'ai pensé que c'était pour l'attentatj j'ai présumé aussi que , comme j'étais allé chez Pep.n avec Fieschi, il croyait que j'étais dans la confidence. Voyant qu'il n'en était rien, il cherchai se rétracter, mais je lui dis que je savais ce que c'était qu'un homme d'honneur, tt qu il pouvait être tranquille.
Le PRESIDENT. — Boireaii , lorsque Pépin vous a parlé de Fieschi, vous l'a-MI de'signé sous le nom deFieschi?
R. Oui, monsieur, et c'est Pépin qui m'a dit de m'arrêtcr un instant devant le Jardin Turc,
Le PRESIDENT, à Pépin. — Vous entendez , dans votre déposition faite ce matin, vous avez (ait consigner que vous n aviez jaimais connu Fieschisous son ve'ritable nom, et voilà Boireau qui déclare encore, dans ce momeut, que lorsque vous lui avez parlé de Fieschi c'était sous le nom de Fieschi.
Pépin, — Remémorez tout ce que Boireau a dit , et vous Terrez qu*il y a dans ses allégations uue infinité de mensonges, jene dirai plus maintenant d'erreurs. Quand il a dit que j'ai désigné Fieschi comme un galérien, toute l'instruction établit positivement que Fieschi s'est présenté chez moi, en se faisant passer pour un homme poursuivi comme détenteur darmes de guerre, c'était au moment où j'étais poursuivi moi-même sous un semblable prétexte. Je n'ai jamais dit que Fieschi était un galérien, je ne pouvais le dire. Vous le voyez , un seul men* songe détruit toutes les allégations qui pèsent sur moi. Il me reste une seule chose à dire : évidemment , si j'avais été le complice de Fieschi , je ne serais pas resté chez moi, je me serais occupé de l'attentat... Je n'aurais pas été le dimanche, avec mon épouse et mes quatre enfans , me promener à Vincennes.
Boireau. — Pour vous prouver que je dis la vérité, et que je n'avais pas envie de perdre Pepin,'je vous dirai queje me repentais d'avoir chargé un malheureux père de famille, lorsque ce matin en entrant en bas, il m'a dit : « Dites donc que c'est Bescher qui vous a dit de venir chercher mon cheval. Les gardes doivent l'avoir entendu me parler.
Le PRESIDENT, à Pépin. — Vous rappelez-vous les faits qui tiennent d'être rapportés?
Pépin. — Je ne puis répondre à cela... je n'ai pas parlé de èela.,. il est vrai queje lui ai parlé, je lui ai dit que dans la position oii il me mettait, j'étais dans la nécessité de dire tout ce que je savais.
Le PRESIDENT. — Quel est le militaire qui a pu entendre ce qu'a rapporté IBoireau?
Le garde municipal placé à la gauche de Boireau. — • Je ne
faî pas entendu, mais je les ai séparés parce qu'ils causaient ensemble.
BoiREAU. — Un autre fait prouve la vérité de ce que je \îens •l'avancer. Puisque Beschcr se trouve maintenant hors de causej qu'il dise la vérité.
Beschek. — Il est vrai que comme je suis entre , Pépin me dit : « Dites à Boireau qu'il déclare que c'est Bescher qni l'a envoyé chercher un cheval de la part de Fieschi. « Je n'ai paf compris ce que cela signifiait.
Pepiw — J'ai dit à Bescher que Boireau m'avait mis dans une position, que ma femme et mes enfans étaient arrivés cç matin dans un état pitoyable, que je n'avais jamais connu Fieschi que sous le nom de Bescher, que je ne savais pas pourquoi Boireau était venu dire que je connaissais Fieschi sous son véritable nom.
BoinEAU. — Ce ivest pas le dimanche soir qu'il m'a dit que c'était Fieschi; ce n'est que le lendemain, lorsqu'il m'a donné son cheval, qu'il m'a nommé Fieschi. Le dimanche il m'avait fait entendre que c'était un galérien qui devait tirer sur le roi.
Fieschi. — Il ne faut pas se décourager, la cour verra.... une femme accouche à sept et à neuf mois ; voilà sept mois , Pepin commence à accoucher j il dira la vérité comme les autres, il faut que la vérité soit connue. M. le président sait que la première fois que j'ai été confronté avecPepin, ila fait comme un cheval borgne; il faisait semblant de ne pas me connaitre; j'étais obligé de lui adresser la parole; cependant je lui avais montré tous mes papiers; il savait donc que je me nommais Fieschi. A mes défeuiseurs , il n'est pas permis d'accuser mes complices, mais il faut que je prouve la vérité de ce que j'ai avancé ; je ne crains pas d'être démenti.
Peiin. — Si j'avais affaire à un homme d'honneur, je ferais appel à sa conscience , je lui dirais : Déclarez devant la cour si je suis ou non votre victime!..... Si vous aviez suivi mes préceptes , vous n'auriez pas commis votre crime
I^BiHU^ÎDEWT. — Boireau , vous avez dit tout à l'heure qu'en parlant à Pcpin de la barre de fer que vous aviez été comoaander avec Fieschi, Pepin vous avait dit que cela pouvait lui être
utile; vous a-t-il expliqué quel usage on voulait fair« de cette barre de fer?
BoiBEAU. — Il ne m'en a aucunement parlé.
Le peésident à Pépin. — Pépin , qu'avez-vous à dire?
Pépin. — Jamais je n'ai dit celaj je ne puis me soustraire
aux subterfuges auxquels je me suis i»oumis Je sais que je
succomberai Mais (l'accuse' e'Iève la voix) je jure que je suis
victime d'un guet-à-pens épouvantable.
Le PRESIDENT. — Boireau , vous avez dit tout à l'iicure que Pépin TOUS avait annencé que les zélés seraient là] qu'entendez-vous par cette désignation : les zélés ?
Boireau. — J'ai compris qu'il s'agissait des gardes nationaux partisans de Louis-Philippe.
Le PRESIDENT. — Boireau ! avez-vous tout déclaré ? faites bien votre examen de conscience , et voyez si vous avez tout dit : vous pouvez remarquer que ce que vous venez de déclarer aujourd'hui prouve qu'il y a quatre jours vous n'avez pas dit tout ce que vous saviez , et si par suite des pas que fait la cause , vous pouviez dans quelques jours être encore convaincu de n'avoir pas fait connaître aujourd'hui la vérité tout entière , vous ne devriez qu'y perdre. Souvenez-vous de tout ce que je vous ai dit, et voyez s'il n'y a pas encore quelque chose qui doive avertir votre conscience , vous êtes dans une position grave ; vous vous trouvez mêlé à un projet et même à des actes horriblement coupables, mais la seule manière de jeter un peu d'intérêt sur votre sort , c'est de rendre compte à la cour de ce que vous avez su de cette affaire j c'est dans votre intérêt , croyez-le bien , et c'est au nom de cet intérêt que je vous adjure d'être sincère. ^
Boireau. — Je vous jure que si j'avais quelques révélations à faire, je le ferais 5 je n'hésiterais pas: je vous le dirais, je le jure. Je n'ai jamais rien su que par Pépin. Quand j'ai appris ce que Pépin avait déclaré contre moi , je voulais parler de moimême à l'ouverture de l'audience; j'en ai été empêché pac M®PaiIlet, mon avocat , qui peut vous le dire,
M« Paillet. -— Ce que vient de dire Boireau peut demander un mot d'explication. Il a circulé au barn au le bruit quePepm avait fait des déclarations contre Boireau -, ceîui-ci m'a demandé s'il ne devait pas réclamer la parole à 1 ouverture de Tau-
dience Je lui ai répondu que cet empressement de s'expliquer ressemblerait à une récrimination ; qu'il n'avait qu'à attendre les interpellations que M. le président ne manquerait pas de lui faire j que l'occasion de compléter ses aveux viendrait uaturellement à l'audicnee. Tel est le sens de mes paroles , et je pense que la cour n'y verra rien qu'elle n'approuve.
Le président. —Parfaitement bien; il n'y a rien que de trèsconvenable dans cette conduite du défenseur.
Le PRESIDENT, à Boireau. — Vous avez fait des confidences h Fieschi au sujet d'une autre affaire; vous lui avez parlé de projets qui étaient à votre connaissance, et qui n'étaient pas les siens, mais qui avaient avec les siens d'odieux rapports. Vous n'avez pu oublier tout cela; dites tout ce que vous savez à ce sujet ; dites la véi ité tout entière.
Boireau. — Je ne sais pas si j'ai dit à Fieschi tout cequ'il a déclaré. Je me rappelle qu'il est venu un tout jeune homme à mon atelier me demander si j'avais des armes. Je ne crois pas que ce soit un crime de n'avoir pas révélé ce fait à la justice; je ne pouvais dénoncer cet homme.
Le président. — Dans la position où vous êtes, c'est un fait grave pour vous d'avoir parlé à Fieschi d'un autre attentat dans lequel vous vous trouvez impliqué comme complice. Il est de votre intérêt, et c'est pour vous un devoir rigoureux de dire tout ce qui pourrait être à votre connaissance sur cette autre affaire. Vous avez prononcé des noms; vous les connaissiez donc?
Boireau.— Je sais que j'ai pu citer quelques noms; mais jeue me rappelle pas positivement ce que j'ai dit.
Le PRESIDENT. — Voici ce que vous avez dit dans un de vos interroo;atoircs.
« J'ai vu venir chez moi un jeune homme que je ne connais pas; il me dit que cinq personnes, qui se réunissaient rue Montoigueil voulaient assassiner le Roi snr la route de Neuilly; il me les a nommés, mais je n'ai pas cherché i savoir leurs noms.
» D. Cependant (vous a-t on dit) vous avez parlé d'eux à Fieschi depuis leur arestation, et soiu lui avez dit leu.-s noms ? Vous avez répondu que ces individus avaient été arrêtés; que TOUS en étiez bien lâché; qu'ils devaient aller sur la place de la
25o Révolution pour assassiner le Roi ; il y en a un , ( arez tous ajoute,) avec lequel j'e'lais un peu brouillé, mais avec le reste je suis bien ami. »
Le président, ajoute: — Vous voyez que cette déclaration ne permet pas de douter que vous étiez au courant de ce qu'il devait arriver; que vous en avez parle à Fieschi ; que vous étiez même très-avant dans cette affaire; je ne dis pas dans l'action , mais dans la connaissance de ce qui devait se passer. Il n'y a qu'avantage pour vous à ne pas dissimuler la vérité.
BoiREAu.— Jele sais fort bien;. ..il yasilong-tems...Jesaisque réellement je n'ai pas été au rendez-vous ce jour-là. Je ne suis pas sorti de mon atelier.
Le président. — Remarquez que je viens de vous faire voirque vous ne déclariez pas tout. Je ne vous ai pas dit que vous y fussiez allé; je vous ai dit que vous saviez beaucoup de choses... N'e>t-ce pas un nommé Husson qui est venu vous faire cette proposition ?
BuiREAu. — Non, Monsieur.
Le président. — Il est impossible que vous ne vous ressouveni'ez pas de ce nom ?
BoiREAu. — Eh bien ! oui , c'est lui qui est venu me trouver à mon atelier j il passait ; je ne savais pas où il devait aller.
Le président. — L'avez-vous revu depuis?
BoiREAu.— Je nel'ai jimais revu depuis celaj il a été arrêté. J'étais occupé à vendre lorsqu'il se présenta; je n'ai pas compris tout ce qu'il m'a dit; je n'y attachais pas d'ailleurs grande importance; je pensais qu'il bavardait comme beaucoup de jeunes gens, comme moi peut-être»
Le président. — Vous avez su qu'il se formait une réunion en dehors de la barrière deMénilmontant ou Belleville 7 Ne saviez-vous pas quels étaient ceux qui devaient se réunir? Tout cela est important, attendu la nature deTaffaire et la gravité de votre position. Cherchez dans votre mémoire , et tâchez d'y retrouver les noms de ces personnes?
BoiREÀU. — Si je me le rappelle, je vous le dirai; je sais qu'il m'a cité des noms , mais je n'y ai pas fait attention.
Le PRESIDENT, — Que vous n'y ayez pas attaché de l'importance alors , cela peut se concevoir j mais vous ne pouvez pas y avoir attaché peu d'importance après l'arrestation puisque vous en avez parlé à Fieschi.
R. Si je me le rappelle, je le dirai.
D. Je vous interrogerai à la fin de l'audience; cherchez d'ici là dans votre mémoire; n'y avait-il pas aussi un brocanteur ?
R. Je ne me rappelle pas si j'ai parlé d'un brocanteur. Je ne puis citer son nom. Puisque je l'ai dit à Fieschi , il devrait s'en rappeler lui-même.
D. Vous devez savoir cependant comment se nommait le brocanteur qui, d'après votre dire, était un homme très-solide, trcs-capable, vous l'aviez nommé à Fieschi dans le temps.
R. Je ne me le rappelle pas.
D. Est-ce que vous n'aviez pas été avec lui à Ménilmontant, chez un marchand de vin? N'est-ce pas Dulong?
R. Ce n*est pas Dulong. Je suis allé un dimanche à Ménilmontant, mais c'était pour une partie de plaisir que j'avais projetée avec un nommé Andronin.
D. Qui vous avait invité à y venir?
R. J'y suis allé le soirj je ne sais pas ce qui a été dit, et qui m'avait recommandé d'y aller. Si je me le rappelle , je vous le dirai.
Le président , à Boireau. — Puisqu'on vous avait dit d'aller de ce côté, qui vous l'avait dit?
R. On me disait cela quand j'allais au café.
D. Il y avait donc plusieurs personnes qui vous avaient dit cela , puisque vous dites ; On ?...
R. Si les jeunes gens n'étaient pas détenus , je pourrais peutêtre parler ; mais ce n^est pas à moi d'aggraver leur position. Tout ce que je puis dire , c'est que je suis innocent. Je ne vous drais pas améliorer mon sort en empirant celui d'un autre.
D. Je vous interrogerai de nouveau à la fin de l'audience 5 vous aurez pu recueillir vos souvenirs , et vous pourrez probablement me dire alors ce que vous assurez dans ce moment avoir oublié?
FiEScar. — Je demande à parler sur un point , j'ai lu uu journal ce matin dans lequel on dit que j'ai ôté ma défense à M® Patorni. Pas du tout , je ne lui ai pas ôté ma défense; je lui ai dit seulement de se modérer , parce que son langage ne me
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côu venait pas, et.... je lui avais promis d'avance de le rappeler à l'ordre... (On rit.)
M*Patoiini. —Je vous ai annoncé hier que ma plaidoirie serait divisée en quatre parties. Je considère les deux premières comme épuisées : jaurai fort peu de chose à dire sur les deux autres: mais avant tout, qu'il me soit permis de vous parler un seul insfan» de l'incident qui a clos hier la séance.
Je n'ai point conîesté au gouvernement le droit qu'il avait d'ordonner des poursuites contre Fieschi. Ce droit est incontestable. J'ai seulement voulu établir que sans cette poursuite, que je considère comme un malheur , Fieschi n'aurait pai été réduit au désespoir , n'aurait point perdu l'esprit et conséqupmment n'aurait point commis le crime.
M. le procureur-général a dit hier que lorsqu'un délit existe, l'administration ne peut empêcher la justice d'agir. Ceci est vrai; mais il faut avant tout une dénonciation, et l'administi'ation est maî'resse de ne pas dénoncer. Voyez ce qu'elle a fait à l'égard de tous les autres faux condamnés politiques au nombre de près de trois cents.
Messieurs, vous devez concevoir que la défense de Fieschi est diflicile. Or, si vous m'enipcchez de rechercher les causes du crime, comment voulez-vous que je défende l'accusé? Puisje dire et surtout prouver que le ciime n'a pas eu lieu? Je serais pour le coup un avocat fort habile.
J'avais à parler de la Corse : j'y renonce. Avec les causes de son dérangement d'esprit , Fieschi pouvait être d'nn tout autre pays, et avoir conçu et exécuté son projet.
J'arrive à la troisième partie de la défense. Elle est destinée à compléter le tableau des circonstances atténuantes par la preuve que l'autorité, informée en temps utile, n'a point fait ce qui était nécessaire pour empêcher le crime,
On dirait que la Providence ne voulait point que Taltenlat fût consommé. De toutes les fdie frontières arrivaient des lettres a?jnonçant que le 28 juillet, le roi devait être assassiné : des lettres annonymes, assurent-on, furent écrites au chef de l'état. Quoi qu'il en soit, la preuve est acquise au procès, que le 'i'j au soir, M. le préfet de police était informé par M. Dyonnet, son subordonné, que « des conjurés avaient préparé une machine infernale pour attenter le lendemain aux jours du
roi, pendant la revue, sur les bouleTarts; que celte machine (îtait placée à la hauteur de l'Ambigu. »
Dans un second rapport, il est constaté que l'un des accusés de complicité avait recommandé au témoin Suircau fils de ne pas aller au-delà du théâtre de l'Ambigu.
Suireau fils, appelé en témoignage, a déclaré que le 17-Boireau lui dit que le lendemain, il y aurait une machine infernale sur le passage du roi. Le témoin ajoute : « Je lui ai manifesté le désir de savoir où, pourque mon père, qui est de la garde nationale, ne s'y trouvât point. Il ma dit : Ne dépassez point l'Ambigu : ce doit êire entre l'Ambigu et la place de îa Bastille. »
Est-ce assez clair, messieurs? la machine devait éclater entre l'Ambigu et la Bastille. Voilà ce que l'autorité savait parfaitement bien la veille du 28. Qu'aurait-elle donc dû faire pour empêcher inévitablement l'attentat?
Ne pas aller au-delà du théâtre de l'Ambigu. Il y a mieux : on aurait dû, par une contre-ordre, convoquer la garde nationale au champ-de-Mars, et livrer les boulevarts aux recherches de la police. Par là, on aurait d'une part prévenu tout malheur, et de l'autre, la machine eût été saisie entre les mains de son auteur.
C'est le simple bon sens qui indiquait l'une ou l'autre de ces mesures, en présence des rumeurs populaires, des avertissemens annonynaes, et surtout du rapport si positif de M. le comoiis^aire de police Dyonnet.
Mais, dira-t-on, si le lieu de la revue eût été changé, l'autorité aurait eu l'air d'avoir peur.
Est-ce là raisonner, nobles pairs?. .. Mais il est tout naturel d'avoir peur d'une machine infernale! C'est parce que l'on n'a pas eu peur que l'on a laissé exposer les jours du roi et des princes; que l'on a laissé massacrer un maréchal de France, des généraux, des citoyens, des femmes, des enfans.
Le roi a été d'un admirable sang-froid au milieu de la mitraille ! Cela est vrai; mais le roi aurait pu être tué, mais les jeunes princes ont été exposés à périr à côlé du roi.... Et l'on appelle cela du courage? 11 y a du courage à affronter l'ennemt sur le champ de bataille, il n'y en a pas à aller sur le bord d'nn volcan alors qu'il fume et qu'il menace le ciel de ses tour, biUons de flamme s: il n'y en a pas à aller affronter une machine
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foudroyante que l'on sait presque d'avance devoir faire explb'sîoa à un endroit détermine'. On ne fait pas ain-*i abnégation dt soi-même, on n'expose pas ainsi le chef d'une dynastie et Fhéritier de son trône.
Dira-l-on que le rapport de M. Dyonnct était inconnu, le 28 au matin, du roi et des ministres ?
Si cela était, je doute que M. le préfet de police fût resté en fonctions. Quoi ! il aurait été informé d'un projet d'attentat contre la vie du roi? et le roi n'en aurait pas été informé lufmênie^ et les ministies l'auraient ignoré. Oh ! non, cela est im*' possible !
Tout était su, tout était connu. Le préfet de police a même fait visiter quelques caves entre l'Ambigu et la Bastille, pour y trouver des barils de poudre : les recherches ont été vaines 5 et là-dessus on a cru que l'on pouvait pousser la revue jusqu'à la Bastille. Mais il fallait au moins visiter de haut en bas les maisons suspectes, et celle qu'habitait Fieschi l'était depuis long-temps. Rien, Messieurs, rien de ce que la prudence indiquait n'a été fait : c'est là une vérité incontestable à mes yeux.
A vos consciences maintenant, nobles pairs, le soin de décider si tous ces faits ne doivent pas profiter un peu à l'auteur de l'attentat. Pour moi, je les considère comme autant de circonstances atténuantes. Il eût été bien satisfait, croyez-le, que le cortège ne fût pas passé sous se.s fenêtres ; il n'aurait eu alors aucun reproche à craindre : on n'aurait pas pu l'appeler homme sans cœur, chevalier d'Industrie, lâche, escroc, qualifications insultantes qu'il redouta, et qui bouleversèrent de nouveau son esprit au moment où M. Ladvocat et sa légion s'éloignèrent de la portée de ses canons et qu'il reprit l'exécution de son fatal projet.
J'avais annoncé , MM. les pairs , un mot sur les révélations de Fieschi.
Je renonce aujourd'hui à parler sur une matière aussi brûlante, car je craindrais d'échanger mon rôle de défenseur contre celui d'accusateur. Au surplus, une chose remarquable, c'est aue Fieschi est resté quarante-deux joui s avant de faire aucune révélation-, il n'a parlé que lorsqu'il a su que les deux individus qu'il regarde comme ses complices n'avaient pas exécuté leuïs promesses à son égard. Dans une conjuration, il y a une espèce de contrat syuallagmatique; chacun des conjurés fait une ^veh
a55 messe. Eh bienl si l'un des conjurés riole sa promesse, est-(^e que l'autre sera oljligé de respecter la sienne? Dans l'espèce, d'après le système de Fieschi, il avait promis une chose, c'était de mettre le feu à la machine. Mais l'un de ceux qu'il appelle ses complices avait promis une autre chose, c'était de prendre soin de la fille Nina Lassave. Le troisième avait promis d'attendre Fieschi dans un lieu déterminé, avec un passeport.
Fieschi a-t-il rempli sa promesse? Malheureusement oui. Eh bien, il apprend, quelque temps après son arrestation, que Nina a été presque chassée de la maison où elle s'était présentée pour demander l'exécution de ce qui avait été prorais. Quant à Tautre prétendu complice de Fieschi, celui-ci a l'intime conviction qu'au lieu de s'être occupé à l'attendre dans un lieu déterminé, il s*était occupé à charger trois ou quatre canons de fusils de manière à ce qu'ils éclatassent, et que lui Fieschi demeurât la première victime de l'explosion. Je ne dis pas que ce fait soil Trai, mais c'est là la conviction profonde de Fieschi. Alors je me demande si avec cette certitude morale, avec cette conviction, on peut lui faire un crime d'avoir déclaré ce qu'il appelle toute l'a vérité. Sans doute une révélation est une chose odieuse 5 mais lorsque les conditions arrêtées entre les conjurés ne sont pas exécutées par l'un d'eux, on ne peut pas exiger d'un homme ce que les autres n'ont pas fait*
J'espère que personne ne trouvera dans mes paroles aucune accusation directe ni indirecte contre deux des accusés. Chargé de la défense de Fieschi , j'ai dû moraliser pour ainsi dire ses déclarations. Il n'aurait, je le crois profondément, rien déclaré si ses co-accusés avaient respecté les promesses qu'ils avaient faites; mais avec la conviction qu'il a, il est excusable jusqu'à un certain point d'avoir parlé. Il ne faut pas être né en Corse pour cela; je crois qu'un Provençal, un Languedocien, un Anglais, un Russe, en aurait fait autant.
Maintenant je déclare que dans mon opinion , et surtout di^ns une matière criminelle aussi grave, une condamnation ne peut intervenir sans preuves positives: que la déclaration seule de l'un des accuséi n'est pas sufîisanle. Je vous livre ces réflexions, messieurs, c'est à vous d'examiner si indépendamment des déclarations de Fieschi il y a des élémens nécessaires. Du reste , je fais des vœux pour que justice soit faite , et que les
deux iudividus sur lesquels je viens de dire un mot puissent être complètement acquittés.
Ma lâche , messieurs , est remplie.
J'ai dit les antécédens de Fieschi 5
J'ai prouvé l'altération de ses facultés au moment du crime)
J'ai établi les circonstances atténuantes.
Vous aurez donc à examiner, dans le calme de vos délibéra* lions, les deux questions suivantes :
1° Fieschi était-il sain d'esprit à l'époque de la perpétration du crime? Si la réponse est négative , Fieschi pourra être enfermé dans une maison destinée aux hommes de son espèce;
20 Si au contraire la réponse est aflfirmalive sur la première qnestion , vous aurez à résoudre la seconde , que je pose ainsi :
ce Exisle-t-il en faveur de Fieschi des circonstances allé nuantes? »
Sur l'une cl l'autre de ces questions , vous connaissez toute la pensée de la défense.
Depuis l'ouverture des débats, un revirement s'est opéré dans l'opiuion publique en faveur de Fieschi 5 cet homme , si odieux pendant six mois , est devenu tout à coup intéressant par la franchise de son langage , son mépris pour la mort , et la manifestation de toutes les qualités qui le distinguent. Ce n'est pas sans émotion, assurément, que vous avez entendu MM. Ladvocat et Bau le rendant hommage aux seotimens de Fieschi , à sa rare intelligence, à son inébranlable courage, à sa profonde gratitude.
Ce n'est pas sans émotion non vlus que vous avez vu Fieschi s'émouvoir jusqu'aux larmes à l'aspect d'une jeune fiile. Quoi 1 cet homme qui médite le renversement des dynasties, qui lance la foudre sur le front des rois , qui répand la mort et le carnage an milieu des populations assemblées, possède donc un cœur tendre et dévoué? oui , nobles pairs , et c'est pourquoi il excite des sympathies.
On se dit : Fieschi a commis un grand crime. Mais jamais homme n^^était moins né pour le crime que lui. Avec ses brillantes facultés, avec son courage , cet homme devait recevoir la mort sur le champ de bataille , ou y gagner les grades les plus élevés.
Voye/Bîe en effet à l'âge de y'm^f an.?. Il a déjà fait une actioa
dVclal en Russie , il a ga^në les galons de sergent ; il a fait une seconde action d'éclat à Naples , et la croix des braves décore »a poitrine.
Mais depuis ce moment son étoile pâlit. Nouvel Ore?te, il est poursuivi par les furies. Il a suivi le roi Joachin à Pizzo, Il est condamné à mort. Un miracle le sauve. Dans un différend de famille, il veut se payer de ses mains : on le condamne à dix ans de réclusion !
Dix ans, messieurs! c'est une notable partie de l'existence d'un homme. Mais , en dix ans , il aurait pu devenir général de division. Au lieu de cela, le voilà flétri it jamais par le pré-
gé social : et le malheureux n'a que vingt ans I
Que du moins sa conduite k venir soit sans reproche ! et dix ans s'écoulent sans qu'un reproche lui soit adressé.
Lt révolution de 1 83o éclate. Il offre ses services au gouvernement : ils sont acceptés.
Vous en connaissez la nature et l'importance. Après ua bonheur de quelques années, il se voit poursuivi par la justice, trahi par une femme qu'il idolâtrait î
Et l'on veut que la mélancolie ne le soit pas emparée de cette âme si fortement ulcérée : et l'on prétendrait que son cerveau eût dû rester dans un état parfaitement normal au milieu de tant de ballottemens cruels !
Réparez, réparez , messieurs les pairs, les cruelles injustices du sort à l'égard de Fieschi, en jugeant avec impartialité non le crime en lui-même, mais les causes qui l'ont amené.
Ce n'est qi'après le jugement préalable que vous pourrez apprécier l'action de Fieschi, dans toutes ses parties, et la uger moralement et matériellement.
Matériellemeut, c'est un bataille avec une partie de sts horreurs.
Moralement, c'est un homme de cœur qu'on a rendu fou de désespoir, et que le désespoir a emporté.
A un tel homme la gène, la contrainte corporelle. Mais la mort! non, messieurs; elle serait injustement appliquée. Et plus Fieschi vous la deman le avec instance, comme le terme de ses douleurs, et moins vous devtz accéder] à son appel funèbre, car vous êtes des juges et non des sacrificateurs . (Mouvement.)
Le PRESipEPiT. — Les autres défenseurs de Fiescfei veulentr ils ajouter quelque chose !
M*^Cha.ix-d'Est-An6e. — La défense de Fiesclii est maintenant complète. Il paraîtrait inconvenant pour la cour et pour lès défenseurs de la reproduire. Hier, cette défense ayait été interrompue; sur l'invitation de notre confrère, nous aurion» pu dire quelques mots ; mais, aujourd'hui qu'il Ta complétée, ît serait peu convenable de parler après lui. Je demande donc la permission de m'en abstenir.
Lb presidbwt. — Votre client le demande-t-il?
MeeHATx-D'EsT-AiïGE. — JNotre clicnt dit qu'il s'en rapporte -entièrement à moi.
Le preside»t, — La parole est au défenseur de Morey.