‹ Procès-Verbaux de la Commune générale des arts de peinture, sculpture, architecture et gravure (18 juillet 1793--tridi de la 1re décade du 2e mois de l'an II) et de la Société populaire et républicaine des arts (3 nivôse an II--28 floréal an III) :publiés intégralement pour la première fois avec une introd. et des notes /par Henry LapauzeChapitre 11 sur 125 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

délibéré. Sans doute que M. Restout, plaideur de son naturel, vous adresseroit la lettre que l’assemblée nationale n’a pas voulu entendre.

Il est a craindre que l’Assemblée, qui veut le bien, ne soit abusée })ar des intrigues. Vous n’avez dans l’Assemblée nul artiste pour vous éclairer, car vous desirez l’etre. Je pense donc que si on veut opérer le bien des arts, il faudroit nous communiquer, je ne sais de quelle manière, les plans de M. Quatremer, pour en démontrer les vices, avant de prononcer. Si l’assemblée Nationale regarde notre academie comme une Compagnie qu’il faut détruire nous nous séparerons, mais le lendemain, au nom de la liberté acordée à la pensée et par conséquent au génie, nous nous reunirons pour exercer notre art, l’enseigner, et nous en entretenir à notre gré : et dans ce faisceau d’artistes renaîtra l’Academie. L’assemblée ne prétend pas sans doute nous enseigner les moyens de bien Peindre et de Sculpter. Tout ce qu’elle feroit h cet égard seroit une violation de la liberté; et cette marche conduiroit h la ruine des arts. Il seroit bien singulier que nous, qui avons été les seuls libres sous le pouvoir arbitraire, nous devinssions esclaves sous la liberté; c’est pourtant ce qui arrivera.

L’assemblée Constituante trompée par MM. Quatremer et David, qui intriguoienl dans les Comités, a rendu un décret \^une tache , illisible^ les Cens de Goût pour une exposition Générale, qui conduit par suite tous les habiles génies à rester chez eux et a y montrer leurs ouvrages séparément et par conséquent à oter a l’école françoise tout son éclat. Si l’assemblée séduite encore par eux, nous divise; les tisons une fois séparés, le foyer s’eteindra. Supprimer l’Academie ou Société des arts, comme on voudra l’apeller, le nom n’y fait rien ; c’est avoir le projet pour exciter une belle jeunesse a bien tirer de l’arc, d’oter le but et retrancher le prix.

Pardonnez moi. Monsieur le President, toutes mes reflexions. Je ne croyois en commençant ma lettre ne vous écrire qu’un mot mais toutes mes idées ont malgré moi découlé de ma plume, mais ce dont vous devez être assuré, c’est que je n’ai rien exagéré. Je crains la chute des arts, par amour pour les arts même et non par aucun intérêt particulier.

Je suis, avec respect. Monsieur le President, Votre très humble et très obéissant serviteur.

Renou,

Secret, de l' Acad, de Peinture.

Page 1