‹ Procès de Patrick James Whelen [microforme]Chapitre 14 sur 19 · CINQUIÈME JOUR · texte numérisé non relu

CINQUIÈME JOUR

Ottawa, le 11 septembre 1868, midi.

À 9 heures 35 minutes, ce matin, l’examen des témoins de la défense a été repris.

Madame ScANLAN, assermentée par M K. Mackenzie :— ,

Je demeure à Montréal et je tiens une épicerie-taverne. Je suis mariée. Mon mari est employé au Grand-Trone, et est dehors la plus grande partie du jour. Il est engagé dans une compagnie de volontaires. Je connais le prisonnier et Alex.

Turner. Je me rappelle l’époque de l’élection Devlin- McGee. Whelan et Turner étaient des habitués de ma maison. La femme de Whelan tenait une maison de pension et prenait ses épiceries chez moi. Jen’ai jamais entendu la conversation au sujet de M. MeGee, non plus que de menaces. Iln’y a jamais eu d’asscm-

n’ai jamais recueilli d'argent pour sa -dé-!blées de féniens chez moi. Mon mari est

fense bien qu'on m'ait prié de le faire.

Lorsque j'appris que M. MoGee avait été tué, je ne dis point : “ La prochaine fois, ce sera le tour de Cartier.” Je n'ai jamais dit en purlant de M. McGee : “ Enfin !

- nous en voilà débarrassés ! ”. J'étais mem-

bre de la Société St. Patrice. Je n'avais point. d'intimité particulière avee Whelan, mais je le connaissais. Je me couchai à 5 h. 30 m., du matin, le mardi (jour du meurtre) et à 9 h. j'étais arrêté. Je n'ai rien ongoyé à Whelan. Je n'ai point rècueilli d'argent pour la défense de Whelan.

À.6 h. 20 m., la Cour est ajournée jus-

qu’à demain matin, 9 h. 30 m.

un homme loyal.

À M.J. O’Reïlly :—Je n'ai jamais fait!

de souscription pour défendre le prisonnier.

Je n’ai jamais envoyé aucune boite à Whelan. Je connais Inglis, Doyle, Murphy, Turner et Whelan ; ils sont souvent venus se rafraichir chez moi. .

M. O’GaRA, interrogé par M. M. C. Cameron :—Je suis magistrat de -police de cette ville. J'ai pris des dépositions contre le prisonnier. , J'ai pris une partie de la première déposition de Lacroix, La seconde déposition a été prise à l’Hôtel-de-Ville. J'ai: remis la première déposition à M. O’Reil-

ly. Il y a eu quinze jours d’intervalle entre la première et la seconde déposition. Lacroix fut incarcéré le 15 avril. C’est Pinard et Jordan qui m'ont fait rapport au sujet de ce que Lacroix leur avait montré. Pinard me servait d’interprète pour examiner Lacroix. \

Ici M. O’Gara montre une minute de la

et j'en suis parti en octobre, Ie maison de Duggan est située au coin des rues William et Mondelet. J’y couchais. : Michael Innes, William Sherry et John Hawkins pensionnaient là aussi. Je suis allé à Drummond’s Ville et revenu en décembre. Je vis quelqu'ur, dans la boutique et lui dis que je voulais pensionner dans cette mai-

Le": pue de Wm. Graham, en disant|son. La personne à qui je parlai me semqui

1 croit cette minute exacte. J’ai pris une déposition de Turner ; iln’y était pas fait mention, je crois, d’une conversation entre le prisonnier et Doyle. M. John J.

McGee fut examiné le même jour que Turner.

M. O’Gara rappelle en quoi consistait la déposition de M. John McGee.

Je ne crois pas que Pinard et Jordan aient fait de déposition.

À M. 9. O’Reilly:—Lacroix a fait sa première déposition devant moi le 9, et la seconde, le 15. La première déposition n’a

été prise sous serment mais dans la prison. Elle;a été signée par Lacroix lui-même.

Lorsque M. O’Reilly revint à Ottawa, je lui fis part de la déposition de Lacroix.

‘e sais que la police a longtemps recherché Lacroix. M. O’Reilly m'a souvent parlé de Lacroix. La déposition de Lacroix n'a pas été prise en présence de Whelan.

Pinard interprète souvent des dépositions, et il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’il ait interprété celle de Lacroix.

Michael Casey, interrogé par M. Mec- Kenzie :

Je’suis en prison depuis huit mois. Je connais Robert Hess et le prisonnier. Je n'ai jamais entendu aucune conversation au sujet de M. McGee. J'ai entendu Hess dire qu’il savait qu’une conversation avait eu lieu entre Doyle et Whelan. Il me dit aussi que le schérif lui avait promis le meilleur habiliement qu'il pourrait désirer. Je ne sais pas si le schérif faisait allusion au meurtre de M. McGee.

A‘ J. O’Reilly :—Je suis en prison pou voir volé une montre. J'ai été précéd: nent'en prison pour vol. J'ai aussi été &:. rison pour ivresse. Je n'ai jamais rien passé de la cuisine aux prisonniers féniens. J'ai été admis dans la cuisine de la prison, mais le geôlier m'en a chassé.

James YounG, interrogé par M. M. C. Cameron :

Je réside à Montréal. Je connais Mi- -chael Duggan depuis six ans. J'ai pen- “sionné chez Duggan au mois de septembre

bla drôle.

(Ici le témoin donne une description de la maison de Duggan et il dépeint Reuben Wade.)

Je n'ai jamais parlé à d’autres personnes dans cette maison.

À M. J. O’Reilly :—Duggan n'était pas là lorsque j'ai pensionné dans sa maison.

James SHERRY, interrogé par M. M. C.

Cameron :

Je demeure à Montréal. J’ai pensionné chez Duggan au coin des rue: Mondelet et William. J'étais là au mois de décembre dernier. Jamais, de ma vie, jo n'ai vu le prisonnier. Les pensionnaires seuls avaient accès dans le salon d’en haut.

À M.J. O’Reilly :—Je ne suis pas un buveur. Je suis entré dans la société de tempérance «au printemps de . l’année dernière. Mais j'ai manqué à l'engagement de la. société (pledge) lors du feu qui eut lieu près de la maison de Duggan. Je n'ai jamais renversé le poële dans cette maison.

C’est un nommé Hawkins qui l'a renversé.

Je ne me suis jamais promené avec Whelan dans la rue Notre-Dame. A Ottawa, j'ai pensionné chez Starr. J'étais là hier soir.

Je n’y ai pas vu M. C’Farrell. Je n'ai communiqué à personne ce que j'avais l’intention de dire en Cour.

John Canry, interrogé par M. M. C. Cameron :

Je demeure en cette ville. ; Je suis charretier. Je connais Hess. J'ai travaillé avec lui. Je le connais depuis 13 ans. Jel'ai vuenprison. Il ya 14 ans, il était. dans un chantier avec moi. Le contre-maitre (foreman) le renvoya parcequ’il était querelleur. Je ne l’ai pas revu depuis.

À M. J. O’Reilly :—Hess est, fort, mais il ne m'a jamais battu.

John Wearuers, interrogé par M. M, C.

Cameron :

Je demeure à Ottawa. J'ai été.appelé comme juré à ce terme de la cour. Je ne connais pas Hess et je n’ai jamais rien entendu dire contre lui. agé

A. M. J. O’Reilly :—J'ai. été appelé comme juré à cette cour, puis récusé, Je

Pr

avaient

pas un léte de iée dergement qui eut

Je n'ai MAISON.

enversé.

Whelan awa, j'ai 1ier soir, ai coml’inten-

. C. Ca-

uis charillé avec , Jel'ai ait. dans e-maitre tait queis.

rt, mais

à ais

e ne rien en-

| appelé usé, Je

[os]

contre Hess,

James DorAN :— Jé suis garcon en chef, (head + waïter,) à l'Hôtel Russell. On m'a congedié hier parce que j'avais à venir ici pour donner mon témoignage ; seulement pour cela J'ai vu le prison:

nier deux fois à Montréal et deux fois ici, J'ai été garçon-en-chef à l'hôtel d'Ottawa, à Montréal, : Je connais Turner ; il a été garçon en même temps que moi à l'hôtel d'Ottawa et à l'hôtel Russell. En qualité de garçon-en-chef, j'avais la faculté d'engager et de renvoyer des garçons de

‘table, (waiters), Si Turner n'avait pas

quitté l'hôtel Russell, je l'aurais renvoyé,

: Hier matin, j'a& envoyé un garçon dans la glass-pantry, lui indiquant de représenter Turner se lavant les mains, Je suis alké ie mettre, avec un autre garçon, au, pied de l'escalier dans le passage, près de la chambre dite carving-room, et j'ai parlé à ce dernier garcon, Celui qui était dans la glass-pantry m'a dit qu'il entendait bier le son de ma voix, muis qu'il ne comprenait pas ce que je disais, Les garçons dé table (waiters) sont de service depuis midi jus- 1 heure, En janvier, il ÿ avait à l'hôtel Russell, 9 garçons de table et moi-même.

J'ai fait l'expérience mentionnée plus haut avant d’être congédié; l'hon M, J, H, Cameron en a été témoi:.

A M. J, O'Reiliy :—Ce n'est pas moi qui ai suggéré l’idée de cette expérience à M.

O’Farrell, J'ai va Whelen et Doyle dans la carving-room mais non dans la pantry, non plus dans le passage.

Je suis venu à Ottawa, le 7 noventibre, avec ma femme, Le 13 novembre, je télégraphiai à Doyle et à Kinsella de venir.

Je ne saurais dire quand M. McGee est venu à Ottawa, Je crois l'avoir vu en novernbre.

Doyle et Kinsella ont pensionné avec mof, Je crois que j'ai fait connaissance avec Whelon dans l'automne de 1861.

Je n'étais pas intime avec lui. Je l'ai vu cinq ou six fois à l'hôtel Russell,

Il était presque toujours ‘avec Turner ou üvec Doyle. Je lui ai envoyé plusieurs lettres et des rafraichissements à la prison, Je n'ai pas de préjugés, moi |

John DuGaan, interrogé par M. M. C.

Cameron : pren

Je réside à Montréal et je suis avocat.

Michael Duggan est mon frère, *

Je n'aï jamais dit : ‘ Deux en dedans et

n'ai jamais parlé à Hess, Il ne m'a jamais battu. Je n'ai jamais rien entendu dire

: trottoir qui part de la porte ouest. Je

deux en dehots suffiront. freres de Îa visite à la maison de M. T. D. McGee.]

À M.J. O’Reilly :—Je suis un de ceux qui ont expulsé M. McGee de la Société:

Saint-Patrice.

James FITZGERALD, examiné par M, M.C, Cameron :

J'ai été garçon à l'hôtel Russell pendant 8 ou 9 mois, J'y entrai avec Doran qui venait de Montreal avec moi, (On m'a congédié hier parce que j'avais à donner mon témoignage à la cour dans cette affaire, C’est avec John Long que j'ai fait une exproue pour voir si l’on pouvait entendre

e la glass-pantry dans le passage. Je suis sûr que du passage on ne peut entendre une personne qui parle dans la glass-pantry. Je sais que les garçons de l’hôtel sont toujours occupés entre midi et une heure, * Le diner dure depuis midi iusqu’à 3hs, J'ai demeuré chez Whelan à Montréal. Je l'ai vu plusieurs fois à l'hôtel Russell demandant Doyle ou Turner, ou Kinsella.

Richard Quinn, interrogé par M, M, C.

Cameron :

Je demeure à Ottawa depuis 10 ans. Je connais le prisonnier, Je l'ai vu à la chambre des communes le soir du meurtre de M, McGee. Ce soir-là, Reuben Lawrence était avec moi à la chambre des communes, À 11 heures, le même soir, j'ai vu le prisonnier sur le premier banc de la galerie.

Vers minuit, Je l’ai vu revenir à la chambre des communes. Lawrence et moi nous lui dimes bonsoir, Je l'ai vu lorsquo la chambre s’est ajournée, J'ai vu alors 20 ou 30 personnes sortir.

J'ai enfin vu le prisonnier sortir par l’entrée principale. Je sortis seul par la même entree, Je demeure la porte voisine du théâtre. En me rendant chez moi, j'ai entendu dire qu'il y avait un feu, J'ai suivi

vis 3 où 4 personnes en avant de moi. Je ne connaissais aucune de ces personnes, Whelan ne $ortit pasavant moi. J’aivu une des personnes mentionnées plus haut prendre la rue O’Connor. J'ai été moi:

même arrêté pour le meurtre de M. McGee, uis relâché, Je ne connaissais pas Whean avant son arrivée à Ottawa, À l'époqué de son artestation, je lé connaissais depuis environ trois mois. Le bruit que j'ai entendu reéssembiait au bruit d'un pétard, (fire-cracker). .

À M. J. O’Reilly :==J'entrai dans la galerie de la chambre vers 10 heures, mais il était près de 11 heures lorsque j'y ai

aperçn le prisonnier, Je connais Lawrence uben depuis qu’i: est à Ottawa. Whelan ôt lui étaient marshalls, le jour de la St, Patrice. Autrement je n'ai jamais vu Reuben en compagnie de Whelan. Ie lundi, vers 10 heures du soir, j'allai chez Lawrence et lui dis que j'avais envie de me rendre à la Chambre, Mais je ne savais pas que M, McGee devait parler, Dans la alerie, Whelan se trouvait à 10 ou 12 pieds

e moi. Je partis vers minuit et Whelan sortit aussi à ce moment avec Lawrence, Je revins au bout de 20 minutes avec Whelan.

Lawrence dit à Whelan qu'il allait revenir et celui-ci l’attendit quelque temps sous le porche de l’entrée principale,mais Lawrence ne revint pas, Je n'ai pas dit que le prisonnier dormait dans la galerie, j'ai dit qu’il avait l'air prèt à s’assoupir (drowsy). Mais il se réveilla (awoke) au bout de vingt minutes,

M. O’Reilly : —Mais s’i' s'est éveillé, il dormait donc ? (rires.)

Le témoin :—Non,non, ilavait l’air d’avoir envie de dormir. A onze heures, minuit et'une heure, il écoutait les discours avec attention, Depuis minuit jusqu'à l’ajournement, le prisonnier ne quitta pas la galerie. Lorsque la chambre fut ajournée, il partit et se dirigea seul, d’un bon pas, du côté est, côté gauche en sortant du parlement.

,Je n’ai point entendu ce que dit le charretier Downes. Jen’ai appris la nouvelle du meurtre que vers 7 heures du matin,

mardi, J’allai voir l'endroit où le meurtre.

avait eu lieu ; je fis des questions aux pergonnes qui étaient là : je vis le sang, Dans la matinée, Whelan vint chez ma mère et nous dit que son bourgeois. (boss) venait d’être arrêté. Il dit aussi que c'était un

and malheur quele meurtre de M. McGee.

[ Ici Son Honneur le juge fait plusieurs

uestions au témoin sur les allées et venues u prisonnier pendant la soirée et -le té- ‘moin répète ce qu’il a dit plus haut.]

A M. ï O’Reilly :—-Je n'ai jamais vu le pistolet de Whelan.

Je n’ai jamais eu avec Whelan de conversation au sujet du meurtre, après sa visite chez ma mère, Je suis de la Société St. Patrice. Whelan fut élu marshall pour la fête du 17 mars dernier. Whelan était un grand admirateur de M. McGee. Ma «mère reçoit le ‘journal l’Zrish People, Je n'ai jamais.-été que pendant dix mois aux Etats-Unis... .

A M. M. C, Cameron: D’après ce que Whelan dit à ma mère, je n'avais aucune:

raison de le soupçonner du meurtre,

Je suis certain que le prisvnnier avait l'air assoupi durant la séance, comme bien d’autres, du reste,

Alfred BRowN, interrogé par M, M. C, Cameron :—Je tiens un magasin de provisions qui est contigu au bloc de M, G. E, Desbarats. Il y a une porte-cochère (archway) entre mon magasin et celui du Dr.

Brown, pharmacien, La porte-coche::s était fermée, mais je ne sais pas si une petite porte qui en fait partie était aussi fermée.

Ceci est l'affaire de mes commis Roberts, et McKillar, qui sont actuellement à Napean. Au fond de la cour en arrière de mon magasin, il y a un hangar, et on né peut sortir de ia cour par là qu’en passant par-dessus le hangar,

M. M. C, Cameron dit que, selon toutes les apparences, la porte-cochère et la petite porte étaient fermées cè soir-là. M.

Cameron ne transquestionne pas le témoin,

William Mrromezz, appelé, ne répond pas. Mitchellest la personne qui a été arrêtée vers la même époque que Whelan et les autres prisonniers actuellement en a qe pour le meurtre de M. McGee.

itchell a été relâché, mais il était à la:

prison lorsqu’a eu lieu la fameuse conversation entre Whelan et Doyle, conversation dans laquelle Whelan aurait dit : “J'ai tué MeGee comme un chien,” La défense tient beaucoup à ce témoignage et produit un afñidavit de M, J. O’Farrell d’après lequel affidavit le témoin a été mandé de Cincinnati par télégraphe. Il s’est mis en route, mais à manqué le train à Cobourg et ne pourra être ici que demain Mel) à 10 heures,

Son Honneur le juge veut bien remettre la cause jusqu’à l’arrivée du témoin, tout en faisant observer aux avocats de la défense qu'ils auraient dû prendre leurs précautions à cet égard et qu’ils ne doivent point considérer comme un précédent la concession qu'il (le juge) leur fait en différant la cause selon leur désir.

L'hon. J, H. Cameron demande alors que deux personnes soient nommées pour aller montrer aux jurés:les diverses locali-

tés mentionnées dans les dépositions, (la

maison Trotter, celle de Brown, la galerie du Parlement, ete., ete.) Lie schérif et M.

J. Kennedy, avocat, sont nommés à cet effet, et les jurés ont fait cette visite après leur diner.

bd bind ‘ot nl 2 M Ed 2 ut bod = 2e

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ait à la converonversat: “J'ai , défense , produit ès lequel e Cincinen route, re et ne 1) à 10 remettre oin, tout de la déleurs préy doivent

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la galerie érif et M.

nés à cet site après

Vers 2 heures, Whelan est reconduit en rison, et une autre affaire est appelée, celle de Robert Hamilton, accusé du meurtre de George Brownlee, au village de Richmond.

Samedi, 12 septembre, 10h, À. M.

I1 n’est guères possible que le témoin Mitchell soit examiné avant midi. Par conséquent, je ne pourrai vous parler de sa déposition que dans ma lettre de lundi,

On ne croit pas que l'affaire se termine aujourd’hui, car les discours de la défense et le réquisitoire (charge) de M. J, O’Reilly devront durer longtemps. On admire beaucoup la manière dont M. O’Reilly a conduit tout le procès, Le tact, la perséverance, les connaissances légales dont M.

O’Reilly a fait preuve, le travail énorme qu'a dû lui causer l'étude de cette cause, rangent désormais ce monsieur parmi les premiers avocats du pays. Vous savez gr que c’est un élève de Sir John A.

cDonald, dont il a été ou est même encore l'associé.

L'homme proéminent, du côté de la défense, est l’hon. J. H. Cameron. Il est à la cour ce que vous avez pu le voir en parlement: calme, poli, s'exprimant avec une élégance que l’on pourrait croire, au premier abord, de la recherche.

M. J. O’Reilly et lui font des prodiges de sagacité et de présence d’esprit dans l'interrogatoire des témoins. En deux mots, c'est une belle joûte : il est malheureux que la vie d’un homme en soit le prix. Le monde est ainsi fait qu’on ne pourra jamais abolir la peine de mort qu’à une condition :

c'est, suivant l’heureuse expression d’Alphonse Karr, ‘“ que Messieurs les assassins commencent eux-mêmes à l’abolir. ”

# BIXIÈME JOUR.

" . Ottawa, le 12 sept., 1868.

” L’affluence est encore plus considérable à la cour que les jours précédents. Lady MacDonald est présente avec trente dames, — au moins, —— de la meilleure société.

L’hon. Stewart Campbell, M. P., arrivé en cette ville hier, est aussi présent. Un cas d'assaut et batterie occupe la première partie de la séance.

Vers onze heures, le témoin William Mitchell, arrivé par le train de 10 h., fait son

Je demeure à Toronto. : J'arrive de Cincinnati. Je me rappelle le meurtrs de M.

McGee ; j'étais à Ottawa. J'ai habité Toronto pendant 18 ans. Je tenais une ‘épi:

cerie et j'ai été conducteur de la malle sur le chemin de fer ‘“Grect Northern." Je travaillais à Ottawa lorsque M. McGee fut assassiné, Je fus arrêté sous l'accusation de fénianisme. J'ai été en prison quinze jours. Pendant que j'étais en prison, j'ai entendu une conversation entre Doyle et Whelan.

Je ne me rappelle pas la date, Ils pars laient d'un nommé Turner qui avait témoigné contre eux à la cour de police, Il était 5 ou 6 heures de l'après-midi. J'étais daus une cellule donnant sur le corridor voisin. J’entendis distinctement ce qui se disait dans l’autre corridor,

J'ai vu Whelan et Doyle le jour où Whelan fut arrêté. Je fus mis dans lo même corridor qu'eux, puis séparé d'eux, J’ai entendu Doyle demander à une personne comment elle était ce jour-là. Cette personne répondit : ‘“ D.....nt mal,” et l? même personne ajouta qu'un nommé Turner avait fait une bien mauvaise déposition contre eux, ‘Mais, ajouta-t-elle, si j'ai un bon jury, tout ira bien, ” Cette per: sonne était Whelan.

Un jeune homme du nom de Slattery, lui fit les mêmes questions et il fit les mêmes réponses. Slattery dit que Mitchell était enfermé avec lui. Whelan dit : “Le pauvre

diable ! ?’ Immédiatement après cela, Whe--

lan commença à chanter et à danser. La conversation ne dura pas plus de dix ou douze minutes, j'en suis bien sûr. Je n'ai jamais entendu Whelan parler de M. T. D.

McGee. Je ne l'ai jamais entendu dire qu'il “ avait tué M, McGee comme un chien. ” Il a dit seulement que Turner avait donné un bien mauvais témoignage concre Doyle’et lui.

Je quittai l'emploi du chemin de fer du

Nord, parce que, à la suite de l'invasion

fénienne, on voulut me faire prêter le serment d’allégeance et j'ai refusé, Je fus congédié à cause de ce refus. Je n'étais ni ne suis en aucune manière affilié à la société fénienne, mais je refusai le serment parce qu'on ne l’exigeait pas des autres employés de la ligne. (murmures dans la salle,

A À. J. O’Reilly :—Je me tenais debout près de la barrière, entre 5 et 6 heures,

entrée et, interrogé par M. M. C. Cameron, | lorsque j'entendis la conversation dont j'ai parle,

il dit :

e fus raméné dans ma cellule à 6

gr I RE

ES Prier et

La conversation a nécessairement

heures, dû avoir lieu avant 6 heures parce que tous les prisonniers sont renfermés à 6 heures.

De ma cellule, je n’ai.entendu aucune con-

versation, Lorsque j'entendis la conversation dont j'ai parlé, Slattery était avec moi dans le corridor, Doyle et Whelan étaient dans l’autre corridor, Après la conversation, j'entendis Whelan chanter. Je ne me rappelle pas ce qu’il chantait. Je ne me souviens aucunement lui avoir entendu dire | a avait tué M. McGee comme un chien.

e n’applaudis pas la chanson de Whelan, mais quelques autres des prisonniers l’ap-

laudirent. De la place où je me tenais, à la barrière, je pouvais très-bien entendre la conversation qui se tenait dans le corridor.

Il y a quinze jours, je suis allé travailler à Cincinnati et j'ai laissé ma famille à Toronto. Jeudi dernier, j'ai reçu de M.

O'’Donoghue un télégramme me demandant de descendre à Ottawa pour donner ma déposition. Mes dépenses devaient m'être payées, c'était la première condition, A Cobourg, j'ai manqué le train et ne suis arrivé ici qu'à 10 heures ce matin, de n'ai point vu M. O’Farrell à Prescott. Il est venu au devant de moi à Kemptvilie, En arrivant ici, je n'ai vu aucun des témoins que je connais.

En arrivant ici, j'ai trouvé à lastation M, Egleson, junior, Nous avons pris une voi ‘ture pour nous rendre à la cour.—Je me rappelle très-bien l’heure à laquelle eut lieu la conversation ; tous les prisonniers furent enfermés immédiatement après.

Alex. PoweLr, interrogé par M. J.

O’Reilly : (Rebutting testimony.) . Je suis directeur de la prison du comté de Carleton. Je me rappelle très-bien la soirée du 16 avril. J’enfermai tous les prisonniers vers à heures et demie P. M.

C'était un peu plus tôt que de coutume, mais mon but était de donner, ce soir-là, une mission spéciale à Cullen et Hess, ce qui fut fait. Whelan, le prisonnier à la barre, fut enferme °n même temps que les autres ; je suis sûr de cela, bien que je n’en aïe point pris de note écrite.

À M. M. C. Cameron :--Le prisonnier revint de la Cour un peu avant 5 heures, J'allai avec Cullen et Hess pour leur indiquer le service spécial que je leur demandais. Je me rappelle que Mitchell et

Slattery étaient dans l’autre corridor. Il

y avait 4 ou 5 prisonniers dans ce corridor.

Je causai un instant avec Mitchell mais je neme rappelle pas ce que je lui dis. F4

MX

souhaitai le bonsoir à Slattery et Mitchéll, J'enfermai tous les prisonniers à 5 heures 30 minutes P. M., dans l'intention de pôster Cyllen et Hess, J'ai fait cela de moimême ; personne ne m'avait donné d’instructions à cet égard et ce n’est environ que huit jours après que le schérif er a entendu parler et a pris une minute de la conversation. Je n'avais pas Cullen et Hess à la prison tous les jours. Je fis venir Cullen et Hess ce jour-là parce que j'avais remarqué que le prisonnier chantait une chanson dans laquelle il était fait allusion à M. McGee. Ici le témoin récite des rimes dans lesquelles le nom de M.

McGee est, en effet, mentionné, et qne voici : “It was with the greatest of glee I heard of the death of the bloody traitor D'’Arcy MceGee.” “C’est avec le plus grand plaisir que j'ai appris la mort du

traître D’'Arcy McGee. ” Je pris notede ces

rimes immédiatement après les avoir entendues,

C’est ma femme qui les écrivit sous ma dictée. Je fis venir Cullen, sûr qu'il en entendrait plus que moi. Whelan chantait d’autres chansons irlandaises que je ne me rappelle pas.

À M. J, O’Reilly :—Il y a un McKenzie en prison, mais je ne sais pas qui il 2st. Ce n’est pas le savant avocat de la dé:

fense. (rires.) Je crois que Cullen a été mis aux aguets le jour même où le prisonnier fut examiné. Le schérif prit, quelques jours plus tard, une minute de la conversation entendue.

Wim. McEwan, interrogé par M. J.

O’Reilly :

Je suis guichetier de cette prison. Je me rappelle le jour où Hess ot Cullen furent postés dans le corridor avec des ordres spéciaux, Les prisonniers furent enfermés à 5h. 30 P. M., un peu plus tôt que de ccutume.

À l’hon. J. H, Cameron :—J6 ne me rappelle pas à quelle heure le prisonnier revint de la cour. Je me rappelle que Cullen et Hess furent postés dans le corridor avec des ordres spéciaux.

W. H. FALL, examiné par M. J. O’Reiïlly :

J'ai été envoyé hier à Phôtei Russell pour m'assurer si l’on pouvait, du passage au pied de l'escalier, entendre une conversation tenue dans la glass-pantry. L'agent de police secrète Cullen, M. Dawson et M.

Bernard m’'accompagnaient. J’entrai dans la glass-pantry et me mis à me laver les mains, jouant ainsi le rôle de Turner; Cul-

nt hd. be ps Ds = = …

tchéll, heures (] pôsle moi- ; d’inspviron r a ene de la len et Je fis rce que e chanait fait a récite de M.

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bntrai dans » laver les rner, Cul-

len et M. Bernard se mirent dans le pas-| Je suis un des propriétaires de la “ Re-

sage, au pied de l'escalier, et se parlèrent en se servant des expressions attribuées par Turner à Whelan et Doyle. Cullen représentait Whelan et M. Bernard Doyle.

La porte de la glass-pantry était entr'ouverte d'environ dix-huit pouces. MM. Cullen et Bernard parlaient à voix basse et j'entendis très-bien ce qu’ils disaient. J’aurais pu voir à travers les fentes de la porte, mais je n'ai pas regardé :

. MM, C. Cameron :—Je n'ai pas touché la porte ; jo l’ai laissée comme Cullen l'avait placée. Je n'ai pas regardé par la fente de la porte, mais je savais qui était dans le passage.

L'agent de police CuLLEN interrogé par M. J. O’Reilly, confirme tons les détails donnés par le témoin précédent au sujet dy l’expériencs faite à l'hôtel Russell. M.

M. C. Cameron le transquestionne, et il réitère les mêmes assertions. M. S. Bernard confirme les dépositions des deux témoins précédents au sujet de cettte expérience,

En. J. O’Neiz, agent de police secrète à Ottawa, interrogé par M. J. O’Reilly :

Le 7 avril, à 2 heures du matin, le constable Pinard vint me chercher pour prendre charge du corps de M. McGee. Je demeure à un millé environ de l'hôtel Ruse ll, En approchant de la maison Trotter,. j'ai remarqué deux portes-cochères (gate-ways) qui étaient ouvertes.

(Les MM. Cameron s'opposent à cette dernière question.) Le De. Hi,

O’Reilly :

Je suis médecin-consultant de lhôpital des Sœurs-Grises. Je me rappelle que le 19 février, Euphémie Lafosse fut reçue à l'hôpital, Elle avait, au bras, une blessure provenant d'un coup de pistolet.

Daniel Buok, interrogé par M. J.

O’Reilly :

: J6 pensionnais à la Revere House durant

interrogé par M. J.

‘le mois d'avril dernier. J'y ai connu Tur-

‘er qui était garçon -en -chef, (Head- Waiter.) Je l'ai vu à la‘ Revere House ” le matin du meurtre dé M. McGee. Entre midi et 1 houre, ce même jour, il était là faisant son service. Le. matin, à 7 heures, je l'ai vu aussi au moment où je revenais de voir le corps do M. McGee. Dans l'après midi du même jour, je l'ai vu faisant son BÉTVIGR, +: : és à

. W. H. SanGe, interrogé par M. J.

O'Reilly ; ù

vere House. ” Je connais Turner ; je Vai employé comme garçon-chef au mois d’svril dernier. Je pense qu'il était de setvice, le mardi et le mercredi qui suivirent la mort de M. McGee, mais je ne pourrais pas le jurer. Turner ne m'avertit pas qu'il sortait. Son ouvrage est généralemenit fini vers 2 ou 3 heures de l'après-midi. : Je ne pourrais jurer s’il était à la maison le mardi, 7 avril, à 2 heures. |

À moins qu’il ne survienne des complications bien imprévues, la précédente déposition sera la dernière en duplique, (rebut-

ting.) Samedi, 12 sept., 5 h. P. M. ” Vers 2h., au moment où l’hon. J. H. Cameron se préparait à faire son plaïdéyer, Son Honneur le Juge Richards a fait observer que si les plaidoyers et le résumé (charge) étaient terminés aujourd’hui, les jurés se trouveraient enfermés toute la journée de dimanche sans qu’on puisse même leur porter leurs repas, et il a décidé de remettre les plaidoyers à lundi. Cette décision a causé un grand désappointement parmi les auditeurs et dans le public, qi s'en console en écoutant les mille et une rumeurs qui circulent. Br POS Depuis hier matin, une foule nombreuse va visiter la porte d’un hôtel (le’:British Lion Hotel) situé dans la rue Sparks, di même côté que l’établissement de M:G'E.

Desbarats, et quatre ou cinq maisons plus haut, en venant de l'hôtel Russell, Dans la partie supérieure de’ cette porte, on vient de découvrir une balle. L'hôtel en question se trouve sur le trajet que devait orninaïre: ment suivre ce pauvre M. McGee èn° s8 rendant à la maison Trotter. De plus, au mois d'avril dernier, le lot faisant face ‘au “ British Lion Hotel, ”” et voisin du bureau du Times et de l’épicerie des MM. Bate; était vacant; on y commence la construc:

tion d’un magasin. Or, j'ai très-bien vu moi-même, en examinant la direction sui:

vant laquelle la balle était entrée dans la porte, j'ai très-bien vu qu’elle a dû’être tirée du coin de l’épicerié de Bate, par une personne postée sur le lot vacant. Quelques personnes ‘prétendent qu'on aurait tiré une première fois sur M. MeGee trois ou quatre jours avant sa cruelle mottét

ane

qu'on l'aurait manqué. ‘Il est bien sürpré : |

nant que! M. McGee n’en ait rieñ dit.

l'on sait qu’il faisait malheureusement trop peu de cas des menaces dont il était l’objet,

Il est encore plus surprenant que la police n'ait jamais rien dit de ce coup de feu.

Mais, à Ottawa, comme dans un trop grand nombre d’autres villes, la police est rarement où l’on aurait besoin de la trouver.

Expliquera-t-on jamais par qui cette balle a été envoyée 1à ? C’est ce ‘que dira l’avenir. En tout cas, ce fait mérite d’être noté, et tout ce que je vous mentionne ici de l'existence et de la position de la balle dans la porte est en tous points exact: j'ai vu et examiné moi-même tous les détail .

Je vous ai écrit, l’autre jour, que Pat.

Buckley et John Doyle seraient mis en accusation. C’est aujourd’hui, vers 4h. P.

M,, que le grand jury a rapporté un verdict dans ce sens: Pat. Buckley est accusé “ d’avoir conseillé et aidé Whelan dans l’accomplissement du meurtre du 7 avril dernier.” Même verdict pour Doyle. Ces deux affaires sont pour le prochain terme,

Lundi matin, à 8h.

Mardi matin, (demain,) je mettrai à la gs une analyse complète des plaidoyers e

MM. O’Keilly et H. Cameron, et de l’allocution du juge. Les rapporteurs de journaux anglais renoncent à envoyer par le télégraphe le texte mot-à-mot de ces trois discours, qui vont durer, ensemble, de 4 à 6 heures; ils n’enverront, comme moi, qu’une analyse détaillée.

Quel sera le sort de Whelan? Vous le saurez peut-être, par le Hitaraphe, avant de recevoir la présente lettre, La défense a éprouvé une forte déception dans le té- Ps de William Mitchell. On prétend qu’elle va faire de grands efforts d’élo-

uence contre le témoignage de Reuben

ade.

Dans le cas où Whelan serait trouvé coupable,—(ce qui me semble être l'opinion prédomninante dans le public,)—la défense veut, dit-on, attaquer la décision du juge relativement au juré Kavanagh, et obtenir un nouveau procès. Dans ce nouveau procès, la défense espérait prouver que Whelan n’est coupable que de conspiration pour meurtre, (conspiracy to murder.) Je vous ai déjà mentionné cette rumeur qui semble se ‘confirmer. Dans mon humble opinion, ce sera là une manœuvre peu heureuse. pour la défense,parce que Son Honneur le juge a bien pris ses précautions. La poursuite voulait récuser le juré Hein et le juge a donné, pour ce juré, une décision analogue

à celle qui concerne Kavanagh, décision qui répondait au vœu de la défense, On verra.

Vous vous rappelez sans doute le Juge Richards, alors qu’il était membre du parlement. Il ne s'est jamais fait remarquer

ar une grande éloquence, mais la clarté et a précision ont toujours été les deux grandes qualités de ses discours.

On croit que le résumé qu'il fera de la cause sera très-complet et très-clair. Tl n’a cessé de prendre des notes, depuis le matin jusqu’au soir durant tout le procès.

Le Times de ce matin annonce que Son Honneur le Juge Richards ouvre la cour d’assises à l’'Orignal, mercredi prochain ;

ar suite, le verdict et la sentence de Whean seront rendus aujourd’hui ou demain dans la matinée au plus tard.

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