ENQUÊTE MEDIGO LEGALE DE LA COURONNE
Le Dr. Edmond Gilbert Peovost, est appelé. J’ai transmis le bocal que m’ Avait livré le Dr. Ladouceur au Dr. -Turcotte, le Coroner. Ce bocal est maintenant en Cour. C’est un bocal de verre de onze pouces de haut sur cinq pouces de diamètre, donnant 15 pouces de circonférence. L’ouverture mesure deux pouces de diamètre. Sur ce bocal se trouve un papier qui y est collé et sur lequel sont écrits les mots “ Estomac Joutras,” la lettre N et le chifîre arabe 10. Ce bocal est fermé d’un bouchon de liège recouvert de cire rouge, sur laquelle se rotuve l’empreinte d’un cachet, à quatre places différentes sur les bords. Sur chaque empreinte se trouvent les mots “William Henry/’ brisés par l’ouverture qui a déjà été faite du bocal. Ces mots se trouvent au-dessous d’une copronne. Le bocal contient maintenant des filtres qui ont servi à l’analyse de l’estomac du défunt. Ce bocal n’est pas maintenant cacheté. Quand le Dr. Ladouceur m’a remis ce bocal, il était bouché d’un bouchon de liège sans cachet. J’ai mis lés cachets chez moi, à Sorel, la 7 janvier au soir. Le 4 janvier, j’ai remis ce bocal au Dr. Turcotte.
Dr. Laurenl Ubald Turcotte.— J’ai remis au Dr. Provost, le bocal dont 1 est question dans l’ex-
PEOOÈS
amen du précédent témoin, yers le 7 janvier Je avais repu du Dr. Provost, vers le S ou le 4 Jan- Vier. „ e suis sur que je lui ai remis dans le même état que je 1 avais repu. Je l’ai repu du Dr Pro-
l’ai déposé dans une valise qui était dans son laboratoire. Le Dr. Provost l’a ter mée à clef, et il a gardé la clef.
TSANSQUESTIONNÉ PAR M. CHAPLEAU.
Je suis presqim certain que c’est le 4 Janvier a ue je lai repu du Dr. Provost. Je n’ai fait Sm marque «ur le bocal qui m’a été donné. Il a été ure d une valise, qui est maintenant en Cour. C’est une valise en bois, recouverte en cuir blanc de deux pieds et trois pouces de long, sur 15 pouces e demi de large et 16 pouces de hauteur. J’ai pris da,ns mes mains le bocal ; je l’ai reconnu et l’ai remis dans la valise, recommandant au Dr. Provost
aucune marque
sur la valise. Les cachets n'y étaient pas. L’éti-
p®,J, étiquette a été écrite par le
Di Provost. (Ou montre au Dr. Turcotte, une
f® . P®'""' ®*'’® ®®il® de la valise, et
ec laquel e il 1 ouvre ; on lui en montre une autre avec laquelle il ne peut l’ouvrir.)
Cette valise est une valise ordinaire, de même que le bocal.
PAE LA COUE
Le 7, J ai remis ce bocal au Dr. Provost, avec mission de taire 1 analyse cMmiqnedu contenu, en s adjoigiiaim xe Dr. Pruneau. Je l’ai assermenté ainsi belle moment de l’ouverture du
Le-DE. Provost continue sa déposition Le 7
J anvier au soir j’ai repu le bocal du Dr. Turcotte.
Icn ®T^ ® quand je l’ai
quand j’ai re-
rKO YEiq CHEE-BOISCLAIE. 93
Le 7 ail soir, entre 7 et 8 heures, le Dr. Brnneau et moi, ayons commencé nos procédés dans mon laboratoire.
L’on exhibe au témoin le procès yerbal de l’analyse qn’ii a faite de certains organes et de certaines parties des organes dii défunt ; ce procès-yerbal est signé : “ Edmond G-iibert Provost, M. D. et P. C. Adolphe Brnneau, M. D. et certifié par L, ü. Turcotte, Coroner, D. E. ” Je reconnais ma signature et celle du Dr. Bruneaii, apposée en ma présence, aussi celle du Dr. Turcotte, Coroner.
La Défense s’objecte à raiidition du témoin, comme expert médico-iéga!, parcequ’il a fait l’enquête comme député Coroner.
La Cour rejette l’objection et ordonne que le témoin soit entendu, sauf à apprécier la disqualification qui pourrait résulter de la cumulation des qualités de député Coroner et d’expert médicodégai, dans le résumé de la cause au jury.
Nous ayons tait une analyse du contenu du bocal. Le même soir, nous ayons ouyert le bocal ; irons ayons constaté l’intégrité des sceaux. Je suis positil à dire que le bocal ii’a pas été ouyert pendant qu’il était en ma possession, c’est-à-dire depuis le moment où le Dr. Ladouceur me Payait remis à sa Jemerrre, le 3 Janyier au matin, jusqu’au moment où je l’ai ouyert Je 7. Ayant ouyert ce bocal, nous ayons tronyé qu’il contenait l’estomac, lednodennm, la yésicnle biliaire et une partie du colon de Franpois-Xaxier Joutras. Le duodénum ii’ayait pas été séparé de l’estomac. Il y ayait deux ligatures sur restomac, dont une à l’orifice cardiaque (on l’entrée de i’estomac.) Il y ayait une antre qui ligaturait une incision faim sur l’estomac. Une troisième ligature ligaturait le canal qui se trouye entre la yésicnle biliaire et le duodénum. Ce canal se nomme ductus communis colledocns. C’est par ce canal que la bile se yerse dans le d'iodenuni. Une quatrième se trouyait sur rextrômité du duode-
PEOCÈS
num . L’estomac était vide ; on n’y voyait qn’'iîii endroit noirâtre adhérant à la muqueuse. Cet endroit fut enlevé et mis dans un flacon pour être analysé. Il y en avait à peu près deux onces. La membrane interne de l’estomac était très injectéeT surtout vers la grande extrémité, où la muqueuse était rouge foncée. Elle présentait anssi de larges plaques noirâtres. La membrane muqueuse du duodénum était d’un rouge pâle. Cet organe était vide. Le duodénum est le commencement du canal intestinal, il a une dizaine de pouces de longueur. C’est dans ce canal que se fait une partie de la digestion, La partie du colon que nous avions était peu injectée, moins que le duodénum. Le colon est le gros intestin. La vésicule biliaire contenait environ un drachme de bile ; elle n’offrait du reste, rien de de remarquable. Une petite quantité du mucus recueilli dans l’estomac fut traité pour l’arsenic par le procédé de Reinch. Les petites lames de cuivre qui avaient été employées dans cette expérience furent introduites dans un appareil de Marsh qui fonctionnait déjà à blanc, c’est-à-dire qui fonctionnait déjà au courant d’hydrogène. Elle ne produisit aucun changement sur les qualités de la # flamme formée par le combustion de l’hydrogène que fournissait cet appareil. Il ne se forma pas de de taches sur un morceau de porcelaine appliqué sur cette flamme. Nous avons aussi décoloré une partie de ce liquide (la partie toujours du mucus qui contenait l’estomac) par le charbon animal.
Nous avons ensuite appliqué les réactifs liquides, tels que Fammonio-iiitrate d’argent, l’acide sulfurique, l’ammonio sulphathe de cuivre. Ces réactifs ne produisirent aucun changement de couleur et aucun précipité. Ces expériences nous prouvaient que l’estomac ne contenait pas d’acide arsénieux.
Le reste du contenu de l’estomac fut traita -nnnr la strvchniiie par le procédé de Staas.
PKOYENCHEE-BOISCLAIE. %
N;ous avons mêlé ce mucus avec de l’acide acétique dilué, chauffé pendant une iieure. Nous avons filtré le liquide, lavé les filtres avec de l’eau distillée et ensuite fait évaporer le liquide filtré, et nous l’avons traité par l’alcool. Cet alcool a été évaporé jnsqu’à siccité. Le résidu a été mouillé avec un peu d’eau distillée, et cette eau fut mise dans, un tube, et agitée avec trois fois son volume d’éther. L’éther a été Retirée du tube et évaporé lentement dans une petite capsule en porcelaine. Le résidu obtenu par le procédé avait un goût fortement amer. ■ En y ajoutant une goutte d’acide sulfurique concentré et un petit morceau de bichromate de potasse aussi petit qu’on peut le voir à l’œil, et le promenant sur cette capsule, il laissait unetrace bleu foncé qui passait immédiatement par le violet, le pourpre, et devenait finalement rouge.
J ai çonciu par cette réaction qu’elle ne peut appartenir qu’à la strychnine.
La conclusion c’est qu’il y avait de la strychnine dans le mucus qui avait été enlevé de l’estomac et dont j’avais analysé un peu plus de la moitié.
d’avais traité environ un tiers du mucus que j’avais enlevé de l’estomac pour l’arsenic et les deux autres tiers pour la strychnine.
Le résultat de mes opérations sur le mucus a été quil 11 y avait pas d’arsenic dans le mucus analysé mais qu’il y avait de la strychnine. *
A cette période de notre analyse, l’avocat de la Couronne, M. James Armstrong est venu me trouver et il m’a dit que le gouvernement avait adopté nu chimiste dans presque tous les cas et qu’il désirait qu il vint assister à 'mes opérations Ce chimiste était le Dr. G-. P. H. G-irdwood. Je lui ai répondu que ]e n’avais pas d’objection, pourvu que tout ce qu il ferait en cette analyse tût fait en ma présence et avec mon consentement. C’était un Vendredi du mois de Février. Je donnai au Dr. H. Œrd-
PEOGÈS
wood l’estomac et la vésicule biliaire qui étaient dans deux flacons séparés .
Le 7, avant de procéder du tout à l’analyse, j’ai mis les différents organes en quatre flacons séparés. J’ai mis l’estomac dans un flacon, la vésicule biliaire dans un secoiid,^ le duodénum dans un troisième et le colon dans un quatrième. J’ai cacheté ces quatre flacons là. Le mucus, je i’ai mis dans une petite bouteille que j’exhibe maintenant et que je n’ai pas cachetée vu que j’opérai de suite sur son contenu. La bouteille produite par le témoin est une petite bouteille couverte, sur laquelle se trouve un papier déchiré sur lequel est écrit (“l’estomac de Joutras.”)
Je donnai deux de ces bouteille au Dr. Grirdwood, celle qui contenait l’estomac et celle qui contenait la vésicule biliaire pour en faire l’analyse chimique en ma présence. Il les analysa par un procédé diflérent de celui que j’avais déjà employé.
Je me suis servi d’une autre méthode que celle employée par moi pour l’analyse du mucus traité pour la strychnine, pour le duodénum. La base de ce procédé fut l’emploi de l’acide hydrochlorique et du chloroiorme. Cette méthode est donnée parEodger et G-irdv/ood au lieu de facide acétique et de l’éther.
Le duodénum fut haché par petits morceaux, ensuite nous avons ajouté de feau distillée et un sixième de son poids d’acide hydrochlorique. Ce mélange fut chauflé au bain-marie jusqu’à ce que les tissus fussent complètement dissous. Ensuite nous le fîmes refroidir pour en séparer les matières grasses. Il fut ensuite filtré, la filtre a^mnt été préalablement noyé d’eau distillée. Le résidu surla filtre fut lavé avec de l’eau distillée, et la liqueur ainsi obtenue par la filtration fut traité par l’ammoniaque en excès et par le sulfate de magnésfe. Filtré de nouveau, le filtre ayant été lavé avec de l’eau distillée, la liqueur obtenue par la fih tration traitée par le chloroforme, après que cerné*-
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lange eût été agité plusieurs fois, nous retirâmes le chloroforme au moyen d’un petit tube. On le ht éyaporer dans une capsule. Le résidu fut traité par l’acide sulfurique concentré et chauffé au bainmarie pendant plusieurs heures pour cpl3oniser la matière animale, ce liquide fut neutralisé par la liqueur ammoniacale. Eiltré de nouveau, en y ^'outant de nouveau du chloroforme, ce chloroforme retiré et évaporé dans une petite capsule, on opéra sur le résidu, par l’acide sulfurique concentré et le bichromate de potasse, ainsi que le deutoxide de xhomb. La même série de couleur ne se produisit que pour le mucus traité par le procédé de Staas.
O’est-à-dire que la couleur produite fut d’abord le bleu passant par le violet, le pourpre et le rouge.
La conséquence que nous avons tirée de ce résultat a été que le duodénum contenait de la strychnine.
Le Dr. Laurent Urbal Turcotte est rappelé.
En même temps que je remis au Dr. Provost partie des organes du démnt, je lui ai aussi remis un paquet contenant six prises que le Dr. Provost m’avait remis lui-même avec le bocal, le 4 Janvier. Je les ai données le même jour que le bocal, c’est-à-dire le 7. Il me les avait données le 4 et je les avais laissées chez lui dans la même valise que le bocal, et le 7, je les ai livrées pour les analyser. Je ne me rappelle pas qu’il y avait autre chose que le bocal et les six prises . Elles m’ont paru à première vue être du carbonate de magnésie.
Le Dr. Provost. — A l’enquête du 2 Janvier, Sophie Boisclair m’avait donné un paquet devant contenir plusieurs poudres qu’elle prétendait tenir du Dr. Ladouceur. Elle m’a dit que ce paquet contenait des poudres que son mari avait été chercher chez le Dr. Ladouceur, le jour de sa mort, et une autre poudre qu’elle m’a dit avoir été apportée de chez le même Dr. Ladouceur par le prisonnier.
PEOCÈS
Elle ne m'a pas dit que ce paquet contenait autr& chose que les poudres. Ce paquet consistait en plusieurs substances enveloppées dans un morceau de papier a gazette. Je ne crois pas qu’il fût att^ ^e. Je lai enveloppé de nouveau dans un autre
nocb’pX'^® ® pzette. et je l’ai mis dans la
poche de moa surtout. Le 4 Janvier, i’ai remis ce paquet au Dr. Turcotte avec le bocal. Il était identiquement dans l’état où on me J’avait rèmis.
Sophie Boisclair l’a enveloppé du second papier r- en dépôt chef moi
vlll J 1 ^ “f “S® J’*'» cette
valise la en clef. La clef est restée sur moi pendant la journée, jusqu’au 7. Le matin je la retrouvai a la place ou je l’avais mise la veille. Le Dr.
f H dans l’état où je le
nu’an Br 4“^“’ f ^ Janvier il m’a remis ainsi (ju au Dr. Bruneau le paquet pour l’analyser. Quand
Tiotdf paquet, j’ai trouvé qu’il contenait six poudres très volumineuses, mêlées de rouge et de blanc, et une autre plus petite d’un blanc terne. Ba plus petite pesait un grain et trois quarts. Elle n avait pas d apparence cristalline et avait un o-oût un peu amer. Ayant traité cette petite poudre*^ par 1 acide nitrique, elle me donna une couW rofe oiange qui devint plus foncée en y ajoutant de 1 ammoniaque, et avec le chlorure d’or une belle couleur jaune. Avec de l’acide indique et une solution d empoie elle donna une couleL bleue. Avec le carbonate de soude elle donna un précipité b anc avec le sesquichlorate de fer un précipité *1™ 1® ti'O’^yai suffisant pour conclure que c etMt une préparation de morphine. Les autres poudres contenaient du carbonate de fer avec de la magné^e calcinée. Le 24 Janvier, il me fut remis des effets à analyser parmi lesquels se trouvait lin paquet que le Coroner me dit devoir contenir ues objets trouvés dans la maison de François- Aavier Joutras.
PROVENOHEE-BOISCLAm. 99
Le Dr. Laurent Turcotte, dit : que le Guré de St.-Zéphirin lui a remis un petit paquet comme 'venant de chez Joseph Joutras, et qu’il a remis ce petit paquet au Dr. Provost pour en faire analyser
le contenu.
La Cour s’ajourne.
5e« J O Tj<S .
28 Mars 1867.
Messire Luc Trakan est de nouveau appelé comme témoin : . , . • t 4. +
Yers le 12 Janvier dernier, Narcisse Joutras est venu me trouver disant qu’ils avaient trouvé du poison dans la maison du défunt. J ai pense qu il était prudent de me rendre à la maison pour aller chercher ce poison. Je me rendis à la maison, Samedi le 12. ' En me rendant à la maison il me dit où était le poison. En arrivant à la maison, je demandai à une fille qu’il y avait là pour aller au grenier. Quand je fus au grenier, j’apperpus le poison à l’endroit que l’on m’avait indiqué. O était sur les entrais. Le tout était enveloppé dans un papier à gazette ; je pris le paquet tel quil était ; le le mis dans la poche de mon capot et je i emportai. Chez moi, je le mis dans une place où personne n’avait accès’ que moi-même. Je dis à ma sœur : si j’étais absent, et que le Coroner viendrait, de liu donner le papier où de lui donner la place ou il était. Le même jour ou le lendemain, je montrais le paquet au Dr. Ladouceur, il a ouvert la paquet en ma présence ; il l’a examiné, et a reierme la paquet tel qu’il était, et il me l’a remis entre les maiim. Je l’ai remis au même endroit. Le paquet est reste là jusqu’au jour où le Coroner est venu à ma maison,-et là je lui ai remis le paquet, le 16 Janvier. Ce paquet contenait deux autres petits paquets contenant deux poudres dont l’iiue plus blanche que l’autre ressemblant à de la farine et l’antre moins
PEOCÈS
blanclie, paraissait être en petits cristaux. L’une était enYeloppée dans plusieurs papiers de toute espece c’etait la plus blanclie, l’autre était enveloppe e dans lin papier ; je ne me rappelle pas s’il v en avait plusieurs. Il y en avait plus de la seconde que de la première. Il peut se faire que je lui ai donne d autre cliose, mais je ne me rappelle pas. Je me rappelle que dans le paquet, il y avait une autre substance de la^ grosseur d’une fève. Cette substance était roussâtre, et me paraissait de viande Je liai pas remarqué si cette viande était corrompue. Ça ma paru être eiireloppé depuis quelque temps. Je suis certain d’avoir remis au Dr. Turcotte tout le contenu de ce paquet. C’est Mathilde Jouiras, la sœur du défunt qui m’a conduit au aremer, a la recherche de ce paquet. ""
TeANkSQUESTIONNÉ par M. Chapleau.
Le Narcisse J outras dont j’ai parlé est le frère du delunt.^ J eue me suis pas absenté depuis le moment ou J ai reçu ce paquet jusqu’au jour où je l’ai remis au Coroner. J’ai ouvert mon bureau pour montrer à ma sœur où était le paquet. Je l’ai reierme a la clef et je lui ai dit où était cette clef afin que si je m absentais, elle put remettre le paquet au Coroner. Je ne puis dire combien de temps apres avoir reçu le paquet je l’ai livré au Coroner.
J e n ai point porté îa clef sur moi. Depuis le moment où j ai montré le paquet à ma sœur, elle pouvait y avoir accès sans ma connaissance. Je n’ai voulu ouvrir ce paquet qu’en présence du médecin ou de personnes en autorité. Cette substance avait la lorme d’une boulette et était salie.
J’ai bien connu le prisonnier depuis un an. D’autant que je puis me rappeler, il portait une impériale. Je ne me rappelle pas qu’il ait porté de de moustache.
Ré-examiné.
Quand j’ai montré le paquet au Dr. Ladouceur,
PEOYENCHEE-BÜISCLAIE.
il était absolument dans le même état que quand je i’ayais repu chez Joutras. Après l’avoir montré au Dr. Ladouceur, je l’ai remis dans mon bureau, et il était à la même place et dans le même état que je l’avais laissé quand je l’ai livré au Coroner.
Ee-transquestionné pae Ai. Chapleau.
Il n’était pas impossible que le paquet aurait présenté le même aspect et aurait été à la même place, et aurait été ouvert.
PAE LA COUE
Ala sœur n’avait autorité d’ouvrir mon bureau et de disposer du paquet, que dans le cas où le Coroner serait venu en mon absence, et de le lui remettre. Ce bureau est mon bureau particulier. Dans ce bureau est un tiroir où est l’argent, et ma sœur est autorisée à y en prendre part quand elle en a besoin. A ma connaissance, , elle ii’a d’accès à ce bureau que pour cet objet.
Je jure positivement que je suis convaincu que ma sœur n’a pas touché à ce paquet, d’autant plus qu’elle ne touche jamais à rien dans mon bureau.
Au meilleur de ma connaissance, c’est après avoir communiqué ce paquet au Dr. Ladouceur que j’ai dit à ma sœur où il était.
Le Dr. Napoléon Hormidas Ladouceur est appelé de nouveau et dépose : Je pensionne chez Alessire le Curé Trahan. Dans le mois de Janvier dernier, vers le 10 Janvier, Narcisse Joutras est venu me consulter à propos d’un papier qui contenait une ou des poudres qu’il avait trouvées sur les ravalements dans le maison du défunt. Je ne me l appelle pas le quantième, mais je suis certain que c’était un Samedi, et je crois, le même jour qu’il avait été le chercher, Messire Trahan m’a montré un papier contenant une poudre ou des poudres. Ce paquet contenait, d’abord une poudre en cristaux que j’ai cru être de sel qui avait perdu
PEOCÈS
sa cristallisation ; une autre poudre était enveloppée dans des chiffons de tapisserie pleins de poussière et déchirés, et assez nombreux ; cette poudre était au centre de ces chiffons et enveloppée dans un morceau de papier blanc assez bien plié. J’ai cru que cette poudre était de l’acide arsénieux ou de l’arsenic, car j’en ai jeté une petite parcelle sur un charbon incandescent et il en est sorti une forte odeur d’ail. L’autre poudre était dans un morceau de papier non fermé, mais dont les bords étaient assemblés ensemble de fapon à ne déguiser que légèrement l’ouverture qu’ils laissaient. En dehors de cette prétendue poudre d’arsenic, j’ai remarqué une boule composée d’un corps gras et durci, de la grosseur d’un tout petit marbre, et d’un volume plus considérable qu’une fois rempli. Elle était couverte de poussière et sale. Elle était cachée ou à demi enveloppée par les chiffons. Toutes ces poudres là avaient été enveloppées dans un morceau de papier à gazette ficelé. Messire Trahan a renveloppô le tout en ma présence. Ce paquet a été livré au Coroner en ma présence par M. le Curé, dans le même état qu’il était quand je lui ai vu serrer après me l’avoir montré.
Teansquestionné PAE m. Chapleau.
La boulette était sale comme si c’eût été du saindoux traîné dans la poussière.
Naecisse Jouteas— Cultivateur deSt.-Zéphirinde-Gourval— 2T ans. Le 12 Janvier, j’allais au village pour voir M. le Curé, et je l’ai rencontré venant de la direction de la maison du défunt. Il m’a dit qu’il venait chez le défunt. J’avais été chez lui la veille, et je lui ai dit que j’avais trouvé un paquet sur l’entrais, au grenier. Je lui ai dit que je pensais bien que c’était du poison, mais que je ne connaissais pas cela. Je lui ai demandé : qu’est-ce que l’on va faire de cela ? Il me répondit : je vais aller le chercher moi-même. Je suis reparti.
PEüYENCHEE-BOISCLâlE.
Quand j’ai rencontré le Curé, il m’a dit qu’il allait à la maison du défunt voir les enfants et cheiclier le poison que j’avais trouvé Je lui ai fait remarquer qu’il avait bien fait de m’en avoir parlé, par ce qu’il n’y avait que moi qui savais où il était. Je lui ai alors dit que j’avais mis le paquet sur un entrais en haut. J’avais trouvé ee paquet le onzedans l’avant-midi. Il n’y a qu’un entrais par pignon dans la maison du défunt. Il n’y en a pas- dans le milieu. J’ai trouvé ce paquet sur l’entrais du côté sud. Après avoir trouvé ce paquet, je l’ai descendu en bas, et je l’ai ouvert en présence de ma sœur, Mathilde Jontras, et de ma nièce, Elyse Joutras. Après avoir ouvert plusieurs papiers qui se troùvaieiit renfermés dans le papier servant d’enveloppe, sali et plein de poussière, j’ai trouvé une houlette que j’ai dit tout de suite être une boulette dont le défunt se servait pour faire de l’appât aux renards. J’ai renveloppé le papier que j’ai remis à la même place où je Pavais trouvé, me proposant de parler à M. le Curé de cette alfaire là. J’ai laissé M. le Curé allant à la maison du défunt, le 12, et j’ai continué ma route au village.
Le 11, j’étais au grenier pour empocher du grain, quand la Eeiiie Joutras, une des filles du défaut, m’a dit sur ma question pour savoir si son père tenait du poison, qu’il y avait bien longtemps, son père avait monté sur les entrais. Là-dessns, j’ai monté sur l’entrais et j’ai trouvé le paquet. J’ai monté sur des quarts pour atteindre l’entrais.
TRANSQUESTIONNÉ PAR M. GHAPLEAU.
Je n’avais aucun soupçon, aiicnn doute qu’il y eût de la poison dans la maison de mon frère. Je ne savais pas s’il tenait cela dans la maison ou ailleurs. Il y a trois on quatre ans je lui avais vu accommoder des boulettes pour les renards. Il y a eu un an l’été dernier, il n’en a pas préparé en ma présence. Mon frère faisait la chasse an renards. J’ai entendu parler qu’il appâtait les renards avec
PEOCÈS
de la charogne. Il y a trois ou quatre ans que j’ai entendu parler de cela. La dernière fois que j’en ai entendu parler, c’était Phiver dernier. Mon frère m’a dit que c’était avec du poison qu’il faisait la
chasse aux renards.
J'ai toujours vu le prisonnier dans le même état qu’il est actuellement. Il avait plus de barbe au bas de la figure. Je n’ai jamais remarqué qu’il portait de moustache. Je le voyais très souvent. ^ Je ne puis jurer s’il en avait ou s’il n’en avait pas. Je n’étais pas à la mort de mon frère. C’est Joseph Joutras qui a commencé à soupçonner qu’il y avait quelque chose à la mort du défunt. Il ne m’a pas dit qu’il avait été empoisonné, ni rien de semblable. Il m’a demandé : Tu ne soupçonnes rien, toi ? Je lui ai dit : Je ne comprenais pas la mort du défunt. Il m’a dit : Si tu as quelque doute, va trouver M. le Curé et tu lui conteras les soupçons qu’on a contre. J’ai été trouver M. le Curé.
Je suis arrivé chez le curé à l’aurore, le jour de l’an au matin : Il m’a demandé ce que je voulais ? J e lui ai dit : J’ai quelque chose à vous conter qui est bien triste. Je lui ai appris la mort du défunt. Ça l’a bien surpris. Il a dit : ah ! il est mort ! Je lui ai dit là : oui, il est bien mort ; c’est bien de valeur. Je lui ai dit : c’est pas rien que ça; il y a d’autres affaires, il y a des soupçons, contre. Lui m’a dit . S’il y a des soupçons, je ne suis pas capable rie l’enterrer sans que l’affaire soit éclairée. A cette heure, va trouver M. le Docteur et ce qu’il te dira tu y passeras. J’ai été chez le Docteur Ladouceur. Je lui ai dit que le défunt était mort. Il n’a rien dit. Je lui ai demandé pourquoi il n’était pas venu hier au soir ? Il m’a répondu : Je n’y ai pas été, parce que je n’ai pas été demandé. C’est Moyse Lemaire qui était venu m’avertir que mon frère était mort. J e suis arrivé vers minuit chez mon frère. Je suis entré parla porte de devant et je suis allé dans la chambre où il était mort ; j’ai
PEOVENCHER-BOISOLAIE.
îGinarc^ué M. LGinaire et Joseph. Jouiras.
La première fois, je suis arrivé avec M. Lemaire. J’ai resté comme une on deux minutes.
Le seconde fois j’ai raméné mes parents, Lrancois- Lemaire, sa femme et ]\Jathilde Jouiras. Cela m avait pris comme une couple d’heures. J’ai laissé ma voiture à la porte et je suis resté cornme un quart d’heure à; aser avec mes sœurs. J’ai rentré avec hrancis Lemaire et Mathilde Jouiras pour voir mon défunt frère exposé dans la chambre de devant Je lui ai oté le drap, jusqu’au menton. Le prisonnier était vis-à-vis la porte du fournil qui tenait à la maison. J’ai été encore un quart d’heure dans la maison et je suis revenu à quatre heures. Quand je suis revenu il y avait François Lemaire et Joseph Jouiras. ... ?
Dans la maison on n’a pas jasé bien, parcequ on était trop peiné. On pariait en nous autres-mêmes, on disait que c’était bien de valeur ; il y en avait qui pleuraient, d’autres qui parlaient. Not’e conversation ne roulait pas sur aucun fait ayant rapport à la prière.
Je ne me rappelle pas avoir vu Elyse Jouiras.
J’ai resté chez le défunt comme une deinidieure, et j’ai parti pour aller atteler, pour aller ^ chez le Curé. Quand je suis parti, la chandelle était encore allumée. Je n’ai pas revu Mathilde Jouiras avant d’aller chez M. le Curé. Pendant que j’étais chez le défunt, j’étais accoté sur la table, et je ne regardais personne. Je n’ai ni vu le prisoiiiiier, ni Sophie Boisclair, ni Elyse Jouiras, ni la temme de Francis Lemaire.
J’ai dit à M. le Cure que je croyais que le paquet que j’avais trouve contenait le poison du défunt pour ses renards.
La petite tille m’a dit que sou père mettait de quoi sur les entrais.
J’ai emmené les quatre enfants voir leur mère à la prison. C’était le Samedi avant les jours gras.
PEOCÈS
Les enfants auraient voulu venir avant, voir leur mere ; mais ils voulaient venir avec des personnes a qui ils se seraient fiés. Leur oncle, G-eore-e Boisclair a ete demander Elise, pour venir voir sa mère. Elle a dit : je vais aller me consulter avec M le Cure, et si M. le Curé veut, j’irai. M. le Curé a été une couple de fois les voir.
Elle a dit que si elle n’était pas pour venir à So* rel que son oncle ne prendrait pas la jument ^ C est moi qui suis venu diercher le Coroner. Je nai pas tait d’autres démarches relatives au procès excepte en conversation entre nous autres Je n’ai aucun intérêt à ce procès. Je n’ai retenu aucun avocat pour ce procès. Joseph Jouiras n’en a point retenu à ma connaissance.
J’ai promis payer quelque argent à M. Bondv qui assiste 1 avocat de la Couronne en ce procès et avant qu il lut commencé. Je pense que c’est le 22 au soir. G etaïf le Mardi de la semaine dernière.
PAE LA OOUE.
Les houlettes que mon frère a achetées, il v a trois ou quatre ps pour empoisonner les renards n étaient pas si jaunes que celles que j’ai vues dans le paquet. Il mettait de quoi dans du levain, disant • pa c est pour empoisonner les renards. Il ne m’a pas montré ce que c’était. C’était à la porte de derrière dans la maison. Nous n’étions que tons les deux. Il avait des gants pour arranger cela et Il s est bandé la bouche.
Le Dr. L. U. Turcotte est rappelé Le 16 ou le 17 Jmvier à mon retour de St.-Zéphirin, j’ai remis au Dr. Piwost, le susdit paquet dans l’intention d en taire analyser plus tard le contenu, s’il était necessaire. Avant de le remettre au Dr Proavais communiqué chez M. le Curé à cit.-Zephirm. Nous ayons ouvert le paquet, nous v avons trouvé deux prises et une boufette, et j’ai prie le Dr. Provost de le cacheter. Il a été ciré en ma présence, et m’a été remis. Je l’ai mis dans ma
PEO YEN CHEE-BOISGL A lE.
poche, et le lendemain, je le lui ai rendu pour en prendre soin comme je viens de le dire. Il Ta remis dans une valise en ma présence, et l’ai fermée en clef.
PAE LA COUR
Quelques jours plus tard, je lui ai demandé s’il pouvait faire l’analyse, et il m’a dit qu’il pouvait la faire. Je lui ai ordonné de la faire. C’est quelque temps après mon retour de St.-Zéphirin,
Dr. Edmond Grilbert Provost continue : Le paquet en question fut remis par le Dr. Turcotte au Dr. Migneault de St.-Michel EYamaska et à moi, pour en faire l’analyse ensemble. ' Ce paquet était enveloppé de papier à écrire attaché d’une ficelle dont le nœud était recouvert de cire. Sur cette cire il y avait un cachet particulier qui m'appartenait. C’est moi qui avais apposé ce cachet sur le paquet, le 16 Janvier au soir, chez M. le Curé Trahan, à la réquisition du Coroner. Nous avons décacheté le paquet après avoir été assermentés par le Dr. Turcotte, et nous y avons trouvé deux poudres différentes, dont l’une était de sulfate de magnésie. Cette poudre était enveloppée dansnn vieux papier imprimé. Nous avons analysé ce sulfate de magnésie pour savoir s’il contenait de la strychnine et nous n’en avons pas trouvé. L’autre poudre était plus petite et pesait 8 grains. Elle était aussi enveloppée dans un vieux morceau de papier imprimé. Ce papier était plié de la même manière que les pharmaciens ont coutume de le faire. La poudre que contenait ce papier était blanche, d’apparance cristnlline sans odeur, ni saveur. En ayant placé une petite partie sous le microscope on y voyait des cristaux de forme octoèdre. En ayant chauffé une petite quantité sur le lame d’un canif, il se répandit aussitôt une épaisse fumée blanche qui avait une odeur alliacée. J’en fis dissoudre à peu près un demi-grain dans une once d’eau bouillante. Cette solution me donna
PEOCÈS
ayec rammonio-sulfate de cuivre un précipité vert, soluble dans l’amnioniac ; avec de la liqueur de chaux, uîi précipité blanc soluble dans l’acide intrique ; avec rammonio-sulfate d’argent, un précipité jaune serein abondant, soluble dans l’acide li3/drochl()ridrique. En passant un courant d’hydrogène sulfurique à travers cette solution, nous avons obtenu un précipité jaune. Nous en avons introduit dans un appareil de Marsh. La flamme produite par le courant d’hydrogène que fournissait cet appareil étant coupée horizontalement avec un morceau de porcelaine, produisit des taches de couleur brune miroitantes, entourées à quelque distance d’une anneau de poudre blanche. Par ces réactions, nous avons connu que cette poudre se composait d’acide arsénieux. Nous ayons analysé cette poudre poor la strychnine, et nous n’en avons pas trouvé.
La petite boulette que contenait ce paquet était recouverte d’une épaisse couche de poussière, et paraissant se composer de deux morceaux de suif, probablement de suif à chandelles, réunis ensemble. En séparant les deux moitiés nous avons trouvé vers le centre, près d’un grain d’une poudre d’un blanc terne. Cette poudre avait un goût très amer. Nous avons agi sur une petite partie de cette pondre avec l’acide sulfurique et du bichromate de potasse ; aussi par le deutoxide de magnésie. Il se produisit aussitôt la série de couleurs bleu-foncé qui devenait graduellement noire en passant par plusieurs nuances de pourpre et de violet.
Ces diverses poudres ainsi que la partie des intestins qui n’a pu être analysé et une petite quantité du liquide obtenu de l’estomac du défunt qui nous avait donné de la strychnine, ont été remis au Coroner, L. U. Turcotte, en même temps que notre rapport, c’est-à-dire le 13 Mars 1867. Nous avons analysé une partie de la poudre en dernier lieu mentionnée, celle que nous avons constaté être de
FEÜVENCHER-BOISCLAIR, 109^
Facide^ arsénieux ; nous en avons analysé à penprès. un huitième. Le Dr. G-irdwood en a aussi analyséune partie, à peu près la même quantité, en ma présence.
^ No. l.“^Le Coroner produit le paquet enveloppé, d" un papier blanc sur lequel sont écrits les mots “ six poudres de* carbonate de magnésie trouvées chez J outras et données.;, par Sophie Boisclair.”
No. 2.— -Un s.econd paquet enveloppé de papier à gazette et marqué No. 2, contenant' deux poudres et un morceau, de suif ; une de. ces poudres est du, sulfate de magnésie et l’autre est-une poudre d’aeidearsénieux.
Le morceau, de suif contenait- le. résidu de la. stncbnine qui n’a pas été analysé.
No. 3.---..[Jn paquet numéroté 4. Etiquette :.filtreS' ayant filtré le contenu de-festomac de Joutras.
No. 4.— Une assiette en porcelaine.
. No. 5 -^-Une fiole numéro. T'., Etiquette : reste du liquide de Festomac de Joutras traité par, le procédé de Reinch,
No, 6.™-Un cachet ayant servi à cacheter les Bacons.
No. 6.-- Un paquet étiqueté : capsules contenant cristaux, acétate de Strychnioe de Festomac Joutras.
Dr. Provost.
N;o. 7.™--Un flacon numéroté 10, et étiqueté:-. ‘‘ Estomac de Joutras” ; Ce flacon- contenait les filtres et les matières, adhérées aux filtres.
No. 8.— Un paquet étiqueté : Cuivre de la première partie du contenu de Festomac traité par Rein ch.
No. 9.™ Un paquet: étiqueté : CunTe de Reinch pour la vésicule biliaire. Ce paquet contenait les lames de cuivre qui ont servi au procédé.
No. 10 — Un flacon ou tube fermé par un bouchon de liège ; Ce tube contenait une partie du liquide de Festomac de Fraiipoi s-Xavier Joutras.
lié
PEOOÉS
No. 11. — ^ün flacon bouché et cacheté, contenant les intestins de Jouiras.
No. 12.— Assiette remise au Br. Turcotte par le* Dr. ProYost. Tache produite par le procédé de Marsh d’une poudre trouvée chez Jouiras.
Tous ces objets m’ont été remis par le Br. Pro^ vost, il y a 10 à 12 jours et j’en ai pris une liste.
Ces effets sont dans le même état que quand je les ai 'repus.
TEÂNSQUESTIONNÉ.
A part récriture, je ne puis dire personnellement à. quel usage a servi cette assiette.
Le Bs. Provost est rappelé et continue :
Les objets mentionnés dans l’examen du Br, Turcotte ont été livrés au Br. Turcotte il y a une dizaine de jours. C’est moi qui ai écrit toutes les étiquettes qui sont sur ces objets.
Avec le Br. Bruiieau, j’ai analysé le contenu de l’estomac, le duodénum, une poudre contenant de la morphine et 6 autres poudres contenant du carboiiaté de fer et du carbonate de mangiiésie.
Avec le Br- Migneault, le morceau de suif qui contenait de la strychnine, une poudre d’acide arsénieux une autre de sulphate de magnésie.
Le Br. G-irdwo.od a analysé devant moi l’estomac, la vésicule biliaire et une partie de la poudre contenue dans le morceau de suif. Sur Tassiette produite comme no. 2, il n’y a qu’une tache résultant de l’analyse par le procédé de Marsh. Les antres ont été en partie détruites.
Les couleurs obtenues par l’acide sulphurique et et le bichromate de potasse, sont le bleu foncé, le violet, le pourpre et le rouge. L’intensité de la coloration dépend de la quantité de la strychnine. La coloration a été le même dans le résultat produit par les trois analyses, c’est-à-dire celle faite du duodénum, du mucus recouvrant l’estomac et de la poudre contenue dans le morceau de suif. Le con-
PEOYENCHEE-BOISCLIIE. 111
tenu de l’estomac a été analysé par Péther, et îe duodénum par le chloroforme.
Il a fallu faire évaporer une plus grande quantité d’éther qui avait été analysé dans l’analyse du contenu de l’estomac que le chloroforme employé pour le duodénum, pour produire la réaction des couleurs-.^ Le défunt pesait à peu près 140 livres, de son vivant d’après son apparence après la mort.
J’ai conclu de mes analyses que les viscères que j’ai analysées contenaient de la strychnine. Je ne puis pas dire quelle ^quantité ils contenaient, mais elle devait être considérable pour que j’en trouvasse dans kpeu de matière que j’ai analysé. J’ai agi à peu près sur trois onces de matières. Je considère qu’il m’est impossible de faire un calcul approximatif de la quantité de strychnine ingérée par celle que j’ai trouvée.
J e suis positif à dire que la réaction des couleurs ne peut être produite que par la strychnine.
J’ai entendu les témoignages rendus en cette cause ; j^ai entendu les témoignages et la description des symptômes.
D’après ^les résultats de l’analyse chiinique, et la description des symptômes, je conclus que le défunt, Franpois-Xavier Jouiras a pris durant sa vie une quantité de strychnine siifEsaiite pour causer sa mort, et qu’il est mort par les effets de la strychnine.
Je n’ai jamais vu de maladie iiaturelie causer les symptômes décrits par les témoins.
Les symptômes décrits n’appartiennent à aucune maladie naturelle.
Transquestionné pae M. Chapleau.
Les symptômes que j’ai entendu décrire m’indiquent seuls et séparément de l’analyse, l’empoisonnement par la strychnine. Je n’ai jamais assisté à la mort d un être humain, tué par la strychnine, J’ai assisté à la mortd’mi chien empoisonné par la strychnine. Je l’ai empoisonné moi-même, avec
PEOOÈS
une dose que je n’ai pas pesée, mais que j’estime à an moins un grain. C’était un chien de hante taille. La strychnine était en pondre et je l’ai mêlée avec du saindoux de la grosseur d’une noix. La. mort s!est produite en à peu près deux minutes. Environ une minute après Fadministratioii du poison, les premiers symptômes se sont manifestés. Après l’introduction de la strychnine dans l’estomac, l’action n’est'pas instantanée. Cette .action se produit dans un intervalle de quelques minutes à une demiheure.
11 est probable qu’une forte dose agira plus rapidement qu’une petite dose. Sous ce rapport c’est un des poisons dont l’action est le moins influencé par la dose, quant à la durée du temps avant qu’elle se produise.
Ce poison agit avec plus de vigueur quand il est mêlé avec une substance liquide qu’avec une substance solide surtout s’il y est incorporé. Les liquides chauds et l’alcool dissolvent la strychnine plus que l’eau froide. Un grain de strychnine serait suffisant pour donner une saveur d’amertume prononcée à trois gallons, d’eau. li faut 480 grains pour une once. Un grain de strychnine donne une saveur a un volume d’eau pesant 100,000 fois son poids. La dose pour causer la mort chez un être humain est d’un demi grain à cinq grains. Un sixième de grain est une dose médecinaie. La strychnine s’absorbe par les tissus et par le sang. La strychnine absorbée est nécessairement éliminée si la mort n’arrive avant l’élimination. La strychnine est un composé d’oxide, d’hydrogène, d’azote et de carbone. L’oxigène, l’hydrogène, l’azote et le carbone sont les principaux éléments qui. composent les tissus animaux.
La fibrine qui décompose les aliments est ellemême formée d’hydrogène, d’oxigône, d’azote et de carbone. En décomposant la strychnineon trouve la proportion de chaque corps simple qui le com-
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pose. La proportion de carbone est de 44, d%ydrogene 28, d’oxigène 4, d’azote 2.
Les syinptômes sur lesquels j’ai fondé mon opi-pinion sont cent que j’ai remarqués dans les auteurs.
C’est sqr. mes auteurs que, je me suis guidé pour faire mes analyses cbimiqiies et en tirer ma conclusion. Les auteurs que J’ai liip, n’ont jamais contesté la certitude des réactifs que j’ai employés. Le Dr. Taylm* est considère comme, une autorité en cette matière. Le Dr. Çhristisson est considéré comme une autorité sur les poisons, mais non sur la strychnine.
Le Dr. Kees est aussi une autorité. Il est arrivé des cas où la strychnine s’est aeciimiilée, par ce que le malade prenant une dose qui lui était habituelle ■ en est mort. Je n.e puis dire que Tapa lyse a été faite en ce cas, car le malade .était sous les soins d’un homme, de fart. J’ai lu des cas où un individu prenant une fois une quantité d'’ârsenic plus consid.érable que la dose habituelle en est mort. L’absorption du poison commence immédiatement. Quelquefois l’absorption d’une petite quantité de poison se fait plus vite que celle, de plusieurs grains . Sur une grande quantité de poison, une partie peut causer la mort par son absorption, et le surplus se trouvera dans Pestomac. La promptitude des symp • tomes dépend en certaine mesure de la quantité de poison. On a observé quelques lésions organiques intérieures dans certains cas, mais ces lésions ne sont pas constantes. Après la manifestation des premiers symptômes celui qui prend delà str3mhnine en meurt ou en revient rapidement. Les soubresauts nerveux ne sont pas seulement observés dans l’empoisonnement par la strychnine. La contraction de la figure est un accompagnement de la convulsion produite par la strychnine, et généralement cette contraction subsiste après la mort. Cette contraction est quelquefois nommée rism sarfionici>s. J’ai lu des cas d; empoisonnement par la strychnine
PEOOÈS
où après la mort la figure est demeurée ^alme. PreS' que tous les auteurs ont donné comme symptôme la rigidité des membres causée par les convulsions des dernières crises et continuée après la mort à la différence de la rigidité cadavérique qui ne survient que quelque temps après la mort. Cette rigicHté n’est pas un symptôme constant. Elle est citée dans beaucoup de cas, et c’est ce que je veux dire. De cette rigidité seule je ne conclus pas à l’empoipniiement par la strychnine. Il y a d’autres maladies qui peuvent produire ce symptôme. Le serrement des mâchoires n’est pas un symptôme constant de cet empoisonnement, c’est un symptôme ordinaire cependant produit par la convulsion tétanique, Quand la convulsion a cessé, la mâchoire revient à son état normal. Il y a plusieurs autres maladies qui produisent le même serrement des mâchoires. Pendant la convulsion il se produit de l’écume aux coins de la bouche. L’empoisonnement par la strychnine produit la contraction des muscles respiratoires. Une respiration gênée et perceptive n’est pas toujours un symptôme de cet empoisonnement. La respiration dans les attaques est suspendue, et cette gêne augmente avec le nombre et la force des attaques. Les membres sont un peu écartés.
Dans la plus grande force des convulsions les membres sont immobiles. Les bras et les jambes sont un peu écartés. Dans l’empoisonnement par la strychnine, l’œil est proéminent et la pupille n’est pas dilatée. Je crois qu’elle ne doit pas non plus être dilatée chez l’animal, mais je n’ai pas observé ce symptôme de dilatation sur le chien que j’ai empoisonné par la strychnine. Les malades se plaignent ordinairement d’une douleur dans le creux de l’estomac. C’est un symptôme assez constant de cet empoisonnement. Cette douleur est aigue et continue. Elle est due à la contraction du diaphragme. La contraction des extrémités n’est
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un indice de F empoisonnement par la strychnine, parceque ce symptôme peut se rencontrer dans d’antres maladies. Il faut pour qn’ii y ait empoh sonnemeiit par la strychnine que le poison soit porté dans les centres nerveux par la circulation, c’est-à-dire an cerveau et à la moële épinière. Cette circulation prend une minute on une minute et demie.
Les crises durent d’une minute à deux minutes ' chacune. Il y a des intervalles entre chaque crise. Il y a un tremblement musculaire qui ressemble au frisson, avant la crise. Les symptômes de F empoisonnement par les champignons ne ressemblent pas à ceux de Pempoisonnement par la strychnine. J’ai lu les symptômes de la mort causée par la trichine.
Cette maladie cause la mort à ceux qui mangent du cochon afîecté par un animalcule de ce nom. Il y a des convulsions qui précèdent la mort, mais ce n’est pas un symptôme essentiel.
Les symptômes observés chez le -défunt ne sont pas les mêmes que ceux causés par Fangine de. poitrine. L’angine de poitrine n’est pas une maladie convulsive, elle Fest quelquefois. C’est par l’ensemble des symptômes depuis le 22 Décembre jusqu’à sa mort que j’ai donné ma conclusion sur la maladie.
J’ai compris par les témoins, que dans Ja dernière maladie, la tête s’était rejetée en arrière par mouvements convulsifs, que les extrémités s’étalent contractés de la même manière, qu’une forte pression sur le thorax du malade lui faisait du bien ; qu’il n’y avait pas perte de connaissance, et qu’après l’attaque les muscles revenaient dans l’état de repos ; que le malade n’avait aucun délire ; qu’il se plaignait d’une forte douleur dans la région épi-
fastrique, et de douleurs et faiblesse dans les james ; que la sensation du bruit faisait faire des
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sauta an malade, qu’il prévoyait le retour d’une àttaque et qu’il disait sa jfin prochaine.
Les effets de l’angine de poitrine causée par l’hydrothorax se révèlent brusquement. L’angine de poitrine causée par FhydrotOTax: a les mêmes effets que I angine produite par d'autres causes, avec cet ajouté que les effets sont conipliqués de l’hydrotorax. Cette maladie est une affection qui vient par accès. Le caractère essentiel de la maladie est une forte douleur derrière le milieu du sternum qui est l os couvrant le devant de la poitrine.
Question : --Les symptômes suivants, savoir : aflèction revenant par accès, caractérisée par une douleur vive à la partie inférieure du sternum, accompagnée d’une grande gêne dans la respiration et dun sentiment d’angoisse inexprimable, le malade étant dans un état de presque suffocation, la lace pâle et frappée de terreur, ayant Je sentiment dune iin prochaine, les uns restant immobiles et les autres rejetant le tronc en arrière, redoutant le moindre mouvement, -~-ne sont ils pas les indices d une maladie autre que l’empoisonnement par la strychnine, et dite nous quelle peut-être cette maladie ?
Eéponse Tous ces symptômes Jà peuvent exister dans l’empoisonnement par la strychnine.
Ces symptômes se produisent dans l’angine de poitrine causé par i’hydrothorax, excepté le mouvement du tronc en arrière qui serait plutôt incliné en avant. Le renversement du troue en arrière n est pas un des symptômes ordinaires de la maladie, bien qu’il puisse s’y rencontrer. Si je rencontrais ces symptômes réunis je les attribuerais à cette maladie.
Je ne puis dire qu’une autre maladie n’aurait pas les mêmes symptômes. Les symptômes ressemblent beaucoup à ceux décrits parles témoins, mais piusietirs de ces symptômes n’ont pas été décrits pai' les témoins.
PEOYENCHËR-BOlSCLAm.
t’^irrégulaîité du pouls^ non plus que l’angoisse inexprimable n’ont pas été rapportés par les témoins. J’ai entendu dire que le défunt ressentait de la peine et qu’il allait mourir. Mais ce n’est pas ce que j’appellerais une angoisse inexprimable.
Je conclurais comme homme de Fart^' abstraction ■faite de tout ce que |’ai connu antérieurement au procès, et me fondant sur les seules narrations faites par les témoins, des symptômes de la maladie du défunt depuis le 22 Décembre' au 31, date de sa mort, je conclurais à un empoisonnement par la strychnine.
Sur les témoignages donnés de la maladie du 31 Décembre, je ne pouvais qu’avoir des soupçons et ne . pourrais former un diagnostic certain sur les causes de la mort.
■Je ne pourràis pas confondre les symptômes décrits par les témoins avec ceux de 'l’angine de poitrine, quand même je n’aurais rien connu antérieurement au procès.
Je n’ai pas constaté les lésions pathologiques dans le corps du défunt.
J’ai trouvé dans le thorax des lésions qui auraient pu être causées par l’asphyxie lesquelles lésions auraient pu être une indication de causes suffisantes pour produire la mort.
Cet épanchement de sang d’une chopine et demie dans la plèvre droite et d’un peu plus dans la plèvre gauche aurait pu être amené par l’asphyxie. Par ces signes je ne puis former un diagnostic.
Due forte congestion du poumon par n’importe quelle cause pourrait produire ces lésions au thorax.
Cet épanchement aurait produit les symptômes de l’asphyxie.
Dans l’anazarque, après la mort il s’échappe une quantité de sérum et Panazarque est une indication d’une maladie chronique.
Je ne puis dire si cette anazarque pouvait dater de sa mort, L’anazarque n’arrive pas après la mort.
PROCES
Cet épancliemeiit de sérum par des incisions praiiq^uees dans le sternum pouvait avoir une cause postérieure à la mort. Je ne vois dans le preuves de l’autopsie aucunes traces de description qui pourrait me faire conclure à l’anazarque.
D’après le rapport il y avait une congestion pulmonaire considérable. Cette congestion pulmonaire pouvait causer Panazarque, pourvu que cette congestion eut existé longtemps avant la mort. Il y avait dans la muqueuse des plaques noirâtres, mais qui n’étaient pas portées au point de produire la gangrène. Cela indiquait une inflammation de la muqueuse, de l’estomac.
J e ne crois pas que l’enflammation fut de longue date. La gastrite chronique peut produire les indices observes dans 1 estomac, mais il y a généralement epaisissenient de la membrane muqueuse. La gastrite chronique peut dans certains cas produire les indices observes dans l’estomac. Il peut y avoir quelques points de ressemblance entre la gastralgie et la maladie décrite par Michel Lemaire à raison de la douleur a l’épigastre. Cette maladie est une maladie nerveuse. C’est une douleur de l’estomac qui ne produit pas généralement de crampes. Les douleurs viennent souvent par crises.
L’arachnoïde était fortement congestionnée. Les membranes du cerveau sont, dans le rapport donné, comme congestionnées,"^ mais cette congestion existe dans un si grand nombre maladies, que je ne puis former aucun diagnostic sur ce point. Elle peut être l’indice d’une maladie tétanique. Cette congestion existe chez les personnes mortes d’une maladie tétanique.
La Cour est ajournée à 8f h. p. m.
61ÈME Joue.