‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 108 sur 171 · Le mot est en français dans le texte · texte numérisé non relu

Le mot est en français dans le texte

et le seigneur de Trêves en Anjou, ancien chancelier de France, lorsque Jeanne, qui se disposait à entrer chez lui, frappa à la porte. Presque aussitôt, elle franchit le seuil, se mit à genoux et, tenant embrassées les

jambes du roi, elle lui dit ces paroles ou d'autres semblables : « Gentil dauphin, ne tenez pas davantage tant et de si interminables conseils; mais venez au plus vite à Reims pour prendre votre digne couronne* ». — Est-ce votre conseil qui vous dit cela? » lui dit le seigneur d'Harcourt. — « Oui, répondit-elle ; et je suis très fort aiguillonnée là-dessus ^. » D'Harcourt reprit : « Ne voudriez-vous pas dire ici, en présence du roi, la manière de votre conseil, quand il vous parle? » Jeanne lui répondit en rougissant : « Je crois comprendre ce que vous voulez savoir, et je vous le dirai volontiers*. » Alors le roi : « Jeanne, vous plaît-il bien de déclarer ce qu'on vous demande, en présence des personnes ici présentes? » — « Oui », réponditelle ; et elle ajou,la les paroles suivantes ou d'autres semblables : « Quand je suis contrariée en quelque manière parce qu'on fait difficulté d'ajouter foi à ce que je dis

1 . « Nobilis delphine, non teneatis amplius tôt et tam prolixa consilia ; sed venite quam citius Remis, ad capiendum dignam coronam. »

2. Ipsa yero Johanna respondit: « Sic, quod erat plurimum stimulata de hujusmodi re.

3. Et tune prsefatus Cristophorus dixlt ipsi Johannse : « Non yelLetis vos dicere hic, in prœsentia régis, modum vestri consilii quando loquitur vobis. » Gui illa respondit, rubescendo : « Ego conciplo, inquit, satis illud quod vos yultis scire, et ego libenter dicam vobis. »

de la part de Dieu, je me retire à l'écart et je prie Dieu, me plaignant à lui de ce que ceux à qui je parle ne me croient pa9 facilement. Ma prière à Dieu achevée, J'entends une voix qui me dit : « fille Dé [fille de Dieu)i va, va, va, je serai à ton aide, va, » Et quand j'entends cette voix j'aî grande joie ; même je voudrais toujours l'entendre * . » Et, chose frappante, en répétant ce langage de ses voix, elle était dans un ravissement merveilleux, les regards levés vers le cieL

J'ai encore souvenir, qu'après les victoires que j'ai rappelées, les seigneurs du sang royal et les capitaines voulurent que le roi allât en Normandie et non à Reims. Mais la Pucelle fut toujours d'avis qu'il fallait aller à Reims pour y faire sacrer le roi. Gomme raison de son opinion, elle disait qu'une fois le roi sacré et couronné la puissance de ses adversaires irait toujours eu diminuant et que finalement ils ne pourraient nuire ni au royaume ni à lui '.Tout le monde se rangea à l'avis de Jeanne*

La première étape où le roi arrêta ses pas, avec son armée, ce fut devant la ville de Troj^es. Il y était à

1 . « Et ipsa respondit régi quod sic, et dixit talia verba aut similia : quod quaudo erat diipUceus aliquo modo, quia faciliter non eredebatqr ei da bis quse dicebat ex parte Deu retrabebat se ad partem, et rogabat Deum^ conquerendo sibi quia faciliter noa credebant illi qulbus ioquebalur ; et, oratioae «ua &ctaad Dcum, tuQC audiebat unam vocm dicentem sibi : « Fille Dé, va,\ra, va, je » serai à ton aide, va ; » et, quaudo audiebat dictam vocem, muitum gaudebat, imo desiderabat semper esse iu lUo statu ; et* quod fortius est, recitando bujusmodi verba suaruin tocuih, ipca miro modo exsultabat, lerando suos oculos ad ccBlum, »

2. (< Dicens quod, dum rex essetcoronatusetsacratus, potentia

tenir eonaeil avec leg seigneurs de soii sang et les autres cbeb de guerre, pour avi^r si on resterait devant la ville et l'assiégerait, ou s'il serait expédient de passer outre et d aller droit à Reims, ea laissant Troyes sur son chemin* Le conseil du roi était divisé entre avis divers. On ne savait lequel serait le plus utile, lorsque la Pucelle survint, entra au conseil et dit ces paroles ou d autres semblables : « Gentil dauphisi, ordonnas à vos gens de venir assiéger la ville de Troyes , et ne perdez pas le temps en de plus longs conseils : car, en nom Dieu, avant trois jours, je vous introduirai dans la place, ou de bon gré et par amour, ou par force et courage ; et grande sera la stupéfaction de la fausse Bourgogne ^ »

Aussitôt Jeanne s'en vint dans le camp, dressa sa tente près du fossé, et fit si merveilleuses diligences que tant n en auraient pu faire deux ou trois hommes de guerre des plus expérimentés et des plus fameux^, Elle travailla tellement pendant cette nuit^ que, le lendemain^ Tévéque et les bourgeois de Troyes don-

advorBaiûorum diminueretur semper, nec passent finaliter nocere slbi neque regno. » — Quel «ens politique merveilleux !

1. a Dlcens taiia yerba, vel ■iiuilla : u Nobllis delphine, jubeatis >» ^enire gentem Teitram et obsidere villam Trecenseiu, uec pro« » trahatis ampiius lougiora consilia, quia, ia noinine DomiLi, » ante très dies, ego vos intpoducam infra civitatem Trecensem, » amore, vel potentia seu fortitudine, et erit (àlsa Burgundîa » multum stupefacta. »

2. « Fixit tentorîa 011a juxta fossata, fecitque mirabiles diiigentias, quas etiam non feeisseiit duo vel très usitatl et magis famati homioes armoruoi, w

nèrent leur obéissance au rçi, tout frémissants et tout tremblants. Depuis, on sut qu*à partir du moment où Jeanne avait donné au roi Favis de ne pas se retirer de devant la ville, les habitants perdirent courage et ne songèrent plus qu'à chercher asile dans les églises.

La ville de Troyes ayant fait sa soumission, le roi alla à Reims. Il y trouva complète obéissance ; et là eurent lieu son couronnement et son sacre.

Après le sacre, quand le roi vint à la Ferté et à Crespy en Valois, le peuple accourait au-devant de lui, transporté de joie et criant: « Noël î » La Pucelle chevauchait alors entre Tarchevêque de Reims et moi. Elle se prit à dire : « Voici un bon peuple. Je n*en ai pas vu nulle part ailleurs qui montrât tant de joie de Tarrivée d'un si noble roi. Et plût à Dieu que je fusse assez heureuse , quand je finirai mes jours , pour être inhumée sur cette terre ! » A ces mots, l'archevêque lui dit : « Jeanne, en quel lieu avezvous espoir de mourir ?» — « Où il plaira à Dieu , répondit-elle. Je ne suis sûre ni du temps ni du lieu ; et je n'en sais pas plus que vous. Mais je voudrais bien qu'il plût à Dieu, mon créateur, que maintenant je me retirasse, laissant là les armes, et que j'allasse servir mon père et ma mère, en gardant leurs brebis avec ma sœur et mes frères, qui seraient grandement joyeux de me voir*.»

1 . Dixit verba quœ sequuutur : « Ecce bonus populus, nec vidi » ^uemcumque alium populum qui tantum lœtaretur de » adventu tam nobilis régis. Et utinam ego essem ita felix, dum

Maintenant, de la vie de Jeanne, de ses mœurs et de sa tenue au milieu des hommes d'armes, je n'ai que du bien à dire. Jamais il n'y eut plus sobre qu'elle. Le seigneur d^Aulon, chevalier, aujourd'hui sénéchal de Beaucaire, qui, vu sa grande sagesse et honnêteté, avait été mis par le roi à côté de' Jeanne quasi pour veiller sur elle, m'a dit plusieurs fois qu'il ne croyait pas qu'aucune femme pût être plus chaste que Jeanne ne l'était. Ni les autres ni moi, quand nous étions près d'elle, nous n'avions de pensée mauvaise. A mon avis, il y avait là quelque chose de divin.

Quotidiennement, Jeanne avait coutume, le soir, à la tombée de la nuit, de se retirer dans une église ^ Elle, faisait sonner les cloches à peu près une demi-heure et réunissait les religieux mendiants qui étaient à la suite de l'armée du roi. Puis elle se mettait en oraison et faisait chanter par les frères mendiants une antienne en l'honneur de la Bienheureuse Vierge, mère de Dieu!

» ego finirem dies meos, quod ego pôssem inhumari in ista » terra! » Quo audito, prsefatus dominus archiepiscopus dixit: « Johanna, in quo loco habetis vos spem moriendi ? » Ad quod respondit : « Ubi placebit Deo, quia ego non sum secura, » neque de tempore, neque de loco, amplius quam vos scitis ; » et utinam placeret Deo, creatori meo, quod ego nunc rece- » derem, dimittendo arma, et irem ad serviendum patri et » matri in custodiendo oves ipsorum, cum sorore et fratribus » meis,qui multum gauderent videre me. »

2. « Deponit quod ipsa habebat illum morem, in hora vesperum seu crepusculi noctis, omnibus diebus, quod se retrahebat ad ecclesiam. » — Je me permets de signaler ce passage au critique qui a taxé d'inexactitude le récit que je fais, pages 118 et 119, de Jeanne d'ârc ubératrice de la France.

11 y avait quinze jours que le comte de Suffolk avait élc fait prisonnier à la prise de Jargeau, lorsque fut envoyée audit comte une cédule en papier contenant qualre vers. Ces quatre vers portaient qu'une Pucelle devait venir du Bois-Chenu et chevaucherait sur le dos des archers et contre eux *.

Pour finir, je dirai qu'il arrivait à Jeanne de parler en plaisantant des choses de la guerre, et qn'afin de donner cœur aux hommes d'armes elle a pu annoncer beaucoup d'événements militaires qui peut-être ne se sont pas réalisés ; mais je déclare que, quand elle parlait sérieusement de la guerre, de son fait et desaTocation, elle se bornait à affirmer qu'elle était envoyée pour lever le siège d'Orléans, ponr secourir le pauvre peuple opprimé dans cette ville et dans les lieux voisins, et pour mener sacrer le roi à Reims.

i, « Quatuor versus facientes mentionem quod una Puella Ventura est du Bois-Chanu, et equftaret super dorsum arciteucutium, et contra ipsos. » — Le texte de Merliu, rappelé mais inexactement par Dunois, est, d'après le manuscrit 7301 de la Bibliothèque nationale : « Descendet virgo dorsum sagittarii et flores virgineos obs:ultabit. » Une vierge descendra le dos de t archer (lès archers étaient la principale force de Tannée anglaise) et cachera ses fleurs virginales, — Thomassin, dans le Registre delphiwdy cite le même texte, en substituant à a ohscultabit » « obscurabit », dérobera au jour, — De son côté, le doyen de Saint-Thibaud de Metz, dans sa chronique, allègue des « mètres trouvés es anciens livres de France », où il est dit :

« Ecce béant bella, fert tune vexilla Puella. n Voici qu*à bien tourne la guerre^ Quand Pucelle porte bannière.

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