‹ Proces de l'Hon. Daniel E. Sickles accuse du meurtre de Philip Barton Key Procureur du district de Colombia a WashingtonChapitre 8 sur 24 · SEPTIEME JOUR · texte numérisé non relu

SEPTIEME JOUR

Lundi, 11 avril 1859.

La cour s'ouvrit à l'heure ordinaire.

M. Graham continua en ces termes l'adresse au jury qui avait rempli la séance de la veille :

L'accomplissement du devoir qui lui a été dévolu arrivera bientôt à son terme. Si aucune autre raison ne l'en avertissait, son épuisement en serait une raison suffisante. L'intérêt qu'il ressent pour le prisonnier doit l'excuser de la tâche qu'il a imposée à la cour et au jury. Il récapitulera brièvement les arguments qu'il a soumis. Il a démontré que la loi humaine n'atteignait pas tous les délits ; que cette omission à l'égard d'une offense particulière devait simplement nous rejeter sur nos propres instincts, réglés par la loi naturelle. Il a prétendu qu'à l'égard des rapports entre le mari et la femme, le parent et l'enfant, la nature avait institué des devoirs pour leur protection qu'il n'était nonseulement pas criminel d'exécuter, mais que nous étions obligés de remplir. Il a prétendu que l'invitation d'un ami ou d'un voisin à jouir de l'hospitalité, impliquait la condition de la part de celui-ci, que toute convoitise et toute souillure à l'égard de la femme ou de la fille de celui-là seraient réprimées par l'hôte et bannies de son cœur, et que de s'y rendre sous le déguisement d'un ami, lorsque dans son cœur on est son ennemi, constituait un abus de la permission accordée. Il a aussi prétendu que la

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femme consente elle-même à livrer sa chasteté ou non, les droits du mari sont toujours les mêmes à l'égard du séducteur ou du ravisseur ; que, moralement parlant, la femme était la propriété du mari, et qu'elle ne possédait, au préjudice de ce dernier, aucun droit sur sa personne qui lui permette d'en disposer en faveur d'un autre.

Il a alors examiné comment la Bible et la loi commune considéraient l'adultère. Puisque la Bible déclare que l'adultère est un si grand crime, on doit supposer que notre esprit est revêtu de la même perception, — en d'autres termes, que le Tout-Puissant représentant l'adultère comme une offense aussi grave, il doit nous avoir investi de la qualité d'esprit nécessaire pour nous le faire considérer sous les mêmes couleurs avec lesquelles il le représente lui-même. De la manière dont je comprends la loi de tout raisonnement, je dois maintenir que tout pouvoir qui crée le devoir donne la capacité de le comprendre et de l'apprécier. — L'orateur réfère à ce qu'ont dit les anciens juges : que la jalousie est la rage la plus forte de l'homme et l'adultère la provocation la plus sensible qu'il puisse recevoir. Touchant la criminalité de l'acte de M. Sickles, il croit que labase de toute responsabilité consiste en la possession de cette somme de raison qui rend un homme capable de voir le droit chemin et lui donne la volonté nécessaire pour le suivre. L'intention ou la volonté est le principe qui donne la vie au crime. Il est impossible de séparer l'intention du corpus delicti, ou du corps de l'offense.

Quoiqu'un être humain ait été tué dans le présent cas, il n'y a pas eu cette volonté ou cette intention chez l'auteur de l'acte qui, autrement, le rendrait comptable à la justice criminelle. Il importe peu de quelle manière l'insanité de l'esprit a été produit, pourvu qu'elle l'ait été.

M. Sickles n'a pas été partie à la cause de la provocation qui a agi sur lui. Il est parfaitement étranger à la conduite de l'adultère. Il n'y a jamais connivé, et la première intimation qu'il en eut fut le motif dominant qui l'induisit à commettre l'acte pour lequel il a été mis en accusation. Il a démontré que toutes les fois que l'insanité mentale était

alléguée, le jury devait alors s'assurer si la cause de l'insanité mentale était suffisante pour la produire. Cette question est déjà venue devant le juge maintenant sur le banc. Il réfère aux directions données au jury par le juge Crawford dans le procès des Etats-Unis contre John Day. Le défendeur, clans ce dernier cas, était accusé d'avoir tué sa femme. La défense se fondait sur l'insanité, la cause de l'acte provenant de la mortification éprouvée par le prisonnier parce que sa femme avait donné naissance à un enfant, trois mois après son mariage. Le juge déclara que si le fait de la naissance de l'enfant et les impressions causées par cet événement sur l'esprit de l'accusé avaient été d'une telle intensité que son esprit en était devenu troublé ; et si, dans ces paroxysmes de colère, sa faculté de discerner avait été détruite ou suspendue, et qu'il avait commis l'acte dont il était accusé, il n'était pas coupable de meurtre ; en d'autres termes, si la honte avait agi sur lui au point que son esprit en fût troublé, il n'était pas coupable de meurtre. La honte ne fut que l'une des émotions dont l'esprit de M.

Sickles avait refoulé ; c'est la loi que la défense désire enjoindre à ce jury.

Il réfère aussi à l'opinion de son honneur, lors du second procès de Day, et particulièrement à ce passage : "Le jury doit savoir que la honte causée par la naissance d'un enfant, sous de semblables circonstances, ne peut pas être comparée à la mortification et à la honte d'un homme dont la femme a été déflorée." Le juge déclara, dans ce cas, que si une certaine condition mentale avait été produite par quelque cause prédisposante, le prisonnier n'était pas responsable de son acte. Il réfère aussi à la décision du juge dans le procès de Jarbœ, accusé de meurtre pour avoir tué le séducteur de sa sœur. Rendu furieux par la conduite du séducteur, il le tua sur le lieu même. Le savant juge dit alors que les faits établis constituaient le crime de meurtre, mais que l'état mental du prisonnier était un sujet de considération pour le jury. D'après ces instructions le jury déclara que le frère était excusable. Nous demandons si un frère, qui entreprend volontairement de redresser les torts de sa sœur, est exo-

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néré par le verdict d'un j ury des conséquences de son action parce que la provocation était telle qu'il n'a pu la supporter, sur quel principe peut-on établir une différence ou une distinction touchant le cas d'un mari intervenant pour venger l'outrage porté à ses relations conjugales ?

La question que le jury doit considérer est celle de savoir jusqu'à quel point l'esprit du défendeur a coïncidé avec l'épreuve subie, dans la perpétration de l'acte. Vous pouvez répondre à cette question comme époux et comme pères.

Nous n'avons besoin d'aucun, livre humain pour vous instruire des affections dont l'esprit humain est doué ; c'est un sujet dont vous pouvez tout aussi bien disposer, dans le verdict que vous rendrez, avec les bons sentiments innés en vous, que vous pourriez en disposer avec toutes les lumières que je pourrais vous donner pour l'éclaircir. Il vous appartient de juger de l'accès de frénésie dont fut pris M. Sickles au moment où il rencontra M. Key, sous les circonstances qui causèrent la mort de celuici, car rappelez-vous-le qu'il n'y avait rien de délibéré de la part de M. Sickles, dans cette rencontre. Si M. Sickles lui avait tendu un piège, s'il avait invité M. Key à cet endroit, afin de pouvoir lui-même s'y rendre armé, dans le but de le tuer, tel que la poursuite l'a représenté, alors il pourrait y avoir dans le présent cas quelque chose de propre à nous effrayer. Mais il n'en est rien. Lorsque Key était dans les environs de la demeure de M. Sickles il obéissait à ses inclinations aussi méchantes qu'impies et mauvaises. La férocité de cette attaque, telle que la poursuite l'a représentée , le caractère meurtrier même qu'elle a essayé de lui prêter, démontrent de la manière la plus évidente quelle était la condition mentale qui le poussait à la perpétration de cet acte. C'est un fait significatif. M. Sickles rencontra M. Key sans nullement s'y attendre. Il le rencontra aussi accidentellement que s'il avait rencontré une personne qui iui eût été parfaitement étrangère, et la férocité même avec laquelle les témoins disent qu'il fonça sur M. Key et le tua, est une preuve de l'irrésistible impulsion qui le poussait, et à laquelle il lui .était impossible d'opposer aucune résis-

tance. Il n'y a donc rien qui puisse avoir été délibéré dans le présent cas. La férocité de l'assaut, telle que peinte par les témoignages, est le fait même sur lequel , pardessus tous les autres, je m'appuierais pour montrer l'état frénétique de l'esprit de l'homme qui fut l'auteur de cet acte. Ainsi que je l'ai déjà dit, la douleur, le désespoir et la vengeance sont tous des sentiments excités par une telle provocation, sans qu'aucun ne puisse être retracé particulièrement, mais chacun d'eux soulevant tous ces éléments de l'esprit dans la lutte engagée pour la suprématie.

Sous ces circonstances le jury pourrat-il déclarer que la raison exerçait sa puissance au milieu d'un tel combat de passions , tandis qu'il était impossible que l'oreille de son esprit pût donner audience à la raison ou à la conscience ? Il réfère la cour au procès du major Robert Owersley, 17, State Trials, et de la reine contre Fisher, pour illustre/- le présent cas. Le temps ne peut être un agent de refroidissement ; jamais le temps ne pourra opérer ainsi durant la durée d'une vie humaine : aussi souvent que le souvenir rappelera sa femme à son esprit, son exaltation s'enflammera dans toute sa force. Il réfère au procès qui eut lieu, en Angleterre, d'un homme qui en avait tué un autre parce qu'il s'était rendu coupable de sodomie — crime d'un caractère si horrible qu'il ne devait pas être mentionné au milieu d'une société chrétienne ; le jeune homme, âgé de quatorze ou quinze ans, céda à la convoitise impie d'un infâme ; le père, apprenant le crime, le pourchassa et le poursuivit pendant toute une nuit, et l'ayant atteint, le tua délibérément. Aucun jury peut-il déclarer que ce cas comportait des sentiments de pureté semblables à ceux qui s'attachent à une femme ? II est de l'essence de la nature humaine d'aimer la femme avec une tendresse qui ne s'identifie avec aucune autre passion. C'est la plus enthousiaste, la plus ardente passion qui entoure la femme et c'est celle qui lui donne droit à la protection. Plus l'offense est considérée, plus elle exalte. Quoique le père eût tué délibérément l'homme qui avait perpétré cet horrible crime, et malgré que le juge enjoignit au jury de le convaincre de meurtre, néanmoins, en face

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de la loi, le jury ne le déclara cou pable que d'homicide simple. Ou pourrait faire un parallèle entre les deux cas. Dans le premier, le père, après avoir poursuivi l'offenseur durant une nuit entière, exécute la vengeance. Dans celui-ci la conduite adultère de M. Key se présente à l'esprit de M. Sickles au moment où il le rencontre ; en un instant sa détermination est prise; — et parce que le mari injurié le tue immédiatement, il est mis en accusation comme un criminel ! M. Sickles, n'a pas eu le temps de manifester, comme ce père auquel je viens de faire allusion, aucun de ces indices d'insanité mentale tels que ceux qui sont causés par des offenses de ce genre ; il ne peut appeler de témoins, pour prouver l'exaltation dans laquelle il était lorsqu'il commit l'acte; mais je puis dire que, dans la condition mentale que de telles circonstances peuvent produire naturellement, M. Sickles commit l'acte pour lequel on voudrait le priver de son existence.

Maintenant, messieurs , mie briève narration du cas actuel, et je vous le soumettrai, en autant que le soin de la défense me concerne. Demandons-nous quelles ont été les parties clans ces événements'? Ainsi que je l'ai déjà dit, je ne veux pas manquer de générosité à l'égard de M. Key ; j'exposerai les faits devant vous, et je les laisserai vous parler pour eux-mêmes comme l'humanité parle toujours sous de semblables circonstances. M. Key était un homme âgé d'environ quarante ans, suis-je informé ; il avait été marié, et, dans le temps même dont il est question, il avait journellement sous les yeux les monuments de cette alliance sacrée qui l'avertissaient de l'odieux de sa conduite ; il avait lui-même contracté le vœu conjugal, il en connaissait la solennité ; il pouvait se dire à lui-même ce qu'il aurait ressenti si sa couche avait été violée, et il pouvait facilement concevoir ce qu'il aurait fait s'il avait découvert l'auteur de son abaissement. Sa profession, de plus, aurait dû imprimer quelque gravité à son caractère.

Il existe des occupations auxquelles la frivolité de la nature humaine doit être étrangère. S'il y a une profession dans ce monde, à part celle de la chaire qui, si je puis ainsi parier, peut et doit

sanctifier la nature humaine, et lui communiquer une gravité qui n'est pas son apanage naturel, c'est la profession à laquelle j'appartiens Le but de notre profession est d'étudier les droits des autres hommes, et de les laire observer. Le premier des devoirs qui nous sont dévolus, et le dernier dont nous puissions nous exempter, est l'étude des relations sociales et personnelles de l'homme ; l'étude des devoirs qui se rattachent à ces rapports est la première charge et la principale affaire de notre profession ; consequemment l'avocat, pardessus tous les autres hommes, devant aucun tribunal, qu'il soit érigé audessus de l'arche céleste ou sur la surface de la terre , l'avocat , dis-je , doit s'attendre à la considération la moins charitable.

De plus, quelle était sa position ? Il était l'officier public de ce district. Il avait été choisi pour veiller à la cause de la moralité et de la décence publiques. Il devait voir à ce que vos maisons fussent protégées contre les séducteurs, les adultères, et toutes les autres espèces de criminels; Qt, cependant, il se drappe du manteau de l'hypocrisie, vient dans cette coin,' et poursuit, avec un succès presqu'incomparable,les pauvres êtres qui traînent avec peine leur existence sur la surface de la terre, tandis que lui-même, homme mûri dans le crime, circule au milieu de cette société, non-seulement impuni, mais pas même prévenu. Tel est donc le caractère de cet adidtère. Est-il un seul mot en cela qui ne soit pas vrai 1 Quelle est la femme avec laquelle il a commis l'adultère ? Elle est assez jeune pour être sa fille. Je ne connais pas ses disposisitions ; mais en raisonnant d'après ses années et la connaissance que nous avons de la conformation mentale de la femme, ce n'est pas trop de supposer que la frivolité, qui est le lot de la femme à cet âge, était son défaut ; qu'elle était susceptible d'être flattée et de recevoir les attentions des hommes, attentions qu'elle regardait comme autant d'offrandes faites à l'éclat de sa beauté.

A cette période de sa vie, le vœu du mariage ne s'était pas imprimé à son esprit dans toute sa gravité ; elle ne se rendait pas compte des termes d'après lesquels elle s'était livrée, corps *>,t âme.

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à la possession et au contrôle de son mari. S'il fut jamais un cas où l'homme fût tenté par une femme, il aurait dû imiter l'exemple de Joseph, qui laissa son vêtement entre les mains de la femme de Putiphar. Le présent cas est un de ceux qui, pardessus tous les autres, dénote que cet homme succomba à l'empire de ses convoitises ; car, autrement, il aurait dû laisser après lui quelque preuve qui aurait pu rejeter sur la iëmme la plus grande partie du blâme.

Quel est le mari, dans le présent cas 1 C'est un homme qui n'a pas toute-fait le même âge que M. Key ; il était connu dans votre ville comme l'un des membres des conseils de la nation ; il est de la grande métropole commerciale d*3 ce continent, de cette cité que toutes les parties de l'Union regardent avec orgueil, et qui, nonobstant les choses reprochables qu'on puisse lui imputer, est considéré par tout esprit américain comme la première cité de l'Union ; il remplissait ici son devoir; et afin de vous montrer la confiance qu'il a dans la protection qui lui a été garantie par les lois de votre* district, en y amenant sa femme et son enfant, il s'en est remis à vous et aux lois de ce district pour le soin de sa protection.

Maintenant, quelle était la nature des relations qui existaient entre M. Key et M. Sickles. Nous avons vu ce qu'elles étaient. Pour ce qui concernait M.

Sickles, ellesétaient celles d'une amitié sincère. De la part de M. Key, elles étaient d'une amitié prétendue et avouée. Il est dit dans le Psalmiste : " si c'eût été un ennemi qui m'eût attaqué, alors j'aurais pu le supporter ; ce n'était non plus celui qui me haïssait qui se leva contre moi, car alors je me serais caché de lui ; mais ce fut toi, mon égal, mon guide et mon ami ; nous nous donnions de doux conseils et entrions ensemble dans la maison du Seigneur." Le tort d'un étranger peut être supporté avec patience, mais la perfidie d'un ami est intolérable.

Nous allons vous démontrer , messieurs, que M. Sickles avait intercédé pour faire nommer M. Key à l'office que sa vie privée a dégradée ; que toute l'influence qu'il a pu employer pour lui assurer la haute position d'officier public à la barre de cette cour fut mise

dans la balance, afin de l'aider à atteindre le but de son ambition. Nous allons vous faire voir que M. Sickles lui envoya des clients particuliers ; et nous vous montrerons aussi que M. Sickles ayant eu lui-même besoin de services professionnels, se servit de ce M. Key et l'opposa à ce savant confrère, l'un des avocats de la présente poursuite.

Ainsi, il y avait non-seulement entr'eux des relations amicales, mais même professionnelles ; et l'homme qui penserait, sous de semblables circonstances, à en compromettre un autre, serait descendu dans les plus noires profondeurs de l'avilissement.

M. Key prétendait qu'il était en mauvaise santé ; je dis qu'il le prétendait, parce que, tout en n'ayant pas la force de remplir les devoirs qui l'appelaient ici, il en avait assez cependant pour accomplir ses desseins à l'égard de la femme de son voisin. S'il avait dirigé d'un autre côté les efforts physiques qu'il mettait à l'accomplissement de l'œuvre adultère, il aurait été aussi compétent physiquement qu'il l'était mentalement, à exécuter les devoirs qui lui étaient dévolus. Mais, tandis qu'il n'avait pas assez de force pour se rendre aux exigences de son devoir, il en avait assez pour soutenir ailleurs les efforts de la virilité. Il devint un habitué de la maison de M. Sickles. Ces relations datent, je le crois, de pas moins de six années.

M. Sickles est dans la vie publique ; il était forcé de s'en remettre à la pureté de sa femme, étant souvent obligé de s'absenter de la demeure de sa famille pour de longs intervalles de temps et d'abandonner la garde et la protection de sa femme à sa propre chasteté. M. Key prend les dehors d'un ami et fait parade de ces égards que la galanterie semble ordinairement motiver, mais qui, dans cette occasion, furent la base sur laquelle l'adultère chercha à établir son pouvoir destructif.

Nous vous ferons voir que, dès le 26 mnrs, 1858, il était rumeur que M. Key déshonorait le défendeur ; M. Sickles le mande chez lui ; lui, Key, s'en remet à son honueur comme un homme ; il nie la vérité de l'accusation ; il demande le nom de son auteur, et il envoie des billets à celui-ci et à celui-là; et, incapa-

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ble de découvrir l'auteur de ce qu'il prétend être une calomnie, il écrit alors à M. Sickles , qualifiant l'accusation d'être une ridicule et dégoûtante calomnie ; et cependant, nous vous montrerons que si l'intimité n'existait pas encore lorsqu'il écrivit cette lettre , elle existait dans tous les cas peu de jours après.

Eh bien ! messieurs, voyez la fourberie de ce M. Key : il sent combien il est vil. Accusé de desseins pervers à l'égard de M. Sickles, il dit : " C'est le plus grand affront qui puisse m'êtrefait, et, quelqu'en soit l'auteur, il doit me rencontrer sur le terrain de l'honneur, au bout du pistolet." Il supprime toute communication sociale avec M. Sickles ; et ce fut la raison pour laquelle, pour une période de pas moins d'une année, quoiqu'il pratiquât journellement, nul doute, la fourberie contre son ami, jusqu'à ce que les conséquences l'en rendirent la victime, comme je vais le faire voir dans un instant, — ce fut la raison pour laquelle, dis-je, M. Sickles n'eut jamais aucun soupçon contre lui. Nous vous démontrerons que de ce moment jusqu'au 24 février 1859, les rapports de M. Sickles et de M. Key furent parfaitement amicaux, et que M. Sickles lui manifesta sa confiance habituelle.

Le 10 février, deux jours avant sa mort, M. Key dîne avec d'autres personnes à la demeure de M. Sickles ; il n'y a amené que sa sœur ; oui, il amène sa sœur à la maison de celle qu'il a prostituée — car c'est la seule expression qui puisse être appliquée à la femme qui trahit son mari — il accompagne effectivement sa propre sœur à la maison de la femme avec laquelle il cultivait cette odieuse intimité. Est-il un frère qui voudrait, avec calme et sangfroid, conduire sa sœur dans une semblable atmosphère pour en faire la compagne de la femme avec laquelle il cultiverait une intimité illicite, quelle que fût la position de Mme Sickles aux yeux du monde?

Le jeudi avant la mort de M. Key, M. Sickles donnait, chez lui, un autre dîner. M. Key n'y est pas invité ; il n'y est pas. Après le dîner, Mme Sickles accompagne quelques amis à un parti de plaisir, à l'hôtel Williard ; M. Sickles y arrive après elle \ quand jl entre

dans la salle, il trouve M. Key assis à côté d'elle. Aussitôt que M. Key l'apperçoit, il quitte subitement cette femme. Il n'y avait que son sens intime d'avilissement qui pouvait le décider à se séparer de la femme de M. Sickles. M.

Sickles retourne chez lui ; au nombre des lettres qu'il a reçues ce jour-là, il trouve un billet anonyme, qui fut l'origine de la triste découverte et qui sera mis devant vous comme faisant partie de la preuve de la défense. La substance de cette lettre est que M. Key et Mme Sickles sont dans l'habitude de se rencontrer dans une maison située sur la 15e rue, entre les rues II et L ; que M. Key a loué cette maison dans ce but, et qu'il y obtient autant de la personne de Mme Sickles que M. Sickles luimême.

Le caractère de M. Sickles ne lui aurait jamais permis de se fier à une lettre auonyme, formulée tel qu'elles le sont ordinairement ; c'est un homme d'un noble caractère ; il aurait regardé la lettre avec mépris. Mais cette lettre est tellement circonstancielle , elle entre tant dans les détails — car elle indique même où est située cette maison — et respire tant de bonne foi, qu'il ne put s'empêcher de croire qu'il y avait sujet à investigations ; il ne douta plus que de l'identité des personnes qui visitaient cette maison. Il découvre qu'il y a une maison à l'endroit indiqué ; que M. Key a loué cette maison, et qu'il est dans l'habitude de s'y rendre avec une femme, mais que celle-ci s'y rend plus souvent seule, avant ou après lui. Alors la seule question qui lui reste à résoudre est de savoir si cette personne est sa femme.

Eh bien, messieurs, remarquez encore la fourberie de ce M. Key en choisissant cette maison. Il était nécessaire pour lui qu'elle se trouvât située dans un endroit retiré, ou au moins dans une section de cette cité où des témoins ne se lèveraient pas contre lui, et suffisamment près de la maison de M. Sickles pour pouvoir satisfaire ses convoitises aussi souvent qu'il le désirait ; c'est pour cela qu'il choisit cet endroit de votre ville qui est habitée presqu'exclusivement par des noirs.

Si ce n'était la presqu'impossibilité où nous sommes mis par la loi de nous servir de ce genre de témoignage, Pin-

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ru mie de M. Key se déroulerait devant vous d'une manière à vous dégoûter ; la preuve est suffisante, néanmoins, pour parer à cette incapacité dans laquelle nous sommes, et pour l'identifier comme i'.iuteur de toutes ces misères, de toutes ces disgrâces. — Le jour suivant, M.

Sickles prie M. Woolridge de s'enquérir de l'identité de la personne qui accompagnait M. Key à la maison en question ; M. Woolridge se rend dans le voisinage de la 15e rue, et obtient la permission des personnes habitant la maison opposée, d'occuper une chambre chez eux, le lendemain. Il s'y rend donc, et il y apprend que cette personne a été vue le jeudi, dans la maison louée par M. Key. Il informe M. Sickles de cela, et le jeudi suivant il retourne à son poste et surveille la maison durant cinq ou six heures, mais, ne découvrant rien, il se rend à sa maison de pension, où il apprend que M. McCloss- Key était venu avec une lettre pour lui. Il était encore à sa maison de pension lorsque M. McClossKey y retourne et lui remet une lettre. Dans cette lettre M.

Sickles, ne voulant pas encore croire à la culpabilité de sa femme, lui dit d'être excessivement délicat dans ses perquisitions, car il a raison de croire que sa femme est innocente. Aussitôt après la réception de ce billet, il se rend au Capitol et voit M. Sickles ; il se trouve dans la nécessité de désabuser l'esprit de M. Sickles et de détruire l'espoir qui lui restait touchant la fidélité de sa femme. Il dit à M. Sickles que tandis qu'il était dans la maison située vis-à-vis celle de M. Key, le samedi, il avait appris que la dernière fois que la personne en question s'y était rendue, avec M. Key, c'était le mercredi et non pas le jeudi. Sans doute que M. Sickles s'étant ainsi convaincu que sa femme n'était pas allée dans cette maison, le jeudi précédent, et apprenant le véritable jour où elle y avait été, sans doute qu'il perdit toute sa confiance ; il se trouva ainsi convaincu que cette personne était sa femme. M. Woolridge lui décrivit les vêtements que portait la personne qui avait accompagné M. Key à l'occasion de sa dernière visite, et M. Sickles reconnut immédiatement que ces vêtements, tels que décrits, étaient ceux de sa femme. La conviction s'emparait de

plus en plus de lui. Il retourne chez lui ; il reproche à sa femme sa culpabilité de manière à lui faire croire qu'elle a été découverte, et, croyant à la révélation de sa culpabilité, elle reconnaît son déshonneur et lui donne une confession écrite. '

L'orateur peint la douloureuse agonie de M. Sickles en raison de ce qu'il vient de découvrir ; le départ de M. Butterworth qui reconduit cette femme à sa famille demeurant à New- York ; l'accablante affliction de M. Sickles en proclamant sa honte devant ses amis ; le domestique de M. Sickles dénonçant l'adultère qui, en passant devant sa demeure, agite son mouchoir, comme il avait l'habitude de le faire quand il passait en cet endroit, et les domestiques s'écriant: " Voilà M. Key !" et M. Woolridge regardant et voyant qu'il en est ainsi. Maintenant, continue l'orateur, il faut croire que M. Key était parfaitement désespéré ce dimanche-là.

Il n'avait pas vu Mme Sickles depuis le jeudi. Il n'avait pu communiquer avec elle par des signaux. Il avait loué une maison inutilement. Des jours s'étaient écoulés durant lesquels il n'avait pu violer l'objet de l'affection et de l'amour de son ami. Comme tous les libertins, il était anxieux de satisfaire ses passions. Ne pouvant leur résister, il rôdait honteusement, " au doux rayonnement de la lumière d'un soleil de dimanche," dans les alentours de la demeure de son voisin.

Vous ne pouvez vous expliquer la conduite de M. Key d'aucune autre manière. M. Butterworth quitte la maison de M. Sickles quelques instants après, puis il y retourne. M. Woolridge fait cette observation : " Pour quelle raison M. Key est-il passé devant la maison ?" Il ne dit pas cela à M. Sickles ; non, car M. Woolridge et M. Butterworth étaient résolus à celer à M.

Sickles, si c'était possible, que cet homme flairait autour de sa demeure avec des intentions déshonorantes pour lui.

Quelques instants après, M. Sickles redescend ; il est alors dans un état complet de frénésie.

M. Key avait été vu passant du côté opposé de la demeure de M. Sickles, accompagné d'une dame et d'un monsieur, et agitant son mouchoir, sous le

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