TOUR
Pepht. — C'est possible.
B. Vous étiez le chef de cette section ?
R. Je n'ai jamais été chef, chef légal d'une section.
D. Q'entendez-vous par chef légal/*
R. J'appelle chef légal celui qu'on a nommé.
D. Jewous fais une dernière question : Vous av^ dit Iiier que Fievchi avait été renvoyé Je ciiez vous deux mois avaot l'attentat pan^ce que vous étiez mécontent des propos qu'il tenait. Comment se fait-il que, postérieurement à ce prétenlu renvoi, vous ayez continué à ouvrir un crédit chez vous à Fiesflhi pour fournitures, aux dates, par exemple, du i4 juin du 5o juin, du ler juillet ?
R. Cela s'expliqua par ce que j'ai dit précédemment. Je ne m'occupais pas des détails de la maison. J'avais antéweiwement autorisé ma femme à ouvrir un crédit à M. Fieschi, Je ne lai avais .pas fait observer qu'elle devait cesser ce crédit. C'est donc à mon insu qu'elle a continué.
D. Ainsi vous n'avez donc pas parlé, à jvotre épouse des.uotifs de plainte que vous pouviez avoir conti'e Fiesehi et.des mollis que vous aviez à le renvoyer de chez vous?
R. Tout cela est possible.
D. Vous ne lui en aviez pas parlé, puisque vous ne lui feviez pas dit de discontinuer les fournitures à crédit. Commeat se fait-il que vous n'avez pas dit à votre épouse ce ^que vous avez dit à une demoiselle étrangère que vous trouviez chez vous par hasard ?
Tv. Cela vient de ce que par hasard cette demotsèlle sei'a venue à parler de cela.
D. Vous avez dit que vous aviez renvoyé Fieschi parce qu'il avait tenu des propos contre le gouvernement. Avait-il donc /parlé de projets d'assassinat contre le gouvernement ?
R. Non, il avait seulement manifesté de la liaine contre le gouvernement, à l'occasion de la perte de sa place.
D. Comment se fait-il que vous éloignez de vous un homme, à raison de sa haine contre le gouvernement, et eeU lorsque vous avez avoué vouî-mêmc que vous êtes un ennemi du gouvernement?
R. Je ne suis pas l'ennemi du gouvernement, j'ai dit que favais des principes hostiles au gouvernement. J'ai dit à M. le président de faire des recherches auprèi des personnes.qui .m'ocit connu soit commercialement, so;t am cal metit j qti'ou les entende, on verra si je passais pour un ena ;ml du gouy^rnemeut.
D. Ainsi, vous qui faisiez parti de la soc'étd des Droits de l'Homme, vous n'étiez pas ennemi du gouvernement?
R. Je suis entré dans la société des Droits de l'Homme
mais j'ai expliqué tous ces motifs. Je n'y serais pas entré si la section n'av?it pas été composée de gens honnêtes.
D. Vous «avez que les principes de la société des Droits de l'Hoiîune tendent au renversement de la monarchie et à l'établissement de la république. . . Ne le savez- vous pas?
R. Il y a entre des principes de propagande et un assassinat une bien grande distance.
D. Mais remarquez que vous n'avez pas dit qne vous aviez renvoyé Fieschi parce qu'il vous avait parlé d'un assassinat, mais parce qu'il avait manifesté qu'il était l'ennemi du gouvernement?
R. Aujourd'hui je suis accusé de complicité d'assassinat.
Me Dupont. — Il résulte de l'interrogatoire de M. le procureur général, que Pépin avait un intérêt à dissimuler ses relations avec Morey, parce que ces relations devaient être coupables. Si elles étaient coupables pour Pépin, elles étaient également coupables pour Morey. Or, s'il en était ainsi, Morey aurait eu également intérêt à nier ces relations, et la première chose que Morey a faite a été de dire : Je connais Pépin', j'ai dîné avec lui. Si ces relations eussent été coupables , les accusés eussent l'un et l'autre nié ces relations; or l'un des accusés nie ces relations, vous pouvez apprécier toute la force de son Intelligence, et comment il peut apprécier ces relations. L'aU' tre, avant sa maladie, avait plus d'intelligence , et il a dit, dès les premiers jours, qu'il avait eu des relations avec Pépin. ^M. Martin (du Nord). — Cela prouv? seulement qu'on se défend différemment. La conséquence que vous venez de tirer ma paraît fausse. Lorsque deux inculpés se défendent, l'un n'a pas souvent la force de mentir k sa conscience, l'autre va chercher dans le mensonge des moyens de justification.
M^ Dupont. — Vous venez de dire vous-même
Le PRESIDENT. — Cela rentre dans la défense. Nous nous occupons maintenant des débats.
Le président procède à l'interrogatoire de Boireau.
D. Avez-vous fait partie de la société des Droits de l'hom-
me?
^ R. Non, jamais.
D, N'a vcz-vous pas manifeste l'espérance d y entrer; n'alliez-vous pas y être introduit quand les associations ont été' dissoutes ?
R. Non, monsieur.
D. N'avez-vous pas dit dans vos interrogatoires que vous alliez entrer dans la société , et qu'on vous avait mémo demandé un répondant, et que vous aviez dit que vous étiez assez bon républicain pour être reçu sans la uioindre difficulté .
R. Je n'ai jamais manifesté d'opinions républicaines exaltées.
D. N'avez-vous pas dit hautement à qui voulait l'entendre , que vous étiez l'ennemi du gouvernement, que vous aviez de vifs sentimens de haine contre le roi ?
R. Jamais; les personnes qui me connaissent pourront ré' pondre pour moi à celte accusation. J'ai toujours été connu pour un ouvrier honnête et laborieux par les maîtres qui m'ont occupé. J'ai travaillé par exemple pendant trois mois à couvrir en zinc le toît d'un des châteaux de M, Decazes. Ou parle d'opinions républicaines exallées dans un jeune homme de vingtcinq ans, qui n'a pas encoi'e d'idées fixes.
D. Je vous représente une cuiller de bois sur laquelle on lit d'un côté : Boireau, détenu politique à la Force, i83f ; et de l'autre : "Vive la république ! Reconnaissez • vous cette cuiller?
R. Oui, monsieur, mais cela ne prouve rien , c'est une plaisanterie de jeune homme.
D. Quel est l'individu qui , le 25 ou le 24 juillet , est venu demander à coucher chez vous à minuit {>assé, et à qui la principale locataire de la maison a dit , par la croisée , qu'il était une heure indue, et qu'elle ne voulait pas qu'il ent.àt.
R C'est Fieschi, et je dois ici m'expliquer clairement. Je ne l'ai su que le lendemain lorsque la principale locataire m'a dit qu'un homme était venu me demander, et qu'elle ne l'avait pas laissé monter parce qu'il était une heure indue. La principale locataire méconnaît pour un homme honnête, pour un ouvrier laborieux et tranquille. Elle me dit le malin Quelqu'un est venu vous demander hier soir au milieu de la nuit , je ne l'ai pas laissé monter. Je lui répondis : Vous avez bien fait , et j'ajoutai ; Quand quelqu'un vient comme cela me demander, il faut lui parler honnêtement. ^
D. Comment avez-vous su que c'était Fiesclii qui était venu vous demander ?
R. C'est lui qui me l'a dit,
D. Où avez-vous connu Fiesclii?
1\. J'ai eu le malheur, le 2.6 fe'vrier, d'être arrêté près le café des Deux-Portes, entre la portfe Saint-Denis el la porte Saint- Martin, innocemment comme beaucoup de personnes. Je fus transféré de la Préfecture à la Force. Dans cette prison, il y avait un jeune étudiant en droit nommé Janod, je me liai avec lui comme on se lie en prison, nous^dinions ensemble. Il me dit, lorsqu'il sortit : voici mon adresse, quand vous serez en liberté, venez donc me voir; je lui répondis que je voulais bien • mais je perdis cette adresse et je n'allai pas chez lui. Un jour je le rencontrai dans Paris, il me fit des reproches de ce que jç n'étais pas venu, le voir. Il me donna de nouveau son adresse et j'allai chez lui, c'est là que je vis Fieschi. TJn jour que j'étais sur la porte du magasin où je travaille, Fieschi vint à passer et causa avec moi. Notre connaissence se forma ainsi, elle ne fnt jamais bien intime. Je l'estimais comme un malheureux proscrit^ condamné sous la restauration à dix ans d'emprisonnement, condamné à mort avec Murât. Je cherchai même à lui rendre service et à tâcher de le réintégrer avec la femme Petit. Avant de connaître Fieschi j'avais été plusieurs fois chez la femmePetit, sans être intimement lié avec elle.
D. Vous di es que vous vous fûtes employé à racommoder Fieschi avec la femme Petit: cela indiquerait une assez grande intimité. C'était là'une de ces affaires dont on ne se mêle qu'entre ses amis infimes.
R. Fieschi était venu à moi et m'avait dit qu'il était condamné politique, un malheureux' proscrit. lime dit qu'il était malheureux de ce que sa femme ne voulait plus vivre avec lui. J6j:'le croyais un honnête homme, et je pe balançai pas à lui rendre ce service.
D.' Où demeuriez-vous lorsque Fiesehi a perdu s» place et quitté lé moulin de Groullebarbe ?:
R'.PiUe des Cinq Diamans, n. 10*
D. N'est-il pas venu, alors, vous demander à coucher, et n'at t-irpas, en effet, passé'plttsiears nuits chez vous?
R. Il n'a couché qu'une seule nuit chez moi, mais non rué
(les Cinq'Diainans. C'est je crois dans îa nu(<; du veiwhedi au samedi avant l'attentat,
D. Avez-vous su que, vers la mêine époque, il avait trotivé un asile, d'abord chez Moref, puis chez Retiaudin, neveu de Morey, et, en dernier lieu, chez un épicier du foubourg Saiftt- Antoine?
R. Je n'ai jamais rien su de tout; cela, "'•
n. Avez-vous sa quels étaietit' Ifes mûlfiift qli'a'vaffc' ^icsehi pour se cacher.
R. Je croyais qu'il' dtait poui'sutvi" pour les affaires cFkvrîl, qu'if avait pris une part' active à ce qui" s'dtait pasïé étt jni»;' j*ai su depuis que c'e'thit faux: il me disait seufertiait qu'îK était oblige de se cacher; c'est un homme qui a toujours étédissimulé par son caractère. Jeu'ai jamais rien sU' de postf if stir Fieschi.
D. Si vous saviez qu'il était obligé de sd caclier, vôfts dèYiee savoir sous quel nom it se cacBait.
R, Je ne lui ai jamais conAu d'autre nom que FieistfKî .
T). Vous n'avez pas su qu'il s'était appelé tantôt Besohev., tantôt Gérard, tantôt Alexis?
R Non, monsieur.]
D-. Avez-Yous été cliez l'accusé Fieschi, boulevarddu Teuvpie, 5o.
R. Non, monsieur, jamais. Je prie la cour d'avoir coaEaiic» dafls mes paroles, je dis la vérité.
D. Etes-vous monté cliez lui à cette adresse ? }
R. Non.
D. L'avez-vous quelquefois demandé à son portier?
R. Non, jamais.
D. Cependant, vous avez entendu Fieschi dire hier que vous étiez venu une fois le demander jusqu'à sa porte, et qu'il n'avait pas voulu vous laisser entrer?
R. Que Fieschi dise ce qu'il voudra, je ne puis pas Tempecher de parler. Vous calculerez dans vos consciences en qui vous devez plutôt avoir confiance, de Fieschi ou de moi. J'ai liait assigner des témoins hommes* d'honneur, qpi vous dironl; que j'étais iwi ouvrier honnête et laborieux, incapable d'une action telle que celle qu'on me reproche.
D. La principale locataire de la maison que vous habitez a
i84 déclaré que Fieschi était venu deux ou trois fois coucher che2 vous ?
R. La principale locataire est connue pour une yieille bavarde. (On rit.) J'opposerai à son témoignage celui de négocians honorables, de M. Verner, fabricant de bronzes, homme connu par sa probité, et qui jouit de la réputation due à quarante-cinq ans de travaux honorables.
• D. C'est la principale locataire qui a déclaré que Fieschi était venu coucher chez vous trois fois?
R. Il y a mensonge ou erreur de la part de la principale locataire. 11 est impossible qu'elle voie entrer les personnes qui viennent chez moi. Je puis amener une femme coucher chez moi sans qu'elle la voie.
^, D. Le portier de la maison a fait une déposition semblable. Prétendez- vous contester la sincérité de ces déclarations?
R. Si j'avais reçu Fieschi à coucher chez moi, je le dirais; car , à cette époque , j'ignorais qu'il fût un scélérat.
D. Fieschi ne vous rendait-il pas de fréquentes visites à votre atelier?
R. Je vais m'expliquer là-dessus. Quand Fieschi est venu & mon atelier, je crois que c'est plutôt pour se reposer qvxe pour autre chose. Il y est resté un quarl-d'heure ou vingt minutes; il ne me disait rien. Aux approches du 27 juillet, je l'ai rencontré dans ce quartier avec une femme ou une demoiselle. Il paraît qu'il faisait des recherches le soir.
D. Vous avez l'habitude de tutoyer Fieschi, ce qui supposerait une grande intimité. Vous ne tutoyez pas tout le monde?
R. Je suis de mon naturel très familier; Fieschi l'est aussi. Si je rencontrais quelqu'un quinze à vingt fois à l'estaminet, je le tutoiera s.
D, Fieschi , vou^ avez entendu les dénégations de Boireau; il soutient que vous n'avez pas couché plusieurs fois chez lui; Qu'avez-vous à dire?
Fieschi. — J'y aurais couché dix fois, ce serait la même chose. J'ai couché une fois chez lui, rue Quincampoix, et quatre fois rue des Cinq-Diamans. J'allais souvent chez lui dans la rue Neuve-des-Petits-Champs. Boireau vient de parler d'une femme avec laquelle il m'a vu; c'était la maîtresse de Janod. Janod m'avait écrit de l'aller chercher ; mais auparavant j'ai voulu savoir ce qu'elle faisait; et pour rendre compte à mon ami de
iB5 sa conduite, je faisais le guet comme un agent de police qui remplit son devoir. J'allais à cette époque chez Boireau, parce que je n'avais rien à faire; mon but étant de me jeter sur un chemin pour aller à l'échafaud, je ne faisais plus rien.
D. Boireau soutient que vous n'avez jamais couché chez lui. FiESCHF. — Boirtau a tort. Une fois nous avons couché à trois dans \in lit.
D. Quel est ce camarade?
FiEscHi. — C'est un de ses confrères, un ferblantier. D. Quel est son nom?
FiEscHi. — Je ne le sais pas.
D. Boireau, vous connaissiez la demeure de Fieschi, boulevard du Temple, n° 5o?
R. Non, M. le président, je l'ignorais. '
D. Fieschi, qu'avez-vous à dire à cotte dénégation'' FiEscur. — Boireau est monté une fois chez moi, précisément au moment où j'étais avec ma petite maîtresse. On n'aime pas à faire l'amour à trois; et puis cette malheureuse machine était là. Il a eu l'air de se formaliser. Je lui ai dit ; Tu n'entreras pas. Il est venu plusieurs fois me demander en bas par le nom de Gérard. Voilà, M. le président, comment les faits se sont passés.
' D. Vous entendez Boireau ?
R. Je certifie que c'est faux.
D. Vous ne reconnaissez pas que vous avez été plusieurs foi* dans la maison n° 5o du boulevard du Temple.Votre dénégation peut vous faire plus de tort qu'un aveu j car vous pouvez avoir été plusieurs fois chez Fieschi sans que votre visite px'it être incriminée.
R. Si le fait était vrai , je l'avouerais comme j'ai avoué les visites de Fieschi dans mon atelier.
D. Fieschi , persistez-vous dans vos déclarations ? Fieschi. — Je persiste dans tout ce que je viens de dire. M. MAnxm (duNord). — Fieschi a dit tout-à- l'heure qu'au moment où Boireau avait frappé à la porte, Nina était dans son logement , et que la machine se trouvait-là. Dans quel état était-elle?
Fieschi. — Elle était en morceaux; je ne l'avais pas montée.
Le président. — Boireau, l'intimité qui paraissait exister
entre Fieschi et vous à une époque déjà e'ioignée, ne l'a-t-elle pas mis dans le cas de vous révéler à une époque quelconque ses projets d'attentats et de réclamer votre assistance pour les niellre à exécution ?
R. Jamais Fieschi ne m'a rien diti
D. Vous même , n'avez-vous jamais fait à Fieschi des confidences ou des propositions qui auraient pu le déteinxioer à s'ouvrir à vous plutôt qu'à tout autre? R. Non , monsieur.
D. Ne vous souvenez pas d'avoir dit uo soir , en sortant. du café des Sept Billards, que si plusieurs personnes voulaient tirer au sort à qui tuerait le roi , et si le sort vous désignait, vous ne reculeriez devant aucune desî conséquences de 1 engagement que vous auriez pris , tandis que Fieschi était un lâche qui pai:lait toujours de renvoyer les choses et de prendre patience?
R. M. le président je n'ai pas tenu ce propos-là ; je n'ai jamais parlé de faits semblables^
D. N'avez-vous pas parlé à Fieschi d'un complot fermé pour assassiner le roi sur la route de Neuilly, et de la peine que vous causait l'arrestation de plusieurs ^ie vos amis compromis dan? celte affaire ?
R. Jamais. Je vais m'expliquer sur ce faiU Avant de me rendre à mon atelier, à huit heures du matin , j'ai l'habitude de ra'arreter au Palais-Royal pour lire les journaux. J'ai lu dans un journal, le Messager, je crois, que cinq individiïs avaient été arrêtés pour avoir voula assassiner le roi sur la rbute de Neûiliy. J'ai pu en di*e qaielquie ehose daas Tatcf lier,
D. Fieschi, qtï'avez-vousîp dire sur ce fait? Fieschi. — Boireau me dit que parmi les individus arrêtés, il y en avail Un qui avait été' son ami; mais qu'il était brouillé avec lui II m'a rapporté que deux ou trois de deux qui avaient fait partie du complot de Neuilly lui avaient demandé s'il avait des armes; qu'il avait dit : « Non, je n'en ai pas. » Il m'a ajouté : cNousa-vons rendez- vous: ccf soir à la place Louis XVj» il ne m'en a pas dit davantage.
D. Vousa-t'il nommé les personnes?
R. Oui , mais je n'y ai pas fait attention. J'ai remarqué seUf l*Blè»t qtt'ii m'a ài%^ qu'un seul dôî-igeait le complot , que c'é-
1^1 Uttuu vieiV3& brocante i&v cl'enirÎFon cinq«adate ans , et que ceft hoMine était tths-sèroit. Il m'a dit ie'n«ai; mak je ne no'en Tappelle pas.
D. Vous entendez , Boireau ?
R^ Cela est tiès-ëton liant. Comment sa faît-if qiie Fieschisef rappeUe lesebose^» les plus ffliniatieuîes, et qu'il ne se souvientîe' p^s des noms que je lui aurais dit.
jy. Poari'iez-vous . Fieschi . voas rappeler un de ces nerms?^'
R. Quand on me dit des romans , je n'en reliens pas une seule pbrase. Des choses comme colle-là , ce n'était pas nsan afiaire; je n'y ai pai fait attention. Jemesuis Mppelé saulement dii vieux: bi^oeanteur,
D/N'y a»b-il pas eu uAe. d ruons tan c» dang^a^jitell'evous au* ma^di* à une personne qui y&i\» proposait de prendre* paii à un projet d'attentat contre la personne du roi, que'vous ne pouvreadoimerauoau&suite à ce projet, parce qjuevoui vous occupiez d'une autre affaire du même genre?
B.. Jamais.
D. Cette affaire dont vous vous occupiez, et pour laquelle TOUS vous réserviez, n'était-clle pas celle dont Fieschi s'occupait aussi,, et au courant de la(|iK'lle il aurait eu soin de TOUS mettre?
IL M. le président , je trouve fort étonnant que vous me posiez une pareille question. Vous connaissiez mon caractèye. Je suis connu comme très bavard; comment voulez- vous que l'on me confie un projet comme celui-là? pi M. MARTIN (du iTord). — Boireau, vous avci' dit" toilt'à rfieureque vous aviez p»rlé'de rarrestation de quelq^ues jeuriéS gens qui auraient eu l'intention de tuer le roi sur la route de iWéuilly ?'
R. J'ai dît que j'avais lu dans un journaf, dans 1er Mîes' sager, que cinq individus avaient été arrêtés, pour avoir voulu attelater aux jom's du roi sur la routé de Neurlly.
D. Dans vos interrogatoires , on vous a demandé comment tous saviez ce fait; vous avez l'éjondu : Par les journaux que je lis , par le National et le Réformateur. Persistcz-YOû« dans cetle réponse ?
R*. Oui, j'y persiste; et pourquoi pas?
B. D'aboid lé Réformateur n'a pas parlé' du f6lit dte celle arrestation. Le National en a parlé, (et voici dans quels
i88 termes : « De nouvelles arrestations ont eu lieu aujourd'hui » dans le quartier du Temple, et il pai*ait que c'est encore » sur une prévention de complot que la police pre'tend mo- » tiver ces nouvelles rigueurs. » Voila tout ce que dit le National. Le Messager dont vous parlez , et les autres journaux, ont répété seulement l'article du National. Or, cet ariicle ne parle en aucune manière d'un attentat contre la YÎe du roi sur la route de Neuilly. Comment saviez-vous ce fait?
R. J'ai pu l'entendre dire par quelques personnes. Je ne suis pas sans amis. J'ai vingt -cinq ans;, je fréquente la société. Je me suis trompé sur la désignation du journal. C'est dans le Messager que j'ai lu l'article. Je l'ai lu rue Traversière-Saint-Honoré , dans un restaurant où je le lisais ordinairement.
D. Il n'était pas question dans l'article de la route de Neuilly?
R. J'ai pu l'entendre dire quelques jours après.
M* Dupont. — L'accusé n'a jamais dit qu'il avait rapporté le fait d'après le premier article qui a paru dans le National et les autres journaux. Quelques jours après , les journaux ont rendu compte du motif de l'arrestation , ont fait connaître que c'était pour un attentat contre le roi sur la roule de Neuilly j et c'est sans doute d'après ces journaux que l'accusé en aura parlé.
M. Martin (du Nord).— Il est probable que vous trouverez CCS articles dans les journaux -, quant à moi , je ne les y ai pas trouvés.
Le PRESIDENT. — N'est-ce pas pour donner le change sur les confiJenccs qU3 Fieschi vous aurait faites, et sur certains propos tenus par vous avant l'événement , que vous avez dit dans l'instruction que Fieschi vous avait averti que les carlistes se préparaient à faire un coup , et que les patriotes devaient S2 tenir prêts?
R. Monsieur le président , c'est moi qui a ajouté le mot patriotes. Fieschi m'a dit que les carlistes devaient faire un coup. J'avais entendu que ce coup aurait lieu à la Porte Saint - Martin ; que des hommes armés devaient tirer sur le roi.
D. Pourquoi avez vous ajoute de votre chef que les patriotes devaient se tenir prêis?
(L'accusd , qui ne paraît pas avoir ent(nJu la question, répond qu'il a dit la ve'rité.)
D. Fièschi, avez-vousdit à Boireau que les carlistes se préparaient à faire un coup ?
' R. Je puis affirmer que je ne lui ai^as dit cela.
D. Boireau, dans le cas où Fiesclii ne vous aurait pas mis au courant de ses projets^ n'auriez-vous pas reçu les confidences d'une personne qui était en position de vous la révéler aussi bien que Fieschi ?
R. Non, jamais.
D. Jamais ?
R. Jamais, jamais.
D. Cependant, Fiejclii déclare qu'il vous a mené chez Pépin au moins une fois, et qu'il est très certain que vous y êtes retourné sans lui ?
R. Quelquefois je suis sorti avec Fieschi j j'ai pris de la liqueur chez un épicier. Je ne connais pas tous les épiciers j il y a beaucoup d'épiciers à Paris.
D.Mais vous devriez vous rappeler si vous avez été avec Fieschi chez un épicier du faubourg-Saint- Antoine ?
R. Non, je ne puis pas me le rappeler. Je ne connai? pas Pépin.
D. Je vous ferai observer que l'un des domestiques de Pépin vous a reconnu pour être allé plusieurs fois chez son maître.
R, Il y a beaucoup de figures comme la mienne, et il vabeaucoup de monde chez un épicier.
D. Ne serait-ce pas Pépin qui vous aurait initié au complot, dont vous n'auriez eu ainsi qu'une connaissance tardive; mais auquel vous auriez pris une part aussitôt qu'il vous aurait ét^ révélé ?
R. M. le président, vous pouvez bien penser, et je mets les choses au pire, que Pépin ne m'ayant vu qu'une fois ou deux ne m'aurait pas à moi, jeune homme de vingt-cinq ans, confié une chose qui pouvait lui faire couper la tête. Cela tombe d^ soi-même.
D. Par quel motif vous seriez-rous plaint à Fieschi, le a^
^9© |iullet, de n'avoir poittt, d'armes, et lui auriez-vous demandé im pistolet qu'il vous montrait ?
R. Je n'ai jamais dit à FicscUi de me donner une arme.\Ott ne m'en a pas trouve quand j'ai été' arrêté. Je n'ai jamais tbo: d^armes.
D. Fiesclîi, qu'avez à dire?
FiEscni. J'ai dsnné à.Boireau un petit pistolet à Piston,^ je n'en faisais pas grand cas. .J'aurais autant aimé me battre à coups de poing qu'avec un tel pistolet.
-BotREAu. — Quand. j'aurais eu un pistolet comme celui-là , Ja chose n'eût pas été bien criminelle , puisque avec cette aru^ on ne peut pas faire beaucoup de mal.
D. Le lendemain du jour où Fiesclîi vous aurait donné ce pistolet, n'êtes-vous pas allé avec lui chez le siewr Pierre ,, en.-» trepiieiieur de sexrmeries, rue du Fauboug-Saint- Antoine, n..65, ftt n'avez-vous p.as commandé une barre de fer battu?
R. J'ai à m'expliquer là-dessus. Le dimanclie, 26 juillet, je Siuis sorti, je crois, entre sept heures et demie et huit heures du matin, pour aller rue Saint-Denis, chez mon camarade Thîbet, ferblantier, afin d'arrêter avec lui mie partie pour le soir. J'éi rencontré Fieschi sur le boulevard.il me dit : Où allez-vous ? — Je vais à mes affaires et à mes amis. Fiesclu me dit : Tu n'es pas si pressé. ILm'a emmené avec lui, je ne sais dans i^uêî endroit où il a commandé une barre de fer. Je puis vous assurer parce qu'il y a de plus sacré que je n'ai jamais su l'usage de cette barre de fer.
D. Cependant il résulterait de plusieurs dépositions, que vous auriez pris une part aussi active que Fieschi lui-même à la coi-nmatide de cette barre de fer, et que par conséquent .vous conna'ssiez parfaitement quel devait en êtie l'usage.
R. Je suis très bavard de mon naturel. Le «errarier n'y^taîc pas 5 sa femme ne comprenait pas bien ce que Fieschi disaïtj jelû dis : Il la veut carrée, et non pas ronde; j'ai tiré une carte 'de mon portefeuille, et j'ai dit, en ployant la carte : il faut que oc soit comme cela.
D. Fieschi vous avakdonc bien exphqué comment il «rompit cette bane ?
R. Il n'y avait pas besoin qu'il me l'eût expliqué. -Dep«s tme demi-heure il cherchait à faire comprcijdie que c étaitwac
'91 hairvo de fer «amiée -qu'il voulait. Alors j'fti ïiré uue carte de D»CMi portefeuille pour inxiiquer ce çjue ^voulait Fieschi.
D. Fieschi, comment se iait-il, si vous n'ayicz pas découvert rojU'C projet ià Boireau, qu'il ait pu domxer ces explications ?
jFiii^m. — BjQ^reau est cornuie un chien à qui on a beau fictfMier des coups, et qui revient toujours. Quand il a été là, il a parlé, parce qu'il ne peut pas se taire. Je ne pouvais pas l'intersTOttipre.
M. MAnrirî (du Nord). — Boii'eau , vous avouez être allé ftVîOclFiesd^icl^zle serAurier Pierre. Pourquoi, dans votre interi/a^Atoire, avez-rvous nié le fait, positive mon t?
tU. Je n^ llai,)a*uajs démenti; s.eulemeut j'ai dit dans mon interrogatoire que je ne me rappelais p^;s cM'e allé chez le £er- «•Jirioj:.
M. Martin (duNord). — Yolci votre interrogatoire :
,ec^. le.p^ésideat vous dit : Vous avez été avec Fiescbi chez le sieur Pierre, entrepreneur de seiTureries, rue du Fanbourg- ?Sainl-AatQi»xe, n* 55 5 vous y avez été pour com mander avec J^ilabarre çle fei* et la plaque de tôlequi ont servi à la confflctiQn,4e4amachiaej vous avez montré dans celte occasion, .^^i dire des personnes devant lesquelles vous avait fait cette commande, une connaissance tellement parfaite de la manière (dpatices pièces devaient êtie confectionnées, .qu il est impossible que vous ne sussiez pas à quel usage elles étaient destinées. Enfin vous a.vez été pAi-faitement reconnu par une partie des personnes en présence desquelles jççhjs .vas,» Hç^ trouvé ,en cette i^wiasion. QM'ay.ez-ypus à.dir«?
» Vous répondez : Rien, 'tout cela est faux , Je n'^i rien comnxandé, je puis le dire. Vous altacliez ujie grande imdcrtance à ce que je connaissais Fieschij j'Aifalt mes efforts pour le réc««j.cilier av^ la fenuiie Petit, j'ai même écrit deux ou tr ois fois .9 cette femioe à çô&ujetj voilà pouirquQi il est venu quelquefois MçJw;z,ï»oi.
» M. le pr^$ident ajp^ite ::Dftn$ un premiei- interrogatohe qofi wous lavîcz subi au sujet de la barre de fer et de la plaque de tôle, vous avez yous-wiêuxe reconnu que vous étiez allé dans iJ;#,4j<?Utiqi\e4u3iewri*ierre,, et vousgivez donné des détails qui ne permettent pj^s dedoutçr-que vojus ^l'avez ace o:npagné Fiesçlii. »
Vous avez répondu : « Cela n'est pas, et la preuve en est que je n'ai pas voulu signer mon interrogatoire, parce que je ne me rappelais pas cette circonstance. »
BoiREAu. — Etant innocent comme je le suis, et me voyant compromis, comme vous voulez me compromettre d^^près l'acte d'accusation, il n'est pas étonnant que j'aie répondu ainsi quand j'ai été interrogé.
D. Vous ne répondez pas sur le motif qui vous a fait nier avoir été avec Fieschi chez le serrurier Pierre?
R. J'ignorais d'abord l'usage qu'on voulait faire de la barre de ferj mais ayant su après l'usage qu'on en avait fait, la crainte d'être compromis m'a empêché d'avouer un fait qui, en luimême, paraissait fort innocent.
D. Ces premières dénégations établissent contre vous des charges très-graves.
R. Je suis parfaitement innocent. Je crois m'être explique clairement devant la cour.
D. Comment se fait-il, Fieschi, si Boireau ne connaissait pas votre projet, que vous l'ayez conduit avec vous chez le serrurier Pierre? car vous dites que Boireau est un ivrogne et un bavard. Ne deviez-vous pas plutôt chercher à vous en débai*rasser?
Fieschi. — Boireau ne savait pas à quoi cette barre de fer était destinée.
D. Vous ne lui avez pas parlé de sa destination.
R. J'ai dit que c'était pour mettre à des fenêtres. Je ne veux pas plus compromettre Boireau que les autres j je ne veux dire que la vérité.
Boireau. — Je ne sais pourquoi M. le procm'eur-géncral insiste aussi long-temps sur ce fait.
M. Martin (du Nord.) — Je voulais savoir la vérité de votre bouche. Je vous ai demandé comment il se faisait qu'une circonstance, selon vous, aussi indifférente avait été niée par vous §i obstinément. Nous vous sollicitons de répondre.
R. J'ai tout expliqué, je n'ai plus rien à dire. J'attendrai les jébats, qui feront voir clair comme le jour,
M* Dupont. — Il y a un mot d'explication à donner à la coût sur les interrogatoires relatifs à la barre de fer. M. le procureurgénéral confond deux époques tout-à-fait distinctes. La pre-
mière fois, quand on demande à Boireau s'il a été chez le serrurier, il répond : « Oui jj ; et même il ajoute : « J'étais près de l'étau. » Après cette déclaration, on a incriminé cette démarche j alors il a compris qu'elle pouvait le compromettre, et il a nié.
M. Martin (du Nord.) — Le premier étatdela procédure constate une dénégation de la part de Boireau.
(jVP Dupont donne lecture de la partie de l'interrogatoire de l'accusé qui se rapporte à la barre de fer, et s'attache à justifier ce qu'il vient d'avancer )
M. LE PBESiDENT. — Le 27 juiU et, à huit licurcs du matin, environ^ n'êtes-vous pas sorti de votre atelier avec un foret, en disant que vous alliez percer des trous à l'hôtel d'Espagne rue de Richelieu?
R. Oui, M. le président.
D. Yous avez reconnu vous-même que ce motif de sortie allégué par vous était mensonger. Où êtes-vous allé avec votre forêt ?
R. Je l'ai reconnu de suite. J'ai été rue du faubourg-Montmartre à un rendoz-vous que j'avais donné à la fille Jeannette.
D. Fieschi a déclaré que vous lui aviez prêté ce foret pour percer plusieurs de ses canons de fusil qui n'avaient pas de lumière ?
R. Sans attaquer la véracité de Fieschi, je dis qu'il se trompe,
D. Remarquez que le fait est fort grave, et qu'il n'est guère possible de ne pas savoir qui a prêté le foret.
R. Que voulez-vous que je vous dise? Je puis certifier qu'il Se trompe. D'abord Fieschi n'a pas été conséquent en faisant sa déposition. Il a dit qu'il était venu chercher le foret rue Quincampoix le matin^ et qu'il me l'avait rapporté aune heure après midi. A cette heure, j'étais à mon atelier.
D. Fieschi, persistez-vous à dire que vous avez été chercher le foret rue Quincampoix ?
R. Oui,monsiem'.
D. A quelle heure l'avez-vous rendu?
* R. Entre une heure et une heure un quart.
D. Est-ce dans la rue Quincampoix que vous l'avez rendue
R. Oui, monsieur.
D. Au lieu de prêter votre foret à Fieschi , qui devait être malhabile à manier cet instrument, n'auriez-vous pas^ vousmême, percé ou essayé de percer plusieurs canons?
R. Noa^inonsieur le président, je puis vous le cerdûeiv
D. Lorsque vous avez rapporté voti-e foret à l'atelier, apuès que Fiesclii vouy Teut rendu, ou après vous eu être servi vousmême, la pointe n'en était-elle pas émoussée?
R. Je ne puis rien répondre à cela parce que je n'ai pas prêté de foretàFiesch: ; naturellement lorsqu'on s'est servi d'un pareil instrument pour percer une pièce,, la pointe doit s'entiouver eBiiOussée.
D. Je vous représente un foret saisi à cet atelier, et qui est le même que celui que vous y avez rapporté le 27 juillet veis neuf heures et un quart du matin. Ce foret a déjà été reconnu par Fiesclii. Le reconnaissez-vous?
R. Je connais le foret trouvé chez moi, mais noa cet autre objet.
FiEscHi. — J'ai reconnu et je reconnais encore ce foret pour le même dont je me suis servi.
Le PRESIDENT ,. à Fiesclii. — Quel jour a\'^z-vous demandé le foret à Boireau? Est-ce le jour même où il vous l'a prêté ou la veille?
FiEscHi. G Cil !a veillie.
Lb pbésidswt. — Boireau , n'avez-voas pas su, que le 27 jjuillet, vers sept lieuresdu soi«, Pepiw devait passer à cheval sur le boulevaiù, devant ks fenêtres de Fiesclii, afin que «elui-ci' put ajuster sa machine ?
BomEAtJ. — Je puis vous jurer sur tout ce qu'il y a de plus sacré que rien n'est plus faux. Il serait bien extraordinaire que Pépin m'eût Fait une confidence semblable, et que j'^eusse accepté cette proposition sans être convenu du fait avec Fiesclii.
liB peÊsidewt. — J'ai oublié de demander à Fieschi dans <|uel endroit il a fait à Boireau la proposition de lui prêter son foret ?
FiEScai. — Chez lui , rue Quincampoix.
Le président (à Boireau), — Pépin , que vous dites ne pas connaître, ne vous a-til pas envoyé , en son lieu et place , sur îe boulevard , afind'aoïuiller , autant qu'il dépendait de lui', Uile promesse que sa sauté ou tout autre motif l'empêchait d'accomplir p'.;rsonneliement .!*
BoiREAïr. — Totit cela est complètement fiiux.
B. Cependciît l'ÎHStruction élablît que vous en avez pariié à
Fieschi, que vous. avez rencontré le même jour sur la boule- Tard,
R. C'est faux.
Le PRÉSIDENT, — Eieschi, persistez-vQus dans votre déclaution ?
FiESCHi. — Oui, M. le président.
BoiABAU. — Vous êtes un menteur.
Lb prbsideict (à Boireau). — Bappelez bien voire mémoire. N'est-ce pas au café Périnet que vous auriez rendu compte, à. Fieschi de la mission dont Pépin vous avait cbargé à son insu?
R. Je défie que(|ui que se soit puiase dire m'avoir vu avec Fiesclii le 27 au soir, sur le boulevard ?
D. Ce même soir , vers neuf heures et demie , n'étiez-'vous point allé deniander Fijesxdii chez lui, et comme on vous dit qu'il venait de sortir avec son oncle , n'avtz-vous pas recommandé à la fiUe du portier de prévenir Gérard , que son ami Victor , le mécanicien , était venu le voir, ajoutant que Gérajid saurait bien qui c'était?
R. Non, Monsieur. Il y a 10,000 Victor dans Paiis, et 200 peut-être qui sont mécaniciens; quant à moi, je ne suis pas mécanicien , je suis ferblantier.
I>. N'aviez- vous pas , dans la même journée , chargé l'un de vos amis de vous acheter la poudre que vous lui aviez demandée la veille , et de la porter tout de suite chez le portier de la maison rue Neuve-desPetits Champs, n. 27, où est l'atelier de voti'e maître ?
R.NoQ f Monsieur. J'ai vu Suireau, le 21 au matin. Je suis allé à l'atelier pour voir si Sannelet, l'homme de peine qui n'ar vait pas travaillé la veille, y était. J'ai fait la rencontre du siejur Mai'tinault,. nous avons continué notre promenadej nous avoos pris le boulevard à droite ; j'ai passé devant la porte du magasin. J'ai rencontré Jouslin à q;ui j'ai souhaité le bonjour. Il m'a demandé en passant : Vous ne travaillez donc pas j j'ai dit non. Je n'ai pas été rencontré par Suireau; je n'étais pas ami avec Suireau? il a une vengeance , uae haine éternelle contre moi, à cause de son pèie qui a été renvoyé de chez M. Verneit. Suireau père est un voleur , c'est un intrigant qui a escroqué
18,000 francs à M. Vernert M. Vernert est assigné, il vous
le dira.
I>. Attendez que Suireau paraisse.
R. Quand un témoin emploie des moyens pour faire tomber la tête d'un individu, il est juste que cet individu qui est innocent cherche à son tour à se venger. J'ajouterai que Suireau s'est permis do décacheter les lettres de M. Vernert. Suireau fils est choque contre moi, à cause de son gredin de père.
D. Vous déclarez donc que vous n'avez pas donné mission d'acheter de la poudre, et par conséquent vous ne saviez pas que cette poudre avaiç été achetée et déposée dans ^'endroit que vous aviez indiqué, rii à quel usage elle devait servir?
R. Non, M. le président.
D. Étes-vous allé la chercher ?
R. Non.
D. Vous n'avez pas rencontré Fieschi le 28 juillet , sur le boulevart, près delà maison où il logeait, du même côté.
R. Non, monsieur.
D. Etiez-vous seul à ce moment-là, ou en compagnie' d'un autre individu?
R. Fieschi prétend que j'étais seul, mais il y a un témoin qui protivera le contraire. Jouslin était avec moi j il serait fort étonnant que Fieschi m^eùt rencontre tout juste avant ou après ma promenade avec Jouslin.
D. N'aviez-vous pas dit à Fieschi qne cette personne était un chef de section de la société des Droits de l'homme?
R. Non, M. le président, je n'ai pas vu Fieschi.
D. Cependant Martinault était chef de section , et il résulte de vos propres aveux que vous avez passé une partie de la journée avec lui : n'était-ce pas lui qui était avec vous au moment où vous avez parlé à Fieschi?
R. Non, monsieur.
D. Vous souvenez-vous de tout ce que vovis avez dit à ce dernier?
R. Puisque je vous dis que je ne l'ai pas rencontré.
D. Ainsi vons soutenez ne pas lui avoir dit : « Nous serons tous là et nous attendrons l'affaire. » Qu'entendiez -vous par ces paroles?
R. Puisque je ne connaissais pas l'affaire, je n'ai pas pu lui en parler.
Le pp.esident. — Fieschi , vous venez d'entendre les dénégations de Boireau. L'avez-vous rencontré sur le boulevart.
FiEscHi. — Oui, il était en compagnie d'une autre personne qui, me voyant venir, s'est relire'e à l'e'cart. Boii eau est resté seul: j'ai causé avec lui à l'angle d'une rue, j'ai parlé très peu detemps avec lui; il a continué de filer son chemin. Il me dit : Les amis sont tout prêts, moi je dis, je vais rentrer. Je n'étais pas trop content comme cela; je voulais parler des hommes de parti qui étaient prêts. Je lui dis : Faites comme vous voudrez^ parce que je savais que je faisais une mauvaise affaire. Pardon ; J'oubliais de vous dire que Boireau en me parlant de Pépin me dit : Savez-Yous qu'il n'est pas très généreux ! Je dis : Ça n'est pas étonnant, il ne m'a pas offert seulement une pièce de cent sous et un petit verre d'eau-de-vie , et dans des circonstances pareilles on n'a rien à soi.
Le président. — De qui parlait- il en disant : Nous sommes tous là?
FiESCHi — Des hommes de parti qui devaient prendre les armes?
D. Quel parti?
R. Le parti contre le gouvernement.
D. Etait-ce le parti légitimiste ou républicain. R. Boireau n'est pas légitimiste.
Boireau. — 'Je suis aussi bien légitimiste que partisan de la monarchie actuelle; je suis ouvrier, ce qu'il m'importe avant tout, c'est d'avoir de l'ouvrage.
R. Ainsi vous ne vous rappelez pas vous être plaint à Fieschi du peu de générosité de Pépin qui, la veille, quand il vous avait envoyé à sa place sur le boulevart, et dans un moment où. , selon vous, l'on ne devrait rien avoir à soi , ne vous avait offert ni un verre d'eau-de-vie ni une pièce de cent sous , et n'avezvouspas accepté vingt sous que Fieschi vous donna.
R. Comment aurais-je accepté vingt sous , moi qui gagne 4 et 5 fr. par jour, et ne manque jamais d'argent.
D. Dès le dimanche 26 , n'avez-vous pas fait couper vos moustaches et vos favoris ?
R. Oui, c'est bien vrai.
D. Pour quel motif vous étiez- vous fait ainsi raser? R. Mes amis disaient que j'avais l'air d'un singe. (On ril.)^ Que je serais beaucoup mieux sans favoris et sans moustaches. D. Ne serait-ce pas aussi , comme vous l'avez dit, parce que TOUS craigniez d'être arrêté , s'il arrivait quelque chose ?
B.. Mes itioustaclics n'ëlaîent pas longues^ mes favoris ëtaient fort courts , et l'on m'a très-ble n reconnu après qu'ils ocft été coupés.
'D. A quel endroit du boulevard ëtiez-vous, quand vous avez vu passer le roi et son éfat-majoi'?
R. J'ai suivi le boulevard du Temjile, jusqu'au moment où [a foule m'a empêche' de passer. Les voitures m'ont aussi empêché d'aller plus loin , je suis entré dans la rue Meslai.
D. Vous avez dit, dans un de vos précédens interrogatoires, que vous aviez vu passer le cortdge au bout de la rue de la Paix.
R. Si je ne me (rompe , je n'ai pas dit cela du tout : si je Fai dit^ je rae suis trompé.
©. Vous aviez dit aussi que vous aviez fait couper vos favoris et vos moustaches de peur d'être arrêté, sachant que les carlistes voulaient faireiun coup.
R. J'avais entendu dire cela , c'était le bruit public.
D. Vous avez rencontré sur le boulevard du Temple, un quai't- d'heure environ avant le passage du roi , un ouvrier ferblantier nommé Jousiin ?
R, Oui , Monsieur le président.
D. Vous soiivenc2-vous de la conversation que vous avez eue «nsemble ?
R. Je lui ai demandé comment il se poitait , mais je ne lui ai pas dit du tout les paroles qu'il m'a prêtées. Jamais je n'ai tenu de propos contre le roi, et cependant il m'a prêté des propos , je ne dirai pas oufrageans , mais des propos sales, c'est le m.ot propre ; j'en suis ii/capable.
D. Ne lui avev-vous pas dit, à Jousiin, dans les termes les plus groasiers , que vous vous moquiez de voir passer le ix)î, et qu'un homme de son âge devrait apprendre à connaître ses droits , et ne pas èlve juste-milieu comme cela?
R. Je n'ai pas dit cela du tout, je vous parlerai fianchement; il y a beaucoup d'ouvriers qui me portent envie et qui voudraient avoir ma place.
p. Où étiez-vous au raoment'de l'exploàion?
R, Je m'en allais chez moi.
p. N'étiez-vous pas plutôt sur le lieu même du crime , parmi les nombreux sectionnaires réunis en cet endroit , et comme eux naUendiez-vous pas rajjaire?
R. Je puis vous certifier que non. Je ne conr-riissais pas d'individus qui fussent de la société des Droits de rhomme5 ils me traitaient à' aristocrate (on rit) ; et nécessairement ils ne se seraient point fié à moi.
Le rRÉsiDENT. — Accusé Boireau , vous êtes jeune , ardent et emporté. Si la fouge de l'âge , si de perfiiles conseils vous ont seuls égaré , vous pouvez encore par des aveux sincères et complets, inspirer quelque intérêt à vos juges , ef mériter leur indulgence par la franchise de vos aveux. Convenez-vous enfitt que vous avez eu avecFiesclii des relations intimes?
L'accusation vous reproche d'avoii" su qu'il logeait boulevart du Temple , n^ 5o , et d'être allé plusieurs fuis l'y demander sons le nom qu'il avait pris en y entrant, et de l'avoir reçu plusieurs fois à coucher chez vous dans le moir, de juillet ; elle vous reproche d'avoir agréé la proposition de commettre ua attentat contre la personne du roi , proposition qui vous aurait été faite par Fieschi ou par Pépin-, elle vous reproche d^ avoir joué un rôle actif et multiple dans les dernière- jours qui ont précédé l'attentat, dans ces jours ot!i les kicidens se pressent dt où chacune des heures qui s'écoulaient semble avoir eu son emploi et sa destination spéciale dans l'intérêt du complot; elle prétend que le 2'5 juillet, vous vous êtes plaint à Fieschi de n'avoir pas d'arme, et que vous avez reçu de lui un pislolel3 que le 26 vous l'avez accompagné chez un serrurier, et commandé aveclui la barre de fer clestinëe à assujétir les culasses des canons de fusil, et à recevoir la poudre qui devait mettre lefcu à la machine; que le 27 , vous lui avez prAîo un forel pour percer les lumières de trois de ses canons , sachant qu'il devait servir à cet usage , que le même jour vous vous êtes pj'omené à cheval sur le boulevart du Temple, devart les fenêtres du -n* 5o , au lieu et place de Pépin qui était in-îlade, dans l'intention de servir de point de mire à Fieschi pour l'ajustement de sa machine , qne le 2,8, vous avez demande à l'un de vos amis la poudre que déjà vous l'aviez chargé de vous acheter la veille , en le priant de l'envoyer tout de suite chez îc portier de 'la tnaison rue Neuve-des-Petits -Champs, n" ajj que , dans la même matinée , vous avez dit à Fieschi , eu l'abordant, sur le boulevart , tout près de sa maison ; nous serons tous là et nous attendrons l'affaire; elle prétend enfin «jue vous vous êtes trouvé en armes , sur le lieu même du crime ^
a 00 au moment de l'explosion. Avouez-vous tout une partie de ces faits , ou les de'niez-vous ?
Accusé Boireau, les faits qui vous sont imputés sont graves, l'accusation les a puisés dans les déclarations nombreuses et concordantes. Mais de tous ces témoignages, le plus accablant pour vous.
Boireau. — C'est celui de Suircau , je le sais.
D. Voulez-vous bien écouler ce que je vais vous dire? Je parle du témoignage en effet le plus accablant pour vous : c'est celui qui ôte d'avance tout crédit à vos dénégations , c'est votre propre témoignage , ce sont les révélations faites par vous, la veille de l'événement , à l'un de vos camarades d'atelier , révélations qui n'ont pu venir que d'un homme parfaitement instruit de ce qui devait se passer le lendemain , et qui ont trahi le secret de votre complicité active dans l'attentat; qu'avez- vous à dire à cet égard?
R. Je puis vous certifier par tout ce que j'ai de plus cher en homme d'honneur, que je n'ai jamais parlé de rien à Suireau. C'est lui qui m'a dit que les carlistes devaient faire un coup , c'est Suireau lui-même qui a provoqué-la conversation.
D, Vous lui avez annoncé que le coup devait se faire entre le boulevart du Temple et la Porte-Saint-Martin?
R. Il y a loin cependant de l'un à l'autre.
D. N'avez-vous pas dit , le 27 juillet , à la personne dont je vous parle, que le lendemain il y aurait du bruit à la revue , qu'une machine infernale serait placée sur le passage du roi . entre l'Ambigu et la place de la Bastille; que l'homme qui avait travaillé à cette machine y avait mis beaucoup de temps , q ue c'était un forçat libéré pu évadé , et qu'il était très ingénieux ?
R , Fieschi n'était ni un forçat , ui un galérien ; mais un condamn é politique.
D. Vous avez pu dire un condamné^ et Suireau entendre un for çat, vous avez dit que l'événement devait avoir lieu du côté d e l'Ambigu-Comique. Or , ce n'est pas à la vérité du côté de l'Am bigu-Comique actuel , mais du côté de l'emplacement de l'a ncien ?
R . Je n'ai jamais été à l'ancien Ambigu-Comique ; je ne
con nais que celui qui existe près de la Porte Saint-Martin.
D un autre côté , je n'aurais pas parlé de souterrain, puisque
la uiachine infernale avait été disposée à une fenêtre; il n'était pas besoin non plus d'une promenade à cheval pour pointer la machine.
D. N'avez-vous pas dit encore le 27 juillet à ce même témoin qvie le matin vous n'étiez pas sorti de l'atelier avec votre foret, pour percer des trous à l'hôtel d'Espagne, mais pour travailler à votre alïaire; et sur l'observation qui vous fut faiti; que vous n'étiez pas resté longtemps dehors , n'avez vous pas répondu que vous aviez pris un cabriolet?
R. Tout cela est faux.
D. N^avez-vous pas ajouté que, si vous vouliez révéler au préfet de police tout ce que vous saviez, vous auriez tout ce que vous voudriez , et que vous n'auriez pas besoin de travailler ce jour-là, puisque vous auriez peut-être 100.000 fr. Ulendemain ?
R. Ces faits-là sont tout aussi faux que les premiers.
D. N'avez-vous pas montré au même témoin un ou deux pistolets dont le canon était en cuivre , et ne l'avcz-vous pas prié de vous acheter un quarteron de poudre , en lui donnant vingt sous pour la payer ?
R. C'est entièrement faux.
D. N'avez-vous pa? dit enfin au même témoin qu'une répétition devait être faite dans la soirée du ay, que vous deviez vous promener à cheval sur le boulevard , à la distance présu- . mée où le roi devait passer, d'abord au pas, ensuite au trot, enfin au galop j que le maître du cheval que vous deviez nioi ter ou celui qui devait le procurer était un épicier, et que vous sauriez bien oi!i trouver la clef de lécurie, pour prendre le «heval , dans le cas où la personne à laquelle il appartenait ne serait pas présente ?
R. Il serait facile de prouver que je ne sais pas monter à cheval j il faut être écuyer pour mettre à volonté un cheval au pas, au trot ou au galop. Je suis ouvrier ferblantier, et non pas écuyer.
D. Ainsi, vous persistez jusqu'à la fin dans toutes vos dénégations ?
R. Oui, monsieur.
Le président. — Fieschi, persistez-vous à dire queBoireau vous a parlé de ces faits ?
Fieschi. —Je suis allé le 37 au soir prendre une tasse de
café avec Achille, le garçon'du café Vermer. Boireau est venu derrière moi, annonçant qu'il avait quelque those à médire. Je me suis mis ^vec lui à l'écart, il m'a dit : JVi 'as-tu vu passer tout à l'heure à cheval? — Comment , là cheval? — Oui, c'était convenu avec Pépin qui n'a pas pu venir lai-même ; il m*a prêté son cheval , j'ai passé sur le bonlevai't et tu ne m'as pas reconnu. J'avoue que je fus constei'né en royant que Pepîn mettait le premier venu dans ia confidence: si je n'avais pas été aussi engagé , j'aurais renoncé à tout.
Le président. — Boireau , songez combien vous avez lortîJSé vous-même la déclaration de Sunrcau , puisque vous lui avcî dit de ne pas aller du côté de la Porte Saint-Martin, parce qu*îl pouvait y avoir des émeutes.
BorREAtJ. — Lui-même m'avait pai4é cTun jwojet des carlistes.
M^ DtJPONT. — J^ai une observation à faire. Fieschl, dans son interrogatoire du 1 1 septembre, a fait la déclaration sui« vante : on lui a demandé :
« D. Persistez-vous à soutenir que Boireau n'a pas connu votre machine , el ne vous a secondé en rien dans sa confection ? »
Fieschî a répondu : « Non, monsieur, je ne me serais pas confié à lui; je lui ai seulement dit la veille çu il f aurait quelque chose le lendemain , afin de le tenir éveillé. »
Ainsi c'est Fieschi lai-même qui .lurait parlé d'une simple émeute; Boireau sait trop bien que Us émeutes ont toujours lieu du côté de la PorteiSaint-Martiti. Au mois de mai dernier, lorsque la cour commençait l'instruction du procès d'avril; c'est là qu'ont eu lieu des émeutes. Quant aux déclarations de Suireau père et fils, les débats prouveront^ de la manière la plus évidente, qu'elles ne peuvent soutenir l'examen.
Le PRESIDENT. — Boireau, j'oubliais de vous demander si vous n'aviez pas caché chez vous des évadés d'avril ?
Boireau. — Non, monsieur, ce n'est pas à moi qu'on se serait confié.
Fieschi. — C'est lui-même qui me l'a dit Quant à l'interrogatoire que vient de lire monsieur maître Dupont, c'est un des premiers dans lesquels je ne voulais pas encoi'e accuser Boireau, je ne disais pas alors toute la vérité.
:io3 M. Ma-rtin (du Nord). Accusé Boireau, il eât bon de vous rappeler les premiers interrogatoires que vous avez subis devant M.Oasclion et vous y avcz donné sui* l'emp-oi de votre temiw, pendant la matinée du afS, tous autres détails que ceux que vous venez de préesaler.
13otbt;atj. — Lors de ces premiers inleirogatoires j'avais ta, je n'avais pas la t&te à mui.
M. Maktin (du Nord}. — Voici l'interrogatoire que vous avez subi le jour même de votre arrestation, le 28 juillet.
» I). A quelle heure êtes vous sorti de chez vous aujourd'hui?
R. A sept heures du matin.
D. Pour quel motif êtes-vous sorti ?
R. Pour aller me promener.
D. Où êtes-vous allé ?
R. A mon rftelier, rue Neuve-des-Petits-ChaTiips, 27 et 3i.
D. Y êtes-vous resté long-temps ?
R, J'en suis sorti de suite et suis allé boire le vin blanc.
D. Où êtes-vous allé boire le vin blanc?
R. Cliezle marchand de vin qui est au-dessous de l'appartement que j'occupe.
D. Où êtes-vous allé ensuite ?
R. Je suis allé me coucher pendant trois heures, et je ressortis sur les trois heures vingt minutes.
D. Ensuite où êtes-vous allé?
R. Je suis allé voir passer la revue, parce que cela était très e-sentiel.
'JD. Où êtes-vous allé voir passer la revue ?
R. Sur le boulevart des Italiens, en face le passage des Panoramas, où je vais habituellement. »
BoiREAv. — M Gaschon et le greffier de la Conciergerie peuvent attester que favaib bu, et que je n'étais pas en état de faire une déclaïalion.
M. Mahtin (du Nord). — Vous avez nié avoir passé avec Mar.tinault une partie de la journée du 28 juillet.
Boireau. — Martinault avait été arrêté à Foccasion de» émeutes de la porte Saint-Martin, voilà pourquoi je n'ai pas voulu parler de iui dans le premier moment; je croyais que c'était à cause de ma rencontre avec Martinault gue j'étais arrêté.
M. Martin (du Nord). — Vous avez également méconnu Fiesclii.
BoiREAU. — Il m'a die' présenté sous le nom de Gérard et la tête enveloppée de linges , il m'était impossible de le reconnaître. Lorsque j'ai vu Fiesclii en dernière fois, c\'tait au café Français, bonlevart Poisonnière , j'y passe habituellement ma soirée les dimanches d'hiver en faisant la poule.
M. Martin (du Nord). — Vous dites aujourd'hui queFieschi vous avait parlé d'une entreprise des carlistes^ dans vos interrogatoires vous avez parlé des patriotes.
Boir.KAu. — Fieschi m'avait dit carlistes , moi j'ai dit patriotes.
M. IMartin (du Nord). — 'Vous avez dit que vous n'étiez sorti qu'à trois heures, et vous convenez aujourd'hui que c'était à midi.
BoiREAu, — On peut bien se tromper sur l'heure. Si on me demandait qu'elle heure il est en ce moment, je ne pourrais répondre sans regarder l'horloge, s'il est trois heures ou quatre heures.
M, Martin (du Nord). — 'Vous aviez nié aussi être allé à l'hôtel d'Espagne.
BoiREAu. — J'ai déjà dit que je n'avais pas ta tête à moi lors de mes premiers interrogatoires; mais à présent je ne me trouble pas , je ne me coupe pas : on est bien fort quand on est sûr de son innocence.
M. Martin (du Nord). — La cour désire votre innocence , je désire moi-même pouvoir la proclamer.
BoiRE.vu. — Je trouve étonnant que vous persistiez toujours dans la même chose j vcilà dix fois que vous me faites la même question , et j'ai toujours fait la même réponse. Bien sûr que si j'étais coupable vous me prendriez en défaut , parce que les coupables se troublent et se trahissent euxmêmes.
Le PRESIDENT. — Huissier , faites entrer la demoiselle Camelu, que Pépin a désignée comme la personne à qui il aurait fait la confidence dont il a été question dans l'interrogatoire d'hier.
La demoiselle Camelu est introduite.
Appelée en vertu du pouvoir discrétionnaire du président, la demoiselle Camelu ne prête pas serment. Cette demoiselle
déclare s'appeller Mariannc-Jeanne-Auguste Camelu, être a^ée de vingt-cinq ans et un mois, et être l'entière.
Le pbesident. — Mademoiselle, connaissez -vous l'accusé Pépin ?
Mademoiselle Camelu. — Je suis née dans son quartier je le connais comme voisin. Je ne suis ni sa parente ni son alliée.
Le PRESIDENT. — Ayez -vous été dans le cas de recevoi, des confidence de Pépin ?
R. Oh! monsieur, à une femme, cela est rare. Du rester je n'en ai pas reçu.
D. Connaissez- vous Fieschi?
R. Non, monsieur.
D. En avez-vous entendu parler à Pépin ?
R. Jamais , monsieur.
Le PRESIDENT. — Fieschi , levez- vous.
Mademoiselle Camelu déclare ne pas connaître Fieschi.
FiEScm. — Je la connais, moi.
Le PRESIDENT. — Je vais préciser les questions. Pépin ne vous a-l-il fait aucune confidence relative à Fieschi.
Mademoiselle Camelu. t- Jamais de la vie , monsieur.
Le PRESIDENT. — Pépin , qu'avez-vous à dire ?
Pépin. — Il est possible que cette demoiselle ne se le rappelle pas. Je crois me souvenir avoir dit au témoin, deux mois avant l'attentat , qu'un homme d'un caractère violent venait de sortir de chez moi, qui avait parlé de sa haine contre le gouvernement , et que je lui avais tourné le dos. Voilà ce que je crois avoir dit à mademoiselle.
Le PRESIDENT, — ' Vous rappclcz-vous, mademoiselle, que Pépin vous ait dit quelque chose de semblable ?
Mademoiselle Camelu. — Je ne me rappelle pas.
Le PRESIDENT. — Fieschi , vous aviez dit que vous connaissiez le témoin. A quelle occasion l'avez-vous vu?
Fieschi. ■ — ■ Je l'ai vu chez Pépin.
Le président. — Souvent ?
Fieschi. — Quatre ou cinq fois.
Le PRESIDENT. — Dans quelles circonstances ?
Fieschi. — Parce qu'elle venait chercher le journal le Réformateur.
Mademoiselle Camelu. —^ Il ment.
riESGHL. — Je l'ai vu à 1 epoqiie où lai coup jugeait ou allait juger les accusés d'avril. Même , un jour, elle avait pro- Kiîs à Pépin de lui puocurer un billel soit pour lui , soit pour un autre, pour entrer à l'audience de la cour. Je n'ai pas entendu mademoiselle tenir des propos contre lé gouvernement. Elle causait politique avec Pépin , elle appuyait dàx côté du parti républicain. J'ai vu mademoiselle quatre ou cinq, fois,, c'est la vérité. Je vous ai fait remettre un mot de billet, monsieur le président,- je vous disais : Si c'iest une demoiselle, qu'on m'excuse de l'expression, elle a la bouche un peu grande; elle est un peu blonde. Je n'avais pas vu la demoiselle quand j'ai écrit le billet; Eh ïe\xV, je dirais la vérité. Il n'est pas étonnant que je me trompe sur quelques détails; il faut que trois liommes me passent entre les mains , dans une affaire aussi grave ; tout autre aurait perdu la tête. Voilà ce que j'ai à dire quant à mademoiselle. ' Le PRKsroBMX. — Ficsclii , en effet , m'a lait teiïir te Mllet suivant : »
« Monsieur le président ,
3) Si c'est une dieraolsclle, elle a une grande bouche; elle est petite et très exaltée républicaine. (La demoiselle Camela sourit. ) Je l'ai vue. venir souvent chez. Pépin.
» Fies cm. »
Le pbéside^x Pépin a-t-il quelique chose à demander au
témoin '!
Pepiu. — Le témoin ne se rappelle pas ce que je lut ai dit,
Lepeésident. — Mlle Camelu, veniez -vous chercher quelquefois un journal.
Mlle Camelu.. — C'est possible J<i ne sais pas quel
journal.
La séance est suspendue pendant un quart d'h€«re; elle est reprise à trois heures et demie.
Le président. — Je vais passera l'inJerrogatoire de Besclier.
D. Avez-rous fait partie de la société' d^es Droits de l'homme?
B.. Oui, M. le président.
D. N'a-t-on pas saisi chez voaî, le 5 septembre dernier ^ une chanson manuscrite commençant paf ces mots : Nous sommes las des empereurs et des rois ^ et dont chaque couplet se leruaine par ces deux yeis :
C'eôt trop souffilr , renversons les tyrans. Vive à jamais^ vive la.r(^pabUcjue 1
R. Oui, Monsieur.
D. De qui teniez- vous celte chanson?
R. Ou rae l'avait donnée^
D. Connaissiez-vous Morey avant votx'e dernière aire&tien ? R. Oui , Monsieur.
D. Depuis combien de temps le connaissiez- vous ? R. Depuis le commencement de i834 ou la fin de i855. D. N éliez-vous pas très lié avec Morey , et n'alliez-vous pas ti'ès souvent cbez lui ?
R. Pas très souvent , une fois par mois. D. N'avea-VGiis pas connu très particulièrement l'un des ouvriers de Morey ?
R. Oui , je faisais partie de la même société que lui. D. De quel société faisiez-vous partie ? R. De la société de l'Education du peuple. D. Le sieur Vayron, chef de la section des Gueux dans la société d^es Dtroits de l'homme , n'était-il pas, en même temps , vice-président de la s jciété Libre pour l'instruction du peuple ? R. Oui , Monsieur.
D. Ne vous êtes-vous jamais rencontré avec liiî chez Moi'ey ? R. Jamais.
D. Connaissiez-vous Fieschi avant sa dernière arrestation ? R. Je l'avais vu plusieurs fois chez Morey. D. Aviez -vous ensemble quelques conversations , soit sur la politique, soit sur tout autre sujet?
R. Non , Monsieur.
D. Vous dites que vous ne connaissiez pas Fieschi, et cependant Fieschi a déclaré qu'il vous connaissait ?
R. Il rae connaissait par les rapports de M. Morey. D. Le 5 janvier i835, n'avez-vous pas demandé à las préfecture de police cm livret d'ouvrier et un passeport l R. Oui , Monsieur.
D. Pour quel motif vous étiez-vous procuré un passeport ? R. Je m'étais procuré ce passeport pour le donner à Morey qui me l'avait demandé- D. Ainsi ce n'était pas pour voas en servir TOus-même ?
ao8
R. J'ai menti dans mon premier interrogatoire; c'était pour rendre service à une personne poursuivie pour politique.
D. Avez-vous reconnu ce que vous aviez dit relativement au sieur Boîtier, n'est-ce pas vrai ?
II. J'avais bien l'intention de partir, parce que je ne travaillais pas toujours ; mais dans le moment où. J'ai pris mon passeport , je n'en avais pas besoin. Je l'ai pris sur l'invitation de Morey, qui m'avait dit si je pouvais me procurer des papiers pour un personnage poursuivi. Comme je devais de la reconnaissance à Morey, qui m'avait soigné de plusieurs maladies, je lui ai donné ces papiers.
D, Vous lui avez remis à la fois voli'e livret et votre passeport ?
R. Pour obtenir un passeport, j'ai eu beaucoup de difficultés. J'ai été obligé de prendre un livret pour avoir un passeport.
D. Vous êtes-vous informé de l'usage que Morey en avait - fait?
R. Je savais qu'il l'avait remis à Fieschi , et que celui-ci travaillait avec mon livret. J'en demandais quelquefois des nouvelles à Morey, qui me répondait qu'il travaillait.
D. Votre passeport vous a-t-il été rapporté?
R. Oui , par M. Morey.
D. Qu'est devenu le passeport ?
R. Je l'ai brûlé; j'ai craint qu'il ne me compromette.
D. Avez-vous vu Morey la veille de Tattentat?
R. Oui , monsieur.
D. Où l'avez- vous vu? y
R. Je l'ai vu en me rendant chez l'abbé Châtel au service des héros de Juillet.
D. A quelle heure a eu lieu cette réunion?
R. Nous étions convoqués pour neuf heures. Je m'y suis rendu à dix. Le service a été remis à deux heures ; j'ai attendu et j ai vu venir Morey. Je ne sais pas trop l'Heure qu'il était au juste. Je lui ai annoncé que le service a été remis à deux heures. Il s'en est allé.
D. Ainsi , il n'a pas attendu le service ?
R. Il a dit qu'il reviendrait.
D. L'avez- vous vu revenir?
R. Je ne l'ai pas vu. Il y avait trop de monde pour distinguer quelqu'un. ?
R. Savez-vous si Pépin assistait à cette réunion? ,,
R. Je ne sais pas.
D, N'avez- vous pas revu Morey après l'attentat?
R. Oui.
D. Quel jour et dans quel endroit l'avez-vous vu ?
R. Le 3i , je crois.
D. Est-il venu chez vous uniquement pour vous porter votre passeport.?
R. Il me dit aussi : « Je viens vous avertir que c'est le Corse qui a fait la chose. » Je connaissais Fieschi sous le nom de Corse. Il me dit qu'il ne viendrait plus à la maison, crainte de me compromettre; il m'engagea à ne plus aller chez lui?
D. Tâchez de préciser le jour et l'heure de la remise du passeport?
R. Morey me dit qu'il sortait de la Préfecture pour venir chez moi j je crois que c'est le 5 1 .
D. Morey n^ point été appelé à la police le 28 juillet. Ne Yous aurait-il pas plutôt dit que la police était venue chez lui, et qu'il avait été appelé en témoignage devant la justice? Le 3o juillet , en effet . et non le 28, un commissaire de police s'est transporté chez Morey, et le même jour il a été entendu par un juge d'instruction. Cette circonstance ne peut-elle pas servir à préciser la date de la visite que Morey vous aurait faite , et h assigner à celte visite son véritable caractère ? Ne seraitce pas en conséquence le 5o juillet que Morey serait allé vous voir, et qu'il aurait rendu votre passeport , qui lui devenait inutile , puisque Fieschi était arrêté?
R. Il me dit qu'il sortait de la préfecture , qu'il avait été arrêté , mais qu'il avait été remis en liberté. 11 est possible que ce fût la veille dont il parlait.
D. Votre livret vous est-il revenu avec votre passeport?
R. Non, monsieur.
D. Savez-vous s'il est resté chez Morey ?
R. Je ne le sais pas.
D.chez Lesage?
R. Je ne le sais pas davantage.
D. On a saisi chez vous un livret au nom de votre frère. Pourquoi l'avez -vous gardé?
2ro
R. Mon frère est mort , j'ai gardé ses papiers.
D. Morey, vous venez d'entendre que Bescher a déclaré qu'il avait remis son livret et son passeport à votre dcmatîde, parce que vous en aviez besoin pour un individu qui était obligé de se cacher. Cet individn était Fieschi?
MoREY. — Il est vrai que c'est moi qui ai demandé le livret et le passeport. J'ai prié Bescher de me procurer un livret et un passeport pour Fieschi. Bescher est entièrement innocent de tout cela , Fieschi n'a jamais eu le passeport.
Le président. • — Bescher dit que vous, Morey, hii av€r rapporté le passeport après l'attentat.
M* Dupont. ■ — Morey l'avait déjà dit lui-même.
MoBEY. — J'ai brûlé le livret de Bescher, que madam* Lesage m'avait remis , pour ne pas le compromettre.
Le PRESIDENT. — Quand vous êtes allé chez madame Lesage , c'était pour retirer le livret de Fieschi?
Morey, — Je suis allé chez madame Lesage , je la prévins que l'ouvrier qu'elle avait employé sous le nom de Bescher avait été arrêté , et je me fis remettre son livret , afin qu'un pativre homme innocent ne fût pas compromis.
M. Martin (du Nord.) — Greffier, présentez à Fieschi le fléau qu'on a saisi sur hii. Fieschi, qui vous a procuré ce fléau? qui l'a fait ?
Fieschi. — C'est moi. J'ai fondu ces balles dans une no'X. Voyez la forme du plomb, vous reconnaîtrez qvi'il a été coule dans une noix.
M. Martin (du Nord,) — Et les lanières en cuir?
Fieschi. — Je les ai tressées moi-même chez Morey.
M. Martin (du Nord.)- — Morey saAait-il l'usage que TOns vous proposiez de faire de cet instrument?
TiEscHi, — Je ne me rappelle pas le lui avoir dit alors. Il fa su plus tard.
M. Martin (du Nord). — Et le bois.?
Fieschi. — C'est la femme Petit qui l'a fait faire par un tourneur.
M. Martin (du Nord.) — C'est là tout ce que je voulais savoir
Le président. — La cour va passera l'audition des témoins.
Déposmoivs CES témoins.
DoKEiLLE (Jean-François), brigadier de sergens de ville, té^ inoin, dépose en ces termes : J'étais de service pour escorter le roi, depuis le carrefoui» du Temple jusqu'à la rue Neuve-de- Ménilmontant. J'étais accompagné de Laimbourg, sergent de ville, et de Lefèvre, aussi sergent de ville. Ayant escorté le roi jusqu'à en face de la maison où nous sommes, mais de l'autre côté du boulevard, je vis un des fils du roi, que je crois être M. le duc d'Orléans, il était à la gauche de son père, poussé par un mouvement de son cheval sur la personne de son pèrej ce mouvement fit sortir le chapeau du roi de dessus sa tête, et le roi n'eut que le temps de l'arrêter en y portant la main. A ce moment même, le cheval du roi fit volte-face de telle sorte que le roi présenta le dos à la garde nationale qui stationait du côté du Jardin-Turc. A peine le cheval du roi avait-il fait ce mouvement que j'entendis une détonation pas très-forte, mais au miheu de laquelle on distinguait plusieurs coups. Ces coups sont partis d'une petite croisée au dessous du toît de la maison. A cette croisée était adaptée un jalousie au travers de laquelle j'ai vu de la fumée s'échapper en grande abondance. A l'instant, j'ai vu deux ofiiciers supe'rieurs rcnvervés par terre, et un maréchal dont la figure était couverte de sangj il s'essuyait sur son cheval.
Je me suis alors précipité du côté de la maison d'où les coups étaient partis. La porte étant ouverte, je me suis dhîfsv par l'allée, et je suis monté jusqu'au troisième étage^ où je trouvai ua garde national, aidé d'un sergent de la garde municipale, qui s'efforçaient d'ouvrir la porte. Après lui avoir conseillé de retirer sa brjjonette, nous avons enfoncé la porte à coups de crosse de fusil.
Une fois entrés, nous avons trouvé un petit a*)partemenl, composé de plusiem's compaitimens disposés de telle façon que la chambre de laquelle on a tiré est précédée de deux pièces qui conduisent elles-mêmes à une arrière-cuisine par laquelle a été opérée l'évasion des auteurs de l'attentat. Nous avons trouvé une fumée considérable qui obscurcissait les objetsj une fois dissipée, nous avons vu deux canons de fusil dans
le premier compartiment, et deux autres dans l'entrée du second compartiment. Ces canons e'talent encore chauds.
Enfin nous avons pénétré près de la machine. Là, nous avons trouvé une certaine quantité de canons par terre, et environ une dizaine d'autres canons placés en batterie sjui" deux traverses, dont Tune, celle de derrière, par rapport à la croisée, était mobile, et qui composait un système destiné à tirer extérieurement à la maison.
Ces canons étaient encore chauds; parmi eux il y en avait deux crevés sur la batterie et deux autres aussi crevés parmi ceux qui étaient par terre.
Nous avons observé de plus que la machine était dirigée en oblique à six pouces environ de la croisée d'un côté. J'ai remarqué que quelque s- uus des canons placés sur la batterie étaient tachés de sang. Les murs avaient reçu plusieurs esquilles piove-' nant de l'éclat des canons. Le carreau était rempli de sang principalement dans le compartiment du milieu de l'appartement. En poussant nos investigations plus avant, nous avons trouvé^ dans une paillasse extraite d'un placard, deux canons de fusil. Dans l'arrière-cuisine, nous avons remarqué, sur un fourreau, deux chapeaux gris assez propres, mais bosselés sur toutes leurs faces (l'un des deux avait une déchirure large d'environ deux ou tiois pouces), et deux autres chapeaux en cuir appartenant à des mai-ins, car ils portaient l'ancre de la marine. Enfin, en m'approchant de la croisée, j'ai vu une échelle de corde adaptée à l'angle de la croisée et fixée au soubassement de la croisée par des clous; sur le rempart de la croisée j'ai distingué une traînée de sang. La cordait formait échelle avec des traverses en corde et aboutissait à un petit mur qui se trouve à douze ou quinze pieds plus bas que la croisée de ladite cuisine. C'est au moyen de cette corde que ceux qui ont t-commis le crime ont opéré leur retraite. Ce qui le prouve, c'est jMhLi'on distingue encore sur la partie extérieure de la croisée appartenant au bas de laquelle un d'eux a été arrêté, des marques de sang. Il en existe également sur le petit toît; ce que nous avons constaté de nos yeux.
M. le procnreur-g encrai déclare n'avoir aucune observa- . lions à faire sur la déposition.
M.Ddpont. — Je voudrais qae le témoin spécifiât quelle* sorte de détonation il a entendu.
Le tjkmoix. — La détonation était si peu forte, que dans le moment j'ai cru que c'étaient des pétards que l'on faisait partir. Je n'eus la conviction que c'était un assassinat que lorsque je vis un maréchal la figure pleine de sang, et que je vis sortir de la fumée d'une petite fenêtre.
M« Dupont.— Ainsi le témoin a entendu dans la détonation plusieurs coups à intervalle.
Le témoin. — J'ai entendu plusieurs coups qui ont fait pan , pan, pan..., ce n'était pas un feu de peloton.
Villiers ( Basile - Véronique ), âgé de quarante - neuf ans, inspecteur de police, autre témoin, fait la déclaration suivante :
« Le 28 juillet dernier, je fus envoyé sous les ordres de M. Tranchard, officier de paix, à trois heures du matin, sur le boulevai'd Saint-Martin , pour un service de sûreté ; et je m'y trouvais depuis ce moment, lorsqu'à onze heures ou onze heures et demie environ , le sieur Tranchard dit au sieur Bourseau et à moi (nous étions alors à la porte Saint-Martin ; auparavant nous avions été à la rue Meslay et à la rue Sainte- Appoline) de tenir la ligne gauche du cortège et de précéder le roi de quelques pas , en surveillant attentivement les croisées des maisons et les personnes de la foule, en nous recommandant d'arrêter la maiche du cortège au moindre signe d'inquiétude que nous apercevrions, et de traverser s'il le fallait les rangs de la troupe.
» J'exécutai ponctuellement cet ordre , et j'étais de dix pas environ au-devant du cheval du roi , lorsque , sur le boulevard du Temple , j 'entendis du côté où je me trouvais une forte détonation. Je me retournai, et j'aperçus encore la fumée de l'explosion sortant de la fenêtre d'une maison voisine : je courus aussitôt vers cette maison; je pénétrai dans un couloir qui lui sert d'allée, où je fus arrêté par un garde natjjjjfv nal, auquel je me fis connaître. Je montrais ma carte, lorsque** M. Haymonet, arrivant, donna l'ordre de me laisser entrer. Plusieurs personnes montaient l'escalier , je pris le parti d'en descendre un à gauche , qui me conduisit dans la cour de la maison. J'y arrivai avec Lefèvre, sergent de ville, et au même
moment un petit pot de fleurs, parti des étages supérieurs , Tint se briser à nos pieds, à la dernière marche de l'escalier. Nous étions l'un et l'autre suivis d'un garde national dont j'ignore le nom. La chute de ce vase me fit lever les yeux ; j'aperçus un homme vêtu, je crois , d'une blouse de couleur grise , mais foncée , couvert de sang , suspendu à une corde , mettant le pied sur le toit d'une maison voisine. Je donnai avis de sa fuite à haute voix, et j'atteignis, au moyen d'une petite échelle adossée à une cloison en planches et à l'aide de cette cloison, un petit toit qui me permit d'arriver k une terrasse dépendant de la maison dans laquelle j'ayais vu entrer l'assassin.
» Lefèvre gagnait cependant cette même terrasse au moyeu de quelques pavés rassemblés au pied de la clôture en planches dont je viens de vous parler, et le garde national nous suivait.
» Lclèvre se servit de la gouttière de cette terrasse pour mettre le pied sur le sol de la cour. J'utilisai la porte d'une écurie disposée au-dessous de cette terrasse pour arriver au même but, et mon exemple fut suivi par le garde national.
» Arrivé dans cette cour, je fus arrêté par d'autres gardes nationaux, et sur l'ordre d'un commissaire de police que je crois attaché au tribunal de simple police, je montrai inutilement ma carte, elle me fut enlevée ; je fus fouillé, et comme j'étais armé d'un poignard , par l'ordre de mes chefs , je fus bientôt l'objet des plus graves violences. C'est en vain que je protestai que j'était agent de police. Je dis aux gens qui me maltraitaient : Croyez-vous qu'on fasse la police de sûreté avec des mitaines ? nous sommes souvent armés à cause des • mauvaises gens à qui nous avons affaire.
» Emmené au poste du Château-d Eau quelques instans avant Gérard , qui m';f vait suivi, à mon insu, j'y demeurai détenu pendant une h^uc environ.
, Vpi » J'étais dans ce poste quand Gérard y a été amené. Si je ne me trompe, il était encore à ce moment couvert de sa blouse 5 elle était sanglante , et c'est sous mes yeux qu'elle lui a été retirée. C'est en ma présence que ce dernier a été fouillé 5 j'ai vu retirer de l'intérieur de ses vêtemens un fléau garni déballes de plomb. J'ai entendu dire qu'on découvrait
2l5 sur lui de la poudre j et lorsque Gérard ou Fieschi s'est trouvé mal, c'est entre mes jambes que sa tête est venue frapper le Ht de camp au bord duquel il était placé.
M. Dupont. — ■ J'ai une question à adresser au témoin. D'après les détails dans lesquels est entré le témoin, vous avez pu voir que toute la surveillance de la police ne se portait que sur les points du quartier Saint-Martin, des rues Mesiay, Saiute- Appolioej enfin les agens de police sont allés à la Porte-Saint- Martin. Il ne s'agit pas de l'Ambigu. Cela a peut-être plus d'importance qu'on ne peut le penser dans ce moment-ci.
Ferlay (Louis-Fkasçois), âgé de cinquante ans, garde municipal, autre témoin, dépose comme suit :
« Je me trouvais en surveillance, le 28 juillet dernier, sur le boulevart du Temple, près le café des Mille-Colonnes, lorsque vers midi, et au moment du passage du roi, j'entendis une forte détonation et j'aperçus de la fumée sortant d'une fenêtre du troisième étage de la maison du café. Je nie précipitai vers l'allée qui lui sert d'entréey mais la porte en était fermée, et aidd d'un garde national que je ne connais pas et qui força cette porte en frappant sur la serrure, je gagnai le fond de l'allée, et par un escalier de plusieurs marches la cour de la maison fermée, dans le fond, au moyen d'une palissade en planches contre laquelle était adossée une échelle à la quelle manquaient plusieurs échelons. De ce lieu j'aperçus un individu vêtu d'un habit-veste dont la couleur m'échappe, d'un pantalon grisâtre, enfin sans chapeau, c'est-à-dire nu-tête , lâchant une corde double , fixée à la quatrième fenêtre de la maison, et se glissant sur le toit d'un bâtiment Toisin , dans une maison voisine , où bientôt une cheminée le cacha à mes yeux. Mon adjudant, le sieur Pélissier, étant survenu dans ces entrefaites, je lui fis mon rapport; il m'enjoignit de demeurer mort ou vif dans ma position. Peu après survint M. Jacquemin, commissaire de police, qui me renouvela consigne, à l'observation de laquelle je demeurai jusqu'à cinq heures du soir en ce lieu 3'ai ces cinq heures d'horloge sur le cœur. (On rit.) »
Le PRESIDENT. — Avez vous vu quelqu'un descendre de la même manière?
Le TEMOIN. — Je n'ai vu personne. L'individu qui descendait avait un habit bleu qui passait.
2lG
FiEscHi. — J'étais en blouse en ce moment. J'avais aussi mon habit dessous. Il est possible que ma blouse se soit trouvée levée, et que le témoin ait vu mon habit.
Le témoin reconnaît Fieschi.
Le président. — La femme Boillot, étant malade et ne pouvant, à raison de son état Je maladie, se présentera l'audience nous avons délégué M. Zangiacomi pour entendre sa déposition. II va être donné lecture du certificat du médecin et de la déposition de la femme Boillot. (M. le greffier en chef donne lecture de ces deux pièces ;)
« Certificat du docteur Bouget, constatant l'état de santé de I^ dame Boillot, assignée comme témoin devant la cour.
» Nous, sousi^né, docteur en médecine de la Faculté de Paris, etc., en vertu d'une ordonnance du 5o janvier, de M. le baron Pasquier, président de la cour des pairs, nous sommes transporté le jour même au domicile de la femme Boillot, rue des Fossés du-Temple. n. 4i, à l'efFet de la visiter et de constater l'état de sa santé.
M II résulte de cette visite que la dame Boillot^ que nous avions trouvée levée, quoique extrêmement souffrante, est atteinte, depuis déjà fort long-temps, d'une affection chronique de la poitrine , accompagnée d'wne difficulté extrême de respirer. Cette maladie, quoique grave en elle-même, nous a paru n'être qu'une conséquence d'une maladie plus grave encore, d'une confection organique du cœur, suffisamment caractérisée par la fréquence et la force des battemens de cet organe et par Ijs suffocations qui en sont le résultat. Elles laissent la crainte qu'une émotion aussi vive que celle qui résulterait, pour cette dame, de sa présence à la cour des pairs, si elle pouvait y être transportée, n'eût les suites les plus funestes : ce qui nous force à conclure que Mme Boillot est dans l'impossibilité de se rendre à l'audience de la cour.
» Paris, le 5o janvier i856.
» Signé Rouget. »
Déposition de la dame Boillot.
« L'an i856, le 5i janvier au matin ,
»Nous, Prosper Zangiacomi, juge d'instruction, délégué par M. le président de la cour des pairs, à l'effet des présentes.
21; nous nous sommes transpoi'té rue des Fosse's-du-Temple, 4^5 chez la dame Boillot, locataire d'un appartement situé au second e'tage, prenant vue d'un côté sur ladite rue des Fossésdu-Temple, et, de l'autre, sur les bâtimens, cour et hangard formant le derrière des n"» 5o et 52 du boulevard du Temple.
» Nous avons trouvé ladite dame Boillot malade au lit, et nous avons reçu sa déposition, assisté du sieur Druquet (Laurent-Paul), inspecteur de police attaché au commissariat du quartier du Temple, lequel a prêté serment en qualité de greffier.
» Interrogée par nous sur ses nom, prénoms, âge et profession, ladite dame a répondu se nommer Marie-Thérèse de Chambur, veuve Boillot, âgée de 6o ans, sans profession, demeurant dans le local où nous nous trouvons: nous l'avons invitée à prêter serment de dire la vérité et rien que la vérité, ce qu'elle a fait; et aussitôt, attendu son état de santé , nous lui avons précisé les divers points sur lesquels sa déposition est requise, et nous l'avons interpellée comme suit :
» D. Le 28 juillet, entre midi et une heure, n'étiez vous pas dans cet appartement , à l'une des fenêtres donnant sur les maisons du boulevard du Temple?
» B.. Oui, monsieur.
» N'y avez- vous pas entendu une forte détonation?
» R. Oui , monsieur; j'ai même senti une odeur de poudre et vu la fumée, ce qui a fixé mon attention et attiré mes regards vers la maison n° 5o, d'où cette détonation s'était fait entendre. Un instant après j'ai parfaitement remarqué la fenêtre d'où sortait la fumée.
» D. Etes-vous bien sûre d'avoir jeté les yeux sur cette fenêtre tout de suite après la détonation, et aussitôt que la fumée en sortit?
» R. Oui, monsieur. La détonation, la fumée attirèrent immédiatement mon attention, et il ne s'écoula pas seulement une fraction de seconde avant que je n'y aie porté les regards. Tout cela se succéda avec la l'apidité de l'éclair.
D. Lorsque vous aviez les yeux fixés sur cette fenêtre, qu'y vîtes-vous ?
.. R. Au milieu d'un tourbillon de fumée^ s'échappa, à l'aide d'une corde qui paraissait fixée à la fenêtre, un petit homme couvert d'une blouse foncée, nu-tête, tout ensanglanté; iln'a-
1x8 vait point figure humaine. Les chairs de sa figure étaient en lambeaux et ses cheveux remplis de saug. Sa vue me glaça tellement d'effroi que je demeurai sans mouvement et sans voix. Iklescendit jusque sur un petit toît à sa gauche: sa corJe ne le conduisait pas plus loin. Je remarquai qu'i faisait, en glissant sur sa corde, des efforts pour obliquer à gauche et gagner le petit toît dont je parle. Lorsqu'il y l'ut^ il abandonna sa corde, descendit , en longeant le mur, jusqu'à une fenêtre ouverte, par laquelle il pe'netra, en faisant tomber quelque chose qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre. Quelques secondes après, ce même homme reparut dans la cour de la maison voisine de la sienne, et gagna celle de ma maison, où il fut arrêté par des gardes nationaux et des militait e.**. Une minute ou deux après son arrestation, j'ai vu la chambre par laquelle cet homme était sorti , occupée par la force armée, et quehju'un retira la corde <jtii avait favorisé l'évasioa du fugitif. J'affirme q«e l'horoïne q«e je viens de signaler est le seul qui se soit échappé de cette fenêtre, et par la même voie. J'ai vu tout ce qui s'est passé depuis la détonatïon jusqu'à l'apparition dans la chambre de la force armée, et je puis affirmer, comme je le fais de nouveau, sous la foi du serment, que ce que je dis est la vérité.
» Et aussitôt nous nous nous sommes jaitreprésentcr la place exacte ou se touvait la dame Boillot, nous avons examiné les localités, et nous avons constaté qu'il n'existait qu'environ trente pieds de distance entre la fenêtre où se trouvait la dame Boillot, et celle par laquelle le nommé Fieschi est entré dans lamaiscHJ du n° 52,en quittant le petit toît dont il est parlé Ces deux fenêtres sont situées très-exactement en face l'une de l'autre. Celle par laquelle est descendu faccusé Fieschi est située un peuàgauche, etpeut être distante d'envii-on 4o pieds de celle où se trouvait placée la dame Boillot.
» Lecture faite, etc. , a signé. »
Vei've GoMMÏis. — marchande de rubans , boulevart du Temple n® 5i. Je me trouvais le 28 juillet dernier, à l'unedes fenêtres du logement de mon beau-frère, sis au premier étage de la maison portant sur le boulevart du Temple, n" 5u, au moment du passage du roi. J'ai entendu l'explosion des coups de feu partis* de la maison voisine. Le hrnit m'effraya à un te» point que je fermai les fenêtres auxquelles je me ti'ouvais avec les enfans de ma sœur, et je me retirai vers la cuisine, éclairée
par un jour sur la cour, dans l'intention de fermer également cette autre fenêtre. La cuisine est ouverto-sur le couloir d'entrée, par une porte vitrée dont un des carreaux se trouve cassé depuis long-tempsA. travers le cbâssis j'aperçus un ■ homme plein de sang s'introduisant dans celte pièce par la fenêtre ; je courus à la porte d'entrée, qui n'était fermée qu'au pêne, en jetant des cris et en appelant au secours. L'homme que j'avais vu entrer s'approcha de moi, en me disant : Laissez-inoi passer et en même temps il essuya de sa main le sang qui lui couvrait les yeux. Je reconnus en lui immédiatement un locataire du troisième étage de ma maison , individu dont j'ignore le nom.
Le président. ' — Vous n'avez pas vu d'auti^s per.sonnes entrer chez vous ?
R. Non, Monsieur, j'ensuis bien sûre.
Wevssière. — J'étais piès de mon claef de bataillon au moment ou j'entendis la détonation. Je courus aussitôt vers l'en droit d'où elle était partie. Arrivé à cet endroit, je vis* un jeune homme en chemise sortir d'un café attenant à la maison d'où les coups étaient partis; et comme i! avait l'air de vouloir s'enf«ir , on l'arrêta; et il fut confié à la garde municipale.
Je traversai le café accompagne de mon chef de bataillon, et nous pénétrâmes dans une cour située derrière ledit café. Là , nous avons trouvé un jeune homme portant une chemise de couleur , et s'entretenant avec plusieurs personnes; sur l'ordre de mon chef de bataillon, je l'arrêtai.
A peine m'étais-je emparé de lui que nous vîmes se glisser le long du mur de la cour à gauche , en regardant la porte cochère , et dans la direction de la porte enchère , un homme couvert de sang et blessé gravement à la figure. Sur la demande que nous lui fimes : D'où venez-vous ? il répondit simplement : « Je suis blessé. » Sur cette réponse , nous favons arrêté. Je tenais cet homme,, lorsqu'un autre individu voulut gagner la cour en sautant d'une terrasse voisine sur le pavé. Je le menaçai de mon fusil ; mais il Se déclara agent de police. Je le laissai donc approcher. Il m'aida à emmener le blessé , qui fut d'abord conduit au café que j'avais traversé pour aller dans cette cour , et puis déposé par le capitaine et par moi entre les mains des gardes municipaux.
BoGTteT (Pierre Augustin) , capitaine de la garde nationale.
— J'étais avec ma légion, en tête de ma compagnie , en bataille sur le boulevai'd des Filles-du-Calvaire. J'ai entendu une détonation, j'ai regardé, et j'ai vu sortir delà fumée de la croisée d'un deuxième étage de la maison n° 5o. Je suis aussitôt accouru , et en entrant j'ai vu un homme et une femme qui m'ont dit être les limonadiers de cette maison. Je leur ai dit : « C'est de chez vous qu'est partie l'explosion que je viens d'entendre. » Ils m'ont dit qu'ils l'avaient entendue aussi , mais qu'ds ne savaient pas ce que cela voulait dire. Ils avaient l'air fort embarrassés. Ils m'ont indiqué par où il fallait passer pour arriver à la croisée d'où la fumée était sortie. Arrivé à la pièce d'où le coup était parti, je n'ai pas pu entrer, parce qu'il y avait déjà beaucoup de monde. Alors , étant sur l'escalier qui donne sur la rue Basse , j'ai vu deux cordes attachées à l'étage supérieur du bâtiment où j'étais : elles étaient lancées sur ic toît de la maison voisine , et j'ai vu un homme qui s'échappait à l'aide de ces cordes. Cet homme avait un pantalon de toile écrue. Je me suis empressé de descendre pour arrêter l'homme qui s'évadait. En descendant , j'ai aperçu dans l'allée, au rezde-chaussée , un autre homme couvert de sang, je l'ai arrêté. Une autre homme couvert d'une blouse se sauvait en même temps, je courus après lui.
J'arrivais à la rue Basse , lorsque je me l'encontrai avec cet homme revenant sur ses pas et tenant en ses mains des légumes. Je le saisis , et le conduisis, avec le blessé, au café, où je le l'cmis, toujours avec ce dernier , entre les mains d'un sergent de la garde municipale et de plusieui'S gardes , à la charge par eux de m'en rendre bon compte et de ne s'en dessaisir qu'en ma présence. Je sortis de ce café pour monter dans la maison du n® 5o. Arrivé sur le palier du troisième étage, je trouvai un canon de fusil que j'ai rétabli dans les lieux. Je pénélai jusqu'à la chambre du fond , renfermant la machine infernale; et lorsque je regagnai le café pour y rejoindre mes prisonniers, je ne trouvai ni ceux-ci, ni leurs gardes, J'appris qu'ils devaient se trouver au poste du Château-d'Eau. Je ne reconnus aucun des gardes, et de mes prisonniers , je ne retrouvai que le blessé.
Le PRÉSIDENT. — Vous avcz dit avoir vu deux personnes descendre de la chambre où s'est commis l'attentat. Est-ce que l'individu que vous avez vu le premier vous a paru »e diriger
sut* le petit toît par lequel effectivement Fieschi s'est sauve'. On n'a vu aucun autre que lui passer par la croisée ; car la corde n'dtait pas d'une longueur telle qu'elle pût conduire jusqu'en bas; elle ne conduisait que sur le toît. Au i-este , le trouble que vous avez dû éprouver dans ce moment explique suffisamment l'erreur que vous avez commise. Je fais cette ob. servation dans l'intérêt de la vérité.
Le témoin. — Je ne me suis pas bien expliqué sans douse. J'ai eu dans la pensée que cet homme qui tenait la corde allait descendre ; mais je ne dis pas que ce soit le premier qui ait descendu.
Lefebvee, sergent de ville. — Je me trouvais, le mardi 28 juillet, sur le boule vart du Temple, sous les ordres de M. Naudin , mon officier de paix , et chargé de veiller sur la personne du roi , depuis la rue du Temple jusqu'à la rue Neuvede-Menilmontant, lorsque, arrivé à la hauteur du Jardin- Tuic 5 une forte détonation se fit entendre. Je m'aperçus à l'instant que le feu était parti d'une croisée du troisième étage de la maison portant le n" 5o, sur le dit boulevart^ jc.m'empressai de traverser le boulevart , derrière la personne du roi. La porte de l'allée de la maison était fermée; et aidé d'un garde national qui m'accompagnait, j'enfonçai la porte de l'allée, je gagnai rapidement une fenêtre du premier étage de la maison, et j'aperçus un jeune homme, nu-tête, vêtu d'un pantalon et d'une blouse de couleur gris-blanc; enjambant la fenêtre du troisième , et se soutenant au moyen de deux cordes qui étaient lancées sur un toît dépendant de la maison voisine. Je voulus redescendre l'escalier de la maison , et en sortir pour aller arrêter l'individu que je voyais fuir; mais, malgré mes réclamations , la production de ma cai'te, les gardes nationaux s'opposèrent à ma sortie. Je me dirigeai donc vers la cour de la maison , et j'entraînai avec moi un officier de paix et un agent du service de sûreté, le sieur Villei's. De la cour, je vis distinctement un second individu^ vêtu d'un habit, sans chapeau j qui se laissait glisser par la même fenêtre , pour gagner le toît voisin, celui par lequel j'avais vu fuir l'inconnu dont jej vous ai pralé plus haut; c'était Fieschi , il tenait à la main un canon de fusil qu'il laissa tomber dans la cour de la maison vers laquelle il se dirigeait. J'escaladai alors une clôture en planches de la cour où je me trouvais. Je gagnai un toîl dé-
fendu par cette clôture , puis une terrasse au moyen de laquelle, et malgré les menaces d'un garde national qui voulait me tuer, j'atteignis la cour de cette maison vers laquelle j'avais vu se diriger les deux assassins. Fieschi m'avait devancé dans cette cour, où il se trouvait bloqué par un garde national. Je m'assurai successivement de la personne de ces deux individus , et, assisté du capitaine et du garde national, je les conduisis au poste du Chàteau-d'Eaa , oii ils furent déposés, après avoir été retenus un quarl-d'heure au café Périnet. Sur ces entrefaites, je vis M. Naudin , mon officier de paix, maltraité dans le poste par les gardes nationaux , qui le traitaient de gredin et de gueuzard , quoiqu'il fût décoz'é de son dcharpe. Je voulus prendre sa défense , et je fus bientôt moi-même exposé aux mêmes violences de la part des mêmes personnes. Un commissaire de police , que depuis j'ai su être M. Laumond , survint dans ces entrefaites ; je réclamai son assistance en faveur de M. Naudin 3 il prétendit ne pas me connaître ; je lui montrai ma carte j il répondit qu'il ne connaissait personne. Ce mot fut pour moi le sujet de nouvelles violences de la part des gardes nationaux, des mains desquels le capitaine Bocquet et le sieur Maugin , garde national , parvinrent à me retirer, en disant que j'avais exposé mes jours pour arrêter Tassassin. Uû quart d'heure environ s'était écoulé, lorsque j'eus occasion de jeter les yeux dans le violon du poste ; j'assistai M. Cabuchet qui prenait les noms de Fieschi; l'autre détenu ne s'y trouvait plus , je ne sais ce qu'il est devenu.
M. MARTm (du Nord). — Etes- vous bien sûr d'avoir vu descendre deux individus par la corde?
Le témoin. — J'ai vu enjamber le premier individu. Ce qui me rend certain qu'il y en avait deux , c'est que celui-ci était habillé en gris , et que l'autre avait un vêtement presque noir.
D. Vous avez vu qu'il était porteur d'un canon de fusil?
P». . Il tenait un canon de fusil qu'il a laissé tomber dans la coup.
D. Personne n'a vu ce canon de fusil Quant aux deux indidvidus, vous avez été troublé eu ce moment; car il paraît qu'il n'est descendu qu'une personne. j
Fieschi. — Le témoin se trompe. J'étais seul. Je le remercie de m'avoir pas maltraité; tout le monde n'a pas fait com-
me lui^ car il y a un garde national qui m'a donnd un coupde poing.
Martin. — Je travaillais rue de Vendôme , n. 1 1 , chez M. Badin. Le 28 juillet, sur les onze heures et demie , je suis sorti de cette dcrniëre maison. J'ai été prendre un léger repas chez Bonval(!t , traiteur , au coin de la rue Chariot et du boulevart du ïemple, et après je me dirigeai du côté du Jardin Turc.
Dans la maison n. 5o du boulevart du Temple , au premier étage sur le derrière, un peintre en décors que j'occupe quelquefois. Me trouvant sur le boulevart , précisément en face sa maison et sur le côté opposé dn boulevart, j'y jetais naturellement les yeux pour voir s'il y était, et peut-être aussi avec un désir vague d'y voir passer la revue par une des fenêtres de son escalier donnant sur le boulevart.
Tout à coup, préoccupé de ces idées, j'aperçus lever une jalousie d'une des fenêtres de la maison, au troisième étage, et l'éclat du soleil, quialoi's donnait en plein sur cette partie du boulevart située au midi, fit briller à mes yeux des objets que je ne pus distinguer. Je le pouvais d'autant moins que la vue de ces objets était en partie interceptée par trois hommes dont l'ua paraissait occupé à regarder à droite. Deux de ces hommes avaient des chapeaux gris. Le troisième était nu-tête et m'a paru avoir les manches de sa chemise retroussées.
Je tenais les yeux depuis un instant sur cette fenêtre, lorsque le cri de Vive le roi se fît entendre ; alors ils quittèrent la
fenêtre, et je vis très distinctement des canons de fusil; aussitôt
la jalousie tomba » t l'explosion se fît entendre.
Je reçus une balle dans mon chapeau. Voyant devant moi
iemaréclial duc de Trévise renversé de cheval, je couius et le
soutins dans mes bras.
M. MâBTiJV (du Nord) — Il est difficile qu'une personne
se soit trouvée contre la croisée; car la machine se trouvait
très rapprochée de cette croisée , dont elle occupait toute la
largeur.
La TEMOiu. — On peut . en se penchant , arriver jusqu'au
bord de la croiEée.
FiEsciu. — Il paraît que les balles font peur au témoin, et
eUes lui ont fait perdre la tête. Les canons étaient à fleur de
la fenêtre, et je les avais couverts avec un tablier. Il était im-
possible de les voir reluire entre la fenêtre et la macliine ; il ne pouvait tenir personne; et qui aurait d'ailleurs voulu restei' dans cette position? J'explique cette chose pour que la cour soit au courant, et ne juge pas sans savoir la vérité.
Le psesidext. — L'erreur du témoin s'explique par le trouble qu'on éprouve dans de pareilles circonstances.
Le TEMom. — Je'ne crois pas commettre d'erreur. Au moment où mes regards se dirigèrent vers cette croisée , il n'y avait aucun danger j car l'explosion est partie après que j'eus vu les canons.
Le PRESIDENT. — Je n'ai pas dit que vous ayez craint le danger. J'ai dit qu'au milieu d'une scène semblable, on peut fort bien ne pas avoir une idée bien nette de ce qu'on a vu.
FiEscHi. — Il n'y aurait que des personnes montées sur un arbre qui auraient pu voir dans mon appartement.
Le présidjînt. — La cour appréciera la déposition du témoin.
M. Troude, marchand d'estampes.
Le PRÉSIDENT. — N'avez-vous pas vendu une estampe représentant le duc de Bordeaux, quelques jours avant l'attentat.
R. Je puis l'avoir vendue, mais je me le rappelle pas.
On représente au témoin la gravure trouvée dans la chambre de Fieschi; il déclare en avoir eu de pareilles chez lui, mais il ne se rappelle pas en avoir vendu une à Fieschi , qu'au surplus il ne reconnaît pas.
Thiery, garde municipal. — Nous avions conduit au poste du Château-d'Eau un nommé Gibert, arrêté dans le café Barfety. On y amena Fieschi; on nous dit de le fouiller. Nous trouvâmes sur lui un couteau à plusieurs compartimens , un martinet garni de balles de plomb, 6 fr. et quelques sous, et de la poudre fine.
Martin (du Nord). — Que dit-il quand vous remarquâtes cette poudre ?
Le TEMOIN. — Il avait perdu beaucoup de sang, il était très faible et tourné du côté de son camarade. Il a répondu que c'était pour la gloire; mais je n'ai entendu qu'imparfaitement. Il l'a dit en présence de M. Boquet, qui a été mieux à portée de l'entendre que moi.
Levy. — Sur les midi et demi , j'étais au poste du Châteaud'Eeau, lorsqu'on y a amené un homme blessé et couvert de
sang. On voulait le tuer, je l'ai préservé autant que j'ai pu, et je l'ai fait entrer dans le violon , où je suis entré avec lui et plusieurs gardes nationaux. Je lui ai demandé: Qui êles-vous? Il m'a répondu que ça ne me regardait pas, et qu'il répondrait quand on l'interrogerait. Lui ayant demandé d'où venait le sang qui le couvrait, il m'a dit que c'était un garde national qni lui avait donné un coup de baïonnette. J'ai vu fouiller cet individu, el on a trouvé sur lui un martinet, un couteau et de la poudre : on lui a demandé à quel usage il destinait la poudre saisie; il a répondu que c'était pour la gloire.
Martin (du Nord , à Fiesclii). — Reconnaissez-vous avoir tenu ce propos ?
FiEsCHi. — Il est possible que dans ce moment je l'aie dit mais je n'ai pas dit qu'un garde national m'avait donné un coup de baïonnette ; il y en a un qui m'a donné un coup de poingj je lui pardonne; je rends grâce au témoin et à ceux qui m'ont défendu.
J'ai dit aussi que la justice seule avait des droits sur moi; mais je ne me rappelle pas avoir dit que c'était pour la gloire. La gloire se trouve au champ de bataille, et non pas dans une affaire comme celle-là.
Le PRESIDENT, à Pépin. — J'ai oublié de vous psrler d'un ouvrage trouvé chez vouî. ouvrage qui est assez remarquable : c'est l'Histoire de la conspiration des auteurs de la machirie infernale du 3 nivôse. Expliquez comment ce livre se trouvait chez vous.
Pépin. — J'ai déjà , je crois, eu l'honneur de donner quelques explications à cet effet. Jamais je n'ai su que je possédais cet ouvrage, je n'ai jamais lu dedans. J'ai même prié M. le président de faire prendre telles informations qu'il croirait utiles pour s'assurer que ce qne je disais éta't la vérité.
Après la mort d'un de mes oncles, ma belle-mère me donna le reste d'une bibliothèque de son beau-frère , il se peut que cet ouvrage vienne de là. Il se peut aussi que ce livre se soit trouvé dans les vieux papiers que j'achète ; mais je n'ai jamais lu dedans. Je demanderai à M. le président s'il n'y a pas dessus ex libris Delaunay ?
(Vérification faite sur le volume, cette mention n'y est pas trouvée.)
TJ« des ddfenseurs de Pépin fait reiAarqùer qu iî n'y avait ^u'un voliimé de l'ouvrage.
Lti riîEsm'KNT. — Les deux témoins qui viennent ensuite sont le sSeur Salomoti et sa femme, porlieis de la maison où i'at- ^enftat a etc commis. Tous les deux sont décédésj mais comme 3s oùt déposé sous la foi du serment, on va donner lecture de lears dépositions.
M. Le greffiei' en chef donne lecture des dépositions faites par le-3 époux Sàlmon.
Salmon (Pierre), âgé de quatre-vingt-un ans, concierge de la maison du n. 5o, boulevart du Temple (alors inculpé), interrogé le 29 juillet 1835 par M. d'Archiac, juge d'instruction).
» Y a-t-il long-temps que vous êtes concierge dans cette maison ?
R. II y a dix ans.
B. Vous devez bien connaître tous les locataires de la maison. Quel est le propriétaire de cette maison ?
R. C'est M Billecoq, demeurant luc Godot-Mauroy. Ce n'est pas lui qui administie cette maison, c'est M. Dallemagnc^ qui demeure rue du Mont-Bianc j seulement il me laisse louer les petits appartemens et je hù rends compta.
D. Est-ce vous qui avez loué au nommé Gérard? . R. Oui, monsieur 3 il y a quatre mois qu'il occupe un logement de trois pièces au troisième étage, moyennant 5oo francs par an.
J). Vous doit-il dss loyers?
R. Non, monsieur j il m'a payé d'avance un demi-terme en entrant, et l'autre demi-terme il y a un mois.
D. Pour quel motif vous a-t-il payé d'avance en entrant?
R."' Parce qu'il n'a apporté aucun meuble dans son appartement.
1). Ne lui voyant pas aj)porter de meubles dans sdii appaite- .ment, cela a dû vous paraître étrange ?
R. Oui, monsieur; il m'a dit qu'il attendait sa fenJiùe venant du Midi, qui achèterait elle-même des meubles.
î). N'y avait-il aucune espèce de meubles chez lui?
R. Il n'y avait que quelques chaises et un matelas.
I). Monticii-vous quelquefois dans son ; ppartement?
R. Je n'y suis jamais entré, sevdement j'allais queltjuefbis dans sa cuisine.
D. Puisque vous n'entriez jamais dans son appaileuaent comment saviez-vous qu'il n'y avait que deux chaises tt ua matelas ?
R. Parce que je n'ai vu entrer que cela.
D. Recevait-il beaucoup de monde chez hii.
R. Il ne recevait qu'une jeune fille d'une vingtaine .d'années, borgne; ils sortaient ensemble tous les dimanches > sur les six heures du soir, quand ils avaient diné.
D. Est-ce qu'il mangeait chez lui?
R. Oui, monsieur; il faisait sa cuisine lui-même.
D. Ne recevait -il pas d'autres personnes que celle doutvDus venez de parler ?
B.. Il recevait une autre femme , couturière et habille'e tes ncMr, de vingt-cinq ans environ,
D. Celte femme venait-elle souvent chez lai?
R. Elle y venait de temps à autre ; mais il y a une qainzaâne de jonrs, elle a resté pendant six jours à travailler.
D. Pourriez- vous me donner les noms et adresses de ces deux femmes?
R. Non, monsieur.
D. Ne recevait-il { as des hommes chez lui?
R. Il ne recevait qu'un homme d'enyiron briquante . ans, qui se disait son oncle? il était d'une taille ordinaire; je ne puis pas trop vous dire s'il était était brun ou blond, car il ne s'arrêtait jamais dans ma loge, et son neveu m'avait dit de lui dire que chaque fois quil viendrait le voir, de frappera la porte, et qu'il lui ouvrirait.
D. Gérard ne vous a-t-il pas fait connaître queK était -soa état?
R. Il m'a dit qu'il était mécanicien, et i^u'il avait !e projet d'acheter un fonds de magasin après l'arrivée de sa femme.
B. N'arvez-YOus|)as vu Géi;ard faire apporter chez lui une malle ?
R. Oui, «lonsieur.
D. Quelle était la grandeur de cette malle?
R, Elle pouvait avoir quelques peJs et quelques pouees.
D. Qui est-ce qui l'a portée chez lui?
R. TJn commissionnaire. wow-j :
D, Connaissez-vous ce commissionnaire?
R. Non, Monsieur, et je ne pourrais le reconnaitre lors même qu'on me le présenterait.
D. Combien y a-t-il de temps qu'il y a apporté cette malle?
R.Il y a cinq ou six jours.
» D. Que vous a-t-il dit en apportant cette malîe?
» R. Il ne m'a rien dit à moi; mais il a dit à m;i fille : c'est l'avant-garde qui arrive, en parlant de sa malle.
» D. N'avez-vous pas vu remporter celte malle?
» R. Oui, monsieur 5 mardi matin, à neuf heures, avant la revue, un commissionnaire qui l'accompagnait est venu la prendre chez lui j mais j'ignore si c'est Is même que celui qui l'avait apportée.
» D. N'avez-vous pas vu apporter du bois chez lui?
» R. Il y a deux mois environ , je l'ai vu lui-même apporter deux morceaux de bois de quatre pieds et demi de longueur et d'un demi-pied de large.
» Lui avez-Tous demandé ce qu'il voulait faire de ces deux moi'ceaux de bois?
s R. Il m'a dit qu'il voulait en faire une mécanique,
» D. Consentez-vous à rester en état de mandat d'amener?
» R. Oui, monsieur.
Autre interrogatoire du même subi à Paris le 5 août i855, devant M. Zangiacomi, juge d'instruction délégué.
1) D. N'avez-vous pas remarqué un jeune homme nommé Victor qui , à ce qu'il paraît, venait souvent chez le nommé Gérard?
• R. Je sais qvi'un individu de ce nom est venu quelquefois «hez Gérard , mais je n'y ai point fait attention.
« D. Pourricz-vous reconnaître cet individu s'il vous était représenté ?
» R. Je ne le crois pas.
» D. N'avez-vous pas vu venir quelquefois chez Gérard un homme se disant son oncle?
» R. Oui, monsieur, je le reconnaîtrais bien; c'était un homme d'environ cinquante-cinq ans , ayant souvent une redingote bleue , un chapeau gris et un pantalon blanc.
»*Nous faisons amener dans notre cabinet le nommé Morey ; le témoin déclare ne l'avoir jamais yu.
» Nous descendons ensuite à la Conciergerie , où nous avons repre'senld au témoin le nommé Victor Boireau : il n'est pas reconnu par Salnion.
» La femme Salmon , présente à ces confrontations, a déclaré ne reconnaître ni le nommé Morey , ni le nommé Boireau , pour les avoir vus dans la maison où elle est portière. >•
Déposition du même.
« Le monsieur qui se disait l'oncle de Gérard avait un chapeau noir à larges bords , dont la forme n'était point élevée j il peut avoir une cinquantaine d'années ; il grisonnait un peu.
» Lorsqu'il sortait de la maison , il allait du côté de la Bastille.
» Gérard était à la porte à me parler un quart d'heure avant le passage du roi.
» Peut-être une heure , une heure et demie auparavant , il adonné une malle à un commissionnaire qu'il est allé chercher lui-même ; il ne l'a pas suivi loin.
» Cette malle avait été apportée chez lui le samedi précédent, à ce que je crois.
» Nous représentons au témoin la malle saisie au domicile de la fille Lassave; nous lui demandons s'il la reconnaît.
» Le témoin dit qu'il croit bien que c'est celle-là qu'on a apportée et qu'on a remportée ; il n'y en avait pas d'autre que celle-là.
» Nous représentons aussi au témoin le pantalon et la redingote saisis au domicile du sieur Vauvert , et devant avoir été trouvés dans ladite malle par la fille Lassave. Le témoin dit qu'il ne croit pas que ce pantalon et cette redingote aient appartenu à Gérard , ou du moins qu'il ne les lui a jamais vus.
» Lecture faite, a déclaré ne savoir signer.
« Femme Salmon (Julie Saillant), âgée de soixante-dix ans, portière , demeurant à Paris , boulevard du Temple , n° 00. (Alors inculpée.) (Interrogée le 29 juillet i855, par M. Duret d'Archiac, juge d'instruction.)
» D. Connaissez-vous le nommé Gérard , qui demeure dans votre maison ?
R. Oui, monsieur, et j'ai déjà été interrogée hier par un juge
23o d'instruction qui a la croix, â l'occasion de l'^vëuemeiit faueste qui est arrivé dans noire maison , et j'ai dit ce que je sa^fais à monsieur votre collègue, et je ne pourrais que vous dix'e ce que j,e lui ai dit.
» Consentez-vous à rester en e'tat de mandat d'amener jusqu'à nouvel ordre?
R. Oui , monsieur.
Dame Salmon (née Julie Saillant), âgée de soixante - dix ans, concierge de la maison n'* 5o, boulevard du Temple, à Paris, entendue le 7 août l855 , devant M. Legonidec , juge d'instruction , délégué.
» Trois ou quatre jours avant l'événement du 28 juil!et, un individu, prenant le nom de Victor et se disant mécanicien , est venu demander Gérard; celui-ci était sorti; il engagea ma fille à informer Gérard de sa visite; en ajoutant qu'il était «oirami. Je n'ai pas remarqué la tournure de ce jeune homme et je n'ai pas vu sa figure , e;î sorte que je ne puis donner aucun renseignement sur l'indentité de cet homme avec l'iudifidu que vous me représentez sous le nom de Victor Roger : ce dernier m'est inconnu. Au surplus, Achille, garçon de eafë chez Fe sieur Périnet , m'a dit qu'il i-econnaîtrait parfaitement ce Victor, s'il lui était représenté. Je lui ai dit que, cela étant , il serait certainement appelé ; mais il m'a dit qu'il ne dirait rien, parce qu'il avait assez d'avoir été une fois làbas. Il voulait parler de la Préfecture. Je lui ai demandé ce qa'ii ferait si ce jeune homme lui était amené; il a répondu qu'alors ce serait différent. »
li'audience est levée à cinq heures et demie, et renvoyée à demain midi.
ClNQUlEMi: AUDIENCE. — 3 FEVRIEA.
Sommaire. — Nouvelles déclarations de Fieschi. — Confinuation des dépositions . — Dépositions de Sophie Salmon et de Nina Lassave. — Discussions. — Dépositions de la fiU* Daurat.
A midi et demi les accusés sont introduits. A midi trois quarts la cour entre en audience.
M. le greffier en chef procède à l'appel nominal de MM. les pfirs.
Ne repond pas à cet appel M. le comte ce La Roclie -Âymon.
L^ p^iipsiDEjv.T. T-B,esGljer, levfzrVpqs ; Fie^çUi a dit que vous ai^çz dpnûd asilç A un ^Vadé de Sainte- Pélagie. Rcconnaiseezvons la véracité de ce fait ?
R. Oui, ni pnsieur.
D. Pouv^z-yoii$d«re qv^l éjlait cet e'vadé?
R. Jene me le rappelle pas bien, jo ne me souviens pas du nom, du moins en ce moment; c'était un de mes anciefjs ouvriers, un de mes am.is (légère rumeur); c'étai'^Caiiuzac. Il est venu clipz ^loi à quatre heures du malin. Je l'ai g^rdé jusqn'aa soir. Je lui ai dit de s'en aller, parce qu'il risquait fort d'être arrêté en restant cl^çz moi , ce dojot jo ne nie souciais certes pas.
p. Elie^-vcius allé à Sainte-Pélagie depuis votre sortie de prison ?
R. Non.pionsieur.
l^t:icz-\o]is infjCH'jné g ^'ay3f)ce de réyq^ion ?
R. Oh non ! J'ai même été fort étonné dejevoir; je le croyais en liberté.
J). Avex-vQUS su si d'autres évadés ont couché chez Boirepu?
R. Non, monsieur.
- Le PRÉsiDEiNT. — Fieschi, l'injerrogatoive que vous avez entendu hier nae met dans le cas de von» adressxr quelques qouvellcs questions sur les circonstances immédiates de votre at-; tentât Qui a foMrni le tablier placé sur les canons, et dont riea n'apiosenté les traces, à ce qu'il me semble, dans le coqrs de l'instruction? Quel était ce tablier , comment se trouvait-il dans la chambre ?
Fieschi. — C'était un tablier de la couleur de ma blouse. .Te ne mesouviers pas d'où il venait; j'en avais deux quand je travaillais à la fabrique de papiers peints. Vous av^z vu les erjpeuri&qu'ona faites quant aux chapeaux. On a dit qu'il y avait deux ou trois chapeaux. Je sais qu'il y en avait un j quant au tablier, je ne puis dire ce qu'il est devenu. J'avai.« mis le tafeliçr sur les canons quand j'ai ouvert la pcrsienne et lorsque j'ai aperçu M. Ladvocat. J'avais mis le tablier, parce que «l'une fenêtre parallèle à la mienne on aurait pu voir les canons , quoique cela eut été difîicile. Après avoir vu M. Ladvocat je m'iétais
a3a retiré , voulant renoncer à mon attentat; j'entendis battre le tambour et je revins. Je m'aperçus que la douzième légion partait. Je fis alors mes réflexions. J'étais ennuyé depuis longtemps de ma position, comme j'ai eu l'honneur de vous dire. C'a été mon malheur. J'avais le tableau de Pépin et de Morey ' devant les yeux. On dira que lu es un lâche... autant cesser de vivre aujourd'hui que demain ..je mis le feu ; je crois même que le tablier était encore sur les canons. Il est bien possible même que ce soit le tablier qui est la cause que les canons de droite n'ont pas parti, il aura en cet endroit écarté sans doute la traînée de poudre. Quant à ce tablier, dont je n'ai pas parlé, je suis fâché que sur ce point vous me trouviez en erreur , depuis la première fois que vous m'interrogez.
Le presidewt. — Dites-nous ce 'qui s'est passé immédiatement après l'explosion et les Wessures graves que vous avez reçues; lorsque vous vous êtes relevé, si vous êtes tombé par terre , ou lorsque vous avez repris vos sens, pour gagner la fenêtre et vous sauver. Pouvez-vous donner quelque.sjdétailssur cet événement si court et si grave?
FiESCHi. — Je ne suis pas tombée quoique ce fût un atout un peu solide. Je suis resté à pied. J'ai porté la main à la tête ' où j'avais été un peu touché; j'ai appuyé ma main gauche du côté du mur en marchant toujours. Mon sang coulait beaucoup; je me rappelle que j'ai frotté tout le mur. J'ai été à la 4»orte, j'aiattrappé la coi'de, j'ai descendu. Je me rappelle fort bien quand je suis arrivé sur le bord du toit; je reconnais l'agent qui m'a arrêlé et conduit au corps-de-garde , je me rappelle je brave grde national qui m'a donné un coup de poing, coup de poing que je lui pardonne; je me rappelle très bien le maréchal-des-logis qui mit le garde national à la porte.
Je me rappelle ensuite qu'un officier dit : Il faut partir. Un autre dit: Quel chemin prenons-nous? La rue Saint-DetAs? — Non, prenons un autre chemin. — Je sais que nous prîmes le pont Louis-Philippe. Quand je fus sur le pont Louis-Philippe, je levai le rideau et me reconnus. Je dis en moi-même: Si on voulait me jeter à l'eau, je boirais un bon coup, et çà serait fini. Je comprenais fort bien les conséquences de l'affaire. En arrivant à la Conciergei ie , que je connaissais pour y avoir travaillé^ is savais bien que je n'en sortirais que pour aller à l'échafauû. En arrivant à la prison, on m'a déshabillé, et fal-
lait voir comme les gardiens y allaient ; c'étaient comme quatre chiens qui tirent chacun de son côte. Je n'ai pas perdu un seul instant connaissance.
Le président. — Après l'explosion , n'avez-vous pas eu la tentation de regarder par la croisée ?
FiESCHi. — Non pas; j'ai fait aussitôt demi- tour. J'ai encore un mot à dire. J'ai dit la vérité jusqu'ici, et je la dirai encor(-. Bescher, en me parlant de l'évasion de Sainte-Pélagie, me dit qu'il n'approuvait pas cette évasion.
Le président. — Morey, vous avez entendu que Bjscher a déclaré que le passeport pris par lui l'avait été à votre demande, et que vous aviez servi de témoin avec Veyron, qui, comme vous, faisait partie de la société des Droits de l'homme. Cela n'est pas douteux, le nom de Veyron s'est retrouvé sur la souche du passeport. Veyron n'a- t-il pas joué un rôle plus actif dans l'affaire où vous êtes si malheureusement engagé? S'il y a pris quelque part, vous devez le dire i\ la justice. Il est de votre intérêt de dire toute la vérité.
MoRKY. — Moi , je n'ai aucune connaissance de cela.
Le PRESIDENT. — Vous avez entendu Pépin convenir du voyage qu'il avait fait dans les premiers jours de juillet. Il paraîtrait que vous l'auriez accompagné au moins pendant une partie du voyage. Vous rappelez-vous sur ce point quelques circonstances ?
(L'accusé , dont les réponses sont reproduites par M. de |a Chauvinière , répond qu'il croit , autant qu'il peut se le rappeler, avoir été avec Fieschi jusqu'à la diligence. )
D. Saviez-vous quel était l'objet du voyage de Pépin ?
R. Pépin m'a dit seulement qu'il allait dans son pays 3 mais il n'a nullement indiqué l'objet de son voyage.
D. Je vous ai interrogé sur l'expérience de la traînée- de poudre faite dans les vignes du côté du Père-Lachai^e. Celte expérience doit être gravée dans votre esprit , comme chasseur déterminé et habile tireur. N'avez-vous pas souvenance de cette expérience ?
MoREY. — Je n'ai aucune souvenance de cela.
Lb PRESIDENT. — Fieschi , oi!i vous êtes-vou» procuré la corde qui a servi à votre évasion ?
R. Rue d'Angoulême.
Le PRESIDENT. — Ne TOUS souvenez- vous pas d'avoir dit dans
l'instrustion ces paroles : Le gouvernement n'a qu'à bien se tenir, c'est le parti carliste qui a l'argent. Il a fait faire des pétards où il y avait douze balles dedans. Je connais l'hominç qui a fait cela. Pourriez- vous donner là -dessus des détails ?
FiESCHi. — Pas plus qu'alors, mais autant. J'ai dit que lorsque j'e'tais chez Morey , on parlait un jour des affaires de juin. Morey parlait avec Bescher , Bescher dit : Il y a un nommé Hertfjrt, un décoré de juillet, qui, à ce qu'il paraît, est comme les confiseurs , vend des dragées pour tous les baptêmes. A cette époque , il aurait eu l'argent des carlistes. Je ne vois pas que Bescher soit mon complice , mais peut-être sa conscience le poussera à dire la vérité. Il vous dira qu'il a dit qu'Herfort avait fait des pétards chargés de douze balles pour jeter dans les pelotops de cavalerie, qu'il l'avait vu uu jour près de la Madelaine avec un sac d'argent, que Hertfort lui en avait offert, et qu'il avait accepté 5 francs j qu'il av^it clit eij|in que Hertfort avait bien fait son affaire , qu'il avait çvi les éçus des carlistes , qu'il était établi après avoir été ouvrier.
M. Martin (du Noi'd) — On a cherché cet Herfort^ on ne l'a pas trouvé.
Le président. — ■ Bescher. ayez-vous connaissance de ce fait?
R. Je ne m'en souviens pas.
D. Ces faits sont positifs. Ils sont graves et ont dû j-ester darjs votre mémoire?
R. Je sais bien qu'Herfort a fait dçs cartouches ; mais je n'en sais pas plus long.
D. Connaissez-vous ce HerforJ; ?
R. Oui.
D. Que faisait-il ?
R. Il était coutellier, il travaillait de son état.
D. A quel parti appartenait-il?
R. Il travaillait pour notre partie, pour les relieurs et les papetiers.
D. Je vous demande à quel parti politique appartenait-îl?
R. Au parti républicain : il le disait du moins.
D. Savez-vous où il demeure?
R. Dans l'enclos Saint- Jean de Latran, .
D Savez-vous s'il y demeure encore ?
^. Qui.
Le pkésidetît. — aux greffiers: Prenez note.
Bescher. — Il est possible de !y trouver, il est fort connu.
FiEscnr. — Herfort est venu chez Morey qu'il connais,sait comme cle'core de Juillet. Quand j'ai vu entrer un cadet com-r me celui-là, avec de grosses moustaches noires , je me suis dit: Cela vient peut-être de la préfecture de police. Morey dit : je ne vois pas cet homme avec plaisir depuis ce qu'il a fait en juin. C'est alors qu'il a parié comme on vient de le dire.
Le PRESIDENT. — Qui vous avait donné le conseil de mettre dans la chambre un portrait du duc de Bordeaux et, des feuilles carliste.-^?
FiEsciir. — ■ C'est Morey, ce n'est pas Pépin; çà ne me convenait guère, ce fut Morey qui le proposa.
Morey — Ce n'est pas vrai.
Le PRtsiDENT. — ABescher. Vous rappelez-vous ces faits relatifs à Herfort, dont vient déparier Ficschi.
Bescher. — J'ai eu une fièvre cérébrale et j'ai très peu de mémoire.
L'audition des témoins continue.
Sophie Salmon , ouvrière en linge. (Ce témoin est la fille des sieur et dame Salmon, portiers de la maison du boulevar' du temple n. 5o, décédés depuis le 28 juillet. )
Très-malin, le 28 juillet, j'étais dans ma chambre, dont la porte était fermée. Gérard fit venir un commissionnaire, et lui dit: Vous aller emporter cette malle-là. Le commissionnaire dit : Où la porter ? Gérard dit : emportez-la toujours. Mais pour la porter, il faut savoir à quelle dej^tination. Gérard dit : Portez-lîf au roulage, et je vous paierai si vous ne voulez pas la porter , j'en trouverrai un autre. lis sont descendus ensemble. Dans la matinée Gérard vint à côté dé nous , au moment où la revue a commencé. Il nous dit : Vous allez donc voî'^ passer votre Roi. Nous nous sommes approchés de la chaussée , et Gérard nous a quittés- et quelques instans après, j'ai entendu les coups de fusil! Je ne savais pas que cela vîntdech(z nous. Je dis : Oh i mon Dieu î'ils vonttuer le Roi ! Ma télese troubla , je YOiilas rentrer, les gardes nationaux m'en empêchèrent. Cet événement a fait une telle impression à ma mère . qu'elle a éprouvé un accid <nt très grave dotitelle est morte te 10 uécmbre. Le i4 décembre suivant mon père est mort de la suite de la mort de maman.
23G D. Ayez-vous quelque chose à dire sur les personnes qui venaient voir Fieschi ?
R. II venait l'oncle , celui qui est venu avez Gérard pour Jouer Ja maison. '^
B Avez-Yous vu monter d'autres personnes? R. Je n'ai jamais vu monter que cet homme-là. La veille du coup , il y est monté à neuf heures et demie du soir. Je ne l'ai pas vu ressortir, et je ne puis dire s'il y a couché.
D. .\vez-vûus vu la figure de cet oncle ?
R. Non, je n'ai jamais pu remarquer que sa tournure. Il avait toujours un grand chapeau sur sa figure ; et il prenait la rampe aussitôt qu'il arrivait. Je ne l'ai jamais vu que par derrière.
D. Venait-il beaucoup de monde demander Fieschi?
R. Il venait des femmes. Il en venait deux ou trois.
D. Il n'est pas venu d'hommes le demander ?
R. Non j il ne venait aucun homme ; je n'ai vu venir que l'oncle.
B. Quel était Tâge de l'oncle?
R. Quaranlc-cinq ans à peu près, comme çà à peu près. D. Quelle était sa taille.-'
R. Il n'était ni grand, ni petit; il était d'une taille moyenne.
D. Était-il gros?
R. Oui, Monsieur.
Le témoin confronté à Morey le regarde fort long-temps avec beaucoup d'attention; on fait lever Morey , on le fait retouiner ; on lui fait mettre son chapeau.
Le président. — Reconnaissez-vous dans cette personne l'oncle dont vous avez parlé ?
Le témoipt. — Oui, monsieur; c'est sa tournure.
M. Martin (du Nord). — Est-ce qu'il ne s'est pas présenté quelqu'un pour demander Gérard?
R.Oui, Monsieur 5 il est venu quelqu'un la veille au soir. Il a demandé Gérard; je lui ai dit : Il est sorti, il est allé conduire son oncle. Il s'en allait , je l'ai rappelé, et je lui aî^ dit : Si c'est quelque chose qu'on puisse lui dire. ... Il me réponlit : vous direz que c'est Victor, sou ami. Il saura bien qui , c'est le mécanicien.
D. Est-il venu deux lois?
R. Je ne l'ai vu que cette fois-là.
Le président. — Approchez vous et regardez de près Boireau : vous avez la vue basse. (Boireau se lève.)
Le témoin. — Je ne puis dire si c'est ce monsieur-là ^ j'étais à travailler, je ne l'ai pas examiné. Il y a cinq marches pour monter à la loge. Il avait une espèce d'habit bleu^ vin pantalon passé. Il avait l'air d'un ouvrier.
D. Boireau, comment étiez-vous habillé ce jour-là ?
R. J'avais un habit noir et un pantalon blanc.
Martin (du Nord.) — Voilà quelle a été dans l'instruclion la déclaration de la demoiselle Salmon à cet égard.
« Nous avons fait entrer la demoiselle Sophie Salmon, déjà entendue, nous hii avons demandé si elle reconnaissait quelqu'une des personnes ici présentes. Examen fait desdits individus, la comparante dit, en regardant le nommé Boireau : Voilà le nommé Victor, que j'ai vu plusieurs fois avec Gérard et qui est venu demander cet individu, le 27 juillet, dans la soirée, sur les neuf heures et demie. C'est bien là sa taille et sa tournure , mais je n'ai pu, attendu l'heure avancée, remarquer parfaitement .son visage.
))D. Comment se fait-il que vous reconnaissiez aussi complètement aujourd'hui cet individu que déjà plusieurs fois vous avez dit n'être pas sûre de reconnaître ?
•R. C'est que j'ai essayé depuis de rappeler mes souvenirs, et je crois être bien sûre de ce que je dis. »
Le TÉMOIN. — Je ne reconnais pas dans M. Boireau l'ouvrier qui est venu le 27 au soir^ mais je le reconnais pour avoir été un dimanche sur les boulevarts avec Fieschi, en sortant du café Périnet. Il avait ce jour-là un pantalon blanc et une redingote verte. Ils avaient l'air tous deux fort affairés. Fieschi faisait aller çà et là ses bras.
D. Quel dimanche avez-vous vu cela?
R. C'est le dimanche avant l'attentat.
M. Martin (du Nord). — Avez-vous vu, le 28 juillet , entrer chez Gérard d'autres personnes que l'oncle ?
R. Non , il n'est entré personne.
D. Qui a loué l'appartement?
R- C'est Gérard avec son oncle. Il a dit qu'il arrivait de son pays , qu'il n'avait point de répondans. C'est Gérard qui a
i38 paye le terme d'avance , parce qu'on ne mcllait pas de meubles dans la chambre.
Boire vu. — Le jour aprèinio i arrestation , j'aîété confronte avec mademoiselle; elle a dit qu'elle ne tnc connaissait pas. J'ai dit , quand elle a e'té partie , à M: Zangiacomi : «Faitesmoi l'amilié de faire rentrer le te'moin , qu'elle vous dise bien encore qu'elle ne m'a pas vu. « M. Zangiacomi dit : «Ce n'est pas la peine. » Ainsi M. Zangiacomi attachait peu d'importance à celte circonstance.
M* DuPOJVT. — M. le pi'ocureur-généi-al vous a lu une de'position du 8 octobre. Remarquez cette date^ le te'moin a dit alors : «Je crois reconnaître la personœ que vous me représentez; c'est sa tournure, mais je n'ai pas vu sa figure. » Mademoiselle avait été confrontée deux fois antérieurement avec Boireau le i^^'août, trois jours après l'attentat, ses souvenirs devaient être présens. Elle a déclaré qu'elle ne le reconnaissait pas, Sa déclaration aujourd'hui cstencore plus précise , car elle dit : « Celmi que j'avais vu le dimanche d'auparavant, n'est pas celui que j'avais vu la veille. »
Martin (du Nord). — Le témoin n'a pas dit cela. Le témoin dit : « Je reconnais parfaitement l'accusé pour être venu la veille, mais je ne le reconnais point pour être l'individu qui est venu le dimanche qui a précédé de dix jours l'attentat. » Elle ne dit pas qu'elle est sûre que ce ne soit pa« le même.
Le PRESIDENT. — Etes-voas certain que l'individu qui est venu dix jours auparavant n'est pas le même que celui qui est venu la veille.
Sophie Salmon. ■ — Je ne le reconnais pas pour être venu la veille, mais seulement pour s'être promené un dimanche avec Gérard.
D. Vous avez dit que la promptitude avec laquelle il a disparu et l'obscurité de l'allée ne vous avaient point permis de le bien remarquer j ainsi vous ne pouvez assurer que ce soit le même ?
R. Je ne puis pas l'assiu'er.
Me Dupont. — Je tirerai de ce fait , dans ma plaidoirie, des conséquences que je développerai.
Le président. '— Fieschi , vous souvenez-vous de vous être promené avec Boireau le dimanche indiqué ?
B.. Boireau me faisait appeler lorsqu'il venait. Je ne me pro-
menais pas sur le boulevard , j'allais de côté et d'autre ; je serai alld probablement \evs le centre de la ville , ou du côté de la Bastille.
Dk Vous rappelez-vous être sorti avec Boii'eau sur le bou^levard après qu'il vous a fait de:îiander ?
B.. C'est encore là une chose qui a pu arriver; mais je ne me rappelle pas positivement le jour, j'ignore si c'est un dimanche ou un mardi.
Me Dupont. — Combien de fois Boireau est-il venu demander Gérard ?
Sophie Salmojv. — Je ne l'ai vu que cette fois-là. M^ Dupont. — Boireau ne montait pas , il demandait Fieschi au portier qui allait le chercher. Si Boireau était venu, la portière aurait du le savoir, et cependant elle ne L'a vu qu'une fois.
Le PRÉSIDENT (au témoin). — Etiez-vous la portière de la maison ?
Sophie Saimon. — Mes parens gardaient la porte pendant la journée , et moi j'allais souvent chez les voisines.
M. Dupont. — Je rappelevai les souvenirs du témoin sur une autre circonstance. Elle a dit qu'vm jeune homme est venu le dimanche soir vers onze heures, qui est monté avec Ficscbi dans son appartement, qu'il y est resté quelque temps et en est descendu. Comment a-t-elle pu savoir que c'était un jeune homme, puisqu'elle avoue que dans ce moment-là elle était dans sa chambre, et qu'elle ne l'a pas vu?
Salmon (Sophie). — Le soir, étant montée chez moi, j^entendis M. Gérard qui rentrait; il était aux environs de minuit; un monsieur l'accompagnait; ils sont montés, ils ont fermé la porte: au bout d'une demi-heure, Gérard luiaouvertla porte, et il est sorti; mais j'ai seulement entendu sans voir.
M. Dupont. — Rien ne dit au témoin que ce soit l'accusé Boireau,
Le PRÉSIDENT. ^ — Vous n'avez pas vu la personne qui l'accompagnait; comment avez-vous pu savoir si c'était un jeune homme ou un homme âgé ?
Salmom ( Sophie ). — J'ai entendu la voix d'un jeune homme.
Le président. — Fieschi, qu'avez vous à dire ?
EiEscui. — Je ne me souviens pas de celle circonstance^ mais
le témoin a bien pu entendre ce qui se passait chez moi, nos portes étant parrallèles.
Salmon (Sophie). — Presque sur le même carré.
FiESCHi. — Je ne me souviens pas que Boireau soit venu plus d'une fois. Je ne tiens pas plus à la condamnation de Boireau qu'à la raienncj je ne dis que la vérité.
*M. Dupont. — Lorsque le témoin a été confronté avec Morey, le l*' août, Morey était plus facile à reconnaître; il n'a- Tait pas encore subi la maladie dangereuse qui l'a accablé depuis, et cependant cette première lois elle ne l'a pas reconnu. Je prie le témoin de fixer l'attention de la cour sur les vêtemens, la tournure et le langage de la personne qui s'est présentée comme l'oncle de Gérard.
Salmon (Sophie). — Il avait un chapeau à larges bords et une redingote bleue.
M. Dupont- — Quel était son accent ?
Salmon (Sophie). — Un accent étranger.
Le président. — Est-ce le même que Morey?
Salmon (Sophie). — On me l'a présenté une fois; ce monsieur avait l'air un peu plus grand.
M. Dupont. — Je prie MM. les pairs de fixer dans leurs sonvenirs cette circonstance, que l'oncle de Gérard avait un chapeau à larges bords et une redingote bleue. Nous prouverons que jamais Morey n'a eu de chapeau à larges bords ni de redingote bleue. Enfin l'oncle avait un accent étranger.
M. Martin (du Nord). — Nous devons relever une erreur du défenseur. Le témoin confronté avec Morey a dit : Je crois bien que c'est lui, surtout lorsque je l'examine par derrière; c'est bien sa taille et sa corpulence; cependant je le reconnaîtrais surtout à son accent méridional. Le juge alors a adressé à Morey quelques questions auxquelles il a répondu; le témoin a bien reconnu la voix. Elle a répété aujourd'hui ce qu'elle a dit;[d'abord qu'il était de la taille et de la corpulence de l'oncle de^Morey.
M. Dupont. — Morey n'a point l'accent méridional ou élrangerj conséquemment ce n'est pas lui. .
Salmon (Sophie). — On m'a montré d'abord un homme avec une redingote bleue^ j'ai dit : C'est ne pas lui. Ensuite on m'a. montré un autre monsieur, et je di^ : C'est bien sa tournure, c'est lui.
Le président. — Vous entendez, Morey?
MoREY, — Oui, monsieur.
BoiREAU. — Le te'moin déclare avoir entendu la voix d'un jeune homme. Je demande si j'ai la voix d'un jeune homme; mon organe est plutôt celui d'un homme âgé.
FiEscHi. — L'obscurité de l'allée est telle que l'on ne peut distinguer si une redingote est bleue, noire ou verte, Je suis coupable, je ne liens pas à la condamnation de mes complices, mais à prouver la vérité de ce que je dis,
M« Dupont. — Le témoin a dit que la redingote était bleue, ajoutez à cela le chapeau à larges bords et l'accent.
M. Martin. — Effectivement la loge du portier est dans un endroit très enfoncé et très obscur,
M. Martin. — Bescher, vous avez dit tout à l'heure qu'une maladie vous avait ôté la mémoire j vous ne vous rappelez pas avo ir fait des pétards , mais des cartouches j à quelle époque ?
Bescher. — Il y a très long-temps ; il y a trois ans.
M. Martin (du Nord). — Qui vous les avait commandées ?
Bescher. — Je ne sais pas à qui je les ai remises. C'est Herfdrd qui me les a commandées.
D. Y en avait-il une grande quantité ?
B.. Peut-être une dixaine.
Le président. — Huissiers , faites entrer la Nina Lassave. (Mouvement général et très prononcé de curiosité.)
Nina Lassave est introduite 5 elle est coiffée d'une capote de gros de Naples vert ^ sa mise est assez recherchée; elle déclare se nommer Virginie- Joséphine-Nina Lassave , âgée d« dix-neuf ans , sans profession, demeurant rue de Long-Pont,
Le président. — Dites , en parlant suivant votre conscience , tout ce que vous savez sur les faits qui se sont passés le jour de l'attentat et sur ceux qui l'ont précédé ou suivi , et dont vous avez une certitude complète. Parlez sans vous troubler, et je TOUS le répète , dites toute la vérité.
Nina Lassave. — Dans les premiers jours d'avril, Fieschi vint me voir à la Salpéli'ièrc , et me dit : Maintenant je te recevrai chez moi ; je viens de louer un logement sur le boulevart du Temple ; mais , pour la première fois , viens me'prendre chez Pépin . Quelques jours après , il m'avait donné lendezvous dans la boutique de Pépin ; j'y allai pour acheter un demi* II. 16
quarteron de sucre ; Fiesthi m'apercevant est venu me joindre. Deux dimanches après, j'allai pour la dernière fois cheis Fieschi ; je le trouvai dans une salle dont la fenêtre donnait sur le bouievart. J'y vis des morceaux de bois ou de planches; Je lui demandai ce que c'était : Fieschi me dit que c'e'tait un métier pour faire des cordons. Je lui dis : Tu as comme cela la manie d'acheter des rae'tiers, que tu vends ensuite moins cher qu'ils ne l'ont ccûle'. Il me répondit : Sois tranquille , il n'en sera pas de même de celui-là.
Le dimanche 26 juillet, je fis encore chez Pépin la même chose , j'achetai du café. Fieschi me suivit et nous allâmes k son logement; je restai deux heures avec Fieschi, je vis la machine montée vis-à-vis de la croisée, et je dis à Fieschi: Eh bien! tu vas donc travailler sur ton métier? Fieschi répondit qvje ovii , mais il avait l'air fort ti'oubîé. Fieschi me conduisit l'après-midi chez Agarithe, et dit : Allez vous promener ensemble. Il promit de venir me reprendre le soir chez Annette Bocquin , pour me recçnduire à la Salpe'trière. Je sortis avec Agarilhe cjui allait à la place Cambrai. Nous prîmes une favorite jusqu'au haut de la rue de la Harpe. Agarithe entra dans une maison du côté de la place Cambrai : je l'attendis dans la rue, et nous allâmes ensuite diner chez un petit traiteur. Le soir je voulus aller chez Annelte Bocquin où Fieschi m'avait donné rendtz-vous. Il m'avait indiqué la rue Saint- Pitrre au lieu de la rue Neuve-Saint-Sébastien : je chercliai long-temps. Fie.schi m'ayant manqué de parole, je me promenai un peu devant le canal , puis je partis seule à neui heures, et me rendis chez lui. Ne le trouvant pas, je recommandai à la portière de lui dire que j'étais venue. La portière me dit : Il est sorti , il paraît que ce monsieur ne le quitte pas. Je retournai seule à la Salpétrière.
Le dimanche 16 juillet, j'ai remarqué aussi une malle qne Fieschi m'a dit appartenir à un de ses smis. Il m'avait aussi dit de lui donner une clé que j'avais, paice qu'il avait perdu la» sienne.
Le lendemain lundi, m'ayant défendu de monter chez lui, je me présentai chez le portier qui me dit qu'il venait de scjrtir, je dis à la portière : « Vous direz à Gérai'd que je suis rue » Mcilay, n. 65, chez Agarithe, '> Je me rendis chez Agarithej je- ne la trouvai pas chez elle, tt je revins au boulevard au
Temple. A quelque distance de sa demeure et du côtd de la Porte-Saint-Martin, j'aperçus Fieschi attable' avec Morey sous la tente d'un café, et buvant, je crois, de la bière. Fieschi, qui m'avait aperçue, vint à nnoi, laissant Morey à la table, et s'excusa de ne pas m'avoir rejointe hier, suivant sa promesse, et de m'avoir indiqué par erreur la rue Saint-Pi^rre au lieu de la rue Neuve-Saint-Sébastien. II médit: Je ne puis te parler dans ce moment, je suis avec Morey. 'Il me donna cent sous pour le cas où j'aurais besoin d'argent. Je me rendis rue Neuve- Saint-Sébastien chez Annette Bocquin. Fieschi m'avait dit qu'il me rejoindrait peut-être dans dix minutes, peut être dans trois heures^ à trois heures Fieschi arriva, A peine était-il avec nous, qu'il voulut s'en aller, prétextant des affaires 5 je 'engageai à attendre quelques instans. Je lui dis qu'Annette était sur le point de terminer une chemise, et qu'il nous accompagnerait toutes deux sur les boulevards. Il témoignait beaucoup d'impatience; cependant, après beaucoup d'instances, il resta. La chemise fut bientôt terminée; il nous conduisit jusque de l'autre côté du boulevard, nous quitta en me disant qu'il viendrait me prendi'e le lendemain à la Satpétrière vei*« midi. J'y restai jusqu'à neuf heures; Fieschi avait promis de venir me chercher, il ne vint pas; je pris alors un cabriolet qui me conduisit à la Salpétrière.
Ne comptant pas que Fieschi viendrait me chercher le mardi, je sortis de la Salpétrière à onze heures du matin avec la dame Leroux et son petit garçon.
Il était midi et demi lorsque nous arrivâmes sur le boulevard du Temple. Environ trente pas avant d'arriver à la demeure de Fieschi, nous entendîmes un grand bruit, nous vîmes tout le monde épouvanté; on disait dan-s les groupes et partout qu'on venait de tirer des coups de fusil sur le roi.
Quelques circonstances me vinrent à l'esprit, et je craignis que Fieschi ne fût l'auteur de l'attentat. Nous continuâmes notre chemin, et, arrivées sur le boulevard, en face de la maison habitée par Fieschi, on me montra la fenêtre d'où le coup était parti, et alors je n'eus plus de doute.
Je courus chez Annette et lui fis part de révénemenl; elle le connaissait déjà, et elle me dit que déjà elle s'était doutée que l'attentat avait été commis par Fieschi. Nous soriîmes ensemble pour aller sur le koulevard; nous vîmes beaucoup de
monde à la porte de Fieschi; je voulais entier dans la njaîson» espe'iant encore que ce n'était pas lui; mais je n'entrai pas, et je revins avec Annette chez elle.
Le soir, j'allai à la Salpétrière , je pris mes effets les plus essentiels , et je retournai prèa d'Annette. Je restai avec elle sans sortir jusqu'au lendemain matin. Vers la fin du mois d'avril, Fieschi m'avait dit que s'il lui arrivait malheur, Pépin et Morey auraient soin de moi. Lui ayant fait observer que Pépin et Morey ne me devaient rien , il me répondit : Ces choses se font entre amis, moi-même je ferais cela pour eux. En sortant de la Salpétrière, j'allai chez Pépin , rue du Faubourg-Saint- Antoine, n. 1. Je ne trouvai que Mme Pépin , à laquelle je demandai si elle connaissait Fieschi. Elle me répondit que non; je lui demandai si elle connaissait Gérard: elle me répondit encore que non. Je lui dis que cela était bien étonnant, puisque j'avais vu Gérard causer avec elle dans sa boutique. Elle persista à soutenir qu'elle ne connaissait ni Fieschi ni Gérard, Je lui dis : Dieu veuille que vous disiez le vérité! J'allai chez Annette, je lui demandai powr coucher avec elle. Elle demanda la permission à sa maîtresse, qui consentit.
Le lendemain, j'allai au Mont-dc-Piété, où je mis mes boucles d'oreille en gage pour cent sous. Ce que Fieschi m'avait dit au sujet de Morey me revint à l'esprit ; j'allai chez lui, je le trouvai. Il me dit : « Eh bien ! qu'est-ce qu'il veut donc? » Je lui répondis : « Vous le savez tout aussi bien que moi. » Il réplique: « C'est donc Fieschi qui a tiré le coup? est-il mort?» Je réponds : « On dit que oui. » Il me dit qu'd ne fallait rien dire à sa femme. Il avait des papiers à Fieschi : c'étaient des papiers imprimés , qui avaient l'air d'une condamnation. Il les brûla en ma présence.
Il me dit ensuite : Montez à la barrière du Trône , vous m'y attendrez et je vous parlerai. Je pris un fiacre pour aller au rendez-vous. Le sieur Morey ne tarda pas îi me rejoindre ; il me proposa d'aller chez un traiteur où il avait diné avec Fieschi. Jo lui dis que je n'avais pas faim ; mais il me dit : Nous ne pouvons causer ici. Nous allâmes donc diner. Je lui dis que je l'ayais vu le 2j avec Fieschi. Morey me dit que non. Pourquoi nier cette chose , lui dis-je? il n'y a que Dieu et moi qui entendons ce qui se dit. Morc-y finit par en convenir. Il me dit
qu'il avait une malle à me remettre , qu'il allait me louer une chambre garnie , et qu'il me l'enverrait.
Je demandai à Morey comment Fieschi qui n'était pas mécanicien avait pu faire une chose comme celle-là? Morey me dit : C'est moi qui ai fait le plan j si je ne l'avais pas déchiré, je ■vous le montrerais. Je lui demandai si c'était Fieschi qui avait chargé les canons? Il me dit: Il a voulu se mêler de charger trois fa^ils, et ce sont justement ceux-là qui ont crevé; c'est moi qui ai chargé tous les autres. Alors , je lui dis : Moi qui ne suis qu'une femme , voilà ce que j'aurais fait : Puisque Fieschi voulait se sacrifier, il aurait mieux valu prendre deux pistolets, et , après avoir tiré dessus, se tuer. Il me dit ; Il ne perdra rien pour attendre , et il descendra la garde.
Je lui dis encore : On dit que le maréchal Mortier était un bien brave homme; Morey me répondit que c'était une canaille comme les autres.
En sortant de chez le restaurateur , Morey me dit de l'attendre un moment ; je le laissai ; il me quitta ; puis , m'ayant rejoint, ii me dit qu'il avait quelques balles dont il venait de se débarrasser. Il me donna rendez-vous au parvis Notre-Dame pour chercher un logement ; nous avons trouvé une chambi'c pour 8 fr. , rue de Fourcy ; nous avons donné 20 sous d'arrhes. Mais après il réfléchit que c'était une maison garnie , que je pourrais être découverte , et qu'il valait mieux chercher une maison dans laquelle il y aurait une chambre garnie sans que la maison lût en garni. Nous avons cherché une autre maison et trouvé un cabinet , rue de Long-Pont 5 Morey me dit d'aller chercher mes affaires à la Salpétrière et qu'il i-eviendrait le soir. Il vint, me dit qu'il n'avait pas tiouvé la malle, qu'il l'apporterait le lendemain à neuf heures. Il est venu le lendemain ; en apportant la malle , il me dit d'envoyer chercher un serrurier pour ouvrir la malle; qu'il ne voulait pas être là ; mais qu'il me demandait les livres qui était dedans. Je fis ouvrir la malle. Morey revint le soir , je lui montrai quatre volumes et un carnet que j'avais trouvés dans la malle. Je dis à Morey qu'il fallait déchirer les feuilles écrites du carnet; il me répondit : Il n'y a pas moyen , il a écrit j)artout , même sur la couvertui'e. Je me déferai de ce carnet; quant aux livres, ils n'entreront pas chez moi. Je lui remis le carnet et les livres qu'il emporta.
Morey me dit de vendre les effets qui étaient dans la malle, mais de ne pas les vendre à Paris; il me pi-omit de me donner 5o ou 60 fr. pour aller à Lyon. Avant cela, j'avais demandé à Morey si une robe de laine^quj m'appartenait se trouvait dans la malle, et il m'avait répondu que oui. Je dis encore à Morey que j'avais laissé chez Fieschi des lettres du mon fière, et que je craignais qu'elles n'indiquassent mon adresse et ne iL.e compi'omisïcnt^ il me dit: ne ciaignez rien, je lui ai fait biûler tous ces papiers, et parmi ees papiers il y en avait un auquel il tenait beaucoup"; que je lui ai fait brûler aussi.
Morey revint le lendemain soir; j'étais sortie en laissant ma clé à la portière, il m'attendit Jeux heures dans ma chambrcj il partit, et je rentrai comme Morey venait de s'en aller. D.'puis, je ne Tai pas revu.
■ Le PRESIDENT. — Yous avez dit que quelques circonstances vous avaient fait craindre, lorsque vous avez appris l'attentat, qu'il n'eût été commis par Fieschi. Quelles étaient ces circonstances ?j
R. C'était le logement qu'il avait loué dan* le centre de Paris et qiii était très cher; le bois qne j'avais vu chez lui, li malle, la dé qu'il avait demandées, et enfin la figuie décomposée qu'il avait.
D. Jusqu'où avez-vous accompagné la dame Roux ? R. Jusqu'au boulevart.
D. En la quittant, n'êtes-vous pas allée dans la rue Basse ? R. Non, j'ai été tout de suilechez Annette. D. Ainsi vous n'auriez pas été dans la rue Basse, parce que vons saviez que c'était par là que Fieschi devait s'échapper ? R. Non. monsieur.
D. Cependant la dame Roux a déclaré qu'elle vous avait vue descendre dans la rue Basse?
R. Je vous assure que non.
D. Ne vous souveiK z-vous pas de quelques autres courses faites avec Morey en revenant de la barrière Saint-Antoine? î^avez-vous pas été chez Lesage?
' R. Sur ie boulevart même, avant de rentier dans Paris, il • m'a dit : atteadez-moi, je vais donner à Lesage le livret de Fie-chi, et rendre à ce pauvre Bescher, le passeport qu'il avait prêté.
D. NVt-il dit plutôt qu'il allait reJemandei- le livret j car on comprendrait pas qu'il allât porter un livret à Lesage, tandis qu'on comprendrait très bien qu'il aurait été le reprendre?
R. Si je me trompe, c'est que je ne me rappelle pas.
Le PROCUREUB.-GENERAI.. — Vous êtcs bien certaine qu'il a parlé de livret ?
R. Oui. Il est entré chez Lesage, cl je l'ai attendu un moment.
Le président. — Quand vous avez été arrêtée, on a trouvé sur vous un billet que vous adressiez à quelqu'un sur votre situalion malheureuse; à qui était adressé ce billet? ^
R. Il n'y avait que Morey qui venait me voir, et à qui je pouvais écrire.
D. Que disiez-vous dans ce billet?
R. Je lui annonçais l'intention de me tuer. En effet, j'avais l'intention de me jeter à l'eau le soir j si j'avais pu emporter la malle avec moi, je l'aurais fait, parce que je craignais qu elle ne compromît les personnes chez lesquellei elle était.
D. Vous avez dit que vous croyiez qne Fiesclii avait été tué par l'explosion ; avez-vous conservé long-temps cette croyance?
R. Non, monsieur. Le jeudi, je dis à Morey : Fieschi n'est donc pas mort? Morey médit : c'est bien malheureux, il vaudrait mieux qu'il fût mort; je lui avais pourtant Lien recommandé de charger son pistolet et de se bràler la cervelle, s'il était arrêté. Il avait dit oui et ne l'a pas fait.
Le président, à Fieschi. Morey vous avait il, en effet, donné ce conseil?
Fieschi, avec une voix un peu émue. — Il me l'avait dit 5 mais moi, puisque ]'avais eu le courage ou la scélératesse de faire une action pareille, j'ai préféré^d'aller à récliafand pour servir d'exemple. J'ai pris mes forces morales, comme je l'ai ^ fait quand j'ai été transféré dans les cachots de la Conciergerie, et j'ai vécu pour être utile à mon pays.
Le PRESIDENT, au témoin. — Lorsque vous avez été interrogée la première fois , pourquoi n'avez-vous pas voulu nommer Morey?
R. J'avais l'intention de ne pas le compromettre. Mais n'ayant pas l'habitude de mentir , je me serais coupée à civique instant, et alors j'ai pris le parti de dire toute la vérité.
M. Martin (Ju Nord). — Voici un passage de l'inlerrogatoire de la fille Lassave :
« D. Connaissez-vous le nommé Morey?
» Non , monsieur.
» Nous faisons des représentations à la fille Lassave sur l'intérêt qu'elle a à dire la vérité; nous lui disons qu'il résulte de l'instruction que Morey est allé chercher le commissionnaire qui a porté la maîle, et qu'il l'a accompagnée.
» La fille Lassave nous dit : Eh bien, oui, monsieur, c'est Morey qui a fait porter la malle ici. »
Relativement au billet, voici comment le billet est conçu :
« Vous êtes prié de ne plus aller voir Nina , elle n'existera » plus dès ce soir; elle laisse dans sa chambre la chose dont » elle était dépositaire^ voilà ce que c'est que de l'avoir si a vite abandonnée. Adieu , après ma mort arrivera ce qui » pourra. »
On demande à la demoiselle Nina : « Est-ce vons qui ayez écrit ce billet?
» R. Oui, monsieur. »
On lui demande à qui elle a écrit ce billet, elle ne veut pas d'abord le dire : et enfin, sur les instances qui lui sont faites, elle déclare que c'est à Morey.
Nous avons voulu par cette relation, constater les effort* qu elle avait faits d'abord pour ne pas nommer Morey dans sa déclaration.
FiEscHi. — Au moment de la conversation oCi Morey m'engageait à me tuer, Pépin était présent. Je lui dis : Non , ou je me bats jusqu'à extinction , et je forcerai ceux qui m'attaqueront à me tuer, ou je ne serai pas tu^ , et alors je préfère d'aller à l'échafaud. Pépin répondit : Mais au moins, il faut être discret. Prenez le tableau de Louvel , et vous verrez qu'il est mort sans déclarer personne. Je n'ai pas fait de même; je crois que mes déclarations seront utiles à jamais à mon pays , qu'elle reculeront peut - être une révolution à vingt ans ou à jamais, et le gouvernement saura ce qu'il a à faire. Moi , j'ai fait couper plus de barbes de bouc que toute la garde nationale. J'ai mis le gouvernement à même d'être sur ses gardes. J'ai mis le roi à même de passer partout, et je le ferai voir dans mon plaidoyer, lorsque la cour aura la bonté de m'entendre cinq minutes.
M. Martin (du Nord). — Nous avons dit tout-à-l'heure à la cour que c'était avec une peine extrême qu'on avait obtenu de la fille Lassavc les déclarations relatires à Morey. Dans son interro,^atoire du 5 août , elle a rendu compte des circonstances qu'elle vient de nouveau de révéler à la cour. Sans entrer dans les mêmes développemens , il est utile de faire remarquer que toutes les circonstances révélées par la fille Lassave le 5 août se sont trouvées parfaitement d'accord, avec les faits révélés par Fieschi au moment où il s'est décidé à dire la vérité j or, vous savez que pendant très long-temps, à partir du 28 juillet, Fieschi a été privé de toute communication avec qui que ce soit, de telle sorte qu'un concert a été impossible entre lui et la fille Nina.
(M* Dupont demande la parole.)
Fieschi. — Pardon , M« Dupont , j'ai un mot à dire. Je demanderai à M. le président et à M. le procureur-général s'ils croient qu'en faisant i-etrouyer les livres qui étaient dans ma malle j cela pourrait servir à quelque chose.
Le pkésident. — Faites-les trouver,
Fieschi. — Je prierai qu'on me donne du papier et une plume. Maintenant AP Dupont peut parler.
(Un huissier remet à Fieschi une plume et du papier.)
M® DupoiîT — Je demanderai au témoin si , au moment où elle est allée avec Morey à la barrière Montreuil, ils n'étaient pas convaincus tous deux que Fieschi était raoï't.
Le TEMOIN. — Oui, j'en étais convaincu, et Morey le croyait aussi.
M® Dupont. — C'est donc au moment où Morey croyait que le seul témoin qui pouvait l'accuser n'existait plus, qu'il a été vous conter toute sa complicité?
Le TEMOIN. — Oui.
Me Dupont. — N'est-il pas vrai que le^projet de faire avertir le témoin de la Salpétrière , avait été ari'êté entre elle et Fiesch i pour être exécuté à la fin de juillet?
Le TEMOIN. — Huit jours avant les fêtes de juillet, Fieschi m'avait dit : HD'ici en quinze, ou je serai mort', ou tu ne seras plus à la Salpétrière, » sans entrer dans aucun détail.
M^ Dupont. — Le témoin nie toujours qu'au moment où elle apprit qu'une détonation venait de se faire entendre , elle
25o ait qukté la dame Roux comme vine femme éperdue, et se soit précipite'e dans la rue Basse-du-Temple.
Le président. — C'est la même question que je lui ai déjà faite. Persistez-vous à nier que vous soyez entrée dans la aiue Basse ?
Le TEMOIJV-. — J'ai voulu aller à la maison de Fieschi , et quand ia foule m'a an étée. je suis descendue tout de suite pour aller dans la rue Saint-Sébastien.
Me Dupont. — Après s'être convaincue par l'inspection des lieux que l'attentat avait été commis par Fieschi , la fille Lassave n'a-t-elle pas quitté la femme Pvoux pour courir à la Salpétrière, et n'a-t-elle pas dit à une autre femme : Je suis perdue, je ne puis rester plus long-temps ici, n
Le TEMOIN. — J'ai seulement dit que je n'avais rien vu.
Le président. — Vous ne dîtes pas que vous éli( z bien malheureuse.'*
R. Non, je n'ai rien dit, j'étais tellement agitée, je vous assure, que n'ai pas dit que j'étais perdue.
Le président. — Vous avez pu dire dans ce moment de trouble des choses dont vous ne vous rappelez pas.
Me Dupont. — Je demanderai h la fdle Lassa ve si elle n'a pas manifesté du chagrin, mais de la terreur?
Le TEMOIN. — Oui; convaincue que moi et ces autres deraoiseîles allions chez Fieschi, et qu'on n'aurait rien de'plus pressé que de s'informer des pei'sounes qui y allaient , je craignis de me voir arrêter l'une des premières^ mais je n'ai point dit que i'étais perdue, que j'étais bien malheureuse.
M« Dupont* — Je n'ai pas l'intention de soutenir que la fille Lassave était la complice de Fieschi ; mais je ne cache pas que j'ai la conviction intime qu'elle savait tout ce qui se préparait , et tout ce qui s'est fait.
Le TEMOIN. — Je jure que je ne le savais pas.
M^ Dupont. — Je veux constater quel a été l'état moral de cette demoiselle au moment où elle apprit que le coup était fait.
Le TEMOIN. — Ouij j'ai été troublée, bien troublée. Me Dupont. — La veille de l'attentat, le lundi , Fieschi n'avait-il pa5 dit à la demoiselle Lassave qu'elle aurait à ouvrir une malle?
Le TEMOIN. — Non, c'est Morey qui m'a appris qu'il avait une malle à me remettre.
M** DuPOAT. — Cependant vous avez dit dans l'instruolion , après lavoir nié d'abord , que Ficschi vous avait dit de faire ouvrir la malle.
Le TEMOIN. — C'est vrai, je l'ai dit ^ mais c'était pour sauver Morey ; tant que je le pouvais , je ne voulais pas parler de lui.
M* Dupont. — On demanda au témoin quand Ficsclii lui avait dit d'ouvrir la malle j elle répondit à la date du 3 août , que c'était le lundi.
Le témoin. — Oui j c'est vrai , je l'ai dit ; si j'avais pu , je me serais tout mis dessus; et si je pouvais encore aujourd'hui
M. Martin (du Nord.) — Il faut faire une observation. C'est dans la déclaration du 5 août que l'avocat vient puiser les prétendues contradictions de la fille Lassave. Or, le défenseur ne niera pas que dans cet inteiTogatoire se montre la pensée , de la part de la fille Lassave , de ne pas nommer Moi ey , et de l'inculper le moins possible. C'est dans la déposition du 5 août qu'elle dit : Je vais dire toute la vérité , et désormais je ne cacherai plus rien.
M« Dupont. — Nous discuterons ce point.
M. Martin (du Nord.) — Vous voulez mettre le témoin en opposition avec elle-même ; it est bon de montrer où vous allez puiser ces prétendues contradictions.
M^ Dupont. — Je prétends que dans la déclaration du 5 août, la fille Lassave s'est défi^ndue elle-même. Elle a été dans l'appartement de Fieschi la veille , l'avant-vetlle ; cHé a dit qu'elle quitterait ia Salpétrière, elle s'est sauvée delà Salpétrière comme éperdue, elle s'est cachée ; olle avait une crainte très légitime d'être compromise. Je dis que dans l'interrogatoire du 3 août la fille Lassave se défendait et ne défendait pas Morey.
Le PRESIDENT. — Tout ccla se placera dans les plaidoiries.
M® Dupont. — Je ne puis aller chercher des contradictions que dans les dépositions des témoins. Je dis à la cour que la fille Nina , interrogée sur la personne qui l'a autorisée à ouvrir la malle , répond que c'est Fieschi , on lui demande quel jour , et elle indique un jour oii elle a vu Fieschi , le lundi.
Le témoin. — Une fois que je me suis vue arrêtt^e, je me suis dit qu'il ne fallait compromettre personne , et j'ai eu l'intention de tout prendre sur mon compte.
Me Dupont. — Le témoin a dit qu'elle avait vu Morey le lundi , buvant de la bière avec Fieschi sur le boulevart. Il y a contradiction sur l'heure et sur le lieu. La fille Nina a dit dans sa première déposition que c'était à trois heures ; elle a dit ensuite que c'était à une heure.
Le TEMOIN. — C'est à une heure.
M« Dupont. — Dans un interrogatoire , elle a dit que c'était à un café près de la Gaîlé j dans un autre, elle dit près de la Porte-Saint-Martin.
Le TEMOIN. — J'ai dit en allant du côté de la Porte-Saint- Martin , et non pas en allant du côté opposé, vers la Bastille j mais c'était près de la demeure de Fieschi.
M« Dupont. — La déclaration est formelle k cet égard. Le témoin a dit : Près de la Porle-Saint-Martin.
Le TEMOIN. — C'est tel que je le dis.
M' Dupont. — Je demanderai au témoin combien de fois ellea vu Morey dans sa vie?
Le TEMOIN. — Je ne l'ai pas compté , il me serait impossible de le dire.
Le PRESIDENT. — Quelles ont été vos premières relations avec Morey ?
Le TEMOIN. — Je l'ai vu venir chez ma nière'5 je ne lui ai jamais parlé en particulier. Je l'avais vu avec ma mère et Fieschi au moulin de CrouUebarbe.
M* Dupont. — Depuis combien de temps n'aviez-vous pas vu Morey lorsque l'attentat a été commis ?
Le TEMOIN. — Il y avait dix-huit mois ; c'était depuis que j'étais à la Salpétrière.
M* Dupont. — Le lundi 27 , lorsque le témoin s'est présenté chez Gérard, sans monter dans son appartement, qu'est-ce que la portière lui a dit?
Le TEMOIN. — Elle m'a dit qu'il était sorti.
M' Dupont. — Dans tous les interrogatoires , et il y en a quatre ou cinq, on demande au témoin ce que la portière lui a dit. Elle répond : « La portière m'a dit que Gérard était dans la chambre avec son oncle , et que son oncle ne le quittait
plus. » Et maintenant voici que la portière a dit seulement que Gérard était sorti.
Le TEMom. — Il est possible que je me trompe maintenant j je ne m'en souviens pas.
Le président. — Recueillez bien vos souvenirs. Vous rappelez-vous si, lorsque vous avez été demander Gérard , la portière vous a dit : « Il est chez lui renfermé avec son oncle, qui ne le quitte plus ?
Le tÉmoiit. — Je crois que c'est là ce que la portière m'a dit.
M. Martin (du Nord). — La portière n'a t-elle pas ajouté que l'oncle avait défendu de ne laisser monter personne ?
Le TEMOIN. — Oui.
M* Dupont. — Je demanderais si des souvenirs ainsi rappelés ont aucune valeur.
Le témoin. — Ce sont mes premiers souvenirs qui doivent prévaloir. Je l'ai déclaré à l'époque où ma mémoire était plus fraîche.
M" BupoNT. — Qui a dit au témoin que l'accusé Morey était 4 une heure dans la chambre de Fieschi le lundi?
Le TEMOIN. — C'est Morey qui m'a dit qu'il y avait passé une partie de la nuit.
M® Dupont. — Le témoin a dit que c'était Fieschi qui le lui avait dit.
Le TEMOIN. — Non , monsieur.
M* Dupont. — Le témoin a bien la certitude que c'est Morey qui s'est accusé lui-même ?
Le TEMOIN. — Oui, c'est Morey qui m'a dit qu'il avait passé une partie de la nuit avec Fieschi.
M" Dupont. — Vous avez déclaré dans votre confrontation avec Morey, le 16 août, que c'était Fieschi qui vous avait dit qu'il était avec Morey.
Le TEMOIN. — Fieschi m'a dit chez Annette qu'il était chez lui avec Morey , après que je les avais vus boire de la bière.
M' Dupont. — Le 29 juillet au matin , la fille Nina s'est présentée chez. Morey; des p'apiers ont été brûlés.
Le TEMOIN. — Il y a eu des condamnations de brûlées devant moi ; ces papiers étaient dans un portefeuille en parchemin.
M« DuPo^îT. — Le jour où Morey et la fille Nina ont etd a la barrière du Trône, n'a-t-elle pas manifesté à Morey le plus grand cle'sespo4r?Ne disait-elle pas qu'elle ne savait où aller?
Le TEMOIN. — Oui , je n'avais plus que cent sous.
M* iJuPONT. — N'avez-vous pas dit que vou.s ne pouviez plus rentrer à la Sa! pe' trière, ni aller chez votre mère, avec laquelle vous dliez brouillée ?
Le temoîn, — Oui, j'ai dit cela. Une foia sortie de k Safpé-, trière, o« ne peut plas y l'entrer.
M« Dupont. — N'avez-vous pas dit à Morey qu'il ne vous resterait qu'à vous jeter à l'eau?
Le TEMom. — Oui, je l'ai dit.
M« DuroNT. — N'avez-vous pas parlé à Morey d'un frère que VOUS' avez à Lyon ?
Le TEMOIN. — Oui.
M® Dupont. — Morey a'a-t-il pas dit : a Alors il vaut mieux aller chez votre frère que de vous jeter à l'eau?
Le TEMOIN. — Oui, mais j'ai ajouté: Je n'ai pas d'argen pour m'en aller; et Morey m'a <lit alors qu'il me donnerait 60 francs.
M. Dtjpont. — Comment donc se fait-il que dans les interrogatoires du témoin, elle traduise ce fait d'une autre façon: que ce soit Morey qui veuille l'envoyer à Lyon, et que ce soit elle qui refuse de quitter Paris, quand elle n'avait autre chose à y faire que de se jeter à l'eau?
Le tbwoin. — Je lui ai dit que j'avais un frère à Lyon; il m'a dit: Pourquoi n'allez-vous pas le retrouver? C'est lui qui m'y a engagée.
M. DuroNT. — Pourquoi alors refusiez-vous d'y aller?
Le TEMOIN. — J'attendais que Morey m^apportât les Qù fr. Du moment où je les aurais eus, je serais partie.
M. Dupont. — Le témoin a cependant dit dans plusieurs interrogatoires, et des témoins sont venus déposer qu'elle avait dit que Morey voulait la forcer à s'en aller, et qu'elle n'avait pas voulu absolument aller à Lyon.
Le TEMOIN. — Je n'ai pas dit cela; j'ai toujours dit q^ie j'attendais les 60 francs pour partir. J'ai dit à Morey: Une fois que je serai à Lyon , que vovis serez débarrassé de moi, vous me laisserez là. Il m'a dit que j'y resterais seulement un an ou deux. Je lui ai dit alors : Ce n'est pas cela que vous aviez pro"
a55 mh à Fiescki. Il me répondit qu'une fois que les bruits seraient apaisés, il me ferait revenir.
M. Dupont. — Il me serait impossible de retrouver les déclarations relatives à ce fait; je m'en rapporte à vos souvenirs; mais il est constant que Nina a dit , et que des témoins ont appuyé la déclaration, que Morey voulait abioîumcnt la con traiiicire à quitter Paris , et que c'est elle qui s'y était refuséeet avait repoussé son projet d'aller à Lyon.
M. le procureur-général cite les déclarations de la fille
Nina.
M. Dupont. — Il n'en résulte pas moins que c'est Morey
qui a voulu faire sortir de Pariî le témoin , mais que c'était
d'un consentement communique cett« fdle n'ayant pas d'asile
à Paris, ne demandait pas mieux que d'aller en chercher un
chez son frère.
Le témoin a dit que Fieschi lui avait dit qu'il l'avait recommandée à Morey. A quelle époque Fieschi lui a-t-il dit cela?
Le TEHOiif. — A la fin du mois d'avril. Il me l'a encore renouvelé quelques jours avant les fêtes de juillet.
M. Dupont. — On a intci'rogé le témoin sur ce point dans l'instruction, cl elle s'est contentée de répondre que la recomoiandation avait eu lieu dans le mois d'avril.
Le TEMOIN. — C'est un mot que j'ai oublié.
M. Dupont. — La fille Nina a prétendu qu'à la barrière, chez le traiteur, elle n'avait pas faim, et qu'elle n'a pas demandé à diner. Ainsi , elle prétend qu'elle n'a pas mangé ce jour^li. (Murmui-es dans rauditoire.)
Le TEMOIN. — Ce n'est pas moi qui ai demandé à diner; on m'a donné une soupe, et j'y ai à peine touché.
M. DuroeïT.— On devrait comprendre les paroles des avocats dans le sens qu'ils les disent; je n'ai pas dit que la fille Nina n'avait pas mangé de la journée, j'ai dit qu'elle n'avait pas mangé dans celle partie du jour. Nous entendrons les témoins qui diront si elle n'a pas très bien mangé. (Nouveaux mmmures.)
Le témoin. —Non, oh! cela...;
M* Dupont. — Je ne remplis pas ici des fonctions bien agréables , et il est très pénible pour moi de voir accutillir mes paroles par des murmures.
Le président. — Dans une assemblée aussi noitthreuss, il
a5G est impossible d'obtenir le plus profond silence. Je n'ai rien entendu dont vous puissiez vous plaindre.
M" Dupont. — En sortant de chez le traiteur, le témoin prétend que Morey lui a dit : Je vais jeter des balles.
Le TEMOIN. — Il me dit : Attendez-moi un moment. Je le laissai , et il revint presque aussitôt en me disant : J'avais quelques balles dans ma poche, je viens de les jeter.
M" Dupont. — C'est bien en sortant de chez le restaurateur ?
Le TEMOIN. — Oui.
M» Dupont. — Ainsi Morey a attendu pour je*er ces balles que vous ayez fait votre repas ?
Le rÉMoiN. — Il paraît qu'il a attendu, puisque c'est après le repas que la chose a eu lieu.
M' Dupont. — Morey n'a-t-il jeté que des balles?
Le TÉMoiN. — Je n'y étais pas, je n'ai pas vu ce qu'il avait jeié.
M" Dupont. — Je vais m'expliquer sur ces balles. D'après le procès - verbal qui a été dressé , il est constant que les balles trouvées à la barrière du Trône n'ont pas servi à charger les canons.
Le TEMOIN. — Je l'ignore, je ne puis dire que ce que j'ai vu.
M" Dupont, — Le procès-verbal poi*te quon a comparé les balles trouvées à la barrière avec la balle extraite de 1^ blessure de M. de Rieussec et de quelques autres personnes blessées ; elles se sont trpuvées de quelques grains plus lourdes.
Le PRESIDENT. — Tout cela est étranger au témoin.
M" Dupont. •— Je vais dire pourquoi je demandais au témoin si Morey n^aurait pas jeté autre chose. Fieschi ne pouvant s'expliquer que Morey eût fait les balles avec le moule qu'il avait chez lui, a dit que Morey avait un autre moule. J'ai fait la question au témoin , parce qu'il est évident que si Morey avait eu le moule , il Saurait jeté en mêmcf temps que les balles.
Le président, au témoin. — Savez -vous s'il y avait autre chose que des balles?
Le TEMOIN. — ■ Non , monsieur. Je n'ai pas regardé ce que faisait Moiey. Il m'a dit : Attendez-moi un moment; et j'ai
pensée que quand un homme disait cela à une femme, elle ne devait pas se retourner. En efFet . je n'ai pas ru ce que Morey faisait.
M* Dupont. — Morey a-t-il dit au témoin qu'il avait rencontré Fieschi le 28 au matin ?
Le TEMOIN. — Morey m'a dit qu'il avait rencontré Fieschi le 28 , sur les onze heures , près du Grenier d'Abondance; qu'il lui avait dit : Comment j vous voilà encore! et que Fieschi lui avait répondu : J'ai le temps; le tambonr ne bat pas encore.
M® Dupont. — Comment Morey a-t-il pu dire cela, quand il est constant, de l'aveu de Fieschi, qu'il l'a vu, lui, rue Bassédu-Remparl ?
Le TEMOIN. — Morey a dit cela. Je ne sais s'il avait un intérêt à indiquer un lieu plutôt qu'un autre j mais j'affirme qu'il m'a dit cela.
M' Dupont. — Morey ne pouvait y avoir aucun intérêt.
Le TEMOIN. — Je répète les paroles telles qu'il me les a dites.
-M* Dupont. — Morey vous a dit qu'il avait chargé tous les canons , excepté trois qui avaient crevé.
Le TEMOIN. — Oui , Morey m'a dit cela.
M* Dupont. — Comment Morey a-t-il pu vous dire une chose pareille, quand Morey disait que Fieschi était seul dans la chambre.
Le TEMOIN. — Il ne m'a pas dit qu'il fût dans la chafnbre quand Fieschi a mis le feu, mais il m'a dit qu'il y était lorsqu'on avait chargé les canons.
M« Dupont. —Pour dire que c'étaienf, ceux que Fieschi avait chargés qui avaient crevé, il aurait fallu qu'il les eût vus quand ils avaient crevé.
Le témoin. — Morey m'a dit cette chose-là. Peut-être que la description qu'il avait lue de ce qui lui était arrivé lui avait fait connaître que c'étaient les canons chargés par Fieschi qui avaient crevé.
M" Dupont. — Le témoin a dit qu'elle avait demandé à Fieschi comment il avait pu faire cette machine, puisqu'il n'était pas mécanicien ; cependant son état est d'être mécanicien.
Le témoin.— Fieschi s'est donné comme mé::anicien ains le
•Il i"!
logement qu'il occupait , mais il n'hait pas mécanicien de son état : du moins je ne l'ai pas tu pratiquer.
M« Dupont.— Comment le témoin peut-eîle dire cela, puisqu'elle a vu Fiescbi faire le bâtis de la machine?
Le Témoin. — Non , monsieur, je ne l'ai pas vu foire , je ne l'ai pas dit : j'ai vu .seulement des morceaux de bois conti« le mur et contre la croisée ; mais je n'ai pas vu Fiescbi y toucber. = i*
M« Dupont. — Cependant le témoin lui avait dit : Tu hh ■ toujours des métiers, et tu perds dessus?
Le témoin. — J'ai dit qu'il acbetait des métiers sur lesquels il perdait II m'a dit que les morceaux de bois étaient destinés à faire des machines pour filer des cordons. Il en avait d^à acheté un à Croutlebarbe ; il l'avait revendu àperl€, mais il ne l'avait pas fait lui-même.
M^ Dupont Morey a-t-il dit au témoin qu'il avait consdlië à Fieséhi de se brûler la cervelle ?
Le Témoin. • — Worey m'a dit qu'il avait con.seillé à Fieschi de bien charger son pistolet ; que Fieschi avait promis de le faire , et que cependant il ne l'avait pas fait. Morey nie dit encore que Fieschi était un bavard ^ qu'il avait anooncé à pkT-» sieurs personnes, entre autres à Boireau, qu'il y aurait du bruit à la revue , et que Boiieau en avait parlé à :;©n atelier. M* Dupont.— Comment Morey a-t-il su cela? Le témoin — Nous avions lu dans les journaux que Boireau était arrêté.
M^'OupoNT. — Lorsque la fille Nina a commencé à dire qiie Fieschi avait dû se briller la cervelle, Fieschi niait tout ; c'est après la conîiontation avec Nina cfu'il a dit comme eide, en répondant oui à toutes ces questions.
Le TEMOIN. — Lorsque j'ai été confrontée la première fois avec Fieychî dèva«t M. Zangiaconi, c'était pour le reconnaître , il n'avait pas été question de l'affaire. Le lendemain, uae autre coiifroîitation a eu lieu en présence de M. le président de la'cour.
M^ Dupont. — Dans cette confrontation , Fieschi avait tout nié jusqu'-alors. ïl a répondu oui sur tous les dires de Nina. Je passe a d'autres faits.
Le 3o juillet, la malle a été apportée par Morey. Morey n'était pas présent à l'ouverture de celte malle. Je demande au
témoin de bien préciser si eltç a revy Morey pu non depuis le moment où on lui a apporte! la malje.
Le TEMOUf. — Oui , inonsieur, je l'ai vu le soir ; il est revenu le soir ■ on peut s'en informer auprès àe fa dame de la maison, earelle l'a vu.
M^ Dupont." — Ainsi, depuis le 3o au soîi*^ elle n'a pas ya Morey.
Le TEMom. — ■ Non , monsieur.
M® DuPojtT. — Cependant la fille Nina a dit dans "c^ interrogatoires qu'elle a vu Morey le lendemain 3r , da.2S la journée , et que c'est le lendemain qu'elle lui a remis les livres , et non le 5o au soir?
Le TEMOIN. — Oui , monsiEi:|.r5 c'est vrai , je m'étais trompée.
M^ Dupont. — Le dimanche vous y êt^s retournée : la dame Mouchet vous a dit que tout le monde était sorti.
Le TEMOIN. — Morey m'avait dit de revenir le samedi matin: ne le trouvant pas , j'ai craint qu'il nç fût arrêté.
Me Dupont. — Quand le lémpin a-t-il su qiia Mofey étaîl arrêté ?
Le TEMOIN. — Lorsque j'ai été arrêtée moi-même.
M^ Dupont. — Cependant un témoin,^ 1q portier de ja maison , déplace qu'elle savait aptéfieuremçnt que Voncle était arrêté.
Le TEMOIN. — Au moment où op me p^rla de la malle , et lorsque je niais tout, le juge me dit : Mais Morey l'avoue. Je dis : Il est donc arrêté , on me répondit qu'en effet il était arrêté.
Me DupoivT. — Morey, selon vous , a emporté les livres et le carncl, il voiis avait recommanclé de les brûler , parce que le carnet était écrit à toutes les pages jusqu'au dos?
Le TEMOIN. — Ayant voulu déchirer les feuilles écrites du carnet. Morey me dit qu'il y avait de l'écriture de Fieschi , que le livre était écrit partout , même sur le carnet , et qu'il fallait le brûler ; il a emporté ensuite le dos , en disant «pj'il le détruirait pour qu'il n'entrât pas chez lui.
Me Dupont. — Le témoin avait jeté sur les yeux sur ce carnet.
Le témoin. — Oui, monsieur, je l'ai vu et feuilleté.
Me Dupont. — Le témoin a du voir que sur quatre-yingl-
26o trois pages, il n'y en avait que deux ou trois, sur le recto dosquels il y avait quelques chiffres, quelques écritures?
Le TEMOIN. — Je ne puis diie combien il y avait de feuilles écrites, mais j'ai remarqué des feuilles sur lesquelles il y avait beaucoup de chiffres dont je ne comprenais pas la signification. ' Sur la dernière il y avait écrit le mot bua, i5,5o , et plus loin les mots matelas, chaises, etc., avec les prix marqués sur chaque objet.
M« Dupont. — Mais si le témoin a bjen inspecté le carnet, il a dû voir quatre- ving-trois pages blanches.
Le TEMOIN. — Il y avait des pages qui n'étaient pas écrites, et à la suite des pages entières d'écriture.
Me Dupont. — Il vous avait dit, selon vous, qu'il y avait de l'écriture jusque sur le dos , et cependant il n'y avait rien d'é- .crit au commencement.
Le TEMOIN. — Il y avait des pages écrites au crayon , mais îl y avait des pagss blanches.
Le président. — Le procès-verbal constate l'état dans lequtil le carnet a été retrouvé , et l'on a fait le fac sirnile des feuillets.
Me Dupont. — Le^àc sirnile ne contient que trois pages d'écrituiej ainsi, il n'est pas vrai que ce carnet soit écrit d'un bout à l'autre.
Le PRESIDENT. — C'est à Morey, et non pas au témoin , que s*adressait l'observation.
Nina Lassave. — Morey a peut-être cru que j'oublierais de brûler le carnet, il l'a emporté afin de le brûler lui-même.
M® Dupont. — Le procès-verbal constate que le carnet retiré de la fosse d'aisance a été remis à un expert. L'expert a détaché huit feuillets qui paraissaient contenir de l'écriture : sur ces huits feuillets il en a rendu quatre , sur lesquels on n'a découvert aucune trace de caractères; quatre seulement contenaient des chiffi'es ou de l'écriture.
J'aurais aussi quelque chose à dire sur le transport des livres, mais j'attendrai que Fieschisoit expliqué.
FiESCHi. — Si M. le président a pris des mesures d'après les indications que j'ai données pour que les livres se retrouvent , ils ne tarderont pas à y êire mis entre les mains de la justice. Ils sont déposés chez le portier de la maison , où sont les archives du royaume; je ne me souviens pas du nom de la rue. Le
aôi portier est un nommé Scliwarts!; c'est lui qui a prêté le mou e pour faire les balles. (Vive sensation.) Elles étaient plus forte* que le calibre des fusils , voilà pourquoi il a fallu les/orcer. Laurent pourra dire comment la malle a été enlevée.
Dans tout ce que je dis là, je n'ai point d'intention de faire tranclicr !a tête à mes complices 5 je ne cherche pas à y comprendre la mienne, je ne cherche pas à me justifier, mon seul but est de faire connaître la vérité.
Vous M. le président, le premier de tous les juges qui m'ont interrogé, vous savez fort bien que je ne vous ai jamais demandé d'avoir recours à la clémence en ma faveur j je ne mendierai pas pour sauver ma vie, je suis décidé à mourir pour servir d'exemple. Il faut des victimes, et je dois être le premier à monter à l'échafaud, mais je mendierai la vie de mes complices.
Il ne faut pas que le gouvernemel, que mes juges, que la nation, ni l'univers, croient que j'ai fait ces déclarations dans le but de sauver ma vie. Le peuple et la nation, le monde en* tier me jugeront quand je serai à mon dernier moment. II s'agit de savoir pourquoi j'ai soupçonné la trahison de Morey à mon égard; le voici:
J'ai donné à Morey les balles pour charger les fusils; elles étaient plus grandes que les calibres; il falLit les forcer pour les faire entrer dans les canons , il fallait pour cela les frapper avec un maillet. Mais quand même elles auraient été plus petites que les calibres, rien n'est plus facile qne de charger une arme de manière à la faire crever. (Sensation universelle et prolongée.) Morey a fait un tour de chasseur : étant ua des premiers tireurs de France, il connaît l'effet des armes à feu comme je le connais moi-même. Il suffit de ménager, ea chargeant une arme, un espace vide entre la poudre et les balles , on est sûr alors que par la compression de l'air les canous crèveront. (Nouveau mouvement.) Il sera facile aux gens de l'art de s'assurer que tous les fusils n'étaient pas chargés au même' point , voilà pourquoi plusieurs ont crevé de manière à faire sauter les débris de la culasse en face de moi, et à me laisser mort sur le coup. (Vive sensation.)
Il n'était pas besoin pour cela d'aller chercher des balles plus fortes que le calibre ordinaire : on aurait pu aussi bien charger les armes avec des lingots qui se seraient aiongés, en
Be laissant aucun vide entre eux, et la poudre n'aurait point fait éclater les armes.
Il me reste envers la pairie un devoir que je remplirai par la suite; car j'ai toujours eu de l'inte'rêt pour ma patrie, j'ai agi pour son bonheur. (Rumeurs prolongeas.) La mort de plusieurs hommes ne suffisait pas, voilà pourquoi j'ai dû faire ir.es de'cla rations. J'ai choisi pour confident l'homme qui m'en paraissait le plus digne, môme parmi les ministres, même parmi les conseillers de la cour. Je lui ai fait connaître la Térite', je ne suis point un délateur. La mort de cinq hommes Be serait d'aucune importance, mais il faut un exemple, et je nae dévoue, lorsque j'avlrais trouvé une nouvelle patrie par l'expiation de mon crime, je serais plus tranquille que vous tous ; je ne vivrai plus, tnaîs ma mort aura été utile. Je n'ai pas été sage, il faut que je me résigne à mon malheureux sort^ je ne puis plus être libre, je suis coupable ; je dois mourir, je le .sais.
Certes, d'après les malheui'eusès circonstances qui m'ont entraîné dans cette abîme, je ne puis eh vouloir à personne; mes passions m'ont lîvi'é àù crime, je dois eh -subil* les conséquences.
J'affirme que Morey a chargé lés canons de manière à me faire rester sur la plaée. Je prie M. lé président et M. le prc- )s^reur-général de ne pas oublier mes observations.
M. DuPoXT. — L'incident imitendu qui vient de s'élever'à leette audience aurait du nécessairement s'élever avant ce jour. Car la déposition de la fille Nina et les dispositions de Morey envers cette fille lui étaient connues depuis long-temps. Voici en efîet, page 195 de la procédure, la déclaration de Nina Lassave ;
« Je dois dire ici ce qui m'a déterminée à me rendre chez M. Morey. Je l'ai vu plusieurs fois, il y a deux ans, chez ma mère, lorsque nous demeurions avec Fieschi, rue Croulebarbe, 3e l'avais revu le lundi sur le boulevart avec Fieschi ; et comme je ne connaissais aucune autre personne qui pût avoir quelques liaisons avec ï'ieschi, je pensais que je trouverais près de lui des consolations et des secours. Jie montai au premier étage, où je le trouvai. J'étais tout en pleurs ; il me dit : « Eh bien ! qu'est-ce qu'il y a donc? » Je lui répondis : «Vous le savez tout [aussi bien que moi. » Il me réplique : « C'est donc
«63 JFieschi qui a tiré le coup ? Est-il mort ? » Je ' réponds : « On dit que oui : vous étiez avec lui lundi. » « Non me ditil, je suis sorti, mais je n'étais pas avec lui. » « Pourquoi, lui répondis-je alors, cherchez-vous à me le cacher? Je vous ai ▼a de mes propres yeux ; vous étiez dans un café sur le boule- Tart avecFieschi. » Il médit : « Oui, c'est vrai. » Je lui exposai que j'étais malheureuse, que je ne savais ce que j'allais devenir; mes sanglots étouffaient mes poroîes. Après une pause de quelques instans, il me dit: « Montez à la. barrière du Trône, vous m'y attendrez, et je vous parlerai. » Je me dirigeai immédiatement de ce côté, et je pris à la Bastille un omnibus qui me conduisit jusqu'à la barrière du Trône. Le sieur Morey ne tarda pas à me rejoindre ; il me fit entrer chez un marchand de vins traiteur, à gauche en dehors de la barrière; et quand nous fûmes à table, il me dit : Vous. ne saviez rien ?» « Je ne sais, lui répondis-je, que ce qui n'est ignoré de personne. » Fieschi est un imbécille, dit- il alors ; il â. voulu se mêler de charger trois fusils, et ce sont justement ceux-là qui ont crevé ; c'est moi qui ai chargé tous les autres. J'avais recommandé à Fieschi de bien charger son pistolet, et il devait se brûler ia cervelle; ce n'est qu'un bavard : il a dit dans certains endroits qu'il y aurait du bruit le jour de la re^ue, il a eu tort. J'ai une malle à vous remettre; je vais vous la faire envoyer tout de suite ; vous îa ferez ouvrir par un serrurier; vous verrez ce qu'il y a dedans, /mais vous ne vendrez rien à Paris. Je vous procurerai le plus tôt que je pouiTai 60 fr.; vous emporterez la malle, vous partirez pour Lyon, où vous pourrez sans danger vous débarrasser des effets de Fieschi j je m'en vais vous piocurer une chambre, et j'aurai soia de vous jusqu'au moment de votre départ. ■» Ainsi Morey avait promis d'avoir soin d'elle. Mg Marie (l'un des défenseurs de Pépin). 11 n'y a dans la déclaration de la fille Nina qu'un seul fait sur lequel nous ayons intérêt à la faii'e expliquer.
La fille Nina vous a dit que dans le mois d'avril Fieschi l'avait recommandée à Pépin. Je prierai M. le président de demander à ta fille Nina si, antérieurement à l'attentat, elle a jjimais vu le sieur Pépin, soit avec Pépin, soit ailleurs.
Nota. — Je n'ai jamais vu Pépin avec Fieîchi : mais Fieschi ma dit que Pépin et Morey étaient ses amis très intimes, qu'il ne faisait rien sans les consulter, que Pépin ainsi que Morey
savaient le logement qu'il occupait, et qu'eux seuls le savaient.
Me Maeie. — Connaissait-elle Pépin?
Nina. — Non; monsieur, je ne l'avais pas vu.
Mg Marie. — Avait-elle vu la dame Pépin?
Nina. — Oui, deux fois avant l'attentat, et la troisième fois le même jour.
Me Marie. — Je sais que le témoin a de'claré avoir vu la dame Pépin le jour de l'attentat; mais pour les faits antérieurs a l'attentat, voici ce que Ficschi a déclaré :
» La petite est venue plusieurs fois me prendre à la porte de Pépin, en sorlant de la Salpétrière. Aussitôt que je l'apercevais, j'allais sur-le-champ au-devant d'elle : Pépin ne la voyait pas; sa femme ne la voyait pas non plus. »
Lassave (Nina). — Je vous demande pardon.
M" Marie. — Si mes souvenirs sont exacts , Fieschi a dit à cette audience que Nina venait les chercher chez Pépin, et qu'il l'attendait au comptoir.
Lassave (Nina). — J'entrai sous prétexte d'acheter du sucre ou du caféj c'était Mme Pépin elle-même qui me servait; Fieschi était au comptoir, et comme il sortait tout de suite, Mme Pépin aurait pu s'en apercevoir.
M* Marie. — Fieschi avait dit au témoin, suivant elle t • S'il m'arrive un malheur. Pépin aura soin de toi. » Cominent ne lui a-t-elle pas demandé de la présenter à Pépin et à sa femme, afin de réclamer des secours auprès d'eux dans le cas où. ce malheur arriverait?
Lassave (Nina). — Fieschi m'a dit; Je te présenterai à M. Pépin afin qu'il te connaisse; mais il ne l'a pas fait,
M" Marie. — Dans l'instruction, il n'a jamais été question de cette circonstance. Il résulte au contraire des interrogatoires, que Fieschi aurait donné à la fille Nina l'assurance qu'elle ne serait jamais abandonnée ni de Pépin, ni de sa femme. Voilà le fait que je voulais constater.
Lassave (Nina). —Fieschi m'a dit qu'il nie présenterait à M. Pépin; peut-être n'avait-il pas Tintention d^le faire.
Fieschi. — Il était fort inutile de présenter la petite Nina à M. Pépin. Je ne l'avais pas présentée davantage à Morey; mais Morey est un homme de bonne foi, je l'ai dit, et je lui rends justice sous ce rapport : il m'a nourri, il m'a blanchi. C'est avec
regret que je le dénonce, mais il était utile d'éclairer la justice, sans espoir de me sauver.
Je reviens à Taffaire de M. Petit, Mme Pépin a vendu deux fois du sucre et du café à Nina; j'étais dans le comptoir lorsque j'avais donné rendez- vous à Nina. Lorsqu'elle venait acheter, c'était pour dire : Me voilà, allons-nous-en; Je sortais aussitôt, et Mme Pépin n'y faisait pas attention.
Il a été question hier du livret. J'y reviendrai. Je prie M. le procureur-général de demander au témoin s'il est retourné chezMorey après que la malle a été ouverte; si le carnet est resté entre les mains de Nina; si Nina est retournée chez Morey après lui avo'r donné le carnet. La cour verra alors ce qu'elle a à faire. Je prie M. le procureur-général de remarquer ces fasts.
Le PRÉsioENT, à Nina. — Quant vous êtes retournée chez Morey , celui-ci était-il déjà en possession du carnet?
Ni»A. — A l'époque où je suis allée chez Morey, il était déjà en possession du carnet; j'ai apporté te carnet le vendredi; c'est le dimanche que je suis allée chez lui sans y entrer.
M. Martin (du Nord.) — On a dit tout à l'heure, dans l'intérêt de Morey, que dans un interrogatoire du 5 août, Nina avait déclaré que si elle s'était adressée à Morey, c'est qu'elle savait que c'était un homme bienfaisant. Il faudrait lire la déclaration faite le 7 août, pour montrer que constamment elle a été d'accord avec elle-même.
On lui demande : « Fieschi ne vous avait-il pas également recommandée à Morey. »
Ainsi les deux se concilient. Je prie M. le président de demander à Morey s'il persiste à dénier les faits attestés par Nina.
Le pésident. — Morey, vous venez d'entendre ce qu'a dit Nina : le déniez-vous ?
Morey. Certainement, cela est faux.
M. Martin (du Nord). — Cependant Morey a déclaré dans ses interrogatoires qu'effectivement il avait l'intention de faire partir la fille Nina pour Lyon, et qu'il devait lui donner une somme de 60 fr.
Morey. — Je n'ai jamais dit cela.
M. Martin (du Nord). — Il 4'a nié , peu importe; il l'a avoué plus tard. Comment se fait-il qu'un homme qui se pré-
tend gêné dans ses affaires ait pu prêter 60 fr. à une femme qu'il connaissait à peine , et qui avait eu des relations avec un homme qu'il devait estimer peii après son crime ?
MoREY. — Si j'ai consenti à faire le sacrifice dont il s'agit , c'est que Nina avait annoncé l'intention de se détruire , puisqu'on a trouvé sur elle ce qui prouve celte intention Je consentis à lui donner de quoi aller à Lyon pour trouver son frère, , je lui dis que si son frère était un homme , il mje rembourserait plus tard ces avances.
M. Martin (du Nord). — Morey a remis tout de suite «ne quintaine de francs^ il a promis de donner 60 ir.; en tout, ses sacrifices auraient pu s'élever cle 80 à ïoo fr. Cette somme était considérable pour un homme de sa position, et en faveur d'une femme qu'il connaissait à peine.
MouEY. — La fille Lassave m'ayant dit qu'elle n'avait pas un morceau de pain à se mettre dans les dents en attendant les 60 francs pour payer le voyage de Lyon, il fallait bien que je lui donnasse les moyens d'exister jusque là. C'est aloi'S que je lui donnai i5 fr. pour ses besoins personnels, et 6 fr. pour payer ie loyer de sa chambre. J'ai fait tout cela par humanité.
M. MARim ( du Noii'd ). — Morey avoue-t-il que le ag juillet, lorsqu'il était à la barrière du Trône avec Nina , il soit ailé chez Lcsage pour reprendre le livret de Bescher ?
Morey. — Je n'ai jamais nié être allé chez Lesage pour le prévenir et reprendre le livret.
M. Martik^ (du Nord). — Avoue-t-il aussi qu'il a remis le passeport à Bescher le 5i juillet?
Morey. — Je ne sais si c'est le 5o ou le 5i . Jamais le passeport n'a été dans les mains de Fieschi.
M. Martin (du Nord). — Comment Morey s'explique-t^il que ce qu'a dit Nina le 7 août et postérieurement, et qui avait été nié constamment par Bescher et par Morey , se trouve reconnu vrai aujourd'hui? Je fais cette observation pour étabhr la véracité de Nina.
MoftEï. — Je ne nie pas et je n'ai jamais «ie avoir conduit diner la fille Lassave, parce qu'elle m'a dit n'avoir pas un morceau de pain à mettre sous la dent , eue allé avec elle chez Lesage. Tout le reste est faux 5 je le nie.
M. Martin (du Nord). - Fieschi était en prison. Les hits étaient postérieurs à l'arrestation de Fieschi. Morey etBeschei'
nient ces faits. Cependant la fille Lassave les a déclarés le 7 août. Si elle a dit )a vérité sur ces faits, on doit supjjtoser qu'elle l'a dit aujourd'kui relatiteraeht au carnet. Je ferai vemarquer que la fille Nina a dit ce qui se trouvait dans ce cai^et avant qu'il ne fût retrouvé. C'est le 1 5 août qu'it a a été retrouvé dans les fosses d'aisances de Morey.
Me Dupont — Il semble qu'il n'a jamais .été douteux, nié par personne, que le carnet ail été entre ses mains, mais avant l'ouTerture de la maiie. Il n'y a rien de miraculeux à ce qu'elle ait vu le carnet , qu'elte ait pu lire diftérentes choses qui s'y trouvaient. C'ôst justement pourquoi je liri demandais comment Morey avait pu lui dire que le car'net était plein d'écritures.
Nina.— Morey m'a dit cela ; mais il ne m'a tv^ta appris, puisque je le savais.
('La séance «st suspendue pendant Un quart d'heure; elte est reprise à quatre heures vingt minute j.)
M"" Annette Bocquin, âgée de dix-neuf an», lingère, témoin, déclare ne Connaître qae Fieschi parnri les accusés.
Lb peesideIst. --- t^ll« Docquin , tous avez été dans la plus grande intimité avec Fieschi : dites ce qui est à votre connaissance sur les faits antérieurs ou postérieure à l'attentat. Parlez arec assurance , dites tout ce que vous saveï : en disant toute la vérité, vous ne devez éprouver aucune crainte.
La fille Bocquin. — Les faits m^ont échappé de la mémoire.
Le pRÈsiDEirt'% -^ Que se passait-il lorsque vous l-ogicz avec Fieschi ?
R. Je n'ai va chez lui d'autre personne que Nina et la demoiselle Agarilhe, jamais d'homme. Je l'ai vu chez la femme Petit à r époque ofii jie connaissais M. Janod : Fieschi venait quelquefois au devant de moi avec M, Janod.
D. Est-ce que vous n'avez vu chez Fieschi que deux femmes, Agarilhe et Nina t
R. Oui , monsieur,
D. Vous seriez-votts quelquefois trouvées toutes les trois ensemble ? 4
R. Oui , monsieur.
D. Quand vous étiez toutes les trois ensemble , parliez-vous politique?
R. Non, monsieur.
D. Quelques jours avant l'attentat, avez-vous remarqué quelque changement qui dénotât une grande préoccupation ?
R. Il n'était pas comme d'habiHide , il était plus pâle , plus effaré : je ne savais pourquoi.
D. Vous parlait-il de ses amis?
R. Oui.
D. Desquels ?
R. De Pépin et de Morey.
D. Y en avait-il un avec qui il fût plus lié qu'avec l'autre ?
R. Il parlait plus souvent de Morey.
D. Saviez-vous qu'il allait diner chez Morey ?
R. Oui, monsieur.
D. Y allait-il le soir? en revenait-il tard ?
R. Il rentrait assez tard quand il y allait.
D. Savez-vous quelle était la profession de Pépin ?
R. Non , monsieur. Je savais seulement qu'il était du côté de la Bastille.
D. Vous n'avez donc pas entendu dire à Fieschi qu'il poutait prendre chez Pépin les objets dont il avait besoin?
R. Quelquefois Fieschi revenait ch2z lui avec des provisions, avec du café. Je ne savais pas qu'il prenait cela chez Pépin, et que c'était à crédit.
D. Aivez-vous entendu parler quelquefois de l'accusé Boireau ?
R. Oui , quelquefois.
D. Savez-vous si Boireau venait le visiter quelquefois?
R. Non , jamais.
D. Savez- vous si Boireau était venu le demander?
R. Jamais je ne l'ai vu.
D. La fille Nina n'était-elle pas chez vous le jour de l'attentat ?
R. Oui, monsieur.
D. Elle a passé chez vous la nuit du a8 au 29?
R. Oui , monsieur.
D. Vous a-t-elle parlé d'une visite qu'elle avait faite chez Pépin ou chez sa femme ?
R. Elle m'a dit qu'elle allait chez la femme Pépin; plus tard elle m'a dit qu'elle en avait été mal reçue ; puis elle m'* dit qu'elle allait chez Morey.
D. A quelle époque avez-vous cessé de loger avec Fieschi?
R. Quinze jours ou trois semaines avant î'attentat.
D. Pendant que vous y logiez , lui avez-vous vu apporter des morceaux de bois?
R, Non.
D. Y en avail-il dans sa chambre ?
R. Oui.
D. A quel usage le destinait -il ?
R. Il ne m'en a jamais parlé.
D. N'a-t-il pas élé question de bois pour faire un métier ?
R. Le vendredi qui a précédé l'attentat, lorsque j'ai vu le métier monté , il m'a dit que c'était pour faire vin calicot.
M. Martin (du Nord) — Quand Nina vous a dit qu'elle était allée cbez madame Pépin , vous a-t-elle dit pourquoi?
R. Elle m'a dit qu'elle y allait parce que Fieschi lui avait dit que , si quelquefois il lui arrivait un malheur , qu'il la recommanderait à Pépin.
M® Dupont. — Je désirerais que le témoin dît quand Fieschi lui a pailé de Morey.
Le pjrésident. — Elle a répondu.
M« DupdïîT. — Elle a dit oui d'un côté , et non de laulre. Elle a commencé par nier.
La filie Bocqxjin. — Je ne me rappelle pas si j'ai commencé par nier que Fieschi m'ait parlé de Morey.
M. Dupont. — Voyez page 21^ t
« D. Connaissez- vous Morey?
» R. C'est Nina qui m'en a parlé.
») D. Savez-vous si Fieschi était lié avec Morey?
» R. Non, monsieur. »
Ainsi, la seule personne qui ait parlé de Morey au témoin , c'est Nina. Aujourd'hui ce n'est plus cela.
Ainsi , l'intimité dont le témoin: parle aujourd'hui entre Fieschi et Morey , c'est par Nina qu'elle en a été instruite.
M, Martin (du Nord.) — Voici ce que je trouve dans sou interrogatoire du 12 août.
M. Dupont. — J'ai parlé du 7 août.
M. Martin (du Nord.) — Je lis page 3 18 :
« D. Avez-vous quelque chose à ajouter à ce que vons venez de dire sur les relations de Fieschi avec Morey?
» R. Je sais que Fieschi allait très souvent diner chez Morey.
» D. Y allait- il quelquefois le jour?
» R. Oui, monsieur, et il rentrait à minuit, une heui'C du matin.
» D. Savez-vous si Morey donnait des secours d'argent à Fieschi ?
» R, Non, monsieur.
)) D. Fieschi vous a-t-ll souvent parlé de Morey?
» R. Ouij monsieur- il en parlait ti'ès souvent.
M D. Paraissait-il compter beaucoup sur lui?
» R. Oui , monsieur, il en parlait commç d'un ami très solide, y»
M. Dupont. — . Le témoin n'at-il pas vu la fille Nioa après l'attentat, et ne lui a-t-ellepasdit qu'elle était perdue?
Le TEMOm. — ' Oui, monsieur.
M. Dupont, —r- Quels sont à peu près tes termes dans lesquels la fille Lassave s'est exprimée?
Le TEMom. r— J'ai dit que quand la fille Lassave était venue cliez moi après l'attentat , qu'elle m'avait dit qu'elle était perT due. A cela je lui répondis que moi aussi j'étais perdue , puisqu'on savait que j>'avaîs demeuré chez Fiesclii , qu'on croyait que j'avais été sa maîtresse.
M. DupOKT. •— Le témoin craignait donc les poursuites de la justice. Dans son opinion , ses liaisons avec Fieschi pouvaient donc le compromettre.
Le PRÉSIDENT. — Je ne puis adresser de pareilles questions au témoin. Le défenseur s'est plaint hier de ce que j'eu adres sais de celte nature aux accusés.
M. Dupont. — Un accusé n'est pas un témoin; un accusé n'est pas obligé de répondre. (Mouvement dans la cour.) J'ignore quelle est l'opinion de la cour des pairs , mais je sait que le Code d'instruction criminelle ne dit nulle pari aux accusés : Répondez, accusez-vous vous-mêmes. Un accusé n'est pas forcé de s'expliquer.
M. Martin (du Nord.) — Le Code d'instruction criminelle ne dit pas qu'un accusé pourrait refuser de répondre.
M. Dupont. — Quand je fais cette question c'est poui* m' expliquer à moi-iîaème quelle a pu être la valeur de la déposition. Vous sentez que lorsque quelqu'un dépose avee la crainte d'être poursuivi , où lorsqu'il dépose comme un témoin non soumis à aucune espèce de crainte , la déposition a plus ott
moiias de vafeur Quand je denaande au témoin si à l'époque dt l'attentat elle ji'a pas craint elle-même que ses liaisons avec Fieschi ne laeompronvissent, c'est dans l'intérêt démon client que je lui fais celte question. Elle peut at elle doit y répondre.
Lb président. — Mais ejle a répondu déjà. D'ailleurs elle était JDCulpée.
M« Dupont. — Mais avant d'être en prison , eHe a été interrogée; avAnt d'être en prison on n'y est pas. Ce sont ces impressions pendant l'interrogatoire qui a préce'dé sqpa arrestation dont je lui demande compt-e.
Le PBEsiDENT. — Elle a déjà répondu, puisqu'elle a dit qu'attendu ses liaisons avec Fieschi, elle a-aignait d'être poursuivie.
La fille Daurat ( Marguerite ) dite Agarithe, autre ténioijj, est introduite. Elle déclare avoir connu Fieschi avant l'attentat.
Le PRESIDENT. — Vous avez été en relation avec IXina Lassave, par conséquent vous fllevez avoir connaissance de ce qui s'est passé chez Fieschi. Vous devez savoir des choses iniporîantes tant antérieui-es que postérieui*es à l'attentat,
B.. Peu de joure apr^s mon airivée à Paris, je suis allée chez Fieschi ; j'y suis retournée peu de temps après; Fieschi ne lui a riçn communiqué. J'ai vu chez lui du bois, un espèce de métier ; je lui en ai demandé l'usage. Fieschi m'a souri, et ne m'a donné aucune explication. Je ne connaissais pas Fieschi , je ne connaissais que Nina.
Fieschi m'a prêté 5 fr. pour payer ma quinzaine d'avance, je Tai vu le dimanche qui a précédé l'attentat; le 26 juillet, il est venu chez moi , m'a prié de recevoir la petite Lassave parce qu'il devait aller à une réunion de francs -maçons. La fille I^assave a passé une partie de la journée avec moi.
D. Dans les jours qui ont précédé l'attentat, n^avez-vous pas remarqué à Fieschi quelque chose qui dénotait son agitation ?
R. A cette époque, Fieschi est venu chez moi , il avait l'air égaré , les yeux hagards, enfm quelque chose de f oïl extraor* dinaire. J'étais bien loin cependant de prévoir ce qui arriverait.
D. Avez-vous entendu parler d'un projet de départ prockaÎD ?
R. Un jour en parlant à Nina, il lui dit qu'il pourrait sefaire qu'avant peu sa position changeât.
D. Avez-vous entendu Fieschi parler de l'accuse' Boireau ?
R. Non, monsieur. Fieschi m'a parlé d'un jeune homme ; dans ma première déposition, je dis que ce jeune homme était lampiste. Ce fut ainsi quel'onfut sur les traces de Boiieau.
D. Vous l'avez cependant nommé vous-même. Boireau.
R. Dans ma première déposition, je n'ai pas nommé Boireau. Lorsque le juge d'instruction a prononcé son nom, j'ai dit que je ne le connaissais pas.
D. Quelques jours avant l'attentat, étant chez Fieschi, n'y avez-vous pas vu des morceaux de bois en forme de machine ?
R. Oui, monsieur, c'était un cadre; il était dans la seconde pièce.
D. Lui avez-vous demandé ce que c'était ?
R. Oui , je ne me rappelle pas ce qu'il me répondit, je sais seulement qu'il se mit à sourire.
( M. le procureur-général donne lecture de la partie de la déposition éciite où elle a nommé Boireau. )
Le TEMOIN. — Je ne me le rappelle pas maintenant.
M^ DupoKT. — Le témoin se rappelle -t-il que Fieschi lui ait dit que ce jeune homme lui avait pris sa maîtresse, madame Petit ?
R. Mais oui, il mesemble qu'il m'a dit cela. Je ne me le rappelle pas bien.
M^ Dupont. — Je demandrai encore au témoin si, bien loin d'avoir vu Fieschi avec l'air consterné, il ne l'a pas vu avec un air fort satisfait et se frottant les mains ? ( mouvement ). C'est dans l'instruction.
R. Oui, c'est bien cela: il avait l'air égai*é, mais cependant il se frottait les mains. Un jour il vint chez moi ; il prit un fusil qu'il avait l'air de regarder comme un bijou ; il me coucha en en joue avec.
M. Martin (du Nord ). — Dans une autre déposition, le témoin parle de Boireau sinon en le nommant, du moins eu l'indiquant : « Le jeune homme qui travaille chez un ferblantier. »
Le PRESIDENT. — Comment savlez-vous qu'il travaillait chez un ferblantier?
R. 11 m'en avait parlé à l'occasion de la femme Petit, mais
sans me dire son nom. Il y avait eu une dispute entre plusieurs jeunes gens. Je ne puis me rappeler ce que cela est,
FiEscHi. — Je n'ai pas dit que Boireau était Famaut de madame Petit. Tout le monde sait que cela n'est pas. Boireau connaissait madame Petit, comme il l'a de'clare', et îl est reconnu que madame Petit n'est pas la maîtresse de Boireau, parce qu'elle en a un maintenant et dans le temps aussi. Autant qu'il me sera possible, je parlerai très-peu de cette femme, parce que j'ai eu le malheur de l'aimer. Un homme comme moi n'aizne qu'une fois , soit en politique, soit en amour. Je suis forcé de répéter cela. ( Mouvement. )
Boireau. — Voici comment mademoiselle Daurat a su mon nom et où je travaillais : Fieschi, étant avec cette demoiselle , a été rencontré par Suireau dans la rue Neuve-des-Petits» Champs. Fieschi a pu dire qu'il existait un ferblantier qui travaillait dans cette rue, qu'il le connaissait. Voilà comment cette demoiselle a su mon état.
Elisabeth Akdreneb, dite femme Léon, âgée de vingt-cinq ans, couturière, demeurant bouleyart du Temple, n. 5o, au deuxième étage.
( Le témoin paraît très-ému. )
Le PRESIDENT. — N'ayez pas peur, rassurez-vous. Connaissiez-vous Fieschi avant l'événement ?
R. Oui, je connaissais Gérard dit Fieschi.
D. Dites ce qui est à voire connaissance.
R. Je ne sais rien autre chose que ceci : Le 27 juillet, étant dans ma chambre , j'ai entendu beaucoup de bruit au dessus de ma tête, dans l'appartement où demeurait Gérard. J'aivou'a descendre pour demander à la portière ce que cela signifiait 5 mais j'ai rencontré sur le carré Gérard qui descendait avec une autre personne, ce qui fait que je ne suis pas allé chez la portière 5 je suis entré chez la voisine qui demeure sur le même carré que moi, et je lui ai raconté ce qui venait de se passer.
D. Pourriez-vous reconnaître l'homme âgé qui était avec Fieschi ?
R. Je ne pourrais pas le reconnaître définitivement, parce que je n'y ai pas fait grande attention, et que ce monsieur, en passant près de moi, a détourné la tête ; de sorte que je n'ai pa 1 e voir que par derrière ,