‹ Proces Provencher-BoisclairChapitre 13 sur 21 · VENDREDI · texte numérisé non relu

VENDREDI

Le Dr. Provost continue son témoignage :

Par le procès-verbal d’autopsie il appert que les

PEOYENCHER-BOISGLAIE.

membranes du cerYeau étaient congestionnées. Oette congestion est Findice d'une maladie et démontre-que les membranes n'étaient pas dans leur état normal. Par l’épanchement du sang dans le péiicarde seul je ne puis me prononcer sur la cause qui la produit. Ce seul signe est insulEsant pour fonder une opinion. Cet épanchement n’est pas un signe de Fhydropisie du cœur, par ce que Fhydropisie de.cŒur n’est pas un épanchement de sang, mais de sérum, bien que le sang puisse être mêlé au sérum. Je ne me rappelle pas avoir YU F épanchement dans le péricarde. ■ Le sang de la plèvre n’a pas pu pénétrer dans lepréricarde, hormis qu’il y avait eu Solution de continuité dans cette membrane.

La putréfaction des iiit<=»stiîis telle que décrite dans le procès verbal, a été suivant moi produite après la mort. Ce que Ton entend par putréfaction dans un examen post mortem est la putréfaction cadavérique.

Nous avons commencé nos opérations d’analyse le 1 Janvier, et nous les avons terminées, je crois, le 11 mars.

Sur le mucus deFestomac,il y a quelques expériences que j’ai faites, mais je les ai répétées en présence du Dr. Bruneau avec les mêmes résultats. Quelques unes de ces expériences ont été faites en présence du Coroner Turcotte. Le reste a été lait par le Dr. Bruneau et moi conjointement. Le procès-verbal de nos séances n’a pas été fait jour par jour. Noua n’avons pas analysé nos réactifs pour la strychnine parce qu’il n’en n’était pas besoin. Si cesréactiL contenaient de la strychnine, l’opération même Fanrait révélé.

Si 011 mêlait du chloroforme avec do l’acide sulplurique contenant de la strychnine, la présence de la strychnine ne se montrerait pas ; mais la multiplicité de nos opérations m’a convaincu que Facide snlphnrique employé n’en contenait pas. Le. clilo-

PEOOÈS

roforme rendtàit ensuite la stryclinine s’il était traité pour la ^trydiiiine. La présence de la strychnine ne se rendrait qu’en mettant du bichromate de potasse dans le chloroforme où un autre réactif ;propre à la strychnine. J’ai changé l’ordre dans lequel 011 a continué de mêler ces trois réactifs, sa- Toir : le bichromate de potasse, l’acide sulphurique et la strychnine. J’ai versé f acide sulphurique sur le bichromate de potasse, et le série des couleurs ne s’est produite qu’après y avoir ajouté une poudre de strychnine. Ce qui m’a convaincu qu’il n’y avait pas de strychnine dans l’acide sulphurique, ni dans le bichromate de potasse. Cette expérience n a pas ete faite avec une matière à analyser ; mais seulement comme essai et pour m’habituer à -cette réaction.

Quand l’épreuve de couleurs se produit bien, que toutes les couleurs sont caractérisées, et qu’il est fait avec toutes les précautions, c’est une preuve infaillible de la présence de la strychnine, excepté dans un cas, le curara ou poison de l’Amérique, dont le curanina qui en est le principe actif produit la même réaction avec l’épreuve de couleurs et donne la même série de couleurs que la strychnine.

Quant aux auteurs qui ont soutenu que l’épreuve par la coloration (coloring test) n’est pas infaillible pour découvrir la présence de la strychnine, je ne les croirais que s’ils me montraient un réactif pouvant produire la même série de couleurs. Jusque là leur opinion ne peut ébranler ma conviction sur l’infaillibilité de cette expérience, toujours avec l’exception de la curanina. Je ne crois pas que l’ac tion de la putréfaction des matières organiques puisse produire du jus ou autres substances qui pourraient produire les mêmes effets sur les réactifs. C est impossible. L’absoption ne décompose pas la strychnine, les réactions ne se décomposent pas non plus. Il est arrivé souvent q^ue la strychnine déposée dans des matières organiques n’a pu être

PEOVENCHEE-BOISOLAIE. 121-

ïetrouvée pai le chimiste qui la cherchait.

LJon cite m. témoin un fait médical rapporté par nn Dr. McÂdam, qui dit avoir empoisonné nii cheval avec 82 grains de strychnine, et a nourri un chien de la chair du cheval dont le chien aurait; mangé deux livres par jour, engraissant à ce régime. Cependant le Dr. McAdam avait trouvé des traces de strychnine dans quelques muscles restant, du cheval ; et on demande au témoin si^ cette expérience ne démontre pas que la strychnine se décompose par Fabsorption. Il répond que cette expérience démontre le contraire puisque l’on a trou-, vé des traces de la strychnine qui ne peut se révéler que quand cette substance^ est^ demeurée dans,, son intégrité ; qui si elle s’était décomposée n’au-- ^ait pas trahi sa présence.

On cite au témoin une expérience rapportée- en un recueuil périodique intitulé Braithwate’s Eetros-pect” pour Tannée 1858, page 281, à son rapport une expérience faite par les Drs. Taylor, Ohristisson et McKlegem qui disent avoir opéré par la méthode de Stass sur ie sang, Testomac et le contenu de Testomac d’un homme suicidé par trois grains destrychnine, et n’en n’ avoir pas découvert, bien qullsaient agit indépendamment Fiin de T autre et séparément ; et on lui demande si ie cas ne prouve pas que Ton ne trouve pas toujours la série de couleurs ? Il répond : Je ne puis rien dire^de ce cas,, parceque je ne sais pas si c’est ie procédé qui a tait défaut ou s’il a été mal fait.

Il ajoute qu’il sait que des hommes de^ Tart rapportent qu’ils ont vainemont appliqué l’épreuve de la coloration (coloring text), dans des cas où il y avait eu injection de strychnine et qu’ils n'ont point trouvé la série de couleurs qui en indiquaient sa présence ; mais qu’il a bien réussi chaque fois qu’il a tenté l’expérience. C'est la première expertise de ce genre dont j’ai été chargé. Je n’ai jamais été professeur de chimie ni de toxicologie.

Je connais que les Drs. Taylor et Christisson sont

des auteurs classiques en cette matière. Les principes de la méthode de Stass sont les mêmes qu’ils étaient en 1857. Il peut y avoir des variantes dans J a maniéré de les mettre en pratique. C’est toujours la même expérience bien que la méthode de chaque auteur puisse différer, et que l’on ne suive pas servilement la méthode indiquée par un livre pour opérer. Je crois avoir pris les méthodes les plus sures d’après mes connaissances.

Je n’ai pas dit que j’avais trouvé la strychnine en cristaux en opérant sur le duodénum et le mucus qui J ecouvraieiit i estomac. Je n’ai ici aucun des résultats de mes réactifs, La série des couleurs se produit par la décomposition des réactifs, et il n’y a que la dernière couleur qui reste visible à la fin de l’opération. Ces expériences ont été faites le jour, moins une qui a ete commencée le jour et terminée le soir. Le coloration ne peut pas être produite par la lumière ni par l’atmosphère. Le bichromate de potasse a une couleur rougeâtre. La dissolution du bichromate de potasse dans Pacide sulpburique produit une couleur verte.

Dans Fexpérieiice faite sur le duodénum les couleurs étaient bien prononcées. Toutes les taches sur Passiette (no. 2), à l’intérieur et à l’extérieur sont des taches d’arsenic. Il n’y a que celle de dessus qui^n’a pas été touchée par aucun réactif. La quantité sur laquelle j’opérais était extrêmement petite. Je n’ai point considéré comme un indice certain de la strychnine le goût amère du résidu ; je lî’y attache pas grand valeur, bien qu’il puisse etre d’un certain poids.

La seconde Méthode que j’ai employée est bien connue, bien qu’elle n’ait pas encore été baptisée.

C est une méthode contenue dans un pamplet que J ai en ma possession et qui vient des Drs. Rodgers et Grirdwood. Elle n’a pas encore repu de nom scientifique. Je ne crois pas que cette méthode ait

PROVEN OHER-BOISOL AIR.

îepu d’épreuve judiciaire, vu la rarete des empoisonnements par la strychnine. J’ai vu dans le procès de Palmer que l’inventeur de cette méthode tait à son appui beaucoup d’expériences, faites d’après ses principes. ^

Je prétends que pour constater la présence de la strychnine, il n’est pas nécessaire de la démontrer en cristaux, la seule épreuve de la coloration est suffisante.

PAR LA COtJB.

Je considère que je ne puis faire de calcul approximatif de la quantité de strychnine injectée, par le résultat que m’a donné l’épreuve de la coloration. Il est vrai que le petit volume de matière sur lequel j’ai opéré, et la répétition du même résultat (la série de couleurs) démontre que la strychnine avait été ingérée en quantité ^ considérahle. Cependant, ne connaissant pas combien de temps avant la mort elle avait été ingéree, je ne puis me baser sur la quantité de la matière sur ^laquelle ] ai opéré parceque la strychiiiDe*pourrait s'etre déposée sur ce petit volume de matière en plus grande abondance qu’ ailleurs, et qu’il pouvait y avoir ^eu absorption ou que toute la strychnine pouvait être restée dans l’estomac. Je suppose que j’ai opéré sur un millième de grain, et que conséqueminent les deux onces sur lesquelles j’ai opéré deux lois devaient contenir chacun un deux millième de grain. Ce millième de grain pouvait avoir été absorbé. Je ne puis dire que chaque partie du corps contenait une quantité de strychnine égaie à celle que ] ai trouvée dans les deux onces sur lesquels j’ai opéré, par ce que rélimiiiation se fait plus rapidement piar certaines secrétions que par d’autres, d’ai opéré sur ^ du mucus environ, et je suppose que le troisièmé tiers devait en contenir une partie égale, c’est-àdire quil devait y avoir un millième et-demi en tout.

^ Dans les symptômes que j’ai observés comme

PBOCÈS

étant rapportes par les témoms^ j’ai oublié de menüonner une forte émotion et qpe le toucher ietait les malades dans des convulsions tétaniques^ Je symptôme de l’empoisonne-

mmhiV et\p fl7v““®’ “"«Pation des doigts, des

flecliissement des orteils- en avant est

un des signes caractéristiques du tétanos et de l’em.

poisonnement par la stryclinine.

Dans nulle maladie la rigidité, cadavérique ne ^mmence dans un temps aussi, rapproché^ de la ^ a enseveli ou déshabillé et i f peut-être le tétanos. Cette

rigidité est produite par le genre de mort. Il n’v a aucun symptôme caractéristiqim de l’empoison-

nement par la strychnine pris seul et isolément II

Sque^de laïychnir‘°“'^' caractéris-

On m’a hier donné la lecture des symptômes de

I angine de poitrme causée par l’hydrothoras, parmi

lesquels on a signalé “l’affection” revenant par acc“s caractérisés par une douleur vive à la partie inférieure du sternum. Dans l’angine de poitrine la douleur est plus que vive, c’est une sorte d’agonie <io^leur a ce degré ne fait point partie^de la douleur du sternum dans rempoisoiinement par la sMnine quoiqu’il y ait une douleur. Les ^deuz douleurs n ont pas le même caractère. Dans l’an- ^ne de poitrine cette douleur est au milieu du sternum ; et dans l’empoisonnement par la strvchunie c est a la région épigastrique.

Dans l’empoisonnement parla strychnine. la o-êne

dans la respiration existe seuiemeiit pendant les

convulsions, pédant qu’elle est continuelle dans 1 angine de poitrine causée par l’iivdrothorax. Dans 1 empoisonnement par la strychnine la douleur dans la région épigastrique est accompag-née d’angoisse, t'endaiit la convulsion tétanique, si elle est forte complètement suspendue et dans 1 angine de poitrine et l’hydr-othorax il n’y a que

PEOVENCHEE-BOISCLAIE.

fwffocation. G-éiiéraiement ilans IVmpoisonnement par la, stryrhîîiiie la lace du malade est pâle, bieïi qu’elle ne le soit pas toujours, et frappée de terreur. Ce dernier synptôme est commun aux deux maladi'/s. Il y a aussi dans les deux maladies le sentiment ü’une iiîi prochaine. Dans l’angine de poitrine la position du alade n’est pas toujours la même, si ce n’est qu’il porte les mains vers la région du cœur. Dans rempoisoiiiienient par la strychnine il y a rigidité tétanique, qui commence d’abord par les extrémités,, e^isuite 'se communique au tronc, à la face et au cou. Dans l\ mpoisonnement par la strychnine, noii-seulemeiit le tronc est rejeté en arrière, mais aussi- la tête il y a ce qu’on app pelle oj)is-tétaiios, le malade ne reposant que sur la tête et les talons.

Le^ mâchoires se rapprochent violemment ; les coins de la bouche sont retirés en arrière. Aocuji des symptômes que- je v,ieiis,. immédiatement de' décrire ne sont ceux de Pangiiie de poitrine causée par Phydrothorax.

Dans Paogine par Eydrothorax, le malade exerce de lui-même une pression par ses mrdns et ses -bras sur la région, épigastTique,. et je crois que cette pression instinctive, il préférerait l’exercer ruf-raême, qu^ la faire exercer par d’autres. Dans les deux cas, la pression elle-même procure du soulagement au malade. Ce symptôme n’est pas constant dans rempoisonnemeiit par la strychnine. L'angine de poitrine causée par i’hydrothorax est moins remarquée que rèmpoisonnemeiit par la strychnine.

Je ne puis pas dire si une pression exercée sur l’estomac du malade, lui ferait toujours du bien.

Les douleurs dans les jambes ne sont pas un des îrymptômes de l’angine de poitrine, causée par l’hydrothorax. Dans l’angine de poitrine par l’hydmihorax, c’est un trait ordinaire que le mafa lie conser.ve sa connaissance jusqu’à la fin, ex-

PROCÈS

cepté si la mort était causée par l’hydrotliorax. En ce cas la, il survient souvent du délire dans les derniers instants, il y a des cas où la mort est causée par i’hydrothorax, et d’antres par l'angine. Il ii’y H pas à se prononcer là-dcssus. Il n’y a” pas de convulsions dans i’angine de poitrine caus e par Piiydrothorax. Il n’y a pas de serremenr de mâchoires dans l’angine de poitrine par l’hydrothorax.

Le cahotement dont parle Michel Lemaire, en disant que le déiunt se soulevait et cahotait, n’est pas sudisant pour coiistati r un symptôme. Il est possible que dans l’augme de pintrine, la hgiire devienne bleuâtre et noire, ce qui serai dùàli suffocation.

L’angine de poitrine et Fhydrothorax, sont deux maladies lentes dont la première est engendré- par la seconde. L’hydruthorax est une maladie lente, et l’agonie est subite. Je ne puis dire si Thydrotliorax est de nature à produire l’agonie dans la première phase ou en eommenpant.

Si les convulsions ijue le défunt a eues le 21, chez Michel Cajolet eussent été dues a i’angine de poitrine causée par i’hydrothoiax, il n’eùt pas été en état d’alicT au bois ce matin là. Je ne crois p:ts non plus qu’il eût été en état de battre au mouiiii, les trois jours précédents.

^ Quand un homme m^ dit qn’il a le cœur travaillé ou qu’il a mal au cœur, je comprends qu’il a des nausées et non ^qu’ii a une douleur a fépigastrei^ Un homme ayant des' douleurs dans la rénioi» épigastrique dirait qu’ü a mai dans le creux de l’ec-tomac.

L’injectiorn de l’acide arsénieux ne produirait pas de <011 valsions; il y aurait des voraisseiiunts iréquenh et la diarrhée. Si la dose e>t pv tire, il n’y jurait que des Uausées ; en <iose ni^Uéeinaie, il ne |»^'üQxiit u.ucuu de ces eli'. ts su.r le malade*

PROVENCHER-BülSCLAIE. 127

Les symptômes remarqués chez le défunt ne sont pas les symptômes de ia gastralg“ie.

Il n y a dans la strychnine aucun symptôme qiiî lui soit particulier et non commun à d’autres maladies. C’fst i’ensembie des symptômes qui fait une HJiladie reconnaissable.

Il n'y a en médécine aucune maladie qui ait un 'ensem}>le de symptômes sembiabies à l’empoison- Uem eut par la strychnine. <

^lié-examiné.—Iians un cas d’hydrothorax, la cavité de la pjèyre de Fun ou des deux côtés, serait remplie de fluide, «’est ce qui i-onstitiie la maladie. Le liquide serait du sérum. C e fluide resterait dans les caei-tés. Le procès-verbal de i’autopsie lail mention que la plèvre était remplie. ^

Je ne connais aucune rn-aludie iiatiuelle qui ait eu les symptômes et les car. ictères remarqués chez le (létuiit depuis ie 22 an 31, ayant eu des reprises dans ^Fiiitervaile. Je n’ai jamais fait, ni vu faire d expérience sur ia ciirara Je n’ai iamais vu ce poison.

Lans l’expérience du cheval et du chien dont on m a parlé ce maîiii, il pouvait y avoir tout au plus, un quinzième ou un vingtième de grain par livre de ciîcvai ; et cette quanti é n’était pas suffisante pour tuer ie chien.

+1. ^ ^ analyse du duodénum, j’ai adopté la mé-*

thode Iloge-s et Girdumod, et je ne Fai adoptée qu :^>!es i avoir vu opérer

C<>protédése fait par le ch oroforme et l’acide hvdrocnionque. Je crois que ce procédé est plus etncaci^ sur h^s petites quamités que eehn de St.tss. Lu ce ju'océdé oii substitue le ciiioroforme et Facide hyüioch]orique,à racnle tadrique etài'Ether employa par ie procédé d.' tStass.

^léeivuis qvm ja i faut Panais j’ai imployé le p o-

PROCÈS

d’éjection sperme. C’est un des symptômes remarqués par certains auteurs, dans l’empoisonne^ ment par la strycliiiine

Trousseau et Pldoue mentionnent que la strych» îiine a un eifet excitant sur les organes génitaux.. Je ne connais personne mort de la trichine, d ms le Bas-Canada. Il n’est pas probable qu^ le défont soit mort d’avoir mangé des champignons.. Je suis encore d’opinion que le défunt est mort., d’empoisonnement par la 'Strychnine.

Re-transquestionné., .

Un malade peut vivre plusieurs mois, attaqué d’hydrotorax. Dans les comfmencemeiits de la maladie, le malade peut travailler et vaquer à ses occupations, si elle progresse lentement. L’angine peut survenir dans n’importe quelle phase de la maladie.

Il est vrai que l’épanchement de sérum dans i’une ou l’autrcj ou dans les deux plevres, est un des caractères de l’angine de poitrine, causée par l’hydrothorax.

Le sérum épanché dans les cavités, par des lésions intérieures, peut être rougeâtre et sanguinolent.

Les globules de sang ne peuvent pas pénétrer à travers les pores des veines sans -ruptures.

Le Dr. Pierre Casimir Adolplm Brimeau, médecin de Sorel, 39 ans.

—Le rapport est lu.

Il a fait avec le Dr. Provost, le dernier témoin,. Fanalyse du duodénum et du mucus de l’estomac,, de la poudre de morphine et des 6 poudres de carbonate de fer et de magnésie à eux remis par le Cq-roner. Il a signé le rapport et corrobore le témoignage du Dr, Provost, en tout ce qui concerne sa coopération dans le.rapport dont il atteste la fidélité et adopte les conclusions.

Il a fait avec le Dr. Provost l’analyse du duade-

PUOVËNCHEE BOISCLAIE.

Hiim, dU’ initcus de restomac et de la poudre de tnoTphiiie et des six poudres de carbonate de fer et di* magnésie, le tout à eux remis par le Coroner* Il a signé le rapport avec le Dr. Provost, il / atteste s.a fidélité et en adopte les conclusions en autant que ce rapport a traii à ses opérations conjointes avec le Dr. Provost.

D’après l’ensemble des témoignages donnés. par rapport aux symptômes des maladies du défunt et le résultat des analyses chimiques par lui faites, il ne i veut 'attribuer la mort du défunt à diantre cau«e vqu’à l’empoisonnement par la strychnine.

TrA-NSQUESTIONNÉ pae M. GhAP-LEAU.

L’amertume, de la strychnine est plus qu’une 'amertume ordinaire. Un grain de^stry chiiine dans •un deniiaid d’eau ou dtî boisson alcoolique doniie- • rait une amertume iiiSLipportabieù mon avis, bien 'que je n’en aie pas fait i’expéiieiice. J’ai entendu le rapport de l’autopsie faite par le Dr, Ladouceur

J’attribuerais à ' la putréfaction cadavérique la cause de .répaiichemeiit du '-sang dans la péricarde, remarqué par le Dr. Ladouceur dans son procès- 'veibai d’autopsie. Cet •épanchement venu quand il y avait congestion n’annonce pas une maladie organique.

Avec ces sy^mptônies la dilatation complète du cœur dans ses aureiilettes et ses vnitricuies et sa couleur plus foncée que dans son état normal n’indiqueraient pas encore de maladie organique. L’asphyxie aurait pu causer ces symptôiii«‘S. L’épancAnnent de sang dans les deux pœvres n’indique pas néitessairemt nt une maladie organique.

Cet, épanchement ne pourrait se iaire sans rupture ; mais cette ruptuiv pourrait être pr duite après i H mort par la décomposition des tissus Cet épanchement ne pourrait être produit sans ruuture. La congestion du cerveau se renco i; re après la mort dans un très grand nombre de m 'aJiefv ,üue forte congestion de foie pieni d’ua srmg no:

PEOCES

peut etre 1 indice d une maladie organique, maisne la suppose pas nécessairement Une maladie organique peut causer une moi t subite. L’iniection d U!i sang noir dans le rein et la dilatation de la

.aie avec sang noir u’appartn nnent à aucune ma:ladie en particulier ; elles appartiennent aussi bien OTX maladies ordinaires on non organiques qu’aux maladies causant mort violente. ^

La couche d’un enduit noir très 'pais sur la snrfecede. lestoinac est commune à plusieurs maladies, bien qn elle indique nue iésioii des organes préexistant à la mort. oife^ues

La putréfaction cadavérique commence dans les vingt quatre heures, excei té dans certaines maladies d’un type asthétique

Les feintes violacées de l’estomac ne sont nas tonjours 1 indice de l’inflammation de l’estomac Apres la mort il arrive souvent que les sucs gastriques qui se trouvent dans l’edomac produisent cette décoloration, et cela pareeque ces sucs acquièrent certaines propri' tés qu’ils n’avaient pas pendant Id vie et que î estomac perd les propriétés de

ont nrétr'ï'* T'"*- plaques noirâtres Oeïa a la stag -ation du sang chez le dé-

Xnnt. Oeia se produit souvent combiné avec d’au*-

faes symptômes pouvant être l’indice d’une enflam-

maîlon.

Je ne puis pas dire que tous éléments qui constituent la strychnine se rencontrent dans la fibrine bichromate de potasse n’est pas colo* re par 1 acide sulfurique seul. Je crois que l’épreuye de la coloration (color test) est infaillible en ce sens, que la sérié de couleurs découvertes par l’a- *tr^1inine°'^'^^ nécessairement la présence de la

^ La lassitude dans les jambes n’accompagne pas toujours 1 empoisonnement par la strychuîne.

Dans 1 s maladies dont le siège est l’estomac les dirmers moments sont quelque fois accorppagn^^

PROYENCHER-BOISCLAIR.

de trembleineiit ner^^eux et de contraction de la figure. Les coiivuisioiis dans F empoisonne ment p.tr la stryeiinine arrêtant la respiration, causent fasphixie qui peut produire ia mort. La re^piratioa n«.‘ se trou\"e coiûpiô'temeiit arrêtée que dans le paroxisme des con\’aisions. Il n’y a que quand tous les iïioscies du corps sont fortement contractés qae les muscles respiratoires sont très gênés.

i^e tétanos idiopa^thique Tient sans cause extérieure appréciable. Un grand froid peut causer ce tétanos, ainsi que de fortes émotions, li y a quelques auteurs qui ont attnbiié le tétanos idiopathique à Fiiigestioii de certaines substances.

Quelques uns prétendent que ia strychnine sb décompose par son absorption dans ie sang et qu’elle lait aussi subir certains changements au sang.. Cette question n’est pas eiicoîc scientifiquement, décidée.

Ré-examiné.,

Je n’ai jamais vu de cas de tétanos idiopathique. Oes cas sont assez rares, qu’un des premiers. Médecins d’Âiigieterrc dit n’en n’avoir rencontré qu’un seul.

: PAR LA Cour.

Le défunt peut avoir été empoisonné par la strychnine, et le cadavre peut avoir présenté l’état décrit par le procès-verbal de i’autopsie faite par le Dr. Ladouceur.

La Cour s’ajourne à d heures P. M.

Sam edi, 10 h. a. m.

Roch Moi'se Samuel Migneault, médecin de la paroisse de St. Michel d’Yamaska, 30 ans.

J’ai entendu 1 s témoignages donnés en cette cause y compris celui du Dr. Provost. J’ai assisté le Dr. Provost à analyser une boulette de graissé’ contenant de la strychnine, une poudre arsénié alé et une poudre de siilphate dQJ^agRésie.

PROCÈS

J’étais présent à partir de l’analyse du contenû de l’estomac do défun!. J’ai vu le résultat de l’analyse du mucus de J’estomac, et aussi de l’opération fîdte par le Dr. G-irdwood.

Je puis corroborer et je corrobore le témoignage du Dr î’rovosi, relativement aux analyf es que nous avons faites ensemble dont je ce>-tifie la re'^titude et !a régularité, et les résultats qu’elles ont produits J’ai opéré depuis le 24 Janvier au 18 Février, moins quelques jours d’absence.

J’ai vu les résultats de l’analyse faite dn mncu& pris sur l’estomac du défunt par le Dr. Provost : fai vu la série de couleurs qu’a. produite cette analyse. Cette série de couleurs accuse la présence de la strychnine.

Le procédé du Dr. Girdwood sur l’estomac était nouveau pour moi par rapport à l’acide hydiochloïique et au eliioroforme qu’il employait, et j’y prê- 'tai une attention paiticiiliere.

D’après les témoignages entendus de ’a part de la couroiiiie relativement aux symptômes et à la marche de la maladie se présentant du 22 au 24^ et du 29 au 31 Décembre, laissant des intervalles ou le détunt pouvait vaqut'r à ses atfaires ; d’après le rapport de l’autopsie et le pi'ocès-verbal de l’analyse et le témoignage médical qui y a rapport, je lie puis attribuer cette maladie à aucune autre eau se qu’à un empoisonnement par la strychnine. Je n’ai pas vu dans mes études professionnelles que le tétanos idiopathique produisît des convulsions întermittf ntos, avec des intt rvalles aussi marqués que ceux observés chez le défunt

Je ne me rappelle pas d’avoir entendu parler de cas de tétanos idiopathique eu Amérique. D’après ce que j’ai »'U, les auteurs parlant de cas de tétanos îdiopatnique traités par eux. disent en avoir renqontié un ou deux parmi tous l>s cas de tétanos traités par eux. Le tétanos idiopathique ne pié^

PROVENCHEE-BOISCLAIE. 138

•Benterait pas tous les symptômes observés chez le

défunt. , . , ^ i •

l)yus le cours de ma pratique, J ’ai rencontre trois

'Cas de tétanos traumatique. lî y a plusieurs symptômes, communs aux deux maladies, le tetauos traumatique et re opoisonnement par la strychnine ; mais il y a dans le cas du défunt, plusieurs cas qui ne se rencontrent pas dans le tétanos traumatique. .le détinirais le tétanos traumatique: ceioi causée par une lésion extérieure, et le t^-tanos idh opathKiue, celui qui est produit sans cette lésion extérieure. Je l’appellerais constitutionnel. Le tétanos idiopathique pouv^ait laisseï les ()rg“anes dans IVtat décrit pax le procès Te-, bal de i’ autopsie.

Dans lui cas de mort causée par i’hydrothqraK, je ne crois pas que le malade serait en « tat de laire un Yoyage quelques heures avant sa mort. Un é|)anchement de sérum sangiiinomnt dans les plèvres peut-être prispour un épanchement de sang et être caufeé par i’hydrothorax et par d’autres causes aussi ; un épanchement de sang dans les plèvres ii’mdi* que pas i’hydrothorax. L’hydrothorax ne peut jamais produire un épanchement de sang pur. L’hydroihorax est généralement appelée par le vulgaire de C eau dans C estomac.

TRâNSQUESTIONNE.

Je suis dans ma huitième aiiniiée de pratique. Il y a certaines maladies organiques où les symptômes peuvent se modifier par une autre maladie dont Le principe est inconnu, et il y eo a d’autres qui produisent toujours les mêmes symptôme.^.

Il peut y avoir inflamma-tion du loie et des poumons avec une lésion an cœur. L’inflammation des poumons ne peut exister avec un commencenjent de péricardite. Une maladie organiqu** peut produire quelques désordres dan.s un organe autre que celui qui est le siège de la maiadie. L’exi-ten*^ ce simultanée de plusieurs causes morbides dan* l’oi^anicme peut compliquer les symptômes de

PROCÈS

maladie principale, par la présence de symptômea étiangers a cetti malaaie, qui letiendr i é^ n^n i *■ cenx qui lui sont propres. c^p^ ndant

Un t omme attaque d’hydrothorax peut vaque à ses aitaires dans certaines périodes de la m d-eiie Pour produire i’angine de poitrine, rhyd otho àx doit etre .ians un état avancé. ^ oioinoiax

Il est probable qu’un homme attaqué d’hvdrod m e angine de poilrine qui cause la mort J’enson ctat Je ne puis dire si aucun des témoins a

oïX, Sr”'” f '• -ISftmt .™i

t. à si'ïîpSii'r '• 1“ i« <1. d.,„.

^‘>®e de Strychnime uni

mii ait produit la maladie du défunt, Je 22 soi?Ia

meme que cdle qui a causé Ja mort le 31 ’

Une dose de strychnine dont l’effet convulsif an-

Z P- ami

Pae Là Cour.

d/c+ '‘“'‘a® opinion qu’il y a euino-estion

1 analyse chimique. Au meilleur de ma conu^^^î sauce, dans la totalité des cas où ou l’a drché d apres les rapports que j’en ai vus, on en a trouvé’ Étant un minéral, il ne s’élimine pas du sfstème

comme un ^ison végétal ; mais II a étélris en

quantité sutasante pour créer un état morbide

lullitire.el ‘ quelque soit la,

qudu Jte rejetee par les vomissements.

Re-teansquestionné.

Si je U avais pour données que les symptômes du.

rROVENCHER-BOISCLAIE.

29, je ne concluerais pas 'i rempoisor-nemPBts ; s’il n’^’ul existé qu’iiiie attaque, abstraction d^‘ l’analyse, je ne concluTais pas à rempoisonuemeiit.

i"e poison ingéré le 22 Décembre aurait pu être trouvé le 2 Janvier par analyse.

Ré- EXAMINÉ.

Ma conclusion est toujours la même, que le défunt est mort de reinpoisoiiaemeiit par la strychnine.

Gilbert Prout Girdv\^oofl, physicien et chirur- ■gien.—Je ne comprends pas le, français. Quoique j’aie été présent aux témoignages rendus par les témoins de la couronne, je ne les ai cependant pas compris. J’ai lu les témoignages traduits en anglais par M. J. G. Johnson.

M. Armstrong, pour la couronne, annonce son intention de demaiiderropinion médicaiedutémoin, sur les symptômes décrits ptr les témoins qui ont rendu leur témoignage en français

M. Chapleau, pour la défense s’objecte à cette preuve, vu que le témoin ida pas compris les témoignages, quand ils ont été rendus, et que rien ne garantit In tidélité de la tradiietioii.

M. Armstrong propose de laire assermenter M. Johnson, sur la iidélit*" de sa traduction.

La délénse accède à cetto proposition.

James G Johnson, Gentilhomme de Montréal, étant assermenté, jure que !a traduction du français en anglais, par lui faite, des témoignages que le Dr. Girdwood dit avoir lus, est une traduction fidèle.

Le témoin est alors entendu, du consentement de la défense, et dépose comme suit :

Je conclus d’après les symptô nés décrits par lestémoins, que le défunt est mort d’empoisonnement par la strychnine.

Je fonde mon opinion sur les symptômes décrits par Marie Plourde, le Dr. Ladouceur,. Michel Le-

■^PROCÈS

xaaire, Luc Trakan et Joseph Jouiras. -Cessymo- •toniej ne s accordent pas avec ceux qui précéderaient une mort causée par le choléra, ni de con- Tulsions, m d’épilepsie, ni du tétanos .soit ididpathl ‘que, soit traumatique, ni de l’inflammation du cerreau, lu ae la moële épinière, ni de l’hvdiothorax ^ïLi de i angine de,., poitrine. " ’

.La plénmide du.pouis est incompatible avec l’an-

gliie de poitrine.

Laos l ’angine de poitrine, le pouls est faible. Les symptômes décrits sont incompatibles avec l’em- '.poisonnement par les champignons. -JDans tons les •cas d empoisonnement par la strychnine, si la mort en est résultée, il y a toujours moyeu de découvrir

venlbreT ^ emploie ie's moyens contins “u 'décompose pas par l’absorp-

•tion dans le corps hum-ain ; elle s’élimine du corra dans son état d intégrité et peut-être découveide

•dcT. it*-’ P™'’ prouver la présence

de la strychnine.par 1 acide sulphurique et le bile sulphurique et

et t h,of ou l’acide snlphuiique et le Diiioxide de plomb, ou l’acide sulphurique^ et le erro-cyanure de potasse, ou l’acide sulphurique et uii courant d électricité. ^

i” ^ ^ribstance connue qui donnerait,

même Série de cmileurs que là ntpi P""' coloration (color test)

oroantm”'"". - P'’és"«ce d’une matièri

if dl f ;• prévient cette neutralisation par

en de t organique, au moy-

^cJt l’énreuve de .?et ® Chimiques pour prouver leur pureté,

Étrteh'f, qri’il ii’existait pas de

feEryciiaiae dans leur compos^ition.

.riérv'^'’® organiques, j’ai suivi' un pro-

«erêe'n" r* particulier, pour découvrir la présente de la strychnine. Ce procédé a d’abord été

PEOVENCHEE-BOISCLAIR. 13Ï

publié dans le “Times de Londres” en 1856, pen-

dant le procès de 'William Palmer ; i iissi dans la, ‘^'Lancette” et d-ns les jouraanx pharmacêuliqMest Il y a eu des cas publiés où ce procédé a .Hé em*-

ployé. , ,

Le seul cas où j’’ai entendu parler de symptômes-ideutiques à ceux-ci, a (té celui d'une madime Bowe? Elle est morte d’empuisomiement par la strychnine. J'ai fait une analyse^ en cette cause/ je SUIS arrivé à 8orel, le î Février d‘*rnier, à la réquisition de M. Armstrong, pour faire une aiia« lyse en cette cause et dans une -autre.

Le 8, je suis allé avec.M.. Armstrong, chez le Coroner Turcotte. Làj’ai entendu quelque partie des*, témoignages pris à l’enquête.- Je suis aile chezde Dr. Provost. Je Pai trouvé en compagnie du Dr. Migneault, faisant une ■•analyse d’une partie des viscères qu’ils me dirent' avoir été pris du corps du défunt Jouiras.

Je leur ai demandé- quel procédé ils suivaient.. Le Dr. Provost répondit qii’ii analysait par le procédé de Stass. Il me- donna Festomac, duquel tout avait été lavé, savoir, il me dooiia Fenveioppe de- Festomac,- comme elle-se trouvait après en avoirretiré le contenu. J’ai haché cette enveloppe en pièces, avec - l’assistance des Drs. Migneault et* Provost, et- je Fai mise dans une capsule neuve,.couverte avec de Facide hydrochlorique dilué. ^ Je* Fai placée dans un bain d’eau, et j’ai appliqué la;, chaleur jusqu’à ce que tout l’estomac lut dissous. J’ai mis cela de côté pour refroidir, et je i ai hltré avec un filtre mouillé ; à la solution claire que produisit ce filtre, j’ai ajouté du sulfate de magnésieet de Fammoniac ; j’ai encore filtré cette solution et à la solution ainsi obtenue, j’ai ajouté environ un once de chloroforme et agité le tout dans une bou-‘ teille. Je retirai une partie du chloroforme, etjef Fai évaporé à sec dans une capsule de porcelaine y j’ai fait l’épreuve pour, la.. strychniAe, et

PEOCÊS

constaté la présence ; il y avait néanmoins encore qiielqnes matières organiqu^'s ; j’ai retiré le restant du chioroforme et je P ai fait évaporer jusqu’à ce qu’il lui sec.

Ce résidu ainsi obtenu a ét'^ mouidé d’acide snlfu iqiie et chaiitle pendant quelque temps, pour détruire la matière organique. J’ai dilué cela avec de 1 eau et je 1 ai iiitré pour séparer le charbon. La Solution ('laire a été neutr disee avec de Pammoniac et agiiée avec du ebloroforme. Ce chloroforme f tant évaporé, a fourni de la strychnine, en abondance.

Le Dr. Provost tu a en outre remis une vési mie biliaire, cjuii m a. dit appartenir m corps de Pran*pois^*Xa\ieî Joutras. i^a vésicule biliaire était lig'a* tiiiée a\ ec de la iicelle et conten ait une petite quantité de bile.^ Elïe^ avait moins qu’un once de pesanteur i t a été traitée par le procédé qui vient d’être décrit pour Pestomac ; j’ai encore prouvé la présence de la strychnine. J’ai appelé les Drs. Aligmmult et Provost pour remarquer les preuves de la présence de la strychnine dans les dtmx cas.

J’ai aussi vu les preuves de la présence de la strychnine dmis le contenu de l’estomac, traité par le ur. Provost. Le ür. Provost m’a, r mis une poudre blanciie, pour læ|iielie il avait fait i’épreuve, et qu avait trouvé êirc du sulphate de magnésie. 11 m’a en outre remis une autre poudre qiéil m’a dit avoir prouvé être de l’arsenic,. Je l’ai au si prouvé et j’ai constaté que c’était de Parsenîc.

Le Dr. Provost m’a ensuite remis uiie petite boulette de graisse, couverte de poussière à rextérieum Coupée en deux par le i t Migneault, Ion a trouvé qu Ci se contenait une petite quantité de Strvchnine, Le Ccs analyses. ]<* viens à la co.iciusio i que le délunt a pris de la strycliiiine avant sa mon t-t a vécu assez iongtempb après pour qne eetP- strychnine pasuit a travers la circulation et se logeac 'dans la vés cuie binaire.

C’est là ce que j’ai conclu.

PROYENCHEE-BOISCLAIE.

TrAN-SQUESTIONNÉ.

Je n’ai pas ici les echaotilloiis de strychnine que j’ai trouvés dans ia !)oüiett * de graisse.

Le thnoiii a vu mie petite « apsuie en verre p;o.dnite aux jurés ; mais il o’en a pas fait d’examen.

J’ai iait ees expérienc-^s avec des substances chimiques, des liistruineiits et des vases neiits

iJartaiyse du corps de madame Dowe se ht en ma présence.

J’aiprocédé imm( diatement après la réception des viscères e.n iJr. Provost. Le procédé a ét ' continue sans iuteiTuptîon jusqu’à salin. Il était environ 10^- a. m , quand ]’ai commencé, et j’ai hui avant soieii couc ié. Je parle de mon procédé sur l’estomac. Je crois que c esl ie lendemain C|ue j’ai opéré sur U vésicule biliaire.

J’ai tout laissé au Dr. Provost. Je n’ai lait d’autre épreuve pûysiologique du résidu du contenu de l’estomac queceiied’y avoir goûte, et J’ai trouvé un goût amer. A i^ette saison de i’aîiiiée, je n ai pu trouver de crapauds.

On lui montre ie verre de montre qui a été produit par le coroner.

Je crois que la substance jaune qui se trouve sur le eerre est de ia matière organique. li a été constaté que le temps pris par ia strychnine, pour passer dans la circulation et se riviidre dans ia vessie, a été de vingt secondes, et elfe prendrait le meme temps pour se loger dans ia vésicule biliaire.

Je n’ai jamais vu de cas de téianos idiop.dhique, ma;s j’ai vu des cas de tétanos traumatique.

Quand ie procès de Palmer a eu lieu, M. Eogers et moi-iiiôiTie iPavions pas encore découvert ie procéoé, que nous n’avons découvert qu’après son témoignage.

Par la Cour.

C’est par l’épteuve de ia coloration, que j’ai obtenu i < î>ro.’ene-'. de iastryclmme. ].<;• térro .les Couleurs ..ot * ]>leu, pompro, vioh 1 et loii-e.

MO

PROCÈS

J’ai examiné pins de deux cenis corps hnmainsi et n’ai jamais obtenu la même série de couleuis auparavant. Je n’ai jamais obtenu de la stiyehniâe dans les animaux, et n’en ai jamais découvert' dans les êtres hnm ins. Je l’ai découvert dans IJiirine de personnes qui l’avaient prise médicalement. J’ai trouvé la même série de couleurs.

Au procès de Palmer, il a été assuré par le Dr. Taylor que la présence de la strychaine ne pouvait pas être infaillibiement découverte. C’est alors que Rogers et moi nous sommes mis à travailler pour découvrir un procédé qui la découvrît, et nous avons découvert celui que j’ai décrit au commencement de notre témoignage.

^ Quoiqu’il y ait des personues qui nient la possir bilité. de découvrir la présence de la strychnine par la série de couleurs, il n’en est pas qui nient la présence de la strychnine quand la série des cou^ leurs est produite.

Je considère comme un point non disputé en, médecine, que la présence de ces couleurs, trou? Vées par ce moyen là, est une indication certaine de la présence de la strychnine.

Si i’acide arsénieux a été absorbé dans le corps on peut toujours le trouver^ à. moins que celui qui Ta. pris, vive assez longtemps pour l’éliminer. L’arsenic s’élimine comme la strychnine.

Comme règle générale, la nature tâche de se dé? faire de tous les poisons aussi vite que possible.

Re-t ramsque&tionné

Le Dr. Taylor a dit, au procès de Palmer, que d’autres substances pouvaient produire les memes couleurs, mais il ne savait pas ce dont il parlait, ni que les mêmes couleurs, quand elles se produisent, le sont sous d’autres circonstances que celles , rapportées par lui.

La couronne déclare son enquête close.

PHOVENCHEE-BOISCLAIR,

La séance s’ouvre à sept heures du soir, une foule immense s’est rendue pour entendre les discours de la défense. L’intérêt est peint sur toutes les figures et c’est au milieu du plus profond silence que M. G-aultier se leva et prononça l’adresse suiraiite :

Qu’il plaise a la Coup.

MM. les Jurés.

Pourquoi ce peuple accouru de tous côtés î Pourquoi cette foule immense qui encombre les abords de ce palais et qni se presse dans cette enceinte ? Pourquoi cette anxiété, cette attente ? Pourquoi cette émotion dans tous les cœurs ? Pourquoi cette solemnité dans les procédés de cette Cour, ces témoins entendus, ces débats entre le savant avocat de la Couronne et les avocats de la défense ? De semblables choses se sont-elles déjà présentées à vos regards et de semblables paroles ont-elles déjà frappé vos oreilles ? Les tribunaux et les jurés du pays ont-ils déjà eu occasion de s’occuper d’un procès aussi important ? Mais pourquoi toutes ces questions ? La circonstance actuelle est trop imposante, trop solennelle, trop terrible pour en faire dayaiitag’et Solennelle pour vous et pour moi, MM. les Jurés, et terrible pour cet homme que vous yoyez depuis plus de huit jours assis au banc criminel, accusé d’un crime ca})ital Le ministère public depuis plus de huit jours lui dit par ses paroles : vous êtes un assassin ! De sang froid et sciemment vous avez donné la mort à F."X. Joutras, qui vous avait donné l’hospitalité ! Le prisonnier MM. les Jurés, a répondu à cette accusation qu’il n’était point coupable. Je viens aussi moi dans ce moment, vous donner la même réponse à cette accusation.

., serai pas long dans les considérations que

j’ai à vous faire : car je sens que vous êtes déjà fatigués de la longueur, de ce procès. Cependant, M.

PUOCÈS

M. quand il s’agit de l’iionneur de toute une famille respectable, d’enfants qui chérissent un père et qu’un père aime comme de bons enfants ; quand il s’agit de la yie ou de la mort d’un homme plein de force et de courage, et à qui Dieu a dit, comme à tous autres : je place en toi le princix-)e de la vie qui ne te sera enlevé que par mon autorité, les jurés ne doivent se prononcer qu’après mûre délibération. Eh bien vous êtes appelés àjuger. Quelle responsabilité avez vous assumée ! Yous êtes juges, quels devoirs incombent à cette haute et honorable fonction ? Y ous êtes la sauvegarde des droits sacrés de chaque citoyen : vous êtes les vengeurs des lois divines et humaines ; vous êtes nommés pour punir les infracteurs de ces lois ; mais vous êtes aussi les protecteurs du faible. Le grand, devant vous, s’il est coupable, doit subir les rigueurs de la loi ; le pauvre, s’il est innocent, doit s’élever dans la société, par le verdict que vous prononcez, au nom du x^ays qui vous délègue ici, pour être ses représentants, Oes principes d’éternelle justice doivent servir de base au Jugement que vous avez à porter ; pDpcL pes à la lumière desquels vous devez marcher ; principes qui, je l’espère, ont guidé vos délibérations jusqu’à ce moment et les guideront jusqu’à la fin de nos séances solennelles, jusqu’à ce que convaincus enfin de l’innocence du prisonnier, vous ‘le renvoyiez au sein de sa famille.

Si d’un côté vos devoirs sont si grands et entrailient une si grande resxionsabilité, je ne me dissimule pas l’importance de ceux que j’ai à remplir mor mème. Aussi, des le x'>t‘emier instant que le prisonnier eut placé sa confiance en moi, et qu’il m’eût dit : Je vous choisis pour mon défenseur et x>our me réhabiliter dan§ la société, je me suis assuré les services des confrères que vous voyez assis au banc de la défense. Plus habitués que moi d'adresser la parole dans de semblables occasions, vous aurez le plaisir de les entendre, et si je ne puis jeter dan&

PEOYENCHEE-BOISCLAIE.

vos âmes la conviction que le prisonnier n’est pas coupable de ce dont il est accusé, j’espère que leurs voix éloquentes réussiront àvoas faire connaître sa non-culpabilité. CexDendaiit je vous dirai avec franchise, que les sentiments de crainte que j’éprouvais ayant ce jour sur le sort du prisonnier, se sont changés en sentiments de joie. Car après avoir entendu le témoignage de tous les témoins de la Couronne, je suis persuadé plus que jamais que l’accusé n’est point coupable du crime de meurtre. J’ai trop confiance dans votre intégrité, MM., pour croire un seul instant que vous vous laisserez influencer parles bruits courants et que vous prêterez l’oreille à des rumeurs populaires. Il est vrai, le cri : cet homme est coupable, a été lancé dans le public. Ah ! que ce cri est faux ! qu’il est méchant ! méchant ! Oh î noire calomnie, quand disparaîtras-tu de la société î Que ce cri, MM . s’éloigne de vous ; qu’il ne retentisse plus à vos oreilles ! chassez-le dans le silence, ^ Lorsque vous avez été assermentés, vous ayez juré solennellement, en présence de votre Dieu et de cet honorable tribunal, que vous examineriez tous les faits qui vous seraient présentés, et que vous renderiez un verdict suivant la preuve. Vous devez donc mettre de côté tous les bruits et toutes les rumeurs extérieures ainsi que les ouidires et^ les préjugés. Bien saisir tous les faits de ce procès important tel que rapportés par les témoins de la Couronne, et ceux que la défense offrira pour contrecarrer et renverser certains points de la ]3oursuite qui semblaient être établis, est un de vos principaux devoirs.

Ce devoir vous sera bien facile à remplir : car la conscience d’un honnête homme ne se trompe pas, et son intelligence ne s’égare point.

MM. il faut, pour rendre un verdict de culpabilité, que vous ayez des preuves certaines et convaincantes. Dans le cours de ces considérations, nous examinerons toutes les preuves que là

Couronne tous a offertes ; convaincu d’avance que vous les trouverez insuffisantes et le doute qu’elles apporteront dans votre esprit, vous mettra en état de rendre le prisonnier à sa liberté ; car pour condeimiier cet homme à mort, il faut que vous puissiez avoir acquis, par la preuve de la Couronne, un dégré de certitude tel, qu’il ne reste aucun doute dans votre intelligence ; il faut que vous puissiez dire : c’est le prisonnier, et nui autre, qui est l’assassin ; ii faut que l’ensemble de la preuve vous démontre d’une manière aussi clair et aussi évidente que c’est cet homme qui est le coupable ; qu’il est clair et évident que ce n’est pas vous-mêmes qui êtes les auteurs de ce crime. Ah ! MM. vous êtes bien convaincus que ce n’est pas vous qui êtes la cause de la mort de ce ma heureux J outras. Eh bien, encore une fois, il faut que vous soyiez aussi fortement convaincus, d’après les faits de la cause, que ce soit le prisonnier qui est le coupable et nul autre ; car en le déclarant coupable, vous le condamnez à mort, ii n’y a point d’alternative : oui, c’est à votre voix qu’h monte à l’échafaud.

Je sais qu’il est malheureusement, dans la nature humaine, un sentiment qui lui fait écouter, avec un certain plaisir, l’accusation et les preuves à son ap]3ui, fussent- elles frivoles. Je sais qne la Défense est presque toujours accueillie avec défiance. Mais MM. je vous supplie d’entendre la défense avec toute fimpartialité que vous commandent les lois ; votre serment vous y oblige, votre conscience vous l’ordonne, votre religion vous en fait un devoir sacré.

Messieurs.

Le Prisonnier à la barre est accuse d’avoir le 31 Décembre 1866, féloniensement et volontairement et avec malice préméditée, tué et assassiné Fraupois Xavier Joutras, cultivateur de St.-Zéphirin : tel est, l’acte d’accusation.

PEOVENCHER-BÜISCLAIE. 145

Pour commettre un crime semblable, il faut <jue

le meurtrier ait des intérêts considérables à le taire, on que sa nature "Soit bien pervertie, bien degradee. Provencher a cependant toujours joui d une bonne réputation et d’un bon caractère. O’est un homme sobre, et honnête dans toutes ses transactions. Jusqu’à cette malheureuse accusation, il a touiours possédé l’estime et la considération non-seulement de ses concitoyens de la paroisse de fet.- Zéphirin, mais encore et surtout de ceux ae la paroisse de Ste. -Monique et des paroisses environnantes

À Ste.-Monique il a même occupé plusieurs charges publiques. Il a été Conseiller, Commissaire et Juge de Paix, et a rempli ces charges^ a la satisfaction publique. Il ne s’est jamais , ^écarté des principes religieux qu’il a reçus dès son eniaiice. il a accompli jusqu’à tout dernièrement encore ses devoirs religieux comme un bon catholique doit le faire. Il a élevé une famille nombreuse, cnetiennemeiit et comme un bon père de famille, une de ses filles que Dieu a enlevée de cette terre avant cette malheureuse époque était un modèle des A^rtus chrétiennes et un exemple pour toutes ms personnes de St.-Zéphiriii qui l’ont connue ; et celles qui sont dans cette enceinte et qui versent des larmes de douleurs sur le triste sort de leur malheureux père ne le cèdent en rien à celle qui n es p us. Ah! Messieurs les Jurés, que votre verdict lasse sécher ces larmes, et relève le courage abattu de ces deux autres enfants, ses deux fils que vous voyez dans cette audience.

Yous ne pommez donc pas dire, Messieurs, a^ous 13.6 pouA^ez pas même penser, ni soupponiier que le ■hrisonnier soit un homme dégradé, un homme qui repousse toute idée de bien et qui n inspire qii idees de mal.

Provencher n’était-il pas bien vu dans la famille Joutras? n’était-il pas jusqu’au dernier instant

PEOCÈS

l’ami intime du défunt? Les enfants ne l’ aimaientils pas beaucoup, ne Pappelaient-ils pas leur grandpère ? Est-ce que jamais et dai:^ aucune circonstance, la conduite du prisonnier a été autre que celle que je viens de vous rapporter ? La Couronne na pas osé dire le contraire. Elle n’a pas même tenté de faire une preuve sur le caractère, la bonne conduite et les mœurs du prisonnier à venir jusqu’au 26 Octobre dernier, époque du voyage de borel,^à propos duquel on a fait tant de bruit et laconte tant d histoires. Je vous parlerai de ce voyage dans quelques instants.

i^e prisonnier à la barre n’a donc pas été poussé au crime, s il y a eu un crime de commis, par une nature perverse et démoralisée.

Pourquoi donc aurait-il commis un crime ou meme pourquoi, y aurait-il participé ?

^ Deux motus induisent généralement un homme a commettre le crime : l’argent ou les passions de la chair.

Quant au premier motif, il n’existe certainement pas ; aussi il n’en a pas été question. Le prisonnier, sans être un homme riche, vivait et pouvait vivre à l’aise jusqu’à la fin de ses jours. Il est rentier, ei. ses fils sont en état de lui fournir plus que le suffisant ; d ailleurs il est lui-même industrieux et peut pourvoir à tout ce qui lui est nécessaire ; je puis donc dire en toute assurance que l’intérêt pécuniaire lia pu le porter en aucune façon à faire le mal.

Mais vous pensez peut-être, messieurs, que le prisonniei a eu des rapports criminels avec sa préténdue complice et que de là, il aurait conpu le projet de donner la mort à F. X. Joutras. En supposant pour un moment, que tel serait le cas, qu’en effet il se serait mal comporté avec la prisonnière, chose que je nie, car la preuve de la couronne n’établit lien de certain sur ce point, vous ne pouvez point et vous ne devez point condamner cet homme à

PEOVENCHEE-BOISCLAIR. 147

mort • car telle n’est point l’accusation. Qu’aurait donc 'fait le prisonnier pour jeter dans vos esprits nette idée de commerce illicite avec la prisonnière . Le vovage de St. Zépliinn à Sorel, le ou vers le 26 Octobie 1866, me répondrez-vous. Messieurs, y at-ilciLielc|ue chose d’extraordinaire dans ce voyage ^ Vovoiisles faits mêmes tels qu’établis par les témoins de la couronne. Quoi ! le prisonnier pmt avec Sophie Boisclair à la connaissance de b. A. Joutias, son mari. On parle de ce voyage 15 jours d avance comme on vous le prouvera Bien purs, c est Jontvas lui-même qui demande le prisonnier de vouloir bien accompagner sa femme a borei. et lui dit : va, ne crains rien, tu es avec, un bon homme. Lui Joutras, qui connaissait la fidélité de sa femme et r’honiièteté du prisoniiiei- n’a pas meme le moindre souppon. S’il eût connu Provencner pour un malhonnête homme, lui aurait-il confie sa femme .

S’il eût eu des craintes sur la fidélité de son épouse l’aurait-il laissé aller avec le prisonnier Oertaînemeiit non. Et messieurs, jusqu’à son dernier instant, le défunt Joutras a-tul jamais fait le moindre reproche à sa femme ou a son ami Provencher sur leur conduite ou sur les

histoires que des langues méchantes pouvaient taire, ou faisaient sur ce voyage à Sorel ? ^ Mais poui faire taire ces langues calomnieuses qui ne se plaisent ciu’à faire le mal, quand ily avait aes etrangers à la maison, Joutras et sa femme ne voulaient pis parler du voyage de Sorel. Tout ce que je viens ue vous dire au sujet de ce voyage est sorti de la bouche meme d’un témoin de la Couronne qui est des plus hostile à la Défense : je veux parler d Llise Joutras, liilede la prisonnière. Oui MM., ce témoin est hostile aux prisoniiiers. Le sentiment hlial ij iste plus chez cette enfant, V ons l’avez vue, elle a donné son témoignage avec nue espece de satislaction, tandis que la hoiite do voir sa niere au banc criminel anrait dù la faire rougir. Ah . il faut que

PKOOÈS

des choses extraordinaires soient passées devant ses yenx depuis l’arrestation de sa mère ; car les sentiments qu’nnefilie doit avoir pour sa mie sont hi^ grands ! ils sont impérissables ! il faut que l’abime qui les engloutit soit profond pour qu^ne jeune hile pousse i’indiflérence jusqu’au point de renier sa mère par ses actes, sinon pir ses paroles des que cette malheureuse mère est jetée dans les

mrkrai témoignage quand je vous

Jouiras ™ décembre, jour du décès de F. X.

MM. c’est donc uu fait établi que Provencher est venu a Sorel avec Sophie Boisclair, à la deman-

Joutras consentement de

Puis, 1 orateur parlant de ce voyage, appuie d’une maniéré énergique sur le témoignage de Eose-Delima Benoit, s attachant à faire voir son peu d’importance et a démontrer que les faits qui se sont alors accomplis sont des faits ordinaires de la vie. Ba prisonnière arrive chez une amie qui est contente de la revoir et ta félicite sur le bon' état de sa santé. Le prisonnier dit qu’en efiet elle est belle e grosse femme et bien portante. Puis ils laissent ta un cheval infirme et incapable et font la route dans une seule voiture. Eien ne prouve de commerce criminel entre le beau-père, prisonnier à la barre, et sa brue Sophie Boisclair.

■T\/r^^® de G-eneviève Laforce et Sophie

Mathieu, ceux sur lesquels la couronne s’appuie le pius, sont aussi sans force pour une telle preuye. Sophie Boisclair ne se cache pas, au contraire, déclaré parenté avec la femme Courchaine témoin entendu. Tout en admettant ce témoignage et^ celui de la servante de ce témoin, il ne nous lait rien voir autre chose, que les deux accusés ne se cachaient pas, ni ne cherchaient à se cacher.

Mais la défense prouvera d’une manière indubilaDie que les accusés n’ont pas couché, le soir du

PEOYEM CHEE-BOISCL AIE.

26 Octobre, chez l’hotellier Oourchaine, mais bien chez un nommé Lafontaine ; qu’ils ont mis leur voiture chez un nommé Bourret. Elle nous fera voir ce qu’ils ont fait le lendemain, jour du marché. Si il y a contradiction dans une partie de la preuve que la couronne considère comme essentielle, de toute nécessité il n’y a rien de certain dans cette preuve. Au contraire, cette preuve étant contredite complètement, on ne peut plus soupponner un seul instant qu’il y ait eu commerce criminel entre les deux accusés dans cette circonstance.

Puis l’orateur continue :

MM. comme des hommes intelligents, mettant de côté tout préjugé et bruit populaire, ne vous en rapportant qu’à la preuve faite et celle que la Défense va vous offrir, vous ne devez pas, en conscience et d’après les choses qui se passent tous les jours sous vos yeux, dire autrement, que ce voyage de St. Zéphiiin à Sorel, est un voyage semblable à celui que vous et vos épouses faites tous les jours, et que même l’idée d’une mauvaise conduite entre les acqusés, ne peut pas et ne doit pas exister dans votre intelligence. Où est donc alors la preuve de circonstance ? Qui donc, d’après elle, a pu conduire le prisonnier à commettre un crime ? Quel motif aurait pu l’induire à participer à un crime ? L’argent ? Non. Les mauvaises passions ? Non. Les mauvaises mœurs ? Une nature dépravée et désireuse de commettre un crime ? Non. Cet homme. Messieurs, n’est pas un monstre. Yous le voyez ; et d’après ce que vous connaissez vous-mêmes maintenant, vous devez le juger, d’après ce queje viens de vous dire, comme vous vous jugeriez vous-mêmes. Yotre serment, Messieurs, ne vous dit pas déjuger et de condamner cet homme, d’après ce que vous pouvez croire par vous-mêmes et d’après les connaissances que vous avez pu acquérir en dehors de la preuve ; quand bien même vous penseriez pour un instant que Provencher a

PEOOÈS

en des rapports criminels, s’en suivrait-il que pour cela seul vous devriez le condamner à mort ? Non ; ce n’est pas votre devoir ; car ce n’est pas l’acte d’accusation.

Puis l’orateur passe en revue quelques témoignages qu’ilfait voir comme non importants et continue :

La Couronne a tenté d’établir que le prisonnier avait acheté du poison chez le Dr. Griroux à Trois Eiviôres. Le fait prédominant, Messieurs, le fait qui doit vous préoccuper spécialement est celuhci : de savoir comment l’accusé qui se serait procuré du poison chez le Dr. Giroux de Trois-Eivières, chose que je nie, parce qu’elle n’est pas établie par aucun des témoins de la Couronne, aurait pu, de lui-même ou de concert a-vec Sophie Boisclair, le 22 Décembre 1866, donner du poison, au déiunt Jouiras, qui aurait pu produire chez lui les symptômes d’empoisonnement décrits par Marie Plourde. Comment ! Marie Plourde aurait décrit les symptômes de i’empoisoiîiieiiieiit par la strychnine, et le Dr. Ladouceur appelé près du malade n’aurait reconnu en lui qu’une maladie de nerfs ! Chose extraordinaire * Quant à moi. Messieurs, quant au témoignage de Marie Plourde, je le regarde comme une histoire faite après coup ; car d’après les symptômes qu’elle décrit, si ce sont réellement ceux causés par la strychnine, comment Joiitras aurait-il pu survivre ? Et comment pouvait-il se faire que le prisonnier à la barre, donnât du poison le 22 Décembre, 1866, quand, d’après les témoignages du Dr. Grironx et de Didace 8t. Pierre, témoins de la Couronne, il n’en aurait acheté chez le Dr. G-iroux que le 30 Décembre, 1866 ; cliose que je nie formellement, car il y a contradiction flagrante entre le témoignage du Dr. Giroux et du témoin Didace St. Pierre. Tous avez entendu, messieurs les Jurés, ces deux témoins, dans cette boîte, dire ce qu’ils pensaient des actes du prisonnier, le 30 Décembre, 1866. Le Dr. Griroux reconnait-il le prisonnier ?

PEOYENCHEE-EOlSCLAm.

Non. D’après lui, il lui semble, il lui paraît, que c’est la même personne ; mais, dit-il, celui qui est yeiiu cbez moi le 30 Décembre, avait une moustatacbe forte, noire et grisonnante et retombant sur la bouche et qui certainement n’était pas une moustache postiche. Messieurs, la Défense vous établira que jamais le prisonnier n’a porté une moustache. Et dès lors n’y aurait-il pas contradiction entre la preuve de la Couronne et de la Défense sur l’identité du ppsonnier ? Mais direz- vous : il y avait Didace St. Pierre dans le bureau du Dr, G-iroux, qui vient aujourd’hui confirmer le témoignage du Docteur. Messieurs, vous avez vu ce témoin ; vous avez vu la manière dont il a donné son témoignage. Il l’a donné en riant, en s’amusant : lui, ce témoin qui Tient de la part de la Couronne, dire d’une manière positive c|ue le prisonnier à la barre est la personne qui, le 30 Décembre, a achète du poison chez le Docteur G-iroux, et qui vient vous dire d’une manière positive qu’il a eu connaissance de cet achat.

11 vous dit : qu’il a vu lui-même le poison, que ce poison s’appelle strychnine ; que ce poison est motonneux ; qu’il a vu le Dr. G-iroux en peser huit grains ; que c’était bieii facile à voir ; que les grains étaient ordinaires, gros comme un ble ou comme un pois ; que Docteur lui a pesé cela ; que lout le temps il était à deux pas de lui ; qu’il n’a pas été question d’mi écrit du Dr. Smith. Messieurs les Jurés, quand vous entendez un homme donner son témoignage de cette manière là, pouveL-vous penser, pour un instant qn’il dit la vérité ? Comment, un homme qui compte des grains de strychnine donnés en poudre, comme je pourrais ou comme vous pourriez compter une maison, deux maisons etc, etc, et qui ne sait ni lire, ni écrire, comment pouvez' vous dire que ce témoignage n’est pas un témoignage de circonstance, et qn’il n’est pas fait dans le but exprès d’apporter contre le prisonnier qnelque]chos0 qui*lui soit défavorable ? Eéfléchissez»

PEOOÈS

messieurs, sur le témoignage de ce Didace St. Pierre et du Dr. Griroux, et tous verrez qu’il y a entre eux, de grandes contradictions. Comment pouvez vous dire alors que ees témoins vous ont dit la vérité ? Et, messieurs, si tous les témoins de la Gouroiiîie, loin de vous éclairer sur l’acte d’aecusatioîi, jettent^ dans votre intelligence la confusion et le trouble, comment pourrez vous en venir à la conclusion que le prisonnier est coupable ?

Il est donc, messienrs les Jurés, d’après les circonstances et d’après les témoignages de la Couloniie, ties douteux que le prisonnier ait acheté du poison chez le D. Giroux, le 30 Décembre, quoique ce jour là, il fut Trois-Eivières et qu’il soit revenu à St. ZépMrin, avec un des témoins delà Couronne, Elzeard Pothier, dont le témoignage ne donne aucun éclaircissement dans ce xrrocès. ^

Messieurs, une question qui doit vous frapper dans ce procès est celle ci : comment peut-il se faire que Joiitras ait pu être empoisonné, le 22 Décembre. quand la Coiiroiiiie a prétendu que le Prisonnier était aile acheter du poison le 30 Décembre. C’est là une grave anomalie dans le cadre de sa preuve. Y a-t-il un seul témoin qui soit venu devant cette Cour et devant vous,messieurs, dire que 1 a,ccusé était en possession de poison le 22 Décembre, 1866 ? La Couronne vous a-t-elle x:>rouvé qu’avant l’époque du 30 Décembre le prisonnier fût en possession de poison quelconque ?

Ne pensez-vous pas comme moi, Messieurs, que le témoignage de Marie Plourde soit un témoignage d’imagination. Croyez vous qu’elle dit la vérité ? Comment pourrait-il se faire que F. X. Jou tras, le 22 Décembre aurait été empoisonné suffisamment poiu' donner les symptômes décrits par le témoin, Marie Plourde, et que là et alors la mort ne s en serait pas^ suivie ? La Couronne a-telle prouvé que le Prisonnier avait alorsdu poison en «a possession ? Personne ne peut le dire, personne

PEOYENCHER-BOISCLAIE.

ne peat l’établir. Qn’ est-ce que la Conronue apporte pour prouver que le prisonnier à la barre, le 22 Décembre, ait cherché à donner la mort par Je poison ? A part le témoignage d’Elise Joutras, qui ne connait ni les dates^ ni les mois, ni les heures, at-elle prouvé quelque chose qui poisse même faire planer un souppoii ? Joutras dit qu’il veut aller au bois in-éparer sa sucrerie. Proveiicher répond : j’irai vous aider à ti*avaiMer jusqu’à midi, si vous le désirez, mais pas plus longtemps, car je dois rejoindre mon fils à midi chez M oses Hart. Ils partent ; Sophie Boisclair,. la prisonnière, donne une petite bouteille de whisky à st)n mari, qui la remet à Provencher pour remporter au bois. Eien d’extraordinaire. Joutras était dans l’habitude de faire la chose. Ils vont au bois, et Provencher revient à midi, laissant J outras à manger et à boire, chose qu’il était dans l’habitude de faire. Là, messieurs, commence la maladie de Joutras que l’on appelle extraordinaire. D’après les aveux qu’il a faits à tous ceux qui voulaient l’entendre, n’étant pas à l’extrémité, in extfemis^ et surtout à Marie Plourde. témoin entendu en cette cause, l’on croirait, si l’on jugeait les choses d’après les oui-dire et les préjugés, que le prisonnier lui aurait fait prendre du poison appelé strychnine, que la prisonnière aurait mis dans la bouteille emportée au bois par son mari.

Puis l’orateur continue à analyser le témoignage de Marie Plourde et le mettant sous les yeux des Jurés, leur dit d’y réfléchir sérieusement ; qu’une personne qui ii’a pas d’éducation ne peut décrire les choses tel qu’elle l’a fait; Il lui faillaifêtre inspirée de quelqu’un ; car le Dr. Ladouceur appelé auprès du malade, lors des crises décrites par Marie Plourde, n’a pas pu reconnaître rempoisonnemeiit par la strychnine, seulement^d’aprôs les symptômes remarqués alors ; il crut que cétait une attaque de rhumatisme. Analysant ensuite celui du Dr. Ladouceur, il en fait ressortir les contradictions et le:

PEOCÈS

ridiculise. Il fait voir le peu de soin qu’il a apporté à l’analyse et au transport des viscères : le lieu où iis furent placés, dans le siège de la voiture * le vase qui les contenait, une assiette : tout était irréfléchi au plos haut point et condamné par tous les auteurs. Il 11 y a jamais de cjuoi se réjouir quand on a un cadavre sous les yeux, surtout quand on se prépare à en faire l’autopsie sous de telles circonstances, et quand la vie de plusieurs dépend du résultat de cette autopsie. Comme je vous l’ai déjà dit messieurs, comment le prisonnier aurait-il tenté d’empoisoiinr Jouiras le 22 Décembre, quand il ne s est, d après la prétendue preuve de la Couronne procuré du poison que le SO Décembre ? ’

Puis 1 orateui passant au temoignap’e du Dr Smith dit : ■ = •

Le Prisonnier va le 20 ou 22 Décembre à la Baie du Febvre chez le Dr. Smith, demander des remèdes. Déplus il demande du poison pour les renards, il ne connaît pas même le nom du poison qu’il demande Le aocteur dit cju’il n’en a pas, mais i’iiiforine où il pourra s’en procurer. Ils partent tous deux, et ne peuvent pas en a\ro3r chez les gens qui d’ordinaire font la chixsse aux renards. Le Prisonnier ne connaît pas même le nom du poison qu’il faut pour les renards. Il va publiquement, franchement demander du poison à qui voudra lui en donner, ou lui en vendre. Toutes ses démarches se font dans sa paroisse et la paroisse voisine, la Baie. Pensez- vous messieurs, pour un instant c|u’un homme qui veut commettre un crime agisse de cette manière ? Pensez-vous que si je veux donner la mort à un de mes semblables j’irai chercher l’instrument chez mes voisins, et sans déguisement ? Quelle est la conduite du prisonnier, dans cette circonstance ? N’a t-il aucun sujet d aller chez le Dr. Smith ? La manière dont il agit dénote-t-elle chez lui quelaue chose de mal honnête, de mal intentionné ! Son honnêteté ordinaire se fait connaître et le Br. le considère

PEOYENCHEE- BOISCL AIE.

comme tout le monde le considérait, comme nn honnête homme. Bien pins, le Dr. Smith lui donne un écrit par lequel il pouvait se procurer du poison. A quoi messieurs devait sepdr le poison ? Le prisonnier devant le Dr. Smith le dit-il ? Oui. Mes fils résident à 15 lieues de Boston, ils m’invitent d’aller les voir ; ils me demandent du poison pour ]es renards, c’est pourquoi je désire m’en procurer. De plus, M. Scotf possède une jument semblable à la mienne,' et je désire l’acheter ; s’il veut $50, comptant, et $5^0 à mon retour, je vais l’acheter ; pa payera les dépenses de mon voyage.

La Défense vous prouvera que les paroles du prisonnier ne sont pas fausses. La Défense vous prouvera qu’un des fils, du prisonnier a écrit à son père d’aller le rejoindre auxJEtats-ITnis et d’apporter avec lui du poison pour les renards. ^ Le ]3risoniiier trompe- t-il dans ce moment, reiid-t-il conipte de ses paroles et de sa conduite ? Cette conduite est-elle celle d’un homme qui veut commettre un crime ? Dès qu’un homme est accusé d’une faute, d’un crime, immédiatement toutes les mauvaiseslangues, tous les compères et les commères du village, ou d’un rang se réunissent pour faire leurs histoires, pour lancer leurs inculpations. Dès l’instant de l’accusation l’on trouve tout à redire contre la conduite de la personne accusée ; ses actes les plus honnêtes sont interprétés en mal. ‘Il suffit qu’un mot soit lancé pour que tout uii rang, toute une concession fasse des cancans et à force de se répéter ces choses les personnes viennent à prendre le mensonge pour la vérité, l’insjustice pour la justice, la vertu pour le crime. Tel est le sentiment, messieurs, vous le savez, qui domine notre population rurale et qui la conduit dans plusieurs de ses actes. Mais, messieurs, comme je vous l’ai déjà dit, cela ne vous conduira pas. Yous marcherez à la lumière de votre intelligence, sans peur, sans crainte, sans partialité. N’écoutant les conseils de la Cour que

PROCES

sur les questions de droit vous devez être les seuls appréciateurs de la preuve et les seuls juo-es Comme je vous le disais il y a un instant, d?s petits incidents pour faire preuve de circonstance se o-rou-

p6îit, mais les faits dominants dans In danse insqii’à ce moment sont ceux-ci: point d’estraordiuâire dans le voyage de Sorel, manque de preuve de la part de la Conronne pour établir de mauvais rapports mitre les accusés et qui n’ont existé que dans i imagination des accusateurs et des calomniateurs contradiction flagrante de la preuve de laCouronne mur tous les points déjà discutés contradiction entre ^ Mathieu et sa servante

Delima Benoit, Thomas Hart et le Dr. Smith qui ne prouvent rien, contradiction dans le rapiiort de l’autopsie qui en fait connaître le prétendu auteur, la manieæ dont 1 autopsie à été faite ; tout, messieurs, jusqu au 22 Décembre, ne vous porte t-il pas à croire que le prisonnier à la Barre n’est pas coupable ?

Gomment, Marie" Plourde décrit si bien, le 22 Décembre, les symptômes de rempoisoiiiiement par la

strvchnine, et le Dr. Ladouceiir, là présent sur les lieux, près du malade, lui administrant des remedes nepeut pas même reconnaître la maladie dont Joutrasest attaquée! Ah! que de témoins comme Aiarie Plourde apprennent après coup, ce qu’ils ne savaient pas d abord! hl’avez-vous pas pu, messieurs découvrir dans ce témoignage ce que cachait le masque de l’hypocrisie ? Je ne vous en dirai pas plus iong sur ce témoignage, convaincu moi même comme vous devez l’être, que tous les incidents qu’il rapporte sont revêtus du manteau de la fourbeiie, du gain et d Autre chose que je vous laisse à apprécier.

PEO VENCHEMOISGL âlE.

Je TOUS parlerai maintenant, messieurs, de quatre ou cinq témoignages, qui, au premier abord, ont pu TOUS paraître inculper le prisonnier ; ces témoignages sont ceux du curé L. Trahan, Jos. Jouiras, M. Lemaire, MatMlde Joutras et Elize Joutras. Malgré la bonne Tolonté de ces témoins et l’entente que les Joutras ont mis dans leurs dépositions que TOUS aTez Qntendues, il y n cependant entr’eux des contradictions suffisantes pour ne pas ajouter foi à ce qu’ils disent, surtout quand il est facile de s’aperceToir de leurs intérêts personnels. M. le Curé L. Trahanse contredit lui-même. C’est malheureux pour un homme -de sa position; mais c’est cela. C’est le 24 Dédembre qu’il a tu Jouiras. 11 ne remarque rien d’extraordinaire ; cependant il dit qu’il n’a jamais tu une maladie semblable.

Il lui a administré .les sacrements sans inconTénients ; cependant dit-il, il frissonnait à chaque onction et quand les femmes lui layaient les pieds, il remuait; et M. le Curé a tu cela pour la première fois et cependant il a administré plusieurs mille personnes. Sur la fin de sa première déclaration il dit qn’il n’a jamais tu d’autres personnes ayant les mêmes symptômes. Quels symptômes ad-ii donc remarqnés chez Joutras ? tous l’aTez entendu. Aucun. Joutras aTait alors sa pleine connaissance, il parlait distinctement ; il lui dit qu’il avait une peine, probablement la peine commune, celle d’avoir péché, d’avoir offensé son Dieu, comme nous tous qui le faisons à chaque instant de notre vie.

M. le curé vous a dit, quand mon confrère M. . Chapleau l’a traiisquestionné, que Joutras a frissonné quand il lui a touché les pieds, mais le reste du corps, rien. Dans tous les cas dit ce témoin je ne l’ai pas remarqué. Oh * Messieurs, c’est que tel est le cas, car, si c’eut été autrement, M. le curé l’aurait remarqué. M. Trahan dans son examen en chef, vous a dit et vous l’avez entendu, que le défunt Joutras de la main droite lui saisie le poignet et qu’il

PEOCÈS

le loi a tenu tout le temps qu’il l’avait fait commU'' nier , et six minutes plus tard, le même témoin vous à déclaré que Joutras ne tenait rien dans ses mains, et il ne se rappelle plus s’il remuait, oui ou non, en recevant l’Extrême -Onction. Comme la mémoire se perd d’un moment à l’autre l Ce témoin, d’après ce^que vous avez pu entendre, aurait désiré s’il eût été possible, décrire les symptômes de l’empoipoisoiinement par la strychnine. Malgré le ministère sacré que ce témoin remplit dans la société, vous devez MM. prendre son témoignage tel qu’il vous l’a donné, avec hésitation et contradiction.

Yoyons le témoignage de Jos. Joutras. Quelle mauvaise foi quand il déclare : que le 31 décembre après que ce pauvre Joutras fut mort, enseveli, et que les personnes présente^ eurent réveillonné,

Provencher est monté se coucher et Sophie Boisclair est montée ensuite et on ne les a pas vus du reste de la nuit.” Ne veut-il pas vous donner à entendre qudl y a eu du mal de fait entre le prisonnier et la^prisonnière ? Ah ! messieurs, la manière dont ce témoin à donné sa déposition doit immédiatement vous donner des craintes sur sa véracité—cet homme a intérêt à faire condamuer le prisonnier, il le déteste. Dans sa déposition devant le coroner, il ne dépose pas de la même manière, Yoiis avez entendu lire cette déposition. Et quand on lui demande pourquoi il ne se borne point à relater les mêmes faits, c’est que, dit-il, on ne m’a pas questionné dans ces termes-là. Ah! MM. ce n’est pas la raison ; car la raison, le motif est celui-ci : qu’il s’est consulté, et il le dit lui-même, avec d’autres, avec les autres Joutras, avec Mathilde Joutras surtout, qui a été et est encore, depuis le départ des prisonniers, la gardienne, la conductrice et la prétendue protectrice des enfants de la prisonnière. Cette malheureuse vieille fille Joutras et le nommé Jos, Joutras, qui m’ont déclaré à- moi même, quand je me suis rendu sur les lieux, à la demande-

PEO YEN C HEE-BOISCL AIE.

de la prisonnière, qu’ils ne connaissaient rien dans cette alfaire. Ou ils ont menti à leur conscience dans cette circonstance là, ou ils vous ont dit faux, en vous rapportant les faits qu’ils ont cherché à vous faire accroire. Mais quel intérêt me direzvous, avaient tous les Joutras entendus comme témoins, de faire condamner l’accusé ? L’intérêt pécuniaire ; voilà la réponse. Jos. Joutras avait eu des chicanes avec l’accusé, ou plutôt, il a déclaré comme la défense vous le prouvera, que Provencher partirait de la paroisse. Il l’a sommé de sortir de la maison qu-il prétendait être à lui. Lui et ses cousins, frères du défunt, se sont consultés, iis ont, pour ainsi dire, référé la cause de la mort de Joutras à des arbitres, à M. le curé. Ils ont fait entendre, tous ensemble, à Elise Jouiras qu’elle serait riche héritière, si elle témoignait fortement contre sa mère et le prisonnier, et à Mathilde Joutras, qui n’est pas d’une nature bien douce, comme vous avez dû vous en apercevoir, qu’elle aurait sa bonne part. Quand je suis allé à la maison de la prisonnière, il y a quelque temps, Elize Joutras fut tellement entourée des témoins Joutras, tellement pressée par eux, qu’eile n’a pas osé me dire un seul mot. Ces témoins ont même empêché cette jeune fille de venir voir sa mère. Et, Messieurs, je regrette de le dire, c’était à l’instigation deM. Trahan ; car, quand je lui demandai pourquoi elle ne venait pas voir sa mère, elle me répondit : M. le Curé me l’a défendu. Malheur à ces témoins, Messieurs. La justice des hommes ne peut pas les atteindre maintenant, mais la justice de Lieu les a vu agir, les a entendu parler, les a compris dans leurs desseins. Elle a vu leur trame ourdie avec toute l’iiigratitude et avec toute la perfidie possibles ! à eux la responsabilité ! A moi la responsabilité si je ne fais pas mon devoir ; à vous, Messieurs, la responsabilité, si vous suivez ces méchantes inspirations, si vous croyez, si vous ajoutez foi aux fausses iiicul-

PROCÈS

patioîis de ces témoins qui se contredisent entr’eux malgré leur commune entente !

Le public et vous-même, peut-être, Messieurs, avez été sous l’impression que c’était la prisonnière qui, le 31 Décembre au soir, avait donné de la soupe au défunt J outras et que cette soupe était empoisonnée, et que Joutras était mort immédiatement après Pavoir prise ; c’est là rhistoire populaire. Cette histoire a tellement frappé les esprits, que le témoin Michel Lemaire l’a crue ; ce témoin qui ne connaissait rien des symptômes, qui ne comprend même pas ce mot, n’a rien voulu dire devant le Coroner, car alors il y allait de bonne foi et n’avait repu aucune instruction, aujourd’hui il se trouve tout à coup illuminé, connait toutes ces choses, parle en savant et décrit les symptômes que donne l’empoisonnement par la strychnine, aussi bien que le font les médecins. Quelques personnes ont semblé donner un grand poids à ce témoignage, surtout au mot cahoter, si elles comprenaient que ce témoin n’a jamais dit ce mot ; mais qu’il a dit cajoler, mot qui n’est d’aucune langue et qui prouve qu’il ne savait pas ce qu’il disait en le disant. Cet homme, comme généralement ceux de sa paroisse, disent toujours au

lieu de manger, liardin au lieu de jardin et ainsi de suite. Si ceux qui ont semblé et semblent être admirateurs de cette expression, cahoter, savaient que le témoin disait cajoler, peut-être la trouveraient-ils plutôt ridicule que savante. Laissons, Messieurs, le ridicule de cette déposition à qui il appartient, et voyons les contradictions. Lemaire jure positivement que c’est la prisonnière qui a donné la soiipe^ le 31 Décembre, et c’était devant moi, dit-il. Malgré que ce témoin ait beaucoup appris depuis l’enquête du Coroner, il n’a pas encore repu assez de lepons pour savoir ce qu’il aurait du dire : que c’était Elize Joutras, fille de la prisonnière qui a donné cette soupe à son père, par deux fois, et qii^ chaque fois, son père, le défunt, l’a trouvée

PEOVENCHER-BOISCLAffi. 161

bonne. Et Lemaire était là ! Ah ! il croyait, le malheureux, d’inculper par là la prisonnière ; il s’est trompé ! Elize Joutras jure que c’est elle qui a donné cette soupe sur laquelle on a raconté tant de fausses histoires, dans le but exprès de préjuger le public et vous-mêmes, Messieurs, contre les prisonniers. Pouvez-vous croire maintenant au témoignage de ce Lemaire? Il a juré faux, ou Elize Joutras a juré faux : Choisissez.

Puis l’orateur résume en quelques mots la preuve de circonstance de la couronne, et termine en rappelant aux jurés leur devoir de ne condamner le prisonnier que s’ils sont convaincus fermement et certainement de sa culpabilité ; que s’il y a doute chez eux, le bénéfice de ce doute appartient à l’accusé ; que vu les contradictions dans la preuve de circonstances ils ne peuvent être fermement convaincus que le prisonnier à la barre^est coupable du meurtre dont il est accusé ; même ils ne peuvent pas supposer qu’il est coupable. ^ .

Il laisse à son confrère M. Chapleau, la discussion de la preuve médicale.

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