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M. McC5e ait été assassiné, nous l'admettons comme la poursuite. Mais que ce soit le prisonnier à la barre qui ait commis ce crime, c’est ce que nous refusons d'admettre. Pourquoile prisonnier est-il accusé spécialement Ge ce meurtre, alors que, dans tous les pays, beaucoup de citoyens étaient accusés de fénianisme ?
Messieurs les gurès, il aété commis, le 7 avril, un crime, un crime affreux et barbare : il faut que justice soit faite. Mais la justice n’est pas la vengeance, et vous avez devant vous toutes les preuves nécessaires nour rendre un verdict équitable, Vous aurez d'abord à examiner si les motifs attribués au prisonnier par la poursuite sont bien réels. Pour moi, jo sais bien qu’à l'époque du meurtre, l'orgauisation ténienne s’agitait et menaçait be”ucoup la tranquillité du pays. Mais on n'a pains suflisamment prouvé que le prisonnier était l’émissaire de cette association.
La preuve comprend trois phases distinctes : 1. preuve colletérale ; 2. preuve directe; 3. aveux prétendus de l'accusé.
Certains légistes attachent une très-grande importance à la preuve collatérale ; d'autres prétendent qu'il ne faut accepter cette preuve qu'avec la plus grande défiance. Je vais vous citer plusieurs cas où cette preuve a amené la condamnation de malheureux reconnus plus tard,--souvent trop tard,— innocents.
[Ici l’hon. monsieur fait de longues citations.]
Un vous a dit que le prisonnier était à la chambre le soir du meurtre, On vous a décrit ses allées et venue On vous a dit qu’il était rentré tard chez lui. Juais, ce soir-là, combien de personnes se sont trouvces dans le même cas ? Une multitude contre equal on n’a songé à porter aucune accusation.
es actes attribués au prisonnier durant cette soirée auraient pu être également attribués à quarante ou cinquante autres personnes. d’en viens aux dépositions des témoins Faulkner, Wade, Inglis et Turner. Elles ont trait surtout aux menaces proférées par le prisonnier contre M. McGee. Mais ui de vous, MM. les jurés, ne sait qu’en temps élection bien des gens se permettent des paroles violentes ? Et quelle garantie vous a-t-on donnée de la moralité des témoins Wade et Turner surtout ? Aucune, messieurs, aucune.
À mes yeux, ces‘deux témoins ne sont que des aventuriers d’une moralité très-discutable. On Vous a dit que le prisonnier avait acheté un pistolet et était allé s'exercer au tir, à un pique-nique dans le voisinage de Montréal ; mais on ne vous a donné aucune preuve ni de l'achat du pistolet ni du fait que le prisonnier s'était exercé au tir. Pourquoi taire cette preuve si on la connait ?
Voilà pour la preuve collatérale. J'en viens à la preuve directe. Elle repose toute sur la déposition d'un Canadien-Français, du nom de J. B. Lacroix.
Remarquez, dans cette déposition, que le témoin dit qu’en revenant de la Chaudière et remontant la rue Wellington, à n'a rencontré sonne. Or, s’il était dans la rue Wellington à l'heure qu'il indique, il a dû, d’après les témoignages que vous avez entendus, rencontrer le messager McCarthy qui descendait cette rue précisément à l'heure indiquée par Lacroix.
Remarquez aussi que le témoin, en continuant le long de la’ rue Sparks, dit n’avoir pas rencontré de Yoiture, et que, d’après l'heure indiquée par le co-
cher Downes, celui-ci revenait par la rue Sparks, conduisant une des voitures de Buckley, précisément à l'heure où le témoin devait aussi se trouver vers cet endroit de la rue Sparks.
Mais ce qui devra surtout vous frapper dans la déposition de Lacroix, c'est qu'il a vu, dit-il, un homme tué sous ses yeux, tué d'une msnière lâche et cruelle et il n'a pas soufflé mot ; il n'est pas ollé porter secours à la victime, iln'a pas donné l'alarme, Il est impossible de concevoirune pareille lâcheté ! Aussi nous vous avons fait entendre de nombreux témoins qui donnent un bien mauvais caractère à Lacroix.
La poursuite a voulu prouver qu'un des canons du pistolet de Whelan avait été trouvé fraichement chargé avec une cartouche qui n'était pas faite pour le canon que je viens de mentionner et qui y a laissé une marque tout autour. Voilà le pistolet, voilà une cartouche, vous essaierez vous-mêmes de faire l'expérience et vous tournerez la balle aussi longtemps que vous voudrez dans le canon du pistolet sans y laisser de marque. Cette marque existait donc auparavant.
Maintenant qu'a fait le prisonnnier, le soir du meurtre ? Il s’est rendu tranquillement chez lui, vous en avez eu la preuve. En prison, iln'a pas hésité à reconnaitre M. John McGee, il n’a pas nié sa visite chez l'hon. T. D, McGee le jour de l'an. Est-ce ainsi qu'aurait agi un homme réellement coupable ? :
Quant à la prétendne confession de Whelan,n'accueillez les dépositions à charge qu'avec les plus: grandes précautions. Que d'innocents ont été victimes de pareilles dépositions ! Je viens vous en citer plusieurs cas. — (Ici l’hon. Monsieur fait plusieurs citations). Enfin, MM. les jurés, pourquoi la poursuite n’a-t-elle pas fait comparaitre Doyle ? Doyle qui, d’après le savant avocat de la Courvnne, & été longtemps le confident intime du prisonnier ? — Vous serez surpris, comme moi, de cette réserve de la couronne.
Je ne fatiguerai pas plus longtemps votre attention, MM. les jurés. Souvenez-vous encore que la justice n'est pas la vengeance et ne condamnez le prisonnier que sur des preuves claires et indiscutables. J'ai fait mon devoir, je vous ai démontré comment et pourquoi je suis arrivé à me convaincre de l'innocence du prisonnier, innocence qu’il m’a jurée lui-même. (Sensation.) Faites maintenant votre devoir, MM. les jurés, et que Dien vous soit 6 aide.
Vers midi, M. J. O’Reilly commence son
réquisitoire :
Plaise à Votre Honneur, MM. les jurés,
Mon honorable ami, M. J. H. Cameron, a bien voulu admettre que, dans cette cause, tous les moyens avaient été pris de rendre justice au pri sonnier. Je sais que, de son côté, il n'a rien négligé à cet égard et, pur ma part, j'en ai fait autant, Vous venez d'entendre un éloquent discours de l'avocat de la défense. Mais que ces élo-. quentes paroles, MM. les jurés, no détournent votre attention des faits. Mon honorable ami a. parlé de « préjugés.» Ah! S'il y a eu des préjugés, : dans le ublic ou dans les témoignages, ces :
jugés n'étaient autre chose que l'horreur du crime . dccompli. Le public attend, avec anxiété, qué
Ses soit rendue ; il attend cela de vous, MM. les jurés.
‘Je me bornerai à vous récapituler les faits. Je n'ai pas besoin de vous dire qui était M. McGee et lesregrets universels qu'il a laissés dans le pays. On vous dira qu'en condamnant le prisonrier, vous énlèverez un homme à l'affection de son épouse et de ses amis. Mais celui que le Canada pleure a laissé également une épouse affectionnée, et des enfants tendrement aimés auxquels il a été ravi de la manière la plus cruelle. On vous dira que le enr cst dans la fleur de l’âge. Pauvre M.
cGee, il était, aussi lui, dans la fleur de l’âge et dans toute la splendeur de son talent.
Suivons un peu les traces du prisonnier depuis la première fois que nous en avons entendu parler.
Nous le trouvons à Québec exerçant le métier de tailleur et engagé dans une compagnie de cavalerie volontaire.
Deux ans plus tard, nous le trouvons à Montréal où ilse donne le nom de Sullivan.
Au mois de septembre dernier, avait lieu l'élection de M. McGee dont l'adversaire était M. Devlin. Le prisonnier est très-excité durant cette élection.
TI] est assez ordinaire que des gens se montent la tête durant une élection mais ii y a loir de là au langage tenu par le prisonnier tel que rapporté par les témoins Faulkner, Turner et Wade.
Il appelle M. McGee “ traître ”, il dit qu'il mériterait (M. McGeei d’être ‘tué comme un chien”. Le | dd porte constamment un pistolet sur lui.
1 l'emporte à un pique-nique et là il s'exerce au tir.
11 dit devant le témoin Inglis, que “ M. McGee bien qu’élu ne prendra pas son siéve en chambre et du moins ne rügnera pas lcngtemps. Qui l'en empêchera, Ini demanda Inglis ?—Moi, si personne ne s'en charge, répondit-il. Le prisonnier est encore plus explicite avec Turner dort il avait fait son ami intime, puisque vous avez vu une photographie où Turner et le prisonnier sont ersernble.
C’est à Turner que le-prisonnier dit «qu’il brülerait la cervelle de ce : …..é saiaud de MeGee.» Le prisonnier répète sans cesse ses menaces comme s’il était constamment préoccupé de l’idée de tuer M. MeGee. Il dit un jour à sa femme qu'il tuera M. MëGee dont il lisait un discours contre le fénianismé. Ilquitte sa maison et ne’ revient que deux jours plus tard et dit qu’il est allé chez M. McGee. Il dii, devant d’autres témoins, que M. McGee a eu de la chance que sa maison n'ait pas été brülée la nuit du jour de l’an. Ces menaces répétées ne dénotent-elles pas, chez le prisonnier, un projet bien arrêté d'assassiner M. McGee ? Le témuignage du témoin Wade vousa en outre démontré l’existence d'un complot politique contre la vie de M. ‘McGee.
Le prisonnier, portant alors le nom de Smith, est désigné pour commettre le crime. Nous n'avons pas encore le fil de cette consr'ration, mais Dieu m'est témoin que s’il y a possibilité de la découvrir, je la découvrirai pour la paix et l'honneur du Canada. Le jour de l’an, alors que tous les cœurs sont ouverts à la réconciliation et à des sentiments de paix, le
risonnier, sa haine dans le cœur, va frapper, vers
heures du matin, à la porte de M. MeGee. Celui-ci le fait introduire, mais en disant à son frère Jchn McGve : « Reste nrès de moi.» M. MéGee, à 2h. 20m. du matii, remet une lettre au prisonnier pour le chef de police; celui-ci ne ia reçoit qu'à 4h. 45m. Or, le prisonnier, habitué aux élections, connaissait
parfaitement toutes les stations de police de Montréal. Ce retard et toutes les démarches antérieures pouvaient-ils avoir un bon but, je vous le demande, MM. les jurés ? De retour à Ottawa, Whelan rencontre Doyle qui lui demande si, à Montréal, :il (RSA était allé chez M. McGee. Or, jusqu'à présent, la déposition de Turner n’a pas été ébranlée. Whelan suit M. McGee de Montréal à Ottawa, et d'Ottawa à Montréal, et ik se trouve à Otiawa lorsque M. McGee y arrive lui-même pour la secorde partie de la session. Il demeure chez une dame Murphy, puis chez un nommé Michael Starr. Ile toujours un pistolet sur lui, dans un tiroir, dans son lit ou sur une chase. Il le porte même au parlement, cela vous a été prouvé. Or, pourquoi ? Pourquoi quitte-t-il sa femme à Montréal? Les gens de sa classe et de sa profession ne sont généralement pas des voyageurs armés de cette espèce, Continuons à suivre le prisonnier : M. McGee est à la chambre, le 6 avril dernier. Whelan y est aussi. Il arrive à 9 heures, il est très-agiié. IL n’est pas seul; il a quatre compagnons. M. McGee parle, il défend la mission du Dr. Tupper et l’union des proviuces, il est plus éloquent que jamais. Le prisonnier n’est pas ému de son éloquence. Il le guette, il letraque partout. M. McGee va un instant à la bibliothèque. Le prisonnier le suit et l’épie. dans le passage. Il l’épie à l'entrée principale du parlement lorsque la chambre est ajournée. Et .il.est seul, notez bien cela. Le témoin Downes a déclaré, que Whelan avait quitté la chambre avant tous les autres spectateurs. Je vous prie de noter ce détail.
M. McGee pensionnait chez Mme. Trotter. Le prisonnier se rend tard à l'hôtel tenu par cette dame, probablement pour guetter M. McGee. Il prend tous les prétextes pour entrer dans la maison et y rester le plus longtemps possible. Il fait la même chose à l'hôtel McKenna. Pourquoi veillet-il si tard ? Il peut rentrer à toute heure à sa maison de pension, chez Starr. Vous avez eu cette assurance de la servante Eliza Tierney qui vous a dit que jamais la porte en arrière n’était fermée. Remarquez aussi qu’en sortant du parlement, il ne suit pas les personnes qui vont à la basse-ville:où il demeure lui-même, mais qu’il marche en tête des personnes qui se rendent à la haute-ville où demeurait M. McGee. A:t-il suivi M. McGee jusqu'à la porte de Mme. Trotter? Les pas hâtifs, les coups précipités que Mme. Trotter a entendus étaient-iis les pas de M. McGee, étaient-ils des coups frappés par lui pour enirer vite afin d'éviter le coup fatal qu’il voyait le menacer? Dieu le sait! Dieu avu le meurtrier, et le pauvre M. McGee l’a vu aussi !
J'en viens à la déposition du témoin Lacroix. La défense a dit qu'il était ignorant et a voulu prouver que c'était un van{ard et un menteur. Ignorant, je le veux bien. : Lacroix appartient à la basse classe parmi les Canadiens-français. Mais si menteur qu'il soit, il n'aurait pu donner une déposition aussi logique et aussi bien suivie que la sienne, à moins d’être un homme excessivement habile, que dis-je ? un homme de ia plus grende instruction et de la plus grande sagacité. Il a très-bien rendu ‘compte de sa présence sur les « flats ; » il allait pe louer une maison et, en effet, il a déménagé le lendeixain, La défense n’a aucunement prouvé qu'il n’était pas
allé sur les «flats.s Vous avez tous re ué, comme moi, la logi e inflcxible de son récit, Mais ourquoi, dit la défense, Lacroix n'a-t-il pas crié
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tomber? Que chacun de vous, MM. les jurés, se mette à la place de Lacroix. Supposez-vous à New-York ou à Philadelphie en pareïle occurrence. Resteriez-vous sur le théâtre du crime au risque d’être vous-mêmes accusés d’avoir commis le meurtre?
Ajoutez que Lacroix ést le type du Canadien de la basse classe, qu’il est ignorant et timide. Quant à l'accusation de vanfard et de menteur portée contre Lacroix par des témoins qui avaient la Sainte Bible dans une main etun billet de cinq piastres dans l’autre, vous me permettrez .de ne pas m’y arrêter. Je vous rappellerai encore, à propos du témoin Lacroir, qu'il a été vu le matin du meurtre, vers 2. 20 heures, se rendant tranquillement chez lui. Dans l'examen des objets trouvés sur Whelan vous avez remarqué un pistolet dont un des canons était déchargé. La balle trouvée sons la porte de la maison Trotter s’ajuste exactement au canon du pistolet.
Lacroix a décrit comment M. McGee était tombé. Son témoignage est corroboré par celui de Madame Trotter, Oh ! c’est bien la Providence qui a envoyé ce pauvre habitant Canadien sur la route du meurtrier ! Le savantavocat de la défense a voulu prouver, en vous citr- ‘ de savants.auteurs, qu'on ne devait pas se fier aux témoignages reposant sur des conversations entendues. Or, tout ce qu’il vous a cité a trait à des phrases détachées ; mais il s’agit ici d’une conversation suivie et si, en en rendant compte, l’officier de police Cullen s’est parjuré, pourquoi n’en pas di? autant ue tous les témoins de la poursuite ? Si tous ‘es témoins se sont F arjurés, que le sing innocent retombe sur eux !
(Ici M. O'Reilly lit toute la conversation telle que rédigée par le schérif sous la dictée de Cullen.) \
T1 continue :
Observez ceci, MM. -iss jurés : Dans cette conversation, Whelan dit :—< vous étions trois, l’un ici, l’autre là : je. ‘6 celui-ci comme un chien.» Quelle est cette troisième personne ?—Nous n’on savoris rien, mais le doigt de la justice saura la trouver, j'en ai l'espoir.
Dans cette même conversation, Whelan a dit «qu'il était désormais un grand homme et que son nom passerait à la postérité. »
“Oh! oui, le nom du meurtrier de D’Arcy McGee passera à la postérité mais avec l’exécration universelle ! Hess st Lyttle confirment la teneur de la conversation entre Whelan et Doyle. Assumeraientils pareille responsabilité sans bonne cause ?
- Mais pourquoi, dit l’hon. J. H. Cameron, la poursuite n’a-t-elle pas fait comparaitre Doyle ?
Je réponds: Dans cette conversation dont je viens de vous parler, Doyle a dit : ‘ Whelan, je suis fâché que tu aies fait ce coup-là !” (parlant du meurtre de M. McGee.)
Après une semblable déclaration, si la défense avait voulu faire comparaitre Doyle pourquoi ne l’ait-elle pas fait ?-Elle était libre de le faire ! Il était plus facile d'appeler Doyle enfe:mé à quarante pas d'ici, que de faire venir Mitchell de Cincin-
‘Ici, M. J. O’Reilly fait observer aux |
jurés que le journal de Storr annule tout-àfait: Ja dépos!
déposition du témoin Quinn,
Il termine par ces quelques paroles :
Vous avez un grand devoir à remplir, MM. les jurés ; vous avez entendu les témoignages et vous allez entendre le résumé de Son Honneur le Juge. Je sais que vous rendrez un verdict conforme à ce que vous dictera votre conscience. Ainsi que Dieu vous soit en aide !
Il est 1 houre, la Cour s’ajourne pendant 1 heure et demie, et, à la reprise de la séance, Son Honneur le Juge Richards commence à récapituler la cause.