III
Merorepi, 20 avril 1887.
Présents :
Le très honorable Sir Henry T. Ho'iand, Bart,, G.C.M.G., M.P., secrétaire d'Etat pour les colonies. Président.
Le très honorable Henry Cecil Raïkes, M.P., maître général des postes. Le très honorable comte d'Onslow, sous-secrétaire d'Etat pour les colonies. M Stevenson A. Biackwood, C. B, secrétaire du post office, M. C. H. B. Patey, C.B., troisième secrétaire du post office. M. John Bramston, C.B., assistant sous-secrétaire d'Etat pour les colonies, Représentants : — Terreneuve :— Sir Robert Thorburn, C.C.M.G, premier ministre. Sir Ambrose Shea, C.C.M.G.
Canada :— Sir Alexander Campbell, C.C.M.G. lieutenant gouverneur d’Ontario, M. Sandford Fleming, C.M.G.
Nouvelle Galles du Sud :— Sir Patrick Jennings, C.C.M.G., ancien premier ministre. Sir Robert Wisdom, C.C.M.G., ancien procureur général.
Sir Saul Samuel, C.C.M.G., C.B., agez:ù général. 76—24
Tasmanie : — M. Adye Douglas, agent général.
Cap de Bonne Espérance :— M. Jan Hendrick Hofmeyr.
Sir Charles Mills, C.C.M.G., C.B., agent général. Australie Méridionale : — Sir John William Downer, C.C.M.G., O.R., premier ministre, Sir Arthur Blyth, C.C.M.G,, C.B., agent général, Nouvelle Zélande :
Sir Francis Dillon Bell, C.C.M.G., C.B,, agent général. Sir William Fitzherbert, C.C.M.G., président du Conseil Législatif, Victoria : — M. Alfred Deakin, secrétaire en chef.
Sir James Lorimer, C.C.M.G., ministre de la défense, M. James Service, premier ministre.
Queensland : — Sir Samuel Walker GriMith, C.C.M.G., Q.C., premier ministre, Sir James Garrick, C.C.M.G., C.R,, agent général. Australie occidentale : — M. John Forrest, C.M.G., M. Septimus Burt, Natal :
M. John Robinson.
Le PRrésIDENT.-—Messieurs : Les seuls papiers que j'aie pu me procurer et vous faire distribuer au sujet des communications télégraphiques, concernent le projet de câble entre le Canada et l'Australie; ces papiers contiennent des lettres qui m'ont été adressées par M. Pender, et qui roulent sur la question générale des communications télégraphiques et sur les avantages do sa propre compagnie. Comme Îa première question dont nous avons À nous occuper aujourd’hui est celle du câble entre le Canada et l'Australie, je propose que M, Sandford Fleming soit prié denous ex poser maintenant ses vues sur Ce projet,
J'informo les délégués que M. Pender et M, Finch-Hatton sont ici, Nous allons avoir notre discussion en l'absence de ces messieurs; nous pourrons les appeler après le débat, s’il fait naître des questions sur lesquelles nous jugions à propos de les interroger. C’est la résolution que nous avons prise hier, je crois M. Sandford Fleming voudra bien maintenant nous entretenir du projet de câble entre le Canada et l’Autralie.
M. SANDroRD FLEMING. Hier je vous ai entretenus de la valeur du chemin de fer canadien du Pacifique comme route postale pour l’Australasie et pour les dépendances britanniques de l’Asie. Cette voie ferrée peut encore être utilisée par l'empire comme route télégraphique. Aujourd’hui, les besoins de l’intercourse rendent le télégraphe indispensable. Le président nous a cité, à l'ouverture de la conférence, une excellente autorité pour démontrer que sans le télégraphe les opération com: merc'ales ne peuvent 8e faire avec économie; que, de fait, le télégraphe est un
auxiliare indispersable pour tous ceux qui traitent d’affaires à distance. Il ne me paraît donc pas possible que des relations commerciales profitables puissent se former entre l’Australasie et le Canada, sans communication télégraphique directe. Il est bien vrai que des câbles télégraphiques s'étendent aujourd’hui du Canada à l'Angleterre et de l'Angleterre à l’Australasie ; mais peut-on imaginer un instant que des hommes d’affaires habitant sur les deux côtés du Pacifique aient à communiquer ensemble en faisant faire à leurs dépêches le tour du globe, ou pas moins de c'aq sixièmes de sa circonférence! Le prix élevé des dépêches par cette route détournée, les retards et les risques d’erreurs causés par de nombreuses répétitions au cours de la transmission, présentent de tels inconvénients pour l’intercourse qu'ils rendent la ligne existante par voie d'Europe à peu près inutile, Ou ne s’en servirait que dans
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Il Py a pas de doute que si nous voulons lier des relations plus intimes, que si nous voulons tendre à une union plus étrroite, la première chose à faire ost d'établir une communication télégraphique directe, sans laquelle la marine marchande sur le Pacifique ne peut progresser, le développement du commerce devient impossible,
Muis en dehors de l'avancement des relations commerciales et sociales, il est d’autres considérations de la plus haute importance.
I1 suffit de jeter les yeux sur une carte télégraphique du monde pour voir combien la Grande-Bretagne dépend aujourd'hui des puissances étrangères quant à la sécurité de ses communications télégraphiques avec l'Asie, l'Australie et l'Afrique ; on peut dire que de fait les communications télégraphiques entre le gouvernement métropolitain et toutes les parties importantes de l'Empire, excepté le Canada, dépendent du bon vouloir (dirai-je de la protection ?) de la Turquie. Et la Turquie n'est-elle pas continuellement exposée À de grands dangers ? N'est-elle pas exposée À devenir la proie de voisins ambitieux dont l'amitié pour la Grande-Bretagne peut être mise en doute ? Quels sacrifices en hommes et en argent l'Angleterre n’a-telle pas faits pour soutenir cette puissance débile et conserver son amitié ? Nous dépendons du gouvernement ottoman pour nos communications avec l'Inde, l’Australie et les colonies du Cap, et ce gouvernement est sans cosse menacé de quelque désastre.
La route de Suez a été utile dans le passé et pourra l'être dans l'avenir; mais quand nous avons pour objet d'affermir le système colonial, est-il sage de dépendre d’une puissance dont ia condition est si critique ?
Je puis dire ici que le patriotisme et l'esprit d'entreprise da Canada ont ouvert une voie qui fournit à l’Empire britannique le moyen de devenir entièrement indépendant des puissances étrangères pour ses communications télégraphiques. Le terminus occidental du chemin de fer canadien du Pacifique, Vancouver, est en communication télégraphique avec Londres, Des dépèches entre Londres et Vancouver ont ôté échangées en quelques minutes, De Vancouver, un câble peut être dirigé sur l’Arstralie par la voie de Hawaii; ou on peut poser un cable d’une île britannique à une autre et relier ainsi directement la Nouvelle Zélande et les colonies australiennes à la Grande Bretagne, sans avoir à emprunter un territoire non britannique, et en pus dans des mers très éloignées du théâtre des querelles qui peuvent surgir en
urope,
De plus, les lignes de la compagnie de l'Eastern Telegraph vont de l’Australasie à l'Inde ; celles de la compagnie de l’Eastern and South African atteignent l'Afrique Méridionale, de sorte que si l’on ajoute le chaînon qui manque, lo gouvernement de la métropole aura le moyen de télégraphier à toutes les colonies et dépendances britanniques importantes sur la circonférence du globe, sans approcher de l’Europe sur aucun point,
L'établissement d'une ligne télégraphique entre le Canada et l’Australasie est donc une question qui mérite d’être sérieusement étudiée, et, comme canadien, je me réjouis de voir que le secrétaire d'Etat pour les colonies l'ait signalée à l'attention de cette conférence,
J'ai exposé mes vues sur le sujet dans des documents imprimés qui ont été mis en circulation ces jours derniers; je ne me répéterai pas ici. Je ferai seulement quelques observations sur les lettres de M. John Pender, que vous avez aussi entre les mains. M. Pender parle au nom des compagnies de télégraphe existantes ; il est assez naturel que ces compagnies par leur organe se montrent hostiles à une nouvelle ligne qui détruirait leur monopole et ferait tomber les tarifs excessifs dont elles ont le privilège depuis si longtemps,
M. Pender combat pour plusieurs raisons le projet d’unir télégraphiqueuent le Canada à l’Australasie. Il dit que “ la ligne du Paolätins se composerait nécessairement de longs tronçons ayant à franchir des profondeurs énormes et inexplorées, qui 86 terminent par des bancs de corail.” Il laisse le lecteur sous l'impression que le projet est impraticable ou à peu près.
En Canada, et il en est de même, je pense bien, dans les autres colonies, nous ne nous préoccupons guère des objections de ce genre, Un officier impérial, chargé d’une
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mission scientifique, a déclaré, un jour, dans un rapport, que la construction d’un chemin de 1er à travers les territoires qui forment aujourd’nui partie du Dominion, était impossible. Cet officier n’était pas président d'une compagnie dont les intérêts fussent en jeu dans la question, (C'était un homme de capacité, d'énergie et d’une réputation bien méritée; il avait pour l’assister des hommes également bien entendus, et il explora le pays avec eux pendant quatre ans. Je cite un passage de son rapport adressé en 1862 à Sa Grâce le duc de Newcastle, alors secrétaire ues colonies :—‘* La connaissance que j'ai acquise du pays ne me portera jamais à recommander une ligne de communication allant du Canada (a) au Pacifique à travers le continent exclusivement sur le territoire britannique. Le temps d'atteindre cet objet est passé pour toujours. Le choix malheurecx d’une ligne frontière astronomique a complètement isolé les possessions #méricaines centrales britanniques du Canada, à l'est, et les a aussi privées de tout accès facile du côté du Pacifique, à l’auest, Malgré cette déclaration décou”ageante, le chemin de fer transcontinental a été entrepris ; il est maintenant construit et en ex »loitation ; ses trains quotidiens offrent aux voyageurs le confort et même le luxe. Après cela, on ne dit pas être surpris que nous soyons portés à la réserve quand un projet similaire est déclaré impraticable, même par des hommes compétents. Il est très vrai que nous n’avons sur l’océan Pacifique que des connaissances incomplètes, mais ce que nous én savons n’est pas de nature à nous faire voir le projet sous un jour défavorable, J'ai étudié toute la question, il y a deux ans, et j'ai fait connaître les conclusions auxquelles je suis arrivé. Voici ce que je disais dans une lettre rendue publique, adressée au premier ministre du Canada, sir John Macdonald, à la date du 20 octobre 1885 :—‘ 11 y a, il est vrai, de grands bancs de corail dans le Pacifique central et méridional ; mais les rensoignements hydrographiques les plus authentiques établissent que ces bancs se rencontrent généralement par groupes séparés les uns des autres par des dépressions larges et profondes, libres d’obstructions. Les données bathymétriques les plus récentes nous ont révélé que ces dépressions ou profondeurs présentent (autant qu’on a pu le constater) un fond précisément semblable à celui de l’Atlantique, si convenable pour la télégraphie sous-marine, Ces dépressions océaniques, qui se ressemblent par leur situation géographique et leur continuité, ouvrent une perspective pour. unir Je Canada et l’Australie au moyen d’un câble direct.” M. Pender dit qu’un télégraphe entre le Canada et l’Australasie ne serait pas un avantage pour les colonies et serait contraire à l'intérêt du public télégraphiant. Cette prétention peut être réfutée en peu de mots. Je me coatente de dire que la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacitique a pris des arrangements pour transmettre sur ses fils à travers le continent les dépêches à destination d’Australasie moyennant 24d. par mot; le prix ordinaire des dépêches transmises à travers l'Atlantique est de 6d, par mot, ce qui fait pour le mrix total 84d. par mot, de Vancouver à Londres. Vancouver est à 5,500 milles de Londres, et le point le plus rapproché de l’Australasie est à 6,500 milles de Vancouver. La moitié la plus courte est donc celle de Vancouver à Londres ; mais si le prix de transmission pour la moitié la plus courts est de 84d., les dépêches devraient pouvoir se transmettre sur le parcours entier pour un peu plus du double, soit pour 18. 844. par mot, En me reportant au tarif publié par la compagnie que représente M. Pender, je vois que ses prix pour les dépèches ordinaires sont les suivants :
Par mot,
De Londres à la Nouvelle Galles du Sud. ss sssscsssus vs 9 6 do QUOONNIAD ds sssnssrensate sans passa eccsoenoisoses 07 9
do l'Australie Méridionale............ ses, 9 4
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do l'Australie Occidentale... 9 4
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(a) À cette époque le Oanada ne comprenait que les provinces d'Ontario et de Québec.
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On voit par ce tableau que pour transmettre par la ligne existante les dépêches ordinaires aux sept colonies, le prix le moins élevé est de neuf shillings et quatre pence par mot. Je demande si une réduction de 9, 4d. à 18, 8d. par mot ue serait pas avantageuse aux colonies et dens l'intérêt du public télégraphiant, Ma comparaison 80 base sur le prix actuel de transmission par l'Atlantique, et sur une dérision arrêtée, après mûre délibération, par le bureau de direction de la Compagnie du Pacifique, relativement au trafic télégraphique avec l’Australasie, J'ai calculé à un shilling par mot le service sur le Pacifique, mais alors même que les trois taux seraient doublés, les colonies y gagnoraient encore énormément, ES
Je suis convaincu que du moment où le Canada et l’Australie seront unies télégraphiquement, l’activité des relations télégraphiques et commerciales prendra des proportions dont on ne se forme pas une juste idée aujourd’hui.
M. Pender parle de la protondeur du Pacifique comme d’une sérieuse objection contre l’immersion d’un câble. Les sondages qui ont été exécutés sur la route à suivre montrent que la plus grande profondeur est de 3,000 à 3,100 brasses. Il est vrai que cette profonueur dépasse de 100 brasses celle des eaux où l’on a posé des câbles avec succès ; n'ais cette différence en plus est peu de chose. Je dois vous faire observer aussi quo la profondeur est en soi un élément de sécurité. Les câbles immergés à la plus grande profondeur d’eau sont aujourd’hui ceux de la compagnie brésilienne de télégraphe sous-marin (a) et il est remarquable que cette compagnie dont les câbles atteignent 2,900 brasses, a eu bien moins de frais de réparation à faire pour ses câbles que toute autre compagnie. ile possède environ 7,340 milles nautiques de câbles ; si je suis bien informé, elle n’entretient pas de navire pour le service de réparation ; elle n’a eu que deux ou trois cas de réparations depuis treize ans qu’el'e existe.
Cela tend fortement à prouver que les câbles sous-marins sont mieux à l'abri dans les grandes profondeurs. Les câbles en eaux maigres, comme ceux des companies de l’Eastern et de l’Eastern Extension, sont seuls exposés aux ravages des insectes marins, et ont en conséquence continuellement besoin d’être réparés et renouvelés. M. Pender invoque l’argumeni qu’en cas de guerre il serait impossible de protégoc un câble traversant le Pacifique. Je puis lui demander s'il ne serait pas infiniment plus difficile de protéger les câbles et les lignes terrestres des compagnies qu’il représente ? ‘
Regardons la carta télégraphique du monde, et voyons quelle sécurité présentent les lignes de ces compagnies. Les lignes de l’Eastern et de l’Eastern Extension ont des stations dans deux pays étrangers, en Egypte et à Java. Le premier de ces pays est sous la suzeraineté de la Turquie, le second sous la souveraineté de la Hollande. Les câbles sont presque tous dans des eaux peu profondes, et rien n’est plus facile que de les tirer partout à la surface. De l'Angleterre à l'Egypte, ils longont les pays de l’Europe méridionale et sont exposés sur tous les points.
Les câbles du Pacifique ne seraient pas exposés de la sorte ; placés loin des pays pouvant devenir hostiles à l'Angleterre, ils reposeraient dans des eaux profondes, comme les câbles de l'Atlantique, et on les immergerait dans des circonstances telles qu'un navire étranger ne pourrait pas facilement les relever. M. Pender affirme que les câbles de ses compagnies ‘ seraient l’objet spécial d’une surveillance vigilante de la part de la flotte royale.” Les vaisseaux de la flotte royale auraient probablement quelque chose de plus pressant à faire, en cas de guerre, que de stationner en sentinelles de mille en milie sur la route des câbles, depuis l'Angleterre jusqu'à Aden !
Il est évident, je n’ai pas besoin d’en dire davantage pour le démontrer, que tous les câbles de la compagnie de l’Eastern Telograph sont dans une situation tellement précaire que l'établissement d’une nouvelle ligne par le Canada et le Pacifique présenterait un avantage incalculable. La possibilité de transmettre un soul message par cette voie pourrait avoir, dans certaines éventualités, plus de valeur pour l’Empire que le prix de revient de la ligne.
(a) Ils vont de Lisbonne à Pernambouc, dans l’ Amérique du Sud, et passent par Madère et les Iles du Cap Vert.
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M. Pender représente que la compagnie actuelle ayant eu l'initiative des communications télégraphiques avec l’Australasie a droit à toute la bienveillance des colonies, Cela peut être très vrai, bien que je ne connaisse guère l’histoire de l’entreprise ; mais je ferai observer que des compagnies comme des individus ont été tenus plus d'une fois de renoncer à un monopole quand l'intérêt public l’a exigé,
Je ne désire pes qu’on fasse d’injustice à cette compagnie ni à qui que ce soit, Si elle a droit à quelque considération ou indemnité, sa réclamation doit être accueillie honorablement ot avec un esprit de justice ; mais, je le demande, peut-on un instant s'arrêter à l’idée que le Canada et l’Australasie ne devront jamais avoir de relations télégraphiques parce qu’une compagnie commerciale se trouve en travers ? Eut.ce que ces deux sections importantes de l’Empire devront toujours rester étrangères l’une à l’autre commercialement, parce qu'il faudra conserver à une compagnie les profits qu'elle retire aujourd’hui ?
La compagnie de M. Pender doit-elle passer avant les colonies australasiennes elles-mêmes, et le peuple de ces colonies aura-t-il toujours à subir le tarif exorbitant de cette compagnie ?
Le Canada n’a-t-il pas droit aussi à quelque considération ? Ses efforts, ses dépenses, 8e8 aspirations, tout cela doit-il compter pour rien ?
Négligera-t.on les intérêts vitaux de l’Empire? méconnaîtra-t-on la politique constante de l'Angleterre ? La paix du monde sera-t-elle mise en danger à cause de l'inté: êt d’une compagnie par actions ?
En 1823, les instructions données à un ambassadeur distingué, lord Stratford de Redcliffde, contenaieut le passage suivant :
‘ Conserver la paix du mondo est la pensée dirigeante de la politique de l’An- “ gleterre. A cette fin, il faut, en premier lieu, prévenir de toutes nos forces l’érup- “ tion de nouvelles querelles; en second lieu, aocommoder, quand cela peut se faire ‘ par une médiation amie, les difficultés existantes ; troisièment, s’il n’y a pas d'espoir ‘“ de les accommoder, en restreindre la portée autant que possible ; etquatrièmement, “ garder nous-mêmes une neutralité imperturbable dans tons les cas où rien n'arrive ‘“ qui nuise à nos intérêts ou compromette notre honneur.”
Je crois, monsieur, que ces nobles paroles définissent la politique présente de l'Angleterre comme elles définissaiont celle d'il y a soixante ans, Les circonstances ne sont plus les mêmes, mais il existe d’aussi fortes raisors que jamais d’adhérer à cette politique. Les colonies sont éparses dans les quatre parties du globe; les intérêts britanniques embrassent le monde, La question d'Orient a longtemps été une question brûlante; mais l’Angleterre est aujourd’hui moine concernée en Europe qu’en Australie, en Afrique, en Asie et en Amérique. Si le grand objet de l’Angleterre est la conservation de la paix du monde, l’Angleterre atteindra très sûrement cet objej, en se mêlant moins activement {des choses de l’Europe et en s’occupant davantage des populatione anglaises et des sujets de la Keine vivant en dchors de l'Europe. Cette conduite me parait indiquée par une juste appréciation de la situation et aussi par le sentiment de ce qui nous est dû. La sage détermination de profiter des circonstances qui 8e présentent aujourd’hui pour resserrer le lien qui unit les colonies entre elles et à la mère-patrie, peut exercer plus tard une influence décisive sur les destinées de l'Empire. Si l’on a en vue d'atteindre cet objet, je fais respectueusement observer que le Canada y a contribué en dépensant une somme qui impose à sa pcoulation une taxe annuclle de £1,000,000 sterling, et que cela mérite bien qu'on y fasse attention. Si l'on veut tendre pratiquement à la consolidation :;a l'Empire colonial, l'établissement de nouvelles lignes de communication impériale, par télégraphe ct par des croiseurs rapides de commerce, est, selon moi, d’une nécessité absolue,
Est-ce que de tels moyens de communication n’assureraient pas pour toujours la prédominance de l'Empire sur le Pacifique ? Prête à faire face aux pires événements qui 8e produiraient en Europe, l’ Angleterre, soucieuse des siens et poursuivant 88 noble carrière, ne serait-elle pas en état de regarder la question d'Orient avec une indifférence comparative ?
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Le peuple britanwique, disséminé sur la surface du globe, ne doit-il pas s’occuper de mettre ordre à ses affaires ? N'est-ce pas là l’un des premiers objets de cette conférence ? N’est-il pas sage d’affermir la corde du patriotisme qui vibre au Canada, ec Australasie ot dans chacune des colonies des deux hémisphères ? Notre premier devoir n'est-il pas de nous appliquer aux questions vitales qui nous intéressent en commun ?
Je soumets en toute déférence aux délégués ces considérations que je puise dans mes convictions.
Le PR£sipenT, Les délégués aimeront peut-être à entendre maintenant le maître général des postes sur la question des communications télégraphiques,
M. Raïkes, J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt et de sympathie, comme chacun de vous l’a fait, j'en suis sûr, M. Sandford Fleming nous donnant lecture de son habile mémoire, Ce travail remarquable sur la question qui nous occupe sera livré, j'espère, à la publicité. J'ai eu la bonne fortune de m'’assurer la présence ici de mon ami M. Patey, secrétaire du post-oflice, spécialement chargé de la branche des télégraphes, et qui est une autorité en matière de télégraphie. Il sera heureux de mettre ses connaissances À la disposition de la conférence et de répondre aux questions que ferait paître la discussion sur le service télégraphique de l'empire, J'espère bien, envisageant d’ailleurs la question sous son aspect général seulement, que la conférence ne clôra pas ses travaux sans exprimer une opinion formelle en faveur de la politique générale préconisée par M. Fleming, M. Canning, dans un discours resté célèbre, prononcé il y a quelques années, a dit qu’il avait appelé le nouveau monde à l’existence pour rectifier :’éavilibre de l’ancien, La pensée m'est venue, en entendant les derniéres éloquentes paroies de M. Sandford Fleming, que l’occasion s'offre ;51i à nous d'utiliser pacifiquement l'occident et la route de l'occident comme un moyen d'échapper aux difficultés et aux embarras qui 8e concentrent à l’orient et sur la route de l’orient. Il semble que la Providence ait voulu réserver spécialement une telle voie de communication entre l'Australie et l'Angleterre quand, après la séparation des Etats-Un.3, nous sommes demeurés en possession de ces vastes territoires que l'énergic canadienne a récemment développés d’une manière étonnante, et qui peuvent devenir la grande route entre la mère patrie et ses possessions les plus lointaines, Le Canada a beaucoup fait certainement en construisant le chemin de fer canadien du Pauifique, mais il reste encore beaucoup à faire. Pourra-t:on établir sur le Pacifique ce service de steamers dont nous a parlé hier M. Sandford Fleming ; ou trouvera-t-on plus facile et plus praticable de relier par un câble l’île de Vancouver et le Queensland ? Les délibérations de la conférence jetteront, je l'espère, quelque lumière sur cette question ; mais quant à certaines allégations de M. Pender, combattues par M. Fleming, je dois dire que c'est, à mon avis, une chose absolument impossible pour le peuple anglais, où pour le gouvernement de Sa Majesté, de reconnaître qu’une compagnie, quel que soit le mérite de son entreprise, puisse prétendre à un monopole comme celui qu'on semble revendiquer, (Ecoutez, écoutez!) Ni les colonies ni le parlement britannique n’admettraient qu’une compagnie ayant eu d’abord pour objet l'établissement de communications entre la mère-patrie et les colonies, puisse prétendre, après être devenue puissante, écarter toute concurrence et empêcher l'accroissement des facilités de correspondance ; mais il est assez difficile de dire jusqu’à quel point le gouvernement britannique serait justifiable d'entrer lui mème en concurrence avec une entreprise commerciale existante, Le tarif cité par M, Fleming est excessivement élevé, J'ai ici un papier que M.Patey m'a passé et qui intéressera peut être la conférence ; il indique le partage des profits entre la Compagnie du télégraphe et les parties qui participent aux avantages du tarif actuel, Le prix minimum pour l'Australie est de 93. 4d, (ce qui équivaut à 11 francs 40 centimes) —De l'Angleterre à l'Australie méridionale le prix est de 4 francs, 25 centimes, ou 38, 644, par mot, pour la première partie du trajet, c'est-à-dire de l’Ang'letorre à l'Inde, L’Eastern Extension prend depuis l'Inde, 5 francs, 50 centimes, ce qui représente 44, 8d, Le gouvernement javanais ne reçoit que 15 centimes ou 144. Le prix additionnel pour traverser l'Australie depuis le point d’atterrissement du câble jusqu'à l'Australie méridionale est de 1 franc, 40 centimes ou 18, 24, Je dois faire remar.