COUR D'ASSISES DE LA SEINE
Al'DIEIE m n DÉCEMBRE 1840.
Présidence de M. FEREY.
MM Agier et Aymard, conseillers.
f.ongteraps avant l'onvertiiro des portes , les abords de la Cour d'assises sont enconibii^s d'une foulo considérable. Les habitués des solennités judiciaires sont obligés de remonter bien loin dans b'urs souvenirs pour se rappeler une pareille affluence.
Dès neufbeuresdu malin, desavocals, des maiiislrals, des gens de lettres, dos députés, des dames , se pressent dans l'enceinte de la salle d'audience. Toutes les places sont envahies, et pendant plus d'une heure, on entend les vi\es réclamations des personnes qui ne peuvent parvenir à s'asseoir.
A dix heures moins un quart, on voit entrer M. Lamennais, accompagné de M'' Adrien Benoît, son parent et son conseil. La modestie seule de cet honorable avocat l'avait empêché de se charger d'une défense que la conliancc et l'amitié de M. Lamennais lui avaient primitivement destinée. Celte mission fut plus tard confiée au talent éprouvé de M" Mauguin.
M. Lamennais, dont la présence excite une vive sensation, est immédiatement entouré de nombreux amis, parmi lesquels on remarque MM. Chateaubriand, Cormenin , Garnier-Pagès , David (d'Angers), Charles Didier. On remarque aussi dans l'auditoire un membre du parlement anglais, plusieurs députés, MM. Larabit, Roger (du Loiret), et d'autres notabilités de la magistrature, du barreau et de la presse.
A dix heures et demie , les accusés sont appelés dans la salle du conseil pour assister au tirage du jury.
iJienlôt après la Cour entre en séance. M. Farlarrieu-Lafosse, avocat généi'd, occupe le sic'ne du ministère public.
M= Maugiiin et /Adrien Benoît , avocat et coiis<il de M. Lamennais, et M® Coralli, membre de la Chambre des députés, avocat de M. Pagnerre, prennent place au banc de la défense, à côté des prévenus.
M. LE PRÉsmENT. Il y a aux bancs du barreau des personnes en habit bourgeois qui ne doivent pas y rester ; je ferai la même observation à l'égard des personnes qui sont assises d'une manière qui n'est pas convenable sur les marches de la Cour et sur les marches du banc de MM. les jurés. La police de l'audience exige qu'elles se retirent : le banc de MM. les jurés doit être isolé.
Une grande agitation succède a cet avertissement. Les personnes dépossédées de leurs places se tiennent debout.
M. LE PRÉSIDENT. Personne ne doit rester debout; les personnes qui ne peuvent trouver a s'asseoir doivent se retirer.
Au bout de dix minutes le calme se rétablit, et M. le président procède à l'interrogatoire des prévenus.
M. LE PRÉsiDEiNT, à M. Lamennais. Quels sont vos noms et prénoms?
M. Lamennais. Félicité-Robert Lamennais.
D. Votre âge? — R. Cinquante-huit ans.
D. Votre profession ? — R. Ecrivain.
D. Où êtes-vons né? — R. A Saint-Malo.
D. Votre demeure? — R. 27, boulevard des Italiens.
M. LE PRÉSIDENT, à M. Pagucrrc. Quels son! vos noms et prénomi.? — R. Antoine-Laurent Pagnerre.
D. Votre âge? — R. Trente-cinq ans.
D. Votre profession?— R. Éditeur.
D. Où êtes- vous né? — R. A Saint-Ouen-l'Amnône.
D. Où demeurez-vous? — il. Rue de Seine, ^ i bis.
Le greffier donne lecture de l'arrêt qui renvoie MM. Lamennais et Pagnerre devant la Cour d'assises.
M. LE PRÉSIDENT, à M. Lameunais. Vous vous reconnaissez l'auteur de l'ouvrage incriminé?
M. Lamennais : Oui, monsieur.
D. Avez-Yous des explications a donner? — Non, monsieur ; rien de particulier.
M. LE président, à M. Pagnerre. Vous vous rcconnaisFcz l'éditeur de l'ouvrage incriminé? — R. Oui, monsieur.
D. En aviez-vous pris connaissance avant la publication? — R. Je l'avais lu sur les épreuves. * "
D. Vous ii'yaviziioti viiquidùleii arrtHcrl^publicalioi»;' — R.^on, monsieur.
1). i: t vous en acceptez la responsabilité comme ccliicur. — II. Oui, mousieur.
M. LE PRÉSIDENT. Avaut do douncr la parole a M. l'avocat gciuMal, nous rccomniaudons a toutes les personnes présentes le plus profond silence. Nous leur rappelons que toutes maïqucs d'approbation et d'improbation sont formellement interdites. Si celle règle était onlreinle, nous userions avec la plus grande rià'ueur des pouvoirs qui nous sont donnés par la loi. La parole est a M. l'avocat général.