‹ Proces de l'Hon. Daniel E. Sickles accuse du meurtre de Philip Barton Key Procureur du district de Colombia a WashingtonChapitre 11 sur 24 · HUITIEME JOUR · texte numérisé non relu

HUITIEME JOUR

Jkudi, 12 avril 1859.

John McElhone assermenté : — A connu M. Key, et M. et Mme Sickles. Se rappelle d'une promenade qui eut lieu aux chûtes du Potomac, et à laquelle se trouvaient Mme Sickles, M. Key, M.

Haskin et lui-même. Ne sait pas si M. Sickles était à Washington ou à New- York dans le temps.

John F. Goddard, chef de police, examiué : — Témoin a en sa possession une petite lunette d'opéra qui lui fut remise par M. Sickles le jour de son incarcération. Il produit cet objet. Se rendit à la demeure de M. Sickles, le jour de l'événement, et le conduis1'! à la prison. La boue qui se trouve sur la lunette d'opéra y était lorsqu'elle lui fut remise par M. Sickles.

Le rév. M. Smith examiné : — Il est ministre de l'église épiscopalienne. Connaît M. Sickles et sa femme. A vu M.

Sickles, vers cinq heures de l'après-midi, le jour de la mort de M. Key. Fut frappé de son apparence et exprima sa surprise à son fils qui était avec lui. L'apparence de M. Sickles était trèssingulière, sauvage et désespérée ; témoin dit à son fils : " Quelle mauvaise et quelle étrange apparence il a !"

M. Stanton fait remarquer à la cornet au jury que la lunette d'opéra sied exactement à la boîte qui la contient.

Robert J. Walker examiné : — J'étais en ville, dimanche, le 27 février dernier. Je connais M. Sickles depuis plusieurs années, mais alors je ne l'avais point vu depuis sept à huit mois. Il était trois heures ou trois heures- et vingt minutes, lorsque je le vis, ce jour-là, dans sa maison, dans la chambre située en arrière au première étage. Tl me parut excité. Il paraissait se passer en lui quelque chose d'extraordinaire et d'étrange. Sa voix était en quelque sorte diilèrente de ce que je l'avais ordinairement entendu. Je crois qu'il me dit alors : " Mille remerciements pour être venu me voir sous ces circonstances." Tl eut à peine dit ces mots que je re-

marquai un grand changement dans son apparence. Il fut pris de fortes convulsions. Il se jeta sur un sofa, et couvrit son visage avec ses mains. Il tomba alors dans un accès durant lequel il jetait des cris qui ne ressemblaient à rien de ce qui est naturel et humain ; je n'ai jamais rien entendu de si remarquable ; — c'était comme un rugissement interrompu de violents sanglots. On aurait dit qu'il était soumis à la torture. Son état me parut enrayant, et j'en fus tellement frappé que je crus qu'il allait devenir aliéné. Il s'écriait que le déshonneur était tombé sur sa maison, sa femme et son enfant, paraissant surtout songer à la disgrâce infligée à son enfant. Je pense que cet accès dura dix minutes. J'essayai de le calmer. .l 'allais partir pour aller chercher moi-même un médecin, mais les violentes exclamations qu'il proférait, après être devenues moins violentes, cessèrent définitivement. Je crois que je dois être resté là pendant plus d'une demi-heure. Je l'accompagnai jusqu'à la prison. J'étais très excité. Je crois que M. Butter worth et M.

Goddard se trouvaient là.

M. Stanton , qui se trouvait en ce moment près de M. Sickles, demanda que l'examen du témoin fut discontinué pour le moment, afin que l'accusé pût se retirer pendant quelques minutes.

M. Sickles était considérablement affecté. L'auditoire et le témoin, en particulier, étaient émus jusqu'aux larmes. M.

Sickles se retira avec quelques-uns de ses amis et de ses parents ; après s'être un peu remis il revint prendre sa place, recevant de toutes parts les marques de la plus vive sympathie. Son père paraissait profondément affligé de son état.

La transquestion du témoin est alors reprise : — Je ne puis comparer l'état où était M. Sickles à nulle autre chose que l'agonie de désespoir. C'est la plus terrible chose que j'ai jamais vue de ma vie. J'ai vu un autre homme dans de semblables circonstances, à Pittsburgh, Pennsylvanie, mais sa douleur n'avait rien d'aussi grave. Il y avait un grand nombre de personnes dans les salles voisines. Je ne sais pas où est M. Butterworth maintenant. Je crois y avoir vu M. Barrett, le maire.

Réexaminé par M. Brady : — J'ai connu M. Key depuis son enfance, d'une

manière intime. M. Sickles eut un autre accès de violente douleur en arrivant à la prison, mais ce ne fut rien de comparable au premier. Cet accès fut beaucoup plus violent que celui que M.

Sickles a eu, il y a quelques instants. J'étais seul avec lui. Il eut des convulsions et ses membres devinrent glacés.

Il portait ses mains à sa tête, et sanglotait fortement.

Francis Mohunn est ensuite assermenté. Son témoignage est absolument le même que celui du révérend M.

Pyne, témoin déjà entendu.

Bridget Duffy est examinée : — Demeure chez M. Sickles en qualité de bonne et de femme de chambre ; se rappelle que le samedi avant la mort de M. Key, M. Sickles revint le soir à la maison , entre cinq et six heures ; Mme Sickles était à la maison ; n'a pas vu M. Sickles à table, ce sôir-là. Son attention se porta sur M. Sickles ; il y avait entre M. et Mme Sickles quelque chose d'extraordinaire ; M. Sickles descendit à l'étage inférieur 5 il ne mangea pas, mais s'en retourna à sa chambre à coucher ; il me dit de lui apporter quelque chose à manger, et je le fis ; il paraissait troublé dans ses manières et son apparence ; je le revis environ une heure après ; Mme Sickles était dans sa chambre à coucher ; je montai ensuite à ma chambre ; M. et Mme Sickles parlaient très fort ; la porte de leur chambre était entr'ouverte ; j'écoutai pendant quelques instants, puis je descendis à la cuisine ; je remontai environ une demiheure après ; ils étaient encore dans la chambre à coucher ; cette chambre se trouve sur le devant, au second étage ; la mienne est située presque vis-à-vis.

M. Brady met entre les mains du témoin un document écrit, et celle-ci déclare que la signature apposée au bas de ce document est la sienne et qu'elle l'y a apposée dans la chambre à coucher, en présence de M. et Mme Sickles ; que c'est à la demande de celle-ci qu'elle a ainsi signé ; que Mlle Ridgley a signé en sa présence. Elle connaît l'écriture de Mme Sickles et l'écriture de ce document est la sienne. Ne sait pas si M. Sickles est allé se coucher ce soir-là ; ne pense pas que Mme Sickles se soit couché. Elle passa la nuit sur le plancher, dans une chambre adjacente, on je

PROCÈS SICKLES

La vis, dit le témoin, le dimanche matin. Elle était assise sur le plancher, la tête appuyée sur une chaise. Elle demeura dans ce dernier appartement toute la journée. M. Sickles était alors en bas. Il était huit heures du matin. Avant de me coucher, la veille, j'avais entendu ■des pleurs et des gémissements. J'entendis pleurer M. Sickles ; j'ai aussi entendu Mme Sickles pleurer. Je rencontrai M. Sickles dans l'escalier, il pleurait et couvrait sa figure de ses mains ; il gémissait et paraissait grandement troublé. J'étais bien peiné de le voir dans cet état, je pleurai. J'entendis pleurer dans le cabinet d'étude avant de voir M. Sickles. Je crois que M.

Woolridge était là.

M. Brady : — Je remets ce document au conseil de la poursuite. Nous nous proposons de le lire au jury et à la cour comme faisant partie de la preuve.

C'est la déclaration que Mme Sickles a faite à son mari.

LA CONFESSION DE Mme SICKLES.

Voici la confession écrite de Mme Sickles, confession qui fut offerte pour servir à la preuve de la défense : —

Je suis allée avec M. Key dans une maison située dans la 15e rue. Combien de fois, je ne le sais pas. Je crois que cette maison appartient à un homme de couleur. Elle est inoccupée. J'ai commencé à y aller vers la fin de janvier. J'y suis allée seule et avec M. Key.

Nous y sommes généralement restés une heure ou plus. Il y avait un lit au second étage. Je fis ce qu'une mauvaise femme a l'habitude de faire. Cette intimité commença l'hiver dernier dans cette maison, à mon arrivée de New- York ; cette intimité était illicite.

Nous nous y sommes rencontrés cinq ou six fois ou plus, à différentes heures du jour. Particulièrement, lundi et mercredi de cette semaine. Nous préparions des rendez-vous lorsque nous nous rencontrions dans la rue ou en parti. Je ne lui parlais jamais lorsque M. Sickles était à la maison, car je savais qu'il n'aimait pas que je lui parlasse ; j'ai été quelques jours sans voir M. Key après mon arrivée. Il me dit ensuite qu'il avait loué une maison où lui et moi pourrions se

rencontrer. Je consentis à cela. Il n'y avait rien à boire ou à manger dans cette maison. La chambre était chauffée par un bon feu. M. Key s'y rendait ordinairement le premier. J'ai marché jusquelà avec lui environ quatre fois ; j'y suis allé mercredi dernier, entre deux et trois heures. J'y suis allée seule. Laura était chez Mme Hoover. M. Key l'avait conduite etlaissée-là à ma demande. De là je me rendis à la 15e rue pour rencontrer M. Key. Je rencontrai M. Key immédiatement après qu'il eut laissé Laura chez Mme Hoover. Nous entrâmes par la porte de derrière, et allâmes ensemble dans une chambre où nous eûmes une entrevue illicite. Je me déshabillai. M. Key se déshabilla aussi.

Cela eut lieu le mercredi, 23 février 1859. M. Key m'a embrassé bon nombre de fois. Je ne nie pas que nous avons eu une entrevue illicite dans la maison où je demeure, il y a un an, dans le salon, sur le sofa. M. Sickles était quelquefois absent de la ville et quelquefois au Capitol. Je crois que cette intimité commença dans le mois d'avril ou de mai, 1858. Je ne croyais pas prudent de le voir dans ma maison, parce que les domestiques pouvaient se douter de quelque chose. J'ai généralement porté une toilette de couleur blanche et noire et un chapeau de castor garni de velours.

J'y suis aussi allée habillée de soie noire. Mercredi dernier, j'avais soit une toilette de couleur brune, soit celle que j'ai mentionnée la première, un chapeau de castor et une mantille de velours. Je m'étais entendu avec M. Key pour entrer par derrière, après qu'il eut quitté Laura chez Mme Hoover. Il me rencontra chez M. Douglas. C'est ou dans la rue, ou chez M. Douglas, que nous convînmes d'entrer par derrière, afin de courir moins de danger d'être vus. Cette maison est située dans la 15e rue, entre les rues R et L, à main droite. Je pense que c'est le lundi, dans la rue, que nous arrangeâmes l'entrevue qui eut lieu le mercredi. J'allai à la porte de devant ; elle était ouverte ; nous occupâmes la même chambre ; je me déshabillai ; il se déshabilla aussi. M. Key s'est promené dans la voiture de M. Sickles et est venu à sa maison, sans que M. Sickles en eût connaissance, après que j'eusse été avertie de l'inviter à discontinuer

PROCÈS SICKLES

et contre l'avertissement réitéré de M.

Sickles.

TERESA BAGIOLI.

Ceci est une déclaration véritable, écrite par moi-même, sans y avoir été induite par aucune promesse de pardon ou de récompense de la part de M.

Sickles et sans aucune menace de lui.

Ce qui précède a été écrit dans ma chambre à coucher, la porte en étant ouverte et ma servante et mon enfant se tenant dans l'appartement voisin, à huit heures et demie du soir. Mlle Ridgly est dans la maison, à portée de voix.

TERESA BAGIOLI.

M. et Mme Pendleton ont dîné ici, il y a deux semaines, avec une compagnie nombreuse. M. Key, le frère de Mme P., y était aussi ;il avait été invité à ma suggestion, parce qu'il demeurait dans la même maison que Mme P., et aussi parce que M. Key avait invité M. Sickles à dîner avec lui, et M. Sickles désirait inviter tous ceux dont il avait reçu des invitations ; M. Sickles me dit : " faites comme vous l'entendrez."

Ecrit et signé en présence de C. M.

Ridgly et de Bridget Duffy.

Février 20, 1859.

TERESA BAGIOLI.

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