‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 120 sur 171 · XIV. — DÉPOSITION DE L'ÉCUYER SIMON BEAUCROIX · texte numérisé non relu

XIV. — DÉPOSITION DE L'ÉCUYER SIMON BEAUCROIX

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Noble homme Simon Beaucroix, écuyer, âgé de cinquante ans, qui avait été de la suite de Jeanne, fît, à Paris, le 20 avril, Tintéressante déposition qu'on va lire :

J'étais à Chinon avec le seigneur Jean d'Aulon, sénéchal de Beaucaire, quand Jeanne y vint trouver le roi. Après avoir parlé avec le roi et diverses personnes de son conseil, elle fut mise sous la garde dudit d'Aulon. Accompagnée de lui, elle se rendit à Blois, et de Blois, par la Sologne, à Orléans. Je me souviens que Jeanne recommanda aux hommes d'armes de se confesser et de se mettre en bon état, aftîrmant que Dieu les aiderait et que, s'ils étaient en bon état, ils obtiendraient la victoire, avec l'aide de Dieu.

A son avis, il fallait marcher droit vers la bastille de Saint-Jean-le-Blanc. On ne le fit pas et on allrf, entre Orléans et Jargeau, en un endroit où les citoyens d'Orléans avaient envoyé des bateaux pour prendre et ra* mener le convoi de vivres. Les vivres furent en effet mis dans les bateaux et introduits dans la ville. Mais comme l'armée ne pouvait traverser la Loire, il fut

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question de revenir sur ses pas et d'aller passer la Loire à Blois, vu qu'il n'3' avait pas plus près de pont qui fût au pouvoir du roi. Cela mit Jeanne en grand courroux. Elle craignait qu'on ne voulût se retirer et tout laisser là. Aussi ne voulut-elle pas suivre le gros de l'armée qui alla passer la Loire à Blois ; mais, en compagnie de deux cents hommes environ, elle passa en bateau sur l'autre rive et entra à Orléans par terre.

Le maréchal seigneur de Boussac alla de nuit chercher l'armée remontée jusqu'à Blois ; et je me souviens que, peu avant le retour dudit maréchal à Orléans, Jeanne rassurait le sire Jean d*Aulon, disant que le seigneur maréchal venait et qu'elle savait bien qu'il n'aurait pas de mal*.

A Orléans, étant en son hôtel, elle s'écria tout à coup, sous l'inspiration de l'esprit qui la conduisait : « En nom Dieu, nos gens ont fort affaire*. » Aussitôt, elle envoya chercher son cheval, s'arma et alla à la bastille de Saint-Loup, où avait lieu une attaque des gens du roi contre les Anglais. Dès que Jeanne se fut mêlée de l'attaque, la bastille fut prise.

Le lendemain, les Français, en compagnie de Jeanne,

1 . a Dicebat quod dictus dominus marescallus veniebat et qiiod bene dciebat quod non haberet malum. »

2. « In nomine Domini, gentes nostrse habent multumagere. » Au lieu de traduire littéralement : « par le nom du Seigneur » j'ai ciTL devoir adopter ici comme traduction le serment habituel de Jeanne : « En nom Dieu, »

allèrent attaquer la bastille de Saint-Jean-le-Blanc, et s'approchèrent jusqu'à File voisine *.

S*apercevant que les nôtres étaient en train de passer Teau, les Anglais abandonnèrdht la bastille de Saint- Jean-le-Blanc et se retirèrent dans un autre fort situé près des Augustins. Là, je vis l'armée du roi en très grand péril. Mais Jeanne disait : « En nom Dieu, allons hardiment^! » Et on alla sur les Anglais qui se trouvèrent à leur tour en grand danger, quoiqu'ils eussent sur cette rive {la rive gauche) trois forts ou bastilles. Incontinent, sans grande difficulté, la bastille des Augustins fut prise.

Les capitaines furent alors d'avis que Jeanne rentrât dans Orléans. Elle ne le voulait pas, disant : « Laisserons-nous nos gens^? »

Le lendemain matin on vint attaquer le fort situé au bout du pont. Il était bien fort et comme inexpugnable. I^s gens du roi eurent là beaucoup à faire. Je fus témoin quand le seigneur sénéchal de Beaucaire fît rompre le pont avec une bombarbe. L'assaut dura tout le jour jusqu'à la nuit. Déjà on était au soir et on désespérait presque d'avoir le fort, quand fut donné l'ordre d'apporter tout contre'' l'étendard de Jeanne.

1. Cette ile, aujourd'hui disparue, se nommait Vile aux Toiles.

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