‹ Procés Provencher-Boisclair [microforme]Chapitre 19 sur 31 · DIXIEME JOUR · texte numérisé non relu

DIXIEME JOUR

MERCREDI, 8 Avril 1867.

Louts DANAUT—Cultivateur de Ste.-Monique— 69 ans.

Je connais le prisonnier depuis environ 45 ans. J'ai resté 22 ans, à treize arpents de chez luiet depuis 23 ans, je demeure à trois arpents. Il a été commissaire des Cours sommaires pendant 7 ou 8 ans. Je n'ai jamais connu le prisonnier pour autre chose qu'un honnète homme et un homme en qui on avait des confiances. Je n'ai jamais connu cet homme là pour un homme tenant de mauvais discours. C'était un homme enjoué. C'était un bon voisin et un homme de service.

(Pas de Transquestions).

JEAN BTE. RAYMOND — Cultivateur de St.-Zéphirin—57 ans.

Je connais le prisonnier depuis bien des anr’”de vue. J'ai resté à Ste.-Monique pendant trentaine d'années, pendant lesquelles il ha’. cette paroisse. J’ai toujours entendu dire que c'etait un parfait honnête homme. J'ai bien connu le défunt. Depuis quelques années il avait bonne santé, mais depuis sept ou huit mois, ilse plaignait d’un étouffement dans l’estomac, il pensait que c’était une manière de rhumatisme. Le défunt faisait la chasse aux renards jusqu’à ses dernières années. J'avais eu du poison d’un Monsieur Lussier du fort de Sorel, il y a 2 ans, et ne voulant pas m'en servir, je l'ai donné, l'été dernier, au défunt. Je n’ai pas eu connaissance qu'il ait dans le mois de Décembre dernier, fait les apprèts de la chasse aux renards.

Le 25 Décembre dernier, le jour de Noël, je suis parti de bonne heure pour aller voir le défunt, parcequ’il était malade, et ils m’on fait rester à veiller.

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Vers trois heures et-demie ou quatre heures de l'après-midi, je me suis rendu là. Le prisonnier était là. J'ai resté jusque vers les 10 heures. Pendant ce temps, le prisonnier a été constamment avec nous. P'il eût été se coucher dans la salle de devant, je l'aurais vu certainement, parceque nous avons toujours été ensemble. Quand on est arrivé, le défunt était couché dans la chambre attenante à la cuisine et on a été voir. On a resté à peu près une heure dans la chambre. Ma femme était avec moi et je crois qu'il y avait aussi une des sœurs du défunt avec son mari. Sophie Boisclair a été quelque temps avec nous, mais comme il fallait qu'elle agisse (1) à la table, elle nous a quittés.

Je n'ai pas souvenance que le prisonnier soit entré dans la chambre du malade pendant qu'on était là. Le prisonnier était dans la cuisine ; la porte qui sépare la chambre à coucher de la cuisine était restée ouverte. C’est vers Les 6 heures que Sophie Boisclair a commencé à préparer la table.

Pendant qu’on a pris le souper, le défunt a resté sur son lit ; il a soupé ensuite avec nous autres et a veillé avec nous.

Pendant que Sophie Boisclair mettait la table, on pouvait la voir de la cuisine, et on l’a toujours vue. De l’endroit où était le prisonnier dans la cuisine on Jasait toujours ensemble.

Je ne crois pas que Sophie Boisclair nous ait quittés pendant une quinzaine de minutes pour autre chose que pour vaquer à ses affaires, parceque après avoir été invité à rester à souper, si elle s'était absentée si longtemps que cela on serait parti.

Si le prisonnier s'était absenté et renfermé avec Sophie Boisclair pendant un quart d'heure, je suis certain que je m'en serais aperçu. Nous avons resté environ une heure dans la chambre à coucher

{1) Agir à: populaire, au lieu @e préparer,

après être entrés, Nous sommes entrés dans la cuisine environ une heure avant souper.

Le défunt était dans l'habitude de prendre de la soupe. Il était dans l'habitude d’emporter de la boisson quand il allait au bois, parce qu'il disait que prendre de la boisson avant son repas, quand même il n’eu n'aurait pris que plein un dé, lui faisait du bien; que ça aïidait Les vivres à digérer.

J'ai entendu parler de l'Enquête faite sur le défunt.

Depuis ce moment là, du 2 Janvier au 9, il était facile pour le prisonnier de s'évader. Nous sommes à trente lieues des lignes, et avec un bon cheval, ça lui aurait pris une journée à une journée et-demie pour s'y rendre. On compte 30 lieues de chez nous à aller à Richmond, je crois, et à ou 6 heures pour aller à Nt.-Zéphirin. Je connaissais bien Sophie Boisclair. (C’est en partie elle qui sortait pour les affaires du dehors. Elle est venue au marché à Sorel avec ma femme et moi pour vendre des produits. Quelques jours avant de faire son voyage avec le prisonnier, elle est venue me demander si j'étais prêt à venir vendre mes volailles à Sorel, qu'elle en avait aussi elle, qu’elle voulait venir vendre, et qu’elle viendrait avec moi parce que ça lui coùtait de venir seule.

TRANSQUESTIONNÉ PAR M. ARMSTRONG

Le prisonnier était un homme qui n'avait pas l'estomac bien fort, parce que s’il laissait passer une heure de son repas, ça l’affaiblissait. Le défunt n'avait pas un appétit régulier.

Des fois, avant l'heure de ses repas, il me disait qu’il avait un chauffement d'estomac et qu'un petit verre de boisson lui faisait du bien.

Je suppose que ses vivres ne digéraient pas bien, ii me le disait lui-même.

C'était un bon travaillant, chaque fois qu'il a travaillé avec moi, il travaillait bien. Seulement

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qu'il ne pouvait pas laisser passer une heure de ses repas.

Le défunt était passablement plus grand que moi. Je me suis mesuré, il y a quelque temps, et je crois que j'ai a TT et-demi. C'était un homme de ma grosseur. Le défunt a eu une maladie il y a environ 3 ans, pendant laquelle il a reçu les derniers sacrements. Il m'a dit que ça venait d’un coup d'eau qu'il avait pris Jenai pas connaissance qu'il a êté malade depuis. Environ un jour avant Noël, il a été malade une nuit chez mon voisin du rom de Dion. où il battait au moulin. (C’était une maladie qui l’avait obligé de sortir pendant la nuit. Il est venu chez nous avant le jour pour avoir de la boïisson pour se réchaufler, car il n’y en n'avait pas chez Dion. Il m’a dit qu'il avait froid et je pense bien qu'il avait attrapé ce froid en sortant pendant la nuit. C’est 4 ou 5 jours avant de battre chez Edouard Amand ; peut-être est-ce moins. Je sais qu’il a quitté chez Dion pour aller battre chez Amand. Je crois qu'il a battu une couple de jours chez Dion.

Quand je suis allé chez le défunt, le jour de Noël, il y avait là George Boisclair, frère de Kophie Boisclair et sa femme, et François Lemaire, sa femme et Délima Joutras, la sœur du défunt. J'étais assis au pied du lit Madame était sur la muraille de derrière de la maison. La porte s’ouvrait dans la chambre de mon côté. Elle se rendait presque à ma chaise.

Je n'ai pas vu Joseph Joutras là. Je ne merappelle pas l'avoir vu. De la chambre où nous étions il était impossible de voir dans la chambre de devant. Il n'était pas non plus possible de voir !a porte de devant, la porte cachait. Mathilde Joutras y était et s’est tenue dans la cuisine ; elle aidait à sa belle-sœur.

On faisait des histoires, et on ne faisait pas une attention particulière à ce qui se passait dans la cui-

sine. Mathilde Joutras, le prisonnier et Sophie Boisclair pouvaient entrer dans la chambre de devant sans que nous nous en serions aperçus. Le prisonnier se tenait accotté sur le chambranle de la porte de devant, près de la table, du côté du poële, le plus près du chemin.

Ils ne nous ont pas traités. (C’est vers six heures qu'elle a commencé à préparer la soupe ; elle a resté un petit bout de temps avec nous et a ensuite roulé à son affaire. Sophie Boisclair n’est pas restée une demi-heure ou trois quart d'heure dans la cuisine.

À ma connaissance, la femme du défunt est venue trois fois à Sorel avec moi. Je l'ai vu aussi aller au moulin. Depuis l'été dernier, j'ai entendu parler en mal du prisonnier parcequ’il rôdait avec la femme du défunt, et que c'était un mauvais exemple.

Des gens du rang m’avaient prié d’avertir le défunt, vu que j'étais son ami, de ne point garder cet homme là chez lui : que ça n’était pas sa place, parceque ça faisnit tsën Le monde qui ne trouvait pas convenable pour un homme de se retirer chez un autre, et de rüdailler avec sa femme, comme le prisonnier le faisait avec Sophie Boisclair. Je n’ai pas voulu l’avertir moi-même, de crainte de lui faire de la peine, je l'ai fait avertir par ma femme qui m'a dit l'avoir averti. C’est quinze jours ou trois semaines avant le 22 Décembre que cela est arrivé, peu de temps après qu’il eût été rester là. Tout ce que j'ai connu de la santé du défunt c’est qu'il se plaignait de faiblesse d'estomac. Il.n'était pas hyäropique et je n’ai pas connaissance qu’il râlait. ñ avait la respiration libre comme les autres. Ilne m'a pas paru avoir le souffle court.

Ré-ExXAMINé.

C’est depuis le voyage à Sorel que ces bruits ont courus. Ma femme m'a rapporté que ce qu’elle avait dit au défunt paraissait l'avoir choqué. Il ré-

PROVENCHER-BOISCLAIR. 199

pondit que le prisonnier passait pour un bon homme, dévotieux assez.

Quand on bat au moulin, l’un donne le grain à celui qui fait mger le moulin, le troisième retire la Dhillé et le quatrième charroie legrain. Quand le défunt travaillait avec son frère, pendant une moitié de la journée, c'était l’un d’eux qui donnait le

rain et l’autre qui faisait manger le moulin, et

ans l’autre moitié ils changeaient d'ouvrage. Tous ces ouvrages sont également fatiguants. C’est un ouvrage fatiguant. Je crois que j'ai à peu près 54 pieds de hauteur. Le défunt avait environ deux pouces plus grand que moi, quelque chose de plus peut-être. On ne s’est jamais mesuré.

Je demeure à environ dix-huit arpents de chez le défunt. Je voyais le défunt presque toutes les semaines, Le jour de Noël, je ne me suis pas aperçu qu'il eüt la respiration gênée, mais je me suis aperçu qu'il ne marchait pas aussi bien qu'aupara-: vant, comme s’il eût mal dans les jambes. Il levait les pieds haut, et on riait de lui parcequ’il marchait mal. Ilnem'’a pas paru gêné dans les bras et il ne s’est pas plaint de mal là. Le mal dont il s’est plaint était du mal dans les jambes, que c'était comme manière de crampes. Je l'ai revu la veille de sa mort, il revenait de chez le docteur. Il était en voiture. Ona arrêté et on a Jasé une petite escousse. Je m'en allais à LaBaie. Il m'a dit qu'il avait été chercher des prises pour prendre, qu'il n'avait pas le cœur bien. Je ne me suis pas aperçu qu’il avait la respiration gênée.

MARIE MATHIEU, femme Courchêne, déjà en.

tendue.

J'ai déjà été entendue comme témoin. J'ai dit

u'un homme que j'ai cru être le prisonnier et Sophie Boisclair sont venus chez moi dans le mais d'Octobre dernier, et sont partis le matin vers 7 à 8

heures. Jene me rappelle pas si c'était un jour de Dimanche. C'était un jour de semaine.

Pas de itransquestions.

JOSEPH LEMAIRE, cultivateur de St. Zéphirin, 26 ans.

Je connaissais le défunt Joutras. Il m'a dit qu'il faisait la chasse aux renards, et qu’il les empoisonnait avec de l’arsenic.

Pas de transquestions,

Louis MARCCTTE, cultivateur de St. Zéphirin, 40 ans.

J'ai connu le défunt. [l m'a demandé un animal mort dans la semaine devant Noël pour faire des appâts.

Je connais le prisonnier, je lui ai coupé les cheveux l'avant veille de Noël. Je pense qu'il avait la barbe comme à présent. Je ne lui ai jamais vu de moustache.

TRANSQUESTIONNÉ PAR M. ARMSTRONG

Il n'avait pas de moustache.

MicHEzL THÉRIEN--Cultivateur de St.-Zéphirin 45 ans.

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