‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 100 sur 171 · DEPOSITION DU DUC D'ALENCON · texte numérisé non relu

DEPOSITION DU DUC D'ALENCON

et détenu dix-sept mois dans la tour du Louvre. 11 mourut en 1476.

Parmi les capitaines compagnons de Jeanne, le duc d'Alençon était celui qui avait le plus vécu dans son intimité. Sa déposition est une mine de faits et de mots expressifs, où se peignent la gentillesse d'esprit et la hauteur d'âme de la Pucelle :

Un jour que j'étais à chasser aux cailles, près Saint- Florent-les-Saumur,.unde mes courriers vint m'annoncer qu*il était arrivé près du roi une jeune fille qui se déclarait envoyée de Dieu pour mettre en fuite les Anglais et faire lever le siège d'Orléans. Sur cette nouvelle, je me rendis à Ghinon le lendemain. J*y trouvai ladite Jeanne conversant avec le roi. Comme j'approchai, Jeanne demanda qui j'étais — « C'est mon cousin, le duc d'Alençon, » répondit le roi. — « Vous, soyez le très bien venu, me dit Jeanne. Plus on sera ensemble du sang du roi de France, mieux cela sera*. »

Le jour d'après, Jeanne vint à la messe du roi, et, quand elle l'aperçut, elle lui fît révérence. Le roi la conduisit dans une chambre. Le seigneur de la Trémouille et moi, nous étions avec lui. Il avait fait retirer tous les autres et nous avait retenus. Alors Jeanne adressa aji roi plusieurs requêtes. Elle lui demanda

i . « Vous soyez le très bien veau (en français), Quanto plures erunt de sanguine régis Franciœ insimul» tanto melius ».

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particulièrement de faire don de son royaume au Roi des.cieux, après quoi le Roi des cieux ferait pour lui ce qu'il avait fait pour ses prédécesseurs et le replacerait en Tétat de ses pères*. Ce même jour, le roi étant allé à la promenade, Jeanne fît en sa présence une course, lance en main. Ayant vu comme elle avait bonne mine à courir et porter la lance, je lui fis don d'un cheval.

Le roi finit par décider que Jeanne serait, examinée par les gens d'église. A ce soin furent délégués Tévêque de Chartres, confesseur du roi; Tévéque de Senlis; Tévêque de Maguelonne; l'évèque de Poitiers; maître Pierre de Versailles, depuis évoque de Meaux; maître Jourdain Morin, et plusieurs autres dont les noms ne me reviennent pas. Ils interrogèrent Jeanne en ma présence, lui demandant pourquoi elle était venue et qui l'avait fait venir au roi. Elle répondit qu'elle était venue de la part du Roi des cieux et qu'elle avait des voix et un conseil qui lui dictait ce qu'elle avait à faire. Mais là-dessus les souvenirs me manquent.

Dans la suite, un jour qu'elle dînait avec moi, Jeanne me déclara qu'elle avait été beaucoup examinée, mais savait et pouvait plus de choses qu'elle n'avait dit à ceux qui l'interrogeaient*.

1. « Fecit regi plurcs requestas, et inter alias quod donaret regnum suum Regi cœlorum, et quod Rez cœlorum, post hujusxnodi donationem, sib! faceret prout fecerat suis prosdecesBOribus et eum reponeret in pristioum statum. »

2. « Dixit loquenti quod ipta fuerat muitum examinata ted plura sciebat et poterat quam dixiiiet eam interrogantibus. »

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Après avoir OUÏ le rapport de ceux qu'il avait commis pour l'examiner, le roi voulut encore que Jeanne allât â Poitiers; et là eut lieu un second examen où je ne fus pas présent. Je sais seulement que, Texamen fini, on relata au conseil du roi que les examinateurs de Jeanne avaient dit qu'ils n'avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et qu'attendu la nécessité où on était, le roi pouvait s'aider d'elle.

. Là-dessus, le roi m'envova vers la reine de Sicile * m'occuper des préparatifs d'un convoi de viwes pour l'armée qui devait être dirigée sur Orléans, je trouvai près de la reine le seigneur Ambroise de Loré et le seigneur Louis, dont je ne me rappelle pas l'autre ,nom^, qui préparaient le convoi. Mais l'argent manquait. Pour en avoir et payer les vivres, je revins vers le roi. Je lui appris comme quoi les vivres étaient prêts et qu'il ne restait qu'à avoir de quoi les solder ainsi que les hommes d'armes. Le roi envoya des gens qui délivrèrent les 3ommes nécessaires, si bien qu'hommes et vivres, tout fut prêt pour se diriger sur Orléans et tenter si ou pourrait faire lever le siège.

Jeanne, à qui le roi avait fait faire une armure et des armes, fut envoyée avec l'armée, et on partit.

\ . Il s'agit de la belle-mère du roi, Yolande d'Aragon, femme de forte tète qui secondait activement son gendre. C'est elle qui fit venir à Blois le h\é néce0saire et organisa le convoi.

2. « Domioum Ludovicum, de oujus cognomine non recordatur. » — Il s'agit sans doute de Louis de Culan, amiral de France, qui sera explicitement cité par Dunoîs dans sa disposition (voir page 189).

De ce qui se passa en route et à Orléans je ne sais rien que par ouï-dire; je ne m'y trouvai pas et je ne partis pas avec le convoi. Mais ce que je sais bien, ayant vu plus tard les fortifications élevées par les Anglais, c'est que les bastilles de l'ennemi furent prises par miracle plutôt que par la force des armes. C'est vrai surtout du fort des Tourelles, au bout du pont, et du fort des Augustins. Si j'eusse été dans l'un ou dans l'autre avec un petit nombre d'hommes d'armes, j'aurais bien osé défier pendant six ou sept jours la puissance d'une arn\ée; et il semble bien que les agresseurs n'auraient pu s'en rendre maîtres. Au reste, j'ai entendu des capitaines qui avaient pris part aux opérations déclarer que ce qui s'était fait à Orléans tenait du miracle; que c'était là une œuvre d'en haut, non une œuvre humaine. C'est ce que m'a dit notamment, à plusieurs reprises, le seigneur Ambroise de Loré, naguère gouverneur de Paris,

Après la levée du siège d'Orléans, je revis Jeanne, que je n'avais plus vue depuis son départ d'auprès du roi. Nous fîmes tant qu'il fût rassemblé jusqu'à six cents lances. Notre désir était de marcher sur Jargeau, que les Anglais occupaient. La première nuit, nous couchâmes dans un bois. Le lendemain, à la pointe du jour, arrivèrent d'autres gens d'armes du roi, que conduisaient le seigneur bâtard d'Orléans, le seigneur Florentin d'Illiers et quelques autres capitaines. Une fois réunis, nous nous trouvâmes au nombre de douze cents lances environ.

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