‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 42 sur 171 · Non erat choreatrix · texte numérisé non relu

Non erat choreatrix

VOUS SOUS cet arbre et y avaient des entretiens. J*ai entendu lire cela dans un romand Les seigneurs de Domremy et leurs dames, du moins dame Béatrix, femme de Pierre de Bourlemont, ainsi que ledit Pierre, accompagnés de leurs demoiselles, allaient quelquefois se promener à cet arbre. Également vont s'y promener, chaque an, les jeunes filles et les jeunes garçons de Domremy, le dimanche de Lœtare^ dit dimanche des Fontaines ; ils y mangent, ils y dansent, et ils vont se désaltérer à la fontaine-des-Groseilliers. Mais je ne me souviens pas si Jeanne a été jamais sous cet arbre. En tout cas je n*ai point ouï dire que Jeanne ait eu oncques rien à se reprocher à propos de cet arbre.

Jeannette, femntie Thévenin, avait soixantesix ans en 1456. Elle dit :

Jeannette a eu pour père et mère d'honnêtes gens, bons catholiques, vivant selon leur condition de braves laboureurs. Jean Barrey de Neufchâteau et Jean Morel de Greux furent ses parrains ; Jeannette, veuve Thiesselin et moi, fûmes ses marraines. Elle était une bonne et simple fille, craignant Dieu, suffisamment instruite dans la foi par rapport à ses pareilles et selon son état ; d'habitudes bonnes, simples et douces ; faisant fréquemment l'aumône par amour de Dieu ; allant souvent à l'église avec dévotion ; se confessant, je le crois du

1. « Et dixit quod hœc in uno romano legi audivit. » On appelait roman tout conte ou récit en langue vulgaire.

moins, parce qu'elle était brave fille; filant le chanvre ou la laine au logis paternel ; allant quelquefois à la charrue avec son père ; et gardant pour son père les animaux du village, quand c'était le tour de la maison d'Arc.

Quant à l'arbre des Dames, j'ai ouï dire que, dès l'ancien temps, les dames châtelaines du village de Domremy allaient se promener sous son feuillage. En tout cas, je crois me souvenir que dame Catherine de la Roche, femme de Jean de Bourlemont, seigneur du village, allait y faire des promenades avec ses demoiselles. Les fillettes et les jeunes garçons de Domremy, au printemps et le dimanche des Fontaines, vont sous cet arbre : ils y chantent, ils y organisent des danses, ils y mangent des pains qu'ils ont apportés, puis ils viennent à la fontaine-des-Groseilliers et boivent de son eau. Jeannette, associée aux promenades des autres' jeunes filles, allait avec elles sous l'arbre ; mais je n'ai pas entendu dire qu'elle y soit allée autrement.

Du séjour de Jeannette à Neufchâteau, je ne puis rapporter que ceci, c'est que, tant qu'elle y fut, je l'y vis en compagnie de son père.

Plus tard, j'appris, sans autres détails, qu'un de ses oncles avait conduit Jeannette à Vaucouleurs*.

Je ne sais rien autre.

Béatrix, veuve d'EsTELLiN, laboureur de

1. Vaucouleurs, dominant du haut de son coteau la vallée gazonnée et fleurie, tire son nom de « Vallis colorum », la vallée des couleurs.

Domremy, avail quatre-vingts ans quand elle

fit la déposition suivante :

Jeannette naquit À Domremy de Jacques d'Arc et d'Isabellette, laboureurs, vrais et bons catholiques, prpbes et vaillants, vivant selon leurs facultés, mais peu riches ^ Elle fut baptisée à la fontaine baptismale de Téglise Saint-Remy. Ses parrains furent Jean Morel

1. « Sed non multum divites. » — S£ui8 recourir à d'autres dépositions, il suffirait de celles que je viens de traduire pour mettre en évidence ce qu'il y a de fantaisiste dans un article, d'ailletirs brillant, qu'une importante Revue française a consacré à Jeanne d'Arc en 1884. On y conte que Jeanne était « la fille dtm riche fermier », et nullement une humble paysanne; qu'elle était ùée dans « une maison luxueuse »; que sa dévotion s'adressait non à la vulgaire sainte Vierge, mère du Christ, mais à la déesse gauloise, Ros, patronne de la Liberté.

Ce n'est pas tout. L'auteur de cet article paradoxal assure sans rire que Jeanne reçut sa mission des dames du chapitre noble de Remiremont et de la corporation franc-maçonne des' charbonniers lorrains, à laquelle elle était affiliée ; il ajoute que « cette mission, toute diplomatique, avait pour objet d'offrir de « l'argent au dauphin en échange de Pégalité du droit de vote <i dans les États de Champagne », et que Cauchon fut, non Vinstrument des rancunes anglaises, mais « un prêtre très intelligent « qui comprit parfaitement la portée de la révolution que venait « dHnaugurer la jeune Lorraine », continuatrice d'Etienne Marcel, savoir : « l'égalité des droits du Tiers-État dans les États « généraux et provinciaux, » aboutissant à « la suppression du « clergé et de la noblesse, en tant qu'ordres politiques »//.'

A cette occasion, j'avertis le lecteur que plusieurs de mes notes visent diverses assertions qui se sont produites dans tels OQ tels des travaux relatifs k Jeanne d'Arc. Mais je n'ai paSsCni devoir chaque fois citer ces ouvrages et m'engager dans des réfutations qui auraient fait longueur.

de Greux, Jean le Langart et feu Jean Rainguesson ; ses marraines furent Jeannette, veuve du clerc Thiesselin, Jeannette, femme du charron Thévenin, et moi *.

Jeannette était bien et suffisamment instruite dans la foi catholique, comme les filles de sa condition et de son âge. Pendant son enfance et son adolescence jusqu'au temps où elle quitta le logis paternel, elle se montra fille de mœurs chastes et d*habitudes honnêtes. Elle fréquentait assidûment et pieusement les églises et autres lieux de dévotion. Lors de Tincendie du village de Domremy, elle allait, les jours de fête, entendre la messe au village de Greux. Elle se confessait volontiers aux fêtes voulues et principalement le très saint jour de Pâques où est ressuscité Notre-Seigneur. A mon avis, il n'y avait pas meilleure qu'elle dans les deux villages.

Au logis paternel, Jeannette s'occupait des divers travaux du ménage et filait le chanvre ou la laine ; le temps venu, elle allait à la charrue ou à la moisson, et quelquefois, quand c'était le tour de son père, elle gardait les animaux et le troupeau du village^.

L'arbre des Fées se trouve près du grand chemin qui conduit à Neufchâteau. La beauté de cet arbre attirait nos seigneurs et leurs dames. Bien des fois je suis allée, en leur compagnie, me promener sous son ombre. D'après ce que j'ai ouï conter, les fées y venaient, dans

1. Il faut ajouter un quatrième parrain et une quatrième marraine, savoir Jean Barrey, d'après le témoignage de Mengette, et sa femme Edite t d'après le témoignage de Jeannette, femme Thévenin.

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