LA SECONDE SÉANCE A NOTRE-DAME DE PARIS
Son avocat, Pierre Maugier, renouvela la requête déjà faite et présenta humblement et respectueusement aux commissaires la lettre apostolique du pape GalixtelII.
Le rescrit papal fut lu en grande solennité.
Puis, maître Maugier, reprenant la parole, déclara qu'il n'était pas question de mettre en cause les divers personnages qui, par leur avis ou par leur présence, avaient plus ou moins coopéré à la condamnation de Jeanne, vu qu'ils avaient été dupés par des extraits mensongers de ses réponses consignés dans le sommaire en douze articles; mais que les demandeurs attaquaient uniquement les deux juges, Pierï*e Gauchon et Jean Lemaître, et le prompteur Jean d'Estivet. Il importait, en effet, pour le succès du procès de réhabilitation, de tranquilliser les nombreux docteurs et maîtres, encore vivants, qui, comme assesseurs ou comme consulteurs, avaient été les complices de Tévêque de Beauvais.
— « Juges, dit Maugier, rappelez-vous cette Suzanne qui fut si injustement accusée et condamnée. Il vous appartient d'agir comme Daniel qui sauva la vertu des coups de la calomnie. Rendez la paix aux consciences en réparant l'iniquité commise. Le sang immaculé de l'innocence opprimée crie devant le trône du Sei gneur *.
» Qu'on interroge les lois divines ou les lois humai-
1. « Clamât ante thronum Domini innocentiœ opprcBsœ immaculatus sangtiis, »
nés. Dans les unes et dans les autres il n'y a qu'une voix pour protester contre quiconque sç fait le juge des personnes dont il paraît être Tennemi. Que penser dès lors de l'autorité de Pierre Cauchon, de Guillaume d'Estivet , de Jean Lemattre et de leurs collègues ou complices*, quand il est prouvé que, non contents d'habiter avec les ennemis de Jeanne, ils étaient leurs partisans, leurs fauteurs, leurs familiers, leurs commensaux, et qu'ils ont officiellement conjuré l'extermination de cette pauvre fille, jetée les fers aux pieds dans une noire prison, confiée à la garde des hommes les plus vils, laissée aux mains de la puissance séculière, harcelée de questions subtiles sur les matières les plus ardues, calomniée dans le prétendu sommaire de ses réponses, amenée à une abjuration extorquée par la violence, faussement taxée de récidive, enfin publiquement brûlée, grâce aux iniques attentats dont ses juges n'ont pas craint de souiller leurs mains et leurs consciences ?
» Veuillent vos paternités considérer les mœurs de Jeanne, si pure dans ses sentiments, si chaste dans sa vie, si sincère dans sa foi. Quelle grande humilité ! Quelle dévotion fervente ! Quelle fréquentation assidue des sacrements! Comment la souillure de l'hérésie aurait-elle pu pénétrer dans une âme si belle?
» Aussi, tant s'en faut que Jeanne ait été convaincue des crimes que lui attribue la sentence qui l'a frappée.