PREUVE DE LA DÉFENSE
De, Joseph Émery CoDEEEE—Médeciu Chirurgien, de Montréal, âgé de 53 ans.
Je suis médecin pratiquant depuis 1844. J e suis professeur à l’école de médecine et de chirurgie de Montréal. Pendant mon enseignement, j’ai été professeur de matière médicale et thérapeutique. Je suis médecin de l’Hotel-Dieu depuis 1850, et j’exerce ma profession comme médecin pour le public.
PEOCES
J’ai été médecin expert dans un cas d’empoisonnement supposé, dans l’affaire Lussier, de St. Hyacinthe, Mon rapport dans cette affaire a été publié. J ai livré à la publicité mes études et mes appréciations sur plusieurs cas d’empoisonnement. Il est possible de trouver de la matière vénéneuse dans certains cas, dans les matières dont on se sert pour faire des analyses chimiques. J’ai trouvé moi-même de Parsenic dans un morceau de cuivre qui devait nous servir et qui nous servait dans notre analyse * c’est dans le cas de Lussier. .
Je ne crois pas que l’on puisse rencontrer de la strychnine dans les matières dont on se sert comme réactifs ; elle pourrait cependant s’y rencontrer accidentfdlement.
J’ai entendu les témoignages'qui ont été rapportés sur les symptômes qui ont précédé la mort du défunt et aussi lu le rapport de l’autopsie faite de son cadavre. J’ai également entendu et lu le rappoit de l’analyse faite parles Drs. Provost, Bruneau, Migneault et G"irdwood. Mon opinion, d’après ces symptômes, tels que rapportés, d’après l’autopsie et Es analyses, est qu’il est impossible de se prononcer définitivement sur les causes de la mort.
Ma propre conclusion est que celle à laquelle en ^nt arrivés les médecins entendus de la part de la - Couronne, est une conclusion très incertaine.
L expert médico-légal doit d’abord avoir, par devers lui, le rapport de l’autopsie, pour arriver à une conclusion.
Avant de me prononcer sur les symptômes, je passerai d'abord en revue quelques uns des témoignages des personnes présentes'à la dernière maladie. Je dois dire que les symptômes décrits par les témoins, s iis ne sont pas médecins, n’ont aucune importance quelconque comme moyens d’arriver à une conclusion. Il n’y a qu’au cas où les symptômes ont été observés par des médecins, que les témoins médicaux peuvent arriver à une conclusion
PEOVENOHEE-BOISCLAIR. 163
plus satisfaisante, mais qui ne serait pourtant pas
vraie dans bien des cas.
Je prendrai d’abord pour étayer ma proposition, le témoignage rendu par Micbei Lemaire, lorsqu il dit que le défunt a conservé sa pleine connaissance jusqu’au dernier instant, et que, jusqu'au dernier instant sa respiration était libre ; que ses yeux étaient creux dans les orbites. D’après ces symptômes, nous ne pouvons pas dire que ce sont ceux qui se rencontrent dans l’empoisonnement par la strychnine, parceque dans rempoisonnement par la àrychniiie, la respiration, lorsque viennent les derniers moments, est très gênée, et même suspendue. Les yeux sont saillants, proéminents, ce qui a fait dire à quelques médecins, qu’ils avaient l’air sortis de l’orbite, et la pupille beaucoup dilatée. J’ai eu occasion de faire, il y a quelques jours et depuis le commencement du procès, l’expérience snr des animaux et j’ai constaté l’œil saillant et la pupille dilatée.
Je prends ensuite le rapport du Dr. Ladouceur, quand il nous dit qu’eu ouvrant la poitrine, il a trouvé une infiltration de sang dans la péricarde, et un épanchement de plus d’une chopine de sang dans la plèvre droite et un peu plus dans la plevre gauche ; et qu’il est sorti du sérum du tissu ceilu- Taire du sternum, en y faisant des incisions ; que le cœur était d’un rouge foncé ; que cet organe était de grosseur naturelle, complètement dilate dans ses aureillettes et ses ventricnles ; que ces cavités étaient vides et présentaient le même as- Xaect que l’extérieur.
La dilatation des aureillettes et des ventricule^ du cœur établit la dilatation du cœur, etquil n était pas dans son état naturel. La couleur foncée de cet organe, à l’extérieur et à l’intérieur, dénote 1 existence d’une inflammation xaréalable à la mort. Cette inflammation de la membrane interne, accompagne le rhumatisme inflammatoire et chronique.
PEOCÈS
Le rhumatisme peut exister sans cela, mais quand il est a 1 état aigu, et qu’il affecte les articulations on retrouve généralement la membrane du cœur trfg enflammee, et quelquefois épaissie.
rapport, l’on voit que les poumons étaient très congestionnés et présentaient un aM noirâtre surtou à la partie postérieure ; K étaient très friables, et qu’il en sortait par la pressicm, une ecume d’un brun foncé. ^
suiw état très congestionné des poumons, peut résulter de la gene dans la respiration, surtout aux einiers moments, et l’état noirâtre de la partie postérieure se produit après la mort, et résulte de la partie horizontale du cadavre.
Dans le rapport, il est dit qu’il y avait plus d’une chopme de sang noir dans la plèvre droite et la gauehe en contenait un peu plus. La présence de
‘ f' causes traumatiques, ou
plaies des pleyres, iiest pour moi qu’une quantité de sérum cqloié, qui s’y était amassé graduellement
Cet hydrothorax.
Cet epmichement, ne s étant fait que graduellement rn explique 1 état de gêne qui y existait. On voyait dit le rapport, sur la partie postérieure des deux poumons, de petites élévations blanchâtres, qui
îeur* ‘î® “lême cou-
leui. Cet eiat devait etre du à la présence de tu-
hercules passes à l’état de ramolissement, indice que les poumons étaient malades depuis longtemps.
Dans une autre partie du rapport du Dr. Ladouceur, je vois, qu’en parlant du cerveau, il dit ; “le cerveau présentait une apparence naturelle dans toutes ses parties ; la dure-mère était médiocrement congestionnée, vers le milieu de l’os frontal ; entre cet os et la dure-mere, l’on trouvait des substances d’un^litne ” friables, et de l’épaisseur
Cet état de la dure-mère annonce que la présence dune substance étrangère, d’une ligne d’épaisseur,
PEOYENCHEE-BÜISOLAIE.
ne peut être que le résultat d^uné maladie inflammatoire, et cette inflammation pouvait dater de quelque temps, vu la présence de cette substance. Cet état a du nécessairement occasionner des désordres dans les fonctions du système nerveux ; et même la présence d'un corps étranger, peut déterminer des convulsions et ébranler sensiblement l’intelligence. L’ arachnoïde était fortement congestionnée, ce qui confirme mon opinion, relativement à la maladie du cerveau.
Je. passe à une autre partie du rapport, concernant l’ouverture de l’abdomen.
Parlant du foie, il dit : “qu’il était d’un volume ordinaire fortement congestionné d’un sang noir ; le lobe droit était ramolli, friable, surtout à la partie postérieure.”
Cet état pathologique du foie, ne peut résulter que d’une inflammation qui pré-existait à la mort.
Parlant du rein, dans une autre partie de son rapport, il dit : “ le rein était légèrement augmenté de volume, sa substance était très injectée d’un sang noir.’’
Cet état est l’indice d’une maladie inflammatoire du rein, pré- existant à la mort.
La rate était, dit-il, “ d’un volume considérable contenant, comme les autres organes, un sang noir ; la putréfaction était très avancée.” Cet état est aussi l’indice d’inflammation à la rate.
Dans une antre partie du rapport en parlant de l’estomac, il dit : La surface interne était couverte d’un enduit noirâtre, épais. Cet enduit noirâtre ne pouvait être que l’effet de l’inflammation de la membrane interne de cet organe. Cette opinion est corroborée par le Dr. Provost et Bruiieaii qui, dans leur procès verbal de l’analyse disent que la membrane interne de l’estomac était très injectée, surtout vers la grande courbure où la membrane muqueuse était rouge foncée et présentait aussi de larges plaques noirâtres.
1^6 PROCÈS
«Te passe aux intestins. Le Dr. La^ouceur dit : que le duodénum était de couleur rougeâtre et congestioiiné, la surface interne était également congestionnée. En grattant cette surface avec le scalpel, J ai détaché une couche de mucus d’un rouge brun 5 cet étal est aussi l’indice d’une inflammation du duodénum pré-existant à la mort.
Le Dr. Ladouceur dit que la portion ascendante m descendante du colon paraissait légèrement enflammée ; le reste du canal intestinal était dans un état de putréfaction extraordinaire. Cet état était un indice d’une forte inflammation des intestins ■ qui pré-existait à la mort.
L’état du canal intestinal décrit par le Dr. Ladoiiceui pourrait indiquer une maladie propre à causer la mort, avec les symptômes décrits par les témoins comme étant ceux du défunt sans être 1 empoisonnement par la strychnine.
Les analyses chimiques telles que décrites et qui ont été faites par les Drs. Provost, Bruneau et’ (xirdwood d’une partie du mucus détaché de la membraiie interne de l’estomac, du duodénum, de la vésicule biliaire, suivant moi, ne peuvent pas asseoir des coiiciiisions certaines.
Pour conclure à un empoisonnement quelconque, il ne suffit pas de dire que l’on a trouvé du poison ; mais il faut le démontrer avec tous ses caractères! Dans le cas présent le poison n’est pas démontré en nature, avec les caractères qui lui sont propres.
Pour conclure l’empoisonnement, même en supposant que ion aurait trouvé du poison, si le poison trouvé n’est pas en quantité suffisante pour causer la mort, il est indispensable de démontrer les effets du poison au moyen d’essais phvsiologiques ; et ces essais consistent dans la démonstration du produit ou d’une partie du produit des substances qui sont censées avoir causé l’empoisonnement, à des animaux vivants.
Pour en venir à une conclusion certaine il faut
PEOYENCHEE-BOISCLAIE. 167
que la pureté des réactifs et des instruments employés soit prouvée par Taiialyse.
Je ne considère pas comme infaillible, l’épreuve dles couleurs (color test) décrit par les témoins médico-légaux de la couronne.
Je considère que la putréfaction peut produire une substance, qui rendrait illusoire l’épreuve ces couleurs, C^est là l’opinion des auteurs, faisant autorité en toxicologie. OrpMla est encore le meilleur auteur. en cette matière. Le Dr. Taylor est une des plus grandes autorités que l’Angleterre ait produite dans ces questions, et je crois quand il a donné ia réponse, que les colorations pourraient se produire par d’autres substances, il avait raison ; car il avait avec lui les hommes les plus haut placés dans la science, parmi lesquels était Christison. Orphila, Casher et Bloomliart.
Presque toutes les matières organiques contien' nent les éléments de la strychnine dans des propor" tions différentes. Il y a plusieurs substances, com" posées exclusivement d’hydrogène, d’oxigène de carbone et d’azote, comme l’est la strychnine, la protéide, ia brocine et la morphine.
La fibrine du sang est composée des mêmes éléments avec des équivalents Aiff^rents. Ces mêmes alcaloïdes forment les bases qui s’unissent aux acides, pour composer les sels avec des équivalents difîerents. Cette différence dans les équivalents et dans les proportions, est insuffisante pour eu faire des substances tout à fait differentes ; tous les auteurs ne donnent pas les mêmes équivalents.
La rigidité du corps peut survenir immédiatement après la mort ; mais ce n’est pas une condition essentielle de rempoisonnement par la stiychnine, qu’elle se manifeste immédiatement.
La strychnine donnée dans un liquide et dissou te en quantité suffisante pour causer la mort, manifeste ses effets presqu’instaiitanémeiit, surtout si Vestomac est vide.
PROCÈS
Durant les premiers accès d’un mourant par la strychnine, il peut parler et respirer ; mais à mesuque ces accès augmentent, la difficulté de la parole et la gene de la respiration augmentent avec eux nf p™îe^r derniers il ne peut ni respirer,
Du moment que la crise commence, la respiration devient gênée et saccadée. J’ai assisté à la mort d un certain nombre de personnes. J’en ai vu mourir quelques unes qui conservaient leur connaissance jusqu’au dernier mo ment : au moment ou la vie s’éteignait, il survenait des convulsions avec rigidité des membres, renversement de la tete en arriéré et serrement de la mâcîhoire. Ce sont des symptômes qui se manifestent dans un bien grand nombre de maladies et d’inflammations dans queiqiiescas de pthisie et surtout dans certains cas d epaiichement dans le thorax. On remarque cela encore, chez ceux qui meurent d’inflammation U. intestins et d inflammation cérébrale.
Dans i’empoisonuemeut par la strychnine, l’on remarque que l’état du visage est un état bleuâtre, que 1 œil est proéminent et qu’il reste dans cet état.
J e ne considérerais pas le calme de la figure à l’époqne de la mort comme contraire à l’empoisonnement par la strychnine.
Je considère que les symptômes décrits par les témoins, ne sont pas des symptômes nécessaires et caractéristiques de rempoisonnement par la strychnine ; mais ils peuvent être les symptômes d’autres maiadies dont l’examen post mortem a pu constater i existence.
Je répète la conclusion que j’ai déjà donnée, que ci apres les symptômes, l’autopsie et les analyses il est impossible de conclure sûrement à l’empoisonnement par la strychnine.
-La seule expérience que î ai laite des effets de la strychnine, j’ai empoisonné
chien qui est mort dans’ deux heures ; les effets
PEO YEN CHEE-BOISCL A lE. 1 69
se sont manifestés en deux minutes. Je ne puis dire s’il était à jeun ou non. Je l’ai empoisonné le soir.
Par son système nerveux, le chien se rapproche beaucoup du système nerveux de Phomme. On se sert plutôt du cerveau du mouton que de celui du chien dans les salles de dissection, parce qu’il est plus facile de se procurer une tête de mouton qu’une tête de chien.
Dans la cause de Lussier, je n’ai pas conclu à l’ar-senic, parce qu’il n’y en avait pas. Je n’ai jamais fait d’expérience pour trouver de la strychnine. Je n’ai jamais traité par analyse chimique, de matière pour la strychnine. Je ne conquérais à la présence de la strychnine que si je l’avais trouvée en cristaux, du corps dans lequel je l’aurais cherchée et que si, l’ayant obtenue, j’en apprécierais la manifestations par l’épreuve, avec succès de la série des couleurs qui lui sont propres et par des essais physiologiques, qui produiraient les résultats atfirmatifs de sa présence : car Fépreiive des couleurs seule n’est pas suffisante. Si la quantité trouvée était insuffisante pour tuer un animal, je ne concluerais pas à l’empoisonnement.
Les effets de la strychnine se manifestent ordinairement avec malaise dans presque tout l’organisme, et surtout dans la région de la poitrine. La respiration devient succadée, trèsgénée et ensuite la rigidité des mâchoires, et souvent un renversement du tronc en arrière et des secousses convoi sives, imprimées aux membres, toméfaction du visage, proéminence des yeux, dilatation de la pupille et suspension de la respiration, et le plus souvent au troisième ou quatrième accès, la mort arrive dans vingt ou trente minutes, et quelquefois dans une . heure ou une heure et demie.
Lors des derniers accès, généralement les symptômes redoublent d’i];itensité et il y a perte de connaissance. La perte de connaissance n’est pas un
PEOCES
état constant ; il y a des cas où la connaissance reste jusqu an dernier nioment ; mais la proéminence des yeux et k dilatation de la pupille, sont des effets constams et se manifestent toujours. Tous les aiiteurs s'accordent à donner ces symptômes comme invariables. Le pressentiment de la mort n’est pas un des signes caractéristiques de l’empoisonnement par la strychnine, ul des sio-n^^ esUa connaissance qui existe chez le malade” d’une approche du renouvellement de la crise ^
Cette connaissance n’est pas particulière à l’empoisoniieinent par la strychnine seul.
remarque suivante kite par Orphila , \ol 8, pa^e 784. “ Une chose dio-ne de re-
marque, et que 1 on observe que dans T'èmpoisonnement qui m occupe (o.-à.-d. par la strychnine) et
brncir angusture et la
biucme, c est que le contact d’une partie du corps
la menace ou le bruit détermine facilement cette
douleur tétanique générale.”
Je n’ai connaissance personnelle d’aucun' cas d empoisonnement par la strychnine. Je n’ai iamais entendu parler d’empoisonnement par 'la strychnine, en Canada, ou même en Amérioue JJanslecasde rhumatisme aigu, l’on trouve le cœur dans un état d’inflammation, surtout la membrane interne. J’ai ouvert dernièrement le cadavre d un homme, mort de rhumatismeinflammatoiie, ] ai trouve Je cœur comsidérablemeiit dilaté œs cavités du côté gauche vides, et celles du côté droit remplies d’un sang noir. Je n’ai jamais vu an cas de rhumatisme inflammatoire où le patient SOU mort su bit em eut
Le matin, ce patient était mieux; dans le courant de k journée, il a quitté sou lit, le soir à six
® mort dans la
nuit. J ai aussi dans ce cas là, trouvé un épanche-
sérum dans k péricarde, ^(ous avons trouve, dans 1 estomac l’indiée d’une inflammation
PEOYENGHEE-BOISCLAIE. ITÎ
ancienne ; les reins était dans un état de congestion. Tout rintérieur se trouvait à peu près dans l’état décrit dans le procès-verbal de l’autopsie du Dr. Ladouceur Cet homme était mort du rhumatisme inflammatoire, que je considère comme un symptôme de l’inflammatiou du coeur.
Les auteurs ne s’accordent pas sur ce point. '
Cette homme n’est mort ni de l’angine âe poitrine, ni de i’hydrothorax, ni de la trichine, ni de rempoisoniiement par les champignons, ni par la strychnine. Un homme atteint du rhumatisme inflammatoire, souft’re toujours, dans quelqu articulation,soit dans les bras, soit dans les jambes ; il est quelquefois gonflé dans tout le corps, et quelquefois aussi on ne peut le toucher sans l’entendre crier , c’est une maladie des plus douloureuses ; le ^ moindre mouvement dans l’appartement, détermine des douleurs. Ces douleurs sont généralement dans les articulations, quelquefois dans la poitrine, et quelquefois dans l’estomac.
J’ai vu le patient vers 1 une heure et il est mort vers minuit. Il avait pris quelque chose. ^ Jelui avais ordonné du boiiilion ou une soupe légère. Il avait le délire, mais pas de frisson.
Le témoisrnage de Marie Ploiirde ma paru si étrange, que je ne crois pas qu'uii homme raisonnable puisse lui attacher d’importance, parce qii il n’est pas probable qu’un homme se fasse traîner une distance quelconque, par la queue et la patte de son cheval. Admettant comme vrai le témoignage de Marie Piourde, je ne pourrais en tirer aucune conclusion, sur la maladie du défunt, le 22 Décembre, pareequ’un homme en convulsion ne pourrait pas se tenir à cheval.
Je ne me rappelle pas les symptômes décrits par le Dr. Ladouceur, le 22 Décembre dernier.
J’ai lu les symptômes décrits dans le procès de Palmer, accusé du meurtre de Cook, et jugé à Londres en 1856, sous la présidence de Lord Chief Jus-
172 PROCÈS
tice Campbell. J e connais le témoignage médical donne par les témoins à la poursuite delà couronne. Je ne pourrais adopter les conclusions auxquelles en sont venus les témoins médicaux, dans Affaire de ralmer, parce que suivant moi on ne peut conciure médicalement à Tempoisonnement par la strychnine, si le poison n’est pas trouvé en nature et prouve comme je l’ai dit plus haut.
Je ne puis attribuer le mal du défunt à aucune maladie particulière ; il est mort d’une inflammation chronique de l’estomac et du foie, qui ont amené les desordres remarqués dans l’organisation.
L’hydrothorax qni est survenu comme symptôme
de i inflammation, pouvait amener la mort d’une
maniéré soudaine.
L’etat des organes, tel que décrit par le Dr Ladouceur dans sôn procès-yerbal d’autopsie, a les indices d une inflammation de cerveau avec inflammation de poumons, de foie, des reins, de la rate du duodénum et du reste des intestins, et aussi’ du reste du cœur. Après un empoisonnement par la ÿryclinme en règle générale, l’on ne trouve pas de traces d inflammation.
La mort par aspMxie peut amener une cono-estion de poumons ; je ne crois pas que dans les "cas ü asp.liyxie 1 on trouve des épanchements dans les plevres, surtout de sérum. Dans l'inflammation de poumons, au premier dégré, il y a eno>oro-emeiit, et si la maladie continue, il y a épanchement. La putréfaction ne peut pas s’établir dans vingt quatre heures, et dans ce temps un épanchement de sérum dans le thorax, ne peut être dû à cette .cause.
En cas de décomposition je ne serais pas surpris de trouver du sérum dans le thorax : car les tissus étant rompus, les liquides doivent se placer qneh que part. La mort par asphyxie peut arriver par coma, par asphyxie et par syncope.
PEOVENCHER-BOISCLAIE. 173
La conséquence de la strychnine sur l’organisme est qu’il y a congestion de tous les organes.
Le mal ne peut pas causer la mort par asphixie.
L’effet de la strychnine s’exerce sur la moëll& épinière et comprime les \-oies respiratoires, ce qui déterminé l’asphixie, dont l’effet est de détruire le fonctionnement des autres organes. 11 y a alors-' congestion ou épanchement au eeryeau.
Dans les cas d’empoisonnement par la strychnine,, on a trouvé des cas où les deux ventricules du cœur étaient vides, ^d’autres où l’on n’en a trouvé qu’une.-
Dans le cas de rhumatisme inflammatoire, un homme peut marcher une heore avant sa mort, surtout si ce rhumatisme est chronique. J’ai assisté à un grand nombre d’examens mortem. Je ne me rappelle pas avoir trouvé de matière blanche entre l’os du cerveau et la dure-mère. Il y a là quelquefois de petits corps- à eet endroit qui peuvent exister par groupes.. L’estomae n’est pas congestionné dans l’empoisonnement- par la strychnine ; mais il peut l’être dans quelques cas.
Toutes les maladies que j’ai mentionnées ne peuvent pas exister ensemble.
Dans 24 ou 25 heures il peut y avoir un commencement de putréfaction.
Le premier procédé de l’analyse, consiste à séparer le poison des matières animales qoi le contiennent- Ceci demande des procédés différents par macération dans l’alcool ou dans les acides pour détruire les chairs ; on filtre ensuite ce résidu ; apres avoir filtré le produit de la décomposition, on ajoute quelquefois de Pammoniac et quelquefois du carbonate de potasse. Le but de l’addition est de précipiter l’alcaloïde dejees dissolutions, et, i’alcaloide étant précipité de la dissolution, il se trouve dans je dépôt, et l’on reprend de nouveau ce dépôt pour être soumis aux réactifs propres à découvrir chacun des alcaloïdes. Le but de Tuii ou de l’autre procédé, est d’obtenir de l’alcaloïde en dissolution,.
PEÜCES
&t d giiIgvgt Igs iiicitiGrGs aiiima/lGs " 1g procédé par Igs niacGratioiis, au moyGii dG l’alcool, est désigné sous le iioîu de fetass 5 dans le procédé de Stass, l’on ajoute aujourd’liui du chloroforme que l’on a substitué à l’éther ; une fois que l’on a séparé le chlroroforme du liquide, on le soutire au moyen d’un cyphoii^; après la pleine et entière dissolution du résidu s’il reste coloré, on le soumet à la calcination au moyen d’une légère quantité d’acide sulphurique. On ajoute encore de l’ammoniac pour précipiter l’alcaloïde, et le chloroforme pour dissoudre l’alcaloïde. ^ La solution chloroformique est soumise à 1 évaporation et s’il est mcolore l’on prend une ou deux gouttes, que l’on dissout au moyen de l’acide sulphurique avec Padditioii du bichromate de potasse, et Ion obtient les différentes couleurs déjà mentionnées.
Dans le cas où le résidu reste coloré, l’on ne doit jamais agir sur lui en cet état, avant de le soumettre aux reactifs ■ il faut le soumettre à une nouvelle dessiccation, et cela aussi souvent* qu’il est nécessaire pour^eiilever les matières colorantes.
Le procédé de 8tass diffère de celui c[ue je viens de décrire, parcecju’on emploie de l’alcool pour séparer le poison des matières animales, auquel on ajoute de l’acide tartarique de préférence.
^ La première méthode est celle d’Angers et Flandin et la seconde est celle de IStass- On ne donne jamais la préférence à celle de Stass comme étant plus efficace pour décolorer la matière c(^.orante ; mais ce procédé est d’exécution difficile et même pxesqu’impossible, pour ceux qui n’ont pas l’habitude des manipulations chimiques.
na méthode de Sogers et Grirdwood, mentionnée par le Dr. Girdvcood, est celle d’Angers et Flandin, à laquelle on a ajoute du sulphate de magnésie et du chloroforme.
À la méthode de Stass, on a aussi ajouté du chlorme : dans le orocédé de Stass on ne sert nas
d’acide Lydrochloriqne. Ce procédé nouveau est celui d’Angers et Elandin, auquel l’on a ajouté du sulphate de magnésie.
Le procédé adopté par le Dr. Taylor, dans le procès de Palmer, est celui de Rogers et Grirdwood avec cette différence que dans ce dernier piocéàGl Ton ajoute du cMoroforme et du sulphate de magnésie.
Dans le procédé de Stass, l’on se sert d’acide sulphurique.
L’acide sulphurique détruit les matières organiques et précipite les alcaloïdes. «Te ne puis dire qui, le premier a recommandé l’acide sulpliurique pour détruire les matières organiques ; mais cela se trouve dans le procédé. Je crois que l’acide sulpliurique détruit toute ma.tière organique.
Quand il n’y a plus de matière organique, le résidu devient incolore, et c’est alors que l’on emploie les réactifs.
Quand la matière organique est entièrement enlevée, que le résidu est incolore, si l’application des réactifs produit la série de couleurs, propres à la stryciinine, je concluerais qu’il y a de la strychnine, La série^ae couleurs propre à la strychnine est celle qui a été rapportée par les témoins de la couronne : bleu, mqlet, pourpre et rouge. Je ne connais pas de substance à part la strychnine, qui, dégagée de la substance^ organique, produirait cette série de couleurs : bleu, violet, pourpre et rouge.
Si j’étais appelé comme expert Juriste, et que 1 analyse chimique révélerait de la strychnine et que les symptômes remarqués à la mort, fussent tons ceux oe l’empoisonneincnt par la strychnine, je concluerais a i’émpoisonnement par ce poison.
Les symptômes qui ont ôté décrits" par les témoins sont incompatibles avec ceux de i”empoisonnemciit par la strychnine comme caractéristiques, parceque
chacun deux repousse l’idée de rempoisomiement. Je jure que cette homme n’est pas mort par la
PEOCES
strychnine, parceqne cliacun de ces symptômes, repousse l’idée de l’ empoisonnement par la strychnine.
Je ¥ous ai dit que d’après l’autopsie, d’après l’état du cœur, il avait des maladies plus que suffisantes pour le faire mourir. Il y avait un état de souffrance générale.
Je suis encore de la même opinion, que l’état de souffrance générale où il était, pouvait produire ces
maladies.
Quant la strychnine est administrée avec l’alcool, elle peut produire une altération sur l’estomac.
Si j’avais examiné 200 corps, et que je. ne l’aurais pas trouvée, je ne concluerais pas encore à l’empoisonnement. Si cet homme avait eu tous les inflammations que l’on a remarquées, et qu’on lui eut administré de la str.ychnine, il serait mort par la strychnine ; mais cet homme n’est pas mort parjla strychnine, parce que le désordre dans les organes n’indique pas la strychnine.
L’inflammation du foie pouvait causer la maladie du 22 Décembre. Les symptômes donnés par Madame Gajolette, sont des symptômes qui pourraient se trouver dans les maladies du foie. L’ensemble des symptômes ne sont pas ceux de l’empoisonnement par la strychnine, et il y en a que l’on remarque dans la strychnine. Mais on ne peut bâser son diagnostic, que d’après l’ensemble des symptômes qui nous fait voir que tel organe est malade pluiô*: qu’un autre.
Le symptôme du renversement en arrière se rencontre dans les cas d’empoisonnement par la strychnine ; mais, pour bâser un diagnostic, il faut qu’il soit accompagné des autres qui indiquent la strychnine ; mais ce symptôme se rencontre dans les madies de foie, dans l’épilepsie, et dans l’hystérie.
J’ai rencontré moi-même des cas d’hysterie et d’épiiepsie, où il y avait cette courbure du corps,^ et, ceci peut se produire dans l’angine de poitrine.
PEOYENCHEE-BOlSCLAm. W
Le cas d’hystérie n’est pas commun chez les hommes, dit Taylor.
Les symptômes donnés par Taylor de l’empoisonnement par la strychnine, se trouvent presque tous dans le tétanos idiopathique et traumatique, mais j’approuve l’article de Taylor tel qu’il est là.
Au nombre des symptômes donnés, je trouve cette courbure et cette sensibilité.
d’appelerais convulsions tétaniques, cette courbure et cette sensibilité.
J’appelerais convulsions tétaniques, ^ cette courbure dont a parié Madame Oajolette, l’état de sensibilité générale, qui le rendait sensible à tout, au toucher, etc.
Le défunt disait aussi : je vais mourir, comme le déclare Taylor. J’ai aussi remarqué qu’il avait la mâchoire serrée, comme dit Taylor.
J’ai remarqué qu’ aussitôt que le Dr. lui eut donné des remèdes, il s’est trouvé bien mieux. Dans le cas d’épilepsie il perd sa connaissance dans les attaques, même dans le cas où le malade serait dans l’épuisement. Du moment qu’il y avait épanchement, cela pouvait causer des convulsions.
Le poison absorbé (je parle de la strychnine) ne peut-être trouvé dans le .sang, ni dans Furine, ni dans aucune^ secrétion.
Je ne crois pas à des expériences par des personnes qui ne sont pas reconnues par la science.
Quand une expérience est d’abord faite, on a coutume de soumettre ses opérations à des académiciens qui les approuvent, et dans ce cas je crois à leur autorité.
Je ne crois pas que le poison se forme dans le corps, et j’ajoute qu’il doit en être encore de même quand la putréfaction ne s’en est pas encore emparée.
Je n’ai pas vu de cas d’empoisonnement par la 43trychnine et je n’ai pas fait d’autopsie dans ces
PEOCÊS
Ze P“
Pour obtenir un résultat correct, il faut analyser les reactifs, mais les verres ne peuvent être Laly SGS.
bi i ai dit ce matin que les ustensiles doivent etrepalyses, c'est une erreur ; mais on doit être Lïrpurs’" contiennent pas de poison et qu’ils
J’ai dit que la strychnine ne peut être certaine- ®.érie de couleurs, mais qu’il .allait qu elle fut en cristaux. Cependant si, étant matière organique, elle produisait la «erie de couleurs et par les effets physiologiques, je conclurais qu’elle a été trouvée.'^ S’il y a assez de strychnine pour produire la série de cou-
^ produire la cristallisation,
de .orte que dissoute et complètement dissoute la strychnine peut-être ramenée à son état primitif.
en grande partie fondée autre connais pas de substance
cL^enl-- qui produise cette série de '
couleurs. La serie de couleurs n’est pronre qu’à individualiser je n’admets point qli’ir n’y^aif quune seule su ostance qui produise cette série de
tance cristallisée et qui produirait cette série de couleurs serait de la strychnine. La poudre que
i, V > durant l’autopsie
aurait pu se localiser et elle n’aurait pu se digérer • mais je ferai remarquer ceci, que la bile contient des matières qui auraient pu faire décomposer la
^®i“® P,®® qtl’enjetant une poudre
sui . estomac, la strychnine aurait pu se commun!-
quer aux autres i'>arties.
homme qui aurait eu tous les symptômes reot qui serait mort le 31, du rhumatisme battre au moulin et tout laiie cela. Le rhumatisme inflammatoire peut s©
PEO VENCHEE-BOISCL âlE. VI 9
localiser et déterminer la mort sondaine.
Les symptômes d’une maladie quelconque varient à l’infini en nombre. Il n’y a pas deux choses semblables dans la nature et la constitution des hommes varie de même. On peut bien trouver la même maladie chez deux hommes, mais avec des caractères différents.
Une poudre jetée sur l’estomac, le duodénum, etc., ne peut pas s’étendre à toutes les parties et ne peut oas être trouvée si elle n’est étendue. Je n ai Das rencontré dans les symptômes donnés, ceuxci : soif ardente, œil proéminent, figure livide ou congestionnée, le désir d’être tourné et retourne, qu’ü y avait perte de connaissance.
Lorsque la série des couleurs se trouve, pour avoir la certitude il faut avoir l’effet physiologique.
Je ne crois pas que cette poudre aurait pu être trouvée comme elle l’a été, dans le cas où elle aurait été jetée comme on l’a insinué.