PREMIER JOUR
Ottawa, le 7 septembre, 9 h. À. M.
Une affluence considérable se presse aux abords de la cour et l’on voit, aux conversations animées, que Whelan est le sujet de vives préoccupations. Douze où quinze zapporteurs sont entassés dans la petite galerie dont je vous ai parlé l’autre jour. J'y remarque deux sténographes envoyés par la presse associée de Montréal, et les ra
orteuxs ordinaires du Leader et du Globe e Toronto.
Son Honneur le maire d'Ottawa, le col.
Gray, M. P., M. Macfarlane, M. P., le col.
Coffin etsa dame, M. J. Curricr, M P, F.
Burton, M. P., et plusieurs notabilités de la ville sont admises ‘ans l'enceinte réservée au barreau. Le frère de Whelan et le frère du témoin Buckley me sont signalés dans l'auditoire. Il est de plus en plus déplorable qu'on n’ait pas songé à avoir une salls plus grande pour la circonstance, mais il
paraît que l’hon. premier d’Ontario a tenu, jusqu’au bout, à son idée de faire conduire l'affaire Whelan en tous points comme le cas le plus ordinaire. Le public est décidément d’:n autre avis.
MM.. Hillyard Cameron, -Mathrw OC.
Cameron, Kenneth McKenzie, J. O'Farrell, P. J. Buckley, avocats et conseils de la défense, sont assis à l'extrémité de la table en fer-à-cheval réservée au barreau, et, av commencement de la séance, semblent tenir un caucus très-animé. Son Honneur le jage Richards prend le fauteuil à 9 heures et demie et Whelan est aussitôt amené. Sa tenue est aussi soignée que le premier jour, seulement il est très-pâle. A l'appel des témoins, le frère de l’hon. T. D. McGee et Alexander J. Turner ont répondu. Whelan me parait excessivement agité, et son agitation nerveuse est surtout manifeste lorsque le greffier de la cour l’interpelle, À l'appel des jurés, il regarde successivement chacun d'eux avec un air que j'appel-
lerai poliment ‘ une grande assurance, ”
our ne pas dire ‘ effronterie. ” Un des Jurés, nommé J. Sparks, est récusé par la défense, parce que,le lendemain du meurtre, il aurait Git, devant témoins, que ‘“ si lui, J. Sparks, faisait partie du jury, Whelan était sûr d'être pendu ? ”
Plusieurs autres questions s'élèvent à propos des jurés dont, vu l'heure avancée, (11 h. 25,) je ne pourrai vous donner la liste que demain.
La femme de Whelan entre à la cour.
C’est une personne âgée, que l’on pourrait aisément prendre pour la mère du prisonnier.
Au moment où je ferme ma lettre, il vient de s'élever une difficulté au sujet d’un juré nommé Geo, Kavanagh. Il parfit que ce juré aurait dit que, “d’après les rapports des journaux, Whelan était coupable, ” et la défense veut le récuser pour cette cause.
M. O'Rally prétend que ce n'est pas sa propre opinion que ce juré a exprimée, mais qu’il n’a fait que répéter celle des journaux.
Je vous donnerai demain la suite de cet incident.
Ottawa, Le 7 sept., midi.
Son Honneur le juge Richards donne sa décision en faveur de la poursuite, en ce qui concerne le juré Geo. Kavanagh, après quoi le jury est assermenté ; en voici la liste :
William Purdy, Wm. Morgan, Thomas Weatherby, Robert W. Brown, John Eccles, John Wilson, Matthew Heron, Wm. Gambie, George Kavanagh, Robert McDaniel, Benj. Hodgins, Samuel Conn.
M. J. O’Reilly adresse alors la parole aux jurés. Son discours, qui n’a duré qu’une petite demi-heure, peut être facilement résumé, vu qu'il ne contient aucun détail ignoré du public. Patrick J. Whelan est accusé d'avoir volontairement et: maliciousement assassiné l’hon. T. D. McGee, dans la nuit du 6 au avril dernier. M. O’Reilly explique aux jurés la nature de ce crime, aux yeux de la loi, et il en fait ressortir tout l'odieux, puis il leur indique leurs devoirs envers l'accusé lorsqu'ils auront entendu tous les témoignages. Enfin, il leur remet en mémoire les détails des principaux faits : M. McGee quittant la Chambre des Communes entre 1 heure et dem'e et 2 heures du matin, accompegné de M.
MacFarlane, M. P., puis de P. Buckley et,
vers 2 heures et demie, assassiné à ‘a porte de la ‘“ Toronto House ”” …. En deux mots, M° O'Reilly fait du meurtre un historique aussi court mais aussi précis que possible,
Vers midi et demi, les témoins sont assermentés.
Pauz FRÉCHETTE, étant assermenté et interrogé par M. J. O’Reilly, répond :
J'étais en cette ville le 6 avril dernier, employé au bureau de poste de la Chambre des Communes. Je me rappelle très-bien que, ce même jour, la chambre des communes s’est ajournée vers 2h. 15m. ou 2h.
20m. du matin ; j'étais de service à cette heure. En sortant, j'ai aperçu, à quelque distance devant moi,M. McGee, accompagné de M. MacFarlane ; il faisait un beau clair de lune. M. McGee est sorti du carré des bâtisses publiques par la barrière qui donne sur la rue Metcalfe. J'aivu MM. McGee et MacFarlane au coin des rues Metcalfe et Sparks, où ils se sont séparés. Je descendis la rue Metcalfe jusqu’à la rue Queen où se trouvait ma maison de pension. M. Mac- Farlane se dirigea du côté de l'hôtel Russell et M. McGee traversa la rue Sparks, pour prendre le trottoir qui conduit jusqu'à la Toronto House. ” (Ici, M. Geo. H. Perry, À. P., moutre un plan des rues mentionnées
ar le témoin et décrit le trajet de M. Mc-
ree.) M. Fréchette continue : Au coin des rues Sparks et Metcalfe, M. McGee a été rejoint un instant par P. Buckley, mais il a descendu seul larue Sparks. Je pensionnais chez Mme Robiteiile, dont la maison est située du côté Sud de la rue Queen, J'ai entendu un coup de feu environ 7 ou 8 minutes après avoir quitté la chambre des communes. Lorsque M. McGee et Buckley se sont quittés, j'ai entendu ce dernier dire : “ good night, M. McGee, ” et celuici a répondu : “ good morning. ”
J’ai entendu le coup de feu au moment où je me trouvais vis-A-vis la maison qui avoisine celle de Mme. Robitaille. M. Mc- Gee aurait pu, d’après les distances, avoir, à ce moment, le temps de sé renüre à sa maison de pensicn, la ‘“ Toronto House. ” Lorsque j'ai perdu de vue M. McGee, au coin des rues Metcalfe et Sparks, il était en bonne santé et, depuis, je ne l’ai jamais revu, ni vivant ni mort.
Interrogé par M. H. Cameron : — J'ai quitté la Chambre des Communes à 2 heures 20 minutes du matin. Quelques memthres du parlement allaient et venaient dans le vestibule qui fait face au bureau de poste. Je n’ai remarqué personne dere
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