‹ Proces de l'Hon. Daniel E. Sickles accuse du meurtre de Philip Barton Key Procureur du district de Colombia a WashingtonChapitre 16 sur 24 · ONZIEME JOUR · texte numérisé non relu

ONZIEME JOUR

Vendredi, 15 avril 1859.

Examen de Wagner continué — ce témoin ayant été rappelé : — Il a pris M. Lee Jones, avocat, (qui se trouve en ce moment près du procureur public) pour M. Pendleton. (M. Jones confirme cela par un signe de tête.)

Transquestionné : — C'est l'homme de couleur qui l'envoya chercher. Cela se passait une semaine après la mort de M. Key. Les messieurs qui étaient présents ne lui donnèrent aucune direction.— La serrure qu'il remit était différente de la première. Ne se rappelle pas si c'est l'homme de couleur ou l'une de ces personnes qui lui dit de l'enlever.

John M. Seeley examiné : — A vu le serrurrier enlever la serrure, sur l'ordre de M. Pendleton ou de M. Jones. La clef de la première serrure avait été perdue, comprit-il. La porte de derrière était ouverte.

Louis Poole examiné : — Son témoignage confirme le précédent ; la manière brève avec laquelle il répond excite une hilarité que les officiers de la cour compriment.

W. Woodward, le coronaire, est de nouveau examiné. Il déclare n'avoir rien trouvé autre chose sur la personne de M. Key que ce qu'il a mentionné dans son premier témoignage.

Rév. M. Bulkley examiné : — A connu M. Sickles en 1838, à l'Université de New-York. Connaît M. Sickles pour être susceptible d'excitations intenses et soudaines.

Le procureur du district objecte à cette preuve, excepté que l'on veuille prouver l'aliénation.

M. Brady ne veut pas prouver l'excitabilité ; il sait qu'il ne peut prouver légalement que le tempérament de son client était susceptible de lui enlever la raison. Il traitera de l'aliénation, lorsque le temps en sera venu, dans ses di-

verses formes. Des hommes sont lunatiques pendant quelques jours, d'autres pendant quelques années, d'autres enfin sont incurables. Tout homme intelligent peut exprimer une opinion à ce sujet. La constitution physiologique et psychologique d'un homme, par rapport aux prédispositions à l'insanité, est une matière susceptible d'être prouvée. Il veut prouver que M. Sickles, en une occasion où ses sentiments avaient été considérablement éprouvés, était devenu positivement aliéné, et qu'on avait été obligé de le surveiller.

M. Carlisle retire l'objection.

Le témoin continue : — Cet incident se passait en 1840, à l'occasion de la mort du prof. Da Ponte. M. Sickles était son protégé. Au moment où le prof. Da Ponte venait d'être déposé dans sa tombe, M. Sickles fut pris d'un accès terrible de douleur et de désespoir ; il creusait la terre de ses doigts en criant et gémissant, tellement que nous ne pouvions nous faire écouter de lui. Nous fûmes obligés de l'amener, amicalement, mais de force, hors du cimetière. Son état était celui d'un désespoir frénétique. Mon impression est qu'il déchira aussi ses vêtements. J'ai pensé que mon témoignage serait utile au prisonnier et je suis venu . ici de mon propre mouvement. — Cet accès dura une dizaine de minutes. Je le vis le lendemain, il me parut remis. Il avait eu la veille un second accès près de l'université, qui ne fut pas aussi fort que le premier, n'ayant jamais rien vu de semblable avant ou depuis.

Major Hopkins examiné : — Il est le cocher du colonel Freeman.— La seule partie importante de son témoignage est qu'il a vu M. Key, le lundi ou le mercredi qui a précédé sa mort, sur la place Lafayette ; que M. Key fit des signaux avec son mouchoir, que Mme Sickles sortit un instant après et se rendit avec M. Key dans la maison de John Gray. — M. Carlisle demande au témoin si " Major" est son prénom ou son titre. Le témoin répond que c'est son nom. " Alors, cela explique, dit M. Carlisle, pourquoi le Major conduit la voiture du colonel."' M. Carlisle ayant demandé au témoin de dire d'une manière précise de quelle taille est Mme Sickles, le témoin répond qui " ne l'a jamais mesurée," et cause une hilarité générale. Au meilleur de sa

PROCÈS SICKLES

connaissance, il croit que la (hune qui était avec M. Key était Mme Sickles.

Il décrit sa toilette.

Mme Nancy Brown assermentée : — Demeure dans la seconde maison avant d'arriver à celle louée par M. Key. Est la femme du jardinier du Président. A vu M. Key entrer dans la maison 383, le mercredi qui précéda sa mort.

M. Carlisle essaya d'empêcher le témoin de donner cette réponse. Le temps est arrivé, dit-il en résumé, de faire décider la question que soulève cette partie des témoignages qui a trait à la maison de John Gray. Nous glissons continuellement sur la pente qui conduit à la preuve de l'adultère. Or, il est temps que votre honneur décide si la preuve d'actes antérieurs d'adultère peut être faite. Si ce genre de preuve est admis, nous aurons à offrir une contre-preuve sur le même sujet.

M. Brady répond en résumé : — La défense veut prouver qu'il y a eu un commerce régulier d'adultère entre M. Key et Mme Sickles, avant même que M.

Key louât la maison de la 15e rue et lorsqu'il l'eut louée. Sous de semblables circonstances, il n'est pas nécessaire que le mari attende le moment opportun pour être témoin du spectacle dégoûtant de son propre déshonneur et tuer l'adultère brutal, repu et satisfait. Les signaux ont été prouvés et personne ne peut jeter un regard sur la preuve sans apercevoir la sale bannière de l'adultère flottant dans l'atmosphère corrompue par la présence de cet homme brutal. Il a été prouvé qu'au moment de sa mort, il rôdait dans les environs de la maison de M. Sicklcs, le drapeau à la main et la clef de la maison de prostitution dans sa poche. Ayant prouvé le signal, il doit leur être permis de prouver quel en était le but. La loi comme la raison attestent que le mari outragé a tué l'adultère lorsque celui-ci accomplissait son acte criminel. Cette preuve est aussi offerte au sujet de l'aliénation ; la défense se fonde sur les précédents des procès de Day et de Jarboe.

La défense offre de prouver : — Qu'aussitôt que M. Sickles eut quitté sa maison le 27 février, et peu avant de rencontrer M. Key , celui-ci se servit de son mouchoir, vis-à-vis de cette maison, pour faire signe à Mme Sickles de G

quitter sa maison, afin de se rendre à la 15e rue et y avoir un commerce adultère ; que M. Sickles vît M. Key se ser-

vir de ce mouchoir et

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1 savait ce

que signifiait ce signal ; que Key loua une maison dans la 15e rue, dans le but exclusif d'y commettre l'adultère avec Mme Sickles, que la clef de cette maison fut trouvée sur la personne du défunt après sa mort ; que M. Sickles était informé de toutes ces choses ; qu'au moment où M. Sickles tua M. Key, celui-ci se rendait à la maison de M. Sickles pour accomplir ses desseins pervers et attirer la femme de ce dernier dans la maison de la 15e rue ; que M. Key était dans l'habitude de se servir de son mouchoir pour faire des signaux et que chaque fois Mme Sickles l'avait accompagné à la dite maison ; que le 27 février M': Sickles connaissait ces faits et qu'il vit M. Key, immédiatement avant de le tuer, faire le signal habituel avec son mouchoir.

Le juge dit que s'il comprend bien cette proposition, son but est de faire décider la question que soulève la preuve de l'adultère. Après un ajournement de quelques minutes, M. Carlisle réplique à M. Brady dans un long discours que nous allons essayé de résumer de la manière la plus substantielle possible : —

Dans son opinion, la preuve de l'adultère ne peut être admise. La décision de son honneur dans le présent cas aura des conséquences importantes pour l'administration ultérieure de la justice. Il est obligé de combattre de nouveau la doctrine de la défense — que la règle établie et appliquée jusqu'à présent, ne devrait pas être pratiquée dans le présent cas. Il répète que l'action de tuer un adultère ne peut être justifiable que si le mari le surprend sur le fait ; autrement c'est un meurtre commis par esprit de vengeance. Il réfère à Wliarton, sur llwmicide, p. 179, où il est dit que quelque grande que la provocation ait été, si un temps suffisant s'est écoulé pour que la passion ait pu se calmer, l'action de tuer est un meurtre ; et que dans le cas d'adultère, s'il s'est écoulé un certain espace de temps, la provocation ne pallie pas la faute. Il cite aussi le procès de Fisher ; (8 Carrington et Paine) c'est un père qui tua la personne qui avait conduit son fils au crime et à

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