‹ Procès de J.-Bte. Beauregard convaincu du meurtre d'Anselme Charron [microforme]Chapitre 10 sur 14 · CT RARE ARR SE TERRE PEN P LOT ER RTE TRI RSR PE ET · texte numérisé non relu

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et monta d’un pas ferme et l:ste, sans fléchir et sans s'arrêter un seul instant, les deux escalies qui menaient à la potence.

Le moment le plus terrible d’une exésution est peutêtre celui où le condamné arrive sur i’échafaud. Il faut y avoir assisté pour comprendre ies fortes sensations et le profond serrement de cœur que l’on éprouve en voyant paraître ce malheureux qui, dans un instart, en votre présence, par un décret de ses semblables, doit être privé de cette existence que Dieu lui a donnée 2t qui lui est chère comme à vous. En ce moment, vous oubliez le crime qui a causé le châtiment, quelle que soit l’énormité de ce crime. Il n’y a place dans votre cœur que pour un seul sentiment: la pitié. Tel est Peflet que produisit la vue du malheureux Beauregard sur Pimmense multitude des speciaten’s. Il se fit un silence terrible, plus terrible, peut-êtie, que la scène qui allait se passer.

Le premier soin du bourreau fut d’attacher la corde au crochet. Le condamné demanda alors qu’on lui tournât la figure du côté du fleuve, afin de jeter un dernier regard vers St.-Hyacinthe.

Le Révérend M. Villeneuve lui dit : ‘Il ne faut pas y songer, mon enfant.” Beauregard n’insista pas et resta la face tournée du côté de la prison. Tout près de lui se tenait M. Resther, lui prodiguant les dernières consolations et lui présentant le crucifix à plusieurs reprises. L’infortuné y portait ses lèvres avec amour et semblait puiser dans ces baisers une énergie nouvelle. Aussi ne le vit-on, ni fléchir, ni trembler, pendant les moments d’horribles angoisses qui précédèrent sa mort.

Morsieur l’aumônier adressa à la foule quelques paroles pleines d’à-propos et qui eurent un salutaire effet. IT parla des conséquences du péché et en particulier de livrognerie. Faisant un rapprochement entre la cause du funeste drame dont on allait voir bientôt le dénoûme: t, et certains édifices situés non loin de là et d’où 8 :happait a!ors une fumée noire, “ la distillerie, dit-il, mène au crime, le erime à la prison et la prison à l’échafaud.” Il demanda ensuite à tous ceux qui étaient

résents de prier nnur le condamné ; puis, il ajouta que nature mourait en vrai pénitent, parfaitement résigné à la volonté de Dieu, et offrant son supplice en expiation des péchés aw’il avait commis ct des scanda-

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médecin de la prison, craignant que l’infortuné ne succombôât à une trop grande émotion, fit prier M. l’aumonier d’abréger ce qu’il avait à dire.

‘ Laissrz-le parler, dit Beauregard, ne l’arrêtez pas ; je. puis rester ici longtemps ; je suis fort? Quelques instants après il ajouta: “ Je me recommande aux bonnes prières de iout le peuple qui est ici’ Ce furent là ses dernières paroles. A peine les avait-il achevées que la trappe s’ouvrit avec fracas et le condamné fut lancé dans l’éternité. Un murmure sourd et comprimé parcourut les rangs de la foule saisie d'horreur, et, à un sigual du. prêtre, tous, catholiques et protestants, comme müûs par.un ressort, tombèrent à genoux afin de prier pour le malheureux agonisant.

Beauregard parut mourir sans beaucoup d'efforts. La chûte avait été d’environ sept pieds, et le nœud de corde avait été placé sur le derrière de la tête, de façon à produire l’asphyxie. Après sept minutes et un quart, les médecins qui étaient sur l’échafaud constatèrent que Paction du cœur était complètement arrêtée. La face du condamné était d’une couleur livide comme celle d’un noyé. Ses yeux étaient injectés 1le sang, sa languc projetée et ses lèvres bordées d’écume. On dit qu’il n’avait pasvoulu qu’on lui couvrit la figure avec le capuchon noir.

. Aussitôt après avoir ouvert la trappe, le bourreau accompagné du geolier qui le tenait par le bras, s’en retourna à la prison avec beaucoup de précipitation, comme s’il avait craint de demeurer un seul instant en présence de la victime de son exécrable ministère. Un de ceux quise trouvaient au pied de l’échafaud, en le voyant passer, {ut saisi d’une telle indignation, qu’il leva le poing pour le frapper ; et il aurait sans doute accompli son dessein, s’il n'avait pas été retenu par quelques amis.

Le cortége funèbre était sorti de la prison à dix heures et quart, et, à dix heures et vingt cinq minute ‘e bourreau avait tiré la trappe fatale. Le corps de Beauregard resta suspendu à la potence pendant une heure. Au bout de ce temps, la corde fut coupée, le cadavre transporté dans la prison et la foule s’écoula silencieusement, chacun emportant dans son cœur un souveni® incffaçuble de ce triste évènement,

Vers deux heures de l’après-midi, le Dr. Beaubien fit l’autopsie du corps qui fut ensuite transporté à l’Asile de la Providence où se trouvait l’épouse irfortunée du supplicié. Le lendemain, dans la chapelle de cet Âsile, un service fut chanté pour le repos de l’âme de Beauregard ; la veille, ans la même ch:pelle, au moment de l’exécution, une messe basse avait été dite par Monseigneur l’évêque de Montréal. Ce sont aussi les vénérables et dévouées sœurs de cette Asile qui firent, pendant l’exécution, la quête destinée à venir en aide à la pauvre et malheureuse famille du condamné. ]Il paraît que les produits de cette quête ont été abondants. Dieu soit loué ! cette pauvre famille pourra ainsi, au moins pendant quelque temps, être exemptée de la misère.

Lorsque Beauregard est monté sur l’échafaud, il y avait environ neuf semaines qu’il était enfermé dans un cachot de neuf pieds de longueur sur quatre de largeur. Il serait impossible de peindre tous les tourments qu’il eut à endurer. Aux nombreuses privations de la captivité, il faut ajonter les remords et la pensée, la pensée tertible et toujours présente à sa mémoire, de la . mort ignomineuse-qu’il allait bientôt subir.

‘Le déshouneur qui rejaillirait sur toute sa famille, était aussi pour lui un grand tourment. Mais sa nature forte, puissamment aidée par les sentiments religieux qu’il entretenait, son repentir et l’espérance d’une vie meilleure, lui firent tout supporte” avec calme et résignation. % Jamais, disait le vénérable aumônier de la “ prisor, je n’ai vu un condamné mieux préparé à ‘< mourir que Beauregard.” IL avait, cependant, quelques moments de faiblesse: c’était surtout quand il pensait à son vieux père et à sa vieille mère, au profond chagrin qu’ils allaient éprouver, à la honte dont sa mort devait les couvrir. L’avenir de sa femme et de ses enfants le préoccupait aussi beaucoup. Il apprit avec bonheur comme on s’intéressait à leur sort, et les moyens que l’on prenait pour leur venir en aide. Dans le mois de Juillet dernier, pendant qu’il était en prison, sous prévention du meurtre dont il a été trouvé coupable, son épouse mit au monde un fils dont il est question dans le testament que nous reproduisons plus loin. Il éprouvait un vif désir de voir cet enfant; mais on lui

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