‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 117 sur 171 · Legatis, sunt nova · texte numérisé non relu

Legatis, sunt nova

2. « Et postmodum fuit consolata, ut dicebat, quia habuerat nova a domino suo. »

des Anglais, el que c'était par grande gr&ce de Dieu qu'ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons parfaitement tenir, en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d'armes fassent demain une sortie. » Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil, et j'ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon seigneur s'accomplira et tiendra, et que le votre périra. » Et s' adressant à moi qui étais près d'elle : « Levez-vous demain de très grand matin encore plus que vous ne l'avez fait aujourd'hui, et agissez le mieux que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j'aurai fort à faire et plus ample besogne que je n'aie jamais eu. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein *. »

Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis, Jeanne alla à l'assaut de la bastille du Pont où était l'Anglais Glasdas. L'assaut dura depuis le'matin jusqu'au coucher du soleil, sans interruption. A cet assaut, l'après-dinée, Jeanne, comme elle l'avait prédit, fut frappée d'une

1. Respondit: « Vos fuistis in vestro.cousilio, et ego fui in « meo ; et credati8 quod consilium domini mei perficietur et « tenebit, et consilium hujusmodi peribit » dicendo eidem loquenti, qui tuncerat prope eam:« Surgatis crastina die summo « mane, et plus quam bodie feceritis, et eigatis melius quam « poteritis. Teneatis vos semper prope me, quia die crastina f< ego habebo multum agere et ampliora quam habui unquam, (( et exibit crastina die sanguis a corpore meo supra mammam. »

flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait *.

Quelques hommes d'armes, la voyant ainsi blessée, voulaient la charmer. Mais elle ne voulut pas, disant : « J'aimerais mieux mourir que de faire chose que je susse être un péché, ou contraire à la volonté de Dieu. Je sais bien que je dois mourir un jour; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S'il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie. » On appliqua sur sa blessure de l'huile d'olive avec du lard; et, ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi, en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l'assaut, en criant : « Glasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au roi des

» cieux! Tu m'as appelée p ; j'ai grande pitié de

» ton âme et de celle des tiens ^. » A cet instant, Glasdas, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé. Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l'âme de Clasdas et

1. Dura sensît se vulneratam, timuit et flevlt, et fuit consolata, ut dicebat. -

2. « Sed ipsa noluit, dicendo : Ego prsediligerem mori quam » facere aliquid quod scirem esse peccatum, vel esse contra voliin » tatem Dei ; » et bene sciebat quod semel debebat mori ; non tamen sciebat quando, ubi aut qualiter, nec qua hora ; seM, si ejus Yulneri posset poni remedium sine peccato, quod ipsa bene Yolebat sanari. »

3. « Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti régi cœlorûm. Tu me vocasti p....; ego habeo magDam pietatem de tua anima et tiionun* p

des autres, noyés là en grand nombre. Ce jour-là tous les Anglais qui étaient de Tautre côté du pont furent pris ou tués.

Le lendemain dimanche, avant le lever du soleil, les Anglais qui tenaient encore campagne autour d'Orléans se réunirent et vinrent jusqu'au bord des fossés de la ville. De là ils allèrent à Meung-sur-Loire, où ils restèrent quelques jours. Ce dimanche-là, il y eut à Orléans une procession solennelle, avec sermon. On décida ensuite d'aller trouver le roi ; et Jeanne se rendit auprès du roi. Quant aux Anglais, ils se retranchèrent à Jargeau, et Jargeau fut pris d assaut. Puis, ils furent vaincus et défaits près de Patay.

Jeanne avait à cœur de pousser en avant, pour le sacre du roi, comme elle l'avait dit. Elle conduisit le roi à Troyes en Champagne, et de Troyes à Ghâlons, et de Châlons à Reims. Là le roi fut miraculeusement couronné et sacré, ainsi qu'elle l'avait prédit dès les premiers jours de son avènement.

J'ai souvent entendu Jeanne répéter qu'il n'y avait dans son fait qu'un pur ministère * ; et quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s'est vu comme ce qui se voit en votre fait; en aucun livre on ne lit telles choses ; » elle répondg^it : « Mon Seigneur a un livre dans lequel oncques nul clerc n'a lu, tant soit-il parfait en cléricature*. »

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