‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 136 sur 171 · XX. — DEPOSITION DE L'AVOCAT AIGNAN VIOLE · texte numérisé non relu

XX. — DEPOSITION DE L'AVOCAT AIGNAN VIOLE

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Maître Aignân Viole, licencié es lois, avocat dans la vénérable cour du Parlement, âgé de cinquante ans, fit , à Paris la déposition suivante qui ne manque pas d'intérêt :

Je n ai connu Jeanne la Pucelle qu'au temps du siègç d'Orléans. Elle fut logée en cette ville chez Jean Bouchier. Jai bien souvenir qu'un jour, après diner, — ce fut le jour où la bastille de Saint-Loup fut prise, ^- Jeanne qui dormait s'éveilla tout à coup et dit : « En nom Dé, nos gens ont bien à besoigner. Apportez mes armes et amenez mon cheval ^ » Sur-le-champ on lui amène son cheval, elle s'arme, et la voilà aux champs avec les autres hommes d'armes devant le fort de Saint-Loup. Peu de temps après, le fort était pris et les Anglais vaincus.

Avant la prise de la T)astille du Pont, Jeanne avait annoncé que cette bastille serait prise et qu'elle-même passerait sur le pont pour revenir ! chose qui semblait impossible, ou du moins fort difficile. Bien plus, elle

i, n En nom Dé, nos gens ont bien à hesoigner» àfferaiis arma mea et adducatis cquuiD, »

avait annoncé qu'elle serait blessée devant ledit fort du Pont. Et ainsi fut fait.

Le dimanche^ après la prise des forts du Pont et de *] Saint-Loup, les Anglais se rangèrent en bataille devant la ville. A cette vue, un grand nombre des nôtres et la plus grande partie de l'armée voulaient combattre. On sortit de la ville. Jeanne, blessée, était avec les hommes d'armes, vêtue d'une cotte légère. Elle fit ranger les soldats en bataille; mais elle défendit qu'on n'attaquât les Anglais. « C'est le plaisir et la volonté de Notre^eigneur, disait-elle, que, s'ils veulent se retirer, nous leur permettions de s'en aller *. » Pour lors, les hommes d'armes rentrèrent dans Orléans.

On disait que Jeanne était aussi experte que possible dans l'art d'ordonner une armée en bataille, et que même un capitaine nourri et élevé dans la guerre n'aurait su montrer tant d'habileté : de quoi les capitaines étaient singulièrement émerveillés*.

' 1. « Eisdem tamen inhibuit ne invaderent Anglicos, quia, ut dicebat, placitum Domini et voluntas erat quod, si vellent recedere, quod permitterent abire. »

2. « Dicebatur quodipsa erat ita expers (lire expertà) inordinatioi^e armatorum ad beUum, quantum poterat ; imo capitaneus nntritus et eruditus in bello ita experte nescivisset facere. Unde capitanei erant mirabiliter admirati ». — Remarquez comme les témoins les plus divers rendent témoignage du génie militaire de Jeanne. Ici c'est l'avocat Aignan Viole; tout à l'heure c'était le président Simon Charles {voir page 146), bientôt ce sera dame Marguerite la Touroulde (page 294). Rapprochez de ces dépositions les attestations significatives des hommes de guerre les

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