‹ Proces de l'Hon. Daniel E. Sickles accuse du meurtre de Philip Barton Key Procureur du district de Colombia a WashingtonChapitre 7 sur 24 · SIXIÈME JOUR · texte numérisé non relu

SIXIÈME JOUR

Samedi, 9 avril 1859,

DISCOURS DE JOHN GRAIIAM, ECUîRR, POUR LA DEFENSE DE L'ACCUSE.

Qu'il plaise à la cour et aux messieurs du jury : —

Voici pour moi le temps des pensées solennelles, et en me levant pour vous adresser la parole, mes impressions livrent un rude combat à mon esprit.

C'est un beau sentiment, mieux exprimé dans la langue latine que par la traduction, " amicos res opimœ pariant adversœ probant" — la pro.>périté est la parente des amis: la mauvaise fortune est le feu auquel ils sont éprouvés. L'amil ié est le plus sacré de nos attachements artificirlo, pour les distinguer d'avec les affections naturelles. C'est celui qui touche de plus près à ceux que la main de la nature a enlacés aux objets qu'elle crée elle-même. Je dépose sur sou autel ma présente offrande. Cette offrande emporte avec elle l'onction d'un cœur chaleureux. Puisse-t-elle être un tribut efficace à l'amitié de mon client.

J'ai été le compagnon de son bonheur, et je suis maintenant appelé à partager la mélancol' : de sou affliction. Le trouble est un mystérieux visiteur ; il semble être le sort inévitable de l'homme. On a eu raison de dire que " si l'affliction ne vient pas de la poussière, le trouble ne surgit pas de la terre j" " l'homme est né pour la peine comme les étincelles pour s'élever ; " "apprenez qu'heureux est l'homme que Dieu éprouvé "

Il y a quelques semaines le ç orps d'un être humain fut trouvé dans les crispations de la mort, dans une des rues de votre ville. C'était celui d'un adultère habituel et reconnu. En un jour trop sacré pour être profané par des. soins temporels — durant lequel il lui était défendu de moi'iller son front des sueurs d'un travail honnête — en un jour où il aurait dû s'élever au-dessus de. l'imperfection de sa nature — en un jour où il aurait dû diriger ses pensées vers le ciel, quoiqu'il ne leur eut imprimé cette

direction en aucun autre jour, nous le voyons assiéger, avec les intentions lés plus noires, Je château-fort où la loi avait placé la femme et les enfants de son voisin.

Cette grande puissance qui a donné les lois à tous les départements de la création — qui a incrusté les cieux de leurs feux et assigné au jour et à la nuit la limite de leur durée, — cette même puissance qui se déploie sur toute la surface de la nature, étend sur la terre le manteau de la verdure, puis le lui enlève pour la couvrir de la toilette moins agréable de l'hiver — cette même grande puissance qui a fixé le temps où les feuilles doivent tomber et les moineaux s'envoler, est la volonté qui ordonne et la main qui tient la verge qui doit nous punir dans cette vie. Quand nous serons sortis des procédés dans lesquels nous sommes eng gés, qu'il nous soit alors permis de dire le résultat que j'anticipe avec confiance comme une couso.ation pour l'accusé des ri. .«es épreuves par lesquelles il est passé, si le défunt avait observé le précepte solennel : — " fcouviens-toi qu'il te faut passer saintement le jour du Sabbat,*' il serait peut-être encore aujourd bu*j au nombre des vivants. Le père, le mari déshonoré se précipite sur lui à l'instant même de sa faute, et, sous le coup d'un accès de frénésie, il exécute sur lui un jugement qui était aussi juste que sommaire.

La question que vous êtes appelés à décider est celle de savoir si cet acte rend son auteur justiciable des lois du pays. Vous avez un profond et solennel intérêt, messieurs du jury, dans la décision de cette question. Vous êtes ici pour établir le prix du lit conjugal ; vous êtes ici pour dire quelle estime un jury américain intelligent attache à cette couche sacrée. Vous êtes des citoyens fortunés ; vous habitez une ville qui possède le gouvernement fédéral dans ses murs, une ville consacrée à la liberté — non à la licence du libertin — une ville qui porte le nom de l'illustre Washington, le père de notre patrie, dont on a dit avec vérité, qu'il était le premier dans la guerre, le premier dans la paix, le premier dans le cœur de ses concitoyens.

Vous pouvez éprouver de la pitié, en considérant cette affaire, pour la vie qui

BEOCES SICKLES

a été enjevée ; vous pouvez regretter la nécessité qui produisit cet événement; mais, si vous avez pitié du mort, rappelez-vous que vous devez aussi avoir de la commisération pour le vivant. Cette existence, enlevée comme elle Ta été, est votre gain et le mien. Vous ignorez si la femme ou la fille de quelqu'un d'entre vous n'aurait pas été — de fait vous ignorez si votre femme ou votre fille n'a pas été flétrie par les regards qui ont détruit les affections conjugales du défendeur — vous ignorez si le jardin de délices sur lequel vous présidez n'aurait pas vu ses rieurs servir à la satisfaction de l'insatiable appétit du défunt, si son existence avait été épargnée. L'interposition dans les rapports conjugaux est de tons les torts celui que tout esprit réfléchi doit considérer comme le plus grave qui puisse être commis contre un être humain. On a dit avec raison que l'affliction, la honte, la pauvreté et la captivité étaient préférables, et je crois ne pouvoir mieux exprimer ce sentiment qu'en récitant les paroles que le grand dramatiste a mis dans la bouche du Maure, au moment où il découvrit l'inconstance de sa Desdémona : —

" S'il eût plu au ciel de m'éprouver par des revers ; s'il eût fait pleuvoir sur ma tête nue mille chagrins et mille affronts ; s'il m'eût plongé dans la pins profonde misère ; s'il eût enchaîné moi et mes plus belles espérances, j'aurais trouvé dans quelque repli de mon âme un reste de patience ; mais, hélas î m'attacher au poteau pour que le mépris dirige sur moi son

doigt lent et immobile 0 ! 0 ! Eh ! bien,

cela encore j'aurais pu le supporter ; mais le sanctuaire auquel j'avais confié mon cœur, dans lequel je devais vivre ou mourir, la source d'où mon bonheur devait couler, la voir se tarir et moi en être chassé, ou la voir sécher ou servir de citerne à de hideux crapauds s'entrelançant pour y engendrer !... .Fixe tes yeux sur ce spectacle, ô patience ! ange aux lèvres de rose, et tu deviendras aussi hideuse que l'enfer."

Vous êtes ici pour décider si le défenseur du lit conjugal est un meurtrier, et s'il doit être placé au rang du premier meurtrier et considéré dans son aspect moral et légal sous des couleurs aggravantes comme celui-ci. Messieurs, le meurtrier est un être détestable, et loin de moi l'intention de le défendre devant ce jury ou tout jury quelconque. La société ne peut pas, ne doit pas le contenir. Calme, froid et calculateur, il cache sa malice comme l'avare son tré-

sor ; sa poitrine est le réceptacle où il la dépose ; l'âge ne réclame rien de sa considération, et le sexe de sa victime ne le préoccupe nullement ; il voit son arme dans l'air même qui le dirige où il veut aller ; il choisit quelqu'être innocent pour victime et un endroit solitaire pour la perpétration de son horrible crime ; il s'enveloppe du manteau de la nuit ; à cette heure où une moitié de la nature semble morte et de mauvais rêves troublent les ombres du sommeil /il vole à l'accomplissement de son projet sanguinaire ; effrayé de ses propres mouvements, il est forcé " de s'adresser à la terre qui le porte et la supplier, lui enjoindre de ne pas entendre le bruit de ses pas, n'importe où il les dirige, de crainte que les pierres mêmes ne le dévoilent et ne l'accusent." Si vous pouvez trouver quelque ressemblance entre l'acte qui a conduit le défendeur où il est maintenant et l'acte d'un tel criminel, ce sera à vous d'établir la comparaison et de la compléter ; la chose n'est pas en mon pouvoir.

Il y a d'autres matières, messieurs, auxquelles je ferai brièvement allusion, avant de procéder à remplir l'important devoir que la volonté des savants confrères associés avec moi pour la défense m'a dévolu ; et le seul regret que je puisse exprimer en entrant dans l'exécution de ce devoir, c'est que je serai obligé de vous inposer une tâche plus forte que celle qu'il serait convenable de vous imposer sous tant d'autres circonstances. Il y a des incidents dans ce procès, messieurs, que votre esprit doit saisir immédiatement. En premier lieu, il s'est produit quelque chose de bien extraordinaire dans le choix du corps même de jury que vous-mêmes constituez.

Vous avez entendu l'explication que le savant procureur du gouvernement a donné sur la marche qu'il a suivie. La cour n'avait d'autre alternative que l'administration de la loi. L'objection était d'une nature qui séiait parfaitement au cœur du procureur du district.

Vous avez été témoins du spectacle émouvant du fils de l'infortune écarté de son droit pour aucune autre raison que celle du malheur qui en a fait un infortuné.

Vous vous souviendrez aussi d'un autre incident. Le savant avocat de la

PUOCËiS S1CKLES

poursuite, en interrogeant un des témoins, lui demanda de dire ce qu'il avait vu lors de la rencontre dont la mort du témoin fut le résultat. Vous vous souviendrez que le témoin auquel la question fut iiiite désirait exposer, à la face de la cour et du jury, tout ce qu'il avait vu et entendu. Le savant procureur se leva et protesta contre la partie du témoignage qui n'était pas directement une réponse à la question, et ce monsieur lit une admission, — tel qu'il est à la connaissance de la cour et du jury,— qui semble être très malheureuse, dans tous les cas, en autant que la poursuite y est concernée. Le savant conseiller du gouvernement déclara qu'il avait fait cette question au témoin dans l'intention de l'induire à discerner ce qu'il avait vu de ce qu'il avait entendu. Vous vous souviendrez d'avoir entendu l'honnête juge sur le banc dire, — et ses paroles n'étaient pas l'effet d'un esprit de sévérité, mais une bienveillante réprimande,— que lorsqu'un témoin est placé dans la boîte, n'importe la manière dont les questions sont faites, il doit dire toute la vérité et rien que la vérité, et qu'il est du devoir de la cour de protéger le témoin, afin qu'il puisse déclarer tout ce qui est à sa connaissance.

Est-il quelque chose dans ce procès qui demande qu'il soit fait de la manière dont il l'a été. Pourquoi n'y eut-il que les détenteurs de propriétés d'admis dans ce juré 1 Pourquoi la poursuite a-t-elle examiné ses témoins d'une manière particulière, afin d'exclure certains faits particuliers qui auraient pu, dans l'examen de la preuve, tourner en faveur du défendeur ? C'est à vous qu'il appartient de se rendre compte de ces incidents extraordinaires qui se sont produits dans la ligne de conduite suivie par la poursuite. Une autre chose fort remarquable, c'est l'apparition d'un assistant conseiller pour la poursuite.

Je suis informé que ce conseil extraordinaire n'a pas été assigné par acte du gouvernement ; c'est à vous de dire si le présent cas justifie ce procédé. Une autre chose à remarquer, c'est le caractère extraordinaire du discours du savant avocat, qui a été une éloquente production, réfléchissant du crédit sur l'esprit dont il a émané et marqué au

coin d'un genre élevé d'habilité ; niais il vous appartiendra de dire, quand vous le passerez en revue, quel degré de considération vous devez lui accorder.

Vous observerez ces expressions extraordinaires, telles que — " le prisonnier se rendant au carnaval de sang" — "comme un arsenal ambulant" — "ajoutant la mutilation au meurtre" — "comme s'il avait eu un poignard dans sa main, prêt à le lui plonger dans le sein." Mais que n'estil aussi arrivé au savant avocat de décrire en môme temps les armes que l'adultère avait en sa possession 1 car il avait une lunette d'opéra et un mouchoir blanc — objets aussi propres à causer la mort de l'adultère que les armes de l'accusé.

(Il définit le crime de meurtre, d'après les plus hautes autorités, et établit la distinction entre ce crime et le meurtre sans préméditation ; le premier étant commis d'une manière délibérée, avec malice préméditée ; l'autre l'étant dans un état d'excitation, l'excitation de la passion qui doit être contrôlée, mais qui ne l'est pas, — et sans malice préméditée.)

Je démontrerai que la passion qui ne peut être contrôlée ne rend pas un homme comptable à la loi criminelle. Mais la grande question, c'est de savoir dans quel état moral était le défendeur, au moment où il tua l'homme qui avait souillé la pureté de sa femme ? Il est parfaitement immatériel de savoir de quelle manière la mort fut infligée — soit qu'elle l'ait été par un seul ou par trois coups de feu, soit que le défunt ait été tué debout ou non. La question est celleci : quelle fut l'influence de la provocation sur l'esprit de l'homme qui a tué ? Quel était l'état mental du défendeur au moment où il tua le défunt?

Après avoir donné lecture de différentes autorités légales, M. Graham ajouta : Si vous pouvez trouver un verdict contre la personne du mari qui tue l'homme qui a violé le lit conjugal, alors je m'adresse à des hommes qui ne sont pas ce que je les crois être. Je vous ai donné la définition des crimes de meurtre et d'homicide simple. Il vous appartiendra de déclarer si ce cas tombe dans l'une ou l'autre de ces définitions et s'il est le fait d'un cœur criminel. Si c'est un crime pour \<i mari de défendre

PROCÈS SICKLES

l'autel de son humble famille, et si la mort lui est infligée parce qu'il le défend, alors le plus grand honneur qui puisse être conféré à aucun homme, est de mourir pour une pareille cause.

M. Graham établit ensuite ces différents points, à savoir : lo les lois humaines ne prohibent pas la jouissance des droits de l'homme ; 2o l'amour est parfait par la loi divine, sans être cependant régi par la loi humaine ; 3o la loi divine confère des devoirs, et les exécuter ne constitue pas un crime. Ces deux premiers points drivent être considérés ensemble*. .

Votre système légal n'atteint pas tous les cas. Il y a certains torts qui ne sont pas punis ; conséquemment l'unique loi, alors, est celle que le doigt de Dieu a tracée dans le cœur humain— la loi de la nature humaine et l'instinct. Quand la loi ne nous protège pas, nous sommes rejetés sur nos propres instincts, et nous avons le droit de nous défendre contre le mal. La conservation personnelle est la première grande loi de la nature — et l'orateur en donne des exemples. Il maintient que, par la loi de Dieu, il est permis de tuer l'adultère. Si la Bible établit que l'homme a le droit naturel de protéger sa femme contre une telle flétrissure, il n'est pas au pouvoir de la loi humaine de lui enlever ce droit.

Vôiis n'avez pas pourvu dans ce district à la protection du mari contre l'adultèe. Le résultat inévitable est que vous êtes rejetés sur le principe de la défense personnelle, vous et les vôtres. Ne désirez-vous pas être en sûreté contre le brigand 1 Combien plus contre l'adultère !

b La loi vous dit que si le brigand vous trouble pendant la nuit, vous pouvez prendre sa vie ; mais elle permet que votre maison soit polluée par la présence de l'adultère. La raison pour laquelle la société n'a rien pourvu contre l'adultère, c'est qu'elle considère qu'il est juste que tout homme se défende contre lui, et ce droit est parfait sous la loi divine. Il n'est rien dans cette doctrine qui soit révolutionnaire ou subversif de la paix et du bon ordre de la société. Il n'existe aucune loi dans ce district qui vous enlève vos droits domestiques.

Quant à l'énormité du crime d'adultère, l'acte en est flétri par Dieu lui-même. Jl n'est pas nécessaire que, pour la jus-

tification de celui qui tue l'adutère, le criminel soit pris sur le fait ; il suffit que celui qui le tue s'oit si près de la vérité qu'il ne lui reste aucun doute à l'égard de la culpabilité de celui-ci.

Nous regardons ce point comme trèsimportant.

Je dis que si la société ne vous a pas protégés dans la chasteté de vos femmes, c'est une preuve conclusive que vous avez le droit naturel de la protéger, tout autant que vous avez le droit de protéger vos propres existe nces.Ce serait outrager la décence que de comparer la félonie à l'adultère. La Bible nous enseigne que l'un des crimes les plus graves est l'adultère. On pourra dire que Sickles avait un recours civil à exercer contre Key, si ce dernier avait défloré sa femme, et que, malgré qu'il ne pût poursuivre Key criminellement, il pouvait recevoir une compensation pécuniaire. Quel est l'homme dont les plaies pourraient être cicatrisées par le sal argent qui sortirait«des poches de celui qui aurait souillé sa femme?

Si un homme entre .dans votre maison contre votre volonté et qu'il se couche dans votre lit, c'est un délit, et vous pouvez employer la force pour le faire sortir ; et cependant s'il s'y couche avec votre femme et lui ravit ce qui ne peut être restauré, il n'a droit à aucune réparation quelconque, d'après la position hypothétique de la poursuite. Il existe certains rapports auxquels la loi attache les plus grandes responsabilités et qu'elle investit de pouvoirs considérables; ce sont les rapports entre le parent et l'enfant, le mari et la femme ; ils sont les plus saints et les plus chers. L'attachement qui lie le frère avec la sœur est celui de l'amour, car ils sont sortis des mêmes parents ; mais la connexion entre le parent et l'enfant, le mari et la femfemme, est fondée s*ur la loi divine, et celle-ci étant la plus faible; c'est le devoir et le droit du mari de la défendre ; c'est son devoir de la protéger contre sa fragilité autant que contre la violence du brigand.

On a dit avec raison : " fragilité, ton nom est la femme." Un homme qui obtient les affections de la femme d'un autre est aussi coupable que celui qui la déflore par le viol. C'est le devoir du mari de contrôler ses affections et de

PROCÈS SICKLES

veiller à ce qu'elles no lui «Oient pas enlevées par l'adultère. C'est une olîense aussi grave, quoiqu'elle consente, que si elle était victime d'une violence réelle. En Angleterre, jusqu'au treizième statut d'Edouard I, l'adultère et la fornication étaient des offenses contre la loi commune ; mais ils furent ensuite transmis à la jurisdiction des cours spirituelles. Il existe une déclaration du parlement britannique par laquelle l'adultère est mis au nombre des péchés mortels, et doit être puni ecclésiastiquement pour le salut de l'âme.

Par la loi commune du Maryland, dérivée de l'Angleterre, et qui prévaut actuellement dans le district de Colombie, l'adultère n'est pas une offense. En conséquence un statut est requis pour déclarer que l'adultère est une offense punissable par les tribunaux judiciaires de cette localité. Quatre Etats de l'Union ont déclaré l'adultère un crime punissable, le Massachusetts, laVirginie, l'Ohio et la Pennsylvanie. Dans le premier de ces états l'adultère est puni de deux ou trois ans d'emprisonnement, mais cette punition est disproportionnée.

Vous, messieurs, vous siégez ici pour prononcer l'appréciation faite par un jury américain de la valeur du lit conjugal. C'est le grand principe de votre verdict, et sur ce principe vous allez déclarer si vous voulez jeter la terreur dans le cœur de l'adultère, ou si vous allez l'encourager dans ses actes et le laisser répéter son crime. S'il vous entend dire qu'un homme qui osera prendre sa vie jouera la sienne, vous portez le plus violent coup au cœur de la moralité qui lui ait jamais été porté par un jury américain.

C'est un principe légal bien établi, que la maison de tout homme est son château, aussi sacré à lui-même qu'à sa famille. Ce terme est celui de la loi. Il ne signifie pas des murailles fortifiées. C'est une image qui doit démontrer que la cabane la plus humble même est autant la forteresse qui doit protéger la famille d'un homme que la forteresse destinée à des fins défensives. Si vous invitez un homme dans votre maison, et qu'il convoite votre femme ou votre fille, il est aussi coupable que s'il y était entré contre votre volonté. Vous pariez d-roit de l'éconduire. S'il y entre avec

un cœur impur, il abuse de votre permission.

Un des caractères aggravants du présent cas, c'est que M. Key entrait dans la demeure de M. bickles en qualité d'ami. Nous montrerons qu'ils étaient aussi intimes que ces deux êtres humains, les jumeaux siamois, qui sont liés ensemble par un lien qui les rend indissolubles. Les cœurs de ces deux hommes ont pour ainsi dire battu ensemble. Leurs cœurs paraissent avoir eu des pulsations alternatives, en autant que leurs relations personnelles y "sont concernées. Anssi , quand M. Sickles invitait M. Key dans sa maison, et que celui-ci y entrait pour opérer l'avilissement de sa femme, il était aussi coupable que s'il y était entré sans y avoir été invité ; car, lorsqu'un époux invite un ami à venir chez lui, il l'invite, de fait, à se départir de toute souillure.

La personne de la femme est la propriété du mari, et la femme ne peut disposer de sa pureté ; et si elle en dispose, le mari a le même droit contre l'adultère que s'il la lui avait ravie. — Il cite, de Wheeler^s Criminal Cases, le procès du gouvernement vs. Ryan, pour montrer que si la vertu de la femme ne repousse pas l'adultère, qu'elle fasse intervenir la crainte du mari. Il cite aussi d'autres autorités à cet égard, montrant qu'en défendant sa femme, le mari se défend lui-même.

L'orateur se propose d'arguer sept points, savoir : — - 1° Jusqu'à quel point le gouvernement est tenu de faire le procès du défendeur, et quelle preuve doit satisfaire le jury ; 2° Jusqu'où l'on doit présumer que l'ancienne règle touchant la malice peut prévaloir aujourd'hui dans l'administration de la justice criminelle, et jusqu'à quel point elle esc contrôlée par la présomption fondamentale que tout accusé est supposé innocent jusqu'à ce qu'il ait été trouvé coupable ; 3^ L'énormité du crime d'adultère d'après la Bible ; 4° La raison du principe de l'ancienne règle qui pallie l'acte commis par le mari qui découvre l'adultère ; 5' Quel fut l'effet de la règle qui réduisit cette offense à l'homicide simple, et le rendit équivalent à un acquittement ; 6° Jusqu'à quel point la provocation du défunt affecta l'esprit de l'accusé de manière à le placer au-dessus

PïtOCÈS SICKLES

de toutes les conséquences légales ; 7P S'il s'est écoulé un temps suffisant pour que sa passion ait pu se refroidir.

Nous attaquons la théorie de la poursuite. L'accusation doit être établie par Ja poursuite, sur la preuve et non pas avec des présomptions. Nous disons que l'ancienne règle de la loi — que l'action de tuer est une preuve présomptive de malice — n'existe plus. C'est sur des faits, et non pas sur des présomptions, qu'un homme doit être condamné pour une offense comportant sa liberté et sa vie. Le jury ne peut convaincre que s'il croit conciencieusement que la présomption embrasse les faits. Suivant l'argument du procureur du district, la loi présumerait, du moment que la simple action de tuer est prouvée contre un homme.qu'il y a malicia cogata dans son cœur. Telle n'est pas la présomption de la loi. Quant à lui-même, il présumerait plutôt que celui qui a commis l'acte était aliéné, dans le cas ou aucun motif ne pourrait être montré. A ce sujet il réfère à une décision dans le procès du gouvernement vs.McCanne, Smith' s Rejiorts.C'est le devoir de la poursuite de prouver son accusation. Si elle allègue que l'action de tuer dans le présent cas n'était pas justifiable, elle doit le prouver. Elle ne l'a pas fait. Le juge Brown, dans le procès auquel il vient de faire allusion, décida que la preuve de malice et des motifs était d'abord nécessaire de la part de la poursuite.

La règle de la présomption origina dans le temps où la propriété du félon retournait à la couronne, et alors qu'il était de l'intérêt du gouvernement de convaincre les accusés. Il prétend que l'état de l'esprit de l'offenseur devait être établi affirmativement par la poursuite.Nous pourrions demander ce matin même l'acquittement de M. Sickles. On en connaît assez sur cette affaire pour amollir les cœurs qui n'ont pas été tranchés de l'inébranlable chêne noueux de la morale ; car, dans l'agonie de son esprit, lorsque l'acte fut commis et qu'il retomba dans une espèce d'aliénation, jl s'écria, en proie à sa douleur: " Tl a entaché,il a souillé mon lit !" Tel était le sentiment qui dominait son esprit. Douze Indiens, sur lesquels la lumière de la civilisation ne se serait jamais épanouie, repousseraient avec indignation l'idée

de convaincre un homme sur la preuve qui est devant vous et qui a été faite par la poursuite.

La présomption cardinale de la loi est que tout accusé doit être cru innocent jusqu'à ce que sa culpabilité ait été prouvée. Non pas, dit la poursuite; la loi doit présumer que M. Sickles est un meurtrier, parce qu'il est prouvé qu'il a déchargé son pistolet dans la poitrine de sa victime. La poursuite ne doit-elle pas prouver que le prisonnier était alors sain d'esprit et de mémoire 1 Oui, elle y est obligée. Le seul effet d'une semblable présomption est d'empêcher que recours puisse être obtenu contre la poursuite.

Le serment d'un jury l'astreint à faire une vraie délivrance suivant la preuve. Non pas, dit le procureur du gouvernement ; le jury doit agir sur la présomption légale. Mais le serment d'un jury, je puis le dire, ne peut être racheté que si, regardant le Créateur en face, il peut déclarer que tous les faits sur lesquels il a basé son verdict sont des faits prouvés par les témoignages entendus.

L'orateur passe à la seconde proposition, savoir, si la règle par laquelle la loi présume la malice en raison de la simple action de tuer, fait maintenant partie de la jurisprudence criminelle du pays. Il maintient la négative et cite du vol. XXII des State Trials, p. 60, le procès de Mawgridge ; Blackstone, p. 302, et le procès de McCanne, dans lequel la cour fut d'opinion que le prisonnier devait être acquitté, parce que l'avocat du district s'était borné simplement à prouver l'acte de tuer.

A-t-il été prouvé quoique ce soit dans le présent cas qui corresponde à la définition du meurtre par Blackstone ? Non. Par la décision intervenue dans le procès de McCanne, le juge déclara que pour constituer le crime de meurtre, la preuve des motifs ou de la volonté devait être ajoutée à celle de l'acte. En estil ainsi dans le présent cas, ou M. Sickles était-il, au moment de l'homicide, tellement sous l'action impulsive de l'instinct qu'il ne pouvait se contrôler, et qu'il fut poussé, comme une simple machine, à la commission de cette prétendue tragédie?

Il peut être tragique de verser le sang humain ; mais^je maintiendrai que ce

PROCÈS SICKLES

tt'est pas une tragédie que de tuer l'adultère ; son crime ôte à Pacte ce caractère. L'adultère meurt aussi justement que ces hommes qui ont été exécutés hier, dans les limites de l'état du Maryland. Ils ont été condamnés par la loi. Quelle était, leur offense ? Tis avaient versé le sang humain. Cette offense n'est pas plus grave que celle du défunt, car il a renversé l'institution divine du mariage, établie et créée par la main du Tout-Puissant.

Nous prétendons que la règle est que la poursuite, prouvant la déclaration du prisonnier, cette déclaration doit être tenue comme vraie jusqu'à ce que la fausseté en ait été prouvée. La déclaration du prisonnier fut que Key avait déshonoré son lit, et que, sous l'effet de ce tort, il avait tué Key. La poursuite devait prouver que Key n'avait pas pollué la femme de Daniel E. Sickles ! A-telle démontré que cette déclaration était fausse, ou s'en est-elle remis au jury? Admettre que telle fut la raison de l'acte, c'est amener l'investigation à son terme.

Je prétends que cet acte était de sain droit et que le fait est maintenant prouvé que Philip Bar ton Key séduisit la femme de Daniel E. Sickles, et que, pour cette raison, M. Sickles, dans un transport de colère, l'envoya rendre un compte sévère à son Dieu. C'est ainsi que le cas est posé devant ce jury.

Nous pourrions donc soumettre le cas au jury dans l'état actuel du témoignage ; car il est une règle bien établie — par laquelle la déclaration d'un prisonnier, lorsqu'elle est prouvée par la poursuite, est considérée comme vraie, jusqu'à ce que la poursuite ait démontré, aleunde, que cette déclaration est fausse. C'est là le secret de l'ingénuité de notre savant ami. La position de Daniel E. Sickles doit-elle être considérée de manière à le convaincre de meurtre 1 Est-ce en tranchant et cette partie-ci et cette partie-là de la vérité, ou est-ce sur la moralité du présent cas que nous devons attendre dans cette cour l'action du jury 1 Que ressentireriez-vous si l'on vous mettait un bandeau sur la vue et que l'on vous forcerait de rendre un verdict, lorsque vos sens et vos facultés ne arment pas convaincus? TTn tel de-

voir ne sera pas exigé de vous en cette occasion.

La poursuite a débuté par un faux pas. La défense n'est pas tenue de prouver l'adultère, quoiqu'elle puisse le faire devant le jury de la manière la plus dégoûtante. Nous pourrions montrer,nonseulement que Key fut un adultère, mais qu'il était l'ami prétendu de Daniel E. Sickles, et qu'il a abusé de la confiance même de son ami.

Je crois en la maxime : de mortuis nil nui boniim, (ne parlez des morts que pour en dire du bien.)Il a été dit que " le mal que font les hommes leur survit ; le bien est souvent enterré avec leurs os." Cet axiome est vérifié en ce moment ; mais non pas dans le but de noircir gratuitement la mémoire du défunt. Je le laisserais où il repose ; mais comme il est un fait dans la cause, et vu que sa conduite est un autre fait dans cette même cause, il est nécessaire de l'exhumer. J'ai un devoir à remplir. Je procède donc à la considération de ma troisième proposition — l'énormité du crime d'adultère, comment la loi l'apprécie comme provocation et de quelle manière elle le considère par rapport à l'acte dont il est la cause.

Si j'abuse trop longtemps de la patience de votre honneur ou du jury, j'espère en être averti, car je n'ai pas d'amour-propre à satisfaire ici. Si je puis réussir à faire rendre la liberté à mon ami, la mesure de ma gratification sera non-seulement comble, mais surabondante. Si j'ai de l'ambition, ce n'est pas ce qui me guide en cette occasion. Je vais d'abord considérer la gravité de l'adultère aux termes de la Bible, et, ensuite, aux termes de la loi commune. Quand le Tout-Puissant envoya un profond sommeil à Adam et qu'il prit une de ses côtes et en fit la femme, il l'amena à Adam : —

Alors Adam dit : " Et cette fois celle-ci est l'os de mes os et la chair de ma chair ; on la nommera hommesse, car elle a été prise de l'homme."

C'est pourquoi, l'homme laissera son père et sa mère, et il se joindra à sa femme, et ils serpnt une même chair.

Alors que le Sauveur était en Judée?

il se servit presque du même langage, quand des Pharisiens essayèrent de le tenter, au sujet du divorce ; —

PROCES S1CKLÉS

Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l'homme ne sépare donc point ce que Dieu a uni.

Quand Abraham descendit en Egypte en raison de la famine, Saraï, sa femme, passa pour sa sœur. Il craignait la mort en raison d'elle. Les principaux de la cour de Pharaon la virent et l'emmenèrent à Pharaon. Le Seigneur frappa de grandes plaies Pharaon et sa maison.

Et Pharaon appela Abraham et lui dit : " Qu'est-ce que tu m'as fait ? Que ue m'as-tu averti qu'elle était ta femme ? "

"Pourquoi as-tu dit, c'est ma sœur ? Et je Tarais prise pour être ma femme ; mais maintenant, voici ta femme, prends-là et t'en va."

Il en arriva ainsi lorsque Abraham habita Gérar.

Le septième commandement dit : —

Tu ne commettras point l'adultère.

Et le dixième commandement dit v —

Tu ne convoiteras la femme de ton voisin.

L'adultère est ainsi condamné dans le Lévitique, chap. 50, v. 10 : —

Et pour l'homme qui aura commis adultère avec la femme d'un autre, puisqu'il a commis adultère avec la femme de son prochain, on fera mourir l'homme et la femme adultères."

Et encore dans le Deutéronome, ch.

Quand on trouvera un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux, tant l'homme qui a couché avec la femme que la femme ; et tu ôteras le mal d'Israël.

Moïse mourut en l'an 2,558 du monde, 1,445 avant la mojt du Christ.

Josué lui succéda. Josué lut au peuple, sur la montagne d'Hébal, une copie de la loi de Moïse, écrite sur des tables de marbre, et cette loi fut acceptée par le peuple.

Le jury remarquera qu'en ce tempslà le gouvernement judaïque était théocratique, c'est-à-dire que Dieu régnait.

Il continua d'en être ainsi jusqu'en l'an 1095 ou 1065 avant Jésus-Christ, sous Saiïl , le premier roi. Quand les Israélites assiégèrent Rabbah, David était à Jérusplem, où il commit l'adultère avec la femme d'Uriah. Dieu le menaça de mort. David s'étant repenti, Nathan dit : —

Dieu te pardonne ton péché, tu ne mourras pas.

Le savant procureur rapporte alors l'histoire de Tamar, séduite par Amnon?

II Samuel, ch. 13, v. 1—39— :

Alors Amnon dit à Tamar; sa sœur : Appor-

te-moi dans le cabinet ce que tu m'as apprêté, et que j'en mauge de ta main. "Et Tamar prit les beignets qu'elle avait faits et les apporta à Amnon son frère dans le cabinet.

Et elle les lui présenta afin qu'il en mangeât, mais il se saisit d'elle et lui dit : ''Viens, couche avec moi, ma sœur."

•'Et elle lui répondit : Non, mon frère, ne me fais point violence ; car cela ne se fait point en Israël. Ne fais point cette action infâme.

Et moi que deviendrais-je avec mon opprobe ? et pour toi tu passerais pour un insensé en Israël. Maintenant donc, parles-en, je t'en prie, au roi, et il n'empêchera point que tu ne m'aies pour femme."

Mais il ne voulut point l'écouter, et il fut plus fort qu'elle ; il lui fit violence et coucha avec elle.

Ensuite Amnon eut pour elle une très-grande haine ; et la haine qu'il lui portait était plus grande que l'amour qu'il avait eu pour elle. Ainsi Amnon lui dit : "Lève-toi, va-t-en."

Et elle lui répondit : "Tu n'as aucun sujet de me faire ce grand mal, que de me chasser, après ce que tu as fais avec moi ; " mais il ne voulut poiut l'écouter.

Il appela donc le garçon qui le servait, et lui dit : 'Qu'on la chasse maintenant d'auprès de moi, hors de la maison, et ferme la porte aprè3 elle. "

Or, elle était vêtue d'une robe bigarrée ; car les filles du roi qui étaient filles, étaient ainsi habillées. Celui donc qui servit Amnon, la fit sortir de la maison et ferma la porte après elle.

Alors Tamar prit de la cendre sur sa tête, et déchira la robe bigarrée qu'elle avait sur elle, et mit sa main sur sa tête et s'en allait criant.

Il continue en ces termes : Deux ans après, Amnon tomba au pouvoir d'Absolon, et celui-ci ordonna à ses serviteurs de le tuer. Us exécutèrent cet ordre et Absolon s'enfuit à Geshur, où il demeura deux ans, puis il retourna à Jérusalem. Il demeura deux ans à Jérusalem sans voir la figure de son père.

Quand son père le fit demander, il vint à lui, et le roi embrassa Absolon. Le sort du séducteur est peint dans cette histoire ; il est le même que celui de l'adultère. Il n'y a pas de tempérament à une pareille offense. Parler d'amoindrir la provocation qui consiste à souiller la femme d'un autre ! Une simple injure personnelle peut se refroidir ; mais si M. Sickles est de sang-froid maintenant, il est plus qu'un être humain ! — Il cite encore à ce sujet l'histoire de Dinah, ravie par Sechem.

Malachie, le prophète, qui vivait 430 ans avant Jésus-Christ, a dit sous l'inspiration de Dieu : —

Je m'approcherai de vous pour juger et je me hâterai d'être témoin contre les adultères.

PROCÈS STCKLBS

Dans le Nouveau Testament le Sauveur enjoint ce précepte en ternies positifs. La pensée de l'adultère dans le cœur est ainsi réprouvée dans le Sermon sur la Montagne : —

" Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : " Tu ne commettras point adultère."

Mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter, il a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur.

L'homme qui a convoité la femme de son voisin a commis une faute qui appelle la justice du ciel autant que s'il avait souillé sa personne ;de sorte que le but de la Bible est de détruire ce crime à son germe, et de faire même un crime de la simple intention entretenue à l'égard de la femme d'un autre. Il n'y a qu'un pas de l'intention à l'acte ; et, en conséquence, pour empêcher l'acte, la loi divine prévient même l'intention.

Les apôtres prêchèrent ce précepte.

St.-Paul, dans son épître aux Romains, chap. XII, v. 8 et 9, dit :—

Ne soyez redevables à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime les autres, a accompli la loi.

Car ce qui est dit: " Tu ne commettras point adultère ; tu ne tueras point," etc. ; et s'il y a quelqu'autre commandement, tout est compris sommairement dans cetle parole : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même."

M. Sickles avait-il sur terre un pire ennemi que Philip Barton Key ? Si K^y était venu à lui et lui avait enfoncé un stylet dans la poitrine, il se serait montré clément. Mais il se drape des dehors de l'amitié, et couvert de ce manteau et se croyant masqué, il commet le plus effroyable et en même temps le plus vil de tous les crimes. Ces citations de la Bible démontrent que la pureté de la femme, par rapport à la connexion conjugale, est de la plus grande importance aux yeux de la loi divine ; que la sainteté de l'institution de la famille ne doit pas être entachée ; que la violer est une injure à Dieu, et que le ciel doit la défendre.

Et cela m'amène à considérer la seconde face de la question : l'énormité du crime aux yeux de la loi commune.

Il est étrange que malgré que l'adultère soit défendu dans le décalogne, en deux endroits différents, aucune loi humaine n'ait saisi et exécuté l'esprit de la loi divine. Quelle en est la raison? Pensezvous que la société entend que l'adul-

tère reste impuni ? Non ; elle vous rejette sur la loi de votre cœur, — c'est là le réceptacle de vos instincts ; suivezles et vous exécuterez la volonté divine. Si tel n'est pas le raisonnement de la société, alors la société ira pas rempli ses convention avec Daniel E. Sickles. Quelle était cette convention entre lui et la société? Qu'il abandonnerait une certaine partie de sa liberté naturelle et que la société lui donnerait une considération en retour? Lorsqu'il est entré dans la société a-t-il enlevé sa femme à la protection de la loi ? L'a-t-il laissé à la merci d'un adultère reconnu? Non.

La société savait que c'était une affaire individuelle, et elle a laissé l'adultère où la loi de Dieu l'a placé, pour être la victime de ce jugement qui est exécuté contre lui par la justice divine qui se sert de l'homme comme instrument. Si vous prononcez un verdict par lequel vous déclariez qu'il n'y a d'autre protection pour votre maison qu'une vile action pour dommages provenant de conversations criminelles entre votre femme et un adultère , alors, messieurs, vos femmes vivent dans une atmosphère bien dangereuse. Si c'est j là toute la protection dont vos familles soient entourées, que l'infamie s'abatte sur vous et que l'or de l'adultère calme vos sentiments blessés. Mais c'est une doctrine qui ne prévaut pas en dehors de ce district, et c'est une doctrine qui ne devrait pas prévaloir dans ce district. La liberté de ce district devrait être, par-dessus toutes les autres sections du pays, un modèle et un exemple de liberté pour toutes les autres parties de ce même pays. Le jus gladii, le droit de l'épée réside quelque part. Est-il l'apanage de la Toute-Puissance, où appartientil à l'offensé ? Mais, malgré que la loi ne punisse pas l'adultère comme criminel, ne refuse-t-elle pas sa vengeance, lorsqu'elle est invoquée, contre le mari qui se constitue son propre vengeur ?

L'orateur explique ensuite de quelle manière la loi commune considère l'adultère comme provocation, et il réfère au procès de Maddy, présidé par le célèbre juge Haie, et à plusieurs autres autorités. Le savant procureur réfère aussi au procès qui eut lieu dans cette même eour , il y a un an ou deux, 'procès d'un homme «accusé du meurtre

PROCÈS SKJKLES

du séducteur de su sœur, durant lequel le juge dit aux jurés que l'état de l'esprit du prisonnier était une chose qui leur appartenait à eux seuls de considérer,— manière de dire qui faisait le plus d'honneur à l'humanité de la cour, et le jury, dans ce cas, rendit le prisonnier à la liberté, après quinze minutes seulement de délibérations.

L'orateur dit qu'il a cité ces autorités pour démontrer que la provocation la plus forte qu'un homme peut donner à un autre homme est de polluer sa femme. Quel est celui que l'adultère spolie ? II produit dans votre famille une postérité illégitime ; il est cause que le fruit des entrailles de vos femmes se mêle avec le bâtard. Ces résultats du crime co-habitent avec vos légitimes enfants. N'en est-ce pas assez pour bouleverser l'esprit de celui qui songe un instant à cela? Lord Holt dit: "Un adultère est pire qu'un voleur, car il vole à un homme sa postérité." Penser que le procureur de ce district poursuit les voleurs et les brigands, pour sortir ensuite de cette cour et implorer le ciel de détourner sa vue pour ne pas voir l'énormité de ses crimes, et refuser de protéger la demeure de Daniel E. Sickles contre le plus grand malfaiteur qui puisse marcher sur toute la surface de la t^rre, et empêcher le brigand d'y entrer pour laisser l'adultère s'y introduire! Eh! l'énormité du crime du brigand ne saurait être comparée un instant à l'énormité du crime de l'adultère.

La question que je soumets à votre esprit est celle-ci: Lorsqu'un homme reçoit une provocation qui excite chez lui sa passion à un degré tel qu'elle ne peut plus être contrôlée, est-il responsable de ce qu'il fait sous l'influence de cette passion ? C'est folie de punir un homme pour ce qu'il ne peut s'empêcher de faire, si vous admettez que l'excitation est telle qu'elle ne peut être contrôlée. Vous ne pouvez pas le rendre criminellement responsable de ce qu'il fait sous son action. Tuer un adultère n'est pas se servir d'une arme de la manière comprise dans les termes du statut de Jean I, quand bien même l'adultère n'aurait aucune arme, car ce statut n'a jamais eu en vue la protection de l'adultère. Emlyndit que lorsque l'empire romain devint chrétien, cVst-a-dirc

que lorsqu'il fut établi sur les doctrines de Celui qui parla comme jamais homme n'a parlé et qui prêcha l'humilité et la paix sur la terre, l'adultère devint un crime capital, sous le règne de Constantin, et il continua d'en être ainsi jusqu'au temps de Justinien et longtemps après.

Certains hommes sont d'opinion qu'il en était ainsi, même lorsque l'empire était païen. Aussi, une fois la société devenue chrétienne, il est chrétien de punir l'adultère de mort. Cela m'amène à la Quatrième proposition : la raison de la règle qui déclare l'action de tuer un adultère ou une adultère un homicide simple. Est-elle restreinte à la découverte de l'adultère sur le fait ? N'admetelle que ce cas? L'homme qui découvre quelque preuve, après que sa femme a admis sa culpabilité, corroborant cette admission, n'est-il pas autant la victime de la passion que celui qui surprend l'adultère sur le fait même 1 Cet homme doit - il attendre qu'il ait découvert l'action du coït, pour se trouver en dedans de cette règle ?

Semblable chose peut arriver ; mais si le mari n'a jamais le droit de punir l'adultère tant qu'il ne l'a pas trouvé en état de coït avec sa femme, il n'aurait jamais ce droit. On a dit que le roitelet se divertit et que la petite mouche dorée se livre à la lubricité sous notre vue, mais c'est le seul cas de coït qui ait lieu sous nos yeux.

Or, la position que nous prenons est celle-ci: que de découvrir l'adultère sur le fait signifie qu'il doit être découvert si près du fait qu'il n'y ait pas de doute sur sa culpabilité. Si vous surpreniez l'adultère sortant du même lit où se trouve votre femme, n'auriez-vous pas le droit de le tuer ? Si vous le surpreniez sortant de la chambre où est votre femme, dans un état indiquant l'acte qu'il vient d'exécuter, n'auriez-vous pas le droit de le tuer ? La question ne se rapporte pas à la manière dont vous les surprenez, niais à ce fait : les parties sont-elles coupables, et êtes-vous satisfaits et convaincus qu'elles sont coupables ? N'importe la manière dont la preuve vous en est donnée, c'est la provocation qui agit sur le cœur humain.

Que le fait ait effectivement lieu sous les yeux du mari, on qu'il en «oit con-

PROCES SICKLES

vaincu par des preuves irréfragables , c'est parfaitement immatériel. La provocation est ce que la loi considère.

Nous disons donc que la règle qui réduit à l'homicide simple l'action de tuer l'adultère, est exprimée d'une manière figurée. Elle déclare que l'homme qui en tue un autre pour cause d'adultère, s'il le tue lorsque la preuve lui en est donnée, sous la passion alors excitée à un tel degré qu'elle devient incontrôlable, ne comporte pas, d'après la loi commune, cette criminalité nominale. Le même grand poète dramatique que j'ai cité ce matin nous fait voir le misérable Iago enflammant le Maure au sujet d'une infidélité supposée mais non réelle. Le Maure demande la preuve de la culpabilité, et Iago répond : —

Voudriez-vous, vous le surveillant, bailler stupidement

Au diable, si jamais d'autres yeux que les leurs sont témoins de leurs amours. Quoi donc ! Comment ! Que dirais-je ? il est impossible que vous voyiez tout eela, seraient-ils aussi primes que des chevraux, aussi ardents que des singes, aussi lubriques que des loups en chaleur, et des fous aussi grossiers que l'ignorance pourrait emvrer. Mais, je le dis, si de fortes probabilités, si l'imputation et de fortes circonstances qui vous conduiront jusqu'au seuil de la vérité, suffisent pour vous satisfaire, vous pouvez être satisfaits.

C'est tout ce qu'un mari peut attendre : les imputations et les circonstances conduisent au seuil de la vérité ; et s'il n'est investi du droit que quand il obtient plus, alors le droit lui est entièrement dénié. Par la loi d'Angleterre c'est une trahison que de violer la reine consort ou la reine régnante. Nous n'avons pas de reine ici. Nous n'avons ici d'autre gouvernement que le gouvernement des familles. Mais le diadème de flionneur de la famille n'est-il pas aussi cher et aussi appréciable que celui qui orna jamais le iront d'un monarque? Quel est l'homme qui ne contemple pas l'honneur de sa famille descendant de père en fils, avec la même vénération et le même attachement avec lesquels il contemplerait l'honneur de la couronne passant des mains du titulaire à ses futures successeurs ? Vous connaissez tous la loyauté de l'Anglais pour son gouvernement. La peinture la plus forte qui pourrait être faite de l'allégeance serait d'exprimer la loyauté d'un sujet anglais envers son souverain. Si

un semblable attachement peut exister entre les individus et le gouvernement qu'ils subissent, combien fort doit être l'attachement qui existe entre les membres d'une même famille ! Que la même inviolabilité qui entoure la reine d'une nation s'attache aussi à la reine de chaque famille.

Les légitimes enfants d'un homme devront-ils co-habiter en la compagnie des monuments vivants de l'inconstance de sa femme ? Le fruit des lombes d'un autre homme partage ra-t-il votre patrimoine avec vos légitimes enfants?

Toutes les portes vont-elles s'ouvrir à l'adultère ? Les trônes et les couronnes ne nous appartenant pas par droit de naissance, que l'égide de la loi entoure la demeure de chaque famille. Cocu !

Qui voudrait vivre pour voir ce mot affiché sur son dos ? Quel est l'homme si rude qu'il puisse marcher au milieu de ses semblables et souffrir l'idée que quelqu'un se moque et rit secrètement de lui, parce qu'il connaît l'inconstance de sa femme , si toutefois il n'en jouit pas. Que reste-t-il à faire au mari, dans le moment de sa colère et de son désespoir ? L'alternative est ou de s'ôter violemment la vie et de laisser le champ libre au séducteur de sa femme, ou de prendre la vie de celui qui l'ajustement forfaite. Rappelez- vous que nous fûmes faits à l'image de Dieu. L'homme fut fait pour marcher droit sur la terre, et quand son cerveau reçut le souffle de l'immortalité, il fut investi de cette dignité de caractère, de cet instinct de la protection qui lui apprirent que son Dieu veille à la défense de cette dignité, même au sacrifice de sa vie ou de celle de son voisin.

Cela m'amène à la dernière considération de cette proposition — quel fut l'effet des règles légales qui réduisirent à l'homicide simple l'action de tuer, dans de telles circonstances ? De la rendre équivalente à un acquittement, et je me propose de démontrer que la règle de la commune qui qualifia d'homicide un tel acte, déclare que ce n'est pas une offense ou que c'est une si légère offense qu'elle ne mérite pas de châtiment. — L'orateur prétend ensuite que vu J'extinction de la forme du châtiment connue dans la loi commune comme \e privilegiwn rh-ricalc, par lequel un mari cou-

PROCÈS STGKLES

vainc» de l'homicide d'Un adultère était marqué d'une légère brûlure à la main, et le statut n'y ayant rien substitué.il n'y a aucune autre ligne de conduite à adopter que l'acquittement de la personne traduite en justice sous de semblables circonstances. — licite Blackstone, vol. 4, p. 364 et 375, et Foster, p. 288.

L'orateur est ainsi amené à sa sixième proposition : Jusqu'à quel point la provocation reçue par le défendeur agit sur son esprit ou l'affecta, relativement à la prétention de l'exonérer de toute conséquence légale provenant de l'action de tuer ; si, tant que dura l'influence de la provocation, le défendeur en fut aliéné ; si cette provocation n'opéra pas un état d'insanité mentale suffisant pour laver de toute criminalité l'acte prétendu du défendeur, en supposant que l'acte fut immédiatement et directement occasionné par la provocation. En d'autres mots,si le présent cas est pardonnable on excusable pour raison d'insanité d'esprit, ou s'il est le résultat de la lascivité et d'une passion ingouvernable ; si le défendeur, n'étant pas à blâmer pour la provocation, la colère et ses résultats, peut être tenu coupable de crime? Cela, messieurs du jury, est regardé comme l'un des points les plus importants dans cette poursuite. Nous prétendons dire, non pas que M. Sickles était en état d'insanité en conséquence d'une maladie mentale permanente, mais que la condition de son esprit, lors de la commission de l'acte en question, était telle qu'il n'est pas légalement coupable, pas plus que l'état de son esprit a été le résultat d'une maladie mentale. En d'autres mots, la proposition que nous arguons devant le jury est celle-ci :

Il n'importe aucunement de quelle manière un homme devient aliéné ; estil aliéné, c'est-là la question. Que cela résulte d'une maladie d'esprit ou de corps ou d'une provocation, c'est parfaitement immatériel, et les privilèges de l'irresponsabilité appartiennent autant à n'importe lequel de ces cas. La maladie est le plus mystérieux visiteur. Nous avons souvent vu des personnes prises d'un accès de maladie sans qu'elles en eussent reçu aucun avertissement ; ainsi est constitué l'esprit humain. Une transition soudaine détruit l'équilibre du

corps ; il en est précisément de même de l'esprit — la réaction est aussi forte sur l'esprit que sur le corps.

Sous l'ancienne loi, la doctrine de l'insanité était fondée sur une base étroite. Il en réfère à Haie, vol. I, p. 30, pour montrer la difficulté qu'on avait à définir l'insanité de l'esprit. Nous nions que ce cas présente un exemple de passion incontrôlable, car ces termes impliquent une passion disproportionnée à la provocation. Je réfère de nouveau au procès de Mawbridge à ce sujet. — La poursuite peut vous représenter le présent cas comme le fait d'une passion ingouvernable du caractère de M. Sickles, mais nous pouvons dire que nous vous avons démontré que la provocation la plus forte qu'un homme puisse recevoir est la pollution de sa femme ; et le jury a dû entendre les opinions des savants juristes sur la question de la provocation. Quelle hypocrisie serait-ce que de permettre qu'un homme qui en tue un autre sous le coup d'une passion excitée par un langage outrageant soit placé sur le même pied qu'un homme qui tue le séducteur de sa femme ; et cependant la loi commune regarde le premier cas comme une provocation et réduit l'acte de tuer à l'offense d'homicide simple (manslaughter.)

La loi anglaise était une loi très incertaine à cet égard ; elle a fluctué considérablement. — L'orateur cite plusieurs autorités sur ce point — entr'autres le procès de Chetwynd, celui de Foster, etc. La défense peut concéder à cet égard que la vie ôtée de sang-froid, ou sous l'influence d'une excitation qui ne proviendrait pas d'une provocation équivalante, est un acte criminel. Mais comment cela affecte-t-il le cas de M. Sickles ? Il n'a pas agi de sang-froid. S'il en a été ainsi, il est plus ou moins qu'humain. Il savait, lorsqu'il rencontra M. Key dans l'après-midi en question, que lui,M.Key, était près de sa demeure afin de se préparer un rendez-vous avec sa femme, il savait que M. Key avait loué une maison tout près de la sienne, où pour la satisfaction de sa passion animale, il avait pollué sa femme ; il savait que M. Key, s'aidant de la position particulière d'un parc et d'une maison de club et d'une lunette d'opéra, pouvait, à aucune distance de sa demeure, facilement voir

t>ROCÈS SICKLES

s'il était prudent pour lui d'en approcher. Cela doit être bien considéré.

M. Key loua cette maison dans une partie de la ville où il savait qu'aucun témoin ne se présenterait contre loi; il loua cette maison, si je comprends bien, dans une partie de votre ville exclusivement habitée par des noirs, supposant, grâce à ses connaissances légales,que des faits vus par ces gens n'étaient pas vus du tout. Il résonnait sur la parfaite impunité de son offense. Il se servait de ce park qui se trouve situé entre la maison du club et la demeure de M. Sickles, et quand il n'était pas prudent d'être vu dans \e parle, il pouvait être trouvé à la maison du club, où il avait accès à toute heure, regardant par les fenêtres, avec l'aide de sa lunette d'opéra, jusqu'au centre même du cercle domestique de M. Sickles.

Toutes les armes dont M. Key avait besoin comme adultère, il les avait dans l'après-midi du fatal événement. Il n'avait pas besoin d'un àcringer pour arriver à son but, quoiqu'il n'y ait aucune preuve devant vous qui démontre que M. Key n'était pas armé dans ce fatal après-midi. Une des prétentions de k défense sera qu'il était dans l'habitude de porter des armes sur lui. Il n'y a rien qui prouve qu'il n'eu avait pas dans l'après-midi en question. Il était sans doute pourvu de tout ce qui était nécessaire à la protection de sa vie, dans le cas où il aurait été découvert. Dans tous les cas, il était pourvu de tout ce qui lui était nécessaire pour l'aider dans l'accomplissement de ses intentions adultères, savoir, son mouchoir et sa lunette d'opéra.

M. Sickles savait que M, Key avait loué cette maison ; il savait que M.. Key était dans l'habitude de porter sa lunette d'opéra et de se servir de ce pfark situé entre le club et sa demeure ; il savait que M. Key était dans l'habitude de se réfugier dans ce club quand il n'était pas prudent pour lui d'en être en dehors ; il savait que M. Key y avait été constamment vu et qu'il s'y tenait ainsi afin de faire des rendez- vous avec sa femme : d'un autre côté, il ne savait, aucunement que M, Key s'y en allait dans l'après-midi de la rencontre et.

dans quel but il s'y rendait.

Dans quel état sou esprit devait ii l>

alors être? M. Pickles n'avait pas invité M. Key à cet endroit ; il ne savait pas qu'il devait s'y trouver dans ce fatal après-midi : l'y voir ïut le résultat d'un accident ; mais lorsque ses yeux l'apperçurent par hasard, les faits qu'il connaissait déjà frappèrent immédiatement son esprit, et sous l'effet du transport que cette,pen3ée excita en lui, il consomma l'acte que vous connaissez. D'autres témoignages seront donnés sur ce point ; mais j'en parie maintenant afin que vous puissiez apprécier cette partie de la preuve qui concerne le motif ou la cause de îa condition mentale dans laquelle M. Sickles devait être dans ce moment.

M. Sickles a-t-iî pu agir de sang-froid, sous de pareilles cireoi^taiiees? Connaissant ce qu'il avait appris touchant M. Key, lui était-il passible de îe voir, même accidentellement, et de conserver son équanimité ? Et s'il était excité, était-ce un cas de passion injustement excitée ? S'il s'est trouvé dans un état d'extrême excitation, cette passion était elle excitée à un trop haut degré chez un homme qui voyait devant lui îe séducteur insatiable- et endurci ûe sa femme ?

M. Key ne succomba pas à la tentation dans un moment d'erreur. Ce ne fut pas dans un accès subit qu-'il sesïiîla. îa femme de son ami. Il choisit une maison spacieuse, séparée de la demeure de celui-ci,, dans le but d'eâèetuer en sécurité son coupable projet. Malgré qu'il ait quitté !p* scène dès vivante,, et quoiqu'il ait droit ârèîre rappelé à v souvenir avec bienveillance,, t£uan«$ ou le faii gratuitement, cependant,, en autant que ce procès; le comporte., ses jantes doivent être montrées sons les couleurs qui tofeiè leur gravité.

M . Sickles ava < ï ■ 2 eanser

sa propre passion ? S'il aurait été sens l'influence des liqueurs ; s'il avait provoqué M. Key et qro3 eût fckaris été provoqué par eehfci-dr, le cas se présenterait différemment, La jfwrccatîoia fat entièrement causée par M. K.ey;» parce*, qn'il avait souillé la femme de son ami et essayé de lui cacher sa» fente. Intention est i'ârne du erime. Ce doit ctw ou. une intention eaîroc et froide intention passionnée: ma is f|aand Fes-

prit est dan?

PROCES SICKLES

incapable de passion, et la nature humaine est dépouillée de sa partie immortelle, et l'homme est aussi soumis aux impulsions qui le poussent que si tout son pouvoir était dans sa simple structure physique.

Nous maintenons donc à ce sujet que M. Sickles, au moment de l'événement, était tellement sous le contrôle d'un accès de frénésie qu'il n'est pas responsable de son action. L'orateur cite lord Ersksine au sujet des différentes causes qui peuvent produire une partielle aliénation intellectuelle. Il y a deux espèces de folie — intellectuelle et morale ; il prétend que M. Sickles a agi sous l'influence de la folie morale. Il cite la Jurisprudence Médicale de Deane, p.

488 et 510. Il nie et repousse dédaigneusement l'idée que M. Sickles était dans un simple état d'excitation. Il doit avoir été immédiatement transporté lorsqu'il vit l'homme qui l'avait lésé, sachant qu'il rôdait dans les environs de sa maison pour y imprimer la trace de ses souillures. La proposition de la défense, dit-il, est la suivante : si la provocation reçue du défunt fut d'une nature aussi grave que celle mentionnée dans la loi, et si, en conséquence, le défendeur était dans une faiblesse mentale, en raison de l'influence de cette provocation, telle que celle qui serait le résultat d'un mal intellectuel qui exonérerait de la responsabilité de l'action qu'il a commise, il devait en être également irresponsable sous les circonstances du présent cas.

Le point cardinal est celui-ci : le défunt était-il en paix avec Dieu et les Etats-Unis quand il fut tué, et M. Sickles fut-il poussé et séduit par l'esprit du mal quand il le tua. Tel sont les termes de l'acte d'accusation. Rappelez-vous que si vous le déclarez coupable, suivant cet acte d'accusation, vous déclarez que Satan le poussait, et qu'il n'a pas agi suivant les nobles impulsions de sa nature. Quel verdict atroce serait-ce de déclarer, sous le serment d'un jury, que, quand Philip Barton Key reçut la mort, il était dans la paix de son Dieu et de la société, lorsque le fait est patent qu'il remplissait alors l'œuvre de l'adultère, et que Daniel E. Sickles, le mari outragé et injurié, lorsqu'il le tua sous l'effet de la provocation reçue, au lieu

de céder à des instincts auxquels il ne pouvait résister, fut tenté et poussé par l'esprit du mal ! Tel est, cependant, le verdict que la poursuite vous demande de rendre contre le défendeur.

Ce langage n'est pas figuré, car s'il n'a pas été guidé par l'esprit du mal, il n'a pas commis de crime. S'il s'est laissé entraîner par les instincts dont son créateur l'a investi, il a cédé au contrôle de la plus élevée des influences, influence à laquelle il n'a pu résister. S'il n'a pas à répondre d'autres crimes que celui-là devant le tribunal du grand jugement, certes, son expiation sera légère.

L'heure de l'ajournement étant arrivée, l'orateur suspendit son argumentation.

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