DÉPOSITION DE MARGUERITE LA TOUROULDE
J'ai ouï parler ceux qui ramenèrent au roi. A première vue ils la croyaient folle et avaient l'intention de l'abandonner dans quelque basse-fosse * ; mais, chemin faisant, ils se sentirent portés à tout faire selon son bon plaisir. Ils étaient impatients de la présenter au roi autant qu'elle l'était elle-même. Il leur eût été impossible de résister à sa volonté.
Ils disaient aussi qu'au premier moment ils avaient songé à la solliciter charnellemeift ^ ; mais, quand i)s croyaient lui en parler, ils éprouvaient telle honte qu'ils n'osaient en rien dire ni même ouvrir la bouche.
Jeanne m'a raconté que le duc de Lorraine, qui était malade, voulut la voir. Ils eurent ensemble un entretien, où elle lui dit qu'il se gouvernait mal, et qu'oncques ne guérirait s'il ne s'amendait ^ ; et elle l'exhorta à reprendre sa bonne épouse *.
Jeanne avait fort en horreur le jeu de dés. Elle était bien simple et ignorante. A mon regard ^ elle ne savait absolument rien, hors le fait de la guerre.
1. Les détails que donne Marguerite sur le voyage de Jeanne sont un peu en contradiction avec les témoignages plus sûrs de ceux qui furent les guides de Jeanne, Bertrand de Poulengy et Jean de Metz. (Voir plus haut, pages 125 à 134) Il faut y voir l'expression de la légende qui se fit dans le peuple.