MARCHE
Héligon^ ancien maire du*XIV^ arrondissement.
M. LE Président, — Dites ce que vous savez?
R. — Je connaissais Delamarche avant tous les événements; c'est un ami de vingt ans.
Lorsque j'arrivai au XIV® arrondissement comme adjoint, je le trouvai capitaine au 103^ bataillon de la garde nationale.
Connaissant son esprit organisateur, je le proposai au maire, M. Asseline, qui le chargea de constituer le. bataillon des volontaires. Delamarche se rendit aussitôt aux avant-postes avec ce bataillon ; à la fin de l'année, il fût nommé lieutenant-colonel d'un régiment de Paris; c'est avec ce régiment qu'il se trouva à Montretout et à la suite de cette affaire, il fut décoré sur la proposition du général Susbielle.
Le 12 mars 1871, il est venu avec moi pour dissoudre un rassemblement de gardes nationaux, chaussée du Maine, 91.
J'ai retrouvé Delamarche à Versailles, il avait quitté Paris, à la suite de menaces, le 18 mars.
C'est sur ma proposition qu'il a été nommé commandant supérieur du XIV' arrondissement.
Il est parti de Versailles le lundi 22 mai, vers onze heures. Il était convenu qu'en attendant mon arrivée, il prendrait les mesures nécessaires pour organiser les secours aux nécessiteux, et que nous ferions tous nos efforts pour empêcher les exécutions sommaires.
Nqus connaissions les difficultés de la situation*
Le maire de Paris nous avait dit: « Vous aile :{^ servir de tampon entre V armée et la population. »
J'arrivai à la mairie du XIV* arrondissement le 24 mai vers dix heures du matin, j'y trouvai Delamarche avec des officiers de la garde nationale, organisant son service. Je donnai immédiatement l'ordre de distribuer des secours; Delamarche se chargea d'organiser le service en ce qui concernait les gardes nationaux.
Vers une heure, le directeur des Enfants- Assistés m'apprit que les fédérés, menacés d'être tournés par les soldats, voulaient incendier l'hospice ; déjà en face le couvent du Bon-Pasteur brûlait et la poudrière du Luxembourg venait de sauter.
Je pris aussitôt les mesures pour secourir le personnel, le loger, ainsi que les malheureux enfants; en tout 600 personnes environ.
Je chargeai le colonel Delamarche des détails de cette opération qu'il mena avec beaucoup de zèle, secondé par ses gardes nationaux. On logea tout ce monde chez les frères maristes, à l'école des sœurs, place de la mairie et au château Couësnon (1). Je mis à la disposition
(1) Voir aux pièces justificatives, Icllre du directeur de Tadministratioa de l'Assistance publique, page 216.
du directeur les vivres qui avaient été découverts dans les magasins abandonnés par la Commune.
M* A. Ledru. — Ne vous êtes-vous pas occupé aussi d'un dépôt de poudre, rue Thibaud?
R. — Oui. M. l'abbé Carton, curé de Saint-Pierre de Montrouge, était venu me signaler que la Commune avait transformé en poudrière la vieille église.
Le colonel Delamarche, avisé d'autre part, faisait garder l'immeuble. Je l'invitai à le visiter, ce qu'il fit avec une escouade de pompiers, dont le chef, un capitaine, déclara qu'il ne pouvait rien faire, que l'explosion pouvait se produire d'un moment à l'autre, de nombreux barils de poudre et des touries de pétrole étant reliés par des fils électriques. Le colonel put enfin faire couper ces fils et éviter une explosion qui, si elle s'était produite, aurait pu amener la ruine d'une partie du quartier, construit sur les catacombes.
M'' Laguerre. — Est-il à votre connaissance que M. Delamarche ait rempli les fonctions de prévôt au boulevard des Fourneaux?
R. — Jamais! Il ne faut pas connaître les règlements militaires pour admettre qu'un général ayant sa brigade ou sa division organisée, fasse remplir une fonction semblable par un officier de la garde nationale.
M. LE Président. — C'est une appréciation.
M*' Laguerre. -- Mais, le colonel Vabrk était cependant de la garde nationale ?
R. — Non r Le colonel Vabre était un fonctionnaire; depuis le 22 janvier, il était commandant militaire de l'Hôtel de ville.
Le colonel Delamarche, dans la circonstance, était
plutôt un adjoint au maire qu'un chef militaire. Il m'a aidé très intelligemment à organiser les secours aux nécessiteux. Cette distribution a commencé dès le 24 mai , et le X 1 V« arrondissement a reçu le tiers des secours qui ont été donnés dans tout Paris, du 24 mai au i" juillet (i).
Le colonel Delamarche ne m'a pas quitté un instant à partir du 24 mai; il couchait comme moi à la mairie.
M. LE Président. — Vous couchiez à la mairie?
R. — Oui, monsieur le président. 11 est de notoriété publique que non-seulement Delamarche n'a fait fusiller ni arrêter personne, mais qu'au contraire, ses amis lui leprochaient plutôt de prodiguer sa signature pour tâcher de faire élargir des prisonniers qui bien souvent étaient gravement compromis,
M. Eugène Ricard, chef des bureaux de U mairie du XW** arrondissement, en retraite.
Je suis rentré à la mairie le 23 mai avec le personne des bureaux; j'y ai trouvé M. Delamarche qu'on m'^^ dit être arrivé la veille, occupé, avec M. Héligon, maire, à la réorganisation des services administratifs e1 à la distribution de bons de pain et de viande aux gardes nationaux, en attendant la reprise du travail.
Dans l'exercice de mes fonctions, j'ai souvent transmis des demandes de grâce apostillées par M. Delamarche.
Je n'ai jamais entendu dire que M. Delamarche ait été rue des Fourneaux.
(1) Voir aux pièces justificatives, pages 224 à 228.
M. Ancelety opticien, ancien capitaine de la garde nationale.
Le 24 mai au matin, je me suis rendu à la mairie du XIV* arrondissement, pour me mettre à la disposition de M. Delamarche, lieutenant-colonel.
J'ai reçu l'ordre de recommander aux gardes de ma compagnie d'être convenables et doux avec tout le monde, de distribuer des bons de vivres aux gardes nécessiteux et de garantir les poudrières pour éviter tout malheur.
Je n'ai jamais été commandé pour faire arrêter ou arrêter personne; au contraire, chaque fois, que M. Delamarche a pu être utile à ses concitoyens, il le faisait, et beaucoup de personnes lui doivent de ne pas avoir été arrêtées ou. d'avoir été relaxées.
M. Delamarche a mérité l'estime de tous les honnêtes gens par son zèle à faire le bien dans des temps si difficiles.
Charles-Victor Finsterwald, commis principal à l'octroi de Paris.
M. LE Président. — Dites ce que vous savez?
R, — Je suis resté à Paris pendant la Commune, à la rentrée des troupes dans Paris, j'ai été attaché au service de M. Delamarche que je connaissais, appréciais et estimais depuis dix ans. Il a organisé de suite un bureau de secours où l'on distribuait aux familles des gardes nationaux, des bons de pain et de viande.
Pendant le court passage que nous fîmes à la mairie, j'ai été témoin du fait suivant:
Un garde que je connaissais, puisqu'il avait appar-
tenu à ma compagnie pendant le siège, est venu apporter à M. Delamarche une liste de dénonciation contre d'anciens camarades. M. Delamarche déchira cette liste, la mit au panier, et, lui reprochant son infamie, il le mit à la porte. -
En qualité de secrétaire, j'ai établi de nombreux certificats, et à ce propos, je dois vous dire que mon concierge avait été fait prisonnier, le 4 avril, au plateau de Chàtillon; de là, conduit à Versailles, puis ensuite à Belle-lsle. Sa femme vint me trouver; j'en parlai à M. Delamarche qui me fit établir un certificat exposant que ce malheureux concierge, ne savait iji lire ni écrire, et que s'il était resté sous la Commune, c'était bien plutôt par besoin que par conviction et qu'en rendant ce mari à sa femme on ferait acte de bonne justice et de pitié. Eh bien! cet homme, rentré à Paris des premiers en ordonnance de non-lieu, n'a jamais pardonné à M. Delamarche de l'avoir fait passer pour un imbécile. (Rires dans V auditoire,)
J'ajoute que j'étais présent au bureau des secours quand un agent de la préfecture de police, porteur d'un mandat d'amener est venu pour arrêter M. Delamarche.
M. LE Président. — M. Delamarche est-il resté longtemps en état d'arrestation?
R. — Il y a de cela quatorze ou quinze ans et je ne peux guère répondre d'une façon ferme; mais je doi§ vous dire que je n'étais pas inquiet sur le sort de M. Delamarche.
M* Laguerre, interrompant, — Ah, vous n'étiez pas inquiet?
R. — Non, M. Laguerre, quand on a eu une aussi noble* conduite, on n'a rien à craindre!
M. Crochet, employé à la mairie, ancien capitaine de la garde nationale.
M. LE Président. — Connaissiez-vous M. Dela- M ARCHE avant l'affaire du Cri du Peuple?
R. — J'ai connu M. Delamarche à Versailles où j'avais dû me retirer à la fin de la Commune, ayant appris le dévouement avec lequel M. Delamarche avait servi la pairie, comme officier de la garde nationale, je ressentis pour lui une affection que je lui ai toujours conservée.
Rentré à Paris le 23 mai avec le personnel de la mairie, j'y ai trouvé M. Delamarche et le maire. Un service de garde nationale était organisé. M. Delamarche s'occupait avec une activité infatigable d'assurer des secours aux familles nécessiteuses des gardes nationaux, et comme je remplissais alors les fonctions de secrétaire près du maire, j'ai été témoin des démarches sans nombre et des efforts qu'il faisait pour sauver les citoyens arrêtés, et j'affirme qu'il est à ma connaissance que beaucoup de gens lui doivent la liberté ou la vie.
M** A. Ledru. — Est-il à votre connaissance que M. Delamarche se soit plaint des dénonciateurs?
R. — Oui, j'ai entendu M. Delamarche s'écrier avec indignation, en voyant les nombreuses dénonciations souvent anonymes et quelquefois signées, quipleuvaient au bureau du maire : « C'est ignoble de voir que des gens n'hésitent pas à se faire dénonciateurs, quand tous nos efforts tendent à la clémence et à l'apaisement >>.
Gollin, menuisier, ancien capitaine aux voloJ^ taires de Montrouge pendant le siège et la' Commun e, ancien déporté.
Le 1 2 mars 1871, j'étais de garde avec ma compagnie à la poudi*ière de la rue de Vanves.
Le colonel, M. Delamarche, est venu faire sa ronde.
On avait établi une feuille pour le faire adhérer à la Commune, il a énergiquement refusé.
J'ai été prisonnier et jugé au conseil de guerre du Cherche-Midi, M. Delamarche a eu la bonté de venir déposer en ma faveur.
M. LE Président. — M. Delamarche a-t-il été témoin à charge ou à décharge?
R. — A décharge, monsieur le président.
M^ A. Ledru. — Que disait-on de M. Delamarche en Nouvelle-Calédonie?
R. — Je n'en ai entendu dire que du bien à l'ile des Pins où j'étais.
M* Laguerre. — Mais c'était sur les pontons?
R. — Non, monsieur, il n'y avait plus de pontons quand j'ai été arrêté.
BouLABERT. — Ce u'est pas à l'île des Pins que j'ai entendu mal parler de M. Delamarche, mais à la presqu'île Ducos.
M* A. Ledru. — Est-ce que tous les prisonniers disaient du bien de M. Delamarche?
R. — Dame, chacun a ses ennemis.
M* A. Ledru. — Que disait le nommé Kayl.
Le Témoin, avec énergie, — Kayl, celui-là c'est un ennemi juré de M. Delamarche; il n'en dira jamais de bien.
M. RoufflaCy ébéniste, adjudant du bataillon des volontaires pendant le siège.
J'ai toujours estimé M. Delamarche; c'est l'un des seuls qui ont fait cesser le feu aux Prussiens, dans le parc du Bois-Préau.
11 a réuni le bataillon le 13 mars 1871, place delà mairie ; il nous a dit de ne pas servir la Commune et de ne pas nous battre entre nous en présence des Prussiens,
M'' A. Ledri'. — M. Dei.amarche vous a-t-il dit qu'il y aurait un nouveau siège?
R. — Non, monsieur.
A la rentrée des troupes, j'ai vu M. Delamarche à la mairie, distribuer des bons de vivres aux gardes nationaux.
Roucli, cordonnier, ancien sergent aux volontaires pendant le siège, capitaine pendant la Commune, ancien déporté.
J'ai connu M. Delamarche pendant le siège, il a vaillamment fait son devoir. J'ignore ce qu'il a fait pendant la Commune.
Je n'ai entendu dire du mal sur M. Delamarche qu'en août dernier, après les articles du Cri du Peuple,
W A. Ledru. — Vers quelle heure, le mardi 23 mai, les volontaires ont-ils quitté les barricades des rues Brézin et iMouton-Duvernet, sur l'avenue d'Orléans et comment leur commandant les a-t-il quittés?
R. — C'est vers trois heures, et c'est aussitôt l'ar-
rivée des troupes aux Quatre-Chemins que le commandant a quitté le bataillon, que nous avons conduit, CoLLiN et moi, jusqu'à Belleville
D. — C'était bien Kayl qui commandait.
R. — Oui, monsieur.
Chardon, instituteur.
J'ai été arrêté chez moi par un détachement de troupe de ligne le mardi 23 mai 1871, conduit le lendemain à la prévôté des Fourneaux. Je n'ai ni vu ni entendu parler du citoyen Delamàrche pendant les huit jours de ma captivité à cette prévôté, au Luxembourg et à l'Ecole militaire.
J'affirme de plus que le citoyen Delamàrche a fait son possible pour me faire mettre en liberté, ainsi que d'autres habitants du XI V'^ arrondissement, arrêtés arbitrairement comme moi.
Après raudition des témoins cités par M. Delamàrche, Taiidience est suspendue pendant un quart d'heure.
Plaidoirie de M' Alphonse LEDRU
A la reprise de Taudience, M. le président donne la parole à M' Alphonse Ledru, avocat de M. Delamarche, qui s'exprime ainsi:
Messieurs de la Cour, Messieurs les Jurés,
Au moment ou je me lève pour exposer la plainte de M. Delamarche, il m'est impossible de contenir le sentiment pénible que me fait éprouver ce triste débat.
Quoi donc', fallait-il, après qu^inze ans écoulés, réveiller le souvenir de nos discordes civiles, faire revivre des événements que, pour Thonneur dé notre pays et pour Thonneur de Thumanité, nous voudrions pouvoir effacer de notre histpire?
Il le fallait cependant ; car il y avait un devoir à remplir, — pour vous, Messieurs les jurés, comme pour moi, — envers Thonnéte homme qui est là, et à qui il était impossible de rester sous le coup des imputations, des allégations abominables contenues dans le feuilleton du Cri du Peuple.
Vous avez entendu, Messieurs, la lecture que j'ai faite, au commencement de' cette audience, du récit de M. Jules BouLABERT. J'en replacerai, dans un instant, quelques passages sous vos yeux. Mais vous avez déjà
retenu le rôle odieux qu'on y prête à M. Delamarche.
Il y est représenté comme ayant été l'organisateur d'une Cour martiale, comme ayant présidé à des exécutions sans jugement, désignant les victimes « au gré de ses petites haines et de ses grandes rancunes », les faisant fusiller « à la galope, comme par-dessous la jambe » jusqu'à ce que « la suée » fût passée, mêlant enfin l'hypocrisie à la cruauté, «jouant du bonhomme» auprès des familles ou des rares prisonniers qu*il épargnait afin de se ménager une justification dans l'avenir.
Il y a là des injures : ambitieux féroce, hypocritCj galérien ; il y a là des diffamations, c'est à dire des imputations de nature à porter atteinte à l'honneur et à la considération de M. Delamarche; il y a là surtout, — je puis dès à présent le dire hautement, — des mensonges et des calomnies.
Ces calomnies, M. Jules Boulabert n'a môme pas le mérite de les avoir inventées. Il les a ramassées dans certains milieux, où elles traînaient depuis quelques années, où elles étaient propagées, colportées, ix»pétées avec insistance par des ennemis personnels de M. Delamarche, malgré les démentis énergiques qu'il leur infligeait chaque fois qu'il lui était possible de les saisir au passage.
Lemomentest venu de faire justice de ces accusations. Quelque modeste que l'on soit, quelque ennemi que Ton soit du bruit, de la publicité, toute patience a ses limites. Quand M. Delamarche a vu qu'on ne se bornait pas à certaines allusions, à des propos plus où moins précis, mais qu'on prétendait, dans un large récit comme les Vaincus de iSTl, dans un journal aussi répandu que le Cri du Peuple, lui assigner un rôle
odieux, le clouer au pilori de Thistoire, porter atteinte à son honneur de citoyen et de soldat, il s'est dit que la mesure était comble et il est venu devant vous.
Il est venu devant vous, Messieurs les jurés, non pas seulement pour obtenir une condamnation, qui sera la sanction nécessaire de ce débat, mais surtout afin d'engager avec ses calomniateurs une discussion publique, où les accusations seraient produites et réfutées au grand jour et où la vérité s'affirmerait d'une manière indiscutable.
Le Cri du Peuple a accepté le rendez-vous, non sans quelques hésitations et quelques atermoiements, qu'explique la difficulté pour lui d'édifier un système de défense. Vous avez entendu ses témoins, vous avez entendu les nôtres; votre conviction est certainement faite. Il me suffira de rappeler ces dépositions, d'en rapprocher les constatations, de préciser certaines particularités pour rendre à M. Delamarche son aspect et sa physionomie véritables.
J'ajoute— et j'en préviens mon adversaire — quec'eât sur ce point seulement, surlesactesde M. Delamarche, que j'accepte la discussion. Je me refuse absolument à étendre le débat au-delà de ses justes limites.
Le Cri du Peuple, dans son impuissance à faire la preuve, s'efforcera sans doute de changer le caractère de ce procès, comme il en a d'ailleurs manifesté l'intention.
Au lendemain du jour où il avait reçu notre assignation, dans son numéro du 25 octobre, le Cri du Peuple publiait notre exploit en première page, en gros caractères, et il ajoutait :
Si nousdcnnons une importance exceptionnelle à Tassigna-
tioD qu*on a pu lire plus haut, à nous adressée par le sieur Delamarche, c'est parce qu'il s'agit ici non d'une affaire d'individu à journal, mais d'un débat plus large et embras' sant de plus vastes intérêts.
Dans notre feuilleton des Vaincus, nous avons raconté le rôle qu'aurait joué le sieur Delamarche pendant la semaine sanglante, dans le XIV* arrondissement.
On nous assigne, on nous traduit en Cour d'assises.
Soit, nou$ faisons mieux qu'accepter la discussion; nous sommes heureux, de cette occasion qui nous est offerte d'évoquer en pleine lumière le souvenir.de ces temps à la fois si glorieux et si lamentables.
Et nous déclarons tout d'abord, à voix nette et haute, qu'à l'occasion, ce ne serait pas du sieur De|.amarche seul que nous entendrions faire le procès, mais de tous ceux dont le rôle pendant la dictature militaire des Mac-Mahon et des Gallifet a été douteux, pour ne pas dire plus.
C'est la voix des fusillés, des déportés, des « dénoncés », que nous voulons faire entendra, vengeresse, à la barre du tribunal.
Lorsque, le 7 novembre, l'affaire était appelée une première fois devant la Cour d'assises, MM.
Mi VIELLE et BouLABERT faisaient défaut. Ils expliquaient leur résolution dans la lettre suivante, adressée à M. le président de la Cour d'assises et publiée en tête du journal :
Monsieur le Président,
C'est en Nouvelle-Calédonie et d'après les récits que lui ont fait certains de ses camarades de déportation, que Jules BouLABERT a écrit les Vaincus et raconté les exploits du sieur Delamarche pendant la semaine de mai.
Il nous fallait le temps de réunir ces témoins dispersés depuis l'amnistie, dans tous les coins de Paris.
Nous avons retrouvé ces victimes de la réaction de 1871;
elles sont prêtes à venir déposer devant le jury, mais voilà
^ae nous apprenons qu'une loi nouvelle, celle de 1884,
prescrit l'obligation de signifier dans les cinq jours de
l'assignation la liste ides témoins que les parties désirent
kire entendre.
Nous avons laissé passer ce délai. Nous ferons donc
défaut aujourd'hui, nous réservant de revenir devant vous
sur opposition, armés de tous les témoignages dont nous
disposons, pour jeter une éclatante lumière sur les férocités
versai 11 ai ses.
L'affaire Delamarche n'est pas un procès privé, mais bien un procès public comportant de grands débats, où tout un système de politique sanglante sera traduit par nous à la barre de k'opinion et de l'histoire, comme le sieur Delamarche nous traduit aujourd'hui à celle de la Cour d'assises.
Agréez, etc.
Signé: Boulabert, Miviellk.
Ce débat là, je ne l'accepte pas!
Ce procès est bien un procès privé et non un procès public.
Il appartiendra aux historiens de l'avenir de porter un jugement sur les événements de 1871, quand le temps aura fait son œuvre, éteint les haines, amorti les passions et créé ce lointain sans lequel on ne peut juger sainement les hommes et les choses.
Oiiant à vous, Messieurs les jurés, vous n'avez point à apprécier une politique, mais à faire œuvre de justice.
Il semblerait encore, à entendre le Cri du Peuple, que le procès doive s'engager entre les Cours martiales ou prévôtales et ceux qu'on appelle « les fusillés, les déportés, les dénoncés » de 1871.
Il peut plaire à M« Laguerre, — car il a tous les
courages comme il a tous les talents — de se faire le défenseur et Tapologiste de ces fusillés, de ces déportés, qui ont été aussi — il ne faudrait pas trop Tôu* blier — des insurgés en face de l'ennemi, quelquesuns, des massacreurs d'otages et les incendiaires de nos monuments publics!
11 ne me convient pas de défendre les Cours martiales. Je n'aurais pas accepté la mission de me lever ici, dans le sanctuaire de la justice, pour glorifier ce qui aété— il faut bien le dire— la négation de toute justice: ces tribunaux improvisés, où prenaient place, tout couverts du sang et de la fumée de Itf bataille, les combattants de la veille, de sorte qu'ils continuaient, sur leur siège de juges, la lutte commencée dans la rue.
Ce que je prétends, c'est que M. Delamarghe n'a Jamais eu rien de commun avec cette justice sommaire, c'est qu'il n'a participé à aucun titre à l'œuvre des Cours martiales. Ce que je soutiens, c'est qu'il n'y a aucun rapport entre lui et le personnage sinistre que le Cri du Peuple a mis en scène, en lui prêtant des actes, des sentiments, un langage contraires aux actes, aux sentiments, au langage de toute sa vie.
Et d'abord, Messieurs les jurés, laissez-moi vous dire très brièvement, qui est M. Delamarghe. Il faut que vous le connaissiez non-seulement parce que vous allez rendre un verdict qui touche à son honneur, non-seulement encore parce que vous trouverez dans le Cri du Peuple, à côté d'accusations précises, des insinuations portant sur sa vie tout entière et sa carrière de fonctionnaire, mais aussi, parce que, — quand on a été pendant quatre mois, sous le coup de sem-
blables calomnies, — on a droit à une réparation éclatante et publique.
M. Delamarche est un ancien sous-officier. Le 6 février 1855, il s'engageait au 19* régiment d'infanterie. I faisait la campagne de Crimée, — oii il fut blessé, le 8juin 1855, à l'attaque de Maiakofif, — et la campagne 'Italie. Libéré en 1859 du service militaire, il entrait a 1860 à l'octroi de Paris comme surnuméraire. Le 'février 1862, il était nommé expéditionnaire à l'adinistration centrale. Il l'était encore en 1870. C'était là une situation bien modeste. Cependant, lie est la force d'attraction de la bienfaisance, de la inérosité, du dévouement que le petit employé de >ctroi était, dans le XI V* arrondissement qu'il habite puis longtemps, l'un des hommes les plus populaires les plus justement estimés. Tout le temps que lui Lssait son emploi, il le consacrait à des œuvres d'insuction et d'émancipation sociale. En 1861, il était m des fondateurs de la première Bibliothèque popuire de Paris, celle du III* arrondissement; il en est crétaire général depuis la fondation. En 1866, il enait une part active au fonctionnement de la Sohté de secours mutuels les Employés du Commerce de l'Industrie. En 1867, il était l'un des fondateurs le secrétaire général de la Société coopérative les luitahles de Paris.
Le 24 mai 1866, cet homme, qu'on accusera plus tard avoir fait massacrer ses semblables, se jetait à la ige dans le canal Saint -Martin pour sauver une une fille qui se noyait (1).
1) Voir aux pièces justificatives page 21a.
La guerre de 1870 éclate. Puis viennent les premiers désastres. Paris est investi. Ancien sous-officier , ayant même après sa libération continué ses études militaires, M. Delamarche s'empresse d*ofïrir ses services. Le 2 août 1870, il est incorporédans la garde nationale et employé comme instructeur. Au mois de septembre, il est chargé d'organiser la 9« compagnie du 103« bataillon de la garde nationale; il est élu capitaine. Un décret du 9 octobre 1870 ayant ordonné la formation de bataillonsde volontaires, qui marcheront à Tennemi, M. Delamarche organise les volontaires de Montrouge et est élu chef de bataillon. Son esprit organisateur, la bonne tenue de sa troupe attirent sur lui l'attention de ses chefs. Par décret du gouvernement de la Défense nationale, en date du 27 décembre 1870, il est nommé lieutenant-colonel commandant le 53« régiment de Paris. Le 19 janvier 1871, il prend une part glorieuse, avec son régiment, à la bataille de Buzenval et il couvre, avec les volontaires de Montrouge, la retraite de Farmée sur Rueil. Le bataillon est cité, le lendemain, à Tordre du jour de Farinée et, le 29 janvier, M. Delamarche, en récompense de sa bravoure, est fait chevalier de la légion d'honneur (1).
Je n'ajoute qu'un trait à cette esquisse des services militaires de M. Delamarche. Préoccupé, comme toujours, d'œuvres de bienfaisance, il avait, dès le début, organisé dans son bataillon une caisse de secours pour les blessés et les orphelins; depuis le premier jour jusqu'au dernier, il versa à cette caisse la moitié de sa solde (2).
(1) Voir aux pièces justificalives, pages 217-218.
(2) Voir aux pièces justificalives, page 218.
Après le siège, alors qii*oii croyait avoir épuisé toutes les épreuves et toutes les am/ertumest Tinsurrectiou éclate; après la guerre contre Tétranger, la guerre dvilel
Nous examinerons en détail, —lorsque nous arrive*rons à la discussion des écrits difTamatoires, — quel a été le rôle de M. Delamarchb pendant cette triste période., Je me borne, pour le moment, à le caractériser en quelques mots.
A Versailles, où il se retire le 18 mars, à Paris., où il rentre le 22 mai avec une mission dont je déterminerai le caractère et la portée, il n*a qu'un but, qu*une pensée: rataener au gouvernement régulier le plus grand nombre possible d'égarés, assurer aux autres la clémence et le pardon; arracher: des victimes à la prison et à la mort, empêcher les arrestations légèrement faites sur des dénonciations anonymes, enfin grouper les gardés nationaux restés fidèles pour rétablir la circulation, éteindre ou prévenir les incendies, distribuer des secours, dès vivres aux plus nécessiteux, en attendant la reprise du travail. Puis, la pacification terminée, la garde nationale licenciée, il reprend simplement, modestement, ses fonctions de commis de l'octroi.
Nos adversaires se sont permis d'insinuer que M. Delamarche aurait, au lendemain de 1871, reçu dans son administration quelque grasse sinécure pour prix de ses services pendant la Commune. Dans le numéro du 26 octobre, le Cri du Peuple insérait un article, dans lequel il préparait sa défense. Cet article est intitulé: « L'affaire Delamarche, --5,000 francs de réparation, — Un homme pratique, » On comprend
quelle responsabilité on a encourue ; on considère l^ condamnation comme certaine. Il ne s*agit plus qu^ de s*en tirer au meilleur marché possible. On 8*élèv^ contre Taudace de M. Delamârchb. C*est bel et bien^ 5,000 francs qu*il ose réclamer:
Ah! c'est un homme pratique que le sieur Delamârchb C Fancien petit commis d'octroi à 1,800 francs, rentré daiu^ Paris, « colonel », au lendemain de la €k>mmuae — et aujourd'hui possesseur d'un poste, dont le cautionnement est.de 80,000 francs!
Oui, un homme pratique !
La vérité est qiie M. Delamarche, expéditionnaire â 2,000 francs avant le siège, était» après les événements, nommé, àTancienneté, commisàl,800 francs. 200 francs de moins: voilà la grasse prébende l Ce n*est que plus tard, par la force du travail et des services rendus, qu'il a atteint la situation qu*il occupe aujourd'hui. J*ai là. ses états de services: commis, le 1«' février 1871 ; commis principal, le 1«» japvier 1874; receveur le !•' juillet 1879, huit ans après les événements^
En- réalité, son rôle de pacificateur Favait rendu suspect à la réaction, dont il n'avait ni épousé ni satisfait les rancunes.
Un témoin, M. Beaujx)uin, vous a raconté qu*il avait dû intervenir auprès de M. Léon Sat, alors préfet de la Seine, et lui attester que M. Delamarche n*avait pas pactisé avecTémeute.
Le 9 juin, au lendemain du licenciement de la garde nationale, M. Delamarche fut arrêté et conduit devant un juge d'instruction. Un autre témoin, M. Finster* WALD Ta affirmé ; il a ajouté — ce qui a provoqué le sourire de mon adversaire — que M. Delamarche, au
j Moment de cette arrestation, ne paraissait pas inquiet Sur son ^rt. Quand on n*a dans sa vie que de bons et lojaux services, onpeut affronter sans crainte quelques instants de conversation avec un juge dMnstruction. X*lionorable magistrat demanda compte à M. Dela- "MARCHE de remploi de sontemps pendant la Commune; quand il connut sa qualité, les fonctions qu'il avait remplies, les services qu*il avait rendus, il le congédia en lui témoignant son estime.
Ce n*était pas fini.
De 1874 à 1877, M. Delamarche fut l'objet de quinze enquêtes de police.
Après ces suspicions, dues à json humanité à l'égard des vaincus, Tinrent celles des hommes que M. Delà- HARCHS avait voulu sauver»
Il avait repris, dans le XIV*^ arrondissement, son active propiagande en faveur des œuvres d'instruction et de bienfaisance. Il comprenait que, pour effacer le •souvenir des épreuves passées, pour en prévenir le retour, il fallait prendre corps à corps ces deux ennemis de toute civilisation et de toute liberté: l'ignorance, ei la misère!
Dès le 24 juin 1871, il fondait la Bibliothèque populaire des Amis de l'Instruction du XIV' arrondissement, qui réunit bientôt 600 adhérents, et dont il est, aujourd'hui encore, le président. J'ai là le procés-verbal d'institution ; il y est dit que le but des fondateurs est de « favoriser là propagation de Vipstruction et le goût de l-étude dans tous les rangs de la société, et d'établir entre tous les citoyens qui voudront y adhérer» un lien permanent de confraternité et de solidarité, qui ne peut qu'être favorable à la cause de l'ordre social et au progrés de la civilisation. »
Puis M. Delâmarche, après avoir participé i. }a fofir dation de la plupart des Bibliothèques populaires de la Seine, les relie entre elles, par un syndicat, pour accroître, par des échanges, leurs ressources et leurs moyens d'action.
En 1876, la Société Franklin lui décerne une mé<daiile d'argenft pour services rendus à la cause de Finac truction populaire (1).
J*ai dans mon dossier une quantité de pièces attestant qu'il exerce les fonctions de délégué càtitotial, vice-président de la caisse des écoles/ secrétaire de la commission chargée de protéger le. travail des enfants dans le& manufactures; des lettres de remerciement pour avoir, dans des conférences patriotiques, fait revivre les héros de la Révolution, lei Hoche, les Marceau, les Kléber, et appris à notre jeunesse, par l'exemple de ces anciens, conunent on doit aimer et servir la patrie.
Les œuvres de bienfaisance ne restent pas en arrière. M. Del AM ARCHE fonde successivement la Société de secours mutuels des employés de l'octroi, la Société de prévoyance des anciens volontaires de Montrougé.
Il vient en aide, par ses démarches incessantes, sa bourse au besoin, aux veuves, aux orphelins, aux femmes et aux enfants des transportés.
L'un des premiers, il a réclamé l'amnistie, pensant avec celui qui fut notre chef, notre maître à jamais vénéré et regretté, avec Gambetta, que l'heure était venue où il fallait jeter un voile sur les crimes, les dé-
(I) Voir aux pièces justificatives, page 233.
faillances, les lâchetés, les excès communs ! 11 a réclamé l'amnistie, pour faire Toubli, le pardon, le silence sur la guerre çivUe.
Hélas 1 Messieurs les jurés, s*il en est, parmi ceux auxquels l'amnistie a rouvert les portes de la France, qui se sont appliqués à effacer par leurs services les erreurs passées, il en est d'autres qui sont rentrés sans avoir rien appris ni rien oublié. Ils ont vu dans cette grande mesure de clémence non pas Toubli et le pardon, mais la réhabilitation, la glorification, l'espoir d*une prochaine revanche. En l'attendant, ils se sont mis à poursuivre de leur haine, de leurs dénonciations et ceux qui les avaient combattus et ceux, plus coupables à leurs yeux, qui avaient refusé de se joindre à eux.
M. Delamarche devait être, l'un des premiers, attaqué et soupçonné.
Dés le mois de novembre 1879, des calomnies sont répandues contre lui au cercle républicain du XIY* arrondissement. M. Kayl, — l'un des ennemis personnels de M. Delamarche et l'un de ceux auxquels il a rendu service, — a prétendu que M. Delamarche avait été exclu de ce cercle. C'est inexact. Voici le procès verbal qui a été dressé â la suitedes incidents auxquels il a été fait allusion :
CERCLE RÉPUBLICAIN DU XIV IRRONDtSSEIIEIIT
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Extrait du i»x>cè8-y6rbal de la séance dn 9 noTeàilire 1879
Au commencement du mois d'octobre def nier, ie citoyen Dblamarchb ex-iieutenant-colonel dee^ Yoloatairee de Montrouge, membre du conseil d'administration du cercle républicain du XIV* arrondissement, a été l'objet d'imputations calomnieuses de la part du citoyen Jean, membre du cercle*
M. Jean, invité à justifier les faits alléguée pair lui, n'fi pu fournir aucune preuve à Vappui,
Le citoyen Delam arche a non-seulement protesté avec indignation et énergie contre les bruits calomnieux répandus sur son compte, mais de plus, il a fourni la preuve que ces bruits étaient faux et mensongers. Il a établi en outre que loin d'avoir deisservi d'aucune manière les citoyens compromis à la suite de l'insurrection du 13 mars, il les avait au contraire secourus de tout son pouvoir et eh toutes circonstances ; soit pour les faire remettre en liberté, soit pour leur sauver la vie.
Le citoyen Jean, après examen dès pièces fournies par lé citoyen DelaMarchE, reconnaît qu'il s*est trompé à son égard; il déclare qu'il tient le citoyen Delamarche pour un excellent et loyal républicain. Il le prie en outre de recevoir ses excuses pour les propos calomnieux tenus sur son compte par suite d'une confusion de personne et d'une certaine ressemblance de nom avec une autre personne.
Le citoyen Delamarche, dans un but de concorde et d'entente entre républicains et membres du cercle, accepte les excuses du citoyen Jean ; sur sa proposition, le conseil d'administration et la commission d'admission décident à l'unanimité que M. Jean ne serait pas exclu du cercle ;
mais qu'à titre de réparation et pour rétablir la vérité, le résultat de Tintrident obtenu après enquête serait inséré au procès- verbal de la séance de ce jour, et affiché pendant deux mois dans la salle du cercle.
Fait à Paris, le 5 novembre 1879.
Pour la commission d'admission, Le Membre délégué, Signé: Edouard HY.
Pour le conseil d'administration, Le Président,
Signé: L. TALLON Adjoint au maire du XIV arrondissement.
A également signé; M.JEAN-
: NOTA. — M. Kayl, mis en cause par M. Jean a déclaré .n'avoir tenu à qui que ce soit aucun propos malveillant à l'égard de M.- Delamarche. Comme d'ailleurs il ne peut fournir aucun renseignement sur la question soulevée, le ^coQs^i'et Ja -commission décident qu'il n'y a pas lieu de mêler autrement M. Kayl dans cette affaire.
A la suite de ces incidents (1), M. Delamarche a donné sa démission, ne voulant pas fréquenter plus longtemps une compagnie où Ton était exposé à de semr bla blés injures.
Cependant, la calomnie continua à se propager.
Le 16 octobre 1880, le journal la Commune, à propos d*une conférence" faite par M. Delamarche sur Tor-
(1) M. Delamarche a donné sa démission à la suite d'un incident rappelé nexactcmcilt par le témoin Kayl et qui a suivi celui auquel il est fait allnsion dans la pièce ci-dessus.
Voir sur cet incident note 2 à la déposition de Kayl, page 36.
g^anisation d'une caisse de retraite pour les vieux travailleurs, disait que l'orateur « était un excolonel de la garde nationale qui commandait un arrondissement de Paris, lors des massacres de mai, le sieur Del am arche. »
Il n'y a là qu'une insinuation et un rapprochement perfides.
Le 12 décembre 1880, au moment des élections municipales, le journal Ni Dieu ni Maître, parlant d'une proposition adoptée dans une réunion publique, ajoutait:
Cette proposition est faite par un certain Delamarche, dont le nom soulève de violentes protestations parmi les socialistes présents. Il parait que ce Monsieur a été décoré par Versailles pour sa belle conduite contré les commune\i% parisiens, et que, après la défaite de ces derniers, il les engageait à signer des recours en grâce. C'est complet : après avoir contribué à leur défaite, il voulait les déshonorer.
M. Delamarche envoie aussitôt la rectification suivante :
Paris, 12 décembre 1880.
Au citoyen J. BRION, Rédacteur du Journal « Ni Dieu ni Maître »
Citoyen,
Dans le numéro 23 du journal Ni Dieu ni Maître du 12 décembre courant, sous la rubrique : Héunions et Conférences^ je relève, à mon endroit, diverses assertions inexactes que je considère comme ajant un caractère calomnieux.
Vous dites :
* Cette proposition faite par un certain Delamarcrb,
4écpré par Versailles pour sa belle conduite contre les <^ommuneux parisiens, etc.. »
Vous avez été mal renseigné, citoyen, car j'ai été décoré par décret du gouvernement de la Défense nationale, en date du 27 janvier 1871, en qualité de colonel du 53« régiment de Paris, pour ma conduite à Buzenval, et sur la proposition du général de division Susbiellb, sous les ordres duquel j*étais placé.
Vous ajoutez encore:
« Qu'après la défaite de ce^ derniers (les communeux), il (le même DelamarcHe) les engageait à signer des recours en grâce. »
Et vous ajoutez .
« C'est complet: après avoir contribué à leur défaite, il voulait les déshonorer. »
Cette assertion, citoyen, est encore erronée; elle cache «me peHidîe que vous propagez, sans doute sans le vouloir, et par méconnaissance de choses et de faits que je vais rétablir.
Je n'avais nulle qualité pour engager les vaincus de la Commune à signer des recours en grâce ; mais, vieux républicain, je suis intervenu (comme c'eût été le devoir à tant d'autres de le faire) au milieu de dangers de toutes sortes, pour sauvegarder les droits de l'humanité, méconnus par les belligérants.
J'ai été assez heureux de pouvoir sauver la vie à plusieurs de mes concitoyens. J'ai pu épargner de grands malheurs à mon patriotique arrondissement; enfin j'ai pu faire rendre à la liberté un assez grand nombre de. prisonniers qui se réclamèrent de moi. Ces faits, citoyens, sont de notoriété publique dans, le XIV« arrondissement; c'est ce qui me vaut l'estime de mes concitoyens que la passion n'égare pas.
Dès 1872, j'ai mis en circulation et signé une pétition réclamant l'amnistie, estimant cette mesure juste, nécessaire, pour faire cesser les haines et les divisions au sein du parti républicain. Me serais-je trompé? Je considérais
aussi que l'insurrection du 18 mars était le résultat d'un afifreux malentendu, la fatale conséquence de nos désastres militaires !
Je m'arrête ici, citoyen, ne voulant pas abuser du droit de réponse que me confère la loi. Quant au reste, je saurai, n*en doutez pas, en temps et lieu, comme déjà j'ai eu l!ocr casion de le faire, démasquer les calomniateurs et faire connaître leurs mobiles intéressés.
Je vous prie, citoyen, et au besoin je vous requiers de faire insérer cette lettre dans votre plus prochain numéro.
Veuillez agréer, citoyen, l'expression de ma parfaite considération » (1).
P. DELAMARCHE
Ex'Colonet des volontaires de Montrouge et^du 53* régiment de Paris .
Le journal n'ayant inséré cette rectification qu^avec des erreurs et des omissions qui en altéraient le sens« M. Delâmarche prit la précaution delà faire imprimer à part et tirer à 2,000 exemplaires, qui furent envoyés à tous les journaux et répandus dans le quartier.
En janvier 1881, Paris^Municipal, puis V Univers témoignent leur étonnement de voir la candidature de M. MoNTEiL patronnée et soutenue par M. Delâmarche commandant la prévôté du Jf/F' arromdissement, à l'entrée des troupes de Versailles à Paris,
Cette fois, l'accusation se précise. M« Delaharche aurait été prévôt.
La réponse ne se fait pas attendre.
Deux jours après, Paris-Municipal publie la note suivante :
M. Delâmarche nous a demandé, et nous déférons vo> (1) Voir 2* lettre aux pièces justificatives, page 236.