‹ Proces de l'Hon. Daniel E. Sickles accuse du meurtre de Philip Barton Key Procureur du district de Colombia a WashingtonChapitre 9 sur 24 · VS · texte numérisé non relu

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prétexte de l'agiter devant les yeux d'un petit chien ; ce procédé était le signal des rendez-vous. M. Sickles savait alors que sa femme avait été déshonorée par M. Key ; il venait de voir cet homme dans le voisinage de sa demeure faisant ce malheureux signal ; il sort en courant dans un état complet de frénésie. Si subit et si prompt fut l'événement que les domestiques n'apprirent que M. Sickles était sorti de la maison qu'après que M. Key eut été tué. M.

Woolridge vit M. Uutterworth sortir seul de la maison, et tandis qu'il regardait un stéréoscope sur l'allège de la fenêtre de la bibliothèque, il vit courir des personnes et quelqu'un vint alors lui rapporter ce qui venait d'arriver.

Considérez l'état de M. Sickles. La nuit précédente sa femme avait reconnu sa culpabilité ; il avait passé la nuit sans dormir ; — cette nuit s'était écoulée dans les pleurs et les gémissements. Ses amis étant venus le lendemain, il ne put s'empêcher de leur faire part de la triste histoire du déshonneur de sa femme, et, pour couronner le tout, il voit l'adultère déployant son drapeau sous ses propres yeux , dans le but d'attirer sa femme horsde la demeure qui aurait dû la protéger. C'est à vous, messieurs, qu'il appartient de déclarer, d'après ces faits que nous allons prouver devant vous, quel doit avoir été la condition de l'esprit de M. Sickles au moment où il se rendit à cette scène dont la mort de M. Key fut le résultat. Un ou deux faits de plus et je termine.

Pourquoi M. Key était-il continuellement dans les environs de la demeure de M. Sickles. Il demeurait loin de cet endroit; il avait l'habitude d'y venir à cheval, de se montrer avec le plus d'avantages possibles, pratiquant toutes ces galanteries que les adultères cultivent afin d'accomplir le but qu'ils se sont préposé. Comment M. Key préparait-il ses rendez-vous ? Il prenait avantage de vos salons ; s'il rencontrait Mme Sickles chez le Président, il y arrangeait un rendez-vous avec elle ; s'il la rencontrait dans la demeure de quelque sénateur, il en faisait autant, corrompant ainsi l'atmosphère que respiraient vos femmes et vos filles.

Remarquez encore un indice très fort de son caractère. Partout où il la ren-

contrait, son objet était de satisfaire sa convoitise; il la suivait partout où elle allait; elle pouvait à peine s'éloigner quelques centaines de pas de sa maison avant qu'il fût à ses côtés ; si elle marchait, il était à pied ; si elle était eu voiture, la voiture était arrêtée et il y prenait place ; il se promenait ainsi avec elle pendant deux ou trois heures, donnant les ordres nécessaires pour que la voiture circulât dans les rues éloignées. Il devint le sujet des cancans de cuisine ; les domestiques le nommaient " Dégoût ;" tel était le nom qu'il portait clans le département de la cuisine de la maison de M. Sickles. Le procureur de district pour le comté de Washington était devenu un sujet de risée et de reproches, dans la cuisine de l'une des maisons de ce district ; aussitôt qu'il s'approchait de Mme Sickles , on y disait: "Voici Dégoût qui vient voir Disgrâce." Les domestiques mêmes ressentaient la pression de ses attentions infâmes à l'égard de la femme de M.

Sickles.

Il analyse alors la preuve que la défense sera capable de faire au sujet des visites de M. Key et de Mme Sickles- à la maison de la 15e rue, et dit que M. Key avait été vu avec Mme Sickles et sa fille, dans " Pensylvania Avenue," le jeudi avant sa mort, et qu'il lisait alors une lettre qui était semblable à celle envoyée à M. Sickles, l'avertissant du danger qu'il courait, en raison de la découverte de ses relations avec Mme Sickles.

La défense prouvera que les relations adultères de M. Key et de Mme Sickles, dans la bibliothèque, ont été entendues par un ou deux domestiques, et que, en une certaine occasion, M. Key était resté dans la maison de M. Sickles, jusqu'à quatre heures du matin, lorsque celui-ci était à New- York.

La défense prouvera aussi que M.

Key, comme tous les hommes qui suivent la même ligne de conduite, était dans l'habitude de porter des armes.

Un effort a été fait, par la poursuite, continue l'orateur, pour rejeter M. Sickles sur la clémence executive. On vous a effectivement dit : " Rendes votre verdict et M. Sickles pourra en appeler à l'interposition de la clémence executive." Je vous demande de né pas v

PROCÈS SICKLES

dépouiller dans le présent cas de vos droits comme jurés. Vous n'avez jamais occupé une position entourée de l'honneur qui environne celle où vous êtes actuellement. Vous n'avez jamais été appelés à rendre un verdict aussi solennel et aussi important que celui que l'on attend de vous dans la décision de la présente cause.

Les mêmes sentiments qui pourraient décider l'exécutif à renverser ou à annuler votre verdict sont absolument ceux qui devraient vous enjoindre de ne pas le rendre. Si l'exécutif intervenait de quelque manière,' ce ne serait que sur le principe que M. Sickles, au moment de la perpétration de l'acte, était un instrument entre les mains de son Dieu qui se servait de lui pour exécuter d'une manière sommaire le jugement du Créateur. C'est précisément la question que vous avez à décider : M. Sickles était-il ou non un instrument volontaire entre les mains de quelque puissance contrôlante et impulsive pour mettre un terme effectif à la carrière adultère de M. Key 1 Quand cette question ou de semblables questions ont été soumises à d'antres jurés, ils n'ont pas cherché à en éluder la responsabilité.

L'orateur cite plusieurs procès à cet égard ; il continue en ces termes : —

Ainsi, vous avez tous ces exemples pour vous montrer que vos concitoyens et les citoyens des autres Etats, où la justice n'est pas vendue, et où elle ne peut être achetée, ont rempli leur serment sur les mêmes principes dont nous avons étayé la défense, à un certain point de vue. Allez-vous retirer votre allégeance à ces principes ? Refuserezvous d'être guidés par ces exemples ?

Ou allez- vous plutôt suivre le sillon tracé par ces précédents, ce qui s'accordera parfaitement avec la justice et sera en même temps conforme à la nature de l'offense 1 Quel est l'effet d'une doctrine d'après laquelle on prétend qu'une compensation pécuniaire est la seule manière d'adoucir les blessures sanglantes d'un mari 1 C'est faire de chacune de vos demeures deL maisons de prostitution. C'est dire à tout homme que s'il veut payer le prix qu'un jury impose à l'adultère et au séducteur, il peut entrer dans aucune maison qu'il lui plaira d'entrer et dérober le lit le plus pur de ce qu'il con-

tient de plus chaste. Doit-ce être la doctrine de votre localité 1

Devons-nous avoir un tarif de prix ou d'impositions 1 La maison de prostitution de classe inférieure flxera-t-elle un prix, et la classe plus élevée en flxerat-elle un autre 1 A l'égard de la première, le prix sera-t-il établi par les personnes qui la tiennent, et, quant aux demeures plus respectables, les jurys américains diront-ils ce qu'un adultère doit y payer pour la gratification de ses convoitises 1 Du moment même où vous agissez sur ce principe, vous faites de chacune de vos maisons une maison de prostitution, et vous dites à ceux qui sont assez hardis pour y entrer que ce qu'ils ont à faire, c'est de compter le prix en argent et que s'ils sont prêts à admettre le compte que présenterait le verdict d'un jury américain, ils pourront ainsi se jouer de la justice divine et humaine.

Au nom de Dieu, répudiez ce principe de vos poitrines ! C'est votre inappréciable privilège de siéger comme jurés dans une ville placée sous la protection immédiate du feu qui brûle sur le grand autel où tous les autres flambeaux de votre gouvernement sont allumés ; vous vivez dans la ville où siège notre gouvernement fédéral ; vous êtes protégés par l'auréole du nom de Washington ; que le souvenir de ce nom vous inspire des pensées dignes et convenables ; qu'il vous répugne d'admettre dans votre verdict un principe qui, s'il est celui d'après lequel vous agissez, aura un effet plus démoralisateur qu'aucun principe qu'un jury intelligent pourrait soutenir ou d'après lequel il agirait.

L'orateur reprit son siège au milieu de nombreuses tentatives supprimées d'applaudissements et fut félicité par un grand nombre de ceux qui l'entouraient.

Après un ajournement de quelques minutes, M. Brady produit la correspondance qui eut lieu entre M. Sickles et M. Key, correspondance qui avait été provoquée par la lettre anonyme reçue par M. Sickles.

La poursuite objecte à la production de cette correspondance. Après une courte discussion, la cour décide ainsi :

" L'objet de la défense est de montrer les relations qui existaient entre les deux parties. La loi permet indubita-

blement qno lorsqu'un homme subit son procès pour l'accusation do meurtre, les marques antérieures d'ailèction et d'amitié envers le défunt soient prouvées.

La cour a compris que ces lettres étaient offertes sur ce principe. Celle qu'elle a lue est simplement courtoise, et n'a aucune portée sur le présent cas. Ces lettres ne font pas preuve."

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