PROCÈS PAR LA COUR
Il est impossible de fixer une quantité invariable de strychnine, comme produisant la mort. La chose dépend d’une foule de circonstances et d'accidents düs alors à la constitution, au sexe, aux. habitudes, et ainsi de suite.
RÉ-EXAMINÉ
Je ne puis dire immédiatement quels sont les symptômes de l’'empoisonnement par les cha:apignons. Jene puis dire si les champignons contiennent un principe de strychnine. Il est improbable que l’on ait jeté des substances poisonneuses dans les aliments. Quand j'ai été absent pour me laver les mains, j'ai laissé les viscères sous la garde de Théophile Lahaie.
Samedi matin, 10h. A. M.
La foule est moins considérable qu'hier. Le prisonnier semble fatigué, mais sa figure est impassible. Il promène ses regards sur la foule d’un air calme et froid.
La Couronne continue sa preuve.--Docteur Philippe Giroux, médecin de Trois-Rivières, âgé de 30 ans. Je pense avoir vu le prisonnier chez moi, le 30 Décembre dernier ; c'était le Dimanche. Je vois beaucoup de monde à mon bureau.
M. Chapleau de la Défense, s’objecte au témoi-
age, en autant que le témoin n’est pas certain de
‘identité du prisonnier. La Cour rejette l’objection.
Il y avait un individu du nom de St. Pierre à mon bureau, quand la personne, que je crois être le prisonnier, y est venue. Le nommé St. Pierre est un journalier de Trois-Rivières, et je le connais ; il était dans mon bureau, quand la personne y est entrée. Cette personne m'a demandé si je voulais avoir la bonté d’obliger le Dr. Smith, de LaBaie,
PROVENCHER-ROISCLAIR. 85
én lui laissant avoir un peu de strychnine. Je lui ai demandé s’il avait un écrit du Dr. Smith : il m'a répondu qu'il n’en avait pas. Là-dessus je lui ai dit que je ne pouvais pas lui laisser avoir de strychnine, que c'était contre mon devoir de le faire.
J'ai refusé de lui donner ce poison. Là-dessus il a réitéré sa demande ; après avoir réfléchi, j'ai pensé en moi-même qu'il n'eu userait toujours pas en mal, et je lui en donnai une quantité de huit grains ; Je le ai pesés.
Ün individu qui, assermenté, dit s'appeler Didace St. Pierre, jardinier de Trois-Rivières, est présenté au Dr. Giroux qui le reconnaît pour la personne qui était dans son bureau lors de l'arrivée de la personne en question.
La personne me donna un écu pour huit grains de strychnine.
Cet homme me dit sur ma demande après avoir reçu son poison et m'avoir donné son argent, qu'il se nommait Joseph Thérien, de LaBäïie. Il partit avec le poison dans sa poche. J'avais écrit le mot “ poison ” sur le papier, afin d'éviter des erreurs ; jé l'informai de ce fait.
Cette personne me demanda s'il y avait du danger à le porter dans sa poche. Je lui dis que non, pourvu qu'il n’en prit pas. J'elui fis la remarque que je croyais qu'il se servait du nom du Dr. Smith pour avoir du poison, afin d’empoisonner les renards. Il a persisté à dire que c’était pour le Dr. Smith.
Il y a deux sortes de strychnine ; la strychnine en cristaux, et la strychnine en poudre ; je lui ai donné de la strychnine en poudre. Il a répété deux ou trois fois que c’était pour le Dr. Smith.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU
Jene suis pas pharmacien. C'est pour la première fois que je vends du poison à un inconnu, et j'espère que ce sera la dernière, surtout pour ceux qui s’en servent si mal que cela. Je ne puis pas’
86 PROCÈS jurer que ma strychnine ait servi mal ; mais j'ex ai eu de grands pressentiments, le 2 Janvier, quand ee appris que le cas d'empoisonnement avait eu ieu ; tellement, que cinq ou six jours, ou sept ou huit jours après, j'ai écrit au Coroner. J'ai encore le même pressentiment, bien que je n’en aïe pas de preuve.
Tai fait une déclaration, disant qu'il avait une barbe plus forte que celle qu'a le prisonnier maintenant, et qu'il portait une moustache noire et grisonnante.
e que je viens de vons dire, j'en suis positivement bien sûr. Cette moustache couvrait la lèvre supérieure et tombait sur la bouche, et c’est la mèême personne à qui j'ai donné du poison. J'ai déjà dit que c'était une personne picottée. Je jure positivement que l'individu à qui j'ai vendu du poirar le trente Décembre dernier, portait une moustache. |
QUESTION.—Avez-vous jamais dit à Hilaire Provencher, dans votre bureau, à Trois-Rivières, vers Dimanche dernier, que le prisonnier était une canaiïlle, qu’il méritait d’être pendu, qu’il serait pendu comme un chien, et que ce serait par votre; témoignage qu’il le serait, —ou vous êtes-vous servi d’autres paroles comportant le même sens ?
RÉPONSE.—J'e n'ai jamais dit ce que l’on me demande, voici ce que j'ai dit :
Hilaire Provencher et une autre personne sont venus chez moi il y a sept ou huit jours; la personne qui était avec Provencher avait mal aux yeux. Je lui ai demandé d’où il était. Il répondit : de Ste. Monique, Cela me fit penser à ce qui était arrivé relativement à la vente de mon poison. Je lui demandai s’il connaissait M. Provencher, fe
risonnier). Très-bien, dit-il. Je lui demandai quelle était la réputation de M. Provencher (le risonnier) dans le temps où il demeurait là. I] jouissait, ma-t-il dit, d'une bonne réputation ; il
PROVENCHER-BOISCLAIR. 37
était conseiller et magistrat ; et je lui dis là-dessus que c'était malheureux que le prisonnier fût pris sous cette accusation et que si malheureusement elle était prouvée, il serait pendu. C’est là tout ce ue j'ai dit: Je sais que c’est une habitude répan-
due parmi les culüvateurs de se servir de la strychnine pour la chasse aux renards. J’ai vendu le poison à l'inconnu, sur ses dénégations que c'était pour la chasse aux renards ; peu après, j'ai fini par croire, vu ses dénégations, que c'était effectivement pour le Dr. Smith qu'il le demandait.
Par la Cour.—Je savais qu’il y avait un Dr. Smith à LaBaie.
RÉ-EXAMINÉ
Je ne pense pas que la moustache fut postiche ; je la croyais réelle.
" DipacE ST. PIERRE—Ile même qui a déjà été appelé.—Je me suis trouvé chez le Dr. Giroux, de Trois-Rivières, témoin déjà entendu, le 30 Décembre, un dimanche après la messe, vers midi et-demi. J'ai vu là un homme qui s’est appelé Joseph Thérien. (C’est le prisonnier ; j'en fais serment. Je l'ai bien remarqué. Je n'avais pas d'autre affaire qu’à le regarder tout le temps qu’il parlait au Doc: teur. Le Docteur lui a demandé de laisser son nom et il a dit que son nom était Joseph Thérien. Il a dit qu'il était de LaBaie. Il à demandé du strychnine ; j'en suis positif. Le Docteur dit qu'il ne pouvait en recéder, (1) qu’il n’en était pas graillé (2) de cela. Il en a demandé pour le Dr. Smitk de LaBaie du Febvre qui lobligerait bien. J'ai vu le Dr. Giroux prendre ses balances et lui en peser. Je Fai vu l'envelopper, l’attacher et écrire que c'était du strychuine, le poison le plus vif. Je ne sais ni lire, ni écrire, ni signer mon nom. L'est le Dr, qui m'a dit qu'il avait écrit cela. Il a
(1) Expression populaire, au lieu de céder, laisser avoir, (2) Au liep de fourni.
demandé au Dr. si ça pouvait l’empoisonneïr en emportant ‘cela dans sa poche. Nous avons répondu tous les deux, le Docteur et moi, que tant qu'il ne s'en mettrait pas dans la bouche, 1l n’y aurait pas de danger. Je l'ai vu payer un écu rond au Dr. J'ai dit au Docteur, après son départ, que je croyais que c'était pour lui qu'il demandait le poison pour faire la chasse aux renards. Il a dit en partant : Quand je serai chez nous ce soir, je l'arrangerai comme il faut que ça soit; je me trompe, c'est le Docteur qui larrangera. Le Docteur lui a dit : Si toutefois il arrive quelque malheur avec cela, je ne prétends pas être sujet à aucune pénalité. Le Docteur a dit comme moi, après son départ : qu'il pensait bien que c'était pour les renards.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU
Je pense que le prisonnier avait un capot gris, un casque de loutre et un pantalon gris. Il était habillé tout en gris d’après ce que je puis me rappeler.
M. Armstrong, l'avocat de la Couronne m'a envoyé, jeudi dernier, à la prison pour voir si je reconnaitrais le prisonnier. J’y suis allé et j'ai vu le même homme que je vois maintenant à la barre. En le voyant à la prison, je l’ai reconnu pour le même homme qui avait acheté de la strychnine du Dr. Giroux. Dans la prison sa figure était dans le même état qu'elle est aujourd’hui. Quand je lai vu chez le Dr. Giroux, il avait une forte moustache grisonnante rabattue sur la bouche ; et je vois au- Jourd’hui qu’il n’a plus de moustache. Ce n'était pas une moustache rapportée. Le seul chang'ement opéré dans sa figure, depuis le jour où je l'ai tu chez le Dr. Giroux au jour où je l'ai vu dans la prison, avait été produit par l'enlèvement de sa moustache. Les favoris étaient plus longs qu'ils le sont aujourd'hui d’une ligne environ. Je n'ai jamais parlé au Dr. Giroux de cette affaire là, ni
PROVENCHER-BOISCLAIR. 39
ici, ni ailleurs. Je ne lui ai jamais dit que moi je reconnaissais le prisonnier. Je ne sais pas comment il se fait que j'aie été appelé comme témoin. Je demeure à une vingtaine d’arpents de chez le Dr. Giroux. J'étais chez le Dr. pour avoir des remèdes. Le Docteur ne lui a pas demandé s'il ‘avait un papier. J'étais à côté de lui. Il n’a pas été mention de papier. Le Dr. lui a demandé som nom après lui avoir donné le poison. Le Dr. lui a dit qu'il ne pouvait pas lui en céder beaucoup, qu'il n’en avait pas beaucoup. Le prisonnier voulait en avoir plus. Ila dit: Vous avez plus d’ez belle (1) à en avoir de Montréal que le Dr. Smith. J'étais à cinq ou six pieds d'eux. (a m'a paru motonneux. Je suis sûr que le Dr. Giroux ne lui a pas dit que ce n'était pas pour le Dr. Smith, mais pour lui qu'il demandait le poison. Je n'ai parlé de cette affaire là qu’à l'avocat de la Couronne. Depuis que j'ai vu le prisonnier à la barre, j'ai dit à quelques personnes que je connaissais le: prisonnier.
| PAR LA COUR
Je persiste à faire serment que la personne qui a été acheter du poison chez le Dr. Giroux, le 30 Décembre dernier, est le prisonnier.
PIERRE ELZÉARD PoiT'ER—Marchand de Trois- Rivières, 30 ans.—Je connais bien le prisonnier, je l'ai vu plusieurs fois à mon magasin et je lui ai vendu des marchandises. Il demeurait alors à St. Zéphirin. Je crois qu'il demeurait alors à Ste. Monique. IÎl y a un an cet hiver que je le connais, Je l'ai vu à Trois-Rivières, le dimanche qui a précédé le jour de l'an, entre 81 à 9 heures a, m., chez moi. Jl m'a emporté une lettre que M. Moses Ezékiel Hart de St. Zéphirin m'envoyait. Je l'ai revue une couple de fois dans la journée. Je suis: EE ne
(1) Populaire : facilité,
revenu de Trois-Rivières à St. Zéphirin ce jour là. Nous sommes partis à une heure et-demie de l’arès-midi. Nous sommes revenus dans sa voiture. e matin il m'avait dit qu'il voulait avoir quelque chose chez le‘ Docteur. D’après ce qu'il m'a dit, j'ai compris que c'était des remèdes pour le Dr. adouceur, et je lui ai conseillé d’aller chez Madame Vallée, vu que c'était une veuve qu’il fallait encourager. Je l’ai revu après la messe, vis-à-vis mon magasin, vers midi. M. Hart m'avait écrit qu m'envoyait M. Provencher pour venir me chercher et m'emmener à St. Zéphirin, Après avoir lu la lettre, je lui ai dit : je vais aller à St. Zéphirin avec vous. Il me répondit : Je ne crois pas que je pourrai vous emmener parceque les chemins sont bien mauvais. Ilest parti, disant qu'il allait chercher ses remèdes chez Madame Vallée. Après la messe il me dit : Je suis décidé à vous emmener, préparez-vous pour une heure ou une heure et-demie ; on traversera. Je ne lui ai pas reparlé de ses remêdes. Nous nous sommes rendus le dimanche au soir à St. Zéphirin. La distance est de neuf à dix lieues. J’ai revu le prisonnier le lendemain chez M. Hébert à St. Zéphirin. Vers onze heures à onze heures et-demie, le 31 ‘Décembre, le Docteur Ladouceur était présent. Il dit qu’il venait chercher une prise pour François Joutras. Le Docteur s’est offert pour y aller quand il lui a demandé une prise. Il a répondu qu’il n'était pas venu pour lechercher. Il est resté trois ou quatre minutes chez M. Hart. Jen’ai pas entendu le Dr. Ladouceur lui faire de questions sur l'état de Joutras. Le prisonnier a dit que Joutras ‘était tombé de sa maladie, mais qu'il était mieux, qu'il l'avait frotté ; mais qu'il venait chercher une prise par précaution en cas qu’il retombât de nouveau.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU
Provencher a dit qu'il venait voir le médecin
PROVENCHER-BOISCLAIR. 41
parcequ'il avait eu une crise, mais qu’il était mieux. Je crois que le prisonnier a dit-au Dr. Ladouceur : Jdoutras a eu une de ses crises ; il a pris une des poudres que vous lui avez données, ga ne lui a rien fait, et on voudrait avoir une poudre sembluble à celle que vous lui avez donnée chez Cajolet. Je ne puis-pas dire si le prisonnier avait une moustache quand il m'a ramené de Trois-kRivières ; je ne puis pas’plus dire qu'il eh avait une que je puis dire qu'iln’en avait pas: Hart m'avait écrit que je pourrais’ aller à St.-Zéphirin dans la voiture du prisonnier avec ma mère. Après avoir lu la:lettre, je lui ai dit : comme çh, je vais m’en aller:avec vous ainsi que ma mère. Il m'adit : les chemins sont trop mauvais, c’ést impossible. Après la messe il m'a dit : vous, je puis vous emmener. Mon impression est qu’il était habillé en étoffe grise foncée. Je peux jurer‘que ce n'était pas en noir. PAR LA COUR.
. Je demeure dans la Rue du Platon et Madame Vallée demeure au cbin de l4&’Rue des Forges et la Rue Notre-Dame. Je crois qüe le prisonnier savait: où demeurait Mme Vallée. Le Dr. Giroux demeure. à cinq ou six arpents de chezmoi. Il peut y avoir 8 ou 10 arpents de l'endroit où le prisonnier est venu me prendre à aller'chez'le Dr. Giroux.
Dr. JosePH ApoLPHE SMIÿH,—Médecin de La Baie du Febvre, 69 ans. |
Je connaïs le prisonnier ; j'ai vu le prisonnier pour la première fois, chez moi, le 20 Décembre dernier. Il m'a donné son nom romme ‘étant Modeste Provencher. Il est: vent me voir comme médecin, Ils'est dit malade. Ï1 me’ dit: Je ne suis pas bien; je'ne dors pas; je‘n’ai pas-d'appétit, j'ai souvent des‘rapports, des aigreur$; je pense bien que j'aurais besoin d'être putgé. Je lui ai dit: A qu’un’ émétique vous ferait du bien.
ébirez-vous prendre des: pilules ou: autre chose.
Dans l'état où vous êtes, je pense qu'un émétique serait ce qu'il y a de mieux. Il a répondu : je le crois. J'ai dit à mon fils qui est médecin, de lui peser un émétique ; c'estcequ'il a fait. Mon filsle lui a donné en lui donnant la direction. Après avoir eu le vomitif il m'a demandé de lui préparer quelque chose pour le faire dormir, disant qu'il dormait mal. Je lui ai donné un demi once de laudanum, lui disant d'en prendre entre 25 ou 30 gouttes le soir avant de se coucher. il m'a demandé de l'onguent gris Mais je n’en avais pas. Après quelque conversation, le prisonnier, après avoir cherché dans ses poches, dit qu’il ne trouvait pas son émétique, bien que mon fils lui eût livré, et je lui en ai fait donner un autre par mon fils. [la emporté le second vomitif. Je le luiai vu prendre. Le 26 Décembre, je l'ai revu. Lors de la première visite, je lui avais parlé d’un nommé Abraham Provencher, mon débiteur, et il m'avait dit qu'il le verrait, ajoutant : Ne vous donnez pas le trouble de Jui écrire, je reviendrai dans quelques jours et je vous en donnerai des nouvelles, vu que je suis pour passer là. Le 26 Décembre il est de nouveau entré dans mon bureau et j'étais avec mon fils. Il m'a paru bien gai. J’ai dit: Tiens, voilà M. Provencher : eh bien, le vomitif? Ah! il dit: I n'ya rien de mieux que le vomitif ; j'ai vomi gros comme le bras ; je suis comme un oïseau ; je dors, je mange, il n’y a rien de pareil. Je lui ai alors parlé de mon débiteur, et il dit: il va venir ces jours-ci. Ensuite il m'a dit : j'ai reçu une lettre de mes garçons qui sont dans les Etats, qui me demandent, vu que je suis pour aller les voir, si j'aurais la bonté de leur emporter du poison pour les renards, vu qu'il y en a beaucoup là. Il m'a paru ne pas connaitre le nom du poison pour les renards. Je
lui ai demandé : est-ce de la strychnine que vous voulez avoir ? Il m’a dit : je ne connais pas bien cela ; je lui ai dit: le poison pour les renards c’est
PROVENCHER-BOISCLAIR. 13
de la strychnine. Il m'a demandé si j'en avais : J'ai dit : je n’en ai pas, je n’en ai jamais eue, je n'ai jamais voulu en garder. Il m'a dit : puisque vous n’en n'avez pas, est-ce qu'il n'y a pas quelques chasseurs ici qui en ont. Je lui ai dit : oui, et je lui ai donné les noms de André Lafond et Jean- Bte. Martel. Il m'a demandé la distance pour aller chezle plus éloigné, et j'ai répondu, comme un mille. Je lui ai donné la désignation des maisons. Il me dit: puisqu'il fait bien beau, j'ai une bonne voiture, pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi, Ça m'exemptera des démarches. Je suis allé avec lui, d'abord chez Jean-Bte. Martel, que nous n'avons pas vu ; ensuite nous sommes allés chez Lafond. Rendus là, nous avons trouvé le père Lafond et la famille assemblée. J'ai dit au père Lafond: voici M. Provencher qui voudrait avoir quelques grains de poison Dont ee renards, pour emporter à ses garçons qui demeurent à Boston, en avez-vous ? J’ai oublié de dire, que dans mon bureau, quand le prisonnier m'avait demandé du poison pour ses enfants, je lui avais dit: mais pourquoi vos enfants, qui demeurent à Boston, n’en achètent-ils pas là ? n'avait répondu, que ses enfants demeuraient à une quinzaine de lieues de Boston, et qu’il leur en coûterait pour aller l'acheter là. Que pour leur sauver les dépenses d’une voiture il aimait à leu en porter lui-même, devant aller prochainement leg voir. ' | Le père Lafond a répondu : j'en ai 5 ou 6 grains ou 7 ou 8 grains encore, et je ne veux pas en recéder (1). Vous, vous pouvez en avoir quand vous voudrez et cela me sauverait un voyage à Trois-Rivières. Le père Lafond a répondu: je ne m'en soucie pas, je pourrais en manquer quand j'en aurai besoin. Alors nous sommes partis.
Le prisonnier m'a dit : Je pourrais envoyer quel-
none)
(1) Laisser avoir.
qu'un en cherc',er ; écrivez-moi donc sur un petit papier le nom du poison. Ayant pleine confiance en lui, et le considérant comme une pratique nouvelle, je le lui ai écrit. Je ne l'ai jamais chargé d'aller en demander en mon nom at Dr. Giroux ou à d’autres personnes. Il m’a dit après être reparti de chez Lafond : si M. Scott veut prendre £25 pour sa jument, $50 comptant et $50 à mon retour, j'achèterai sa jument pour appareiller la mienne, je vendrai le couple dans les Etats et j'aurai une: chance de payer les frais de mon voyage.
TRANQUESTIONNÉ.
Je ne me rappelle pas qu’il m'ait demandé l’autorisation de se servir de mon nom pour ävoir de la s“ychnine; (le témoin reconnaît un petit écrit ainsi conçu : “strychnine Dr. Smith, 8j.). Le signe veut dire 1 drachme. Ce papier est marqné A. Cet: écrit a été fait et signé par le témoin.
Rose DérIMA BENOIT, —femme de Frän£ois Martel cultivateur de St. Thomas de Pierreville, 30 ans. Connaît le prisonnier. Je l'ai vu vers le 26 Octobre dernier, chez nous. Il est arrivé chez nous . avec une femme vers le soleil levant. Une personne que le témoin dit s'appeler Sophie Boisclair, femme de François Joutras est amenée en Cour sous la garde du Shérif et confrontée avee le témoin qui la reconnait comme étant la femme avec qui le prisonnier est venu chez elle.
Ils sont restés chez nous de vingt rhinutes à une demi-heure. Ils sont arrivés dans [a même voiture. Ils venaient du côté de St. Zéphirin: Le prisonnier et Sophie Boisclair ont dit qu'ils venaient à Sorel, Il y avait une voiture qui les suivait.
Elle suivait de près. Ils: ont laissé la voiture vide chez nous. Ils ont demandé à laisser la voiture chez nous pendant le temps de leur voyage et d'en prendre soin. Ils parlaient entre eux: deux:
PROVENCHER-BOISCLAIR. 45
Ca femme m'a dit que le prisonnier était son beaupère, Ils ont laissé la voiture le Vendredi matin et ils sont revenus la reprendre le Dimanche pendant la messe. Avant de partir, le Vendredi, le prisonnier a fait des histoires en disant qu’il en avait une belle grosse. En revenant ils ont demeuré chez nous le temps qu'ils ont mis à atteler leur voiture, et ils sont repartis chacun dans leur voiture. TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU.
Je demeure à 214 lieues, à 2? de chez Joutras. Il y avait du butin dans la voiture de derrière. C'’était du bulin qu'elle emportait au marché. Elle avait du beurre, des œufs ; elle a dit qu'elle s’en venait à Sorel, vendre ses effets au marché. Les effets qui étaient venus dans la voiture de derrière ont été mis dans celle qui les a emmen‘s. Je les ai reconnus tous les deux quand ils sont arrivés. La Joutras m'a dit qu'elle avait bien vendu ses effets. J'ai trouvé que ce n'était pas de convenance de venir comme ils le faisaient. Le cheval qui traînait la voiture chargée, boitait. Je trouvais la chose étrange parcequ'ils pouvaient venir dans une seule voiture.
FÉLIX JOUTRAS— cultivateur de St. Zéphirin de Courval, 37 ans. Connaîit Je prisonnier et Sophie Boisclair. Je suis le frère du défunt. J'ai connaissance du retour d’un voyage de Sorel fait par Nophie Boisclair, vers le 28 Octobre, le Dimanche précédant la Toussaint. Je l'ai vu revenir avec Louis Lahaie un habitant de St. Zéphirin. Il était dans la même voiture qu’elle. J'ai vu le prisonnier et Sophie Boisclair ensemble à la veillée chez François-Xavier Joutras. Qand je suis arrivé là, mon défunt frère était absent, ik est revenu vers la brunante, de ja chasse. J'ai commencé à parler à Sophie Boisclair de son voyage. Elle m'a dit qu'elle avait vendu ses effets et que son voyage lui avait formé comme une dizaine de piastres. Elle a dit qu’elle était
venue à Sorel avec sa voiture et qu’elle avait couché à Yamaska, ans la soirée, le prisonnier es arrivé et a demandé à Sophie Boisciuir des nouvelles de son voyage à Korel. Lui a dit qu'il était parti pour Richmond, mais qu'ilavait faussé sa route et était allé à Trois-Rivières. Sophie Boisclair lui a demandé des nouvelles de son voyage à Trois- Rivières. Ces choses ont été dites en présence du défunt. Je demeure à environ # de lieue de chez le défunt. Je l'ai vu 15 jours ou 3 semaines avant sa mort, un Dimanche. J'ai été informé de sa mort le jour de l'an au matin. C’est mon frère Narcisse Joutras qui m'en a informé. Narcisse demeure à 3 ou 4 arpents de chez le défunt.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU
Nous avons causé ensemble. J'ai entendu dire u’il y avait de nos oncles fous par l’âge avancé ; Mon père a 71 ans ; il a un bon jugement, mais a perdu la mémoire.
PAR LA COUR
Le défunt avait 45 ans quand il est mort.
THoMAS N. HART, —Marchand de St. Zéphirin— 40 ans. Connaïît le prisonnier et Sophie lsoisclair.
Le 27 Octobre dernier, j'étais ici à Norel ; j'étais venu avec ma voiture. J'ai vendu une pouliche. J'ai rencontré le prisonnier avec une cruche. J’ai dit : j'ai vendu ma pouliche, voulez-vous emmener mon wagoon et moi en même temps ? Il à dit:
C'est bon. Nous nous sommes quittés ainsi, lui disant : Quand vous serez prét à partir, vous me le direz. En le laissant j'ai fait un tour sur le marché. J'ai vu Sophie Boisciair assise dans une barouche (1) et vendant des effets. Je lui ai dit: Êtes-
om
,Q) Barouche: Voiture à quutre roues, pour route,
PROVENCHER-BOISCLAIR. 47
J'ai ajouté: dans ce cas là je m'en vais avec Provencher, nous nous en irons ensemble. Elle a levé les épaules en riant. Plus tard, j'ai rencontré Provencher qui m'a dit qu’il ne pouvait pas emmener ni moi, ni mon waggon ; qu'il avait rencontré deux hommes, dont l’un d'eux lui devait ct qu'il allait les emmener à St. Aimé. Le Samedi après-midi, à ‘trois heures, je suis parti par la Mouche à Feu et me suis rendu à Mt. Zéphirin. Le lendemain entre la messe et les vêpres, j'ai vu passer Sophie Boisclair dans la barouche et une demi-heure après, le prisonnier. Dans la soirée, le Lundiou le Mardi suivant, il est venu à mon magasin et m'a dit de ne pas parler de son voyage à Sorel, que ’sa femme était jalouse et qu’il ne voulait pas que le monde le sût.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU
Une heure et-demie après avoir vu Sophie Bois- “clair, le prisonnier m'a dit qu’il ne pouvait pas m'emmener.
ee
GENEVIÈVE LAFORGE—$ervante de Sorel, 23 ans.
Je suis servante depuis un mois chez Edouard ‘Courchêne, aubergiste de Sorel. J'y ai demeuré dans une autre escousse et jy demeurais dans le mois d'Octobre dernier. J'ai vu le prisonnier vers la fin d'Octobre chez Courchêne, vers le 20 ou le 26 Octobre. Le prisonniera logé là avec une Dane.
Sophie Boïselair est de nouveau emmenée en Cour et confrontée avec le témoin, qui la reconnaît comme la femme avec qui le prisonnier est venu chez Courchêne. Le prisonnier n'a pas dit son nom. is sont arrivés à l'hôtel ensemble vers la brunante. ls sont sortis pendant la veillée ; ils sont revenus vers huit heures. Ils n'avaient rien demandé par rapport au logement. 11s ont couché dans la même chambre. C'est moi qui ai été les reconduire. HI] n'y avait qu'un lit dans la chambre. Le lendemain
matin, le lit était défait. Je n’ai pas eu connaissan -
ce de leur lever et de leur départ de la maison. TRANSQUESTIONNÉE PAR M. CHAPLEAU.
Je les ai conduits à leur chambre vers 9 heures. Ils étaient sortis le soir pour acheter différents effets. Elle les revoit aujourd’hui pour la première fois. Elle ne peut dire si le prisonnier avait une moustache. Plusieurs hommes m'ont demandé si je reconnaitrais le prisonnier et Sophie Boisclair. Sophie Boisclair m'a demandé s’il y avait une clefà la porte.
PAR LA COUR
Le prisonnier et Sophie Boisclair,sont entrés dans la chambre, après que j'eusse placé la chandelle sur le lave-mains. Sophie Boisclair m’a demandé s'il y avait une clef à la porte; je lui ai dit que oui. J’ai mis en dedans cette clef qui était en dehors, je les ai quittés et j'ai entendu fermer la porte. Je mai pas entendu le bruit de la clef.
. MARIE MATHIEU— Femme d’'Edouard Courchène
aubergiste de Norel—44 ans. Croit connaitre le prisonnier. J'ai vu le prisonnier dans le courant du mois d'Octobre dernier. L'individu dont je veux parler est arrivé chez nous avec une femme.
Sophie Boisclair est emmenée en Cour et confrontée avec le témoin, qui la reconnait pour la personne qui est allée chez elle avec celui qu'eile erott être le prisonnier.
Quand Sophie Boisclair est arrivée chez nous, elle m'a demandé où était mon mari. Je lui ai répondu qu'il n'y était pas.. Elle a répondu : C'est fächeux parceque je suis parente par mon mari au vôtre. :
L'homme est allé dételer son cheval. Il était entre 64 à 7 heures P. M.. N'a pas remarqué le
jour de la semaine. Elle s’est appelée Madame.
PROVENCHER-BOISCLAIR. 49
Joutras. Elle n’a pas dit de quelle paroisse elle était, Quand le soir est arrivé elle a demandé une chambre. C’est moi qui ai donné ordre à ma servante, Geneviève Laforge, d'aller conduire dans la chambre l'homme et la femme en question, c’est-à-dire, celui que je crois être le prisonnier et Sophie Boisclair.
Quand elle a demandé nne chambre, elle l’a demandée pour deux. J’ai compris que c'était pour son mari. Je les ai vus le lendemain matin, une fois descendus. L'homme n’a pas demandé de chambre.
TRANSQUESTIONNÉE PAR M. CHAPLEAU.
Je n'ai pas remarqué l'habillement de l’homme. Je crois que l’homme, qui est venue avec Sophie Boisclair, avait une moustache. L'homme que j'ai vu, avait la figure plus pleine et plus coloré que celui qui est à la barre. Je ne connaissais pas Île défunt. Avant de monter en haut, Sophie Boisclair a parlé avec quelques personnes dans la maison. La première fois qu'elle est venue elle m'a demandé une chambre, en disant qu'elle avait des effets à acheter et qu'elle partirait le lendemain matin de bonne heure. J’ai cru que l’homme qui a été en haut avec Sophie Boisclair, était son mari. Elle ne m’a pas présenté son mari. Je n'ai pas fait attention si l’homme en question et Sophie Boisclair se parlaient. Je connais Geneviève Laforge pour une honnête fille. C’est un petit garçon qui a ouvert la porte de la Cour, et c’est l'homme qui a dételé son cheval.
DAviD À. HART — Etudiant en Médecine, de Montréal,—24 ans.
Je suis arrivé à St. Zéphirin de Courval le 28, et j'y ai demeuré trois semaines. J'ai assisté le Dr. Ladouceur dans l’autopsie d’un nommé Joutras, que l'on disait mort d'empoisonnement. C'était le 2ou
le 3 Janvier dernier. J'ai été là presque tout le. temps. Je ne suis sorti que deux fois pendant:
uelques minutes pour prendre l'air. Quand le Dr. Ladouceur s’absentait, c’est moi, ou le nommé Théophiie Lahaie, qui le représentais. Après l’autopsie, le Dr. s’est de pour se laver les mains, et je suis sorti avec lui. J’ai été absent pendant environ cinq minutes. Quand je suis sorti, Théophile Lahaie, que nous avions laissé pour garder le cadavre, était auprès, et quand je suis rentré il y était encore. Il n’y avait personne autre dans la chambre quand je suis sorti et quand je suis entré. Quelques personnes sont entrées, maîs après moi. Jai pris les notes du Dr. Ladouceur, et Théophile Lahaie éclairait. Pendant que j'étais là, personne ne pouvait rien jeter sur le cadavre sans que je m'en sols aperçu. Après l’autopsie. le Dr. a enlevé l'estomac et partie des intestins qu’il a mis dans une assiette. L'assiette était nette. Il l’a mise entre les jambes du défunt et l’a recouverte d’un linceul Les intestins et Les autres organes enlevés ont été ligaturés. Il a emporté l'assiette et son contenu dans la voiture.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU
Ne peut dire lequel est entré en voiture le prener, du Dr. Provost ou du Dr. Ladouceur. Personne n’est approché plus près que d’un pied à trois pieds du cadavre, à part le Dr., Lahaie et moi. J'écrivais avec un crayon. Ily avait plus d’une chandelle dans la chambre. L'une des chandelles était placée à la tète du cadavre, et l’autre éclairait le Dr. Ladouceur et moi-même quand j'écrivais. Il y avait au moins trois chandelles. Je ne pouvais pas voir ce qui se passait quand j'écrivais. Mais le Dr: Ladouceur état au-dessus du cadavre. Il y avait entre 50 à 100 personnes dans la maison, Il était difficile d'empêcher les gens d’entrer pendant l’au: topsie.
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MicnEz LEMAIRE—Cuitivateur de St. Zéphirin de courval—57 ans. Connaît le prisonnier ; a connu le défunt. Je demeure à une centaine de pieds de sa demeure. Ma maison est d’un côté du chemin et la sienne de l'autre. J'étais présent quand le défunt est mort. Depuis une huitaine de jours il était convalescent. Dans cet intervalle de huit jours il était plus malade dans un temps que dans l'autre. La veille de Noël, ils sont venus me chercher Le matin, à 6 heures à peu près, pour voir s’il était assez malade pour qu'on allât chercher le curé. [1 a été malade une fois avant sa dernière maladie. J’arrivai contre le lit du malade ; ilétait tranquille. Je mis la main sur lui, il fit un saut en criant. Il me dit de ne pas le surprendre ; que quand il élait surpris, que ça lui excitait beaucoup les nerfs ; là il s'est passé plusieurs choses qui ne sont pas remarquables et je suis retourné chez nous, après être demeuré là environ un quart d'heure ; ensuite je suis revenu environ une demie-heure après. J'avais les pieds un peu couverts de neige el en entrant je me suis secoué les pieds. Il lacha un cri el fit un saut. J'ai rentré dans la chambre. Arrivé près du malade, je lui ai dit que je n'y pensais pas parceque je ne l'aurais pas fait. Le curé est venu et l’a admiuistré environ une heure ou une heure et-demie après mon entrée, et pendant cet intervalle J'étais demeuré dans la maison. Quand le curé lui a donné la communion, il a saisi la main du curé el l'a portée vers sa bouche pour recevoir la communion. Quand le curé lui a donné les saintes huiles, ça élé la meme chose pour les pieds. II cherchait la main du curé, pour se mettre en garde contre les sauts qu’il faisait. Quand le curé l’eut administré, je n'ai rien remarqué et je suis parti dans le même temps. Le Dimanche, 30 Décembre, il est venu veiller chez nous, avec sa fille Klise. J'ai vu rôder Joutras toute la semaine. Dans les intervalles de ses crises, il devenait assez tranquille.
Le 31 Décembre, je suis allé de moi-même chez
le défunt vers 7 heures du soir. J'avais su quil était malade. Je l'avais vu revenir avec son cheval dans l'après-midi. Je l’ai trouvé couché sur son lit ; il me dit qu'il était malade. C'était dans le même lit que je l'avais vu le 24. J'ai arrivé contre Je lit où il était couché. Il était seul ; je lui ai dit d'essayer à se lever ; il s’assit sur son lit, et nous jasâmes d’affaires et d’autres. Il s’est assis avec facilité. Il n’y avait pas de lumière, ni de siége ; je fatiguai et allai à la cuisine. Il y avait dans la cuisine je prisonnier et Sophie Boisclair. Le défunt se joignait de temps en temps à notre conversation. Je lui ai dit de venir /aser avec nous ; ce qu'il fit. I} demanda à manger, On lui donna de la soupe, ce fut la femme qui lui donna. Il mangea raisonnablement. Il y avait un quart d’heüre au plu qu'il était levé quand il s’est plaint du froid. Il était dans la porte, à un endroitfrais. Le prisonnier lui offrit de se placer près du poële. Il accepta. Ce fut immédiatement après avoir mangé la soupe qu'il s’est plaint du froid. Nous causâmes une se de minutes. Il me dit ensuite qw’il n’était pas capable de se lever. Je lui ai dit : lèvetoi donc, tu es capable. Il le fit avec aise. Il se mit à marcher dans la place. Il vint à ma rencontre, après avoir marché une minute ou une minute‘ et-demie, et me dit que ça lui travaillait le cœur ; il a continué à marcher pendant une minute ou une minute et-demie, et me dit que les pieds lui engourdissaient. De là il s’en fût sur le pot; il envoya des vents. Le prisonnier lui dit que ça lui travaillait le derrière, et ils se mirent à rire tous les deux, le prisonnier et Sophie Boisclair.
Il était encore sur le pot quand je suis retourné chez moi. Il était alors vers neuf heures. Je me suis couché pour ma nuit, et je me sus endormi. Quand j'étais parti de chez le défunt, il n’y avait d’autres personnes dans la maison que le défunt, le prisonnier et Sophie Boisclair. Les enfantsétaient
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dans là maison, mais je n'avais pas remarqué leur «présence. Je dormais, quand un de mes enfants me cria, de l'appartement voisin, de me lever, que la femme du défunt venait me chercher, parce que son mari était bien malade, Ma femme y courut pendant que je m'habillais. Quand jefus habillé, je me rendis près du défunt. Ilavait tous les membres en convulsion et le prisonnier le tenait. Cette convulsion a duré une minute ou une minute etdemie après mon arrivée. Il se tranquillisa. Il me regarda près de son lit Il me dit: vous n'êtes pas allé quérir le Docteur ? Je lui répondis que c'était parcequ'on ne me l’avait pas dit, mais que j'allais y aller. Le prisonnier me demanda si je voulais le tenir, qu'il irait lui-même: C’estce qu'il fit, c’-à-d. qu'il se gréa pour (1). J'étais bien impressionné, Je tenais le malade qui aimait à se faire tenir. Après un intervalle irop court pour que le prisonnier partit, le défunt dit : Il n’est pas encore parti. Un peu plus tard, il me répéta la même chose. Le défunt n'était pas encore parti. Une troisième fois il me le dit encore et, de fait, le prisonnier n'était pas encore parti. Je ne trouvais pas un excès de retard de la part du prisonnier. Pendant ce temps là, il avait des crises et c'était pendant ces crises qu'il me disait cela. Il reposa et là il me dit qu'il allait mourir. Pendant toutes ces convulsions il avait prié et maloré leur force, il parlait assez bien pour faire comprendre qu'il priait, et quand il me dit qu’il allait mourir, je linéitai à prier encore puisqu'il croyait qu'il allait mourir. Dans sa dernière crise, pendant laquelle il est mort, je disais les prières pour lui et il les répétait avec peine. Quelques minutes avant de mourir, il me dit que la langue lui séchait. Je lui dis d'essayer à se la mouiller avec sa salive. 11 essaya, mais ne le put pas. Depuis ma seconde arrivée jusqu'à environ 4 à 5 minutes avant se
(1) Souvent employé par le peuple, pour: se préparer.
mort, 1l n’y avait que moi d'étranger dans la maison. Ma femme allait chez moi et revenait, envoyant nos enfants chercher du secours. Quatre ou cinq. minutes avant sa mort, mon fils, Xavier Lemaire estarrivé. Joseph Joutras, cousin du défunt, est arrivé quand il n'avait plus de connaissance ; mais il respirait encore. La femme du défunt était dans la maison, mais n’était pas dans l'appartement. [Il venait de mourir, quand Sophie Boisclair me demanda sil était mort. Joseph Joutras et moi avons répondu que oui. Elle a demandé si je voulais envoyer mon fils au devant du Docteur pour le faire revirer, disant que ça Ini coûterait moins cher. Mon fils Xaxier y est allé. Je pense qu'il y avait au-dessus d’une heure qu'il était parti quand il est revenu avec Modeste l'rovencher. Quand ils furent arrivés, je demandai au prisonnier sil avait parti le Docteur ? Il me dit que non ; quele Docteur lui avait dit qu'il l'avait vu cette même journée là ; qu'il n’était pas nécessaire qu'il vêént venir le voir ; qu'il lui envoyait une dose seulement. L’autopsie du défunt a été faite après sa mort, par le Dr. Ladouceur. Je ne puis dire dans quel appartement était Sophie Boisclair, quand elle ua demandé si son mari était mort.
J'étais chagrin de voir le défunt malade, quand le prisonnier à fait des badinages sur son état, et aussi de ce qu'il faisait ces badinages. Du moment de ma seconde arrivée à sa mort, 1l s’est écoulé 20, 25 ou 30 minutes. :
Pendant ces crises, le défunt était terriblement excité ; 1l se soulevait et cahotait. Il me faisait mett:e mon bras en appuyant sur son corps, et il me tenait l’autre bras. Je me trouvais à sa droite. De sa main droite il tenait ma main gauche et j'entourais le milieu de son corps, de ma main droite qui tenait son bras gauche. Son:lit était haut d'environ trois pieds et jappuyais son corps, du quart de la pesanteur du mien. Je ne me suis pas:
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aperçu que Son corps cherchait à se soulever. Sa tête s’en allait en arrière. Son corps allait par cri-: ses. Ses membres se roidissaient en cahotant et se ralentissaient, et cela a duré jusqu’à sa mori. Ses jambes tremblaient toujours en roidissant et faisaient un mouvement de cahotement. Il ne se plaignait pas et priait toujours. Nes membres s’agitaient convulsivement. Et quand ces mouvements convulsifs furent finis, ça s’estjeté dans st
figure. Il est venu, c'était elfroyable. Sa figure s'étirait sur tous les sens ; les yeux el le nez se retiraient. Na bouche était boulerersée comme le reste. Ilest mort les mâchoires serrées. Ka figure a changé de couleur. Pendant ces crises il avait: la figure grimaçeuse. Après que les convulsions des membres ont été finies et que ça s'est jeté dans la ligure, elle a changé de couleur ; elle est #enue toute tachée de taches bleuâtres et noires. Le bras qui était étendu était tranquille, et sa main droite serrait la mienne ; je pensais que c'était pour me faire un adieu. 11 était tout en.sueurs. Je sentais que lendroit où mon bras appuyait son corps, était trempé de sueurs. Quand je suis arrivé, le prisonnier tenait le défunt et sa femme était dans la chambre du malade, qui pleurait. lle laissa la chambre une ou deux minutes après mon arrivée. 1 m'a dit par deux fois qu'il allait mourir. [laeu,
depuis mon arrivée,deux intervalles de tranquillité qui ont duré d’une minute à une minute et-demie chacun. Pendant ces deux intervalles, il prévoyait la crise et disait : ça va me reprendre; et de fait la crise le reprenait. Il disait ces mots là librement. Qand ces intervalies de repos venaient, je me reposais et il me disait de le tenir, que ça allait le reprendre. Je suis positif à dire qu'il a conservé son intelligence jusqu'au moment de sa mort. Les efloris convulsifs se sont suivis et allaient en atfaiblissant. Qüand je suis arrivé, le prisonnier a proposé de lui faire prendre de la boisson.
Je m'y suis opposé disant que je ne croyais pas que , ça fut bon pour le mal de nerfs. J'ai aidé à le déshabiller et à le rhabiller. On lui a mis une chemise, des culottes et une veste nette, après l'avoir lavé et peigné. On a eu de la difficulté à le déshabiller parce qu’il avait les membres bien roides. ‘Il y avait une vingtaine de minutes qu’il était mort quand on l’a déshabillé. Après qu’il a été mort, il est venu d’autres personnes ; parmi ces personnes était son frère Narcisse. C’est JosephJoutras et le prisonnier qui m'ont aidé à l’habiller et le déshabiller. A la seconde crise après mon arrivée, ses trois petits enfants de 11, 9 et 7 ans étaient dans la chambre qui pleuraient. Il a dit aux enfants d’aller dans un autre appartement ; que leur vue augmentait sa souffrance. Je ne puis dire où était sa grande fille Elise.
MRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU.
Il n’a pas eu d’agonie. Avant sa mort il a été deux ou trois minutes insensible. C’est moi qui . Jui ai fermé les yeux. Aussitôt qu'il eut cessé de souiler, sa figure reprit une pose plus tranquille. Je n'ai jamais assisté à la mort causée par le typhus, le choléra ou les inflammations d'intestins. La
. dernière crise a duré comme 8 ou 9 minutes. La ‘première après mon arrivée a duré un peu plus longtemps. Pendant ces deux crises, je le tenais. .U’est le prisonnier qui l’a tenu pendant celle qu'il avait lors de mon arrivée. . Je suppose que Sophie Boisclair a pris la soupe dans la cuisine. C'était de la soupe au pain. Le prisonnier était un homme jovial. Après qu'il eut mangé sa soupe et qu’il me dit que ça le travaillait, il avait l’air d’un honme effrayé de son mal. Jeluiai dit : marche, c’est ta -médecine qui te fait cela; car j'avais entendu dire, par mon garçon, qu'il avait pris des remèdes. Il
. est mort 25 minutes ou une demi-heure après mon arrivée. Le défunt me disait que quand on le tenait il était moins souffrant. Je suis parti de là
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vers les deux heures et-demie du matin. Ledéfunt ne paraissait pas avoir de frissons. Après la mort
du défunt et avant de le déshabiller, jai pris un .
verre de boisson avec le prisonnier. ne s’est pas plaint de la soif, ni de l'oppression de l'estomac. Il n’y avait pas plus que trois ou quatre minutes qu'il avait cessé de parler, quand il a rendu le dernier soupir.
PAR LA COUR
Le devant de la maison du défunt donne sur le sud-ouest. lle a trente pieds de longueur, sur 24 de profondeur. La maison est divisée en deux parties par une cloison qui se trouve sur le milieu de sa largeur et qui s'étend dans toute sa profondeur. La moitié droite de la maison sert de cuisine qui a conséquemment 15 pieds de front, sur 24 de prcfondeur. Le reste est divisé en deux, par une cloison : ce qui fait deux auires appartements, l’un de dix à onze pieds de profondeur, sur 15 de largeur, et l’autre de 13 à 14 pieds de profondeur
sur 15 de large. Le plus petit deces appartements :
sert de salle, l’autre de chambre à coucher. La cuisine est à droite pour celui qui entre dans la maison par la porte de devant qui donne sur cette cuisine, et à gauche pour celui qui entre par la porté de derrière qui donne aussi dans le même appartement. La salle est dans le devant de la la maison et la chambre à coucher en arrière. Ily a une porte dans chacun de ces appartements donnant sur la cuisine, et il n’y en a pas entre la salle et la chambre à coucher. [1 y avait un chassis sur le pignon et l’autre dans le derrière de la maison, et le lit était entre les deux, appuyé sur le pan de derrière dé la maison :et les pieds étaient du côte de la cuisine, Le lit était collé sur la muraille. M. Chapleau demande alors l'ajournement.
M. le Shérif demande à la Cour quelle allocation : il doit accorder aux jurés? La plus forte que la lo: :
accorde. -
Puis la Cour fait quelques remarques, disant que depuis six «ns que la loi accordant des allocations aux jurés était en force, les jurés se plaignaient cependant à chaque terme, de ce qu'ils n'étaient pas payés. Cela dépend, ajouta la Cour, des municipalités qui refusent de donner la modique somme de douze piastres et exposent ainsi les jurés de leur paroisse, à des dépenses qu’elles pourraient leur sauver.
M. Chapleau demanda à la Cour si elle avait l’intention de garder les jurés en chambre durant les deux jours (le fête. La défense ne s’objectait pas à ce que les jurés se séparassent pour se réunir Mardi matin. La Couronne n'ayant pas voulu consentir, les jurés son’ obligés de rester en chamdre.
La Cour s'ajourne à 8 h. P. M.