LA SECONDE SÉANGB A NOTRE-DAME DE PARIS
da procès pour reconnaître combien est mensongère et injuste la double sentence qui fait de Jeanne une mécréante et une hérétique relapse.
» Une chose particulièrement digne de remarque, c'est que les doctes hommes qui furent appelés à donner leur opinion n'euï*ent jamais sous les yeux le texte même des réponses de Jeanne. Us se prononcèrent sur des articles où ses discours étaient faussés par la suppression de ce qui tendait à la justifier et par l'addition de charges imaginaires, si bien qu'on présenta comme un résumé des propos tenus par elle un texte qui n'en était que la falsification. Que vaut un jugement édifié sur de telles bases? N'est-il pas évidemment nul ?
» Reste l'abjuration. Pour apprécier ce qu'elle vaut, il suffît d'observer que le texte qu'on a donné dans le procès est un texte faux, démesurément long, artifîcieusement fabriqué après coup, et tel que cette fille innocente et ignorante n'aurait même pu le concevoir*. Le texte qui lui fut présenté était tout autre et ne comprenait que quelques lignes. Que si la Pucelle a proféré une abjuration, il faut tenir cette abjuration pour non avenue. N'y avait-il pas là tout prêts et le bourreau et le bûcher? Devant la terrible imminence d'un cruel trépas, Jeanne ne devait-elle pas être saisie de la plus grande frayeur ? N'était-il pas naturel qu'elle cédât à la crainte?
i. « Quam nec concipere ipsa potuisset innocens ûlia et ignara. »
» Encore faut-il observer qu'à ce moment même, en face de ses juges, elle déclarait se soumettre, ainsi que tous ses dires, à l'Église et à notre Saint-Père le pape, demandant qu'on la menât à lui ou que tout au moins on lui donnât communication de ses dits et faits : preuve évidente qu'elle était non schismatique mais vraie catholique, non hérétique mais fidèle docile.
» Je conclus que la sentence prononcée contre Jeanne par des juges qui n'avaient même pas le droit d'être ses juges, étant entachée de fausseté et d'erreur, est nulle.
» Plaise à vos révérences, procédant en toute justice, de déclarer fausses les accusations portées contre la Pucelle, d'annuler les condamnations intervenues, et de mettre un terme au scandale qui s'en est suivi. »
L'archevêque de Reims et l'évêque de Paris déclarèrent qu'ils se constituaient comme juges ; que, conformément au rescrit papal, ils s'adjoignaient l'inquisiteur Jean Brehal là présent; qu'ils allaient faire mettre en demeure tous ceux qui pourraient avoir à opposer contradiction ; et que les ayants cause seraient assignés à comparaître au palais archiépiscopal de Rouen, le 42 décembre.