EXAMINÉ SUR VOIR, DIRE
N'a pas entendu la lecture des témoignages.
À connu le défunt Joutras. Dans le courant de l'automne, il y avait de la neige, quinze jours ou trois semaines avant Noël, j'ai rencontré le défunt qui était après battre chez Dion, et il m'a dit qu'il était malade. Il a été malade comme cinq ou six ans avant.
PAR LA COUR
Ce nommé Dion est le voisin de Jean Bte. Raymond du côté opposé du chemin. Edouard Amand demeure à environ 8 à 9 arpents de là.
PROVENCHER-BOISCLAIR. 201
OWEN SWEENY— Forgeron, et Cultivateur de Ste.-Monique—42 ans.
Connait le prisonnier depuis environ 14 à 15 ans. Je l'ai toujours connu pour un homme de bon caractère, Je l’ai connu entièrement pour un honnête homme. Il a été commissaire des petites causes pendant une dizaine d'années, et il satisfaisait le public comme commissaire.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. ARMSTRONG
J'en ai toujours entendu parler comme d’un honnête homme. Depuis cinq ans environ que je demeure à Nicolet, j'en ai guère entendu parler.
ABRAHAM WEED—Constructeur de Moulins, de St.-Zéphirin-de-Courval—45 ans.
Je connaissais le défunt et je connais le prisonnier. Joseph Joutras est venu dans ma maison, m'a appris la maison où était le prisonnier dont la femme était morte dernièrement. Je lui ai dit que le prisonnier n'étant pas sorti de la maison, c'était imprudent pour moi d’y entrer ; que quand il serait sorti, je pouvais lui rendre réponse. Il a paru : avoir xx air froid contre le prisonnier. J’ai été chez le prisonnier le Dimanche. 11 n’y était pas. Je suis retourné sans l'avoir vu. J’airetourné le Lundi, j'airentré dans la maison où était le prisonnier. J'ai parlé une petite escousse de temps avec lui dans la maison.
J'est le défunt lui-même qui a demandé au prisonnier de venir demeurer chez lui, lui disant : M. Provencher, vous n’êtes pas dehors ; si Joseph Joutras vous jette dehors, venez vous en chez moi; vous serez bien venu, et vous resterez dans la chambre que vous avez faite cet été, tant que ça vous plaira,
Je connais le prisonnier depuis qu’il est arrivé à St.-Zéphirin.
Pour moi et ceux qui m'ont parlé de lui, il a paru d’un caractère parfait.
Je n'ai pas entendu parler du voyage fait par le prisonnier et Sophie Boisclair à Sorel avant l’enquête. J'en ai entendu parler après.
Le défunt avait occasion de passer chez nous. Je l’ai vu travailler dans la saison des sementes et des récoltes. Il m'a dit qu'il se plaignait que l’ouvrage le fatiguait.
J'ai trouvé que c'était un homme qui avait du cœur à son ouvrage. La plus grande remarque que jai faite, c'est quand il m’a dit, à mon moulin, que l’ouvrage le fatiguait et qu’il avait mal à l’estomac. Il m'a dit cela en différents temps, plusieurs fois.
Je l'ai vu dans le mois de Décembre, entre le jour de Noël et le jour de l’an, quelques jours avant sa mort, je ne puis dire combien.
Il m'a dit qu'il n'était pas en parfaite santé, qu'il avait l'estomac chargé et que ça lui donnait une peine. Il m’a dit qu’il pensait que la peine
w'il avait pouvait l’emporter. Il ne m'a pas dit don combien de temps il avait cette peine Il ne m'a pas fait d’autres observations. Il ne m'a pas paru autrement qu'à l’ordinaire pour son moral. Le défunt m’a dit qu'il faisait la chasse aux renards. J’étais voisin de Provencher quard il travaillait à mon moulin. Depuis qu’il est venu à St. Zéphirin, le prisonnier n’a pas porté de moustache.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. ARMSTRONG
Quand Provencher m'a dit qu'il allait demeurer chez Joutras, il ne m'a pas dit qu'ilsavait bien que le monde parlait, mais que ça faisait son affaire. IL ne l’a pas dit en ma présence. Je n’ai jamais par- : lé de l'Enquête au prisonnier. Le défunt avait cœur à son travail et travaillait fort. Ca ne m'étonnait point que le défunt fut fatigué parcequ'il m'avait dit que son estomac était faible. Il était comme le commun de tous les hommes. Il m'a dit qu'en mangeant trois fois par jour, il avait de la peine à se rendre au repas. [l m'a dit qu’il man-
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geait bien ; qu'il avait un appétit raisonnable, et qu'il avait de la peine à se rendre aux repas ; que quelques fois il demandait son dîner avant midi, qu'il avait trop faim.
PAR LA COUR
Il m'a dit cela plusieurs fois, chaque fois que j'ai eu occasion de le rencontrer, le printemps, l’été et l'automne derniers. Il m'a dit cela à la fin de Novembre ou au commencement de Décembre.
Je demeure dans la paroisse depuis neuf ans ; je l'ai toujours connu. C’est un homme qui a fait ses travaux, se faisant quelquefois aider. C’est le cas qu'un habitant qui a trop d'ouvrage, se fait aider quelquefois ; et quand il peut être malade. C’est un homme qui travaillait comme les autres habitants.
Moses E. HART— Notaire de St.-Zéphirin-de- Courval—49 ans.
J'étais le foreman en chef des Jurés du Coroner dans l'enquête sur le corps de François Joutras, le défunt. Tétais dans la maison, quand l’autopsie a été faite. La maison était aussi pleine qu’elle pouvait l'être. Il y avait même du monde à l’entour.
D'après ce que j'ai pu voir, il étak très possible à
uelqu'un de jeter quelque chose dans le cadavre du défunt. Ti était même facile d'enlever et emporter une partie des organes du défunt sans que l'on s’en aperçut.
Pendant l'enquête, il était dans la maison. Je ne lui ai pas Las Le lendemain ou surlendemain de l’autopsie, il est venu chez nous. Il lui aurait ét£ facile de s'évader, s’il l’eùt voulu, depuis l’autopsie à l'arrestation. Quand l'enquête a été ajournée, le 13 Janvier au matin, Joseph Joutras, le.cousin du défunt, témoin entendu de la part de la Couronne, m'a dit dans le chemin : Cet homme là (en parlént du prisonnier) vous lui donnez une chance. de s’échapper.
J'ai compris que son intention était qu'on vint le faire arrêter. j e lui ai dit que comme le Dr. Ladouceur ne nous avait pas donné de traces de la mort du défunt, et qu'il n’y avait pas encore plus de causes données dans les dépositions, on ne pouvait pas le faire arrêter.
Je connais le prisonnier depuis environ trois ans. Ïl a joui d’un bon caractère. Avant la mort du défunt, il n°y avait pas eu d'atteinte sérieuse à son caractère. J'avais moi-même confiance en lui. Le prisonnier était souvent employé par les membres de ma famiile et par moi, pour faire des voyages. Je lui ai même confié de l'argent. Je n'ai jamais entendu de plainte faite contre sa conduite.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. ARMSTRONG
L'enquête a commencé dans la chambre de devant, où il y avait beaucoup de monde #t où se faisait l’autopsie,. Le Député Coroner a fait ritirer le Jury dans la cuisine pour prendreles dépositions. Je suis entré vingt fois au moins dans la chambre où se farsait l’autopsie. Quelques fois, le Dr. La:douceur m'appelait lui-même pour me montrer quelque partie du corps. Je lui ai fait la remarque que l’autopsie devait se faire avec plus de précaution, vu la quantité de monde qui se trouvait dans l'appartement où elle se faisait. Quand je suis entré, le corps était ouvert et une partie des viscères était sur la table. Quand j'ai dit cela au Dr. Ladouceur, il voulait me frotter le visage avec sa main. J'ai dit au Dr. Ladouceur, que la chose se saisait avec trop de risée. Je n’ai remarqué personne ayant de mauvais dessems. Je jure qu'il était facile d’emporter quelque partie du cadavre du défunt sous les yeux du Dr. Ladouceur, David Hart, Théophile Lahaie, et une personne qui gardait le corps, etau milieu de tout le monde, sans que personne ne s’en aperçüt. Le Dr. Ladouceur frottait avec sa main salie par l’opération,:le manche de la pipe de plusieurs personnes qui fumaient.
PROVENCHER-BOISCLAIR, 206
Davin BourrET—Commerçant de la ville de Sorel—49 ans.
Je connais le prisoñhier pour l'avoir vu une fois avant le procès. Je l'ai vu quelque temps avant la Toussaint, 6 ou 7 jours avant la Toussaint. C'était le Vendredi au soir. [la logé chez mon voisin, Léandre Lafontaine, Hôtellier, sur le Chemin de Ligne. Il est arrivé vers quatre heures et-demie à cinq heures. Je suis arrivé chez moi aussitôt qu'il est arrivé. Sa voiture était dans la cour et sa jument était dételée. Sa voiture était dans lacour et sa jumeñt était dans mon écurie. Jl m'a gen avoir deux poches, dans lesquelles il y avait de la gaudriole(1) et de la moulée pour soigner son cheval, et des perdrix. [Il m'a demandé qui achèterait les perdrix, et même, combien cela pourrait se vendre à Sorel.
À huit heures et-demie il est revenu pour soigner son cheval et il m'a dit qu’il logerait chez Lafontaine. Le Samedi matin, il est venu chercher sa jument vers 6 heures et-demie, il faisait grand jour. Une demi-heure à peu près ensuite il est venu cher-
* cher sa voiture et est allé devant la porte de chez Lafontaine. Il est entré chez Lafontaine, j'ai vu sortir une créature (2) avec lui, et ils sont embarqués en voiture ; ils ont gagné du côté de l’église, ce qui
‘pouvait être leur chemin pour aller au marché. Je n'ai pas vu le visage de la créature et je ne pouvais pas le r2connaître. |
Ma femme a eu connaissance de ce fait là et Lafontaine aussi, probablement, puisqu'il a couché là. .
— l'as de transquestions.
ADÈLE ST.-GERMAIN—Femme de David Bourret, commeigçant de Sorel—33 ans. |
(1) Gandriole: Expression populairs désignant tout grain mos-
a dont on n'a pas separé lu farine, le son et le gru.
(2) Créatuie: Expression emploÿé: parmi le peuple comme synenine de femme.
Jetconnaisle prisonnier depuis l'automne dernier. Je l'ai vu chez nous environ huit jours avant ls Toussaint, I est arrivé chez nous un Vendredi soir,, IL a mis sa voiture chez nous, et il est arrivé vers soleil couché, vers quatre heures et un quart ou
uatre heures et-demie. Je lai vu avec une dame ; il sout entrés ensemble chez Lafontaine, et lui, ensuite, est venu mettre son cheval chez nous. Ilest revenu vers huit heures et demie, et ma mère a été ayeg lui à l'étable. Il est revenu le matin soigner sa payliche avec, de la bouelte, (1) nous disant qu’elle mgamangeait pas autre chose. C’est une pouliche duäbanait,; c'était une pouliche brune. Je l'ai vu leBateedi.après Noël, quand il a passé pour s’en æetohrpers. : Il était avec une Dame quand il s’en esbaetpyzné. Je, lai vu embarquer le samedi, et ïl nous à dit qu’il s’en allait au marché. Ilavait emporté. des perdrix, dont il nous a demandé le prix. Je l'ai vu gagner dans la direction de l'Eglise.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. ARMSTRONG
Je l'ai vu repasser le Samedi après-midi, pour
gagner le Pot-au-Beurre. |
MARIE PLOURDE — Femme ‘dé Michél Cajolet, témoin déjà entendu : J'ai vu une fois At poison chez le défunt. Il a parlé (le défunt) une fdis chez voûs qu’il tendait des piégvs. Il a serré de là potson (2) Chéz ous, disant de prendre bien garde à mes enfants. Il a repris cette poison là le soir. Ill'a mis süyr une plénéhe posée aux poutres. Il y x trois an que célA' est arrivé.
Je n'ai jamais vu le défunt emporter de la bois-
AY Pattes ou dans son champ.
| ést 14” ièté et dernière connaissance que j'aie eu que le défunt'avait de {1 poison. Il in’a dit
0 BORA AIRE ae airateps ériins moulus et délayés à 'cau.
: ()"Fotsou? pari tlpubté e toujours employé au féminin.
PROVENCHER-BOISCLA:R. 207
w’il avait tendu des attrappes le matin. ; et ik m'a it que c'était pour mettre dans ses attrappes. .
Sophie Boisclair est arrivée en pleurant,: le 22 Décembre, chez nous, comme toute autre femm qui verrait son mari en cet état là. |
—J'as de transquestions.
JEAN LEVASSEUR— Cultivateur de Nicoalet.—81 ans. Je connais bien le prisonnier. qui est mon beau-père. J'ai connu le défunt le prntempsider-: nier dans les semences. Il m'a dit qu'il avait toujours eu une petite santé depuis des yaillantises-qu'il avait faites, qu'il ne pouvait pas beaucoup travailler. Un jour qu'il m'a dit cela, ilétait malade. Il m'a dit qu'il faisait la chasse anx renardss Mêmement que je lui ai dit qu’il yen avait beanco ez nous, qui mangeaient nos velailles. 11 dit : j'irai les prendre. C’est vers la Toussaint de l’année dernière qu'il m'a dit cela. F
Il ne s’est pas passé une semaine, à l’exception d’une peut-être, sans que je le voie depuis qu’il demeure à St.-Zéphirin, même deux fois par semaine. Il venait coucher chez nous en allant aux Trois-Rivières et en revenant. Quelquelois il passait sa journée. Il est venu une fois avec sa défunte femme et Sophie Boisclair. Ils ont couché chez nous. Je crois que Nophie Boisclair a été coucher chez le voisin, un de ses parents. J'ai connaissance qu'il est venu cinq Samedis de file (1) avec sa femme. Quand il avait affaire à Nicolet, il venait ayee sa femme.
Cinq jours après la mort de la femme du prisonnier, le prisonnier a dit en ma présence et celle du défunt et de Sophie Boisclair que Joseph Joutras, (témoin entendu) ne voulait pas le laisser dans sa maison. Je lui ai dit: venez chez moi. Le défunt lui a de son côté offert d'aller rester chez ui
(1) De file; Populaire, pour subséquente.
Le prisonnier a répondu : Mon garçon m'offre d'aller rester avec lui. Je crois que je vais y aller. Le défunt a repris : Vous avez des porcs à engraisser, restez à Nt.-Zéphirin. Vous avez fait deux chambres cet été chez nous, prenez-en une et restez aussi longtemps que vous voudrez. Le prisonnier a répondu : Vous êtes bien bon et j'y penserai. Sophie Boisclair a de son côté paru bien consentante. Je ne suis pas positif, mais je crois qu’il avait. mal dans l'estomac.
Dans le commencement des récoltes, l’année dernière, le défunt m'a demandé de quelle maladie était morte ma mère l'hiver précédent. Je lui ai répondu : d’un rhumatisme inflammatoire. Il a dit : Je crois bien que je vais mourir comme cela, parceque je suis oppressé.
Il y a quatre lieues et-demie à cinq lieues, de Nicolet à St.-Zéphirin. Je ne puis dire la distance de St.-Zéphirin à LaBaie. C’est l’hiver de 1866, un peu avant les jours gras, que le prisonnier a été demeurer à St -Zéphirin, lors de son mariage. Le défunt n'est jamais venu chez nous. J'ai été 7 à 8 fois à St.-Zéphirin. Ma mère avait 44 ans quand elle est morte ; elle avait été deux jours et-demi malade. Le Docteur a dit qu’elle était morte d’un rhumatisme inflammatoire. Elle a été au lit ces deux jours là. J'ai conté cela au défunt et c’est làdessus qu’il m'a dit qu’il croyait qu'il allait mourir de la même maladie.