‹ Proces de l'Hon. Daniel E. Sickles accuse du meurtre de Philip Barton Key Procureur du district de Colombia a WashingtonChapitre 21 sur 24 · QUINZIEME JOUR · texte numérisé non relu

QUINZIEME JOUR

Mercredi, 20 avril 1839.

Le réexamen de M. Woolridge étant clos, John McElhone est appelé. N'étant pas présent, M. Brady dit qu'il voulait prouver par lui que l'annonce suivante avait été mise dans certains journaux de Washington, le 26 février :

"II. P. G., qui a récemment adressé une lettre anonyme à un monsieur de cette ville, rendra une grande faveur à celui à qui cette lettre a été adressée en lui accordant une prompte, immédiate et confidentielle entrevue."

L'examen du témoin est remis de consentement.

Albert A. McGafFey examiné : — M.

Brady ayant demandé au témoin, après quelques questions préliminaires, de rapporter une conversation qu'il eut

avec M. Key au sujet de Mine Sickles, lors du bal Napier, la poursuite objecte à cette preuve. M. Brady dit que la dér fense veut prouver que ce témoin avait remarqué la conduite de M. Key, à l'égard de Mme Sickles, et qu'ayant dit à M. Key que le monde remarquait cette conduite, M. Key répondit qu'ij avait une grande amitié pour elle, et qu'il était animé de sentiments paternels à son égard ; que, dans une conversation subséquente, le témoin ayant dit à M. Key qu'il s'attirerait des difficultés en raison de cette conduite, M. Key répondit, en mettant sa main sur le côté gauche de sa poitrine : " Je suis préparé à toutes les éventualités."

M. Ould dit que ces conversations ne sont pas admissibles, n'ayant pas rapport à l'accusé et ne paraissant pas lui avoir été communiquées.

M. Brady argue l'admissibilité de cette preuve. M. Sickles a été représenté comme une armoirie ambulante et M. Key comme n'étant pas armé, et on a prétendu que M. Sickles le savait. Ce témoin montrera que M. Key a fait un geste duquel on doit induire qu'il était armé et préparé à se servir de ses armes clans le cas d'une collision.

M. Graham soutient aussi l'admissibilité de cette preuve qui, suivant lui, est une confession de l'adultère. La preuve de l'adultère étant admise, pourquoi celle de l'admission de la culpabilité serait-elle rejetée. Le défunt n'a pas nié qu'il fût coupable, mais il s'est lui-même représenté tel que la poursuite a voulu représenter le prisonnier, en disant que c'était une armoirie ambulante. Non seulement la défense se propose de montrer que M. Key était à accomplir l'œuvre d'adultère, mais qu'il était même préparé à résister au sort qui attend justement l'adultère. Ces sortes d'intrigues n'ont qu'un but, la mort du mari; on en a un exemple frappant en ce moment à Albany (affaire Hartung). Cette preuve est admissible, non seulement parce qu'elle donne lieu à l'induction générale que le mari courait des dangers, mais encore parce que, dans ce cas particulier, l'adultère était armé pour résister au mari dans le cas où il interviendrait. Il faut aussi remarquer que cette déclaration fut faite sur la place La layette, on vue

PROCÈS S1CKLES

(il

<\e la maison de M. Sickles, et dans le temps où Key projetait la perpétration du tort pour lequel il a perdu la vie.

M. Carlisle répond que la défense paraît induire des décisions intervenues précédemment que son honneur admet la doctrine de la vengeance divine, tandis que la cour a admis la preuve de L'adultère comme tendant à prouver finsanité mentale du prisonnier. Il serait curieux d'avoir l'opinion de M.

B.rady touchant cette doctrine. Son honneur a rejeté l'objection de la poursuite au sujet du fait de l'adultère, mais à la condition que la preuve devait en être faite en connexion avec d'autres faits, pour prouver l'aliénation du prisonnier. Cette preuve est offerte sur le principe de la vengeance divine. Son honneur n'a jamais acquiescé à cette doctrine. Mais cette preuve est encore offerte: V Pour établir que M. Key était armé ; 2° Comme ayant été de nature à faire croire au prisonnier qu'il était armé ; 3" Comme étant une menace. Ces raisons méritent d'être discutées. Il croit que des déclarations faites dix ou douze jours avant l'événement ne peuvent prouver que le défunt était armé le vingt-sept février. Et que le défunt fût armé avant ce temps-là, cela n'importe pas. Ces déclarations n'ayant pas été communiquées au prisonnier, on ne peut en induire qu'il en a conclu que le défunt était armé. Tout en admettant la vérité de ces déclarations, elles ne prouveraient pas que le défunt était armé deux ou trois jours après.

Qu'il fût armé ou non, cela n'a rien à faire avec l'innocence ou la culpabilité du prisonnier.

La question n'est pas de savoir s'il était armé, mais s'il s'est servi de quelque arme. L'offre de cette preuve est fait dans un cas d'homicide que la défense prétend justifiable et en exécution de îa volonté de la divine providence ; elle est offerte dans le but de montrer que c'est le défunt qui, le premier, assaillit ou menaça le prisonnier.

C'est le seul usage que l'on puisse vouloir en faire ; je ne vois pas que la défense puisse avoir d'autre but. Cependant, cette preuve ne peut atteindre ce but. C'est tout simplement une dénégation et une déclaration qu'il serait préparé à. se défendre, en réponse à un

avertissement qu'il pourrait être assailli.

Le conseil de la défense a paru insinuer que si le défunt avait défendu sa vie contre le prisonnier, il aurait transgressé la loi ; et que s'il avait tué le prisonnier en défendant sa vie, cet acte aurait été équivalent à celui de tuer le shérif se tenant sur l'échafaud pour exécuter le mandat de la loi. Il n'est pas nécessaire de discuter cet argument qui, s'il était fondé, tendrait à faire croire que, du moment que l'accusé sut que le défunt était coupable d'adultère, il exécutait la volonté de Dieu en le tuant ; qu'au point de vue de la loi il n'était pas dans la paix des Etats-Unis ; qu'il était hors la loi ; qu'il n'avait plus rien d'humain, majs qu'il était caput lupinum, de sorte que non seulement le prisonnier, mais qui que ce soit qui aurait eu connaissance de sa culpabilité, avait le droit de le tuer, n'importe où, et qu'en prenant la vie d'un autre, excepté en défendant la sienne, il aurait été coupable de meurtre. — Il exprime ensuite les impressions qu'il a eues lorsqu'il a entendu énoncer, pour la première fois, la doctrine de la vengeance divine, croyant que c'était tout simplement pour produire un effet oratoire, etc. ; mais il croit s'apercevoir que c'est un système, un jugement délibéré, que l'on s'est formé une théorie établie sur des principes d'éthiques, la théologie, et les principes fondamentaux de l'organisation sociale. De fait, c'est la formation d'une nouvelle secte touchant chacune de ces choses, une nouvelle sorte de socialisme, de sectarianisme et de jurisme.

Dans /a paix de Dieu et des Etats- Unis ne signifie rien autre chose qu'une personue est dans une condition à recevoir la protection de la loi. Je concède donc que lorsqu'un homme commet l'adultère et qu'il est pris sur le fait, il peut être traité comme une bête sauvage et tué, parce qu'il n'est pas dans la paix de Dieu et des Etats-Unis. Mais il me reste encore à apprendre de quelque juge ou par la lecture de quelque livre de loi, que de tuer l'adultère par vengeance ou sur le principe de la vengeance divine, n'est pas mi meurtre.

Je ne serai pas en arrière de mes adversaires dans la dénonciation de l'a-

PROCES SICKLES

d altère ;je ne serai pas en arrière d'eux pour admettre que c'est une des fautes les plus graves ; mais j'espère ne jamais avoir la volonté d'alléguer ou d'admettre la doctrine que la société, prise en masse ou considérée individuellement, puisse punir cette faute par la violence.

Le juge, relatant alors la proposition de la défense, telle que faite par M.

Brady, rejette cette proposition, d'abord parce que l'une des déclarations date d'aussi loin que le mois de juin 1858 et l'autre, d'une dizaine de jours avant l'événement.

La cour ne voit pas comment cela peut tendre à prouver que le défunt était armé, le 27 février, quand bien même ce fait serait matériel. Ensuite, cette preuve n'est pas admissible pour expliquer la conduite du défendeur, comme étant ce qui aurait pu le conduire à commettre l'acte. Cette conversation aurait tout aussi bien pu avoir lieu entre deux personnes étrangères à cette affaire, qui auraient discuté l'intimité existant entre Mme Sickles et M.

Key.

La cour ne voit pas comment cela aurait pu influencer la conduite du prisonnier. La cour déclare cette preuve inadmissible.

T. J. Brown étant ensuite examiné, dit qu'il a mesuré la maison de M.

Sickles et décrit la situatiou de la bibliothèque.

F. McClosky est ensuite assermenté :

It fut témoin de l'événement du 27 février. Il se rendit ensuite à la maison de M. Sickles. Celui-ci était si excité que le témoin eut peur pour la femme de l'accusé. Il avait l'air d'un homme saisi d'une grande frayeur ; ses cheveux tombaient sur sa figure. Je formai immédiatement l'opinion, dit-il, qu'il ne pouvait être responsable de ses actes dans un semblable état. — Témoin décrit ce qui se fit dans la maison durant le temps que M. Sickles y resta avant de se rendre à la prison — l'espace d'environ une heure. A presque toutes ces phrases, le témoin ajoute les mots — vous savez.

Charles G. Bacon est examiné : Il produit un diagramme des environs de la maison de M. Sickles.

Après l'examen de John McDonald, le groom de M. Sickles, dont le témoignage "porte sur deux entrevues relatées

. par le cocher qui a été entendu comme ! témoin, M. Brady adresse la parole à la cour et annonce que la défense clôt sa preuve.

Le procureur du district, relatant ce qui s'est passé lors de la discussion au sujet de la question d'adultère et de la décision du juge, dit que la preuve du commerce adultère ayant été admise et faite, il déclare franchement que la poursuite retire toute objection qu'elle peut avoir faite au développement de cette preuve et particulièrement à la confession de Mme Sickles.

M. Brady, après avoir dit que la poursuite a dû se décider à faire cet offre après y avoir mûrement réfléchi, dit que, rendu à cette étape des procédés, après avoir eu à combattre, à chaque pas, les objections que les esprits légaux les plus subtiles et les mieux cultivés ont fait à la procédure de la défense, celleci fera comme les aborigènes qui acceptent la guerre immédiatement, mais demandent le temps de réfléchir lorsqu'on leur propose la paix. Il demande jusqu'au lendemain matin pour se consulter avec ses associés. Il ajoute que M. Sickles désire qu'il déclare n'avoir contribué en rien à la publicité de la confession de Mme Sickles et qu'il le regrette profondément.

M. Oulcl donne quelques explications au sujet de la publicité donnée à ce document, et dit que la poursuite n'y a nullement contribué. Il n'a aucune objection à donner à la poursuite le temps de se consulter. La cour fait la même déclaration. M. Brady dit qu'il ne veut pas retarder les procédés et que la poursuite peut procéder à faire sa contre-preuve. — M. Graham dit que la poursuite aurait dû faire cet offre lorsque le juge décida que la preuve de l'adultère était admissible, et non pas lorsque les témoins de la défense se sont dispersés aux quatre vents du ciel.

L'effet de cet offre est d'embarrasser la défense, presqu'autant que les objections faites par la poursuite.

M. Ould : — Ce n'est pas ce que nous avons en vue."

M. Graham : — Qu'il en soit ainsi ou non, je ne le sais pas. Si la poursuite nous avait dit, lundi dernier : " Nous vous ouvrons les portes à deux battants ;

PRDCÈS SICKLES

laissez entrer vos témoins," — alors celle proposition aurait été convenable.

M. Ould dit que la poursuite a choisi ce moment, parce qu'elle a cru que c'était le meilleur et le seul convenable.

Le juge dit qu'il comprend que la défense répondra à cet offre le lendemain au malin.

M. Carlisle répond affirmativement et dit que cet offre ne devra pus être continué plus longtemps.

L'honorable G. Penclleton est assermenté de la part de la poursuite : — Est beau-frère du défunt. Le second^ jour après la mort de M. Key,fit la visite de la maison de la 15e rue. Il décrit la maison. M. Jones était avec lui. Il trouva un porte-cartes, une enveloppe contenant des cartes, des clefs, etc. Regretta beaucoup la mort de M. Key.

M. Brady, a près avoir montré les cartes au témoin, demande, de la part de M.

Sickles, qu'elles ne fassent pas partie du dossier, vu qu'elles portent les noms de personnes étrangères àcette affaire. — Ne sut que lorsqu'il l'entendit dire en cour, que la serrure avait été enlevée. Ceux qui ont dit qu'il avait voulu supprimer une partie de la vérité en faisant ôter cette serrure se sont rendus coupables d'une infâme fausseté. [Légers applaudissements.] Envoya chercher un serrurier pour ouvrir la porte.

Le col. Charles J. Jones, avocat, étant assermenté, confirme le témoignage de M. Pendleton.

M. Brady lui ayant demandé s'il n'a pas assisté la poursuite dans ce procès, il répond qu'il a indiqué une ou deux autorités à M. Carlisle. M. Brady dit qu'il voulait le traiter avec tous les égards possibles ; mais qu'il devait dire qu'il n'était pas beaucoup nécessaire d'indiquer des autorités à son confrère, M. Carlisle. — -Le témoin dit ensuite qu'il fut l'intime ami de M. Key, depuis son enfance jusqu'à sa mort.

M. Brady : — Je ne blâmerai jamais

un homme d'être fidèle à un ami, aussi

longtemps qu'il mérite d'être respecté.

L'ex-sénateur Brodhead étant appelé,

ne répond pas à son nom.

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