CM DÉGAGÉS PENDANT LA CARBONISATION
On vient vous dire que M. Popelin-Ducarre a trouvé le moyen de chauffer ses fours en utilisant les gaz qui se dégagent pendant la carbonisation.
Entendons-nous bien sur la valeur de celte phrase à effet; et, d’abord, qu’est-ce que la carbonisation? La carbonisation est cette opération qui a pour but de priver un combustible de toutes ses substances volatiles, desquelles résultent pendant la combustion la flamme, l’odeur et la fumée, pour ne laisser dans le produit que le carbone, substance combustible et non volatile, et les cendres ou matières terreuses, substances inertes; ou plus simplement, la carbonisation a pour but de transformer les combustibles en charbons. Pour carboniser, on expose les combustibles (privés du contact de l’air ambiant) â une température de 4 à 500°, soit en les plaçant dans des vases ou dans des fours fermés (carbonisation en vase clos), soit en les disposant par tas recouverts d’une couche de terre, la terre formant ainsi un vase clos (carbonisation des charbonniers en forêt). Mon père se réservait d’utiliser tous ces modes de carbonisation, et j’ajouterai que, quel que soit celui dont on fera usage, le charbon obtenu sera identique si Ton a conduit l’opération convenablement.
M. Popelin-Ducarre déciit la carbonisation en vase clos : on la trouve, je le répète, souvent mentionnée dans les brevets Raspail.
M. Popelin-Ducarre indique la carbonisation du noir animal (charbon d’os) comme le meilleur mode de carbonisation des combustibles artificiels. — Mais l’usine de Vaugirard, montée pour exploiter les brevets de mon père et dont un des employés était M. Delancet, qui, peu de temps après, se trouvait aux gages de M. Popelin-Ducarre; l’usine de Vaurigard, dis-je, était une ancienne usine h noir animal , possédant encore tout son matériel et par conséquent ses fours à carboniser; on ne pouvait donc mieux choisir pour commencer la fabrication des charbons artificiels.
On vous dit, messieurs, que M. Popelin-Ducarre utilise les
produits volatils dégagés pendant la carbonisation des combustibles artificiels. — Mais la principale raison qui fait préférer la carbonisation en vase clos à toute autre carbonisation est précisément l’utilisation des produits volatils, mon père dit (deuxième brevet d’addition) :
« En continuant mes expériences.
» 1° Je n’ai point tardé à me convaincre que, tout en carbonisant » en vase clos les marcs, débris et rebuts, dont j’ai donné la liste » dans ma première addition du 22 février dernier, j’aurais un im- » mënse avantage a en recueillir les produits par la distillation, » afin d’obtenir en substances oléagineuses, résineuses et pyroli- » gneuses, de quoi me défrayer amplement de mes dépenses de » combustibles et autres. »
C’est ainsi que l’on carbonise le bois en vase clos, afin de recueillir les acides pyroligneux, les huiles empyreumatiques, l’esprit de bois, etc., etc., et qu’on utilise sous le foyer les produits volatils non condensés.
C’est ainsi que, dans les usines à gaz, on recueille les goudrons et les eaux ammoniacales; les goudrons, soit pour; chauffer les fours à cornue (sorte de fours à carboniser en vases clos), soit pour les livrer à l’industrie, qui les utilise à fabriquer des charbons et combustibles artificiels, les huiles de goudron et l’acide picrique, etc., etc.
C’est ainsi que l’on recueille les gaz dégagés dans les hauts fourneaux, pour les brûler sous des générateurs à vapeur.
On vous dit encore que M. Popelin-Ducarre carbonise scs matières sans frais de combustible. — Permettez-moi, messieurs, de vous transcrire encore un passage du second brevet d’addition de mon père :
« 4° Avec les marcs seuls et sans addition aucune de poussier de » charbon, j’obtiens une carbonisation tout aussi compacte, en sou- » mettant ces marcs seuls à la série d’opérations ci-dessus décrite et » en les distillant en vases clos ou autres. J’entends par ce mot tous » les procédés de cuisson et de carbonisation, et notamment celui qui » est adopté de temps immémorial par les charbonniers, consistant » à former des tas que l’on recouvre de terre et que l’on réduit en » charbon par la chaleur de leur propre combustion ; procédé » qu’on peut appliquer à la transformation des marcs en charbon » compacte. »
Ali ! si l’on disait que M. Popelin-Ducarre est inventeur d’un mur, — que la construction particulière de ce four est sa propriété, — que mon père ne peut s’en servir sans son consentement, pas plus que M. Popelin-Ducarre ne doit l’employer à fabriquer des charbons artificiels sans le consentement de mon père, on serait alors dans le vrai ; et le four Popelin-Ducarre, se trouvant remplacé avec la plus grande facilité par une foule d’autres, qui existent et fournissent de très-bons résultats, la fabrication des charbons artificiels n’en serait pas le moins du monde entravée, bien loin de là.