‹ Procès perduChapitre 14 sur 29 · ÉMILE RASPAIL · texte numérisé non relu

ÉMILE RASPAIL

Paris, le 5 juillet 1856.

Ingénieur civil.

Devant le tribunal de lre instance sur trois juges, il nous semble que nous devons en avoir un pour nous. Notre avocat, M° Foret, avait assez maltraité la conduite de notre adversaire

(*) C’est le dimanche 29 juin que j’ai fait remettre ce mémoire à W° Blanc, et non pas le mardi P‘r juillet, comme il a bien voulu le dire devant la Cour. (Note gTÉmile Raspail).

pour que le jugement se montrât plus sévère qu’il n’a été envers nous; il faut donc que la justice de notre cause n’ait pas été tout à fait méconnue' par la majorité des juges.

Devant la Cour d’appel, on l’a vu, nous n’avons ménagé aucune vérité; et nous avons pris soin d’écarter tous les timides ménagements, toutes les réticences, et d’attaquer à la rescousse, sans regarder en arrière ou à côté.

Or nous avons eu pour nous, M. le rapporteur d’Herbcloî, dont le rapport aurait pu être pris pour la défense calme et consciencieuse d'un avocat. L’avocat de la partie adverse ayant même, comme en première instance, fait mine de ne baser sa plaidoirie que sur les premiers brevets, M. le conseiller d’Herbelof rappela à l’avocat que l’on n’accusait pas Popelin-Ducarre d’avoir contrefait ces premiers brevets, mais bien le dernier, qui seul était en cause, et dont Me Leblanc, avocat de Popelin-Ducarre, évitait de parler. M. l’avocat général Hello

motiva ses conclusions d’une manière si favorable à notre thèse, que nous n’avons pas à regretter de n’avoir pas chargé un avocat du soin de la soutenir. Son allocution, largement développée, ne fut d’un bout à l’autre qu’une défense pour nous et presque un réquisitoire contre la partie adverse.

« Pense-Don, s’était écrié M. l’avocat général, que des banquiers juifs auraient aventuré des fonds sur l’exploitation d’un produit qui n’eût pas été nouveau, et qui n’aurait pas été capable de donner de grands bénéfices î On sait assez que quand ils prêtent les mains à une affaire, c’est qu’ils ont acquis la certitude du succès. »

Au sortir de l’audience, pour tous les assistants, notre procès était gagné ; ainsi l’indiquait toute la physionomie de l’audience. Les physionomies en général sont trompeuses; et chacun s’y trompa de près, excepté nous qui de loin n’avions pas à juger sur les apparences.

Quoi qu’il en soit, en suivant la progression dont la raison nous était donnée par les avantages obtenus devant les deux premières juridictions, il nous était permis d’entrevoir une probabilité de succès au troisième terme de la procédure, d’espérer un succès en droit, après avoir été si près de gagner en fait. Nous n’hésitâmes donc pas déporter l’affaire devant la Cour de Cassation, et de distribuer à MM. de la chambre, qui devaient en connaître, le mémoire qui suit.

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