II. Oui, monsieur
D. Je vous représente un volume du Traité des Devoirs, de Cicérou , qui a été saisi chez Pépin. Le reconnaissez -vous comme ayant été prêté par vous à Pépin?
R. Oui, monsieur.
D. Si, comme vous le dites , vous étiez intimement lié avec Pépin , vous avez dû connaître ses habitudes, sou train de vie, le nombre, le sexe , l'âge de ses domestiques : pourriez-vous donner quelques détails à cet égard ?
R. Je ne me mêlais pas de ses aifaires domestiques. Mais je suis observateur ; et quoique je n'aie que quarante ans pour l'âge j'en ai peut-être soixante pour l'expérience. J'ai vu venir chez Pépin des hommes auxquels il faisait la bouche gracieuse, qu'il appelait mon brave , mon brave citoyen^ une fois qu'ils avaient tourné le dos , ce n'était pas cela. Quand j'ai vu ces manières, j'ai été fâché d'avoir engagé ma parole ; car ma parole une fois lâchée , rien ne m'y ferait manquer,
D, Je vous ai demandé le nombre de domestiques ou d'employés de Pépin ?
R. Il avait trois garçons et une bonne qui depuis long-temps est chez lui. Le plus jeune des trois garçons est son neveu.
D. N'a-t-il pas un établissement à quelque distance de là?
R, Oui, rue de Bercy, et il a un quatrième garçon. Il yen a un qui a soin du cheval, les autres ne s'occupent que de la boutique.
D, Vous connaissez parfaitement la maison de Pepiu, sa di^-
tribution, vous y avez couché? Pouvez-vous donner une description de cette maison?
R, J'en ai donne' une de'claration, je ne sais pas si on l'a trouvée exacte.
D. Vous persistez dans la déclaration cjue vous avez faite dans vos interrogatoires sur l'intérieur de cette maison ?
R. Oui, monsieui*.
D. Les détails que vous avez donnés précédemment, prouvent qu'en effet vos relations avec Pépin étaient fort intimes; mais ne pourriez-vous pas, en outre, citer quelques personne^ dont le témoignage viendrait à l'appui de vos déclarations?
R. Si les garçons ne veulent pas le dii-e, il y a les commissionnaires qui sont à sa porte qui savaient que j'allais chez Pépin tous les matins à six heures, avant d'aller à mon travail, et qui me voyaient sortir de chez lui, lorsque j'y couchais. Ils m'y ont vu aussi souvent entrer le soir, lorsque je revenais de mon travail. Il y a, au surplus, une demoiselle qui cousait chez Pépin, qui demeure dans la maison comme locataire. J'ai mangé avec elle à ia table de Pépin ; car c'est une dette de cœur que j'ai contractée, soit avec Pépin . soit avec Morey, je suis obligé de le dire.
D. Decle, que vous fréquentiez dans le faubourg Saint- Antoine , était-il dans le cas de connaître vos relations avec Pépin ?
R. Il savait que i y allais souvent , mais Pépin m'avait recommandé de ne pas dire aux personnes qui le connaissaient que j'allais chez lui. J'allais chez Decle, parce qu'il a servi d'intermédiaire entre moi et cette malheureuse femme qui a causé ma perte. Quand je sortais de chez Decle, il m'accompagnait à peu près à cent cinquante pas de la porte ; je rentrais chez Pépin et lui s'en allait.
D. Les commissionnaires qui étaient à la porte de Pépin vous rendaient-ils des services particulier.*.
R. Ils me décrottaient mes souliers , et il y en avait un auquel j'aimais mieux donner deux sous plutôt qu'un sou à l'autre
D. Un de ces commissionnaires-là vous aurait-il vu manger à la table de Pépin.
R, Une seule foi?», autant que je puis me le rappeler, il m'a trouvé à table , mais il savait que j'y mangeais. Pépin .
sans savoir iria position , me disait : « Mon brave (sans savoir si j'e'tais brave) , il faut manger la soupe avec moi. >^ Il aurait mieux valu que je fusse lâche que d'avoir été brave.
p. Pépin h qui vous aviez été présenté par Morey sous votre véritable nom , savait-il que vous étiez connu chez Lesage sous le nom de Bescher , et sous celui de Gérard au boulevart du Temple?
R. Oui ; et lorsque j'étais chez Pépin il avait pris l'habitude de m'appeler Bescher , mais il ne prononçait jamais le nom de Bescher sans sourire: il savait que j'étais Fieschi.
D. Pépin savait-il que vous preniez quelquefois le nom d'Alexis ?
R. Je vaism'expliquer sur ce fait, iç travaillais chez M. Pévève pour un plan. Il me donnait quelquefois 5 fr. , et quelquefois lo fr. : et il me dit : « Si vous avez besoin de quelques effets vous irez chez mon tailleur et chez mon cordonnier. » Comme j'étais dépourvu de tout , j'acceptai , parce que le travail que je faisais en valait bien la peine. J'allai chez le tailleur, il me demanda mon nom; mais réfléchissant que j'étais poursuivi , et que lu police ne plaisante pas , je lui dis au hasard le nom d'Alexis, je ne donnai pas mon adresse au boulevart du Temple, et je demandai au tailleur deme faire porter les effets qu'il devait me faire chez Pépin. J'allai chez Pépin; je dis à madame Pu'pin : si on apporte des souliers , des pantalons , un gilet j et qu'on vous demande Alexis , vous direz que c'est ici. La femme de Pépin attacha ce nom d'Alexis dans le comptoir avec une épingle, et lorsque le tailleur vint, madame Pépin reçut les vétemens qu'il m'avait faits , et remit . comme je Tavais recommandé, 20 sous pour le garçon. J'ai pris le nom d'Alexis cette seule fois
D. Vous avez dit, il y a quelque temps , que le jour qui d'abord avait été fixé pour l'exécution de l'attentat concerté entre vous, Pépin et Morey , était celui de la fête du roi , c'est-àdirfc le l'^^mai. Ne vous occupâtes-vous pas en conséquence dans le courant du nmis d'avril , des préparatifs indispensables, et notamment de l'achat du bois nécessaire à la confection de la machine?
R. J'avais jugé qu'il ne fallait pas long-temps pour faire- la machine. Pépin lui-même me dit : Nous serons avertis une quinzaine de jours d'avance. Quantaux fusiLs je sais où les pren-
dre. li ne m'avait pas encore dit que c'était par l'intermédiaire de Cavaign'ac qu'il devait avoir ces fusils. On sut que la revue n'aurait pas lieu le i^^' mai , je dis alors : «■ C'est bien sûr que le mois de juillet arrivera. » (Sensation. )
Nous eûmes donc tout le temps de faire la machine. Pépin me dit alors qu'il avait écrit à Gavaignac , et qu'il fallait qu'il lui rendît raison. Mon opinion a toujours été que Pépin avait communiqué à Cavaignac et aux autres accusés d'avril qu'un pareil attentat devait avoir lieu.
Cavaignac préféra de garder les fusils pour lui-même; alors je dis à Pépin : « Si Cavaignac ne vous donne pas les fusils , nous nous servirons de canons de fusils. '> Il me demanda comment je m'en procurerais, je lui répondis que j'en achèterais deux d'un côté, deux de l'autre, et que nous finirions par faire la somme. Je trouva-i à me les procurer tous au même endroit; Pépin me dit encore qu'il avait écrit à Cavaignac, et comme je lui demandais comment il avait osé écrire une lettre pareille , il me dit : Je lui ai demandé s5 francs, et il sait ce que cela veut dire. Voilà les choses comme elles se sont passées.
D N'avez-vous pas acheté, dans les derniers jours d'avril, chez le sieur Poncheux, marchand de bois, quai de la :Rapée , n. \'j, quatre chevrons en chêne, épais de deux pouces à peu près, et une membrure en bois de hêtre, de trois pouces d'épaisseur, six pouces de largeur et huit pieds de longueur?
11. Je ne vous ai pas dit que j'ai fait l'achat du bois dans le mois de mai, je l'avais fait aupariivant, ce n'étaient que les canons que je ne savais où prendre.
D. C'était sur le bois et non sur les canons que je vous avais interrogé. Vous avez répondu sur les causes par anticipation.
Etiez-vous seul lorsque vous avez acheté le bois?
Pi. Non, j'étais avec Pépin.
D. Quel costume portait Pépin ce jour-là , et comment étiezvous habillé vous-même?
R. Il avait une blouse grise qui, à force d'être blanchie , était devenue couleur de cendre très-c'aire; il avait une casquette de crin. Quant à moi, je portais le même habit bleu que le jour l'un este.
D. Combien avez-vous acheté les chevrons, le bois et la membrure ?
Tl. Pépin m'a remis iS fr. sans que personne du chantier
ail pu s'en apercevoir. La membrure était en hélre, les chevrons l'taient en chêne, on m'a rendu 5o ou 52 sous que j'ai donnds au commissionnaire.
D. En quelle monnaie avez-vous pi'êté celte somme?
R. En trois pièces de cinq fiancs. J'avais oublie' la monnaie; Pépin m'en fit apercevoir, et mo dit d'aller la redemander.
D. Est-ce Pépin qui vous avait donne' ces quinze francs?
Pi. Oui, monsieur.
D. Par qui avez-vous fait apporter le bois?
R. Je le mis de côté, j'allai à !a place de la Bastille, à l'endroit où se mettent des commissionnaiies. Tout le monde connaît la probild de ces commissionnaires. Je donnai la facture à Tun d'eux, qui la présenta au marchand, lequel n'hésita pointa lui remettre le bois. J'allai à la barrière du Trône, j'attendis que le commissionnaire arrivât. Dès qu'il fut arrivé, je pris le bois et le misa la cour de M. Lesage, sans lui dire ce que j'en voulais faire. Je travaillais alors chez lui.
D. Le bois est-il resté long-temps dans cette cour?
R. Il y passa au moins le mois de mai. C'est , je crois , vers la fin de mai que je me décidai aie faire travailler.
D. Par qui avez-vous fait confectionner ce bois?
R. Par un menuisier de la lue Montreuil , n''4o et quehpies. Ce menuisier s'appelle Josserand.
D. Combien a coûté la façon tles bois ?
R. Six francs.
D. Qui est-ce qui vous adonné l'argent pour payer.-'
R. Pépin. Je payai ensuite un canon, car les ouvriers ne se quittent pas sans boiie un canon. JVloi , je fais comme je veux, je bois ou ne bois pas : je paie tout de même.
D. Lemenuisier a t-il travaillé la totalité du bois?
R. Non , Je laissai chez M. Lesage la membrure de boi* d'hêtre. Le menuisier n'a travaillé que les quatre chevrons.
Dj Qu'avez-vous fait de la membruve?
R Je l'ai laissée chez M. Lesage. Je ne m'en suis servi que plus tard.
Lorsque ce bois a été travaillé par Josserand , o\\ l'avez- vous transporté?
R. Chez moi , boulevard du Temple.
D. Tout à la fois ou pièce à pièce?
R. Pièce à pièce, pour n'exciter les soupçons de personne.
B. Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de la membrure?
R. Parce que le bois d'hêtre était vert. Pépin avait voulu que je l'achète, il ne me convenait pas. En effet, ils'dtait fendu, on ne pouvait plus le faire servir à la traverse de derrière sur laquelle devait reposer la culasse des fusils.
D. Comment l'avez-vous remplace'?
R. Je rencontrai un autre monsieur que je connaissais depuis long-temps et j'allai chez lui.
D. Avez -vous acheté chez lui une pièce de bois pour remplacer cette membrure?
R. Je fis couper une pièce , ça m'a coûté quarante sous.
D. Gomment l'avez-vous payée?
R. Avec l'argent qui me restait. J'avais dit à Pépin que la façon des quatre chevrons me coûterait 6 fr. Pépin m'en avait remis dix : comme il me restait 4 f'"- je ne réclamai pas ces quarante sous.
D. Vous avez dit que Pépin vous avait promis d'abord de vous procurer des fusils, que c'était par Cavaignac que vous deviez les avoir^ et que cependant ne vous les ayant pas procurés par ce moyen , vous avez cherché à acheter des canons. Persistez-vous dans cette déclaration ?
R. Oui.
D. Votre entreprise a été évidemment retardée par la circonstance qu'il n'y a pas eu de revuo au mois de mai. Cela a-til ralenti vos relations avec Pépin?
R. Ce que je voyais de la conduite de Pépin les a ralenties. Je ne suis pas un homme d'argent, et quoique je ne sois pas difficile ni gourmand de bons mets, je ne voyais pas sans peine qu'il ne m'offrît qu'un morceau de pain à sa table. Ensuite je le voyais toujours se plaindre de ses prétendussacrifîces, se plaindre même de ses amis; je me suis alors dérobé à ses relations. Je devais aller en Pologne avec un de mes amis : je n'eus pas les moyens. Je ne fus pas content non plus de la traînée de poudre. Cependant, je crus devoir être esclave de la parole que je lui avais dotmée.
D. Cependant vous avez toujours continué de prendre chez Pépin de petits objets dont vous aviez besoin.
R.Oui, monsieur.
D. Morey n'a pas ccîsi* tie vous faire des visites au boulevait ilu Temple?
R. Il y est venu sept h huit fois.
D. A-t-il pris la qualité de votre oncle?
R. Oui, monsieur le président. Je disais souvent à la portière que si mon oncle arrivait, que j'étais à tel ou tel endroit , ou que je serais rentré à telle ou telle heure. Je prenais ces précautions pour ne pas compromettre le projet que nous avions formé, parce que quand je me mêle d'une affaire , je tâche de la faire réussir.
Lb président. L'audience est remise à demain,
(Il est six heures moins un quart.)
ï^-gee^î
AUDIENCE DU 3X JANVXSa 183C.
SoMMAifiE.— Suite et fin de V interrogatoire de Fieschi. — Interrogatoire de Morey.
Les accusés sont amenés à midi et demi.
A une heure moins vingt minutes , la cour entre en audience.
Le greffier en chef fait l'appel nominal de MM. les pairs.
Le président reprend l'interrogatoire de l'accusé Fieschi.
D. Ne receviez-vous pas assez fréquemment , au boulevard du Temple, les visites de trois femmes que vous appeliez 'l'o.v bonnes amies, et dont le signalement a été donné par Ils liabitans de la maison? Quelles étaient ces trois femmes?
R. Il n'y en avait qu'une qui était ma bonne amie^ les deux autres étaient arrivées depuis quelque temps de Lyon. L'une était une connaissance du frère de la petite Nina • elle avait apporté une lettre à celle-ci : son frère la chargeait de procurer une place à cette jeune fille- Je me suis occupé de lui chercher un emploi. Elle est venue deux ou trois fois chez moi , mais non pas à titre de maîtresse. Je lui fus utile . je lui pronu'ai un II. i
5o logement, et je lui prêtai loo sons, quoique je n'eusse pas beaucoup d'argent.
La seconde était la maîtresse d'un de mes intimes amis , qui me l'avait recommande'e ù son lit de mort ; je la retirai chez moi, elle partagea mon logement, mais je la respectai, pour moi elle fut toujours un homme : je pouvais dire à mon ami ; Tu. m'as confié un dépôt sacré , ma raison fut plus forte que mes passions.
Je m'occupai aussi de placer cette jeune fdle chez une lingère, où elle gagnait sa vie. Quant à. Nina , elle était ma maîtresse, c'était une enfant que j'avais élevée et à qui j'avais donné mes principes , quoique moi-même j'aie besoin d'en recevoir.
Voilà tout ce que je puis dire relativement à ces trois femmes. Je n'avais qu'une maîtresse : avec une femme on en a moitié trop.
D. Ne parliez vous pas souvent devant ces femmes de vos opinions politiques?
R, Comment voulez- vous qu'on cause avec des femmes de politique ? elles n'y entendent rien.
D. Vous venez de dire que votre intimité était beaucoup plus grande avec ime de ces personnes. Cette intimité ne vous avaitelle pas mis dans le cas de lui l'évéler vos projets?
R. Non , Monsieur.
D. La fdle Lassave ne connaissait-elle pas au moins vos rapports avec Pépin?
R.. Elle savait que je connaissais Pépin particulièrement; je lui disais que Pépin était un de mes amis, que j'avais chez lui un crédit ouvert pour de petites bêtises. Je prenais chez lui ce que j'avais besoin , en le payant tôt ou tard.
D. Ne lui aviez-vous pas dit, dès le mois d'avril, à une époque où déjà, sans doute, vovis étiez préoccupé de l'attentat dont l'exécution avait été fixée au i*^ mai, que s'il vous arrivait malheur, l'épicier Pépin , votre ami intime , aurait soin d'elle et ne la laisserait manquer de rien ?
R. Oui , non seulement dans la crainte que l'attentat fût ma perte, comme il l'a été, mais surtout parce que j'avais envie de m'en aller au lointain. N'ayant pas le moyen d'amener Nina avec moi, je lui disais : « Si un malheur m'arrive, je t'ai recommandé à Pépin et à Morey, deux de mes intimes amis.
vas-y, tu y seras bien reçue J'dtais convenu avec Pépin et Morey qu'ils !ui remettraient cent sous chacun, cela lui {faisait lo francs par mois.
Nina me disait : Pourquoi veux-tu quitter Paris ? Je lui répondais : J'ai la ciainte d'être arrêté ; tu sais bien que la police est partout; je suis sous un mandat d'amener. Je le croyais; car si j'avais su être en non-lieu, j'aurais tourné le dos h Pépin et à Morey sans leur dire adieu. Ce fut après le tballieureux attentat que Nina se présenta auprès d'eux.
D. A une époque peu éloignée de l'attentat, n'avez-vous pas donné à la fille Lassave l'assurance que vous l'aviez recommandée à Pépin ainsi qu'à Morey, et qu'elle pourrait s'adresser à eux si elle venait à vous perdre ?
R. Oui, sans cesse, jusqu'à la fin. Cependant, je dois dire la vérité, Pépin ne la connaissait pas. Morey la connaissait particulièrement, puisqu'il venait souvent chez nous. Nous étions convenus tous deux en sa présence qu'il en aurait soin.
D. N'est-ce pas à cette occasion, et la dernière fois, que vous avez été dans le cas de recommander Nina à Pépin et à Morey, surtout à Morey, que celui-ci vous aurait dit que si vous étiez c ^ arrêté par la police, ou malade, ou autrement empêché , l'affaire n'aurait pas moins lieu et que lui Morey mettrait le feu à la machine?
R. C'est à Morey que je dis : Peut-être, un de ces jours , je serai arrêté; car la police est assez nombreuse à Paris. En effet, j'étais toujours sur le qui-vive, je ne m'endormais pas sur le rôti, je veillais au grain. Morey me répondit : Tout est prêt , je ne pourrai descendre par la fenêtre ; mais je me charge de faire partir la machine; je resterai là, et je serai content d'avoir exécuté ce projet.
D. La fille Bocquin^ qui parait avoir partagé pendant quelque temps , comme vous l'avez dit , votre table et votre logement, n'a-t-ellft pas eu occasion d'appi'endre de vous-même que vous regardiez Morey comme un ami solide , et que vous comptiez beaucoup sur Pépin, chez lequel vous aviez un crédit ouvert?
R Oui, mais je n'ai pas dit à la Bocquin que Nina avait la ressource des lo fr.
D. La fille Bocquin et la fille Dauvat n'ont-elles pas su que vous voyiez très souvent un ouvrier ferblantier nommé Victor
5a Boiioaii^ que la lilio Lassuve avait aussi oomui chez sa mère , avec laquelle il parait avoir été très lié ?
li. Oui; mais je ne crois pas que Nina ait connu iîoireau, parce queBoireau est venu à la maison che;i cette malheureuse femme avec laquelle je vivais. Nina était déjà à la Salpétrière.
D. Les filles Bocquin et Daurat ont-elles su que vous voyiez souvent Boireau ?
R, Oui, monsieur.
D. De quelle époque datent vos premières relations avec Boireau et quelle a été la nature de ces relations?
R. Du mois de novembre ou du mois de décembre 1854.
D. N'alliez-vous pas très souvent voir Boireau à son atelier, et n'avez-vous pas couché plusieurs fois chez lui , soit avant , soit depuis votre entrée dans la maison boulevarl du Temple , n. 5o.
R. Lorsque je travaillais à la fabrique de Lesage , je m^'occupais plutôt de mo!i travail que d'aller rôder chez les uns ou chez les autres. Dans le commencement de juin, je cessai de travailler chez Lesage, fauîe d'ouvrage^ alors j'avais le temps de courir les rues ; je n'avais pas beaucoup de monde à aller voir, j'allais chez Boireau tous les deux ou trois jours.
D. Le jeudi 25 juillet^ n'êtes-vous pas venu demander à coucher chez Boireau à minuit passé , et la principale locataire de la maison, qui vous a entendu frapper, ne vous a-t-clle pas dit qu'il était trop tard, et qu'elle ne voulait pas vous laisser montçr.
R. Oui , monsieur.
D. Ne vous êtes- vous pas alors retiré fort en colère , en disant VI cette dame qu'elle avait un bon locataire, et que vous le lui feriez perdre.
R. Je lui ai peut-être dit cela dans la colère. Il était trop tard pour m'en moi, et je ne savais oii aller coucher.
D. N'êtes-vons pas revenu le lendemain pour coucher chez Boireau, et n'y avez- vous pas en effet couché ?
R, Je ne sais si c'est le lendemain; mais je .«ais que je n'ai couché chez Boireau qu'une fois.
D. Boireau lui-même ne venait-il pas queNjuefbis vous deriiander , boulevard du Temple , n» 5o ? • Pi. Oui , Monsieur.
D. Boireau , par conséquent , savait que vous étiez connu
dan;» la maison sous un nom qui n'était pa^ le vôtre , et il savait quel était le nom que vous preniez ?
R. Je ne suis pas venu au monde avec une cliemisc , je suis venu tout nu: j'avais dit à Boireau de me demanJer sous le nom de Girard.
D. Le dimanche 26 juillet, nêtes-vous pas rentré à onze heures et demie du soir, par la porte du (;afé Périnet, avec un jeune homme qui est resté environ une demi-heure chez vous, et que vous avez fait sortir comme il était entré , par la porte du café ? Quel est ce jeune homme ?
R. C'est une erreur : ni moi , ni Boireau . ni personne, n'a passé par cette porte , excepté moi , qui y ai passé une fois dans la soirée. Boireau n'est jamais monté chez moi.
D. Le lendemain lundi 3^ juillet . vers neuf heures et demie du soir , un jeune homme proprement vêtu est venu vous demander. Vous veniez de sortir avec la personne qui passait pour votre oncle. Le jeune homme en question dit alors à la lille du portier : Vous direz àGérard que ccst yictor le mécanicien^ son ami y qui est venu le voir ; il saura bien qui c'est. Ce jeune homme ne serait-il pas Boireau ?
R. J'ai oublié de dire le vrai : Boireau est monté unç fois jusqu'à ma porte; il a frappé. Je suis devant celte cour honorable pour dire la vérité-, il est venu jusqu'à ma porte; quand j'ai vu que c'était Boireau , j'ai dit '• on n'entre pas. Pourquoi? Parce que je ne veux pas. Je me déliais de lui. Ma machine était en morceaux , il aurait été cuiieux de savoir ce que je faisais ; et je ne voulais pas le lui dire , parce que je le regardais comme un enfant.
M. le président renouvelle la dernière question à l'accusé, qui y repond affirmativement.
D. Quelles étaient les opinions politiques de Boireau ? ne se disait-il pas ouvertement républicain , et n'exprimait- il pas sa haine contre le Roi dans les termes les plus violens ?
R. Oui, Monsieur.
D* Ne vous rappelez- vous pas une circonstance dans laquelle Boireau se serait emporté jusqu'à dire que si plusieurs personnes voulaient tirer au sort à qui tuerait le Roi, et si le sort le désignait , lui Boireau, il ne reculerait devant aucune des conséquences de l'engagement qu'il aurait pris ?
R. Cela est vrai, mais il venait de quitter sa maitressc, et
sa maîtresse à lui c'est la bouteille. 11 était passible qu'il lût ^u ribotte , mais il me l'a dit.
D. Boireau ne vous a-t-il pas parlé de complot lormé pour assassiner le roi sur la l'oute de Neuilly, comme un homme initié à ce complot , et qui en counais>ait les auteurs ?
R. Il ne m'a pas dit qu'il était complice; mais il m'a dit qu'un jour il était venu de ses connaissances ou amis (car Boireau compte les amis par centaines, par mille; ce n'est jias comme moi, qui suis avare de mon amitié), et qu'on lui avait dit : A-t-on des armes? Nous avons un rendezvous à la place Louis XV. Il n'attacha pas beaucoup d'importance à cette affaire. Une autre fois Boireau me dit que cinq de ses amis avaient été arrêtés rue Monlorgueil , et que parmi eux il y avait un homme d'environ cinquante ans , qui était celui qui dirigeait le complot , et que c'était un homme très • adroit , et capable de diriger n'importe quelle affaire épineuse. Boireau ne m'a pas fait d'autre déclaration à ce sujet.
D. Boireau ne vous at-il pas dit le nom de cet homme très-adroit ?
R. Il me l'a dit , mais je n'y ai pas fait attention. D. Boireau connaissait-il Morey ?
R. Non , monsieur.
D. Connaissait-il Pépin ?
R. Oui , monsieur.
D. N'est-ce pas par vous qu'il a été mis en rapport avec Pépin ?
R. J'ai été chez Boireau avec Pépin long-temps avant mon affaire; mais j'ignore si auparavant il le connaissait dans les sociétés. Comme chacun d'eux était un renard pour la malice, ils se connaissaient peut-être sans que je le susse.
D. N'êtes-vous pas allé prendre de la liqueur avec Boireau chez Pépin ?
R. Oui , monsieur j ce fut la première fois que j'allai chez Pépin avec Boireau.
D. Vous avez cessé le aa mai de travailler chez Lesage ? R. C'est au mois de juin; je ne me rappelle pas bien la date.
D. C'est précisément à partir de cetl« époque que votre sort à paru s'améliorer , et que tous avez pu subvenir à des
iltipenses qui , saus éLre bien considérables , auraient cependant excédii vos moyens peu de temps auparavant. Ainsi , c'est à la fin de mai ou au commenceftient de juin que vous avez reçu et nourri chez vous , pendant un mois , la fille Boc- <|uin y vers la même e'poque , vous donnez à diner aux trois femmes qui venaient souvent vous voir; sachant que la fille Daurat a peu de ressources, vous lui offrez de venir à son secours; vous donnez de l'argent à la fille Las^ave , qui remarque que vers ce temps-là il devient moins rare chez vous que de coutume^ et à laquelle vous dites de ne pas s'inquiéter, que vous n'en manquerez jamais , que les amis y pourvoient. D un autre côté , vers la fin de juin ou au commencement dé juillet, vous étiez bien vêtu, et vous sembliez ne plus rien vous refuser. Gomment vous éliez-vous procuré les sommes que vous aviez eues ainsi à votre disposition? Provenaient-elles d'une mdustrie légitime et honorable, ou bien létaient-ellës le prix de l'engagement criminel que vous aviez contracté envers Pépin et Morey?
R. Moi je n'ai pas reçu d'argent de Pépin et de Morey pour cela. Si j'avais quelques sous, c'est que j'avais reçu de l'argent de M. Perrève, qui me donnait de l'argent pour un plan qu'il m'avait chargé de faire. Il m'a donné en tout à peu près 200 fr. Il me fit en outre faire un pantalon, un gilet, et me fit arranger ma redingote par son tailleur; fout •eelaf peut monter à 96 ou 100 fr. Lorsque les femmes me voyaient de l'argent, je n'allais pas leur dire, moi qui suis discret ou dissimulé, d'où venait cet argent ; un homme doit être réservé, surtout avec les femmes.
D. Cependant vous avez pris des engagemens avec Pépin et Morey, puisque vous avez dit que vous regardiez voire honneur comme intéressé à ne pas manquer à ces engagemens. Ces hommes devaient nécessairement vous donner des moyens d'existence. Ce n'était pas, si vous voulez, le prix de votre crime, c'était le moyen d'arriver à la consommation de ce crime.
R. J'avoue que je ne leur ai jamais demandé d'argent. Lorsque je travaillais chez Lesage, je gagnais ma vie, je me contentais de manger peu^ depuis que j ai été soldat, ma soupe et un morceau de bouilli, cela me suffit; mais sans que j'en aie demandé, Pépin et Morey m'en ont donné. Pépin m'a donné 10 ou 12 fr. la fois que nous sommes allés faire la traînée de pou-
dre où j'ai connu l'héroïsme de Pepiu (on rit), que je ferai connaître plus tard. Morey me donna une autre fois la ou i5 fr. , je ne me le rappelle pas bien 3 ce sont des choses que je n'enregistrais pas.
D. Je viens de vous parler des engageniens pris avec Pépin et Morey; ces engageniens ont dû être bien forts, puisque vous avez considère votre honneur comme engage à les tenir. Y avaitil eu une circonstance plus particulière dans iaqu( iie vous ayez pris cet engagement ?
R. C'était tous les trois ensemble, sans détour. Moi, je ne parle pas beaucoup, je ne suis pas à même de faire delà propagande. Je .ne connais pas la langue française , je prie la cour d'être indulgente. En parlant k la cour, je parle à l'univers entier. Que chacun prenne exemple sur moi. Puisque c'est décidé ainsi, je promets que je tiendrai parole. Je tins parole en effet, parce que malheureusement i'amour-propre est un de mes plus grands délauts. (Mouvement.)
D. Ainsi cet engagement consistait seulement eu ce que, dans vos conversations vous auriez- dit : Vous pouvez être Iran • quille, je le ferai. Il n'y eut pas de serment prêté ?
R. Je n'ai pas fait de serment.
D. Vous avez parlé du docteur l'enève; vous avez dit qu'il vous avait employé à la confection d'un plan ; quel était l'objet de ce plan ?
R. C'était pour l'itinéraire des omnibus.
D. Pouvez-vous préciser le montant des sommes que vous avez reçues du docteur Perrève ?
R. J'ai reçu environ r8o fr.
D. Vous avez dit qu'il avait autorisé son tailleur à travailler pour vous, n'avait-ii pas aussi autorisé son cordonnier?
R. Ouij il m'a demandé si je voulais une paire de bottes. J'ai trouvé que c'était assez d'une paire de souliers, et que je ne devais pas faire faire des bottes quand un autre les payait.
D. Ces fournisseurs vous connaissaient-ils sous votre véritable nom?
R. Non.
D. Sous quel nom vous connaissaient-ils?
R. Lor.«que M. Perrève me fit la lettre pour aller chez son tailleur et chez son cordonnier, il me demanda sous quel nom je voulais avoir ces eflets: je me rappelai le uom d'Alexis, et
je lui dis ce nom. J ai eu deux pantalons (je u en ai déclaré quun), l'un de 32 fr., l'autrede i5fr. . un gilet de i5ou 16 fr., et une redingote de 25 fr.
D. Sous quel nom ces effets vous furent- ils fournis?
R. Sous le nom d'Alexis.
D. Où ont-ils été portés?
R. Chez Pépin.
D. Vous étiez donc convenu avec Pépin que ce dépôt serait fait chez lui?
R. Oui.
D. Vous avez parlé des fusils ou canons que vous aviez cherclié à vous procurer. Comme c'est une partie fort importante de l'affaire, je suis obligé d'y revenir. Vous avez dit que, lorsqu'il s'était agi au mois d'avril de se procurer des fusils pour le i"' mai, Pépin s'était chargé de ce soin, mais que les démarches qu'il se proposait de faire à cette époque étaient leslées sans résultat ou avaient été ajournées, lorsqu'on avait su qu'il n'y aurait pas de revue le jour de la fête du roi. Ces démarches ne furent-elles pas tentées ou renouvelées par Pépin aux approches du mois de juillet? Savez-vous l'époque précise à laquelle il a fait ces nouvelles démarches?
R. C'était dans le commencement de juillet. Il écrivit à Cavaignac pour savoir si Ion pouvait avoir des fusils ou non. Je dis à Pépin : Il faudra demander , s'il est possible, d'avoir des carabines courtes pour que je puisse les rentrer plus facilement chez moi. Pépin me dit qu'il avait écrit une lettre en demandant 20 ou 25 fr., que Cavaignac savait ce qu'il disait, mais qu'il n'avait point eu de réponse. Comme j'avais dit que des canons pouvaient faire le même effet , il ne s'en inquiéta pas.
D. Pépin n'a-t-il pas eu un moment d'impatience quand vous vous êtes plaint de n'avoir pas les fusils? nevousa-t-il même pas dit à cette égard quelque chose de personnel ?
R. Je lui disais : Que faites-vous de notre affaire. Soyez tranquille, me dit-il, ce sera plutôt vous qui manquerez ! mais les fusils ne manqueront pas. Je fus obligé de me taire.
AI' le président. C'était là précisément ce que je voulais savoir.
D. Les relations de Pépin avec Cavaignac, d'après ce que vous avez dit, étaient fort intimes, Avez-vous eu une connaissance particulière de celte intimité?
R. Pépia me disait qu il connaissait Gavaignac comme un des chefs des sections politiques. A.u surplus, il me dit que Gavaignac lui devait 5oo fr., dont il lui avait fait son billet.
D. Avez-vous su si ces 5oo francs avaient élé prêtés pour une affaire de parti ou pour une aâaire personnelle ?
R. II ne m'a donné aucun détail à- ce sujet.
D. Vous avez dit précédemment que dans votre opinion, l'évasion de Sainte-Pélagie, qui a précédé de quelques jours votre attentat, vous avait fait penser que Gavaignac, Guinard et d'autres prévenus pouvaient être informés qu'il devait se passer quelque chose de grave le jour de la revue, et que celte circonstance aurait pu contribuera leur évasion.
R. Je ne m'en dédi» pas. Il est possible que je me trompe, mais mon opinion à cet égard est intime.
D. Pépin vous a-t-il donné à entendre pour quelle raison Gavaignac ne faisait pas cette fourniture de fusils qu'il avait promise?
R. Non, Monsieur.
D. A peu près à l'époque oîi Pépin cherchait à se procurer des fusils par l'entremise de Gavaignac, ne vous souvenezvous pas l'avoir rencontré un jour sur le boulevart, en compagnie d'un jeune homme-^et se dirigeant vers le Jardin Turc. ^
R. Je venais de chez Pépin; je reconnus Pépin et un autre Monsieur que je ne connais pas, et un jeune homme pas si grand que Pépin, mais gros. Pépin me donna une poignée de main, et m'appelant, selon son habitude, mon bi'ave, il me dit: Je vais au Jardin Turc, vous m'attendrez ici 5 je vous dirai pourquoi. Il vint après quelques instans me trouver à la même place, et me demanda si je connaissais ce jeune homme; je lui répondis que non. Eh bien! me dit-il, c'est un jeune homme qui était détenu à Sainte-Pélagie, c'est le fiU . d'un député ou d'un ancien député; son père lui a envoyé 600 fr., il les a donnés à Gavaignac pour acheter des fusils. Il est brouillé avec son père qui est juste-milieu; lui est républicain. Pépin ne m'en dit pas davantage.
D. Vous avez manifesté votre opinion que la connaissance indirecte ou imparfaite de votre projet avait pu contribuer a l'évasion de Sainte-Pélagie. Pouvez-YOus dire ce qui a fondé votre opinion à cet égard.
R. Deux choses ; i" Si j'avais été détenu à Saintes-Pélagie, et <[uc je fusse évadé, je ne serais pas resté à Paris. Or, tous ces Messieurs sont resté à Paris, J'en ai connaissance, et je sais où deux d'entre eux ont couché. Cela ne rentmit pas dans l'instruction de naon affaire , on ne me l'a pas demandé, je ne l'ai pas dit.
2° Lorsqu'ils étaient dans les cachots de la Conciergerie, à Sainte-Pélagie, dans les autres prisons,, ils ont maltraité les gai-dieus, ils leur disaient : ïu sera pendu à cette corde ^ ils ont fait les insolens, parce qu'ils avaient un but loi'squ'ils seraient sortis.
Mon opinion est que Pépin avait communiqué, dans les cacliots de Sainte-Pélagie et ailleurs, que bientôt on serait libre. Quand un homme est prisonnier, il dit: Je subirai mon sort. Moi, pendant six mois, je n'ai jamais dit un mot aux gar-* diens j vous pouvez vous eu informer. Cependant je suis un homme comme un autre, je n'en vaux pas deux. Moi je conspirais je cherchais avec tous les moyens les plus subtils d'achever cet attentat; moi je conspirais avec Morey et avec Pépin. Pépin a été le plus fort en propagande, parce qu'il faisait sonner les pièces de loo sous. Moi qui n'avais pas le sou, j'étais bien petit à côté de Pépin. Pépin est parti dans le commencement de juillet à la campagne; et il ne m'a pas dt où il allait. Morey lui a fait l'escorte; il a gardé aussi le silence; mais j'ai été plus rusé que Morey, et je lui ai tiré les vers du nez , et j'ai su qu'il avait accompagné Pépin. Pépin a parcouru les villes pour engager à préparer les armeâ. Tous les départemens de la France, et jusqu'au Piémont, savaient ce qui devait arriver ; tous les journaux ont fait mention de cette affaire.
Lorsque Pépin revint à Paris , je lui demandai où il avait été, il m'a dit qu'il avait été dans son pays.
h me reste encore quelque chose à dire. Vous m'avez parlé que j'avais beaucoup d'argent lorsque j'ai quitté de chez Lesage. Cela me tient sur le cœur , parce que je ne me vends jamais pour de l'argent. Lorsque je fus nommé tuembre de la Légion-d'Ilonneur, c'était l'honneur gagné sur le champ de bataille; mais ce que j'ai fait a' est pas de l'honneur, on dira toujours, peut-être en mille ans, que je suis un grand as- HAnm,
La denioiselie B..., qui était venue à Paris , m'avait remis la fr. pour les donner à la fille Bocquin. Ces i5 fr., je les ai déboursés dans mon ménage avec elle. J'ai donné à Nina une pièce de 5 fr. • j'avais ij fr. 7 sous 5 liards quand j'ai été arrêté. Je devais 4? sous à ma blanchisseuse , 34 sous à mon marchand de charbon. Vous voyez comme j'étais homme d'argent. Je tiens à me justifier. Pour le reste, arrivera que pourra.
D. Quand vous avez eu la pensée de suppléer les fusils par des canons de fusil, vous avez, dis^je, eu le projet de les acheter un par un , deux par deux. Expliquez plus positivement comment s'est passée cette opération.
Nevous êtes-vous pas présenté dans les premiers jours du mois de jui let chez le sieur Meunier , armurier , demeurant quai de la Mégisserie. n° 46.; et ne lui avez-vous pas demandé à achater «les canons de fusil de munition ?
11. Je ne sais pas où est Je quai de la JMégisserie. J'ai été chez un armurier à main droite , lorsqu'on passe sur le Pont- Neuf, à environ deux cent cinquante pàs de la îigne directe du pont. Je demandai à cet armurier s'il avait des canons à me vendre , sans avoir l'espérance de les trouver tous dans le même endroit. Il me dit que oui ; mais je lui expliquai que je voulais des canons de munition ; il me dit alors qu'il n'en avait pas , mais qu'il connaissait un de ses conhères qui pourrait m'en vendre. Il me donna l'adresse du sieur Bury , rue de l'Arbre-Sec, n° 58. Si j'en avais voulu , celui-ci me les aiuait donnés ?
D. Quel prix voiis les a faits le sieur Bury ?
B.. Je|les ai payés 6 fr. , mais il m'en avait demandé 7.
D. Avant de conclure ce marché , n'avez vous pas dit que vous étiez obligé de consulter la personne qui vous avait donné cette commission ?
Pi. J'ai dit que c'était pour envoyer dans les dépaitemens Je demandai huit jours, non paspour faire des réflexions , car j'étais tout prêt , mais c'était Pépin qui devait me donner de l'argent, et je voulais combiner avec Pépin etMorey pour avoir de l'argent. Morey me donna sofrancs pour donner des arrhes, et les préparer pour le lendemain.
D. Ainsi c'est au bout de quelques jours que vous êtes retourné chez le sieur Bury , qui était sorti , et vous avez dit à <a femme que vous aviez reçu une lettre [de vos coramettaus .
tjii vous aulorUaient à conclure le marche au prix de 6 fr. par canon , et que vous en prendriez vingt-cinq . si on voulait vous donner, en outre . un pistolet?
R. Oui; nous restâmes d'accord à G francs. Il est vrai que je les ai fait payer 7 fr. 5o^ parce que je ne pouvais compter les voitures que je prenais et les autres fiais : il m'aurait fallu tenir un journal,
D. Comment était le pistolet que vous a doiine la femme Bury ?
R. C'était un pistolet à pistou , avec un canon en cuivre.
D. Lorsque ces conditions ont été acceptées par la dame Buvy . ne lui avez-vous pas demandé que les canons fussent prêts pour le lendemain , et donné 5 francs d'arrhes ?
R.Oui.
D. N'aviez-vouspas demandé si l'on pouvait vous fournir une caisse pour les placer, et que sur la proposition qui vou^ aurait été faite d'en commander une , vous auriez répondu qu'ayant plusieiu's objets à expédier, vous achèteriez une malle? Avoz-vous en effet acheté cette malle?
R. Oui, j'ai mieux aimé acheter une malle qui devait me servir à sortir mes effets.
D. Aviez- vous pensé qu'une malle , après avoir servi au transport des canons de fusil, vous serait utile pour votre propre usage ?
R. Oui, monsieur.
D. Où l'avez-vous achetée ?
R. Je l'ai achetée au Temple.
D. Quel jour l'avez-vous achetée ?
R. Après que j'ai fait l^ marché pour les fusils , j'ai pris la mesure des canons, et j'ai vu qu'il fallait que la malle eût quarante-deux pouces tt demi de long.
D, L'avez-vous enlevée le miême jour, ou le lendemain seulement ?
R. J'ai donné f.o sôus d'arrhes , et j'ai dit que je repasserais pour la prendre.
D. Etiez-vous seul lorsque vous l'avez enlevée?
R. Non, j'étais avec Morey, parce que je ne voulais pas qu'on pensât que j'avais payé la malle 7 ou 8 fr.
D. Quel a été le prix d'achat de celte malle .^
R . I ( ou î 2 fr.
D. Qui est-ce qui vous a donné l'argent avec lequel vous l'avez paye'e?
R. C'est Moiey.
D. Je vous représente une malle saisie, le 5 avril, au domicile de la fille Lassave. Reconnaissez-vous cette malle-^
R. Oui.
D. Les canons ont-ils pu tenir directement?
R. Non, j'ai été obligé de les croiser.
D. Le marché conclu, n'avez-vous pas demandé qu'on vous procurât un commissionnaire pour emporter la malle que vous viez achetée?
R, Oui, monsieur.
D. Pendant qu'on cherchait ce commissionnaire, n'êles-voUs pas entré avec Morey dans un café situé en face de la boutique (lu fripier qui vous avait vendu la malle , et n'y avez-vous pas pris deux tasses de café au lait ?
R. Oui, monsieur.
J). Quand le commissionnaire emporta la malle, où étaient les canons, nepassa-t-il pas rue Boucherat? Arrivé lue Boucherat, n'avez-vous pas fait déposer votre malle devant la boutique du marchand de vin, située au coin de la rue Chariot et de la rue de Vendôme, et ne vous êtes-vous point adressé au desservant de la place de cabriolets de cette dernière rue, pour le prier de vous aider à transporter cette malle jusque chez vous?
D. Ce café pris, n'avez-vous pas donné, au commissionnaire que vous aviez fait appeler, l'adresse de Bury, pour qu'il y portât la malle que vous veniez d'acheter, et ne vous êtes-vous pas rendu de votre côté chez Bury afin de prendre livraison des canons de fusil?
R. J'ai lâché d'y être avant lui, parce que je ne tenais pas à laisser savoir mes atTaires à tout le monde.
D. Vous avez dit que vous vous étiez fait donner par-dessus le marché un pistolet? Qu'en avez vous fait ?
R. Je l'ai donné à Boireau.
D. Pourquoi? à quelle occasion?
R. Parce qu'il me dit : Je n'ai pas d'arme; s'il arrive quelque chose, on devrait me faire cadeau de celui-là. Je ne lui confiais pas mes affaires , parce que je le regardais comme ua en-
fant. Je lui donnai ce pistolet que j'avais sur moi. Cela se passait sur le boulevard.
D . Lorsque vous avez donné ce pistolet à Boireau, n'est-ce pas à la suite d'une confidence qu'il pouvait bientôt arriver des événemens qui mettraient les patriotes dans le cas de se réunir et de se trouver en armes?
R. Je n'ai pas fait de confidence à Boireau. ïl n'a été mon complice que le 2^.
D. Lorsque vous achetâtes ces canons de fusil , au moment de la livraison des canons de fusil , remarquâtes-vous que les lumières de trois ou quatre canons n'étaient pas percées? R. Oui.
D. Est-ce vous qui fîtes cette remarque , ou est-ce le marchand qui l'a faite?
B.. C'est la femme Bury. Je les aurais bien fait percer chez elle; mais c'était un peu de la contrebande, ce que je faisais. Pendant qu'on les aurait percés , qui sait si elle n'aurait pas envoyé un gamin avertir la police pour me faire plumer làdedans?
D. Vous lui dites que si vous en aviez besoin , vous sauriez bien les percer?
R. Oui.
D. Les fusils étant placés dans votre melle , comment l'avez-vous portée ?
R. J'ai remis tous les fusils dans la malle; j'ai croisé les plus longs dans les angles.
R. Ce ne fut pas un desservant ^ mais bien un cocher de cabriolet. Savez-vous que la malle était lourde? En arrivant au coin de la rue Chariot , je fis déposer la malle. Je payai un canon à l'homme, et sa course. Je pris un commissionnaire: comme j'étais tout près, je fis porter la malle chez moi.
D. Ce même jour aS juillet, dans la soirée, n'avez-vous pas porté chez le sieur Dubranle, menuisier, rue de Crussol, une membrure en bois de chêne que vous lui aviez achetée deux ou trois jours auparavant^ en remplacement de celle que vous aviez prise chez Poucheux, et qui n'avait pvi servir à l'usage auquel vous la destiniez? Vous aviez pratiqué sur cette nouvelle membrure une entaille qui avait fait éclater le boîs. Dèslors, renonçant à la façonner vous-même, n'avez-vous pas demandé qu'on fît sur cette membrure vingt-cinq entailles parai-
lèles, et conformes au dcssiu que vous donnâtes vousmême siiriin morceau de papii-, do deux de ces entailles?
R. Oui, monsieur.
D. Le lendemain 26 juillet, n'êtes-vous point retourné jus- »|u'à trois fois chez le sieur Dnbranle, pour chercher la membrure que vous y aviez apportée la veille, et qui n'a pu être taillée, comme vous le dc%iricz , qu'à quatre heures de l'aprèss midi?
R. Je ne sais pas si j'y ai été trois fois. Je sais que je tenais beaucoup à ce que cela k*it fait au plus tôt.
D7 Ces entailles n'étaient-elles pas destinées à recevoir les culasses des canons de fusil ?
Oui, monsieur.
D. Le même jour , 26 juillet, dans ia matinée, n'êtes-vous point allé chez le sieur Pierre, entrepreneur de serrureries, rue du Faubourg-Saint-Antoine , a^ 65 , commander une barre de fer battu , de la longueur d'un bout de bois que vous aviez apporté avec vous ?
R. Oui , monsieur; si c'est le 26 , ce doit être un dimanche. Oui, j'affirme que c'était un dimanche.
D. A quel usage destiniez -vous cette barre de fer ?
R. C'était pour mettre sur la machine, afin de tenir les culasses solides. Je voulais aussi en mettre une autre pour déposer la traînasse de poudre en quantité.
D. Etiez-vous seul , lorsque vous avez fait cette commandé '}
R. Non.
D. Arec qui étiez-vous ?
R. AvecBoireau.
D. Boireau savait-il h (fuel usage cette barre de fer devait être employée?
R. Non.
D. Il résulterait cependant de plusieurs déposition-s que Boireau aurait pris une part aussi active que vous-même à la commande de cette barre de fer , et que par conséquent il connaissait parfaitement quel devait en être l'emploi.
R. Lorsque je m'occupais à donner le dessin de celte barre . de cette..., peu importe, le nom ne me revient pas, vous savez ce que je v«'ux dire, il était là, Boireau : il faisait le parleur , le faiseur d'embarras. Au reste, je lui dis : Tu ne connais
rien de ce que je veux. Mais il parlait toujours, et je ne pouvais l'empêcher de parler.
D. Cependant il paraît difficile de penser que lorsque vous ijonnicz ces indications devant Boireau , il ne sût pas l'usage auquel la barre était destinée; cela paraît au moins fort extra- ■ ordinaire.
R. Supposons que je propose à un mécanicien un modèle, et que je lui dis : Il faut que celte barre de fer^^oit courbe par les deux bouts; je veux qu'elle ait un ou deux pouces de large. Il faut souvent mettre le doigt à la bouche pour faire comprendre aux ouvriers. C'est ce que je faisais, et Boireau se mêlait de tout j il est comme cela.
D. Le lundi 27 juillet, dans la matinée , n'êtes-vous pas retourné chez le sieur Pierre , et n'avez-vous pas acheté une seconde barre de fer que vous avez fait percer de plusieurs troas et plier à angle droit dans sa longeur?
R. Oui, Monsieur.
D. L'une de ces barres de fer^ celle qui retenait les culasses de.s canons de fusil, a servi, eu outre, ainsi que vous l'avez déclaré; à recevoir la poudre au moyen de laquelle vous avez mis le feu à la machine. Des doutes ne s étaient-ils pas élevés dans f esprit de Pépin et de Morey sur l'infaillibilité de ce procédé, et une expérience ne fut-elle pas proposée par eux vers le i5 ou le 5o juillet, dans le but de dissiper ces doutes?
R. Oui, Monsieur. .. vrj,; / •. jiij j «
D. Cette expérience a-t-elle eu lieu tn effet ? . . r r.,,^
R. Oui, monsieur. ',
D, Où a-t-elle eu lieu?
Pt. Nous nous sommes donné rendez- vous pour cette expérience chez Pépin. 'Nous avons déjeuné, puis Pépin a dit: Je partirai le premier. Nous nous retrouverons à l'entrée du cimetière du Père-Lachaise. Je partis avec Morey. Pépin, qui ioiiait au pl.us fin, ne marchait pas avec nous. Pépin arrive dix minutes après nous. Nous entrâmes dans le cimetière du Père- L chaise. Je ne sais pas lequel de Pépin ou de Morey dit : Tious pouvons bien fare l'expériencedans le cimetière. Je dis: Oui, JL^ès'bien ! et si un arriant fait la cour dans un bois près de Ta V il nous vë^rra; allons dans les vignes, on ne cr^mt rien^ En elfet, nous sortîmes , et nous montâmes dans les vignes.
J'avais un mètre sur moi de la longueur de cette machine
de cette machine infernale (Fieschi éVexe la voix.) Oui , en
*^ peut bien dire infernale. Morey, avec sa corne de poudre (les
tireurs lui donnent le nom de poire), mit de la poudre sur le
mètre. Pépin tira un briquet phosphorique qu'il avait apporté
avec lui , alluma une allumette et s'approcha pour mettre le
feu. Il paraît que la fume'e de la poudre fait peur à M. Pépin :
il trerïjblait en s'approchant. Je dis en plaisantant , mais du
fond de mon cœur : J'ai oublié d'apporter une perche avec un
tison au bout. Je pris une seconde allumette , je l'allumai et
ie m'approchai indifféremment. Je mis le feu au milieu, et ils
virent de suite tous les deux le bon effet que ça pouvait avoir.
Ils dirent : ça va bien : et certes , aucun procédé u'esl plus vif
Cït plus expédilif que celui-là.
D. A la suite de cette expérience , n'étes-vous pas allé déjeuner avec Pépin et Morey h la barrière de Montreuil, chez un restaurateur nommé Bertrand ?
R. Après cette expérience nous sommes descendus des vignes par le même chemin que nous avions pris, et nous avons gagné du côté de la barrière Montreuil. Ils dirent alors ; Buvons une bouteille de vin. J'avais l'habitude, quand je travaillais chez Lesage, d'aller manger chez Bertrand j nous y allâmes. On apporta une bouteille de vin rouge. Pépin ou Morey, je ne sais lequel , dit qu'il aimait mieux du vin blanc. On le changea^ on apporta du fromage de Gruyère ou de Hollande* ïious bûmes la bouteille à nous trois. Ce fut alors que Morey me dit: Vous ne devez pas avoir de l'argent Je n'avais pas le 60U. Il me remit douze francs : deux pièces de cent sous et deux de vingt sous. Après déjeûner, Pépin descendit la rue de Montreuil avec Morey. Je m'en fus, moi , chez Lesage, pour lui dire un bonjour. Je ne vis que son épouse et sa demoiselle. Il était, lui, fort occupé k son comptoir. Je ne me rappelle pas où je fus ensuite.
D. Vous avez dit que Pépin et Morey étaient convenus de supporter par moitié les dépenses auxquelles donnerait lieu la confection de votre machine. Il était naturel qu'aux approches ^u jour où devait se consommer l'attentat, Pépin et Morey vouhissent mettre leurs comptes en règle. Un rendez-vous ne fut-il pas assigné à cet effet le a4 juillet pour débattre ces comptes.
R. Oui, monsieur.
D. Dans quel endroit ce rendez-vous avait-il été d<^ué¥
R. En amont du pont d'Âusterlitz, du côté du magasin ft iarine.
D. Que se passa-t-il dans cette entrevue ?
B.. Nous nous e'tions donné rendez-vous pour nous trouver derrière la Salpétrière, où il y a un corps-de-garde pour la poxi»drière qui est sur le boulevart, Morey vint et me dit : Pépin va venir sur la place devant la porte de l'hôpital. Pépin arriva bientôt par la rue Poliveau. Nous nous dirigeâmes séparément vers le pont 3 nous n allions jamais tous les trois ensemble* Nous marchions comme si nous ne nohs connaissions pas. Il faisait presque nuit. Nous descendîmes sous l'arche du pont d'Austerlitz, de manière que du haut du quai on n'aurait pas pu nous apercevoir. Ce fut alors que l'argent pour les canont me fut remis, 160 fr. 5o c. Alors ils parlèrent de régler leuw comptes. Autant que je puis croire, Morey avait un effet de 5o fr. à Pépin, payable s^ je ne sais quelle époque. Pépin dit : Fieschi me doit 20 fr. pour marchandises, nous partagerons ensemble. Je m'élevai là-dessus. Je dis : Mon ami. Jannod va arriver nécessairement, et je vous paierai ces 20 fr. Je ne veux pas qu'il soit dit que vous me nourrissiez. Pépin ne se fit pas prier, et ça en resta là.
D. Morey ne fit-il pas observer à Pépin qu'il vous avait remis 5.0 fr. pour l'achat de la malle et pour les arrhes du marché des canons 5 que. de plus, il lui avait vendu un harnais ou autre objet de sa profession, du prix de aS fr., qu'enfin il vous avait donné 10 ou 12 fr. en différentes fois, et qu'il fallait défalquer ces sommes du compte général?
B.. Morey avait donné 20 fr. pour arrhes : c'était 20 fr. que Morey avait empruntés à son neveu Tureau ou Dureau, conducteur de diligences. Il dit : Moi, j'ai fourni 20 fr.j vous savez que vous devez a5 fr. pour un harnais. Il ne faut pas que les femmes sachent nos affaires. Cela finit par résoudre l'affaire des 25 fr.
D. N'est-ce pas le lendemain de celte entrevue que More? vous remit, de la part de Pépin, les 18 j fr. 5o cent, qui oni servi à payer les canons de fusil?
H. Oui.
D. Aye<5-vous montré à Pépia ou à Morey la facture d'acha'
6B de ces canons que vous tous étiez fait donner pai- le neveu de Bury?
R. Oui.
D Quelques jours après l'entrevue dont il vient d'êlre question, Pépin ne vous montra-t-il pas une note e'crite de sa main, en vous demandant si vous vous rappeliez avoir reçu diverses sommes qui y étaient portées, comme s'il voulait par là contrôler le compte de Morey ?
R. Oui.
D, Reconnaissez- vous, sur la feuille que je vous représente, les sommes qui y sont inscrites comme exprimant le détail de celles que vous avez reçues? (L'accusé regarde long-temps cette feuille.)
R. Je ne puis le dire affirmativement.
D. Ne devait-on pas trouver sur les livres de Pépin les traces d'une partie quelconque des sommes qu'il vous aurait données, soit pour l'achat de votre mobilier, soit pour le paiement des deux demi-termes de votre loyer, soit pour solder cliverseîî autres dépenses relatives à l'achat et à la confection de la machine? Pourriez- vous fournir quelques renseigneniens à cet égard?
R. On m'a remis tantôt lo fr , tantôt 20 fr., une fois i35 fr , sur lesquels j'ai pris 4o fr. pour le loyer.
D. iSe devait-on pas également trouver sur ces livres l'indicatioii de plusieurs livraisons de comestibles ou d'eau-de-vie qui vous auraient été faites à crédit à diverses reprises?
R.. Oui, ils ont dû être marqués exactement.
D. Ces crédits étaient-ils inscrits sous l'un des noms que vous preniez, ou au moins sous une dénomination qui permît de reconnaître que c'était bien de vous qu'il s'agissait?
R. La première fois que je pris des comestibles chez Pepiu, sa femme (vous savez que les dames ne s'occupent pas trop df; demander les noms) me vit, venant de Montreuil ; j'étais sale conSmc un pâtissier, j'étais taché de couleur, et eîle'init siir le registre le nom de Barbouilleur. La seconde fois elle me dit : INe sachant pas votre nom, j'ai mis .sur le livre : Le barbouilleur. Je raierai ce riiotpour que mon mari ne se fâche pas. Je nie mis à rire, et je dis : Cela ne me fait rien du tout.
Le iT.ÉsmENT. Voici la teneur de la note qui vous regarde.
On lit à la date du 6 mai :
« Le barbouilleur, ami de M. Morey, doit :
» Une fois , une livre trois onces de fromage. ... gS c
» 2* fois, i5 onces. . . ^ . . . de 75
» 3* fois, 1 livres macaroni, 4 onces de fromage. . 55
» En tout , 2 fr. aS c. »
Reconnaissez-vous la mention de ce crédit comme vous étant applicable? . ..
R. Oui , monsieur. ,-.
Le président. Sur le même livre on lit, sous le nQ!;u du Peintre en papiers :
» lo A la date du i5 mars une fourniture de 2 fr. 5o c. pour une bouteille d'eau-de-yie de Montpellier et une demilivre de figues.
» 2° A la date du ^5. 5 fr. argent prêté;
» 5° A la datçdu 27, une bouteille de Cognac de trois demisetiers, sans indication de prix. »
Sur un autre livre couvert en papier bleu, on trouve, sous le nom du Peintre en papiers.
» I*» A la date du 4 avril, une fourniture de 5 fr. pour du riz, du beurre, du sel, du poivre, du vermicelle, du sucre et du fromage;
M 2° A la date du 18 de ce mois, une fourniture de ()5 centimes pour du fromage , du café et du sucre;
» 5** A la date du i*"^ mai, sans indication de prix, une bouteille de vin ;
3> 4 A la date du i5 du même mois. F. G«. ce qui signif»« sans doute fromage, sans indication de prix ;
» A la date du 26 du même mois, une fourniture de 60 c. pour une livre de F. G« :
» 6° A la date du 14 juin, une fourniture de afr. 96 c, pour du vermicelle , du fromage , du sucre et une bouteille de Cognac ;
» 7 A la date du 20 du même mois , une fourniture de i fr. 75 c. pour du café, du sucre, du vermicelle et du fromage. »
Sur un troisième registre, également couvert en papier bleu, on trouve à la date du 2«' juillet, un crédit de gS c. pour du beurre et du café.
L'ensemble de ces fournitures forme un total de if fr. 95 c.
B«fi compris les 5 fr. qui tous auraient e'té prêtés, et lei objets ^ui ne sont pas évalués en argent.
Quelles explications avez-vous à donner sur ces dÎTcrs crédits? est-ce bien à vous qu'ils s'appliquent?
R. Ces dépenses ont eu lieu réellement, mais je ne puis me rappeler les sommes avec leur détails.
D. Sur la dernière feuille de l'un de ces livres, on lit distinctement ces mots quoiqu'ils soient raturés : JBesc^er , i5o fr. Au-dessus de ces mots on distingue ceux-ci, qui sont écrits arec une encre plus noire et qui sont également raturés : ir Plus , pour bois, loyer, 68 fr. 5o cent. »
R. Pépin écrivit cela au bout de la page, et je lui dis que sa femme pourrait le remarquer. Il me dit : Elle n'y fera pas attention. Je n'avais plus lùen à dire.
D. Le dimanche 26 juillet la fdle Lassave n'est-elle point Tenue vous voir^ et n'a-t-elle pas passé environ deux heures avec TOUS dans voti*e chambre?
ft. Oui, Monsieur.
D. N'a-t-elle pas vu ce jour-là votre machine montée dans votre chambre^ à l'exception des canons de fusil qui n'étaient pas encore posés dessus? Ne tous a-t-elle pas demandé ce que c était que cette machine? Que lui avez-vous répondu?
R. J'ai dit qvie c'était un métier pour faire du coton ou du Cûrdon. J'ajoutai que ce n'était pas là une affaire de femme, et elle ne dit plus rien.
B. Lors de la visite que tous fît la fille Lassave le 26 juillet, iw") remarqua- t-el le pas que vous aviez l'air soucieux, préoccujâié, et la figure altérée ? ne lui dites-vous pas alors que vous étîtz dans une mauvaise position ?
îl. Mes forces physiques et morales étaient épuisées, sachant îe oal que j'allais faire. Mon crime a été plus fort que ma raiaxai' . Je n'étais pas joyeux , bien sûr. Je suis d'un caractère soTtibre, c'est-à-dire que je n'étais pas toujours maussade. Ce ÎQJU4 Ùà je n'étais pas en joie. En me regardant on pouvait bien \«ùi' que je n'étais pas à mon affaire.
D. Ne cherchâtes-vous pas aussi à la détourner de venir à ParJ> pendant les fêtes , parce que vous pensiez qu'il y aurait des Lroubles, et que vous aimiez autant qu'elle n'y fût pas. R. Oui, monsieur.
II. En quittant la fille Lassave, ne lui dites-vous pas de ne
pas venir tous voir le leodemaio; et comme elle insistait, ne lui donnâtes -vous pas rendez-vous le soir même chez la fille Bqc> quin, dont vous lui aviez mal à propos indiqué l'adresse rue Saint-Pierre ?
R. Je lui dis : De quoi te mêles- tu? que veux-tu? Je suis poursuivi, je crains d'être arrêté, laisse-moi tranquille. Elle ne dit plus rien, car c'est un agneau. Un liomme franchit une barricade pour se mettre à l'abri, mais une femme ne se met pas aisément à couvert des charges de cavalerie. La cavalerie , quand elle charge, ne va pointeau pas. Je ne voulais pas^pour -cela qu'elle fût aux fêtes.
D. Le lendemain lundi 2.5 juillet, malgré la défense que vous lui aviez faite, la fîileLassave est venue entre midi et une heure vous demander chez la portière de votre maison , qui lui dit que vous étiez chez vous avec votre oncle, un vieux monsieur qui ne vous quittait jamais , et qui avait défendu qu'on laissât monter personne. Morey était-il en effet chez vous à ce moment-là, qu'y fai>ait-il ?
R. Nous étions occupés à arranger la machine, nous n'avions pas besoin d'un troisième témoin, surtout d'une femme.
D. N'est-ce pas ce jour-là qu'il vous donna le conseil de brûler vos papiers? Avez-vous suivi ce conseil?
R. Oui.
D. Parmi ces papiers, n'y en avait-il pas un auquel vous teniez beaucoup, et que vous ne vous êtes décidé i!i brûler...
R. C'était une lettre de Janod.
D. D'après l'ordre qu'elle avait reçu de Morey, celle-ci alla passer quelques instans chez la fille Daurat, rue Meslay, pixis elle revint sur le boulevarl, et elle vous aperçut à peu de distance de chez vous attablé avec Morey sous la tente d'un café , et buvant de la bierre. Ne ta vîtes-vous pas vous-même à ce moment-là, et ne vîntes- vous pas lui parler?
R. Oui, monsieur, j'étais entre le théâtre de la Gaîté et Franconi, en dehors, sous ia tente, je vis passer Nina ; je dis : pauvre femme, mon crime va te laisser orpheline, je ne pus m'empêcher dallera elle , je lui dis : Va m'attendre chez Annette. Elle s'en alla : elle n'étiit pas trop contente.
D. Vers trois heures , le même jour, n'êtes- vous point allé , suivant votre promesse, retrouver la fille Lassave chez la fille Bourquin.
7^ R. Oui, monsieur.
D. A peine arrivé, n'avez-vous pas prétexté des affaires pour irous en aile.? Ne téraoigniez-vous pas une vive impatience , et n'aviez-YOUs pas la figure encore plus sombre et plus altérée tjue la veille?
R. Quel est le gretlin , l'homme dans ma position , position bien triste, sachant ce que j'avais à faire le lendemain , qui n'eût pas été ainsi. Comment vouliez-vous que je fusse joyeux, je n'étais pas content.
D. Vous avez dit, et il résulte de la déclaration de la dame Bury, confirmée par vos propres aveux , que plusieurs des canons de fusil, achetés par vous le 25 juillet, n'avaient pas de lumière , et que cependant vous n'aviez fait aucune difficulté de les prendre , parce que . disiez-vous , les personnes qui avaient besoin de ces canons sauraient bien les percer. Et en effet, à l'exception d''un seul canon trouvé dans une armoire , tous ceux que vous avez employés étaient forés. A l'aide de quel instrument avez-vous opéré ce forage?
R, A l'aide d'un foret.
D. Qui est-ce qui vous avait procurif ee foret? oW .
R. C'est Boireau. ^"''■
D, Avant de vous adresser à Boireau, n'aviez-vous pas dit à Pépin et à Morey que plusieurs de vos canons n'avaient pas de lumière, ne leur avez-vous pas demandé un foret pour les percer, et ne devaient-ils pas cherchera s'en procurer un.
R. Oui, monsieur, je lui dis que j'avais besoin d'un foret pour percer des canons qui ne l'étaient pas. [Sachant que Boireau en avait dans son magasin, je m'adressai à lui.
D. Ou a trouvé dans la fosse d aisance un gros foret?
R. Ce n'est pas celui qui a servi à percer les canons.
D. Dans quel endroit, quel jour et à quelle heure précise a eu lieu la remise que Boireau vous aurait faite de son foret?
R. J'ai été dans le magasin de son bourgeois. Boireau m'a donné rendez -vous chez lui, rue Quincampoix, n, ^5, pour me le remettre.
D. Il résulte de vos réponses que ce serait le o.-j juillet dans la matinée , que ceux de vos canons qui n'avaient pas Je lumière auraient été forcés ou qu'on aurait essayé de les forer. Combien ont-ils été ainsi percés ?
R. Trois.
D. La pointe du foret ne s'est elle pas (imoussée sur le troisième? nov ^
R, Elle s'est cassée, et j'abandonnai ce travail, que je jugeai inutile.
D. Je vous représente le canon de fusil sur lequel il parait que s'est émoussé le foret dont vous vou» êtes servi, parce que le trou , étant commencé trop près de la culasse , le foret a rencontré celte culasse à son dernier pas de vis , et s'y est ébr^ché. Je vous représente en même temps un foret saisi dans l'atelier où travaille Boireau, afin que vous puissie*"comparer la cassure de ce foret avec la brèche qui se trouve sur la culasse. Reconnaissez-vous ce canon de fusil? Reconnaissez TOUS ce foret comme étant celui que vous aurait prêté Boireau? (L'accusé reconnaît tous ces objets.)
Vous persistez à dire que Boireau ignorait l'usage pour lequel vous lui empruntiez ce foret?
R. Oui , monsieur.
D. Il résulterait cependant de plusieurs dépositions que le lundi 27 juillet, à huit heures environ du matin , Boireau serait sorti de chez son maître avec un foret , en disant qu'il allait percer des trous à l'hôtel d'Espagne , rue de Richelieu. Plus tard , ce motif de sortie , allégué par Boireau , a été reconnu mensonger. Ne peut -on pas dès lors supposer qu'au lieu d'aller rue de Richelieu, Boireau, plus exercé que vous à manier un foret, aurait lui-même percé Jeux de ces canons, et que «on foret se serait émoussé dans ses mains, en essayant de percer le troisième ?
R. Ce n'est pas lui : cest moi- même j je ne suis pas si maladroit que je ne sache percer un canon.
D. Cependant je suis oblige d'insister sur cette observation , parce qu'il résulte de la déposition d'un témoin que sur l'obseryation faite à Boireau par l'un de ses camarades, qu'il n'était pas resté long-temps dehors , il auîiait répondu qu'ii avait pris un cabriolet. Or, Boireau n'aurait certainement pas pris uu cabriolet poiu- aller de la rue Ncuve-des-Pelits-Champs, où demeure le sieur Verven, rue de Richelieu , à l'hôtel d'Espagne.
R. Je serîjis bien coupable de dire que Boireau était au courant de cette affaire. Je regarderais cela comme un crime
7i plus grand peut-être que celui par lequel quarante personnes ont été tuées ou blessées.
D. Je ne vous demamle que la vérité : quand vous pouvez dire quelque chose de favotable à l'un de vos co-accusés , vos paroles sont acceptées par la cour avec plus de satisfaction, sans doute, que lorsque vous en prononcerez qui leur soient défavorables.
R. Je demande pardon à M. le président. Je ne dis pas que M. le président me provoque, mais je répète que je serais coupable de dire que Boireau avait connaissance de cela. Je n'accuse pas la cour de me provoquer. Vous voulez juger en couscience ; des hommes comme vous n'obéissent pas à des sentimens de vengeance Vous me demandez la vérité , je vous la, dis; j'ai fait mon aveu et je suis content de l'avoir fait.
D. Vous avez raison d'avoir celte confiance dans la cour, et c'est pour vous la donner plus entière encore que je fais cette observation, que vous avez entendue parfaitement.
La machine confectionnée , les fusils achetés, il vous manquait encore, pour consommer le crime , de la poudre et des balles, qui est-ce qui vous les a procurées?
R. C'est Morey.
D, Quel jour et à quelle heure Morey vous a-l-il apporté cette poudre et ces balles?
R. Le 27, vers cinq heures du soir.
D. N'est-ce pas le même jour que les canons de fusil ont été chargés ?
R. Oui, monsieur.
D. Qui est-ce qui les a chargés?
R. Moi et Morey, mais en partie Morey les a tous chargés.
D. Combien de temps cette opération a-t-elle duré?
R. Elle a duré long-temps, jusqu'à neuf heures du soir, soit pour cheviller la machine, soit pour tout disposer.
D. A quelle heure Morey est-il descendu de chez vous?
R. Sur les neuf heures et quelques minutes.
D. Vous rappelc-z-vous si en le reconduisant vous aiez été vencontré sur l'escalier par quelqu'une des personnes qui kabilaient la maison ?
R. Oui, mais c'est une chose convenue , lorsqu'on se mêle d'affaires aussi graves on cherche toutes les ruses. Morey avait soin de mettre son mouchoir devant sa bouche comme s'il avait
envie de ««moucher. Il avait soin de sortir le rubau de la décoration de Juillet. Au lieu de présenter sa figure, il tournait plutôt le dos. Il est possible que cette dame ne l'ait pas reconnu ; je l'ignore.
D. N etait-il pas convenu q'ie Pépin , suivant ce qui avait été convenu entre vous , viendrait se promener à cheval devant vos fenêties, afin que vous pussiez ajuster le pointde votre machine ?
R. Oui, Monsieur,
D. Avez-vous vu , en effet , Pépin passer à cheval sur le boulevard ?
R. Non , Monsieur.
D. Où êtes-vous allé après le départ de Morey ? R. Je suis descendu au café des Mille Colonnes , j'ai parlé avec un garçon de café nommé Charles. Il se trouvait un autre jeune homme que je voyais pour la première fois. Nous causâmes ensemble; je payai deux tasses de café et un petit verre, bien que. j'en boive rarement.
D. Avez-vous revu Boireau ce soir-là ?
R, Oui, Monsieur.
D. Dans quel endroit et à quelle heure Tavez-vous vu ? R. Vers dix ou onze heures 3 il était plutôt onze heures que dix.
D. Boireau ne vous dit-il pas alors que Pépin , qui était malade, lui avait prêté un cheval et l'avait envoyé en son lieu et place , sur le boulevard , pour vous servir de point de mire ?
R. Oui, Boirei«u me dit cela , et ajouta : tu vois bien que je suis au cQUi'ant de ton affaire. Tu ::^e^me l'avais pas dit 5 me croyais-tu donc capable de te vendre à la police ? J'eus alors les bras coupés. Comment , dis-je , Pépin t'a confié une affaire aussi grave. Il me fit des protestations , mais j'étais font embarrassé. Je restai avec Boireau jusqu'à onze heures.
D. Ainsi 5 c'est de cette époque seulement que vous datez la complicité de Boireau ?
R. Oui , Monsieur, il ne savait rien de ma part. Il paraît que Pépin lui avait confié l'affaire aupai avant.
D. Où êtes-vous allé le 27 juillet, à onze heures du soir , après que Boireau vous eût quitté?
^. J'accompagnai Boireau jusqu'à la rue Saint-Martin , et je
76" rentrai chez moi. Certes , je n'y trouvai pas un sommeil bien paisible.
D. Le 28 juillet, «.le grand matin, n'êtes-vous point allé chez Sorba , Corse comme tous, et ne lui avez-\ous pas proposé Ô.Z vous servir de second dans un duel ? Quel motif aviezvous de faire cette proposition à Sorba , dans un moment oîi il ne semblait pas naturel que vous fussiez disposé à avoir une affaire de celte sorte sur les bras.
R. Un homme, dans la position où je me trouvais, que la cour me pardonne l'expression, s'accroche à un chien. Si Sorba eût été un homme de nature à m'en imposer; un homme qui pût m'inspirer de la confiance, je lui aurais dit que j'étais dans une triste position. Mais je ne voyais là qu'un jeune homme qui ne méritait pas ma confiance. J'allai chez Sorba pour trouver une disti'action ; je le regardai en face, disant en moi-même : tu es trop jeune homme. Si j'avais eu seulement de quoi ni'em .•aller, j'aurais abandonné tout le mobilier. Si Janod était arrivé, j'aurais remboursé Morey et Pépin ; je leur aurais dit : cessez de conspirer contre l'état.,., vous n'en n'êtes pas digne. Sorba ne m'inspira pas assez de confiance, il me fallait un prétexte pour justifier ma démarche, je lui parlai de ce prétendu dueU Sorba me dit: vous savez que vous avez la main malheureuse. Jl but un canon et moi un sou de cacis chez le marchand de vi» du coin de la rue Chariot.
D. Avcz-vous revu Boireau le 28 juillet dans la matinée? R. Oui, monsieur.
D. Dans quel endroit et à quelle heure l'avez-vous vu? R. Entre neuf et dix heures, sur les boulevarts. D. Etait-il seul ou en compagnie d'une autre personne. R II était accompagné de quelques personnes que je ne connaissais pas.
Boireau quitta sa société d'une trentaine de pas environ ; il me dit : nous sommes tous prêts ; toi, vas à ton affaire, nous .serons à notre poste. Je m'en fus chez moi ; je devais 5 fr. à M. Trévaux, j'allai le payer; s'il m'arrive malheur, me dis-je. je ne veux pas qu'il perde les cinq francs.
D. Boireau ne vous dit-il pas alors : nous serons tous là, et BOUS attendrons' l'affaire?
R. Oui, monsieur.
D. Ne se plaignit-il pas du défaut de générosité de Pépin qui.
77^ la veille, lorsqu'il l'avait eavoyJ à s a place sur le boulevart, ne lai aurait oTert ni un verre d'eau-dd-vie ni une pièce de loo sous, et n'accepta-t-il pas iO souî que vous lui donnâtes?
R. Boireau avait bien vu le matin que Pépin n'était pas généreux, il ne m'apprenait rien de nouveau en me disant cela. Pépin ne m'a pas offert seulement un verre d'eau-de-vie, et cependant on n'a rien à soi dans des circonstances pareilles , on se devrait pas être chiche, même d'un verre d'eau-de-vie. Mais en me demanda : as-tu de l'argent? oui, à peu près 5 francs. Je mis la main à la poche, je lui donnai 20 sous.
D. Avez-vous vu Morey le a8 juillet dans la matinée ? , R. Oui, mais avant de retourner chez moi.
D. Dans quel endroit et à quelle heure l'avez-vous vu ?
R. Sur les neuf heures et demie, à peu près dix minutes avant de lencontrer Boireau, parce que j'avais été le long du canal pour rejoiudi-e cette amie, à laquelle je comptais en moi-même dire adieu pour jamais. Je n'ai pas voulu passer par la rue d'Angoulême, parce que beaucoup de monde descendait à la revue. Je suis venu dans la rue Basse, en face de la maison qui porte sur le boulevart le n. 5a. Morey m'avait don- ■é rendez-vous à cet endroit à Montreuil, chez le restaurateur Bertrand, où nous avions déjeûné avec Pépin. Lorsque je l'eus fenooiitré, je lui dis adieu, c'était dans mon cœur pour ton» jours.... Je n'en exécutai pas moins mon projet.
D. Ainsi Morey vous a donné rendez vous rue Basse-du- Temple. Ne deviez-vous pas fuir ensemble vers la barrière de Montreuil ou de Charenton, celle des deux qui se trouve la plus voisine de la barrière du Trône, et où vous aviez déjeûné ensemble quelques jours auparavant ?
R. Je vous demande pardon , voulez-vous me répéter cette ijucstiou ?
Ls PKBSiDENT. répète la question et ajoute :
Au moment où vous étiez convenu de ce repdez-vous, Morey'ne vous aVait-il pas dit : nous f le feu aux barrières et
dans la banlieue , nous briserons les télégraphes; et nous verrous ?
Pépin j deux mois avant l'attentat, n'avait-il pas parlé de Vi/us "procurer un passeport pour l'étranger; mais, après y avoir réfléchi, ne vous dit-il pas : La meilleure cachette c'est encore Paris, et ne renonça t-il pas ainsi que vous à l'idée
?8 d'an passeport pour l'étranger? Morey alors ne se cKargeat-il pas d'ayoir ua passeport pour l'intérieur.
R. G*est-à-dire que nôus devions nous saurcr par la barrière après l'événement. Morey me dit : Lorsque notre affaire sera faite, que tout sera démoli ^ nous nous enfuirons : alors nous jnetti-ons à bas les télégraphes , nous mettrons le feu aux granges de la banlieue; les gardes nationaux de la banlieue viendront pour donner secours à leurs maisons, à leurs familles, et nous mettrons tout en déroute. (Mouvement général dans l'auditoire.) Mol, je ne dis rien à cette phrase.
D. A cette époque-là, avez-vous renoncé l'idée d'un passeport à l'étranger.
R. J'étais forcé de rester. Si j'avais eu le moyen de passer à l'étranger, j'y aurais passé, parce que j'étais indigné, voyant que moi, Fieschi, j'étais si avancé avec des particuliers qui voulaient me faire tirer les marrons du feu. ( Sensation. ) Il faut aussi, dans cette afiaire, que chacun ait sa part. Je me plaindrais aussi bien du gouvernement que je me plains de mes complices, comme aussi je leur rendrais justice s'ils le méritaient. Nous nous renfermions entre nous trois, dans des conversations sur les résultats du projet que nous avions. Moi'ey, c'est mon complice,* Pépin aussi, je ne veux pas plus charger l'un que l'autre. Morey disait : Lorsque le gouvernement sera renversé Pardon je voulais parler de Pépin.
Pépin me dit en me mettant la main sur l'épaule : Mon brave, vous seres récompensé. Je le regardai avec indignation et lui dis : Moi, ne vous en inquiétez pas. Je n'osais pas faire trop d'observations, parce qu'il était grand auprès de moi qui suis très-petit, car il est propriétaire et industriel, et moi j 2 n'avais pas deux sous pour me faire faire la barbe. Pépin disait de grandes phrases j je lui répondis : Mais lorsque le roi ne sera plus, lorsque ses enfans ne seront plus, BOUS aurons la guerre civile dans notre pays. Croyez-vous pouvoir renfermer à Paris le gouvernement dans une tabatiè- , re ? Non ; il y aura des coups de fusil de tirés de tous les côtés. Quant à vos proc4amations, ajoutai-je, et à ce que l'on entend promettre au peuple, je ne m'en mêle pas. Je suis .soldat ; je me mettrai i la tête de cent ou deui cents hommes j je suis toujours été sans ambition, c'est-à-dire sans ambition de places , mon ambition a été la gloire. On peut-
être bon soldat sans être grand académicien. Je dirai à ces ^eux cents hommes : Voici ce que j'ai fait, et ce que peuvent attester tous ceux qui ont serri sous le grand Napoléon. Si pai'mi ces deux cents hommes, il en est un plus capable, je lui céderai le pas; sans quoi, je m'empare du commandement. Il nous restait en effet à combattre l'étranger du Rhin et les Cosaques, qui sont jaloux de notre patrie. Le Français est le peuple le plus brave, son premier élan est de tout cœur; il n'a qu'un défaut, et l'on me pardonnera de le dire, c'est qu'il est changeant. Voilà pourquoi tous les peuples sont jaloux des Français, soit pour la civilisation, soit pour l'héroïsme. Morey et Pépin répondirent : Bah!.... Je reviens sur mes pas, je reviens à ma cause; vous êtes mes juges, vous me condamnerez comme un homme coupable, mais non comme un assassin ; la vertu, l'humanité, sont des lois auxquelles je ne manquerai jamais.
Après cette conversation, Pépin ne me dit plus rien : Morey me dit: Un instant! Lorsque nouà serons les vainqueurs, que ferons-nous? Je répliquai : vous vous arrangerez comme TOUS l'entendrez.
Morey ajouta : Une fois que le gouvénement sera renversé, il faut que tout le monde soit heureux. Je vous demande, lui dis-je, si la chose est possible ; il y aura toujours des voleurs, des filous, des paresseux, des ivrognes. La nation sera riche, reprit Morey, parce qu'à l'égard de tous les hommes qui ont fait leur fortune d'après l'Empire, nous examinerons leur fortune; on leur dira, tu avais 100,000 fr., tu as gagné 300,000 fr. encore de plus après l'Empire, garde- les; mais ceux qui auront amassé un million nous leur laisserons 3oo,ooo fr. ; et le reste sera joint aux biens nationaux. (Mouvement prolongé. )
Morey ne parla plus d'être heureux après cette observation. Son bonheur à lui était de tirer des coups de fusil; c'est «in homme très-adroit au tir, beaucoup plus que moi^ je ne ifoudrais pas attendre son coup à cent cinquante pas ; il disait quelquefois : si un tel tombait au bout de mon canon de fusil, je me chargerais de son affaire.
Revenons à Pépin. Il disait: ceux qui sont de la monarchie déchue ou de la monarchie actuelle doivent tomber les uns comme les autres. Il faut que leurs têtes roulent dans les rues
8o comme les paves. (Nouveau mouvement.) Je répondis : Le sang demande le sang; voyez dans mon pays lorsqu'un homme en a lue un autre, toute la famille prend sa vengeance. Il en sera de même dans notre pairie, tout sera dans la eonfusion. Voilà ce que je dis à Pépin.
D. Morey ne vous dit-il pas qu'il vous procurerait dans 'tous les cas un passeport pour l'intérieur ?
Pi. Oui , Monsieur.
D. Ce passeport n'était-il pas délivré au nom de Bescher?
R.Oui, Monsieur.
D. L'avez-vous eu en votre possession, ou bien ne devait-il TOUS être remis qu'au dernier moment ?
R. Je ne l'ai jamais eu entre les mains. Il faut dire la vérité. Lorsque j'ai été chez Morey, j'étais fort malheureux. Si j'avais pu, par mes complices , me procurer un passeport, je me serais éloigné.
J'étais dans la dernière misère, plus à plaindre que le chien qui cherche sa nourriture au coin des rues. Un autre à ma place serait devenu fou à rire devant tout le monde, ou bien aurait été méchant à tout bouleverser, un autre se serait jeté à la fencie... Moi, pas du tout. Je suis devenvi l'assassin do quarante personnes. Malheureusement la perte d'un homme comme moi ne rendra pas la vie à mes victimes. Le mal est fait, j'ai fait périr vin brave maréchal, et vous le ^avf'Z, vous tous qui avez combattu avec lui.
D. Savez-vous si c'est par le fait de Bescher ou à son insu que ce passeport se serait trouvé dans les mains de Morey?
R. Morey me dit : Après Tévénement, nous verrons à nous procurer un passeport. Morey est bon, Morey est généreux. Il m'aurait donné sa chemise pour me changer. Il me fit trouver un livret et du travail sous le nom de Bescher; c'est ainsi que j'eiitrai chez Lesage, fabricant de papiers peints, par l'intermédiaire de Morey. Je n'oublierai non plus jamais le service que m'a rendu mon pauvre ami Janod qui rae donna quelques sous pour Vivre. ^ ■» . ■ , . . /
D. Morey ne s'était-il pas également chargé du soin de faire disparaître les indices qui pourraient mettre la justice sur les traces de l'auteur de l'altentat? Ainsi lorsque le 38 juillet vous avez emporté de chez vous la malle qui avait serti à faire entrer vos canons de fusil dans la maison sansqu'ils fussent remarqués ,
et lorsque vous l'avez de'posde chez le sieur Noiland, rue de Poissy, n. i5j n'était-il pas convenu entre vous que Morey irait chercher cette malle chez Noiland?
R. Oui, M. le président.
D. N'avez-vous pas dit en effet à Noiland , en le priant de recevoir la malle, que ji elle n'était pas enlevée dans uneheure^ il fallait qu'il eût bien soin de ne la remettre que sur un ordre de Morey?
R. Oui, Monsieur.
D. Avez-vous conservé un souvenir exact des diflférens objets qui étaient lenferraés dans cette malle au moment oi*J vous l'avez déposée chez Noiland ?
R. Il y avait dans cette malle dix volumes de Cicéron , trois -volumes de la Police dévoilée, et un volume de la Biographie des prêtres ; plus , 5o fr. provenant d'économies et d'une couverture que j'ai fait mettre en gage par Morosiui. Les 5o fi . ne se sont plus retrouvés, ni sept volumes; ces volumes ont dû êtx'e pris par Morey ou par Noiland.
D. Je vous représente un carnet qui a été trouvé le 24 août dans les fosses d'aisance de la rue Saint- Victor, n, 25 , où logeait Morey. Reconnaissez-vous ce carnet comme vous appartenïnt, et comme ayant été par vous placé dans votr« malle?
R. Oui, monsieur, voilà tin itinéraire des O/nnièuj , pour lequel je devais faire un plan.
D. On lit sur ce carnet, à la suite de quelques noms propres sans adresses , de quelques adresses sans noms propres , et de renseignemens sur les voitures dites Omnibus , une phrase écrite à demi-mots et qui semble vouloir dire : Le mois de juillet eftVaiera la France. Avez-vous quelque explication à donner «ur cette phrase ?
R. Je ne me rappelle point avoir écrit cela. Au reste, cène serait pas étonnant; le mois de juillet a dû effrayer la France.
On lit encore sur ce carnet l'indication de diverses dépenses dont l'objet est clairement énoncé , et qui se rapportent au paiement de ti'ois demi-termes de votre loyer et à l'achat de votre mobilier. Mais sur l'une des feuilles o!t figure le détail de ee mobilier, on lit un article ainsi conçu: i?Ma| i5lr.«^ceDt Que signifie cet article ?
R. Il e; t possible que j'aie mis hua pour lois. Je n'écris le français «ire par routine,
D. 3D'a ?res sommes, et notamment celles de 6 fr. et de 12 fr. , ë{;'ieinent inscrites sur ce carnet, ne s'appliquent-elles pas à divî^ses de'penses parmi lc.squeîles figurentleprixdela façon du bois de la machine , et le prix de la malle dans laquelle les canons de fusil ont é\é transpoilés chez vous ?
A côté et ces articles de dépenses, on lit sur votre carnet, au haut d'une page, le mot recul, et au-dessus li'ois sommes de ai9
réunies par une accolade. Un peu pîes bas on lit i 2 1 8 6o i5
4o ao Et au bas de la page :
aSo 5o B.. Je '/ai reçu en tout de Pépin que 525 ou 55o ïy. D. Quille explication avez vous à donner sur ces diverses sommes , et notamment sur celle de 218 fr, 5o c. répétée deux fois sur cette page , et qui est identiquement la même que celle qui figure sur l'un des livres de Pépin , comme ayant été par lui remire à Bescher?
Sur 1" verso de la feuille on lit : 2i85o 18 5o cent.
iB i5 ) loa
92 reçu pour compte , 285 5o cent.
D. On iit Itei chiffres 218 58; il est possible que ïa Ttrguîe àiî ilé oubliée, et que cela signifia 218 fr. 5o centimes.
R. La virgule aura été cerlaiuement oubliée , ou bien «e sera effacée par le séjour du carnet dans les latrines.
D. Sur Je recto de ia dernière feuille de votre c^vaetft . ou lit :
Reçu 3 '90 Pourez-vous donner l'explication de cette somme?
R. En voilà encore une ! (On rit.) Ce sont des choses dont moi seul aurais pu donner l'explication, mais gui me sont sorties de la mémoire.
D. A combien évaluez-vous les sommes qui vous auraient été remises par Pépin et par Morey, depuis le mois de mars Jusqu'à la fin de juillet, en vue de l'attenlat que vous deviez commettre ?
R. 55o francs^ au pUiSj je ne puis me rappeler jusqu'à une obole.
D. Il est difficile d'admettre x{ue pour un intérêt aussi minime , vous vous soyez décidé à consommer un tel attentat^, * Si vous navez reçu, en effet, que 5do francs, la promesse de sommes beaucoup plus considérables ne vous 'avait -elle pas été faite , ou bien des espérances d'une autre nature ne vous avaient-elles pas été données? N'avait -il pas été souvent question, entre Pépin, Morey et vous, soit de leurs prétentions personnelles , soit des récompenses auxquelles vous pouviez prétendre en cas de succès ?
N'avait-il pas été égale ment question entre vous des mesures qu'il serait nécessaire de prendre pour tirer parti lûe l'attentat après qu'il aurait été consommé?
Vous étiez-vous quelquefois entretenu avec Pépin et Mor^y des ravages que devait causer votre machine P que vou disaient-ils .à ce sujet? Quelque aveugle que fût leur haine contre le roi , n'ont-ils pas au moins montré quelque hésitation à la pensée de commettre tant de crimes dans un seul, d'immoler tant de victimes innocentes , et d'ajouter au deuil de la patrie tant (ie douleurs privées?
Vous-même, au moment de consommer l'attentat que vous aviez combiné depuis si long-temps, n'avez -vous pas été effrayé de la scélératesse de l'action dont vous alliez vous rendre coupable , et n'avez -vous pas , au moins pendant quelques secondes , reculé devant la responsabilité d'«B tel forfait?
Serait-ce un préjuge^ fatal, une fausse etcriini«elle honte, et la crainte de manquer à un» parole donnée , qui auraient ti'iomphé de cette horreur passagère du crime que toïs dites avoir éprouvée ?
Les déclarations que veus avez faites dans l'instruction et que vous avez renouvelées aujourd'hui sont bien graves; elles sont telles , que si elle se confirment , elles doivent attirer sur la tète des hommes qui sont placés à côté de vous sur ces bancs l'animadversion de leurs concitoyens et toute la sévérité des lois. Je dois vous demander, encore une fois, si vous persistez dans ces déclarations ?
R. Je parle ici pour mon compte; je ne cherche pas à blanchir mon affaire, c'est impossible; je suis décidé à boire le calice jusqu'à la lie. J'avais fait des réflexions, mais je ne les ai pas communiquées ii mes complices qui , de leur côté, ont gardé le silence sur ce sujet. Souvent je songeais à ma triste position. Je m'expliquerai lorsque la cour m'accordera deux minutes a^^s le débat de mes avocats.
D. Persistez-vous dans toutes vos déclarations ?
FiEscHi (levant les deux mains et d'un ton solennel.) — Oui, monsieur le président, j'y persiste, et j'en jure sur le tombeau de mon père.
Le pbésidemt. — Asseyez-vous.
L'audience est suspendue depuis trois heures quarante minutes jusqu'à quatre heures. Pendant cet intervalle on fait placer l'accusé Morey dans un fauteuil en face de la cour.
Le président. — Laudience est ouverte. Avant de passer à l'inlerrogatoiie de Morey, j'ai encore quelques questions à adresser au premier accusé. Fieschi, vous avez parlé de deux évadés de Sainte-Pélagie qui ont couché chez Bcschtr; savez- Yous leurs noms?
Fieschi. — ie sais que deux des évadés ont couché chez Be«cher;, mais on ne m'a pas dit leurs noms.
D. Vous aviez donc des relations avec Bcscher? »t R. Non, monsieur, je l'ai su de Morey. ; Le'présidert. — Nous passons à l*interrogaloire de Morey. . M" Dupont. — Morey ayant la voix très -faible, j'offre à la cour de lui transaiettre ses réponse*.
Lb président. — Ce ne peut pas être le défenseur, maïs ua iiomme attaché à la cour qui se charge de ce noîa. AU de L
Chauviuière, greffier, va passer au barreau, au dessus de Morey, et près d« M« Dupont.
M. de La Chautinicre, greffier-adjoint, prend placera barreau, et reproduit avec une clarté, une exactitude, une précision reniai-quablc, chacune des re'ponses de l'accusé.
D. Morey, depuis i85o, n'arcz-TOus pas constamment fait partie des sociétés politiques secrètes, et notamment de la Société des Droits de l'homme?
B.. J'en ai fait partie.
D. Je TOUS représente une certaine quantité de poudre et de Ixilles saisies <^ rotre domicile.
R. Je les reconnais • ces balles ma servaient lorsque je tirais au prix.
D. N'arcz-rous pas été militaire, avant d'exercer la profession de bourrelier?
R. J'étais bourx'clier arant d'être militaire, et dans mon service même, j exerçais cette profession.
D. Indépendamment de l'exercice que vous ayez pu acquérir au service dans le métier des armes, ne vous êtes-vous pas rendu très habile a tirer des coups de fusil par une piatique constante?
R. Point du tout, j'étais un tireur ordinaire.
D. Depuis combien de temps connaissez-vousFieschi?
R. Je l'ai connu à peu près en i834-
D. Où l'atez-vous connu?
R, Par l'intermédiaire d'un nommé Lepinel , marchand de meubles, notre voisin à tous deux.
D. Connai«siez-vous la fille Nina Lassare?
R. J'ai connu Nina Lassave chez sa mère, je l'ai vue peutêtre une ou deux fois.
D. Combien y avait-il de temps que vous l'aviez vue, lowqu'elle est allée chez vous le 29 juillet?
R. Il y avait très long-temps, car c'était avant qu'elle entrât à la Salpétrière.
D. Saviez-vous avant celte époque quelle était la nature de ses relations avec Ficschi, et l'intérêt qu'il prenait à cette jeune fille?
R. Co:iame il vivait avec la mèi^ , j'ai supposé qu'il prenait intérêt à la fille. Je ne me suis pas occupé d'elle, et je ne sais quelles étaient l«s intentions de Fieschi.
IX Cepen Tant ^ Fieschi prétend qu'il vous avait fait promettre de prendre soin d'elle s'il venait à périr?
R. Cela est faux.
liB PRÉSIDENT. — Vous cntendcz, FicscÈi , les dénégaiions de Morey ; persistez-vous dans votre dire?
FiEscHi. — S'il est ne'cessaire je prouverai que Morey ine connaît depuis i83i, et non pas seulement de i854.
MoEEY. — Avant i854 j'avais vu passer quelquefois Fiescbij iMais cela ne s'appelle pas connaître quelqu'un.
Le président. — Lui aviez-vous recommandé Nina Lassave , et avait-il pris l'engagement de s'intéresser à elle?
FiEscm. — C'est après que nous avions combiné l'attentat que Morey et Pépin avaient promis qu'ils prendraient soin de la petite.
, Le p résident. — Morey, vous entendez la dénégation de Fieschi.
Morey. — « Je persiste.
D. Connaissiez-vous Pépin?
R. Oui.
D. Depuis combien de temps aviez-vous des relations avec lui?
R. Depuis i852 à peu près, guère avant.
D. Connaissiez-vous Boireau ?
R. Non.
D. Connaissiez-vous Bascher?
R. Je connaissais Bescher.
D. Ne luiavez-vous pas servi de témoin pour obtenir un livret d'ouvrier l'elieur ?
R.Non.
M. DE PA ChauviniÈre. — L'accusé me fait observer qu'il a répondu non, parce qu'il n'avait pas entendu la demande ; à présent il répond oui.
D. Avez-vous eu des rapports fréquens et intimes avec Fiîsclii quand il était employé au moulin de Croullebarbe ?
R. Non , je le voyais comme on voit une personne sans êtie lié avec elle.
D.'^Saviez-vous pour quel motif Fieschi était obligé de se cacher lorsque vous lui avez donné retraite chez vous?
R. Fieschi m'avait dit qu'il était condamné politique.
D. Fieschi à cette époque ne se disait-il pas républicain , et
«7 neTavez-Yous pas aidé par sympa lliie pour des op" lions qi^ vous partagiez ?
R. II disait qu'il était républicain; je n'ai jamais -herclié à cacher que je l'étais, mais un bon républicain va .': bien un autre citoyen. Ce n'est pas à cause de l'opinion qui professait que je i'aireçu , j'aurais reçu chez moi une personr ; quelconque du momeot que j'aurais reconnu qu'elle éta"i honnête,
D. Fiesfhi ne prenait-il pas dès lors les noms de l^oscher ovi d'Alexis ?
R. Je n'ai point eu connaissance de cela.
Le PRÉSIDENT. — N'exprimiez-vous pas aussi le regret ^de n'avoir pas à votre disposition une somme consit <'table dont vous auriez besoin pour réaliser un autre projet 3 iquel vous aviez d'abord songé .et qui aurait consisté à louer la maison la plus voisine du corps-législatif, pour y établir unj raine , et faire sauter le Roi, au moment où il ouvrirait la session des cliambres ?
MoREY. — C'est de pure invention de la part de Fîeschi ; je »'ai jamais rien dit de pareil.
Le préside:nt. — Fieschi, vous entendez cette dén; ;;,ation?
FiESCHi. — • Lorsqu'il me dit cela, je me rappelle que j'en ris beaucoup, parce que ce projet me paraissait une plai" santerie.
MoBEï. — Jamais de ma vie je n'ai eu une telle idée; Je vous demande ce que le Roi m'a fait, à moi , pour avJîr une idée pareille- :M^M
FiEScsi. — J'affirme ma première déclaration —
D. Ne disiez- vous pas encore à Fieschi que si le Roi ic trou»» vait au bout de votre fusil , vous ne le manqueriez pas ? ;?#^
R. Jamais de ma vie je n'ai eu une pareille idée ni iâtune pareille réponse.
D. Quelques jours après les premiers entretiens qr-^ vous avieï eus avec Fieschi, au sujet de la machine , ne l'avezvous pas conduit chez une personne qui devait lui pro<M»rerde l'ouvrsge, et qui en effet promit de s'occuper de lu ? Celte personne n'était-elle pas Pépin?
R. En effet, j'ai conduit Fieschi chez Pcp'n dans ■espoir qu'il lui donnerait de l'ouvrage, puisqu'en efièt il a une mécanique pour les légumes secs.
D. Sous quel nom arez-rous présente Fiesclii à Pépin? R. Souslerom deFieschi; mais je lui ai dit qu'il prenait le nom de Bescher.
D. Quelque temps aprèa que tous eûtes conduit Fieschi, chez Pépin, ne lui dites vous pas que vous aviez montré à Pépin le dessin de la machine ; que Pépin en avait e'te' trèsfrappé, et que s'il voulait se décider à faire une machiric sur ce plan, Pépin ferait les avances nécessaires? R. Tout cela est fausseté et mensonge.
Fieschi. — J'affirme ma première déclaration. D. Après avoir fait cette nouvelle confidence à Fieschi, ne lui dites- vous pas que Pépin demandait à le voir, et ne le conduisites- vous pas en effet déjeûner chez Pépin?
R. J'ai conduit Fieschi un matin chez Pépin, mais je n'y ai pas déjeûné. Il ne doit pas sulfir à Fieschi d'avancer les faits, il faut les prouver.
Le pbésident. — Fieschi vous avez entendu ce que vient de direMorey.
Fieschi, — J'ai dit lavéï'ité , on me croira ou on ne me croira pas, mais les faits sont là.
D, Pépin , alors , ne deraanda-t-îl pas à Fieschi un modèle en bois de la machine dont vous lui aviez montré le dessin? R. Je d'ai aucune connaissance de ce fait-là. D. En attendant que ce modèle fût conlectionné, u'avezvous pas demandé, ainsi que Pépin , à Fieschi , à quelle somme pourrait monter la dépense nécessaire à l'exécution de f attentat que vous méditiez?
R. Je u'ai pas pu demander cela, puisque je n'ai aucune connaissance de ce qu'on me dit en ce moment. Le président. — Vous entendez , Fieschi ? Fieschi. — J'afBrme.
D. Fieschi ne vous remit-il pas alors un calcul détaillé qui montait à 5oo fr. environ , et ne convintes-vous pas, Pépin et vous , de payer cette dépense par moitié? R. Tout cela est faux.
Le président. — Fieschi , vous entendez ? Fieschi. — J'affirme.
D. N'est-ce pas dans l'entrevue dont il vient d'être question eu à la suite de cette entrevue , que la pensée du complot a été formellement et définitivement arrêtée entre Pépin , Fieschi
»9 et TOUS , et le jour fixé pour l'exe'eulion ? Ce jour h'ëlait-il pas celui de la fête au roi ?
R. Il n'a jamais e'té question de ecla , je n'en ai jamais eu ni l'intention, ni la pensée:
FiEscHi. — J'aiTirme ma première déclaration.
D. Ne TOUS occupates-vous pas, dès lors, de concert avec Fieschi et Pépin , de cherch» r un logement farorablo à l'exé- «ution de tos projets?
R. Pas du tout, je n'ai aucune connaissance de cela.
D. Fieschi ayant trouvé un logement, boulevard des FillesduCalvaire, n'étesTous pBi allé voir ce logement, et n'avezvousjpas détourné Fieschi de le prendre ?
R. Je ne sais pas seulement ce que l'on veut me dire.
Fieschi. — J'aflirmema premièredéclaration. J'ai encore un témoin qui m'a vu avec Morey lorsque nous cherchions ua logement. Ce témoin eit un nommé Cornillon , qui fait partie de la 1*^" compagnie des sous -officiers sédentaires, ici, rue d'Enfer,
MoREV. — Cornillon a pu me rencontrer avec Fieschi, sans qne cela veuille dire que je cherchais avec lui un logement.
D. Lorsque Fieschi eût découvert l'appartement qu'il a depuis occupé au boulevard du Temple, n'êtes-vouspas allé le voir, et n'avez-vous pas approuvé le nouveau choix qu'il avaitt fait?
R. Je ne suis allé nulle part.
D. Cependant il paraîti-ait que vous vous fîtes passer pour l'oncle de Fieschi, et que vous vous portâtes son répondant , lorsque, sous le nom de Gérard , il arrêta cet appartement, en offrant de payer un demi-terme d'avance?
R. Cela est absolument faux. Si Fieschi me met cela sur le dos, c'est qu'il le veut bien. Il avait toujours une cinquantaine de personnes sur son dos ; il est possible que ce soit une de ces personnes ; ce n'est pas moi. •
FiEscni. — J'alfirme mes premières déclarations.
Morey. — Il est à ma connaissance que Fieschi allait iouvcnt avec un individu qui se disait officier piémontais, cet officier esta peu près de ma corpulence , il est possible qu'on l'ail pris pour moi. . -a
Le présideîtt. — Savez-vous le nom de cet officier piémonfais ?
MoREY. — Fieschi me l'a dîl, je l'ai oublié. Le PRÉSIDENT. — Fieschi, vour venez d'entendre Morey , avez-vous connu un officier piémontais de la corpulence de Morey ?
Fieschi Je ne connais aucun officier pî<!montais. Je connaissais deux italiens : l'un est Morosini, jeune homme de vingt-huit à trente ans, qui est plus grand que moi, et l'autre, son nom m'échappe, il est trts grand.
Morey. — La pei-sonne dont je veux parler est à peu pi'ès grosse comme moi, grisonnant comme moi •, pas toul-à-fait aussi agëj portant habiluellement un chapeau à larg«s bords ayant les yeux à fleur de tête.
Le présideict. — Est-ce là, Fieschi , un homme que vous aviez l'habitude de voir.
Fieschi. — Morey se trompe , puisqu'il a dit que ce que j'avais dit était faux, je dirai à mon tour que ce qu'il dit est faux.
Morey. — Je ne tiens pas à ce que cet officier soit piémontais; il est possible qu'il soit italien.
Le président, — Fieschi connaissez-vous un officier italie» à peu près tel que vient de le dépeindre Moi'ey ? Fieschi. — Non monsieur le président.
Morey. — Dans tous les cas, cet individu avait un accent méridional.
Le président. — l'officier italien dont le nom ne vous est pas venu, n'est-ce pas M. Conseil.
Fieschi. — Oui, M. le président. Je n'en connaissais pas d'autre, et il est grand.
Morey. Il est à ma connaissance qu'après sa sortie de chez moi, Fieschi a couché quelques puits chez mon neveu B.enaudin ; mais comme il a voulu faire dans celte maison comme chez moi, y prendre pied, la femme Renaudin l'a prié de sortir, d'aller ailleurs...
Le président. — Morey, saviez-vous que Fieschi avait couché plusieurs fois chez Pépin ?
Morey. — Je crois me souvenir avoir entendu dire que Fieschi y avait couché deux ou trois fois. Je ne puis préciser ce fait, mlérocjue.
Le président. — Pourriez -\-0iis fournir des renseignomens sur cet Italien dont vous avez parlé ? iSi vous avez des renseignemens à fournîr, il vaut mieux le faire maintenant que plus tard, si l'on venait à avoir besoin de recherches.
M. Dupont , défenseur de Morey. — J'ai fait faire des recherches pour savoir le nom de cet individu; il m'a été imposs\\Ae d'y parvenir. On m'a désigné un témoin qui pouvait l'avoir vu avec Fieschi et qui pourrait savoir son nom. Il ne m'appartient pas d'aller chez un témoin Tinlerroger moimême. J'ai fait assigner ce témoin; il viendra , et nous nous expliquerons.
D. Savez-vous à quelle époque il a occupé le logement qu'il avait loué au boulevard du Temple?
R. Je n'ai su qu'il demeurait au boulevard du Temple qu'au moment même de l'attentat.
D. A partir du 8 mars, n'avez -vous pas rendu de fréquentes visites à Fieschi dans la maison où il logeait , et n'avez- vous pas continué à le voir aussi souvent que par le passé, soit chez Pépin , soit chez vous?
R. Je n'ai fait aucune visite à Fieschi au boulevard du Temple, mais je l'ai vu quelque fois chez moi, parce qu'il y venait.
D. Morey a-t il vu Fieschi chez Pépin ?
R. Une seule fois , lorsque j'y ai diné : Fieschi y est venu au moment où nous prenions le café, au sortir de table.
Vers la fin du mois de mars , n'avez-vous pas assisté , chez Pépin , à un diner auquel se trouvaient Fieschi et quelques autres personnes? Pourriez-vous dire quelles étaient ces personnes?
R. J'étais là comme un étranger, je ne connaissais pas les personne» qui s'y trouvaient; je me souviens seulement d'y avoir vu un jeune homme et un gros monsieur qui était auprès de moi.
D. Vous rappelez-vous si, à ce diner, la conversation a prineipalement roulé sur la politique ovt sur tout autre sujet ?
R. Il n'y a eu aucune conversation politique. On a parle vins , enfin toutes sortes de choses insignifiantes.
D. Votre invitation a-t-cll-e eu lieu verbalement ou par écrit?
R. VerlwlenMînt.
D. Quel jour? A quelle heure?
II. Je ne puis dire le jour. Je me souviens que M. Pépin passa chez moi pendant que j'étais absent, qu'il me fît dire de me trouver chez lui tel jour à telle heure.
D. Qui a-t-il chargé de cette commission?
R. Madame Mouchel , ma femme de confiance.
D. N'avez-Tous pas, suivant votre habitude, parlé, pendant le diner, de votre habileté au tir et d© votre passio» pour la chasse ?
R. Il est bien possible qu'à ce diuer on ait parlé de chasse, mais je n'ai nullement parlé de mon adrese à tirer.
u. Morey a dit que Fieschi avait toujours cinquante personnes avec lui ou sur son dos? Quelles étaient ces personnes?
R. Ce sont des gens que je n'ai ni rus ni connus.
D. Comment savez-vous alors que ces perjonnes se trouvaient sur le dos de Fieschi ?
R. J'ai voulu dire par là que j'ai rencontré Fieschi tantôt avec une personne . tantôt avec une autre.
D. Avez-vous su que dans les derniers jours d'avril, Fieschi s était occupé de l'achat du bois nécessaire k la confection de la machine, dans la pensée que le roi passerait une revue le i^t mai, yt que , lorsqu'il fut question vers la même époque de se procurer des canons de fusil , Pépin s'éfait chargé de ce soin ? Avez - vous su par quels moyens Pépin espérait se procurer des fusils?
R. Je n'ai pas su si à la fin d'avril Fieschi avait acheté du bois pour la construction de sa machine. Je n'ai pas su non plus que Pépin , à la même épotpie se serait charg d'avoir des fusils. Il n'a jamais été question de cela à ma connaissance.
Le président. Fieschi , vous avez a dit que l'achat du bois et les moyens de vous le procurer avaient été l'objet d'une con versation entre vous , Pépin et Morey ?
FiEscBi. Oui, Morey, Pépin et moi, lorsque nous nou* trouvions ensemble, et cela nous arrivait souvent, nous avions de frcquens rendez - vous chez Morey. Pépin en a raêmc diné «ue fois chez Morey. Nous étions sept ou huit per- «Wiûnes. Il y avait au surplus des gens du pays de Morey,
son neveu Renaudia et un autre neveu qui est conducteur de «liligenees.
Puisque cela me revient , je prierai M. le prdsident d'avoir la bonté d'interroger Morey sur ee que j'ai fait cIice lui, lui demander si je me suis mal conduit pendant qu'il «n'a donné l'hospitaliK^ qu'il dise si j'ai volé, si j'ai fait l'insolent.
Je crois aussi que c'est 1« momeet d'observer à la cour «[u'il n'est pa« vraisemblable qu'au moment où j'e'tais poursuivi j'allasse courir les rues avec une cinquantaine de personnes; je me tenais plutôt caché, car les messieurs de la police ne m'auraient pas raté. J'étais obligé plutôt de gagner des traverses que d'aller me promener avec du monde.
Lk président. Persistez-vous à déclarer que vous vous êtes entretenu avec Morej et Pépin de l'achat du bois et des moyens de se procurer des fusils ?
FiESCHi. Je persiste dans ma première déclaration. Le pkésidbnt. Morey, vous entendez ce que dit Fieschi? il demande que vous vous expliquiez sur la manière dont il s'est conduit pendant qu'il a demeuré chez vous ?
Morey. Je n'ai aucune plainte à exprimer sur la conduite de Fieschi pendant le temps qu'il était chez moi j d'ailleurs, j'étais homme et n'aurais pas souffert que Fieschi se conduisit mal. Quand j'ai dit que Fieschi avait pris un pied chez moi , j'ai voulu dire qu'il y était resté long -temps; qu'il aurait voulu rester aussi long-temps chez Renaudin.
A Ail»
Le président. — Etes-vous sûr de n avou' pas entendu parler de fusils, ni des démarches que Pépin deyait faire pour se les procurer ?
Morey. — Je n'ai pas entendu parler de cela.
Je prierai M. le président et la cour de m'accorder quelques jostans de repos.
Après quelques minutes d'interruption, M. le président demande à l'accusé s'il est prêt à continuer son interrogatoire.
M. DE LA Chauviïuèrk, greffier en chef adjoint. — On est allé chercher quelque chose pour faire prendre à l'accusi.
Le PuÉsiDEiîT. — En attendant, on pourrait faire quelques «uestions.
D. Fieschi a cessé le aa mai de travalFier chez Les«ge oà.i{
était entre par les soins de votre nereu. Avez-vaus su qwAs avaient été , depuis lors , ses moyens d'existence ?
R. Fiesclii venait, tantôt chez moi, tantôt chez d'autres amis ; je n'ai pas su d'ailleurs quels étaient ses moyens d'existence.
D. Ne vous êtes-vous pas occupé, d'accord avec Pépin , «dm moyen de pourvoir à ses besoins , et ne lui avez-vous pas rerais, à cet effet, diverses sommes d'argent?
Pt. Pendant que Fieschi était chez moi, je lui ai peut-être donné une vingtaine de francs, et encore ce n'était pas me», c'était la femme Manchet. Cela ne s'est pas monté plus haut:; j'ignore si d'autres ont pu lui donner de l'argent^ mais je ne Je erois pas.
( L'accusé Morey demande une minute pour prendre le bouillon qu'on vient de lui apporter.)
Le PRisiDEjiT. — N'avet-vous pas emprunté une fois wne petite somme d'argent à un de vos nereux, conducteur de diligences, pour le donner à Fieschi?
il. Pas du tout, cela est faux.
D. Gomment se nomme ce neveu ?
R. Tureau.
D. Où demeure-t-il?
E.^ Rue Montmarti'e , du côté du grand bureau , vis à ^îs d'un grand magasin de quincaillerie; au grand bureau il «erait facile d'avoir son ad l'esse exacte.
D. N'avez-vous pas su qu'une discussion s'était élevée eiatPe Fieschi, Pépin et vous, sur la question de savoir commeol une traînée de poudre d'une certaine longueur devait éti'e allumée, afin de l'enflammer simultacément , et de produire, à coup sûr, l'effet que vous en attendiez. Une expérience ne fut-elle pas proposée par Pépin et pai* vous, dans le but de levei' les doutes que vous aviez conçus à cet égard?
R. Je n'ai aucune connaissance de cela.
D. Cette expérience n'a-t-elle pas eu Heu, en effet, dans lès vignes, du côté de la barrière de Montreuil, vers le i5 ou le 20 juillet^ et n'aviez-vous pas apporté la poudre dont ou avait fcesoin pour îa faire?
R. Cela est faux.
Fieschi. — Je dis que «'est vraî^' mats je ferai -observer qu'en faisant des recherches pour les 20 fr. que Morey a emprawtée, on ^o«rrait Vadi^esser aussi à sa femme. C'est à l'un des 4eux
«[u'il a eu affaire. Je persiste à dire que l'expérience a eu Heu
«lans les vignes de Montreuil.
Le rRKSiDEKT. — Après l'expérience n'êles-Tous pas allé déjeuner avec Fiesclii et Pépin chez un restaurateur nommé Bertrand ?
MoREY. — Mon. Au sujet de l'argent emprunté, je fei'ai encore observer que je ne serais pas allé emprunter de l'argent pour le donner à un autre. Quant au déjeuner il n'a pas eu lieu. Toutefois, je me lappelle avoir mené Nina déjeûner, parce qu'elle m'avait donné rendez-vous à cet endroit.
D. Quelques avances avaient été faites par vous à Fieschi, des sommes plus importantes lui avaient été remises par Pépin , les canons de fusil étaient arrêtés, mais non payés; \e jour où l'attentat devait sa consommer approchait , il était naturel que Pepïn et vous, qui deviez supporter la dépense par moitié, vous voulussiez mettre vos comptes en règle. Un rendeï-voustie fut-il pas indiqué, en conséquence, et n'cul-il pas Heu, en effet, le 24 juillet?
R. Pas du tout , je n'ai eu aucun rendeï-vous dans cet intervalle.
D. Vous n'auriez pas fait alors observer à Pépin que vous aviez donné 20 fr. à Fieschi pour les arrhes du marché des canons, et pour ceux d'une malle qu'il devait achever de payer le ïendemaîn, que de plus, vous lui aviez avancé 10 ou 12 fr., •[u'enfin vous aviez livré a Pépin un harnais du prix de 2 5 fr., et qu'il fallait défalquer ces sommes du compte général?
K. Il n'A Jamais été question de cela entre Fieschi, Pépia et moi. Je n'ai jamais vendu d'ailleurs de harnais à Pépin , je ne lui ai vendu qn'un caparaçon.
D. Pépin, à «"on tour, ne se proposa-t-il pas de comprendre la somme de 20 ifr.qui représentait la fourniture à crédit, par Ifti faites à Fieschi, depuis le mois de mars, dans ïa somme totale des frais de l'entreprise ?
R.Il n'a, en aucune manière, été question de tout cela.
Le pRESmÉNT. -^^ Fieschi Yous entendez les dénégations de Morey, en ce qui touche le partage entre Morey çt Pépin des fonds dépensés ?
Fieschi. -»• J« persiste tlansma déclaration- Quand j'ai parlé d'un harnais^ je me suis mal servi de ce motj je voulais sui^toat désigner par là vin objet pour les chevaux.
D. Le lendemain de celle enlrevue, n'avez- vous pas acompague Fieschi chez le sieur Beauiuont, où il avait la veille œarcliandd une malle destinée à transporter chez lui les canons de fusil, et n'étes-vous pas entré, avec lui, dans un café, où vous avez déjeûné? N'est-ce pas vous qui lui atex donné l'argent fjui a servi à payer celle malle?
R. Depuis quelque temps déjà, Fieschi me parlait de l'empiète qu'il voulait faire d'une malle, pour mettre ses effets. Il me dit un jour : j'en ai trouvé une du côté du Temple j vous qui vous y connaissez, venez voir avec moi si elle est bonne et valable. J'allai en effet avec hii voir celte malle. Je n'avais pas déjeuné, Fieschi me dit : eh bien ! nous ne déjeûnerons pas là. Nous entrâmes dans un café où nous déjeûnâmes .
Le PRESIDENT, — • Fieschi, vous avez entendu les explications de Morcy. Qu'avez- vous à dire?
FiESCEi. — J'ai dit que Morey étoit venu avec moi; Morey s'explique assea clairement pour dire que c'est la vérité ; j'ai dit que nous avons déjeûné ensemble. La malle que nous achetâmes était pour contenir des canoMS.
Le pkesideht. — Morey le savait?
FiESCRi. — >- Oui, monsieur.
MoRBY. — C'est faux, je croyais qu'elle était destinée^à recevoir les effets de Fieschi, il y avait très longtemps qu'il se plaignait de n'avoir pas de malle pour mettre ses effets dedans.
Le prksidint. —«Morey, avez-Tous fourni l'argent pour acheter cette malle 2
R. Non.
Le presidbht. — Fieschi vous entendez la dénégation.
Fieschi. J'ai entre chose à dire, Morey était présent lorsque je demandai au marchand un commissaire , Morey a vu lorsque je dis à ce commissionnaire d'aller à la rue de l'Arbre- Sec, il savait que je logeais au boulevart du Temple. Il n'y a pas moyen de compter du hagout. Il peut dire ce qu'il voudra.
Morev. — Je n'ai pas vu de quel côté on a emporté la malle^
M. Martin — (du Nord), procureur-général. C'est la première fois que Morey avoue ce faitj jusque là il l'avait constamment nie.
Le présidknt. — Morey , vous venez cl'cntenJre l'observation de M. le procurtiii-général.
Morey. — Je dis la chose telle qu'elle est.
Le président. — Pourquoi n'avez-vous pas donné des explications dès la première fois?
Morey. — Je ne nie rappelle pas si à une époque quelconque on m'a demandé des explications sur Tachât de cette tnalle.
D. JN'estce pas vous qul^ le même jour, lui avez remis , de la part de Pépin , une somme de 187 fr. 5o cent.?
Pi. Non.
FiEsciii. — C'est Morey qui a poilé cet argent chez moi. J'ai encore à observer, au sujet de la malle , que le commission», naiie qui a porté cette malle a fait prix devant Morey , que je l'ai payé devant lui ; le commissionnaire se le rappelera ; voué verrez alors que je dis la vérité.
MoREv. — Je n'ai rien vu de celaj je ne sais ce qu'on yeul me dire.
D. Fieschi ne vous a-l-il pas montré une facture des canODi de fusil qu'il venait d'acheter?
R. Non.
D. N'avez-vouis pas su que plu-.ieurs des canons de fu«tl achetés par Fieschi manquaient de lumière, et Fieschi ue S'était-il pas adressé à vous pour avoir un foret au moyen duquel il pût percer ces canons? ^
R. Je n'ai pas la moindre connaissance de cela.
C. Fieschi a-t-il pris devant vous la mesure de la malle qu'il a achetée?
Pv. Je me suis borné à examiner si celte malle était bonne et solide.
D. Le 26 juillet, n'avez-vous pas apporté^ Fieschi les balles, le* chevrotines et la poudre qui devaient servir à charger les canons?
R. Je n'ai jamais donné à Fieschi ni balles , ni poudre , dî chevrotines.
D. Le 27 juillet , n'avez vous pas passé une partie de la matinée chez Fieschi , pour l'aider à achever la confection clc sai machir.e , et ne lui avez-vous pas aloi'S donné le conseil de brûler ses papiers?
R. Je ne suis point allé chez Fiesclii dans la malinc'e du 2hj et Je ne lui ai donné aucun conseil,
D. Parmi ces papiers n'y en avait-il pas un auquel il tenait plus qu'à tous les autres, et qu'on ne le décida à brûler que sur vos instances réitérées?
R. Je ne puis me souvenir de ce fait-là en particulier, puisque je n'ai aucune connaissance de ce que M. le président matait dit auparavant.
Le PRESIDENT. — Fiesclii, vous entendez les dénégations de Morey ?
FiEscHi. -—J'affirme mes premières déclarations^ je prie M. le président de prendre note, d'interroger le marchand qui m'a vendu la malle, de lui demander si loraque je l'ai prise, Morey ne m'a pas demandé si elle avait 42 pouces. Pour mes effets, je n'avais pas eu besoin d'une grandeui' fixe, il aurait peu importé qu'elle eût un pouce de plus ou de moins.
Morey. — Le marchand de la malle pourra le dire, parce qne Fieschi a souvent répété qu'il voulait une malle de quarawle-deux pouce^.
Le PBÉsmENT. — Fieschi dit que c'est Morey lui-même qui demanda au marchand si la malle avait quarante-deux pouces?
MoEET. — Je n'ai jamais parlé de cela au marchand.
Le peéside:nt. — Mais l'avez -vous entendu demander au marchand par Fieschi?
MoEEY. — Je sais que Fieschi vouait une grande malle; je ne sais s'il a précisé le nombre de pouces.
D.Le même jour, entre midi et une heure, n'avez-vous pas bu de la bierre avec Fieschi, à peu de distance de sa maison, sous la tente d'un café du côté des théâtres?
R. Non.
j},' Le soifj vers cinq heures, n'êles-vous pas retourné chez Fieschi et n'avez-vous pas chargé vous même les canons avec les balles, les chevrotines et la poudre que vous aviez apportée la veille?
R. Je n'ai fourni à Fieschi ni poudre, ni plomb , ni balles, et, par conséquent, je ne l'ai pas pu aider à charger les fusils.
FiEs<:Hi. — J'affirme ma première déclamation .
P. Lorsqvie vous êtes sorti de chez Fieschi, le soir, vers neuf.
90' heures et demie, n'avez-vous pas dtc rencontré sur l'escalier par l'une dés personnes qui habitait la maison et tl'aTea-irous pas détourné la tête pour n'être pas reconnu?
R. Je ne suis pas aUd chez Fieschi ce jour-là , je n'ai pas été dans le cas de rencontrer quelqu'un sur l'escalier, ni de détourner la têfe pour n être pas reconnu.
D. Pendant que vous étiez occupé avec Fieschi à charger les canons, ne vousattendiez-vous pas à ce que Pépin, suivant la convention faite entre vous, passerait à cheval sui* le bouleyard, afin que vous pussiez ajuster la machine?
R. Je n'ai aucune connaissance de ce fail.
I>. Pépin n'ayant pas tenu sa promes^e> Fieschi n'en lémoi- . gna-t-il pas beaucoup d'humeur?
R. Je n'ai rien à répondre, puisque je n'étais pas chezFiesclir'^
D. Le 28 juillet, vers onze heures du matin, n'avez-yous pav été rencontré par Fieschi, rue Basse-du-Temple?
R. Je n'ai pas i*encontré Fieschi ce jour-là dans ce lieu-là et à celte heure-là , et pour justifier l'emploi de mon temps ce jour-là, je dirai que je suis allé à la Maison-Blanche, toucher de l'argent pour des fournitures que j'avais faites. J'ai été pay<^ et j'ai reçu une grande quantité de gros sous. Je ferai venir, s'il le faut, la personne par qui ce paiement- la a été fait à la Maison-Blanche.
D. Avez-vons été rencontré au toulevard du Temple par le domestique de M. de Panis à cette même heiiré? ».
R. C'est faux. J'étais dans l'habîtlide, toutes les fois qué je rencontrais le domestique de M. de Panis, de lui parler. Si je l'avais vu, je lui aurais parlé.
D. Ne lui aviçz-vous pas donné rendez-voUs en un endroit pour fuir ensemble vers la barrière de Montreuil ou déCharenton, celle des deux qui se trouve la plus voisirre de là bari'ièrc du Trône, et où vous aviez déjeuné ensremble quelques jours auparavant ?
R Je n'ai aucune connaissance de ce qu'on tùe dit là , pas plus que de la rencontre du domestique de M. de Panis. Il a pu croire m'avoir vu et s'être trompé. Il aura pris pour nfioi une tout autre personne me ressemblant.
D. Ainsi vous niez avoir vu Fieschi au boulevard du Temple, avoir eu aucune conversation avec lui; vous ne vous souvenez pas d'avoir parlé avec lui dé ce que vous auriez à faire lorsque
too l'attentat serait commis, du projet de briser le télégraphe , de mettre le feu aux granges de la banlieue; enln de to it ce que Fiesclii a dit aujourd'hui devant la cour?
MoREY. Il faudrait être tout-à-fait sce'lérat pour avoir de pareilles pensées. Fieschi devient fou pour me prêter de sembla- Mes projets. i r
Fieschi. — Quand j'ai trouvé Morey , il était arrêté devant un atelier de menuiserie et de peinture; il le considérait» parce que c'était une des portes par où je devais m'évader après être descendu par la fenêtre. Cet atelier se trouve paiallèlement à la maison où je demeurais. Un témoin prouvera comme quoi le fait existe. Ma déclaration de l'avoir vu dans cette petite rue est vraie , je l'affirme.
•Le rRïsiDR^T. — Morey, vous venez d'entendre les déclaralions de Fieschi.
Morey. — Cela est faux ; on m'a pris pour un autre.
Fieschi. — C'était par cette porte que je pensais me sauver. Mais les jours de fête et les dimanches , l'atelier était ferme. Il devait l'être nécessairement pour des fêtes comme celles de juillet. J'avais été obligé de modifier mon plan. Morey , qui connaissait mon y)remier plan , ne savait pas qu'il n'existait plus. C'est pourquoi Morey regardait cet atelier. Voilà comment les choses se trouvent peu à peu.
D. Ainsi Morey , vous n'auriez pas dit à Fieschi, que s il était arrêté par la police , ou malade ou autrement empêché, l'affaire n'aurait pas moins lieu, et que vous, Morey, vous mettriez le feu à la machine?
R. Je n'ai pas pu dire cela , puisque je ne connaissais pas te fuit de la machine.
D. No vous étiez-vous pas chargé de procurer un passeport à Fieschi et d'assurer sa fuite.
R. Fieschi, au bout de trois mois, s'étant aperçu que je commençais à me fatiguer de l'avoir chez moi^ de lui L'onner à boire et à manger, de le blancliîr et de lui donner jusqu'à des chemises et de l'argent, tout ce dont il avait besoin cnliu, avait témoigné le désir de s'en aller et d'avoir un ju-seport. Je savais que Bescher qui avait demandé un passejioit n'en avait pas besoin, et un jour j'en parlai à Bcscli.r. Bcsther m'apporta ce passeport cl le laissa chez moi. où il paruîf
qu'il est resté. Je ne l'ai jamais donne à Fieschi , je l'aï rend» à Bescher. Fieschi n'a eu que le livret.
D. Est-ce par ce fait de Bescher ou à son insu que vous vouliez donner ce passeport à Fieschi ?
R. J'ai seulement dit à Bescher qu'il s'agissait d'obliger un malheureux, un homme dans l'embarras : et c'est pour ce motif, et sans nulle autre cause, que Bescher me donna le livret et le passeport,
D. Le passeport n'était-il pas encore entre vos mains le jour de j'ai entât et même le lendemain ?
R. Je l'avais encore le 28 juillet; je crois l'avoir rendu à Jîescher le lendemain.
D. Où étiez- vous au moment où Fieschi a mis le feu à la macl ine?
R. Il me serait difficile de répondre à cette question : j'ai déjà expliqué à la cour que j'étais allé à la Maison-Blanche; ensuite je suis rentré chez moi et j'ai déjeûné -, je crois m'être fait raser après, et avoir lu les journaux. Voilà l'emploi de ma matinëe.
D. Malgré ce que vous dites de votre ignorance complète de l'attentat, il paraîtrait certain que vous deviez fortement Yous employer pour faire disparaître les indices qui pouvaient mettre la justice sur les traces de son auteur : ainsi, lorsque le 28 juillet Fieschi a déposé chez Nolland, sociétaire des Droits de* l'homme comme vous et membre de la même section, la malle qui avait servi à faire entrer chez lui les canons de fusil sans qu'ils fussent remarqués, lorsqu'il disait à Nolland que si cette malle n'était pas enlevée dans une heure, il ne faudrait la remettre que sur un ordre de vous, ne savait-il pas, parce que cela avait été convenu entre vous, que vous feriez tous vos efforts pour mettre en lieu de sûreté et pour dérober ce témoin muet de l'attentat ?
Sur la demande du défenseur de Morey, M. le président l'eproduit la question d'une manière plus abrégée, et l accusé répond :
Je n'ai su que Fieschi avait déposé sa malle le 28 juillet chez Nolland, que le lendemain 27, par la fille Lassave, qui est venue chez moi et qui m'en a informé. Il paraît qu'elle croyait que la malle était chez moi, puisqu'elle est venue me la demander.
loa
p. Cependant vous vous êtes occupé des moyens d'enlever de chez Nollaiid la raalle de Fieschi, et vous êtes aile à cet effet chercher un commissionnaire sur le pont de la Tournelle.
R. Je n'ai eu connaissance de tout cela cjue par la fille Lassavcj qui est venue me parler de ce qui était arrivé à Fieschi , me dire qu'elle était perdue, qu'elle n'avait plus de ressources e\ me demander de lui procurer une chambre où elle put rester en attendant qu'elle partît pour Lyon , où elle devait aller ti'ouver son frère.
D. Comment auriez-vous pu prendre sur vous 4^ remettre la mallp à la fille Lassave, ^i vous n'aviez pas des ordies de Fieschi à cet égard ?
% ï^a fille Lassave m'^ dit qu'elle était autorisée par Fieschi à se faire remettre cette malle.
Le PEÉsiDEîfT. — Fieschi, vous entendez. Est-ce en effet par 4a fiUe L^ss^ve seule que Mprey a su le dépôt de la malle chez i\plland ; ou aviez-vous chargé NoUand de la remettre à M<irey paur que celui-ci la remît à la fille Lassave.
Fieschi. — Je n'avais pas parlé de cela à Nina. J'avais dit au,
.; l^ntraireà Morey que j'avais remis la malle chezNolIand , sa-
}: «liant que NoUand le connaissait, et que c'était comme si c'était
chez lui-même. La fille Lassave n'est allée chez Morey que
parce que je l'avais avertie que si un malheur m'arrivait, elle
pourrait se présenter à Morey ou à Pépin.
Le présidekt. • — Morey, il résulterait do là que vous auriez «?té certainement instruit par Fieschi que la malle était chez Nolland?
-^ ' R. La fille Lassave ne serait pas venue me redemander une tualle si elle n'avait pas su que j'avais en effet une malle à lui remettre. '^"'« mmuo-
Sur une autrs question du président, l'accusé pei'siste à iVne qu'il n'était instruit de ce qui concernait la malle que par ia fille Lassave elle-même, et que Fieschi ne l'avait rais, en aucune manière, dans sa confidence. J'ajouterai, poursuit-il , que la fille Lassave était certainement avertie par Fieschi , puis qu'elle m'a dit : « La malle est déposée dans tel endroit. »
Le président. — Ce fait étant contesté, pourra être éclairci par finterrogatoire des témoins.
Vous reconnaissez toujours que c'est vous qui avez enlevé la Mialle de chez Nolland ?
io5
R . Je reconnais bien cela .
D. Je vous ferai remarquer que vous avez commencé par nier ce même fait avec beaucoup d'obstination dans vos jwe^ m iers interrogatoires.
R. Je ne me souviens pas d'avoir nié cela j mais dans tous les C1S. je conviens bien d'avoir fait prendre la malle chez NoHand, et de l'avoir fait porter rue de Long-Pont.
D. Lorsque celte malle a été portée chez la tille LaslSave, n'élait-il pas convenu entre vous et elle qu'elle la ferait ouvrir jiar un serrurier en votre absence?
R. Croyant la fille Lassave autorisée à faire ouvrir cette malle, je l«i dis : Si vous ne pouvez pas en avoir la clef, faitesla ouvrir par un serrurier, w Elle a été en effet ouverte en ntàti absence.
D. Ne vous a-t-elle pas demandé si cette malle ne contenait pas unjerobe de laine qui lui appartenait, et ne lui avez-vous pas répondu qu'elle y était en effet?
R. Elle dit qu'une robe de laine qui lui apparlenaït était dans la mallej mais je n'aurais pu d'avance lui dire qn'ellû y était, puisque je n'avais pas la clef.
D. Après que la malle a été ouverte, n'avez vous pas eittporté chez vous trois ou quatre volumes qui s'y trouvaient , ainsi qu'un carnet qui avait été entre les mains île Fieschi ?
R. Je n'ai rien emporté de ce qui pouvait se trouver dans la malle.
D. Cependant le carnet a été trovivé dans les latrines de YOtre maison ?
R. Cela est impossible ; mais dans ce cas, il n'a pu être jeté dans cet endroit que par la fille Lassave elle même.
D. Quel intérêt pouvait avoir la fille Lassave b le jeter dans les latrines de votre maison, au lieu de le jeter dans les latrines de la maison où elle était?
M* Dupont. — C'est une question à la quelle Morey ne peut répondre; et comme un accusé n'est pas tenu de répondre lorsqu'il croit devoir se taire . . .
Le président. — Cela dépend de sa propre appréciation.* c'est à l'accusé à voir s'il peut ou non répondre. • ' *
Je poursuis. *^\ ;>' •»'«^!''"**I ^
Le mercredi 29 juillet, vers midi, la Tille tassàvè'h'esl-blîe point allée vous voir?
jo4
R. Oui, en efFct.
D. Ne lui avez-vous pas demandé en la voyant ce qu'elle avait à pleurer; el sur sa réponse, que vous le !-avitz tout aussi bien qu'elle, n'avez- vous pas dit que vous n'étiez pas sorti de chez vous, et qne vous n'en saviez ricu ?
H. En effet, je lui ai demandé ce qu'elle avait à pleurer, et c'est alors qu'elle m'a appris ce qui était arrivé à Fiesch» ; quant à moi, je n'en savais rien à ce moment-Ià.
D. La fdie Lassavc vous ayant dit alors qu'elle vous avait TU, le lundi 2^, buvant avec Fieschi sous la tente d'un café, n'avez- vous pas prétendu d'abord qu'elle se trompait; et comme elle insistait, n'avez-vous pas fini par convenir de ce fait.
R. Tout cela est faux.
D. Après avoir brûlé, en présence de la fille Lassave, des |>apiers que vous lui dîtes avoir appartenu à Fieschi, et lui avoir recommandé de garder le secret avec la femme qui habite chez vous, ne l'avez vous pas engagée à aller vous attendre à la barrière du Trône.
R. Je n'ai brûlé devant la fille Lassave aucun papier appartenant à Fieschi; je ne lui ai en aucune manière recom- ,B3andé le secret; et cette fille m'ayant dit la première qu'elle avait affaire du côté de la barrière du Trône, je lui ai dit : * Eh bien, attendez-moi là. j'irai vous rejoindre dans quelques înstans. 9
D. ^N'êtes- vous pas allé, roule de Monlreuil, dîner chez un traiteur.
■ y R. C'est vrai.
ï D. N'avez-vous pas dit à la fille Lassave que vous y aviez attendu Fieschi la veille toute la journée, parce que vous sa- , xiez qu'il devait se sauver par là.
R. J'ai mené la fille Lassave chez ce traiteur parce qu'elle B'avait pas le sou, qu'elle avait faim, et qu'elle voulait dincr, mais je n'ai pas tenu ce propos.
D. Vous n'avez donc pas dit non plus que vous étiez déjà ^Kenu chez le même traiteur avec Fieschi. R. Non.
D. Pendant le diner , qui paraît avoir duré assez ionglemps, la conversation ne roula-t-elle pas exclusivement sur l'événement de la veille? Comme la fille Lassave déplorait la
io5 mort de tant Je victimes innocentes , et en particulier celle du ge'ne'ral Mortier qui était ïi bon, ne lui dites-vous pas que cet illustre guerrier était une canaille comme les autres.
R. Cela est faux. Je n'ai pas ouvert la bouche là-dessus. Je n'avais aucune raison dédire que le maréchal Mortier était une canaille, puisqu'il ne ni'avail jamais rien fait.
D. La fille Lassave vous ayant fait observer qu'à son avis les conjurés s'y étaient mal pris pour tuer le roi, ne lui dîlesvous pas; « Soyez tranquille, il ne perdra rien pour attendre, et il descendra la garde. »
R. Tout cela est de pure invention ; c'est un tissu de mensonges.
D. N'avez-vous pas ajouté , « Fieschi est un imbécile , il a voulu se mêler de charger trois fusils, et ce sont ceux-là justement qui ont crevé. C'est moi qui avais chargé tous les autres; j'y avais mis des lingots, tt ils étaient bourrés de manière à ne pas manquer leur coup , mais Fieschi a mis le feu trop tard ? «
R. Il n'« été nullement question de cela -, je ne sais pas seulement ce qu'on veut dire.
D. N'ajoutâles-vous pas que Fieschi était seul , qu'il avait voulu être seul au moment où il avait mis le feu , mais que vous aviez passé avec lui une partie de la soirée du 27 ?
R.Tout]cela est fansstté,
D. neparlâtes-vouspasaus'i à la fille Lassave de la recommandation que vous aviez faite à Fieschi de bien charger son pistolet, et de l'engagement qu'il avait pris de se brûler la cervelle s'il était anêté?
R. Je n'ai pas ouvert la bouche de cela.
D. Ne lui dîtes- V0U9 pas que Fieschi élait un bavard, qu'il avait fait des confidences à Boireau; qu'il avait eu tort , qu'il ne pouvait imputer qu'à son indiscrétion le non-succès de l'entreprise : que malheureusement l'affaire n'avait pas réussi , qu'autrement le fille Lassave serait devenue bien riche , qu'elle aurait eu au moins 20, 000 francs, puisqu'on aurait fait pour Fieschi une souscription qui aurait été bientôt remplie.
R. Tout cela eat faux. Quant à cette imputation d'avoir reproché à Fieschi d'avoir fait quelques confidences à Boireau , je ferai observer que je n'ai jamais ni vu ni connu Boirertij je
loG ne l'ai vu qu'à la Conceirgerie , lorsque nous avons été détenus ensemble.
FiEscHi. M. le président voudrait-il demander à Morey si après que la raaile a été ouverte , ta lille Lassave esc encore retournée chez lui Ensuite , je dirai un mot.
Morey. — Elle y est venue une fuis ou deux ; mais j'étais absent.
Le président. — Comment lavez-vous su?
MoREv. . — La grilie du réservoir de cliez moi était souvent ouverte , en sorte que la fdle Lassa ve a pu venir et entrer dans la petite cour 011 sont les latrines, sans être aperçue par qui que ce soit.
FiEscui. — La grille du réservoir ne s'ouvre jamais que lorsqu'on vient sonner.
Morey, — Pardon: les trois quarts du temps elle est ouverte.
FiEscHi. — Du reste, je suis convaincu que , si Morey a parlé de Boireau , il ne le connaissait cependant pas. Le matin du 28 , je trouvai Morey dans la rue , et je lui dis : «Vouî ne savez pas que lui Boireau est ^-t3nu et qu'il est au courant de mon affaire? C'est donc Pépin qui la lui a dite?...» Voilà pourquoi Morey a prononcé le nom de Boireau à Nina Lassave.
Morey. — Je ne connaissais pas Boireau , c'est pai' la (fille Lassave que j'en ai entendu parler.
D. Ne dîtes-vous pas à la fille Lassave que le 28 juillet, vers onze heures du malin, vous aviez rencontré Fieschi près du Grenier-d'Abondance , et qu'ayant exprimé la surprise que vous causait cette rencontre à vuie pareille heure , Fieschi vous avait répondu que le tambour ne battait pas encore, et qu'il avait le temps d'arriver chez lui?
R. Je n'ai pas pu dire ces choses-là, puisque à l'heure où l'on suppose que j'aurais rencontré Fieschi, j'étais encore chez moi à déjeuner; peut-être même n'étais-je pas encore de retour de la Maison^Blanche.
D. N'est-ce pas aussi dans ce moment que vous auriez dit à Nina Lassave que vous aviez brûlé les papiers de Fieschi ta veille de l'événement?
R. Il n'a pas été question de cela.
D N'av(z-vous pas enfin annoncé à la fille Lassave que vous
aviez une pialle à lui remettre, qu'elle e'fait chez un de ses amis, que vous n'aviez pas voulu Tavoir chez vous, parce qu'elle aurait pu vous compromettre, que vous alliez la lui envoyer saus perdre de temps, qu'elle la ferait ouvrir, etqu'eiie venait ce qu'il y avait dedans; mais qu'il ne fallait pas qu'elle vendît à Paris nn seul des objets qu'elle y trouverait?
p.. Je n'ai pas pu dire cela à la fille Lassave, puisque je n'ai jamais rien su que par elle.
D. N'avez-vous pas engagé cette fîlle a partir le plus lot possible pour Lyon, et ne lui avez-vouspas promis de lui donner 60 fr, pour faire ce voyage ?
R. La fille Lassave m'avait dit qu'elle était absolument dénuée de ressources, qu'elle ne pouvait ni entrer chez sa mère, ni retournera la Salpétrière, et qu'elle n'avait d'autre parti que de se jeter à l'eau ; on avait même trouvé une lettre annonçant de sa part des projets de suicide. Je l'ai détournée de ce projet, et je hii ai dit : a Plutôt que de vous laisser tuer, je ferai le sacrifice de 5o ou 60 fr., afin de vous aider à aller à Lyon retrouver votre frère. » Et je lui ai donné à l'instant même 1 5 fr. pour l'aider à vivre, et 6 fr. pour payer le loyer de sa chambre,
I>. En sortant du cabaret où vous aviez diné, n'avez-vous pas dit à la fille Lassave de vous attendre un instant, et n'avez vous pas jeté au coin d'un mur des balles que vous aviez dans votre poche ?
R. C'est faux; et si sur l'indication de Nina, on a trouvé des ballea,dans cet endroit, c'est qu'elle les y avait jetées ellemême.
Le PRESIDENT, — Je vous représente un sac de grosse toile bise contenant soixante-six balles et une chevrotine qui ont été trouvées le 8 août à l'endroit indiqué par la fille Lassave comme étant celui où vous les auriez déposées le 29^^ juilet? Reconnaissez-vous ce sac et ces balles ?
L'accusé Morey, — Je ne reconnais pas ces balles : elles sont d'un calibre plus fort que les moules que j'avais chez moi et qni ont été $aisis. Si j'avais eu intérêt à me débarrasser de ces balles, je les aurais jetées dans mu route, et je qie serais pas allé les porter à la barrière.
l-^ JÇfiisiçpÇîi'ç. rri Ces balles se sont trouvées du même cali-
io8 bre que celles qui ont servi à charger les canons de la machine Fiescki, et, par consdtjuent, il y a entre ces balles et ctU« machine un rapport qui est sensible.
MoEEY — Je ne sais pas si elles sont du même calibre ; mais ce que je sais, c'est que je ne connais ni le sac ni lesballes.
Le prksident. — La fille Lsssave ne devait guère avoir en sa possession âes balles de cette nature; comment supposezvous qu'elles soient venues en sa possession , et qu'elle soil allée les porter là?
Mo-EY. — Nina allait souvent chez Fieschi, et il serait possible que Fieschi les lui eût donne'es.
FiEscnr. — Je crois avoir dit dans un de mes interrogatoires, queMorey avait un moule plus fort que le calibre dei fusils de la machine : ou voulait, en chargeant les armes, que les balles arrivassent en lingots au fond des canons, parce que des lingots devaient faire plus de mal que des balles rondes , c'est évident , quoique ce ne soit pas le même moule qui a été trouvé chez lui.
Le président. — Le fait sera discuté aux débats.
Je continue l'interrogatoire de Morey.
En rentrant dans Paris avec la fille Lassave , ne vous êtesvous pas arrêté avenue des Ormes, et ne lui avez-vous pas dit: « Attendez moi là, je vais remettre à Lesage, qui demeure tout près, le livret de Bescher; il faudra ensuite que je remette à ce pauvre Bescher son passeport qu'il avait prêté à Fieschi pour le sauver?»
R. Je n'ai pas parlé de cela à la fille Lassave le 'i8 , seuk» ment le ^o, je suis allé chez Lesage et j'ai trouvé sa femme. On a parlé de ce qui s'était passé , et la dame Lesage ayant dit qu'elle avait encore le livret qui avait servi à Fieschi, je lui dis alors : « Rendez-le-moi , que je le rende à ce malheureux Bescher, qui est innocent de tout cela^ pour qu'il ne soit pas compromis »
D. Mais les sieur et dame Lesage savaient donc que Fieschi et Gérard étaient le même individu?
R. Je ne sais pas : Nina avait déjà dit à la dame Lesage que Gérard et Fieschi étaient une seule et même personne, et c'est pour cela qu'elle m'en aura parlé comme d'un même indi' vidu.
D. Mais cette dame ne devait connaître Fieschi que sous le
I09 nom de Bescher, celui porte sur le livret? Vous lui auriez donc révélé à la fois que Bescher était Fieschi, et que Fiesclii était ja même chose que Gérard? Ce fait a heaucoup d'importance.
R. La dame Lesage le savait. »
Le président. — La dame Lesage sera entendue.
D. N'avcz-vous pas ensuite continué votre route, toujours en compagnie de la fdie Lassave , et n^étes-vous pas allé rue de Fourcy-Saint- Antoine, où vous avez arrêté une chambre sous le nom de Caroline Dufour, et donné vingt sous d'arrhes?
R. C'est vrai
D. La maison dans laquelle vous aviez arrêté cette chambre étant garnie, n'avez-vous pas craint que la fille Lassalle n'y fût découverte, et n'êtes-voiis pas allé louer pour elle, en vous faisant passer pour son oncle, une autre chambre, rue de Long- Pont, n. i5 ? N'avez-vous payé d'avance le loyer d'une quinzaine, et n'avez-vous pas donné i5 fr. à la fille Lassave pour ses besoins personnels ?
R. C'est la fille Lassave qui a conçu des craintes pour sa sûreté si elle restait dans cette maison de la rue de Fourcy. Il siifîisaitdonc que ce fût une maison garnie pour qu'elle ne s'y crût pas en sûreté, alors je lui dis : Vingt sous de plus ou de moins, ça ne fait rien, et nous sommes allés rue de Long- Pont. Là nous avons trouvé une chambre qui était celle du fils de la propriétaire ou de la principale locataire de la maison. Nina ayant pensé que là elle serait en sûreté, j'ai payé alors 6 fr. pour le loyer, et je lui ai donné i5 fr. pour ses besoins personnels.
D. N'avez-vous pas revu la fille Lassave dans la soirée, et ne lui avez-vous pas dit que vous n'aviez pas pu avoir la malle dont vous lui aviez parlé le matin , parce que tout le monde était sorti , mais que vous la lui apporteriez le lendemain matin , à neuf heures? N'est-ce pas, en effet, le lendemain matin que vous êtes venu chez la filie Lassave avec le commissionnaire qui , par votre ordre ^ était allé chercher la malle de Fieschi chezNolland , et qui l'avaii portée rue de Long-Pont, n" i5?
R. Cela est vrai : Je n'ai pas pu faire porter la malle le soir même, parce que Notland était sorti , et su femme aussi.
D. Ne dites-vous pas alors à la fille Lassave, qui jusque là avait cru que Fieschi était mort: « Malheureusement il n'est
1 le pas mort; mais c'est égal , il n'aura jamais besoin de sesefftjts. « Nekiirépélâlcs-vous pas le conseil que vous lui aviez donné la veille, de faire ouvrir cette malle par un serrurier , et de vendre à son profit les^objets qu'elle y trouvai ait , à l'exoepliou de quelques livresque vous vous réserveriez?
R. Je n'ai dit k Ifi fdle Lassave ni que Fieschi était mort , ni qne]e fusse fâché qu'il ne fût pas mort; je lui ai dit.seulenK nt que , dans le cas cùil viendrait à mourir , elle pourrait vendre ses effets , puisqu'une fois mort il n'en aurait plus besoin.
D. N'auriez-vous pas ajouté que quant aux livres , vous? vous les réserviez , et que , quant au carnet , vous vous chargiez de le détruire ?
R. Je n'ai emprunté ni livre ni carnet. Le PKÉsiDETîT. — Après vous avoir , comme je viens de le faire , mis en demeure de répondre aux diverses questions qui résultent de l'accvisalion portée contre vous, je vais pour que vous compreniez mieux v.olre situation, vous montrer dans leur ensemble^ les charges résultant pour vous , et de certains faits que vous ne pouvez nier , et des déclai*ations de FiescM qae Yous avez entendues.
Antérieurement aux poui'suites dont il a été l'objet, vous viviez avec lui dans une telle intimité, que pour échapper aux poursuites, c'est chez vous qu'il vient se réfugier et qu'il reste caché pendant trois mois. Quand il est oblige de quitter l'asile que vous lui aviez offert, c'est à votre recommandation que votre neveu le fait entrer dans une fabrique où il se prescrite soiis le nom de Bescher, avec un livret que vous lui aviez procuré. C'est vous, s'il faut l'en croire, qui auriez conçu le preniîer l'idée de faire servir à un attentat contre la personne du roi une machine qui, dans sa pensée, était destinée à un tout autre usage; c'est vous qui, à son insu, auriez montré' à Pépin le dessin qu'il vous avait confié, et que vous lui auriez dit que s'il voulait se décider à construire une machine sur ce plan , Pépin ferait volontiers la dépense nécessaire. C'est vous qui l'auriez mis en rapport avec Pépin, et qui auriez joué un rôle actif dans les entrevues qui ont précédé et préparé les relations du crime ; c'est vous qui, cette résolution prise, seriez allié visiter ie logement arrêté par Fieschi, en vous faisatat passer pour son orlcle; c'est vous qui, après avoir approuvé le choix de ce logement, vous seriez porté le répondant de Fieschi au mo-
m inenl de /a location, et qui l'aniiez souveat visité dans ce logement, où nul autre homme que vous, n'avait la permission de pénétrer; c'est vous qui, à diverses reprises, lui auriez remis des sommes d'argent, soit pour payer les arrhes du marché des canons de fusil, soit pour acquitter le prix de la malle qui a servi à transporter ces canons chez lui, soit enfin, pour subvenir à ses besoins personnels , c'est vous qui auriez pris part à une expérience , dont le but était dereconnaitrc et d'éprouver le meilleur moyen démettre le feu à la machine, c'est vous qui auriez fourni à Fieschi les balles les chevrotines et la poudre qui ont servi à charger les canons j c'est vou-s qui auriez chargé vous-même ces canons, c'est vous-même qui auriez pris le coupable engagement de mettre le feu à la machine, dans le cas oii Fieschi aurait été arrêté avant la confirmation du crime ; c'est vous qui lui auriez promis de prendre soin de sa maitresse, en cas de malheur; enfin, c'est vous qui auriez procuré à Fieschi un passeport pour assurer sa fnite,, et qui auriez essayé de faire disparaître tous les indices qui auraient pu mettre la justice sur les traces de l'auteur de l'attentat.
Persistez - vous dans vos dénégations comme dans vos aveux ?
MoREY, — J'y persiste.
Le PRESIDENT. — Et vous Ficschi.
Fieschi. — Je persiste dans mes premières déclarations.
Le PRESIDENT. — L'audience est levée et renvoyée à demain midi.
-Iliest cinq heures trois quarts.
TBOIâlÈME AUSIEUrCE. — 1'^ TtVB.VB.lLa
Sommaire. — Interrogatoire de Pépin.
«r Amidi et demi, les aecusés sont amenés. Â une heure moins un quart la couv entre en audience. Le greffier eu chef fait l'appel nominal de MM. les pairs. Ne répondent pas à cet appel, MM. le comte d'Aubusson^;
de Lafeuilîade. le vice-amiral marquis de Sercey et de Gas par in.
Le président. Accust' Pépin , lerez-vous. N'avez-vous pas été, depuis i85o, membre de plusieurs société-! populaires , et n'avez - vous pas fait partie notamment de la société des Droits de l'homme , oii vous auriez été chef de la section Homme , du douzième arrondissement.
Pei'IN. Il y a erreur dans les dates ; j'ai fait partie de diverses sociétés; mais ce n'est qu'après avoir quitté mon tlomicile de la rue du Faubourg-Saint-Antoine pour..habitfcr la rue du Marché-aux-Chevaux , que je suis entré dans diverses sociétés, c'est-à-dtre en i855.
D. N'avez - vous pas exercé des fonctions actives dans la société , et visité souvent l«s sections ? R. Non, M. le président j jamais.
D. Lors d'une perquisition faite, le 28 août dernier, à votre domicile, on y a trouvé un pistolet d'arçon et un fusil de munition qui ne portait aucun numéro de légion de la garde nationale, ni aucune trace de poinçonnage. Reconniissezvous ces armes? à quel usage étaient-elles destinées?
R. Je reconnais ces armes comme m'ayant apparlenu. ... Il V avait peu de temps que j'étais entré dans le faubourg Saint -Antoine 5 dès lors je n'avais pas encore été recensé, mais j'avais fait partie de la garde nationale dans plusieurs arrondisscmens , par exemple à la Gaie d'ivry.
D. Mais ce fusil -là n'est pas un fusil de la garde ni« lionale?
R. Non , monsieur.
D. Alors à quelle occasion étiez-vous muni de celle arme'j* R. Cette arme m'a toujours appartenu, dès l'époque où je faisais partie de la garde nationale, avant i83o, et je l'ai conservé à ce titre comme étant ma propriété. Je ferai une seule observation : lorsque j'habitais la Gare, il m'en fut donné un par le capitaine de la compagnie dont je faisai.-: partie, et, immédiatement après la loi sur les détenteurs d'armes, avant même qu'elle fût sanctionnée, afin de n'être pas en contravention , je r^nivoyai cette arme au capitaine. Si M. le président veut vérifier le fait, il pourra le faire ;;ppcler.
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D. Le lendemain , on a trouvé dans les fosses d'aisance de votre maison deux platines de fusil à piston. Pouvez - vous dire d'où provenaient ces platines ?
R. Je ne pourrais j cette maison a été habitée par un èie' mes parens à qui je l'avais cédée; divers locataires y ont demeuré.
D. N'avez-vous pas été en relation avec un grande nombie de sociétés secrètes?
R. Non ; j'ai seulement fait partie de l'association de l'Education libre du peuple; je fus même nommé, en mon absence , vice - président de cette association ; mais je n'en ai pas rempli les fonctions , car elle a été dissoute immédiatement.
D. N'étiez-vous pas signalé depuis long-temps l'autonlé pour l'exaltation de vos opinions , et le parti républicain , dont les principaux chefs paraissent avoir été vos amis , ne vous comptait - il pas au nombre de ses adhérens les plus dévoués ?
R. Je ne pense pas avoir jamais été ainsi désigné, rai' jamais je n'ai été exalté dans mes opinions.
D. Lorsque plusieurs des hommes avec lesquels vous étiez en relation , et qui tous ou presque tous avaient fait partie à divers titres de la société des Droits de l'Homnïe , furent compromis dans les événemens d'avril, et arrêtés, ne leur avez-vous pas rendu d'assez fréquentes visites, et n'avez-vous pas donné à plusieurs d'entre eux des secours, soit en argent , soit en nature ?
R. Oui , monsieur, cela m'est arrivé plusieurs fois.
D' Ne vous êtes-vous jamais servi, pour entrer dans lés prisons , de permissions obtenues sous un autre nom que U* vôtre ? j
R. Quand j'ai été interrogé par M. le président sur ce point , je lui ai répondu la vérité , sans avoir égard au préjudice que mes paroles pounaient me porter. J'ai dit que, en effet , en 1 853 , sur la recommandation d'un honnête ouvrier que je connaissais , je fus une seule fois à la Force , avec le permis de cette personne , voir le nomme Henri Leeonte.
En voyant Henri Lecomte, ne voyiez-vous pas en même temps les autres accusés qui étaient dans la prison ?
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II. Je vis divers autres prévenus, mais en commun, c'est-àdire qu'ils étaient entre deux grillages et qu'on pouvait leur parler. Il y en avait peut-être bien une dizaine.
D. Qui étaient ceux que vous connaissiez ?
R. Je ne puis pas dire les noms bien au juste 3 je sais qu'il y avait... Je ne me rappelle plus aucun nom. Il y en avait un ou deux que j'ai connus ou du moins que j'ai vus.... Je ne leur ai pas parlé en particulier ; on ne s'entendait pas.
D. Ne connaissiez-vous pas particulièrement Cavaignac, exprésident du comité central de la société des Droits de l'Homme?
R. Particulièrement, ce n'est pas le mot j je l'ai vu environ trois fois, quatre fois au plus.
D. Où cela?
R. Je le rencontrai une fois, venant visiter la section des Droits de l'Homme, de laquelle je fis partie fort peu de temps, laquelle section était composée de tous gens établis , de tous industriels pour la plupart.
D. Ne lavez-vous pas aussi visité plusieurs fois à Sainte-Pélagie?
R. Je l'ai vu deux ou trois fois, comme jc^^l'ai dit dans l'instruction.
D. Etait-ce avec un permis sous votre nom ?
II. Non, c'était avec la permission que j'employais pour aller \oir Henri Lecomte.
D. Ainsi c'était de celte manière que vous voyiez Cavaignac?
R. Je ne i'ai pas vu, si ce n'est dans la cour , mais je ne lui ai pas parlé.
D. Cavaignac n'a-t-il pas été votre débiteur d'une somme de 5oo francs environ, pour laquelle il vous fit im effet à trois mois de date?
R. Cela est vrai; environ cette somme, je ne me le rappelle pas bien.
D. Quel était le motif de cette delte^de 5oofr. que Cavaignac avait contractée envers vous?
R. Cavaignac me demanda cette somme pour secourir dés détenus ou des patriotes qui étaient, dit-il, dans le besoin.
D. Ainsi Cavaignac s'était exposé" à faire un billet que vous avez négocié, pour une somme dont l'emploi ne lui était pas personnel?
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R. Je le pense, du moins il me l'a dit.
D. Mais vous avez dit tout à l'heure que vous n'étiez pas lid • avec lui; ooimiient alors est-ce à vous qu'il s'est adresse' pour cesSoo f'r.
R. Je ne pourrais pas préciser ce fait. Il aura, je croîs, entendu dire que j'étais entré dans quelque association , et il est probable que c'est cela qui l'aura porté à m'empruntei" cette somme.
D. Gonnaissiez-vous Guinard , ancien membre du comité' central de la société des Droits de l'Homme , [et Berrier'Fontaine, ancien secrétaire de ce comité ?
R. Quant à Guinard je ne l'ai jamais vu, que je sache; quant à Berrier-Fontaine, je l'ai rencontré ua jour, ou du moins on m'a dit que c'était lui, dans une assemblée pour l'éducation libre du peuple dans le dixième arrondissement.
D. Ne les avez- vous pas vus tous deux à Sarnle-pélagic?
R. Non, monsieur, ou du moins que je sache. -
D. Après votre acquittement par le conseil de guerre , 'en 18^2, n'avez-vous pas fait imprimer vme brochure pourvoti'c justification ? Vous avez demandé que cette brochure lilt^annexécà l'un de vos interrogatoires, elle est ainsi devenue une des pièces du procès actuel. Par quel motif, après avoir -laît' imprimer cette brochure, ne l'avez-vous pas publiée?
R. Je ne la publiais pas; d'abord parce que je ne voulais^pai* faire argent de cette brochure j elle avait été faite.pour prouver âmes amis, à mes commettans, à mes correspondans , que j'avais été injustement impliqué dans l'affaire de juin.
D. N'avez-vous pas été détourné spécialement de la publication de cette brochure que sans doute vous ne vouliez pas vendre, mais que vous vouliez répandre par un individu que vous avez déjà nommé ?
R. Il y a quelque chose de vrai dan s cela. Un monsieur, pour lequel j'ai uneparfaite vénération, ayant appris que j'avais ^t cette brochure, se transporta chez moi, et me dit qu'ayant été , accusé, jugé et acquitté tout à la fois par les mêmes hommes et à l'unanimité, du'moins sur plusieurs chefs d'accusation, cela suffisait pour ma justification. Ce fut là un des nioti/i pour lesquels je ne répandis pas un très grand nombre d'exemplaires de ma brochure. Du reste, je ne devais pas lui donner une.
ii6 1res grande "publicité, je devais la donner seulement à quel' qties-uns de mes amis.
D. Pourriez-Yous nommer cette personne respectable qui TOUS a donné le conseil dont vous parlez?
R. Je ne crois pas devoir la nommer sans y être autorisé par le colonel de labuilième légion. C'est un homme très honora- He de la légion! Je ne connais pas très bien ma position ^ je craindrais de faire de la peine à ce monsieur, et de Je déranger, en l'obligeant à venir devant la cour.
D. Quelques-uns de vos amis ne vous ont-ils pas détourné de 3a publication de cette brochure comme démentant vos principes politiques, et ne vous rappelez-vous pas le nom de quelques personnes qui ont contribué, par l'invocation de ce motif, à.vous faire renoncer à cette publication?
R. M. le président m'a déjà parlé de celaj j'ai cherché à réujiir mes idées à ce sujet, et je me rappelle qu'un jour dans une réunion pour l'éducation libre du peuple , un des assistans me proposa comme candidat à je ne sais quelles fonctions; un autre ayant demandé : Quel est ce Pépin? Est-ce Pépin du faubourg Saint-Antoine? on lui répondit : Oui ! et il dit alors : si c'est lui. ... . Il a dit enfin que ce nom ne lui était pas agréable....
(Plusieurs membres de la cour se plaignent de ne pas entendre, et le président engage l'accusé à élever la voix.)
D. Ne vous souvenez- vous pas d'avoir déclaré que Berrier- Fontaine, spécialement, vous avait dit que cette brochure était en contradiction avec vos principes politiques , et que vous ne deviez pas la publier?
R. Je ne crois pas avoir dit cela ; j'ai dit d'abord que c'était «n membi-e de l'association, ensuite que j'avais cru que c'était B'errier-Fontaine. Je le pense encore , et cependant je ne pourrais l'affirmer. Je ne l'ai jamais vu , et un monsieur qui était 5 côté de moi me dit que c'était» lui.
D. Vous avez reçu une lettre datée du 8 août i834, et si. gnée Vaillant, rédacteur du Pilojn. Cette lettre commence ainsi : Citoyen, vous me trouverez bien importun, mais la besoin m'y force : je vous en prie, prêtez-moi seulement cent, ou , au moins cinquante francs; il me faut absolument aujour^hui même du^ papier 'pour imprimer. Cette lettre, la reconBaisseî:-
fOUS?
»'7 R. Je la reconnais comme pièce saisie ches moi. D. N'avcz-vous pas, le même jour , remis au sieur Vaillatït les 5o fr. qu'il vous demandait.
R. Non ; le sieur Vaillant, que j'avais rencontré une fois ou deux dans mes courses, envoya chez moi par deux ou trois foi^ un petit jeune homme en blouse. A chaque lois je le refusai. Enfin ce jeune homme vint un jour où il n'y avait que moci épouse; et mon épouse, fatiguée de voir ce jeune hommefaire une si longue course, lui prêta cette somme.
D. Je vous représente un billet souscrit par lui , à voti'e t)rdre, et portant la date du 28 août. Le reconnaissez vous? R. Oui.
D. Les premiers mots de la lettre du sieur Vaillant que je viens de vous lire, prouvent que ce n'était pas la première fois qu'il s'adressait à vous, et que votre bourse lui était habituel-^ lement ouverte.
R. Cette question, j'y ai répondu, je crois, parce que je vieas de dire tout à l'heure. Je viens de dire que le sieur Vaillant envoya diverses fois à mon domicile pour obtenir cette sommc^ et ce n'est qu'après avoir été fatiguée de voir le commissionnaire faire une si longue course, que mon épouse , je crois , % condescendu à prêter la moitié des 100 fr. qu'on me demandait.
(Sur l'ordre de M. le président, le greffier en chef donne lecture de la lettre du sieur Vaillant.)
Pépin. — Il est parlé de papier dans cette lettre; mais j'étais' bien convaincu que ce n'était pas pour ce motif que l'argent m'était demandé.
D. N'avez-vous pas souvent ouvert votre bourse à des individus que vous n'aviez jamais vu.s, ou qvic vous connaissiez à peine, et qui ne se recommandaient à vous que par la violence insensée de leurs opinions? Quel autre motif qu'une haine aveugle contre le gouvernement pouvait vous porter à agir ainsi?
R. A cela je répondrai que, quand il s'agissait d'obliger, je ne regardais jamais à l'opinion ; et, d'ailleurs, les débats prouveront que j'ai obligé des hommes de toutes les opinions. Cependant, je ne crois pas avoir jamais obligé des carlistes, ou du moins des légitimistes. (Bruits divers.)
D. N'avez-vous pas plusieurs fois donné à coucher à des in-
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diridus qui. se cachaient parce qu'ils étaient poursuivis par la justice et nolamuient à plusieurs personnes soupçonnées d'avoir pris part aux évcnemens d'avril ?
R. A des individus se cachant, non, si ce n'est à,... mon coijccusé, M. Fieschi.
D. Ainâi , vous n'avez pas donné asile, à l'exception de Fieschi, à d'autres gens poursuivis par la justice?
B. Je ne le pense pas.
D. Vous ne l'affinnez pas?