‹ Procès en diffamation: M. Delamarche contre le "Cri du peuple"Chapitre 10 sur 57 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

M« Laguerre, après s'être amèrement plaint de V hostilité du président des assises, et du parquet, et des violences de Tavocat de M. Delamarche, affirme que le récit de M. Jules Boulabert a été fait de bonne foi, en exil, d'après les souvenirs de ses compagnons de captivité, notamment du citoyen Belot, mort sur les pontons en 1871, Il a été terminé à la presqu'île Ducos le !•» janvier 1878 ; l'aspect du manuscrit, la couleur jaune di^ papier, la nuance rouillée de l'encre en font foi.

(1 ) La plaidoirie de M* Lacierre a été publiée dans les n" du Cri du Peuple des 8 et 9 décembre.

Non-Sôulemeitt Tauteur a ag^i de bonne foi, mais son œuvre est è^uiie modération qui étonne,

M«. Laguerre retrace long^uement le théâtre du drame, Ip massacre ordonné par la Cour martiale de la rue des Fourneaux.

L'histoire en est difficile à reconstituer. Parmi les témoins, les uns sont morts, les autres disparus; les survivants soiit lerroftWs par M. Delamarche, tyran de S071 quartier.

Me Laguerre s'efforce de démontrer que si M. De- LAMARCHE ne faisait pas partie de la Cour martiale, il devait y jouir d'une certaine influence. Il a produit, il est vrai, un ordre de service qui lui assignait un rôle tout différent ; puis une lettre signée Mortemart, où on le remercie de la manière dont il a accompli sa mission. N'y avait-il pas une troisième pièce, qu'on ne produit pas, un ordre de service pour ta guerre des rues?

Me Laguerre flétrit le rôle des gardes nationaux à brasâàïds, qui indiquaient les victimes aux officiers de l'armée, et laisse entendre, sans l'affirmer toutefois que M. Delamarghe a pu être de ceux-là.

Ehfin, d'après lui, ce procès vient trop tard ; depuis six ans, des journaux tels que V Intransigeant, attaquaient M. Delamarghe et mettaient son honneur en doute; x>ourquoi a-t-il tant attendu pour se fâcher?

M* Laguerre termine en adjurant le jury de ne pas rendre contre ses Clients un verdict de condamnation qui serait la réhabilitation de M. DIslamarche. Quant à moi, dit-il, j'attends avec confiance votre décision. Le jury n'a jamais condamné le Cri du Peuple. Le verdict d^acqûittement que vous allez rendre sera la

justifiçatioh de notre conduite; il affirmera que ce que nous avons dit, nous avions le dtôit de le dire«

La parole est donnée à M* A, Ledru, qui ré^^ plique ainsi: ;

Réplique de M*" Alphonse LEDRIT

Messieurs les Jurés,

Je ne puis laisser passer, sans une protestation énef^ gique, les dernières paroles de M« LAGus^LitE. Comment l Il est obligé de reconnaître que le récit de M. Jules BouLABERT est inexact et erroné ; il ^^est trouvé dans Timpuissance de produire un fait» un do* cument, un témoignage quelconque à Tappuidè ses allégations, et il s'obstine à accuser et à calomniier encore ! Avec cette hauteur d*expre5sion dont il- a le secret, il a fait la leçon à tout le monde. Personne n'a échappé à ses critiques. J'en ai eu ma petite part. Il a bien voulu me. donner quelques avis confraternels. On aurait cru véritablement entendre un des anciens de notre ordre admonestant quelque jeune stagiaire..* Vous oubliez, mon cher confrère, que vous étiez encore sur les bancs du collège, quand je défendais, devant les conseils de guerre, les malheureux que vos amis avaient entraînés dans l'insurrection !

Vous avez prononcé deux mots que je retiens. Vous ayez reconnu que l'honneur de M. Delâmarche avait été durement compromis. Vous avez dit ailleurs^ — j'ai écrit sous votre dictée, — que ]a çalomivie serait

odieuse, si aucun des faits allégués n*était prouvé. Vous ayez, par là même, prononcé la condamnation du Cri du Peuple et fait entendre contre vos clients le plus énergique réquisitoire.

N'essayez pas d'invoquer la bonne foi de M. Boula* SERT. Ne vous abritez pas derrière cet inconnu, que vous appelez Belot, et dont vous prétendez reproduire les révélations. Renoncez à votre histoire de papier jauni et d'encre rouillée. Que m'importe tout cela ? Qu'importe que votre roman ait été écrit en 1877? Qu'importe encore qu'il soit daté de la presqu'île Ducost Vous l'avez publié en 1885 ; de 1877 à 1885, vous aviez le temps et le devoir de prendre vos renseignements, de vous informer, et de ne pas calomnier à la légère. Vous auriez appris la vérité de la bouche des anciens prisonniers qui sont venus à cette audience, qui ont témoigné qu'à Versailles, sur les pontons comme en Nouvelle-Calédonie, tous — sauf le peu reconnaissant Kayl, — dis:aient du bien de M. Delamarche. Vous étiez averti d'ailleurs par les polémiques des journaux, par les déclarations de M. Delamarche, par ses nomi* breuses lettres à V Intransigeant.

Vous me demandez pourquoi nous n'avons pas poursuivi V Intransigeant, pourquoi nous avons tant tardé à faire ce procès. Comparez votre récit à l'entrefilet de V Intransigeant, et vous reconnaîtrez que si l'un appelait une simple rectification, l'autre exige une réparation plus complète.

Et puis, est-ce bien vous qui osez me poser une sem*blable question, me reprocher d'avoir tardé à saisir la justice, après les insultes dont vous venez d'accabler M. Delamarche? Croyez- vous qu'on s'expose de gaîté

de cœur à subir, après les diffamations du journal, après les commentaires qui Tont suivi, les injures de l'avocat?

Il vous suffît, pour traîner un homme sur la claie, dlmaginer des documents, de lire entre les lignes, de vous livrer à des inductions plus ou moins ingénieusesl Vous nous présentez un Delamarche qui'n*a jamais existé que danis Fimagination de ses adversaires,

A ce portrait fantaisiste j'en oppose un autre. Il n'a pas été fait par moi; il a été fait par les témoins, qui ont déposé à cette barre, sous la foi du serment, sous Fempire d'un sentiment, qui n'est pas, croyez-le bien, celui de là terreur, mais qui est plus fort que la crainte: le sentiment de la reconnaissance, de Testime, de la considération pour les services rendus!

Vous avez laissé entendre que l'acquittement du Cri du Peuple serait la condamnation de M. Delàmarche. Vous avez raison : il faut que quelqu'un sorte d'ici condamné. Je suis sans inquiétude : le jury n'hésitera pas entre ceux qui accusent sans preuves, et celui qui, sans être obligé de rien prouver, a trouvé dans la bouche de tous les. témoins, des vôtres comme des siens, la plus complète et la plus éclatante des justifia cations !

M. le Président demande à Boulabert s'il a quelque chose à ajouter pour sa défense.

Boulabert renouvelle la déclaration faite par lui au commencement de Taudience, qu'il tient de Belot, mort à Brest à bord de THermione, ce quïl a dit de M. Delamarche.

Il ajoute qu'il a été très modéré, qu'il aurait encore eu beaucoup de choses à dire de M. Delamarche. On vient de lui apporter une lettre où on dit qu'il a laissé une de ses compagnies en plan à Buzenval...

A ces derniers mots, de violentes rumeurs s'élèvent dans le fond de la salle ; ce sont les volontaires de Monti'ouge qui assistent en grand nombre au procès, et qui protestent avec indignation contre cette dernière calomnie lancé.e à leur ancien chef, par le principal accusé (i).

M. Delamarche se lève et demande la parole.

M. le président lui fait observer que les accusés doivent toujours parler les derniers; en conséquence, il ne peut lui accorder la parole (2).

M. le président prononce la clôture des débats et invite Messieurs les jurés à se retirer pour délibérer sur les questions posées.

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