Ipsa respondebat: « Dominus meus habet unum libnim in
Toutes les fois qu elle chevauchait par la campagne et qu'on arrivait dans une place, elle avait soin de loger à part, en compagnie de femmes.
Souvent, la nuit; je Tai vue se mettre à genoux, en priant Dieu pour la prospérité du roi et pour l'achèvement de la mission qu'elle tenait de Dieu. Et, certes, je crois fermement qu'elle était envoyée par Dieu; car elle n'accomplissait qu'œuvres bonnes et était pleine de toutes les vertus.
Quand on était en campagne, les vivres manquaient quelquefois ; mais jamais Jeanne n'aurait voulu manger des aliments acquis par pillage. Elle avait grande pitié des pauvres soldats, même de ceux qui étaient du parti des Anglais. Les voyait- elle à l'extrémité ou même simplement blessés, elle les faisait confesser.
Elle avait la crainte de Dieu ; et, pour chose quel- \ conque, elle n'eût voulu rien faire qui lui déplût. Aussi, ^ . lorsqu'elle fut blessée à l'épaule d'un coup d'arbalète qui Ja traversa de part en part, comme quelques-uns voulaient la charmer, lui promettant qu'elle serait guérie immédiatement, Jeanne répondit que c'était péché, et qu'elle aimerait mieux mourir que d'offenser Xotre-Seigneur par de tels enchantements *.
Je suis bien étonné que de si grands clercs qu'étaient ceux qui à Rouen livrèrent Jeanne à la mort, aient
quo unquam nuUus clericus (legit, tantum ait perfectus in clericatura. »
I . « Respondit quod erat peccaium, et quod mallet mori quain offendere Dominum nostrum per taies incantationes. »
osé un tel atlenlat. Comment ont-ils pu faire mourir cette pauvre fille, si bonne et simple chrétienne? Et cela si cruellement et sans cause ; car il n y en avait pas de suffisante, du moins pour une condamnation à mort. Puisqu'ils lui en voulaient tant de ce qu*elle avait fait à leur déplaisir, ils pouvaient la garder dans leurs prisons ou ailleurs. Mais ils étaient ses ennemis capitaux et ils agirent comme tels. A mon avis, ils ont assumé la responsabilité d'une sentence injuste.
Notre seigneur le roi et le duc d'Alençon connaissent très pleinement les faits et gestes de Jeanne. Ils sont même au courant de certains secrets qu'ils pourraient révéler s'ils voulaient.
Pour moi, il ne me reste rien à dire si ce n'est encore 6eci : Plusieurs fois Jeanne m'a dit que, si elle venait à quitter ce monde, elle voudrait bien que notre seigneur le roi fît faire des chapelles où Ton prierait le Très-Haut pour le salut des âmes de ceux qui étaient morts en guerre pour la défense du royaume *.
Telle est la déposition écrite et signée par moi, frère Jean Pasquerel, à Paris, l'année du Seigneur 1456, le vendredi, lendemain de l'Ascension. »
i. «IpsaJohanna pluries dixit eidem loquenti quod, si contingeret eam vitam finirc', quod dominus rex faceret fieri cappellas ad deprecanduni Altissimum pro salute animarum illorum qui obierant in guerra pro defensione regni. »
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