‹ Procès de Patrick James Whelen [microforme]Chapitre 18 sur 19 · HUITIÈME JOUR · texte numérisé non relu

HUITIÈME JOUR

Ottawa, le 15 sept, 11 heures, P. M.

A9 h.10 m. le jury entre à la cour et rapporte un verdict de COUPABLE.

e prisonnier ne trahit aucune émotion.

Il se lève et parle en ces termes :

Plaise à Votre Honneur, Messieurs les jurés,

J'ai été jugé et trouvé coupable du meurtre de M. MeGee. Eh bien ! sur le bord de ma tombe, en présence de Dieu ot des hommes, je vous déclare q'ie je SUIS INNOGENT DE CE CRIME. On m'a accusé de fénianisme : je vous déclare que je n'ai jamais appartenu à cette société non plus qu’à L'Hibernian Sociely, à Montréal, ni à la société St. Patrice, à Ottawa. J’ai été élu Marshall à la dernière célébration de la St. Patrice, à Ottawa, uniquement parce que je monte assez bien à cheval. À Québec, je l'avoue, j'avais la malheureuse habitude de boire, etun jour que j'étais à la taverne, avec un nommé O’Brien, j'ai entendu celui-ci offrir $20 à un soldat de la brigade du Prince consort pour entrer dans la société fénienne. Je fus conduit devant le juge Maguire et acquitté. Je me donnai le nom de Sullivan,—qui est le nom de ma mère,—afin de ne pas voir mon propre nom afliché } dans les journaux. J'ai été sergent dans la cavale- A rie volontaire de Québec et le capitaine Scott aurait | pu rendre un bon témoignage de ma conduite et de ma moralité, Je suis connu à Québec d’une foule de personnes sous le nom de Whelan., Je quittai Québec pour me rendre à Montréal où jai résidé un an ou dix-huit mois. Je n’ai aucunement pris part à l'élection McGee-Devliu. Une personne d'Otdawa m'écrivit pour me demander d'agir comme | clerc au poll (scrulineer) à cette élection. Je ne | savais pas même ce qu'il entendait par scrulineer et je refusai. Je vins à Ottawa au mois de novembre. À Je louai une maison sur le marché, avec l'intention de m'’établir permanemment dans la capitale. J'écrivis à ma femme plusieurs lettres dans lesquelles je lui disais que j'irais la retrouver certainement à Montréal vers Noël. Ja veille de Noël, je partis d'ici par le train d'une heure, Vers minuit j'arrivai à Montréal et j'allai d'abord à l£ taverne de madame Scanlan, et j'y demeurai ensuite pendant quatre jours, après le premier de l'an. Le soir du jour de l’au, j'étais à boire, avec deux amis, dans une maison bien connue. De la bar-room, où j'étais assis, j'entendis des gens qui disaient : « c'est ed soir que la maison de McGee sera brûlée,» Je

dis à l’un de mes amis qu la seule chose à faire était d'aller avertir M. McGee. :

En conséquence, j'allai avec mon ami chez ce Monsieur et je l’avertis. Son frère, John McGee, n’était pas là et il n’a rien entendu, c’est mon compagnon qui se nomma Smith et non pas moi. Je me nommais le moins possivle parceque je savais qu’on m'avait menacé plusieurs fois et que ma vie était en danger. Deux ou trois jours après, je revins ici et me mis au travail sans songer aucunement à M. McGee. J'avais l'habitude d'aller à la chambre après ma journée. J’y étais le 6 avril au soir. Buckley me donna quatre ou cinq cartes d’entrée ce soir-là. Je suis sorti 1 première fois, entre 16 et 11h. Je sortis ensuite plusieurs fois pour une raison que le Dr Sweetland, qui me soigne depuis que je suis incarcéré, pourrait parfaitement expliquer. de n'ai point fait le guet à l’entrée principale. Dans la galerie, je n'ai point fait le geste de menacer M. McGre. J'ai vu Sir John A. McDonnald quitter la

chambre et monter en voiture. Je suis parti moimême par l'allée de gauche (celle qui conduit à :

l'hôtel Russell et à la basse-ville,) et non par l'allée centrale, J'étais habillé tout de noir comme aujour-

d’hui. Je n'avais point de poche de côté à mon

habit et mon pistolet etait dans une poche de mon pantalon que j'avais faite exprès pour l'y mettre. Je

m'en allai tout droit à ma maison de pension et y : . Je descendis à sept heures du matin. En:

allant à la ehambre, le soir du meurtre, je m’arrêtai à l'hôtel Russell et je parlai à Doyle. Je lui dis que

j'allais quitter l'emploi de P. A. Egleson. Il m'en :

dissuada en disant que c’était inutile, puisque je

devais bientôt me mettre à mon compte. C'est tout

ce que nous dimes. Doyle pensionnait vuez Madame McKenna et il est vrai que j'y suis allé l’attendre une fois à 2h. du matin. Je suis aussi allé quelquefois chez Mme Trotter. Mais j'ignorais complètement que M. McGee y pensionnait. Le matin

du jour où je fus arrèté, je me levai à 7h et je partis :

sans déjeûner parceque le déjeüner n’était pas prêt. Je travaillai jusqu’à midi à un ouvrage pressé et je vins diner à midi, à la pension. En sortant le l’atelier, j'entrai au magasin et l’on mo dit que Peter Egleson était arrêté. Je voulus le voir à l’hôtel-deville, mais or me refusa l’entrée. J’allai ensuite chez Mme Quinn, après diner, puis chez un tailleur voisin de Mme Trotter ; puis je retournai au travail, Ce soir-là j'allai à un meeting ; j'avais mon pistolet, les cartouches et la baguette dans les poches de mon pardessus. En revenant à ma pension, je fus arrêté par l'agent de police O'Neill. On ne me dit pourquoi l’on m'avait arrêté que deux heures après, et l’on me dit alors que le fils de Mme Trotter m'avait vu tourner le coin de l’Imprimerie de la Reine, après avoir tiré le coup. Or, cela est faux.

On a dit aussi qu’on m'avait vu entrer dans la cour de Brown, qu'on avait constaté les traces de mes pas sur la neige ; c’est encore faux et, du reste, on s’est bien gardé de produire cette preuve. Le 22 avril, on u amené le nommé Lacroix à ma cellule etil a dit en français : «Je ne le connais pas.» Il ne m'avait jamais vu, j'en suis bien sûr. is l'on me fit descendre dans l'Office de la prison et là, en résence de dix ou douze personnes, Lacroix à qui e schérif Powell (Dieu lui pardonne !) avait fait le leçon, dit : « c’est lui !» Depuis ce pr) j'ai tou-

jours été mailtraité en prison, Le schérif m'a dit une fuis qu’il « pourrait rosser (beat) sept féniens comme moi, » Ët pourquoi tous ces mauvüis traites

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qu'il n’y a point de justice pour les Irlandais catholiques, parce que certaines gens sont animées contre eux des plus mauvais préjugés. Et pourtant je suis et j'ai toujours été un sujet loyal de la noble femme (la Reine) dont je vois le portrait ici audessus du siége de Votre Honneur. Je l'ai servie fidèlement pendant neuf années, dont quatre aux Indes, et je serais encore prêt à verser la dernière goutte ds mon sang pour elle! Je n’ai jamais eu de préjugés contre M. McGee. Je le reconnaissais pour un homme habile, la gloire de ses compatriotes. Je suis ici la triste victime des passions politiques et des préjugés religieux. Quant à vous, MM. les jurés, je dois et je veux vous exonérer de tout blâme. A vot*e place, après avoir entendu la longue suite de témoignages Pabriqués pour ma perte j'aurais jugé comme vous. Mais où est ici la liberté dont les étrangers jouissent en Angleterre? Elle n'existe pas ! Les passions et les préjugés feront du Canada

’enfer sur cette terre, pour les Irlandais catholiques

eurtout 0000000 00000000 00000000 00000000 0000000600 000000 000000

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