DES PIECES RARES OU INEDITES
Tiré à 400 exemplaires
370 fur papier vergé ; 1 2 fur papier de couleur ; 10 fur papier vélin; 6 fur papier de Chine ; 2 fur peau de vélin.
Tous droits réjervés.
Imprimé chez Auguste Hérisse y, à Evreux.
blessé, et qu^ils le remenoient yistement au Louure pour le faire panser.
La Royne receust dans son cabinet cette triste nouuelle, et toute esmeuê en sortit incontinent pour aller voir celuy qu'elle honoroit le plus en ce monde priuô de vie : mais M. le Chancelier, qui estoit lors au conseil^ où pareil aduis estoit venu, estant monté vers elle , la rencontra à la sortie et l'arresta; elle^ dès qu'elle le veit^ luy dict : Hélas ! le Roy est morti Luy, sans faire semblant d'aulcune esmotion, répartit: VostreMaiesté m'excusera, les Jloys ne meurent point en France» Puis l'ayant priée de rentrer dans son cabinet^ il lui dict : Il faut regarder que nos pleu/rs ne rendent nos affaires déplorables , U les faut réseruer h vn oMkltre temps, Ily en a qui pleurent et pour vous et pour eulx; c'est h Vostre Maiesté de trauailler powr eulx et pour nous. Nous auons besoin de remèdes et non de larmes.
Le sieur de Yitry, Capitaine des Gardes, eust aussitost commandement d'assembler tous les enfants du feu Boy en vne chambre, et entr'aultres le Roy à présent régnant Louis XIII«, son fils aisné (lequel s'estant exercé à tirer des armes, estoit sorty du Louure dans un carrosse peu après son père), et que personne n'eust à approcher d'eulx.
M^* les Ducs de Guise et d'Espernon eurent charge de monter et faire monter à cheual le plus de noblesse qui se pourroit, et aller par toute la
ville dire que le Roy n'estoit que blessé ; et empescher toute assemblée et esmotion. Chacun est tesmoin du ûdelle deuoir qu'ils rendirent en ceste iournée à la. couronne.
Le Duc de SuUy^ sur le bruit que le Roy estoit mort, puis blessé , s'achemina vers le Louure ; mais suant receu en chemin nouuelle asseurée de la mort, s'en retourna à l'Arsenal^ pour donner ordre à la Bastille , l'yne des places la plus importante qui soit en France auiourdhuy.
Le sieur le lay^ Lieutenant Giuil> et le sieur Sanguin, Preuost des Marchands, se rendirent incontinent au Louure, où ils receurent le commandement de faire fermer les portes de la ville, s'emparer des clefs, se faire suiure de leurs officiers, et empescher toute esmotion ; ce qu'ils exécutèrent promptement, et cheminant en diuerses troupes par la ville, fort assistez de la noblesse, asseuroient à haute voix le peuple que la blesseure n'estoit rien.
Les compagnies des gardes qui estoient aux faulxbourgs furent incontinent mandées ; mais courant confusément tous armez vers le Louure , cela fust cause que le peuple creut le mal estre plus grand qu'on ne leur faisoit (1).
Chacun en parloit par où il en pensoit : la pluspart d'vne mesme voix disoient^ que ce coup pro-
(4) Poavait-il être plus grand?
cédoit de ceulx qui auoient en plaine paix desbauché le Mareschai de Biron; d'aultres qu'il yenoit de la mesme instruction qu'auoit eue Jean Chaste! et Pierre Barrière^ et sans l'ordre cy-dessus donné, il y eust eu du danger pour quelques ambassadeurs des Princes suspects d'estre ennemis de la France.
Il est impossible de pouuoir exprimer la tristesse qui saisit vn chacun en vn instant (1) ; car à ce premier mot qui fust crié : Le Roy est mort ! ceste voix passa comme vn esclair par toute la ville ; on ne voyoit que fermer portes et boutiques^ on n'entendoit que clameurs et gémissements ; les hommes de toutes qualitez , la larme à l'œil , s'entredemandoient : que deviendrons-nous f et aulcuns disoient : les maux que nous wuons eus, dont ce prince nous a retirez, n' auront point de comparaison auec ceulx que nous aurons après sa mort ; d'aultres en leur silence portoient leur tristesse assez dépeinte en leur face ; les femmes avec esclamation, les mains iolnctes, s'entredlsoient les vues aux aultres: nous sommes perdus, le Roy est m>ort; les petits enfans esbays de l'estonnement de leurs pères et mères
(I) Alors le premier médecin (MiUm) cria : Haï c'en est faict, il est passé! M. le Grand en arrivant se mit.à genouil à la ruelle du lit, et lui tenoit une main, qu'il baisoit: et moi je m'étois jette à ses pieds, que je tenois embrassez, pleurant amèrement. M. de Guise arriva lors aussi, qui le vint embrasser.. . . {Mémoires de Bassompierre,)
ploroient aussi; et ceulx qui absents de leurs maisons estoient venus de dehors pour yeoir l'entrée, se trouuërent en yne merueilleuse perplexité.
Sur l'aduis que Ton donna à M' le Premier Président de la mort du Roy, il flst incontinent assembler toutes les Chambres et rendit un premier arrest pour faire déclarer la Royne , mère du Roy^ Régente de France, ce qui fust confirmé par vn second arrest rendu le lendemain par le Roy, séant en son lit de iustice^ assisté des Princes du sang, aultres Princes^ Prélats^ Ducs, Pairs et Officiers de la couronne , sur la réquisition du Procureur Général.
Quand ces mesures y nécessaires pour asseurer la couronne au ieune Roy et arrester les tumultes qui commençoient déià à se former dans toutes les villes et places fortes du royaume eurent esté prises, la Royne Mère , Régente , ordonna qu'il seroit procédé à l'instruction du procès de Rauaillac, et pour cet eflfect elle enuoya à l'hostel de Relz les S" Président Jeannin, de Loménie, Secrétaire d'Estat, et de Bullion, Conseiller d'Estat, pour interroger ce malheureux coulpable.