ENQUÊTE MEDICO LEGALE DE LA COURONNE
Le Dr. EDMOND GILBERT PROVOST, est appelé.
J'ai transmis le bocal que m'avait livré le Dr. Ladouceur au Dr. Turcotte, !e Coroner. Ce bocal est maintenant en Cour. C’est un bocal de verre de onze pouces de haut sur cinq pouces de diamètre, donnant 15 pouces de circonférence. L'ouverture mesure deux pouces de diamètre. Nur ce bocal se trouve un papier qui y est collé et sur lequel sont écrits les mots ‘“‘ Estomac Joutras,” la lettre N etle chiffre arabe 10. Ce bocal est fermé d’un bouchon de liège recouvert de cire rouge, sur laquelle se rotuve l'empreinte d'un cachet, à quatre places différentes sur les bords. Sur chaque empreinte se trouvent les mots “William Henry,” brisés par l’ouverture qui a déjà été faite du bocal. Ces mots se trouvent au-dessous d’une couronne. Le bocal contient maintenant des filtres qui ont servi à l’analyse de l'estomac du défunt. Ce bocal n’est pas maintenant cacheté. Quand le Dr. Ladouceur m'a remis ce bocal, il était bouché d’un bouchon de lièwe sans cachet. J'ai mis les cachets chez moi, à Sorel, le 7 janvier au soir. Le 4 janvier, j'ai remis ce bocal au Dr. Turcotte. |
Dr. LAURENL UBALD TURCOTTE.—J’ai remis aq Dr. Provost, le bocal dont 1 est qnestion dans l’ex-
amen du précédent témoin, vers le 7 janvier. Je l'avais reçu du Dr. Provost, vers le 3 ou le 4 Janvier. Je suis sûr que je lui ai remis dans le même état que je l'avais reçu. Je l'ai reçu du Dr. Provost, chez lui, et je l'ai déposé dans une valise qui était dans son laboratoire. Le Dr. Provost l’a fermée à clef, et il a gardé la clef.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU
Je suis presque certain que c’est le 4 Janvier, que je l'ai reçu du Dr. Provost. Je n'ai fait aucune marque sur le bocal qui m'a été donné. Il a été tiré d’une valise, qui est maintenant en Cour. C’est une valise en bois, recouverte en cuir blanc, de deux pieds et trois pouces de long, sur 15 pouces et demi de large et 15 pouces de hauteur. J’ai pris dans mes mains le bocai ; je l'ai reconnu et l'ai remis dans la valise, recommandant au Dr. Provost d'en avoir bien soin. Je n'ai mis aucune marque sur la valise. Les cachets n'y étaient pas. L'éti-
uette y était Cette étiquette a été écrite par le Dr. Provost. (On montre au Dr. Turcotte, une clef qu'il reccnnait pour être celle de la valise, et avec laquelle il l’ouvre ; on lui en montre une autre, avec laquelle il ne peut l'ouvrir.)
Cette valise est une valise ordinaire, de même que le bocal.
Le 7, j'ai remis ce bocal au Dr. Provost, avec mission de faire l'analyse chimique du contenu, en s’adjoignant le Dr. Bruneau. Je l’ai assermenté ainsi que . Dr. Bruneau, au moment de l'ouverture du bocale.
Le Dr. PROvVOST continue sa déposition.—Le 7 Janvier au soir, j'ai reçu le bocal du Dr. Turcotte. Ce bocal était dans le même état que quand je l'ai reçu. Le Dr. Bruneau était présent, quand l'ai reçu ce bocal.
PROVENCHER-BOISCLAIR. 93
Le 7 au soir, entre 7 et 8 heures, le Dr. Bruneau et moi, avons commencé nos procédés dans mon laboratoire.
L'on exhibe au témoin le procès verbal de l’analyse qu'il a faite de certains organes et de certaines parties des organes du défunt ; ce procès-verbal est signé : “ Edmond Gilbert Provost, M. D. et P. C. Adolphe Bruneau, M. D. et certifié par L. U.Turcotte, Coroner, D. R.” Je reconnais ma signature et celle du Dr. Bruneau, apposée en ma présence, aussi celle du Dr. Turcotte, Coroner.
La Défense s'objecte à l'audition du témoin, comme expert médico-légal, parcequ'il a fait lenquête comme député Coroner.
La Cour rejette l'objection et ordonne que le témoin soit entendu, sauf à apprécier la disqualificatioii qui pourrait résulter de la cumulation des qualités de député Coroner et d'expert médico-légal, ans le résumé de la cause au jury.
Nous avons fait une analyse du contenu du bocal. Le méme soir, nous avons ouvert le bocal ; nous avons constaté l'intégrité des sceaux. Je suis positif à dire que le bocal n’a pas été ouvert pendant qu'il était en ma possession, c'est-à-dire depuis le moment où le Dr. Ladouceur me l'avait remis à sa demeure. le 3 Janvier au matin, jusqu'au moment où je l'ai ouvert le7. Ayant'ouvert ce bocal, nous avons trouvé qu'il contenait l'estomac, leduodenum, Ja vésicule biliaire et une partie du colon de François-Xaxier Joutras. Le duodenum n'avait pas été séparé de l'estomac. Il y avait deux ligatures sur l'estomac, dont une à l’orifice cardiaque (ou l’entrée de l’estomac.) Il y avait une autre qui ligaturait une incision fai'e sur l’estemac. Une troisième ligature ligaturait le canal qui se trouve entre la vésicule biliaire et le duodenum. Ce:canal se nomme ductus communis colledocus. C’est par ce canal que la bile se verse dans le dnodenum. Une quatrième se trouvait sur l'extrémité du duode-
num. L’estomac était vide, on n’y voyait qu'un endroit noirâtre adhérant à la muqueuse. Cet endroit fut enlevé et mis dans un flacon pour être analysé. Il y en avait à peu près deux onces. La membrane interne de l'estomac était très injectée, surtout vers la grande extrémité, où la muqueuse était rouge foncée. Elle présentait anssi de large: plaques noirâtres. La membrane muqueuse dt duodenum était d'un rouge pâle. Cet organe était vide. Le duodenum est le commencement du canal intestinal, il a une dizaine de pouce: de longueur. (C’est dans ce canal que se fai une partie de la digestion. La partie du color que nous avions était peu injectée, moin:
ue le duodenum. Le colon est le gros intes tin. La vésicule biliaire contenait environ uw drachme de bile ; elle n’offrait du reste, rien d: de remarquable. Une petite quantité du mucu:
recueilli dans l'estomac fut traité pour l’arseni par le procédé de Reinch. Les petites lames di cuivre qui avaient été employées dans cette expé rience furent introduites dans un appareil de Marsh ui fonctionnait déjà à blanc, c’est-à-dire qui fonctionnait déjà au courant d'hydrogène. Elle nc produisit aucun changement sur les qualités de le flamme formée par le combustion de l’hydrogènt
ue fournissait cet appareil. Il ne se forma pas de
e taches sur un morceau de porcelaine appliqui sur cette flamme. Nous avons aussi décoloré un: partie de ce liquide (la partie taonjours du mucu qui contenait l'estomac) par le charbon animal
Nous avons ensuite appliqué les réactifs liquides tels que l’ammonio-nitrate d'argent, l'acide sulfuri que, l’ammonio sulphathe de cuivre. Ces réactifs n' produisirent aucun changement de couleur et av cun précipité. Ces expériences nous prouvaien que l'estomac ne contenait pas d'acide arsénieux
Le reste du contenu de l'estomac fut tra’ té pour la strychnine par le procédé de Staa:
PROVENCHER-BOISCLAIR. 95
Nous avons mêlé ce mucus avec de l'acide acétique dilué, chauffé pendant une heure. Nous avons filtré le liquide, lavé les filtres avec de l’eau distillée et ensuite fait évaporer le liquide filtré, et nous l'avons traité par l'alcool. Cet alenol a été évaporé jusqu’à siccité. Le résidu a été mouillé avec un. peu d’eau distillée, et cette eau fut mise dans un tube, et agitée avec trois fois son volume d’éther. L’éther a été retirée du tube et évaporé lentement dans une petite capsule en porcelaine. Le résidu obtenu par le procédé avait un goût fortement, amer. En y ajoutant une goutte d'acide sulfurique concentré et un petit morceau de bichromate de potasse aussi petit qu'on peut le voir à l'œil, et le promenant sur cette capsule,il laissait unetrace bleu foncé qui passait immédiatement par le violet, le pourpre, et “evenait finalement rouge.
J'ai conclu par cette réaction qu’elle ne peut appartenir qu'à la strychnine.
La conclusion c’est qu’il y avait de la strychnine dans le mucus SL avait été enlevé de l'estomac et dont j'avais analysé un peu plus de la moitié.
J'avais traité environ un tiers du mucus que j'avais enlevé de l'estomac pour l’arsenic et les deux autres tiers pour la strychnine.
Le résultat de mes opérations sur le mucus a été qu'il n'y avait pas d’arsenic dans le mucus analysé, mais qu’il y avait de la strychnine.
À cette période de notre analyse, l’avocatde la Couronne, M. James Armstrong est venu me trouver et il m'a dit que le gouvernement avait adopté un chimiste dans presque tous les cas et qu'il désirait qu'il vint assister à mes opérations Ce chimiste était le Dr. G. P. H. Girdwood. Je Tni ai répondu que je n'avais pas d'objection, pourvu que tout ca qu'il ferait en cette analyse füt fait en ma présence et avec mon consentement. (C'était un Vendredi du mois de Février, Je donnai au Dr. H. Gird
wood l'estomac et la vésicule biliaire qui étaient dans deux flacons séparés.
Le 7, avant de procéder du tout à l'analyse, j'ai mis les différents organes en qua te flacons séparés. J'ai mis l'estomac dans un flacon, la vésicule bihaire dans un second, le duodenum dans un troisième et le colon dans tn quatrième. J'ai cacheté ces quatre flacons là. Le mucus, je l'ai mis dans une petite bouteille que j'exhibe maintenant et que je n'ai pas cachetée vu que j'opérai de suite sur son contenu. La bouteille produite par le témoin est une petite bouteille couverte, sur laquelle se trouve un papier déchiré Sur lequel est écrit (“l'estomac de Joutras.”)
Je donnai deux de ces bouteille au Dr. Girdwood, celle qui contenait l'estomac et celle qui contenait la vésicule biliaire pour en faire l'analyse chimique en ma présence. [1 les analysa par un procédé différent de celui que j'avais déjà employé.
Je me suis servi d'une autre méthode que celle employée par moi pour l'analyse du mneus traité pour la strychnine, pour le duodenum. La base de ce procédé fut l'emploi de l'acide hydrochlorique et du chloroforme. C'ette méthode est donnée par Rodger et Girdwood au lieu de l'acide acétique et de l'éther.
Le duodenum fut haché par petits morceaux, ensuite nous avons ajouté de l’eau distillée et un sixième de son poids d'acide hydrochiorique. Ce mélange fut chaufié au bain-marie jusqu'à ce que les tissus fussent complètement dissous. Ensnite nous le fimes refroidir pour en séparer les matières grasses. Il fut ensuite filtré, la filtre ayant été préalablement noyé d'eau distillée. Le résidu sur la filtre fut lavé avec de l’eau distillée, et la liqueur ainsi obtenue par la filtration fut traité par l'ammoniaque en excès et par le sulfate de magnésfe. Filtré de nouveau, le filtre ayant été lavé avec de l’eau distillée, la liqueur obtenue par la fil-tration traitée par le Dao me après que ce mié--
PROVENCHER-BOISCLAIR. 97
lange eût 6t6 agité plusieurs fois, nous retirâmes le chloroforme au moyen d’un petit tube. On le fit évaporer dans une capsule. Le résidu fut traité par l'acide sulfurique concentré et chauflé su bainmarie pendant plusieurs heures pour carboniser la matière animale, ce liquide fut neutralisé par la liqueur ammoniacale. Filtré de nouveau, en y ajoutant de nouveau du chloroforme, ce chloroforme retiré et évaporé dans une petite capsule, on opéra sur le résidu, par l'acide sulfurique concentré et le bichromate de potasse, ainsi que le deutoxide de plomb. La mème série de couleur ne se produisit que pour le mucus traité par le procédé de Ntaas.
C'est-à-dire que la couleur produite fut d'abord le bleu passant par le violet, le pourpre et le rouge.
La conséquence que nous avons tirée de ce résultat a été que le duodenum contenait de la strychnine.
Le Dr. Laurent Urbal Turcotte est rappelé.
En même temps que je remisau Dr. Provost partie des organes du défunt, je lui ai aussi remis un paquet contenant six prises que le Dr. Provost m'avait remis lui-même avec le bocal, le 4 Janvier. Je les ai donnéesle même jour que le bocal, c’est-à-dire le 7. Il me les avait données le 4 et je les avais laissées chez lui dans la même valise que le bocal, et le 7, je les ai livrées pour les analyser. Je ne me rappelle pas qu'il y avait autre chose que le bocal et les six prises. Elles m'ont paru à première vue être du carbonate de magnésie.
Le Dr. Provost.—A l'enquête du 2 Janvier, Sophie Boisclair m'avait donné un paquet devant contenir plusieurs poudres qu'elle prétendait teuir du Dr. Ladouceur. Elle m'a dit que ce paquet contenait des poudres que son mari avait été chercher chez le Dr. Ladouceur, le jour de sa mort, et une autre poudre qu’elle m'a dit avoir été apportée de chez le même Dr. Ladouceur par le prisonnier.
Elle ne m'a pas dit que ce paquet contenait autre chose que les poudres. Ce paquet consistait en plusieurs substances enveloppées dans un morceau de papier à gazette. Je ne crois pas qu'il fût attaché. Je l’ai enveloppé de nouveau dans un autre morceau de papier à gazette, et je l'ai mis dans la poche de mon surtout. Le 4 Janvier, j'ai remis ce
aquet au Dr. Turcotte avec le bocal. Il était identiquement dans l'état où on me l'avait remis.
Sophie Boisclair l’a enveloppé du second papier que j'y avais mis. Il l’a laissé en dépôt chez moi avec le bocal, dans la même valise. J'ai fermé cette valise là en clef. La clef est restée sur moi pendant la journée, jusqu’au 7. Le matin je la retrouvai à la place où je l'avais mise Ja veille. Le Dr. Turcatte m'avait rendu le paquet dans l’état où je le lui avais donné. Le 7 Janvier il m'a remis ainsi qu'au Dr. Bruneau le paquet pour l’analyser. Quad j'ai ouvert le paquet, J'ai trouvé qu’1l contenait six poudres très volumineuses, mêlées de rouge et de blanc, et une autre plus petite d'un blanc terne. La plus petite pesait un grain et trois quarts. Elle n'avait pas d'apparence cristalline et avait un goût un peu amer. Ayant traité cette petite poudre par l'acide nitrique, elle me donna une couleur rouge orange qui devint plus foncée en y ajoutant de l'ammoniaque, et avec le chlorure d’or une belle couleur jaune. Avec de l’acide iodique et une solution d’empoie elle donna une couleur bleue.
Avec le carbonate de soude elle donna un précipité blanc avec le sesquichlorate de fer un précipité bleu, ce que je trouvai suffisant pour conclure que c'était une préparation de morphine. Les autres poudres contenaient du carbonate de fer avec de la magnésie calcinée. Le 24 Janvier, il me fut remis des effets à analyser parmi lesquels se trouvait un paquet que le Coroner me dit devoir contenir des objets trouvés dans la maison de François- Xavier Joutras.
Le Dr. Laurent Turcotte, dit : que le Curé de St.-Zéphirin lui a remis un petit paquet comme venant de chez Joseph Joutras, et qu’il a remis ce paquet au Dr. Provost pour en faire analyser e contenu.
La Cour s’ajourne.
5e. JOUR.